PRE DES ORDRES
ioo baptême, elle reçut le nom de Marie, auquel elle ajouta celui d'Anne quand elle forma sa congrégation, fille annonça d'abord an tempérament robuste et vigoureux, mais une chute qu'elle 6t a l'âge de seixe mois affaiblit sa constitution, au point que .iepuis cette époque jusqu'à sa mort, elle souffrit }>resque toujours. Depuis cet accident, elle ne put plus se tenir debout, même me des appuis, ni se mouvoir autrement qu'en se traînant sur le dos à l'aide de ses nains. Elle arriva ainsi à l'êge de six ans. Alors, celte pauvre enfant,déjâ pleine de foi et de piété, conçut une ferme confiance d'être guérie par la protection de la sainte Vierge, sa patronne, et demanda à sa mère d'être portée tous les matins devant une statue de Marie qui se trouvait dans une église voisine.
Sa raère n'eut garde de contrarier de si pieux sentiments, et, la preuant dans ses bras, elle la portait chaque jour devant l'image de Marie, et l'y laissait seule, assise par terre, prier à son gré. L'enfant, contente d'être aux pieds de sa patronne, lui parlait arec la simplicité de son âge et la foi d'un âge plus avancé : Sainte Vierge, disait-elle, Çutrii'moi, je t'en prie, guéris-moi, je f'opporterai des bouquets et aes couronnes ; je te faai donner une belle robe par ma mire. Et elle répétait ces prières enfantines pendant des heures entières. Le lendemain, il fallait la rapporter encore devant la statue de Marie, ou elle recommençait la même prière, et toujours avec la même foi et la même confiance d'être guérie par la sainte Vierge.
De retour à la maison, elle se récréait galbent avec tous les enfants du voisinage qui se rassemblaient autour d'elle. Elle les divertissait par l'enjouement de son esprit, l'hilarité do son caractère, et se faisait aimer de tous. Chaque jour ils revenaient la trouver avec un nouvel empressement, et elle, de son côté, les revoyait chaque jour avec un nouveau plaisir. Ressentant dès lors les prémices de sa vocation, elle éprouvait un grand désir de pouvoir leur faire la classe, et, préoccupée de cette pensée au milieu de ses jeux, elle eût voulu savoir lire pour instruire tous ces enfants; elle s'appelait toujours la Hère, et se faisait obéir en conséquence. C'était elle qui présidait à tous les amusements, et quand quelqu'une faisait une faute et n'entendait pas bien le badinage, elle la réprimandait et la corrigeait auelquefois sévèrement, sans que cependant les enfants s'en offensassent, tant elle savait dès lors, si l'on peut le dire, se foire respecter et aimer tout à la fois.
Celte idée première de sa vocation fut comme un germe qui se dévelop|Mi promp- Ornent. Un jour que, par oubli de sa mère, •Ile se trouvait délaissée au lit, dont elle était par elle-même incapable de descendre, •lie conçut la pensée de consacrer sa vie à instruire l'enfance, et cetto pensée, qui s'offrait pour la première fois a son esprit, la ebarma, déjà il lui semblait se voir entourée
d'une troupe d'enfants, auxquels elle enseignait le catéchisme, et elle était heureuse. A dater de ce moment, la vocation des écoles occupa toute son âme. Mais, pour pouvoir se dévouer irrévocablement à celte œuvre, il fallait que Dieu la guérit de son infirmité. C'est pourquoi elle continua ses instances chaque jour auprès de la sainte Vierge avec plus de ferveur encore qu'auparavant, et avec plus de confiance de réussir, puisque, si elle demandait la santé, ce n'était que pour la consacrer à la plus grande gloire de
Enfin, le jour de la Nativité de la trèssainte Vierge, 177à>, elle fut exaucée au moins en partie ; elle demanda les béquilles que sa mère lui avait fait faire autrefois, niais dont elle n'avait pu se servir, et à l'aide de ces appuis, elle marcha tout à coup avec facilité, et fit plusieurs fois le tour de la maison toute transportée de joie.
La jeune Rivier , quoique marchant à l'aide de béquillos, ne cessait de demander è sa chère patronne une guérison plus complète. La sainte Vierge l'exauça entin, après trois ans de prières; et pour rendre le miracle plus éclatant. Dieu permit qu'en courant avec ses béquilles, l'enfant fil une chute qui lui rompit la cuisse, de sorte qu'on désespérait de sa guérison. Sa mère, désoléo, ne trouvant point d'espoir sur la terre, s'adressa à celle que l'Eglise appelle la consolation des affligés, et que sa tille invoquait depuis si longtemps. Il y avait à Pradelles, petite ville du voisinage, une statue de la sainte Vierge en grande vénération, devant laquelle une lampe était allumée jour et nuit; la roèTe affligée prit de l'huile de celte lampe, en oignit, avec foi et confiance, -la partie malade du corps de sa fille, et le quinzième jour, fête de l'Assomption, l'enfant se lève avec assurance, marche seule et sans béquilles, et transportée de joie, se rend à l'église pour remercier Dieu et glorifier la sainte Vierge.
La jeune Rivier était alors dans sa neuvième année, et pensant qu'elle n'avait recouvré l'usage de ses membres que pour travailler à la gloire de Dieu, elle ne songea plus qu'à se donner tout entière à la piété, afin de correspondre aux vues de la Providence.
Ayant souvent entendu lire la vie des saints, elle pensait souvent à leurs grandes vertus. Les travaux des apôtres et des hommes apostoliques provoquaient en elle un désir immense de faire aussi quelque chose pour la gloire de Dieu et le salut des âmes : mais co
3ui la ravissait par-dessus tout, c'était la vie es Pères du désert ; elle enviait leur bonheur d'avoir vécu loin du monde, uniquement occupés de la pratique de l'oraison et de la pénitence ; elle forma le dessein de so retirer elle aussi dans un désert pour y vivre dans une plus parfaite union avec Dieu. Déjà même elle s'en était ouverte à une personne dont elle voulait faire sa compagne, lorsnue sa mère, instruite du projet, lui fit défense d'y penser. Obligée de vivre dans le monde, elle ne s'en consola que par la pen-
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séo qu'elle pourrait y travailler a. In gloiro do Dieu on instruisant l'enfanco. tëlle était surtout remarquable par son amour pour les pauvres : elle ne pouvait los voir sans se se sentir émue de compassion et d'un vif désir de les soulager ; elle leur donnait tout ce dont elle pouvait disposer, et ne recevait jamais la moindre pièce de monnaie sans penser à l'instant à quel pauvre elle pourrait en faire l'aumône, En jour qu'elle avait reçu de son parrain une somme un peu plus forte, elle se mit aussitôt à la recherche d'un pauvre pour la lui donner; mais n'en trouvant pas assez tôt au gré de son impatiente charité, elle demande à une femme qu'elle rencontre si elle est pauvre, et sur la réponso de celle-ci qu'elle n'est pas riche : « Eh bien, lui dit-elle, si vous voulez cette somme, la voilà, » et elle lui donne à l'instant tout son petit trésor. Elle aimait tant les pauvres quo c'était un bonheur pour elle de leur donner non-seulement tout son argent, sans jamais en rien réserver pour le plaisir ou la vanité à l'exemple des autres entants ; mais encoroses robes et ses vêtements, autant que sa mère le lui permettait : elle ne gardait que ce qu'elle avait sur le corps, et si elle avait deux jupes, elle en quittait souvent une pour vêtir une enfant pauvre. Aux aumônes, elle aimait a joindre les bons offices : souvent on a vu celle toute petite enfant conduire par la main, dans les rues de Montpézal, une pauvre aveugle qui élail lo jouet des autres enfants, et la mener partout où elle voulait, sans se mettre en peine des railleries qui lui en reviendraient.
Préparée par tant de vertus et de bonnes œuvres, la jeune Hivier lit sa première communion a onze ans, et, l'année suivante on la plaça chez les religieuses de Notre-Dame, à Pradelles, pour y i'airo son éducation. Ello y entra avec bonheur, car depuis longtemps èlle aimait la vie des monastères. Dans celte nouvelle demeure, sa conduite édi liante, son application, ses succès, sa sagesse, son bon caractère, lui eurent bientôt gagné l'esiime et l'affection de toutes les religieuses. Au bout de peu de temps, on la jugea capablo d'être maltresse elle-même, et ou lui confia les enfants de la première communion, avec un certain nombre de grandes filles , pour leur enseigner lo catéchisme et les former à la piété ; elle leur apprenait à faire l'oraison, et les animait à la vertu. Son gouvernement était si remarquable, que, malgré sa petite taille, qui l'eût fait prendre pour une enfant de sept ans, lout le pensionnat la respectait, lui obéissait, plus mémo quelquefois qu'aux religieuses. On l'aimait en proportion, parce que dans les récréations on la trouvait bonne, complaisante, aimable, condescendante jusqu'à l'excès; elle se prétait alors a tout ce qu'on voulait, n'ayant aucune volonté quo celle de plaire et d'obéir à ses compagnes en lout ce qui leur était agréable ; et elle profitait de cette amitié, que toutes lui témoignaient, pour les porter à la piété et los exciter à la ferveur. Après un séjour de seize mois au couvent de Pradelles, sa mère