DES ORDRES
lut d3nc de s'agrandir et de Taire profiter un l'Ios grand nombre de vieillards des bienfaits qu'on voulait leur apporter. Quand nous parlons de conseil, il est juste de s'expliquer. Peu de délibérations avaient lieu dans la mansarde : le père recommandait à ses filles de prier, priait lui-même, et lorsqu'il croyait avoir reconnu la volonté de Dieu, il l'indiquait à ses enfants en leur laissant le mérite de l'obéissance ; l'obéissance, cette vertu d'un prix merveilleux, d'un ressort incalculable, qui reluit dans toutes les grandes oeuvres de l'Eglise, qui les soutient et les anime, les rend fortes et victorieuses! On prit à loyer un rez-dechaussée assez commode, une salle basse, humide, qui avait servi longtemps de cabaret. On pouvait y installer douze lits; ils y furent bientôt tous occupés. Les quatre servantes des pauvres avaient fort il faire autour de leurs pensionnaires. Il ne pouvait plus être question pour elles do gagner leur rie et celle Je leurs protégées en travaillant. C'était assez de rendre à leurs bien-aimés pauvres tous les services que réclamaient leur âge et leurs infirmités. Elles pansaient les plains, nettoyaient les ordures, levaient et couchaient leurs vieilles, les instruisant encore et les consolant; il était impossible de pourvoir aux autres nécessités. Le bureau de bienfaisance continuait aux vieilles femmes, ainsi réunies par la charité, les secours qu'il leur distribuait isolémont; il leur donnait du pain et leur prêtait du linge. Pour subvenir au surplus des besoins (et ils ne manquaient pas), celles des vieilles qui louvaient marcher continuaient leur ancienne industrie et sortaient tous les jours I>our mendier. Les sœurs préparaient los repaset partageaient elles-mêmes ce pain de ta mendicité ; de la sorte, avec les secours imprévus et impossibles à prévoir qui arrivaient de temps à autre, on parvint à se suffire.
Ce n'était pas cependant assez do partager ce pain mendié; [Dieu exigeait un nouveau sacrifice et un dernier abaissement; la mendicité des vieilles femmes avait l'inconvénient de les remettre constamment dans le danger de leurs mauvaises habitudes, de les rapprocher de l'occasion de s'enivrer, par eieinple, qui était le vice dominant de la plupart de ces malheureuses; les sœurs, jalouses surtout du salut de leurs pauvres, voulurent les éloigner de celte tentation et Jeur épargner aussi l'avilissement delà mendicité, bien que la plupart y eussent vieilli cl n'en ressentissent pas Pignorainie. Le p£re propose à ses enfants de n'être plus seulement servantes des pauvres, mais do devenir aussi mendiantes par amour pour elles et pour la gloire de Dieu. Le sacrifice ne fui pas plutôt indiqué qu'il fut embrassé. &aus scrupule, sans hésitation, on se fit mendiante. Jeanne, la première, prit un l'anier et sortit immédiatement; elle se présenta bravement, le cœur enflammé de l'atnourde Dieu et du prochain, dans toutes les maisons où ses pauvres étaient habituel- Dicxioss. dbs Ordres relu?. 1\\
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lement secourus. Elle recueillit humblement et avec reconnaissance l« s morceaux de pain et les liards qu'on voulut bien lui donner.
La Providence réservait là , pour les Petites-Sœurs, une ressource inépuisable. De-
fmis ce temps, elles ont ramassé le pain de eurs pauvres dans cette noble et sainte mendicité. Toutes ses compagnes ont imité Jeanne. Elle est cependant restée la quêteuse en titre, pour ainsi dire, de l'institut; elle est Infatigable et ne se contente pas de parcourir Tes villes où l'œuvre est établie, elle va partout, exposer simplement et dignement l'objet de sa démarche, les besoins de ses pauvres, et parler des miséricordes du Seigneur à leur égard. Rien ne la rebute ni ne fa confond; elle voit la main de Dieu en tout, elle remercie de ce quo cette main dispense , elle espère ce que cette main refuse , et ne doute pas de la géuôrosité ui de la bonté de ceux qui ne peuvent participer à son entreprise. Le dévouement incroyable n'attire i«s seulement les bénédictions de Dieu, H conquiert les suffrages des hommes; ceux qui proscrivent la mendicité n'ont pu s'empêcher de reconnaître la vertu de cette noble et intrépide mendiante; l'Académie française lui a accordé un prix de vertu.
Dès les premiers jours, ce dévouement surprit et toucha : la quête faite par les sœurs fut plus abondante que celle des pauvres vieilles : on ajouta quelque chose a* liard ou nu morceau de pain accoutumé.
Des vêtements, des meubles, des provisions de toutes sortes se trouvèrent à la disposition des sœurs; les pauvres en furent mieux traités.
Le linge toutefois manquait : celui du bureau de bienfaisance était déjà insuffisant, et la détresse devenait extrême , lors-
3ue le bureau, pressé d'autre part, se vit ans la nécessité de retirer aux Petites* Sœurs le linge dont il disposait en faveur du leurs pauvres. Dans cette anxiété, les Peti tes- Sœurs eurent recours à leur ressource ordinaire : elles prièrent et s'adressèrent plus particulièrement à Marie, la chargeant île venir à leur aide.
Le jour de la fêle de l'Assomption, on dressa un petit autel à la sainte Vierge. Un gendarme, voisin de l'asile, quo le peuple appelait d,éjà l'Asile des bonnes femmes, louché de ce qu'il voyait journellement dans celte maison bénie , se chargea d'élever et de décorer le petit autel. Les sœurs étendirent au-devant tout le pauvre linge de leurs protégées 1 cinq ou six chemises composaient la richesse de la maison : point de draps. La sainte Vierge se laissa attendrir : ehl qui ne l'eût pas été en présence de celte misère? L'autel fut assez visité les jours suivants, la divine Mère toucha les cœurs, chacun s'empressa de soulager celte détresse. De pauvres servantes, qui n'avaient rien à donner, étaient leurs bagues et les passaient au cou de l'Enfant Jésus que ter nait entre ses bras la Vierge Mère, don;
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DICTIONNAIUK
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une statue, haute comme la main, dominai». I autel, l'ar celle industrie et < file miséricorde, les pauvres si' trouvaient suffisamment pourvus de chemises, tic tira; s ut des autres lieues indispensables-.
l'n cercle de ridicule et d'opprobre s'était cependant formé autour d'elles. Kl le s eurent à boire toute la boule de leur mendicité . ou les montrait au doigt eu les raillant; l'humilité et la conliani e en Dieu leur Taisaient supporter toutes les rouira liftions et surmonter toutes les difli- mités; c'était une jaison pour s'abandonner plus entièreiuent à la Providence, Pendant le> premières années le nombre des membre* de cette t'ainille resta le même, et cependant le nombre îles pauvres ne cessait décroître. Ouand lu re/.-ilu-cliau»é«: tut plein, on acbeta (en 18'r2) une grande maison, on n'avait rien pour la payer; M. l'abbé le Tailleur vendit sa montre en or et quelques ell'els; deux des so'iirs avaient quelques économies, on en eut assez pour paver les liais du contrat, eu chargeant la Providence de payer le surplus. Kl le ne lit pas défaut, au bout d'un an la maison, <pii avait coûté ■J2.000 IV. , était entièrement pavée, elle* recurent 5 celle époque l'aimable nom de Pentes-Sœurs des pauvres.
D'après leur constitution , et selon leur \<eu d'hospitalité, les Petites -Sieurs pourvoient aux besoins de leurs vieillards, et ne prennent pour e:les que le surplus des dessertes. Un soir d'lii>er, il ne reslait plus pour les Sœurs que le quart d'une livre de pain, elles se mirent a table, di;cnt leur JhnctUalc, et se le renvoyèrent de l'une à l'autre; pendant que le petit débat avait lieu si gra» leuseuieiil et si j<» , eu^emei.l , on sonna à la porte, malgré l'heure avancée, c'était la Providence qui envoyait du presbytère une abondante aumône de pain et de viande. On pourrait citer d'autres exemples de cette attention constante de Dieu a pourvoir aux besoins de ses enfants. L'histoire de la fondation de divers ordres religieux abondent en traits pareils; on comprend qu'ils ont dû sourtout se renouveler pour les Petites- Sojuis des pauvres si confiâmes en la Providence.
Les âmes des malheureuses créatures qu'elles recueillirent ne résistaient pas à leurs bienfaits; la charité qu'on exerçait a leur égard leur faisait connaître Dieu , elles apprenaient à goûter, à aimer, à servir la divine Providence qui leur avait envoyé dans leur misère, des sieurs si dévouées et si compatissantes.
La maison élan pleine, toute pleine : les sœurs, pour assister plus de pauvres, avaient eu beau se loger au grenier, il n'y avait .plus de place, li y avait cependant encore 'des pauvres dans la ville et ses environs. .On avait du terrain, et dans la caisse une pièce de 10 sous. On songea à bàlir. On mit cette pauvre pièce de lit) centimes sous les pieds de la statue de la sainte Vierge, et on commença hardiment. Ou était habitué déjà aux merveilles de la Pi o\ ideiiee , et
les faibles mains des Petiles-SoMir*. an-cutumées autrefois a la lingerie cl à la muture, n'hésitèrent pas à commencer les ira vaux des bAiimenls. Elles savaient bien qui c'est le Seigneur qui édiiie , et non pas I, force des ouvriers. Kl les déblayèrent !<* 1er rain, ci misèrent les fondations, et s'e\er tuaient h recueillir les matériaux. Lu or une lois, Dieu n'en demandait p^s d.iwn tage; il répondit h celte audaie qui ne reculait devant rien. Les ouvriers de S:em Servan s'émurent en voyant le dévomiu. : des sœurs. Ils otlVireiit d'aider à ces travr; bénis. Les charrois furent faits gratuit» ment , les aumônes d'argent abondé'e:.
Puis les travaux n'étaient pas terminé* .p: le nombre de* sœurs commença à s'aui lie; Dieu récompensait euliii la con-lan. des fondateurs. Leur audace était allée juscpi songer à établir de nouvelles maisons ; quatre Sœurs ne suffisaient que par u miracle constamment renouvelé à tout?
les charges de Saint-Servan ; elles élan-i déterminées cependant à ne pas laisser et-tt petite ville seule jouir des bénéfices de h-u entreprise. Klles ne considéraient pas Icu faiblesse ; elles ne songeaient qu'au bita faire. Au>>iiôl que leur nombre bit accru Marie-Augustiue partit pour Hennés. Aum;: ressource n'était préparée; elle allait lente une seconde fois les merveilles qui s'éMieii déjà opérées devant elle. Son premier son fui, non pas île recueilli." de l'argent , tw: de chercher des pauvres. Kn relounmtit , Saint-Serwm la .Mère Marie-Augustine f >:;» la maison augmentée, et comprit ce qui- ni voulait dire. Il y avait 15, en elL l, une virt' de dialo.ue entre les Petites-So-uts et f divine Providence, aussi fut-on oiq^^ ; accueillir les propositions de Dman, «.u-iu cèse de Saiul-Brieux. L5, comme ii lUi rteleur premier soin fut de chercher a sou'.r;?; les pauvres vieillards. Klles les installe; vt; dans un local qui avait servi de prison t< qu'on avait abandonné, parce qu'il était hamide et infect. La chambre la plus saine t'ai destinée aux vieillards, les sœurs s'au oajtuodèrenl du reste. C'est une coutume <Js laisser toujours la bonne part à leurs lié:e«.
Jusqu'alors, on s'était Contenté de vor au jour !e jour : en répondant aux grâv?* de la Providence et aussi en la violentai un peu, selon les préceptes de l'Ecriture, or: était a la tin de l'année 18i6, après avoir trois maisons. La l'ami Ile comptait h-" sœurs, on songeait à une quatrième findation. Klles voyaient qu'il y avait tant ùe pauvres à soulager, tant de ceurs à convertir : mais que peut une simple tille s;!iis » rédit ? Tout, pourvu qu'on soit armé if inconstance inébranlable, qu'on laisse à l»:^, la gloire de toutes choses. Klles ne re| 0u-\' sèreul donc pas les ouvertures qui k*ur dirent faites de venir à Tours; comme toujours elles ne demandaient qu'un petit i'."> pour se loger en arrivant, et la liberté i: Jgir. Eu arrivant dans cetto ville, le> ramiers jouis de janvier 18-V7. il resU.tiju qu'es centimes dans leur bour:C. Au u^!'
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de février 1848 , elles firent , au prix de 8Ù.0C0 fr. , acquisition d'un local capable de contenir de cent à cent cinquante personnes. Comment tout cela fut-il payé? C'est toujours la même merveille. A cause du petit nombre de sœurs ( pendant longtemps elles ne furent que trois ) , la fondation de Tours fui très-pénible : la fatigue épuisa leur santé, la supérieure Félicité mourut deux ans après ; la Mère Marie n'a jamais pu rétablir sa sanié. A mesure que les besoins se faisaient sentir, la Providence s'empressait toujours d'y satisfaire, nous parlons des besoins urgents et indispensables, car pour l'agréable et le superflu on n'y songeait pas. Par une conséquence du vœu d'hospitalité, quand un pauvre se présente dans une des o^isons, et qu'il n'y a pas de lit, une sœur donne le sien, et s'accommode ensuite comme rite peut. Le lit des sœurs, d'ailleurs, ne frit pas grande envie et se compose en tout d'une (taillasse. Un jour qu'elles manquaient de draps, elles allaient couper en deux le >eul qui leur restait pour en donner la moitié à une femme qui arrivait, lorsqu'on entend frapper à une porte, c'était un jeune homme qui apportait six paires de draps. Ouand la sœur les porta à ses deux compagnes, elles se mirent toutes à genoux en pleurant pour remercier Dieu. Voilà des traits de la Providence comme on pourrait en citer mille arrives* dans chacune des mai- >ons. C'est de Tours, au milieu des tner- «eilles dont nous parlons, que l'œuvre défait prendre son extension; une douzaine de postulantes se présentèrent. On songea à taire une fondation à Paris. Ce fut vers le printemi*, 18&9, que la Mère générale et la Mère Marie y arrivèrent ; la maison de Nazareth leur donna l'hospitalité; les bonnes religieuses de la Visitation, fidèles à l'esprit de saint François de Sales, envoyèrent de leur couvent quelques provisions aux *ieux fondatrices. Elles furent souvent obligées d'aller aux fourneaux desservis par les Filles de la Charité chercher la soupe ci des légumes qu'on y distribue aux mendiants en échange do bons dont la valeur est de un ou deux sous. Inconnues et* perdues au milieu de tant de personnes déguenillées a dégoûtantes de saleté, ollcs attendaient leur tour, tendaient leur ôcuelle au guichet et portaient easuiie, moyennant ses deux tous, lu dîner de la communauté tout entière. Au bout de cinq mois d'attente elles trouvèrent en lui, rue Saint-Jacques, ir 277, uue maison qui, successivement agrandie, contient cent cinquante pauvres. Pendant qu'on avait tant de peine à s'établir à Paris, une autre fondation se faisait à Nantes, où le P. Le Pailleur avait été appelé par les conférences de Saint-Viuceni de Paul. Le Km Père laissa à ses Filles, ou plutôt la Providence, le soin de fournir à toutes les charges de la maison, il y laissa la même assistante Marie-Thérèse avec 20 fr. ; il ne leur restait que i fr. quand arriva la permission de l'autorité ecclésiastique; trois moi* après une maison était bien moulée