‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 176 sur 323 · NUI · texte numérisé non relu

NUI

DICTIONNUKE

ses exemples et la sainteté «le ses conversations tout le temps qu'elle passa sur la terre après l'Ascension 'Je noire divin Sauveur.

La sœur Marguerite, surtout, fit paraître, dans l'exercice de ce ministère de charité une sagesse, une adresse vraiment étonnantes et déploya un zèle magnanime pour protéger la vertu des (il les. A cette époque, elle eut le malheur de perdre son père, mais Dieu la dédommagea pendant trois mois par d'inellables consolations. Une faveur plus extraordinaire encore et qui enivra la saur Marguerite de ravissantes délices, ce tut une apparition sensible de Noire-Seigneur Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie sous la forme d'un enfant. l'une beauté incomparable, comme à l'Age de Irois ans. L'année 1650, le jour de l'Assomption «le Marie, fôte principale de la ccngrégalion externe, le très-saint Sacrement étant exposé, elle fut désrgnée pour rester en adoration en sa présence, tandis que les au'res congréganUtcs étaient à la procession. C'est dans co moment qu'elle fut témoin de cette merveille. La vue de la beauté ravissante do J'Knfanl-Jésus en lui faisant éprouver les impressions les pi us douces et les plus ineffables du Sauveur, lui inspira en même temps le plus grand dégoût pour les beautés trompeuses et corruptibles de la terre.

lin 16*1, lorsqu'arriverent les premiers colons pour l'Ile de Montréal, on comptait dans les établissements français formés au Canada deux cents Européens, y compris les femmes et les enfants, quoique le roi eût donné depuis longtemps co pays aux compagnies de commerce. Après une* expérience si décourageante de quarante-un ans, M. Olier et M. Le Rover de la Dauvessière donnent naissance à une compagnie dans la seule et unique vue de procurer la gloire de pieu pour entrer dans le dessein qu'il avait eu en découvrant aux Français ces contrées inconnues. Ils veulent établir cette colonie dans l'Ile de Montréal, c'est-à-dire dans le lieu le plus exposé à la fureur des Jroqnois; ils s'engagent à établir dans cette nouvelle ville trois communautés : l'une composée d'ecclésiastiques séculiers, pour donner des secours spirituels aux Français et aux sauvages; une autre d'hospitalières pour soigner les malades; une troisième de maîtresses «l'école pour instruire les filles et les rendre capables d'élever dans la suite chrétiennement leurs enfants.

Au jugement de la sagesse humaine, rien sans doute n'était [dus téméraire el de plus extravagant, et cependant, dans la peuséo des fondateurs cl de leurs associés, rien de ]>lus as«,uré que le succès de cette entreprise. Le succès si étonnant de la colonie de Vil- Jemarie, que les fondateurs avaient connu et annoncé d'avance, montre évidemment que ce dessein avait pour auteur Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-môme. C'està M. Olier qu'il fut révélé, et ensuite à un pieux gentilhomme de Lituien, engagé dans les liens du mariage et père de six enfants, que

Dieu avait spécialement choisis j our étal • un hôpital et pourformer pour cette mai* une congrégation d'hospitalières qui lion renient d'une manière particulière sai Joseph. Or ce gentilhomme était sans f<: tune, ne connaissant pas même l'Ile - Montréal, et n'avait aucune des qualités <] semblaient nécessaires pour une œuvre extraordinaire. M. Olier assurait que Du avant établi l'Eglise par les interccssin de Jésus, Marie, Joseph, il voulait se sort de trois sortes de personnes , rem|!i de l'esprit de Jésus , Marie, Joseph, poi l'établissement de l'église à Villcmarie.Ce lui ou la compagnie dont il devait être fondateur, qui devait représenter Nolre-Sc gneur.

M. de la Dauvessière reçut des on.'r< réitérés avec bml d'évidence el d'une ru nière si pressante, el il eut sur Montr». et le Canada des idées si nettes et si \>n cises, qu'il se décida, avec l'autorisation d son confesseur, d'aller voir a Paris legani des sceaux; il se rend h Meudon où il éta: alors, et en entrant dans la galerie, il ren contra M. Olier. Alors ces deux homme qui ne se connaissaient pas, qui ne s'étaien jamais vus , poussés par une in«pir*tioi divine, se jeitent au cou l'un de l'autre s'embrassent comme deux amis oui se re trouveraient après une longue sé|»aratioii Ils se saluent mutuellement par leur nom ils se communiquent mutuellement le;irs révélations et s'entretinrent pendant trojs heures dans le parc des desseins qu'il* avaient formés l'un et l'autre pour procurer la gloire de Dieu dans l'Ile de Montréal, tous deux avaient reçu les mêmes lumières sur l'objet principal et sur les moyens.

Pour en venir à l'exécution, M. Olier composa une compagnie de personnes de haute piété, connue depuis sous le nom de Compagnie de Notre-Dame de Montréal.

plupart très-opulentes, toutes appelées ûe Dieu à contribuer par leurs prières ou j>»r leurs largesses au succès de ce dessein. M: de la Dauvessière les convainquit aussi >*. parfaitement de la vérité de sa mission, qui non-seulement ils ouvrirent leurs bourses avec empressement, mais que tous se tiurent bienheureux d'avoir été trouvés dign;* de contribuer h l'exécution d'un dessein si avantageux à la gloire de Dieu et au bm de son Eglise.

La première démarche qu'on fit fut «I ^ quérir l'île de Montréal, où on l'obligé (l'établir trois communautés, un séroiwure d'ecclésiastiques au nombre de <iii lia douze, une communauté d'instilutricesiwr l'éJucatiou des filles, un hôpital pour gner les malades. Ces trois cooimucaui** étaient destinées a honorer Jésus, Marie, Joseph. L'établissement du séminaira <ll" devait rendre les services spirituels aut colons français et sauvages el instruire l'* garçons, était celui que M. Olier forme bientôt après, l'établissement de la compagnie ^ Sainl-Sulpice, dont la Un. comme celle w sacerdoce lui-même, est de répandre I espr»

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de Noire-Seigneur Jésus-Christ. La conduite son imagination, et elle sentit intérieure-

du futur hôpital devait ôtre confiée auxhos- ment quelle aurait par la suite avec lui de*

piulières que M. de la Dauvessière établi- rapports très-particuliers que Dieu devait

nit pour honorer saint Joseph; enfin on faire naître pour sa gloire. Ce songe l'ayant

espérait charger de la communauté des insti- beaucoup frappée, elle le rapporta le

tutrices la personne que la Providence au- lendemain a quelques personnes de con-

rait choisie pour compléter ce dessein : ce fiance.

devait être la sœur Bourgeois, spécialement M. de Maisonnëiive ayant été voirsa sœur,

destinée à faire honorer la très-sainte- celle-ci le pressa d'emmener quelques-unes

tierge dans cette colonie. de ses religieuses; sur son refus, elle in-

l(. Olier, qui jetait en ce moment tes fon- sista, et lui parla de la sœur Marguerite»

iiem>'Dts de sa société, réunit les associés préfetle de la congrégation externe. Mlle lui

dé Notre-Dame de Montréal au nombre de raconta la vie extraordinaire et le projet

trente-cinq dans Kéglise de Notre-Dame de qu'elle nourrissait depuis longtemps pour

Paris au mois de février pour consa- le salut des jeunes filles. En entendant ce

trer celle lie à la Sainte-Famille. On donna récit, M. de Maisonneuve conçut aussitôt le

d'avance, a la ville qu'on allait bâtir, le nom projet de la voir, et pria sa sœur de la faire

de Villemarie. appeler. A peine tut-elle entré dans le

La Compagnie de Montréal avait offert la parloir que, jetant les yeux sur M. de Maiconduite de cette entreprise à M. Paul de sonneuve, Marguerite demeura frappée d'é- Chomed v de Maisonneuve, oui appartenait tonnement, en reconnaissant dans cet élrant l'une des meilleures famines de Champa- ger celui qu'elle avait vu en songe, et dans gne; celui-ci l'accepta avec joie dans l'es- le saisissement soudain qu'elle éprouve r poir de sacrifier sa vie pour la gloire de la elle ne peut s'empêcher de s'écrier : « Voici Mère de Dieu. Jl avait à Troyes une sœur mon prêtre; voici celui que j'ai vu dans religieuse de la congrégation, Mme de Cho- mon sommeil. » Après une exclamation si uedy, connue en religion sous le nom de singulière et si peu attendue, il était natu- KDur Louise do Sainte-Marie. Depuis l'année rel qu'on lui demandât défaire à la corn tttf, ayant été obligé de repasser plusieurs pagnie le récit de ce songe. Elle le raconta fois en France pour les besoins de la colo- sur-le-champ. M. de Maisonneuve n'eut pas ■ie, il oe manquait pas d'aller rendre vi- plutôt vu et entendu parler la sœur Marsiieè m sœur qui apprit de lui qu'il avait guérite, que pénétré d'estime et de confiance été nommé gouverneur de l'Ile de Montréal» pour elle, il avait désiré de l'emmener a, il tous les projets à cet égard. Montréal pour procurer à la colonie nais-

C'est alors que la sœur Marguerite apprit sanle un si riche trésor de grâces et de ver-

Vit ses compagnes l'intention qu'on avait tus. Il lui demanda donc si elle serait dis-

Re faire au Canada un nouvel établissement posée à passer à Villemarie pour y faire

^ni serait consacré à la Mère de Dieu. De- les écoles et y instruire chrétiennement les

jwisla faveur qu'elle avait reçue de la sainte en£anls. Elle répondit affirmativement, sans

liergejejourdu Rosaire 16M), elle ne soupi- hésiter, ne mettant d'autre condition que la

rail que pour travailler à la foire connaître volonté de ses supérieurs. M. de Maisou-

at aimer; elle fut trouver la supérieure de neuve et M. Jendret jugèrent que le songe

a congrégation pour lui faire connaître h était un moyen dont la Provklence s'était &>nd ses dispositions et toutes ses pensées, servi pour faire connaître sa volonté. La C'était la sœur Louise de Sainte-Marie, I» sœur Marguerite^onsulla des hommes exprojjre sœur de M. de Maisonneuve. El le di ri- périmentés dans les voies de Dieu. En langeait lacongrégation externe avec tant de bé- sence de Mgr [l'évéque , elle s'adressa Miction, uue l'a van l trouvée composée de au grand vicaire de Troyes; tous dernantonte tilles lorsqu elle en prit la conduite» dèrenl trois jours pour réfléchir. Après ce •llejeo laissa plus de quatre cents qui n'as- délai, tous l'engagèrent à partir pour lo ['iraient la plupart qu'aux vertus solides et Canada et dissipèrent ses appréhensions. • Il plus haute piété. Elle connaissait mieux Ces réponses étaient sans doute, pour la

3oe personne le caractère et la générosité sœur Maguerite, des motifs puissants pour

a la sœur Marguerite , elle fut ravie de s'abandonner à la Providence, mais la peu-

couverture qu'elle lui lit alors, et ne dou- sée de n'avoir à Villemarie aucune compa>

& pas qu'elle ne fût appelée de Dieu à gne, d'être expesée chaque jour à être prise

Jvailler dans une telle mission. En 1653, et mangée par les Iroquois l'ébranlait, elle

M. de Maisonneuve fut obligé de repasser voulut que la sainte Vierge, à lagloirode

•n France, avaul de retourner au Canada, laquelle elle était résolue de sacrifier même

il se rendit à Troyes pour visiter sa fa- sa vie, en allant lui former de fidèlos ser~

»ille. vantes au Canada, l'aasurât de sa propre bou-

Quelques jours auparavant», la sœur Mar- che que ce dessein était vraiment son ou-

gueni* avait eu un songe, où elle crufc voir vrage, et qu'elle serait elle-même sa gar-

^ndant son sommeil un homme grave et dienne et sa sauvegarde au milieu de tant

^nérable, dont l'habit simple et de couleur de périls. Or, comme la sœur Marguerite

«'une paraissait être moitié ecclésiastique, était dans sa chambre, occupée alors de

joiué laïque. Les traits du visage de cet toute autre choso que de son voyage : « Un

tomme qui lui étaient inconnus, demeuré- matin, étant bien éveillée, dit-elle, je vois

u<»l cependant vivement empreints dans devant moi une grande dame, vêtue d'une

m NOT DICTION

robe comme d'une serge blanche, qui nie dit : Va, va, je ne t'ahandounerai point, et je connus que c'était la sainte Vierge. » Après cette laveur, la sœur Marguerite se trouva toute résolue à partir.

Au lieu de faire provision d'argent ou do dardes, si nécessaires alors dans un pays où il fallait apporter d'Europe les choses les plus indispensables à la vie, elle se dépouille au contraire do tout ce qu'elle a et distribue même aux pauvres le peu d'argent qu'elle possède, ne voulant avoir pour tout bien que son immense confiance en Dieu. M. de Maisonneuve lui avait donné rendez vous à Paris ; elle s'y rendit n'ayant qu'un petit paquet qu'elle pouvait portsr sous son liras. C'était au commencement de février 1G53. Arrivée dans cette capitale avec un de ►es oncles, elle se rendit chez un notairo avec lui ; elle lit à ses frères un acte d'abandon de tous les droits qui pouvaient lui revenir dans la succession de ses père et mère. Pour ne pas susciter des obstacles à son pro.et, ollo l'avait laissé ignorer à Troyes. Son oncle cl sa lante qui raccompagnèrent à Paris n'avaient cui-mômes aucune connaissance de son dessein.

M. de Maisonneuve avait chargé la sœur Marguerite de faire parvenir ton* ses bagages, toutes ses commissions à Nantes où elle devait l'attendre; ses résolutions furent encore mises plusieurs fois à de rudes épreuves, et le dessein de la Providence lui fut manifesté d'une manière toujours plus claire dans une foule de détails qu'il serait trop long a raconter, et les humiliations ne lui manquèrent pas. Klle les accepta avec reconnaissance, s'eslimant heureuse de participer aux humiliations que la très-sainto Vierge avait reçues elle-môme à Bethléem. 11 y eut à bord 108 hommes tous gens de cœur pour déf ndre la colonie contre les Barbares. On mita la voile le 20 juillet 105.').

Mais bientôt la maladie s'étanl déclarée, la sœur Bourgeois eut occasion do déployer sa charité en leur prodiguant à tous les services qu'elle pouvait leur rendre et en les prénarahl 5 mourir saintement. Jour et nuit elle était près d'eux. Son séjour dans le navire fut une véritable et continuelle mission : elle faisait le catéchisme aux matelots et aux soldats. Le 22 septembre , ils arrivèrent à Québec où ils élaienl attendus avec impatience; leur arrivée causa une joie universelle. Le secours des soldais arrivait h propos, car les Iroquois eu grand nombre jelaient l'épouvante. C'est b celte occasion que la sœur Bourgeois lit connaissance avec Mlle Mance et se lia avec elle d'une étroite et sainte amitié. Malgré les etlorts qu'on lit pour prolonger le séjour do la sœur Bourgeois à Québec, ils remontèrent bientôt le Meuve Saint-Laurent et arrivèrent à Villemarie. Llle y jouil bientôt delà [dus grande considération, et ses vertus lui donnèrent un ascendant sur tous les esprits. On la trouvait partout où il y avait quelque bien à faire. On la voyait servir les malades, consoler les affligés, instruire les ignorants ,

A1KK NOT fc»

blanchir le linge ei raccommndcrgratuilcroent les bardes des pauvres et des soldais ; se «lépouillant en faveur des nécessiteux des choses qui lui élaienl les plus nécessaires. Klle |jrc»nait plaisir à couclier sur les planches qui étaient son lit le plus ordinaire. Lo dessein de Dieu, dans la fondation de Villemarie, éiait de répandre l'esprit de la sainte famille par trois communautés auxquelles donneraient naissance trois personnes qui participeraient, chacune, selon sa vocation , à l'esprit de Jésus, Marie, Joseph ; mais l'état chancelant de la colonie, toujours en guerre avec les Iroquois, n'avait pas permis à M. Olicr d'établir encore la communauté de-prêlres qu'il venait de former en France, et à M. de la Dauvessière celle des Hospitalières qu'il venait de fonder à la Flèche. M. de Maisonneuve entrepritun nouveau voyage en Franco pour venir solliciter, au nom des associés de Montréal, les secours qui élaienl devenue indispensables. M.Olier désigna quatre prôtres de son séminaire et prit l'engagement d'envoyer des Hospitalières de Saint- Joseph, qui venaient d'être fondées à la Flèche, aussitôt que les bâti menls qu'on leur destinait seraient achevés. Le navire qui portait les prêtres de Sainl-Sulpicc, à la lêie desquels était M. de Quaylus, avec des pouvoirs do grand vicaire , arriva à Québec le 22 avril 1G57. A l'arrivée do ces ecclésiastiques, les colons de Montréal firent éclater une joie proportionnée aux prières instantes qu'ils avaient faites pour les obtenir. Dès ce moment , la sœur Bourgeois commença l'exercice de ses fonctions de maîtresse d'école; elle alla habiter une pauvre élable qui fui le seul local dont on pul disposer alors. C'était là qu'elle devait former sa communauté, destinée à répandre dans la colonie l'esprit et les vertus de la sainte Vierge. Pour donner à la sœur Bourgeois des rapports de ressemblance plus natl'aits et plus touchants avec celte sainte mère, Dieu voulut qu'en entrant dans les fonctions de sa vocation, ello n'eût à Vilk-mane d'autre logement que celui que Marie avait trouvé à Bethléem, el que ce lieu qui rappelait si bion l'étable où son divin Fils avait voulu naître dans le monde , fût aussi le berceau do cette nouvelle société. Elleavaii servi de colombier et de loge pour des bêles à cornes. 11 y avait par-dessus un grenier où on ne pouvait mouler par dehors que i«ar b- moyen d'une échelle pour y courber.

M. de Maisonneuve lui en (il donation, ainsi (pie d'un terrain adjacent par un acte du 28 janvier 1658. Ce fut dans celte pauvre élable que la sœur Bourgeois commença a eiercer ses fonctions en faveur des petites û1^ el des petits garçons do Villemarie, dont elle fut la première institutrice et l'aj^lre. li y avait aussi dans le pays quelques lii es trop âgées pour venir a l'école, elle voulut étendre sa charité sur elles el les réunir Jw* cette maison pour les animer toutes a " piélé et les exciter à la ferveur. C'esl pourquoi elle établit, sur le modèle qu'elle a»a'« vu pratiquer a Troyos, la congrégation ex-

MOT DES ORDRES RELIGIEUX. KOT

terne qu'elle commença le jour Je la Visitation de l'an 1658. Ce fut cette môme année, et dans la maison delà Congrégation qu'elle reçut et qu'elle forma à la piété la première fille iroquoise a qui on eût conféré le baptême. Ce fut le 4 août, et on l'appela Marie iuNeiget; elle avaitdixmois. et elle mourut tii ans après; on donna successivement le m£me nom à d'autres petites ûlles de la même nation» qui moururent aussi. Le zèle d« la mère Bourgeois ne se bornait pas à la sanctification dos enfants et des jeunes filles, il s'étendait à tous les colons. Un dé- 5ir ardent qu'elle éprouvait était d'accroître la dévotion à la sainte Vierge, ce qui lui inspira la pensée de lui élever, à une petite distance de la ville , une clMipelle qui fat tout à la fois un lieu de pèlerinage et une sauvegarde pour le pays. Munie de la permission du R. P. Pijard, qui desservait la colonie, elle fit contribuer tous les habitants è celle construction. On l'appela Notre-Dame dt Bon-Secours, A son grand regret, ce Irarail avait été (suspendu, parce qu'on avait eu le projet de faire bâtir une très-belle église a Montréal.

La sœur Bourgeois n'ayant qu'une compagne, Mlle Picaud, pour l'aider dans «on œuvre, elle forma le projet d'aller chercher iTroves, parmi ses anciennes compagnes, -es filles zélées pour la seconder dans Tinstraction des enfants, et elle s'offrit pour accompagner Mlle Mance, et chargea du soin des écoles, pendant son absence, deux religieuses Hospitalières de Québec. La mère Bourgeoise! Mlle Mance partirent le 14 octobre 1658, et arrivèrent a la Flèche le jour des Hoir 1659; peu après elles se dirigèrent sur Paris , visitèrent tous les associés de Montréal. Mlle Mauce s'empressa d'aller voir M. Breton vil liers, supérieur du séminaire de Saiut-Sulpire. Ce fut sur le tombeau de M. Olierque Mlle Mance obtint subitement la guérison des douleurs intolérables qu'elle «DOurait depuis qu'elle s'était démis le bras dans une chute, comme nous le racontons dans la notice sur sa vie. (Voy. Hospitalières de Saist-Josbph.) Pendant que Mlle Mance, au comble du ses vœux, faisait tous •«préparatifs nécessaires pour emmener «tecelle les religieuses de Saint-Joseph à Viilemarie, la sœur Bourgeois, de son côté, réunissait de zélées et ferventes compagnes, destinées à former le noyau de la société qui devait répandre dans celte colonie l'esprit do piété envers la très-sainte Vierge. Les trois <jni s'offrirent furent les sœurs Aimée Chatel, Catherine Trollo et Marie Raisin. Quand le Mère de Mlle Chatel demanda à la sœur Bourgeois comment elles vivraient à Villemarié, elle lui montra le contrat qui la met- Uit en possession de l'étable ; eh bien 1 •jouta-t-il , voilà pour vous loger , et pour Je reste comment ferez- vous? — Nous tra- ^iilerousde nos mains, réponditMarguerite, )« leur promets à toutes du pain et du poce qui arracha des larmes à ce père , qui était notaire apostolique ; quelque amour lu il eut pour sa fille unique, il ne voulut

pas s'opposer è la volonté de Dieu. Celle-ci, avant de partir, fit donation de tous ses biens à ses neveux et à ses nièces.

Le vaisseau leva l'ancre et quitta le port de la Rochelle le 2 juillet 1659. Il y avait environ 200 personnes, parmi lesquelles quelques prêtres de Saint-Sulpice, les religieuses Hospitalières de la Flèche , trente tilles honnêtes dont la mère Bourgeois se chargea de prendre soin jusqu'à ce qu'elles fussent établies. La peste so déclara aussitôt à bord et emporta dix personnes , la mortalité ne cessa que lorsqu'on eut permis aux sœurs de Saint-Joseph, de prodiguer lours soins aux malades. Ce navire avait servi pendant deux ans d'hôpital d*) guerre, sans avoir jamais fait de quarantaine. La sœur Bourgeois déploya dans cette circonstance toute l'ardeur de sa charité, et eut le bonheur do faire rentrer dans le sein de l'Eglise deux huguenots, qui abjurèrent l'hérésie avant de mourir. Apres une navigation des plus pénibles, on arriva à Québec-, le 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge et à Montréal le jour de la Saint-Michel. La colonie de Viilemarie Ut éclater sa joie à la vue de ce nouveau renfort, du cette nouvelle recrue do colous forts et robustes, capables de défendre le pays contre les Irouois, et habiles en toute sorte de métiers; es sœurs de Saint-Joseph si longtemps attendues , des nouvelles institutrices qui devaient seconder la sœur Bourgeois dans l'établissement de la Congrégation de Notre- Dame, dont elles furent avec elle les pierres fondamentales; de deux nouveaux prêtres de Saint-Sulpice, tous dévoués au bien de la colonie.

On ne mène personne à Jésus-Christ que par la croix, les trois communautés, destinées à la fin la plus excellente , devaient être éprouvées par les contradictions de» hommes et porter leur premier fruit au milieu des épreuves comme c'est le propre des œuvres de Dieu. Les prêtres de Saint- Sulpice éprouvèrent beaucoup de contradictions à l'occasion de l'évêché de Montréal et de la part de Mgr do Laval nommé à ce siège. Les religieuses de Saint-Joseph furent plusieurs fois sur le point de quitter le Canada et de retourner en France ; on tenta tous les efforts pour envoyer les Ursulines à Viilemarie et pour réunir avec elles les membres de la congrégation de la mère Bourgeois. La fermeté de la supérieure des Hospitalières et de la sœur Bourgeois firent avorter ces projets entièrement contraires aux desseins de Dieu si clairement manifestés. El cependant ces longues épreuves que les filles de la congrégation et les sœurs de Saint-Joseph rencontrèrent pour s'établir, étaient peu de chose comparées aux craintes journalières de voir la petite colonie de Viilemarie succomber aux attaques continuelles des lroquois. Ces Barbares faisaient une guerre continuelle jusqu'aux portes des maisons. Un trait de bravoure, le plus mémorable de l'histoire du Canada, auquel on ne peut rien comparer de tout ce qu'offre

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l'histoire des Grecs et des Romains de plus magnanime, de plus audacieux , sauva le pays. Seize ou dix-sept hommes furent attaquer les sauvages, firent tôle pendant huit jours a 300, ensuite à 800 Iroquois, et inspirèrent tant de terreur pour le nom de Montréal que leur mort fut le salut du pays.

La mère Bourgeois et nombre d'autres personnes dignes de loi racontent plusieurs prodiges qui eurent lieu pendant celte guerre cruelle, où deuxprêtres de Samt-Sulpice, M. le Maislreet M. Guillaume Vignal, et Jean de Saint-Père, pris par les sauvages, curent la tôle tranchée, prodiges dont les effets durèrent longtemps et qui' eut un gran I nombre de témoins. Les sauvages mangèrent le corps do M. Vignal, ils tirent subir à un autre prisonnier, M. Brigeart, les plus horribles tourments. Dans l'espérance d'attirer ces barbares à la foi chrétienne par les bous traitements qu'ils recevaient, on les laissait approcher des musons et môme entrer dans la ville. Ce fut par une attention particulière de la divine Providence qu'aucune des sœurs de Saint-Joseph, ni de celles tlo la Congrégation, ne lomlw entre les mains de ces sauvages, malgré les tentatives qu'ils firent pour exercer sur elles leurs cruautés; ils s'étaient introduits dans la courdes sœurs de la Congrégation et de celles deSaint-Joseph plus expirées que les autres à sortir pendant la nuit pour soigner les malades et de la maison de Mlle Mance, pour saisir l'occasion d'en taire des victimes.

De quatre ecclésiastiques queM.dcQuaylus avait laisses au séminaire, deux avaient été massacrés par les sauvages. Les Filles de Saint-Joseph, ou les sœurs de la Congrégation no pouvaient obtenir de Mgr de Laval d'ôtre érigées en communauté; celles-ci se ▼oyaient continuellement menacées d'être remplacées par les L'rsulines. La colonie était exposée chaque jour à ôtre ruinée; toutes ces dispositions déterminèrent les associés de Montréal à céder celle île au séminaire de Saint-Sulpice, dont plusieurs membres jouissaient «l'une grande fortune. Par respect pour M. Olier, leur fondateur, et à cause de l'ordre qu'il avait reçu do Dieu, MM. les supérieurs acceptèrent les

}>ropnsitions et dovinrent seigneurs de celte le. Ils ne prirent celle décision qu'après avoir beaucoup prié pour connaître la volonté de Dieu; ce qui contribua aussi à leur faire prendre celle résolution, c'est que leur désistement eût amené la ruine des deux autres congrégations. Le 31 mars I6ti3 fut le jour de la conclusion. Malgré beaucoup de diflicullés, les communautés du séminaire, de l'Hotcl-Dieu, de la congrégation, destinées à répandre l'esprit de leur famille dans le Canada, ne se lassèrent pas d'accomplir les desseins de Dieu, et donnèrent naissance par leur concours simultané et par le moyen du P. Chaitminot, Jésuite, à une dévotion qui s'étcndil bientôt dans tout le Canada et qui est encore aujourd'hui une source abondante de bénédictions. Ce fut rétablissement du la confrérie <k la Saiute-Fouiille,

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institulion qui eut pour but o offrir aux familles chrétiennes les exemples de Jésus, Marie, Joseph, pour former leur conduite sur ce modèle : les hommes se proposaient d'imiter saint Joseph; les femmes la sainte Vierge, les enfants l'enfant Jésus.

Mgr de Laval ne croyait pas devoir encore approuver d'une manière officielle l'iihiiiut de la Congrégation à cause du genre de vie extraordinaire de ses Filles, sans vœux de religion et sans clôture, et parce qu'on avait désiré qu'elles se fussent réunies a une société déjîi existante, Monseigneur ne cessait d'engager les sœurs de Saint-Joseph a se réunir aux hospitalières de Saint-Augustin de Québec, ce qui était un çrand sujet d'affliction pour ces saintes religieuses surtout pour la sœur Maillet. En vue de la consoler et de la fortifier, M. Olier et M. de la| Dauvessière, jouissant de la gloire céleste, lui apparurent plusieurs fois et l'assurèrent l'un et l'autre, de la part de Dieo, que cette œuvre, qui était la sienne, subsistera il' malgré les oppositions des hommes et qu'étant sœur de Saint-Joseph, et consacrée à imiter et à honorer la Sainte-Famille, elle devait marcher par le chemin des humiliations, des contradictions et des croix.

Louis XIV, qui commençait à prendre en main le gouvernement de l'Etat, affligé des divisions qui arrêtaient les progrès do la prospérité du Canada, y envoya M. de Courcelles et M. Talon avec des pouvoirs extraordinaires, le premier, comme gouverneur général ; le deuxième, comme intendant. Ces magistrats eurent bientôt occasion de connaître par eux-mêmes les fruits que produisaient, pour le bien du pays, les communautés do Sainl-Joseph et de la Congrégation ; ils approuvèrent l'une el l'autre, celle-ci avec toule facilité de s'étendre dans les nabilations qui se formaient. Toula la population signa une requôte pour obtenir du roi des lettres patentes. Louis XIV témoigna le désir que M. de Bretinvilliers envoyât un renfort d'ecclésiastiques qui étaient réduits h onze, ce qui détermina M. le supérieur de Saint-Sulpice à en emover quatre autres, et M. Sourvil, membre de cetto société, passa lui-môme en France poor haier leur départ pour Villemarie.

L'objet capital du zèle de la sœur Bourgeois, pendant les vingt premières années de son ministère, fut la sanctification des jeunes filles et des jeunes garçons de Villemarié. Elle les réunissait dès l'âge lei»lu> tendre, afin d'imprimer les principes de l« foi chrétienne dans leurespntet d'appliquer les premiers mouvements de leur cœur à témoigner à Dieu leur amour. Son zèle embrassait les filles de toutes les classes de la société. (Juand la population devint considérable, les prêtres du séminaire se chargèrent d'instruire eux-mêmes et de fora*1* les garçons. La sœur Bourgeois faisait contracter en môme temps des habitudes de douceur, d'affabilité, de politesse, toujours inséparables do la vraie charité, et si J«>-

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qu'à ce jour il règne dans le pays une si ode douceur dans les mœurs de toutes classes de la société, et tant d'aménité les rapports de la vie, c'est au zèle de la mère Bourgeois qu'on en est redevable en grande partie. Outre la science de la religion, elle donnait aux petites filles les premiers principes des lettres humaines avec on succès qui répondit parfaitement a ses soins; elle inspirait à ses jeunes élèves l'amour du travail et leur en faisait contracter l'heureuse habitude, elle leur enseignait («oies sortes d'ouvrages. Comme le genre d'éducation doit être proportionné à leur naissance et a leur état de fortune, la sœur Bourgeois ouvrit un pensionnat au grand contentement des parents plus aisés. L'éducation que les jeunes personnes recevaient a la congrégation réunissait aux iTintages de la piété, qui en était l'âme, uoe manière aisée et modeste, qu'on attribuait à la vie non cloîtrée des sœurs

Pour entretenir et augmenter dans ses ëèm les bons sentiments qu'on lui avait inspirés, la sœur Bourgeois réunissait les joors de fêtes et dimanches, toutes celles vioot l'éducation était terminée et qui composaient la congrégation externe. Dans ces réunions elle leur adressait de ferventes et touchantes instructions sur les moyens de unctiâer dans le monde, et surtout sur les luovens de porter dans leurs familles la tonne odeur de Jésus-Christ. On ne saurait dire les fruits que produisit une institution si utile à la piété et a fa vertu de toutes les jeunes personnes. Par ce moyen elle les préserva efficacement des dangers auxquels leur innocence aurait pu être exposée, mais elle alluma encore parmi elles une sainte émulation de ferveur, qui fut l'occasion d'un grand nombre de vocations pour son institut. Outre les exercices spirituels de la congrégation externe, la sœur Bourgeois procura de plus aux jeunes filles de la classe indigente un nouveau moyen de persévérer dans la vertu. Ce fut de leur prendre d'honnêtes états, qui les feraient subsister du produit de leur travail. C'est pour cela qu'elle établit un ouvroir, appelé « Providence, où plus de vingt grandes des étaient formées et instruites par ses soins. Le séminaire se chargeait de l'entretien de plusieurs d'entre elles et donnait de l'Ius, chaque semaine, une certaine quantité ^ pains pour les nourrir. Cet utile établissent attira l'attention du gouverneur qui

* empressa de le recommander à la protection du ministre de la marine.

Comme )e zèle de la sœur Bourgeois à élever les jeunes filles avait pour lin d'en former de bonnes Chrétiennes, afin qu'elles lussent un jour de sages et vertueuses Dresde famille, la charité s'étendait aussi

* celles qui allaient de France à Villcruarie daus l intention de s'établir et d'accrottre la «"orne, bans tous ses voyages de France au unada elle prit toutes sortes de soins des Mes qu'elle amena avec elle. En effet, «lie les recevait dans sa maison, les logeait,

les nourrissait, leur donnait à toutes les instructions qui leur étaient utiles et les gardait avec elle jusqu'à leur établissement; et elle n'acceptait que des filles de vraies vertus. Enfin la sœur Bourgeois n'i-

Îmorait pas, que malgré la vigilance et toute 'ardeur de son zèle, quelques-unes des filles qu'elle avait élevées pourraient être ei posées & perdre de vue les obligations de leur état et a se ralentir dans les pratiques de la piété ; à celles-ci elle fournissait un moyen efficace de se renouveler dans le service de Dieu parles retraites spirituelles qu'elle leur faisait faire dans la maison de la congrégation. Elle y recevait aussi les petites filles aux approches de la première communion. Convaincue de l'importmco d'une digne préparation a celte action solennelle, elle était ravie de disposer les cœurs de ces enfants à recevoir leur Sauveur pour la première fois. Plusieurs parents désiraient même de placer leurs enfants en pension pendant les semaines qui précédèrent ce grand jour.

Mais les succès les plus puissants que la sœur Bourgeois offrit aux dames, pour les aider a l'œuvre de leur sanctification, étaient sans contredit les exemples admirables de sa propre vie. Le zèle apostolique dont elle était animée ne lui permettait pas de se considérer autrement que comme une victime chargée d'expier les péchés des autres. Il lui inspirait un amour ardent pour les soutrrances; en sorte qu'elle pourrait dire en vérité : Qu'elle portait toujours dans son corps la mortification de Jésus-Christ (II Cor. iv, 10), et qu'elle accomplissait dans sa chair ce qui manquait à la passion du Sauveur. (Colo$. i, 2*\.)

Elle prenait pour sa nourriture les aliments les plus grossiers, donnait toujours la préférence à ceux qui étaient de mauvais goût; elle les prenait ou trop froids ou trop chauds, en les délayant avec de l'eau, en y mettant de la cendre ou quelque autre poudre ainère qu'elle portait toujours avec elle pour s'en servir dans l'occasion. Elle mangeait peu, elle ne buvait gue de l'eau, qu'elle ne prenait qu'une lois par jour, même dans les chaleurs de l'été, et jamais en quantité suffisante pour étancher sa soif. C'était toujours dans une situation pénible. Le vendredi elle ne faisait qu'un seul repas. Son lit était le plancher ou la plateterre avec un billot pour chevet. L'hiver elle ne s'approchait pas du feu, et elle supportait les incommodités des autres saisons avec la même dureté. Son corps, qu'elle déchirait souvent par de cruelles disciplines, était de plus chargé d'instruments de pénitence très-meurtriers, et l'on ne peut entendre uarler qu'en frémissant d'un certain bonnet hérissé d'épingles au dedans, qu'elle portail secrètement nuit et jour sur là tête. Ayant été priée une fois de modérer ses austérités, pour se conserver à sa communauté, elle leur répondit par une instruction sur l'obligation où est le Chrétien de faire pénitence ; instruction qui fut si forte

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