POL DES ORDRES
bizarre Missel que condamna le cardinal de Btsij. L'abbé Maria laissait lire a Saint-Po- Ircirpe, les Prières chrétienne» dn D. Quescel, que ses partisans ont souvent réimprimées. Il suivait ses Instruction* tur le mrrtmtnt à» pénitence, dédiées à la duchesse H« LonRoerille, livre cher aux jansénistes; il différait longtemps l'absolution aux pénitents qui s'adressaient à lui. Il avait miopté le chant de Clany , c'est ce qu'avaient bit aussi les premiers solitaires de Port - Boyal , et la petite communauté du diacre Péris avait aussi, dans le même temps relie préférence étrange» on peut dire blâmable, puisque le Bréviaire de Clunv a subi de si judicieuses contradictions; lui-même, M. de Maria avec toute sa ferveur ne se confessait que tous les mois. Il y avait encore dans ses règlements quelques dispositions an moins étranges, sinon répréhensibies.
Nais néanmoins dans les choses essentielles il était soumis aux décisions de Rome, voulant en tout obéir à l'Eglise, et rester dans liœmmaoion catholique. Ainsi il avait signé le formulaire et il admettait la constitution Inçenitus. Je crois pouvoir le comparer, (uns le faire sous le rapport de la science et du mérite) sur ce point à l'abbé de Rancé. Awsi les jansénistes, quoique persuadés <;o« l'abbé Maria fût des leurs, écrivaientils, dès l'année 1728, qu'il avait eu soin d'écarter de son monastère tout ce qui aurait torde sentir le jansénisme. Il nV réussit ras. Lui du moins, le vertueux aboô Maria était d'une régularité et d'une austérité édifiantes dans sa conduite. On estimait ses qualités ; sa position indépendante et son état lui donnaient latitude sur des points Mirais. Il savait comment les évéques sont généreux de réprimandes et exigent avec foison une grande rigidité de conduite dans leurs subordonnés, mais il gémissait, dit son historien, quand il vojait des évéques destitués de l'esprit de leur état, et, il ne craignait pas dans l'occasion de leur témoigner son improbation. Il s'écria an jour envoyant ctoz an archevêque une table dressée pour k jea : Exurqe, Dette, judica caueam tuam. •lertz-tous. Seigneur, prenez tous-même la àtf'Mt de votre cause. • (Psal. lxxiii.) Et une «uire fois s'élant tourné vis-à-vis trois ou quatre évéques qui avaient les cartes à la main, etqui pour faire contenance devant un si saint abbé, se mirent è lui parler de sa réforme, et du dérèglement des anciens religieux, il leur dit : Ces reliyicux n'avaient rien oui tint de uerétat. Ils étaient des buteurs et des joueurs. Lî mort de l'abbé Maria fut un coup terrible pour sa réforme, et pour son monastère. Des Catholiques puissants etzélés tirent des efforts poorla maintenir dans la maison de Saira-Po- Ijcarpe, déjà signalée comme janséniste et déjà bien dévouée à cejparti, du moins dans la («rsonne de plusieurs de ses religieux. Pour ^uteoir la réforme il eût fall u, comme à la fral'pe, «■ abbé régulier; mais Saint-Poly- «rjje fut donnée en commande à l'abbé de p-heraud, qu'il ne faut pas confondre avec 'abbé de Bôcheraud, son neveu, fanatique
Dicrross. ois Ordres reuo. IV.
RELIGIEUX. POL tCM
du diacre Paris. Loin de rien donner à l'esprit de nouveauté, l'abbé Bécheraud dont il est ici question, quoique chanoine de Montpellier, ne partageait point les folles idées de Colbert, son évêque, et il était entièrement soumis à l'Eglise. Il désirait que la réforme se maintint I Sa int-Poly carpe, et il promit à dom Arsène, prieur, sa protection et son concours, mais, résidant à Montpellier, il ne pouvait avoir sur son abbaye qu'une influence faible et indirecte; sur dom Àrsenne retomba donc tout le poids du gouvernement de la maison, et s'il eût eu, ainsi que ses frères, un autre esprit, il eût été 1 homme qu'il fallait dans ces circonstances difficiles. Il avait été l'ami et le confident de Lafite-Maria, et avait toutes ses intentions et ses pensées. Tous les pouvoirs nécessaires pour le gouvernement des novices et des postulants, comme le pouvoir d'absoudre de tous les cas réservés, lui furent accordés par son archevêque, M. de Beau veau. Son litre de prieur claustral, à défaut d'un abbé régulier, lui donnait d'ailleurs une autorité suffisante, pour le maintien de la discipline régulière. La Providence lui ménagea dans un des religieux, le frère Benott, un digne coopérateur, sur lequel il se déchargea du soin du temporel, qui prospéra entre les mains de ce frère. Ils prirent tous les moyens de maintenir l'austérité de l'observance, et s'opposèrent aux propositions, pent-étre un peu fondées, que firent alors quelques religieux de la modifier en certains points. 11 y avait alors dix profès è Saint -Polycarpe. M. de Latite-Maria, frère du réformateur, y habitait en qualité de pensionnaire. Il avertit dom Arsenne de la disgrâce subie par l'abbé d e R usson, princi pa 1 d u co 1 1 ége d e Na rbon ne. à Paris, qui venait d'être destitué pour son fanatisme janséniste. Cet abbé de Russon était parent de dom Arsène, qui lui écrivit pour le consulter, et montra dans celte lettre des sentiments condamnables, et qui prouvent à quel parti il était attaché. 11 tomba bientôt malade, et dans le cours de cette maladie oui l'enleva, il prit, même par écrit des précautions pour éloigner ses confrères de la signature du formulaire, et de l'acceptation de la bulle Unigenitus, qu'il refusait de recevoir de bouche ou autrement. Il eut le dessus des difficultés avec M. Bordon, vice-gérant de l'archevêque de Na rbon ne dans le pays de Rasés. Il était en cela bien différent de son ancien supérieur l'abbé Maria, qui se montrait toujours soumis et était toujours pour l'acceptation dans les discussions que soulevait le zèle d'un ardent janséniste, 1 abbé de Tournus, commensal du diacre Paris, dans les visites qu'il fil deux ou trois fois è Saint-Polvcarpe; car toujours cette maison fut on objet de prédilection pour les novateurs, qui s'y attachèrent de plus en plus et virent pourtant leurs erreurs, en s'accréditantdans cette maison, on amener promptement la ruine. Comme on vit dans îe monastère que la mort allait bientôt ravir ce zélé supérieur, on le pria de désigner son successeur; les religieux étaient peu nom-
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fore ut el presque tous Iniques et il" une ins- Irucliou l'eu étendue; il d'omi prendre une si grande i 'cs|)firisnl»i lité. Le 7 novembre 1720 il dérida sur la cendre cl la paille a l'âge d'environ trente-neuf ans. Doin Arsenne s'appelait dans le monde Joseph Calmés de Montazels, d'une famille noble du diocèse d'Alet, et, a part ses erreurs janséniennes, il avait de si belles qualités, qu'on peut le regarder comme la meilleure acquisition qu'eût faite la réforme de Saint-Holycarpe ; il n'eut point positivement de successeur. IaI maison fut gouvernée après lui par dom Dorothée, simple clerc, qui n'eut quo le titre de doyen, déjà u>ité dans la maison, môme du temps du prieur. Il utilisa les talents d'un simple novice, qui n'avait l'habit que depuis le 28 octobre de la môme année, mais qui était déjà prêtre et Agé de 36 ans ; c'étnit le P. Vjgnier, de la congrégation de la Doctrine chrétienne , janséniste zélé, qui eut àSaint-Polycarpe, le noinde domJérômo. l'n autre capitulairedu 3 mars 1730, autorisa iiom Dorothée, quoique simple clerc, a reeevoir la prufesMon des novices. Il lit de concert avec ses frères, des innovations qui i».e contribuèrent pas à consolider la maison; il abattit Tordre des conter*; il fit une nouvelle classe de religieux, qu'il appela sousnovices, pour aider les frères donnés, qu'on gardait sans les astreindre a des vœux. Dans l'état précaire où so trouvait le monastère, vu le petit nombre de profès et de prêtres, les religieux ne laissèrent pas que de rédiger un acte capitulairo contre tout projet de mitigation. Ce fut le dernier acte d'autorité que fil le frère Dorothée Le P. Jérôme venait de faire profession, et le 13 novemhro 1730 la communauté l'élut pour prieur; l'élection fut approuvée et apprise avec joie par l'autorité diocésaine, qui lui donna le pouvoir do remettre les cas réservés, mais dans l'intérieur du monastère seulement. Ce nouveau prieur était un homme austère et zélé, mais inalheurousement un ardent janséniste, et il contribua par ses imprudences et son entêtement à Attirer sur son monastère les mesures qui en causèrent la destruction. Il y avait à Saint-Polytarpc dos habitudes étranges ; comme 5 Port-Hoyal autrefois, quelques prêtres no montèrent jamais à l'autel; luimême, dom Jérôme ne disait la Messe que quatre fois par semaine, cl les jours où il s'en abstenait si on ne trouvait pas de prêtre séculier pour le remplacer, la communauté récitait les psaumes de la pénitence au moment où elle aurait assisté au saint sacrifice. Il soulfrait et môme autorisait dans rétablissement la locluredes livres du parti. Ou ne pouvait venir dans cetto maison sans s'apercevoir do l'osprit oui y dominait. Le frère du réformateur, M. Lafite-Maria, novaleur ardent, fatiguait les hôtes par ses déclamations et sou zèle contre la bulle Inigcni tus.
Les choses en vinrent au point que l'archevêque obligea les religieux à icnvovcr cet homme de la maison. Mgr do tteuuvëau
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désirait pourtant la conservation de ce monastère, el la communauté elle-même a toujours été persuadée que les mesuresapparentes de rigucurqu'il faisait prendre détends en temps par des visites ou des réprimandes, n'étaient que des précautions pour sa réputation personnelle et ses propres intérêts. Les sujels venaient en petit nombre et, sor ce petil nombre, peu persévéraient; la mort, d'ailleurs, continuait, comme dans les premiers temps h faire de nombreuses victimes parmi les profès elles novices. Mgr de Beauveau exigea des adoucissements a l'austérité tics observances. On ne lut accorda que quelques points légers. On reçevait comme on avait reçu, dès l'origine do la réforme, des sujels qui finissaient par scandaliser et voler la maison en partant ; c'en était fait •le la solidité de cet établissement. Au bout de six ans, on rétablit l'usage de recevoir des frères en qualité de convers, et en cela on lit bien; mais l'esprit de Dieu n'était plus dans ce monastère, où d'une part on vit des religieux enfreindre la règle, d'autres la garder matériellement, mais se noyer dans le fanatisme janséniste. La mort de Mgr de Beauveau, arrivée le 4- août 1739, iiàta la dispersion do tous les membres de la maison, ou du moins la réduction à dent religieux. Les congrégations les plus respectables, les Catholiques ne voyaient qu'avec un grand chagrin l'esprit "semi-calviniste s'enraciner dans celle abbaye qui ne conservait sa réputation que chez les hommes prévenus el éprisdes mômes sentiments. Mgr deCrillou fit une visite pastorale an monastère en 1741 ; la communauté n'élait alors composée que de cinq religieux de chœur, savoir : dom Jérôme, prieur; dom Pierre; le frère Moïse Bclot; le frère Arsène ; le frère Antoine Cicéron. Il y anit de plus quatre novices de chœur et <1eui frères convers; parmi les novices on comptait le frèro Marc, alors clerc tonsuré de Limoux, appelé dans le monde Marc-Antoine llaynaud, que je signale en particulier, parce qu'il devint ensuite prêtre et curé dans le diocôso d'Auxerre , où il composa différents ouvrages. Enfin, il y avait dans le nombre un novice convers. C'était dont on personnel do douze individus, sans parler des donnés , pensionnaires et domestiques.
La visite de Mgr de Crillon eut lieu le U avril ; le prélat était accompagné de Mgr Je Chamllours, évôquo de Mirepoix, de irois prêtres et de nombreux domestique*. Les religieux so réunirent à l'église pourlesrecevoir au chant des psaumes et avec le* cérémonies accoutumées. Mais en entrant, l'archevêque les fit taire et n'ouvrit la booche (pue pour dire : Voilà un vaisseau qui • la forme d'un navire. A près une petite prière, on se rendit pêle-mêle a l'abbatiale, Cesfof* rues étranges, la conduite des domestiqué qui marchaient en bottes sur le pavé du sanctuaire comme sur une place publiqoe, et cousant tout haut, n'étaient guère propres