C3 ROT DES OU M
marquis de Monlferranl, descendu des premiers barons de Guienne.
U jeune marquise se comporta dans son nouvel étal comme dans le premier, dont elle ne retrancha que ce qui était absolument incompatible avec les engagements qu'elle venait de contracter. Elle eut sept entants, dont trois moururent fort jeunes. Elle perdit son époux après vingt-quatre ans d union : c'était, ce semble, le plus rude coup dont Dieu pût le frapper, et elle y fut irès-$ensible, mais sans se laisser abattre. Au contraire, Diou ayant rompu ses liens, etfè reprit sa première résolution de se consacrer au Seigneur, attendant toutefois, potr l'accomplir, que ses devoirs de mère ne la retinssent plus au milieu du monde. Dieu prit soin de lui rendre sa liberté. Deux de ses filles se firent religieuses Annonciades. Elle envoya son fils à Rome pour y achever ses études. 11 ne resta près d'elle que la plus jeune de ses filles.
La marquise ayant formé son plan de vie, devint lo plus parfait modèle des veuves chrétiennes. Elle partagea son temps entre la prière et les bonnes œuvres. Elle s'interdit toute visite inutile , et jamais elle ne parut en public qu'avec l'extérieur Je plus modeste. On voyait à Bordeaux une femme de la première qualité, chercher à voiler, soosles dehors les plus simples, un air de grandeur qui se répandait malgré elle dans toute sa personne. Après six années passées amsi, elle crut pouvoir suivre l'attrait qu'elle "ait toujours nourri dans son cœur. Le célèbre couvent des Feuillantines de Toulouse jouissait d'uno haute réputation de uimetè. Son Ame généreuse crut que la vie austère et pénitente qu'on y pratiquait, était l'unique moyen de s'attacher a la croix qu'elle avait toujours aimée avec prédilection. Elle forma donc le dessein dy entrer.
Son Gis était revenu de Home, et pouvait dès lors se suffire à lui-même. Quand elle «ut réglé toutes ses affaires, elle lui fit part de sa détermination, et lui confia sa jeune *eur pour qu'il lui tint lieu de père. La tendresse que le marquis avait pour sa mère te porta à employer, pour la détourner de son dessein, toutes les raisons que la nature et sa douleur lui suggérèrent. L'attaque fui vive aussi de la paît de sa fille, qui n'apprit la résolution de la marquise que par les cris des domestiques dont toute la maison retentissait après son départ. Suivant les premiers mouvements de sa tendresse pour celte chère mère qui la fuyait, file sort tout en désordre, elle court vers le rivage sans dire accompagnée de personne, et va se jeter à ses pieds, l'inondant de sea pleurs et la conjurant par sa tendresse malurnelle de ne point l'abandonuer. Le cour*ge do la marquise en est ébranlé, vile fccorde à la nature un regard, une parole, une larme ; mais la grâce la rendant victorieuse de son propre cœur, elle ordonne Je 'leparu
la même scène se renouvelle à Toulouse * la norte du monastère, vis-à-vis do son
S RELIGIEUX. NOT r>i
fils qui l'y avait précédée. Les ordres les plusprécis desa mèro n'avaient pu le retenir , il rouvrit une plaie qui saignait eneore. Tout co que l'esprit et la tendresse h» plus ingénieuse peut imaginer fut mis en œuvre pour engager la marquise à abandonner son entreprise. Mais sa présence et ses discours furent une nouvelle matière aux triom plies de celte femme forte; elle sacrifia, jusqu'aux portes de la maison de Dieu, ce qu elle avait de plus cher au monde. Elle entra dans le couvent des Feuillantines et y prit l'habit de Saint-Bernard, le 11 juin 1603.
Par son humilité, son exactitude, sa ferveur, elle servit de modèle aux novices et d'exemple à toute la communauté; mais ses forces, no répondant pas à son courage, se trouvèrent épuisées au bout de six mois; et elle se vit contrainte de quitter sa chère solitude. Dieu n'avait voulu la cacher quelque temps au monde que pour la produire dans la suite par les fonctions du zèle, et la faire travailler à lui gagner des âmes. Mais il fallait, pour la rendre propre à un si haut ministère , qu'elle jetât des fondements solides de la vie spirituelle, qu'elle apprit à oublier le monde pour prendre l'esprit do Jésus-Christ par la pratique de toutes los vertus religieuses. La fervente novico ignorait tout cela: elle ne désirait que mourir sur la croix où Diou l'avait attachée. La déclaration du médecin et des supérieurs sur la nécessité de sa sortie la plongea dans la plus vive douleur. Elle obéit cependant, et no chercha de soulagement à sa peine que dans la prière. La consolation ne se fit pas attendre. Le Seigneur qui la conduisait lui manifesta plus clairement ses desseins. Il lui fit voir un grand nombre d'âmes sur le penchant de 1 abîme en grand danger d'y tomber si elles n'étaient promptement secourues. Il lui fit comprendre en môme temps qu'il l'avait choisie pour leur tendre la main. L'idée d'un ordre de religieuses qui s'omploieraient à l'éducation des jeunes personnes, sous la protection et h I imitation de la sainto Vierge, lui fut imprimée dans l'esprit. Elle vit qu'elle réparerait dans cet ordre toutes les injures que les hérétiques ont faites à celte divine Mère. Dieu lui représenta en même temps une image des grandeurs et des vertus de celte reine des anges et dos hommes.
Cette vision porta dans son cœnr la paix, la joie et un ardent désir d'exécuter la volonté de Dieu. Cette faveur céleste fut comme l'époque du grand ouvrage qui devait s'opérer par son moyen dans la Couioagnio de Notre-Dame. Aussitôt qu'elle eut ouiiui l'habit des Feuillantines, elle fut parfaitement guério et rétablie dans sa première vigueur. Elle revint à Bordeaux, emportant les regrets de toutes les religieuses que ses grandes vertus et ses brillantes qualités avaient charmées. Ou avait une si haute idée de sa sagesse, que sa sortie ne diminua rien do I estime qu'on avait pour elle. Chacun s'empressait de venir lui rendre hommage, heureux de retrouver en elle une
95b NOT DICTIO
contldente, un conseil, une amie, un modèle.
A peine eul-elle satisfait à tous les devoirs de bienséance, qu'elle songea de nouveau à se retirer du monde. Mais d'abord elle voulut lever un obstacle nui aurait pu retarder l'exécution de son projet et troubler ensuite son repos. Elle unit sn fille au baron d'Arpaillant, gentilhomme du Périgord. La marquise alla l'établir elle-même dans sa maison. Dieu avait ménagé ce voyage pour le salut et la sanctification de plusieurs jeunes personnes de qualité qu'elle arracha a l'hérésie, et qui devinrent, plus lard, ses plus fidèles coopéralriccs dans l'exécution des œuvres de Dieu. C'étaient les filles des seigneurs de Briançon et de Puyferral.
Libre désormais de tout soin, là marquise put suivre son attrait pour la solitude. Lllo choisit sa terre de Lamolhe, et y passa deux ans. C'est là que, dégagée de tout embarras, de toute sollicitude, elle forma le plan de ia société qu'elle se proposait de fonder pour venir au secours des jeunes personnes, toujours exposées au milieu du monde, et poursuivies alors par l'esprit de mensonge et d'erreur. Dans les étroites communications qu'elle eut avec Dieu, elle le conjurait de lui manifester ses divines volontés. Tour obtenir les lumières d'en haut, elle se livra tout entière à sa ferveur, en pratiquant les hautes vertus du cloître et s adonnant à tnules les bonnes œuvres. Dieu ne larda pas à l'exaucer; el le même esprit qui l'avait conduite dans la solitude l'en lit sortir, afin qu'elle portât plus loin le feu qui l'embrasait, et qu'elle le communiquât à toutes les personnes qui devaient suivre ses exemples ou concourir a >on dessein. La divine Providence lui avait ménagé plusieurs seeotir«. Les Jésuites venaient d'être rétablis en France. Connue sou projet avait beaucoup de rapport avec le principal objet ne leur institut, elle revint à Bordeaux pour les consulter. Kl le s'adressa 5 quelques Pères de cette compagnie, lis jugèrent bien qu'elle était prévenue île quelque grâce extraordinaire, mais ils ne donnèrent pas dans son sentiment touchant la fondation qu'elle projetait. Pendant ce temps d'épreuves, elle redoublait ses prières et ses bonnes œuvres. Déjà plusieurs jeunes personnes, attirées par l'éclat de ses vertus el les charmes de ses entretiens, s'attachèrent à elle , sans autre dessein que de seconder sa charité et de se former par ses conseils et ses exemples; mais la Providence avait d'autres vues, et les destinait à être les premières pierres vivantes de cel édifice spirituel qui devait bientôt s'élèvera la gloire de Dieu.
I n jour, les ayant assemblées et se regardant comme leur mère, par le seul mouvement du Saint-Esprit, qui sait donner de l'autorité aux grandes âmes qu'il anime, elle leur lit un discours plein de feu sur les vues (jue le Seigneur lui avait inspirées, el elle lit passer dans leur cœur le zèle qui la pressait fortement de les accomplir. Mais, afin qu'il parût que ce ne sciait pas un ouvrage
«AIRE .NOT 5;ç
de la sagesse et de l'industrie humaine?. Dieu voulut faire concourir les prodiges a l'exécution de ce grand dessein. Il y atait alors au collège de Bordeaux deux Jésuites d'une grande vertu : les PP. de Bordes et Raymond. Tous les deux gémissaient depuis longtemps sur les maux que l'hérésie causait à leur patrie, et ils faisaient d'instantes prières pour obtenir une femme fortu qui fît près des jeunes filles, ce que les Jésuites faisaient avec tant de succès d/iiii leurs collèges. Dieu exauça leurs vœux et les éclaira de ses divines lumières. Le même jour, fêle de sainte Thècle, 23 septembre 1605, comme ils célébraient les saints invétérés, ils conçurent l'idée d'un ordre 'u> religieuses sur le modèle de la Compagn e de Jésus, dont elles imiteraient la fin et U> pratiques de la manière qu'elles en seraient capables, et conformément à leur état. Mais ils ne connurent pas encore celle que Dieu avait choisie; et, quoiqu'elle ne fût pas aussi éloignée d'eux qu'ils le pensaient, ils ne la rencontrèrent pas d'abord.
Apiès plusieurs essais inutiles, et continuant toujours de prier, ils entendirent parler de la marquise. On la leur dépeignit comme une femme d'un rare mérite, d'une vertu éminente, d'une sagesse et d'un courage bien au-dessus de son sexe. Les PP. comprirent que celte dame était sans doute celle que Dieu avait formée lui-même \ vut cette entreprise, et cherchèrent l'occasion de lui parler, lis prièrent le P. de L^stow:, qui était dans le même collège, de leur oiénager une entrevue avec sa mère. LVsm obtenue, ils en insinuèrent bientôt le /riacipal motif. Elle ne leur parut pas aussi surprise qu'ils s'y étaient attendus. La joie qu'elle sentait secrètement de voir les effets de se- visions se réaliser, se répanJait malgré elle sur son visage cl dans ses discours, quelles que fussent les précautions de sou humilité. Cependant on ne conclut rien Jar.s celte première visite Le délai ne lut;-» long, car Dieu qui conduisait l'ouvrage, voulut bien s'expliquer par un second |-re>dige sur le choix auquel il fallait se déterminer. Peu de jours après, le P. de Borde» disant la messe à laquelle la pieuse veuve assistait, saint Pierre lui apparut, et lui monira de la main droite la marquise, agenouillée à un bout du balustre. Kile, de son coté, se sentit comme investie d'une lumière céleste, et entendit une voix intérieure qui lui ordonnait d'acquiescer au choix dont ta voulait l'honorer.
Dieu traita la fondatrice de la Compare de Notre-Dame de la même manière quil avait traité le fondateur de la Compagnie de Jésus ; car le prince des apôtres s'est renlu visil 'c 5 l'un et à l'autre, sans doute peur marquer la pari qu'il prenait en qualité Je chef de l'Eglise au zèle avec lequel iMevaienl la défendre et la soutenir. Cep*ndnit le P. de Bordes ignorait que M ,0(,e Montlerrant eût d'aussi fortes preuve* <F lui de sa vocation, et un ordre exprès ■» remplir. Il crut doue devoir agir le | MPI r
»7 NOT DES ORDKE
Il lai rendil une seconde visite dans laquelle »q tooclut qu'il fallait agir.
Quelle fut la joie de Mme de Monlferrant lorsqu'elle vit un chemin ouvert a son zèle 1 Quelle consolation elle éprouva surtout, de trouver du secours dans une compagnie qu'elle voulait prendre pour modèle 1 Elle laissa au P. de Bordes toute la conduite de l'entreprise aussi bien que du sa conscience, et elle le regarda comme un guide que le ael lui avait donné pour le dessein de sa fondation. Ils s'en firent l'un et l'autre une «flaire commune. La marquise s'était associée plusieurs jeunes personnes de familles distinguées, et d'une grande vertu, qui parlaient en tout ses vues et ses sentiments. Elles se mirent également sous la conduite du P. de Bordes, qui leur Qt faire les exerrices de saint Ignace. Elles étaient au nombre de dix. Tels furent les faibles commencements de la Compagnie de Notre-Dame.
Il oe suffisait pas d'avoir rassemblé un certain nombre de sujets propres a. s'emplover «u ministère de l'apostolat, il fallait les former À la vertu avant de les instruire du dessein nue Ton méditait. La fondatrice, qu'elles révéraient déjà et chérissaient comioa leur mère, les rassemblait très-souvent pour les unir étroitement ensemble, et leur uoaoer les instructions propres è leur avancement spirituel.
Après les exercices de la retraite, elle jugea qu'elle ne devait plus user de réserve. Les ayant réunies, elle leur développa l'esprit du nouvel institut. Elle leur dit qu'il serait une imitation de la Compagnie de Jésus; que, comme celte Compagnie avait le Fils de Dieu pour chef, elles auraient sa Mère pour patronne et pour modèle; qu'elles feraient une profession particulière d'étendre son culte, d'honorer ses grandeurs ti «l'imiter ses vertus; que les deux ordres auraient pour objet commun d'être tout à Dieu et au prochaiu, et d'unir l'action à la ruotemplation ; que h différence qu'il y aurait entre eux, c'est que l'un exerçait son ùle sur les personnes de tout état, de tout W«, de tout ûge, au lieu que l'autre se bornerait a former les jeunes personnes par I instruction et par l'exemple.
Tandis que la fondatrice préparait ainsi tes ûlles avec la sagesse que le Saint-Esprit répandait en elle, le P. de bordes les assemblait souvent aussi dans le même but, et travaillait, de concert avec la fondatrice, les règles du nouvel institut, sur le modèle des constitutions de Saint-Ignace, dont ils prirent la (in, l'esprit et les pratiques autant qu elles pouvaient convenir a des religieu- Les règles étant rédigées, la fondatrice les présenta, le 7 mars 1606, au cardinal de Ourdis, alors archevêque de Bordeaux, pour lu' il daignât les autoriser. Ce prélat qui la |' "naissait déjà de réputation, fa reçut avec p>»ié, approuva son dessein et lui promit de le favoriser de tout son pouvoir auprès du Pape, dont l'autorisation était nécessaire l<mr (,T]^r sa CODgrégation en ordre relifltui. lien conféra avec son conseil qui an-
prouva le nouvel institut. L'acte d'approbation fut signé le 23 mars 1606.
Une affaire conduite sous les auspices de la sainte Vierge et pour sa gloire, et è lauelle le jour de l'Annonciation avait servi 'un heureux présage, ne pouvait manquer de réussir à Rome. Le député choisi par la fondatrice et approuvé par le cardinal, partit de Bordeaux, le k août 1606, chargé de lettres pour Sa sainteté et pour plusieurs cardinaux. Ayant trouvé de fortes protections dans les cardinaux Bellartnin et Baron i us, il eut une audience favorable du Pape Paul V, qui, après avoir entendu le rapport de la congrégation établie pour les affaires des réguliers, examina lui-même les règles et constitutions, y ajouta de son propre mouvement quelques points importants, les hooora de ses louanges et confirma cet institut par un bref qui fut expédié le 7 avril 1607.
Pendant que l'affaire se traitait è Rome, la fondatrice redoubla ses jeûnes et ses prières pour sou heureux succès. Le Seigneur daigna exaucer sa fidèle servante, et lui en donna même l'assurance le jour de l'expédition du bref, par une vision eitraordinaire. Etant en oraison, elle se vit tout à coup environnée d'une grande lumière, au milieu de laquelle parut le disciple bienaimé, qui lui fit entendre sensiblement sa voix, et lui dit que le bref venait d'être accordé par le vicaire de Jésus-Christ. Cette faveur augmenta la dévotion que la vénérable fondatrice avait eue depuis son enfance pour ce grand saint. Elle le regarda dès ce moment comme lo protecteur de son ordre, qui continue toujours de l'honorer d'une manière spéciale,
Le député partit de Rome après avoir reçu la bénédiction de Sa Sainteté qui lui dit : « Je mourrai content après avoir établi un ordre de religieuses dont la fin est le salut des âmes. »
11 ne s'agissait plus que de trouver un local pour la nouvelle communauté. Le cardinal ayant fait don de la chapelle du Saint- Esprit, la fondatrice acheta quelques bâtiments voisins. Comme le bref de Paul V
1 prescrivait l'agrégation du nouvel institut à 'un des quatre anciens ordres, le cardinal l'unit à celui de Saiut-Bcnolt, le 9 janvier 1608.
Toutes les formalités étant remplies, il no restait plus qu'à donner l'habit h la vertueuse fondatrice et à ses filles. Le cardinal voulut y donner un grand éclat pour l'édification des fidèles et la confusion des hérétiques. Ce grand prélat les avait déjà humiliés le jour de son élévation à l'archié- )iscopat par une procession générale où il *>rla le très-saint Sacrement avec une >ompe eitraord inaire, pour faire connaître e trône de Jésus-Christ en lui soumettant le sien. Le même zèle qui le portait à honorer le Fils, l'excita a prendre les intérêts de la Mère par une action d'éclat. Un jour de grande solennité, il fit faire une leituro publique du bref d'institution de l'ordre de Notre-Dame. Il en rrit occasion de relever
W NOT DICTIONNAIRE flOT jç,,
la gloire de la sainte Vierge ei le mérite de n'aurai! jamais supposé que le prétorien» la v.rgin.lô avec une éloquence digne des déclaré du nouvel Institut ïwrSïïkSi saints PP. 11 termina par une magnifiquo idée qui en devait procurer la ruine £ exhortation sur amour des conseils évan- cardinal la laissa longtemps dans lî ûlul géhques, et sur l'estime de la véritable re- cruelle perplexité, il vint enfin ? la s 1 l.gion qui inspira et produit des vertus si rieure lui 'ayant renouvelé sa demande il l.éroiques. « indiqua enfin le lieu de la lui répondit qu'il n'y accéderait qoeouj prise de voile, en mvilant son peuple à y elle et ses filles se soient soumit . * ass'sler- qu désirait. La mère de Lestonac lui ré- Ce digne pontife fit lui-même la cérémo- pondit respectueusement qu'elles ne munie, le 1" mai 1608. La fondatrice reçut le vaienl changer d'état sans se montrer infjvoile noir et fut établie supérieure de cette dèles à Dieu, et que le bref du Pape, les letpremière maison. Ce jour mémorable entre très du roi, l'agrégation h l'ordre de Sainttous les autres est célébré chaque année Benoît, ne leur laissaient plus la liberté du avec beaucoup de solennité dans toute la changement. Le cardinal s'otfensa du dit- Comjiagnie de Notre-Dame. La mère de Les- r0,,rs de la mère de Lestonac et la quitta en tonac était alors âgée de cinquante-cinq ans; lui disant que sa résolution était prise, et mais elle n'avait rien perdu de ses forces qu'il ne changerait jamais, physiques; la joie sensible qu'elle eut de se Sentant toute l'amertume de sa situation voir au terme de ses désirs l'enflamma d'une celle bonne mère alla déposer ses peines sainte ardeur pour travailler à la gloire do Jans le sein de celui qui la soumettait à une Dteu el de sa sainte Mère. si rude épreuve. Dieu ne délaisse jamais Les œuvres de Dieu sont toujours traver- ceHx 9ui /e confient en lui. Il inspira à la sées. L'ordre de la sainte Vierge devait î,.xe **stonac un courage proportionné aussi avoir ce cachet. Dès son commence- ? 1 épreuve où elle était, et une foi qui lui ment, il fut tout à coup assailli d'une fu- , esPérer contre toute espérance. Elle rieuse tempête. Il devint un objet de cen- eihorl* ses chères filles a mettre toute leur sure dans toute la ville. Durant cet oratre confiance en Dieu. Les ferventes novices la mère de Lestonac n'opposa que la prière' n avaienl Pas besoin d'être exhortées a la Son silence, sa douceur et sa sagesse lui Persévérance. Dieu avait tellement affermi attirèrent l'admiration de ses adversaires le,Jr cœur contre cet orage, qu'elles n'en îumômes qui changèrent de langage. Cette renl P°,nl ébranlées. KHes promirent de ne bonne mère, persuadée que tout le bien Jama,s se séparer de leur mère. « Nous n'en d'une maison religieuse dépend de la régu- î>er0DS P«s moins à Dieu, disaient-elles; larité, commença par l'établir dans sa corn- nous ne ferons point de vœux, puisqu'on ne rounauté sous la direction des PP de la veul P*s les recevoir, mais nous l«s gardecompagnie de Jésus. Le Provincial de rons comme si nous les avions faits. » Mu- Guienne lui désigna en particulier son an- s,curs personnes puissantes s'intéressèrent cien directeur comme le plus propre à cet rpur elles; mais le cardinal demeura iofleiiemploi. Sous une sage direction, la vie re- , 1,6 ciel s'ét«»t réservé la gloire d'an ligieuse semblait renaître a Bordeaux dans changement qu'il pouvait seul opérer, et la maison du Saint-Esprit. La plus grande qu» effectivement lui coûta un miracle, ferveur y régnait. On y commença dès lors „ Monseigneur de Sourdis devait partir pour à exercer le but de l'institut près d'un nom- Rome\ Ma,s auparavant, pour justifier sa breuse jeunesse. La supérieure s'y employait conduite, il fit faire une seconde sommation elle-même, et était la première a tout. La 0 mère de Lestonac. Cette nouvelle tenufête de l'Immaculée Conception fut choisie 11 vo n a-anl P" réussi, il prit le parti de se pour une seconde cérémonie. Cinq novices ",ellre erl route, lise rendit À son château reçurent lo voile des mains du cardinal. La do L/)ru,on{ Çi y fit quelque séjour. Un jour, mère de Lestonac choisit ce jour pour con- Pendai,t qu était en prières, une lumière sacrer son ordre à la très-sainte-vierge et extraordinaire l'éclairé tout à coup sur l'irle mettre, pour toujours sous sa protection régularité de l'union projetée entre les deui n»**; iv. . tx , ' ordres. Il envisage cette affaire sous un tout iP< Ta r L\ i* T tcc,ordl des Ie«res-paten- autre aspect : ce qu'il avait cru raisonnable
mars U\mZ utSS^vi019' a°1* do ne ,ui **nU Plus W'UD* illusion. Con-
mars 1009, et le temps d épreuves des pre- vaincu qu'il avait eu tort, et qu'il allait eon-
n L^lonacrfit Pner le cardinal de les soumettre, el il dit comme Seul r.So.ineur.'pj*
h « „i Zil* Pro,fess,?n solennelle. Le pré- voulez-vous que je f.sse? . Au oîôme in^nt
lat qu déjà avait voulu confondre ce nou- son cœur esl changé. H prend la résolution
vçl 'iistilul avec celui de Sainte-Ursule, re- do contenter au plus tôt coi ô qu U a si «-
?JS ^?JCt' 0ubl,anl ^ ce qu'il avait vemenl consistées. UnT soumission s.
In J lilH . Va >UF i06116 cÇmmunaulé, il prompte est récompensée au moment même.
Un ré ?ô ni ,? -ïr.1'- qU 11 y re0SeraU' ^ ?amle Vier«e ,ul "Pliait environnée de
:;n T „ Si P6U c.onfor«"e aux gloire; et, sans lui adresser aucun reiwho
? '* . gracieuses qu il avait eues jus- sur le traitement qu'il avait fait aux tilles d*
Sérient. m!u 1ll,ca,îœuP à penser à la su- son ordre, elle se contenio de le» lui recoe>
partie du malhçur qui la menaçait, et elle meots d'une affection toute particulière. En
NOT
DES ORDRES RELIGIEUX
NOT
même temps ollo lui mit au cou une richo étole. A l'heure même, il retourne à Borlitaux . Dès le lendemain il se rend à la corn* nunaolé de Noire-Dame, et demande Uroe de Lestonan. Celle-ci se présente, ne sachant si elle doit s'attrister ou se réjouir. Du plus loin qu'il l'aperçoit : « Ma mère, ■ lai dit-il avec un air plein de douceur et d'affabilité, « ie viens recevoir vos vœux et ceax de vos chères soeurs. Dieu veut que jo tous accorde cette grflee, et il ne m'est plus possible de vous refuser. Préparez-vous à votre sacrifice. Je me rendrai demain dans voire chapelle pour y dire la sainte Messe M attirer sur vous les bénédictions célestes. »
Celle cérémonie so fit en effet le lendemain, jour de la fête de la Conception de la sainte Vierge, en l'année ICtO. Ainsi s'établit |<armi tant de contradictions le saint ordre de la Compagnie de Notre-Dame. Les secours humains n'y contribuèrent en rien. Dieu seul conduisit l'ouvrage, et de prodiges en prodiges le mena à sa fin.
Cette communauté fît des progrès rapides; oo grand nombre de sujets se présentèrent. Les deux filles de Mme de Lestonac, qui étaient depuis vingt ans dans le couvent des AnooDciades, demandèrent leur translation dans le couvent de Notre-Dame et l'obtinrent. Ce fut une consolation bien sensible l«ur la fondatrice et une grande joie pour toutes les religieuses, car il leur semblait •lue ces deux nouvelles plantes ne changeaient de sol et de culture, que pouriaire tirre plus longtemps les vertus et le nom de leur mère, et pour succéder a son rang et à ses emplois, particulièrement la plus jeone, quo ses brillantes qualités faisaient considérer comme une seconde colonne de li religion.
La réputation de cet ordre naissant se ré- PMdit bientôt au loin. L'opinion qu'on "ait des éminentes qualités et de la sainteté de la fondatrice contribua beaucoup a «fécondité. Elle eut la consolation de voir pendant sa vie plus de trente maisons de son °fdre. Kilo en fonda neuf elle-même, outre Bordeaux, a savoir : fiéziers, Poit:ers, le Puy* Toulouse, Périgueux, Agcn, Riom, tintes et Pau.
Sa longue carrière fut un modèle parfait te toutes les vertus. Son cœur était embrasé du zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes. Elle ne se proposait dans toutes s« actions que l'honneur de la Majesté di- T'ue. Sa devise était : A la plus grande fi'oire de Dieu.
Cet esprit de zèle lui faisait désirer de lavoir coucou rir à la conversion des infinies, et elle se plaignait do la condition Je son sexe qui 1 empêchait d'aller prêcher • r.vangde au delà des mers. On l'entendit jour s'écrier : « Que ne m'est-il permis, wju Jésus, d'aller partout l'univers pour Persuader votre amour à tous leshommcs!»
y suppléait en priant pour les prédi- ■ eurs de l'Evangile, et en communiquant 4 tout son ordre cet esprit aposloliquo dont
elle était animée, et qui était sa vertu dominante. Elle-même, en e(Tet, en donnait des preuves admirables. Tout Bordeaux fut charmé de voir la veuve de son gouverneur dans la poussière des classes, faire des catéchismes à des petites filles pauvres. Les douceurs mêmes de l'oraison la faisaient souffrir si elles traversaient ses entreprises; et, comme saint Paul, elle comptait au nombre de ses tribulations ses extases et ses ravissements, parce que Dieu même l'empêchait de travailler pour Dieu. Souventon l'a vue à son oratoire élever les bras comme Moïse pour le salut du peuple. Quand on lui demandait la cause des soupirs qui lui échappaient quelquefois : « Ilélas t «répondait-elle, « si vous saviez, mes chères filles, combien une seule âme coûte à Dieu, vous seriez ravies do donner vos industries, vos talents, votre vie même pour ce divin emploi. D'autres fois elle disait : Ah 1 que le bien d'une ftme est d'un grand prix I J'en suis affamée. » Ce grand zèle était la source de cette force chrétienne qui la rendait intrépide au milieu des contradictions dont sa vie fut mêlée. Quand elle avait entrepris quelque chose pour la gloire do Dieu, les difficultés qu'elle rencontrait dans l'exécution no la rebutaient jamais. L'histoiro de ses fondations le montre à chaque page.
La vénérable Mère de Lestonac sut admirablement allier la vie cachée à la vie publique. Elle a donné un exemple parfait de l'une et de l'autre. La foi la plus vive fut le fondement de sa vie intérieure. Cette vertu parlait si fortement à cette âme privilégiée qu'elle éclatait jusque sur son visage et dans tout son extérieur. Elle s'était fait une si grande habiludo d'agir dans l'esprit de 1» foi, qu'elle regardait toutes choses au travers de sa lumière. Elle voyait Dieu continuellement comme un flambeau qui l'éclairait et comme tin témoin qui l'observait dans toutes ses actions. Celto foi éclata d'une manière héroïque dans sa parfaite conformité à la volonté de Dieuau milicudes événements les plus fâcheux. En apprenant la mort de son fils qui n'était encore qu'à la fleur do son âge, elle ne dit que ces paroles ; « Dieu me l'avait donné, Dieu me l'a ôlé ; quo son saint nom soit béni. » Elle vit avec une pareille tranquillité mourir presque toutes les personnes do sa famille, malgré les circonstances douloureuses dont quelques-unes de ces morts furent accompagnées. Une vertu moins parf.'ite que la sienne eût succombé è de si cruelles épreuves. Elie était arrivée à cet état où rien ne vit plus en nousque Jésus-Christ el sa divine grâce.
Cependant le plus amer de ions les calices lui était encore réservé : la mort de sa mère, que rien ne put jamais détacher du calvinisme. Cette nouvellefut bien terrible pour une fille remplie des plus hauts sentiments de sa religion, et qui n'avait pu vaincre dans l'esprit de sa mère l'erreur qu'elle combattait si heureusement ailleurs.
NOT
NOT
Mois son cœur s'élevnnt au-dessus îles sentiments de la nature et n'émulant que sa foi, ello adora par un humide silence la profondeur des jugements de Dieu, File n'était parvenue h ce grand abandon d'elle* même et à < eue héroïque résignation, que par une mortification continuelle, car son naturel était vif et ardent.
Une vie si pleine de mérites el de vertus devait être récompensé.-. La Mère île Lestotuic avait achevé ce grand ouvrage pour lequel le Seigneur l'avait choisie. La fête de la Purification approchait. Depuis longtemps elle sollicitait la grâce de mourir ce jour-là, et Dieu lui en avait donné de forts pressentiments.
Plus elle voyait le temps s'avancer, (dus il lui était cher. Klle retrancha de ses occupations tout ce qui no regardait pas directement le service de Dieu, ne voulant plus penser qu'à Celui qu'elle était à la veille de posséder. Comme un flambeau qui, sur le point de s'éteindre, brille d'un plus vif éclat, son esprit recevait un nouvel accroissement de l'aruVur de sacharité à mesure que ses forces diminuaient. Le jour du Seigneur vint enfin ; mais il vint sans bruit el sans s'annoncer: il ne fut précédé par aucune maladie.
Le vingt-neuf janvier, la communauté commençait la retraite qui précè le la rénovation de la Purification. La vénérable Mère (pii depuis longtemps n'exerçait plus les tondions du supériorat, réveilla toule sa ferveur pour s'aquitter dignement de ce pieux devoir. Le 30, au soir, elle remercia Dieu de lui avoir donné la force de faire tons ses exercices. Knsuite elle pria la sœur qui la visitait chaque nuit, pour lui apporter quelque soulagement à cause de son grand âg.', de la laisser reposer. Malgré celte défense, la sœur vint selon sa coutume; mais elle la trouva sans mouvement et sans parole. Alors elle appelle les religieuses voisines. La supérieure accourt aussitôt el t'ait appeler le médecin qui déclaro que la malade est attaquée d'une apoplexie. Elle donna par intervalles quelques signes de connaissance dont on profita pour lui conférer l'Exlreme-Onctiou. Elle demeura dans cet étal un jour el deux nuits, et fut assisté.' par le confesseur ordinaire, et treize Pères delà Compagnie de Jésus qui se relevaient successivement.
Après l'action de grâces, toutes les reliçieuses se rendirent promptemcnl auprès de eur bien-aimée Mère. Le Père qui avait dit a Messe arriva le premier, et, montrant de a main à la mourante la communauté entière qui entrait dans sa chambre, iui dil : « Voici toutes vos chères filles qui viennent assister à votre dernier passage pour vous marquer leur attachement et leur reconnaissance. Elles vous prient, ma chère Mère, d'ajouter à tant d'autres grâces qu'elles ont reçues de vous, celle de votre dernière bénédiction. » Files répondit par un signe des yeux qu'clk lourna affectueusement vers ses chères liiles, qu'elle regardait les
unes après les autres à mesure qu'elle* entraient, suspendant ainsi son dernier soupir jusqu'à ce qu'elles fussent toutes assemblées. Après quoi cl'e rendit doucement son esprit à son Créateur dan* la pratique de l'obéissance et dans iV mour de ses chères Filles, le jeudi 2 février 1640, âgée de quatre- vingt-quatre ans.
Ainsi mourut, pleine de jours et de niériles, el trente-deux ans après la fondation de son ordre, la vénérable Mère Jeanne de Lectonac, fondatrice el première religieuse de la Compagnie de Notre-Dame, illustre par ses éminentes vertus, par un zèle ardent et infatigable de la gloire deJDieo, favorisée do plusieurs dons célestes, exactobservatrice des règles dont elle porta J.i pratique jusqu'au dernier soupir. On laissa cinq jours son corps exposé dans une chapelle ardente pour satisfaire la dévotion publique. Il exhalait une odeur très -agréai qui se faisait sentir au loin et parfuma* tout le lieu où il était exposé. La cérémonie de ses funérailles eut plus l'air d'un triomphe que d'une pompe funèbre. La Messe fut chantée en musique et le P. Chamois prononça son oraison funèbre.. On fut obigé de distribuer comme reliques toulce qm avait appartenu à celle vénérable Mère.
bruit des miracles qui s'opérèrent eo divers lieux par son intercession no contribua pas peu à augmenter sa réputation de sainteté, que le temps n'a point affaiblie, surtout à Bordeaux.
Le Ciel a daignéhonorerso servanted'ons faveur qui n'a été accordée qu'à un pcM nombre de saints : c'est celle de l'incorruptibilité de son corps. Il s'est conservé jusqu'à la révolution de 93.
En IG80, quarante ans après son inhumation, ce bienheureux corps fut trouvé tel qu'il était au moment de la sépulture. Chaque année, le 1" m8i, on changeait wn vestiaire pour satisfaire à la piété desjjm' munautés de l'ordre et 5 celle des fidèle* qui réclamaient ces précieuses dépouilles, lesquelles onl souvent produit des goénsons surprenantes.
Au moment de la tourmente révolutionnaire, les religieuses de Notre-Dame, que la force armée ne les arrachât de leur saint asile, voulurent soustraire leur vénérable Mère à la persécution. Elles la déposèrent chez M. de Galethau, son parent ; mais celui-ci fut mis en siresiatmr Les sentinelles s'aperçurent qu'une çai*-'-' était cachée chez lui, avec ce titre : JT; des religieuses de Sotre-Damejut^B^ dénoncent cette découverte à la Commua, qui fait transporter la caisse sous m* escorte à la mairie. Celte grande affaire r« renvoyée par Isabeau, représentant durpie, au comité de surveillance. Ils 50"^.' barrnssés de leur prise sacrilège, et dans ^ long espace de leurs délibérations laissent, sans s'en douter, à la vcoéra»-publique. On accourt de toutes par» a en : «• Al'.ons voir la sainte; • fWCtJ>