‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 220 sur 323 · PUE MM · texte numérisé non relu

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l'en retira, et la fit revenir à la maUon paternelle.

Dieu qui avait de grands desseins sur la jeune Rivier, avait voulu l'y nréj»arer parde grandes croix intérieures. Son âme était troublée ; toutes ses pensées, ses paroles et ses actions devenaient pour elles des sujets d'inquiétude. Ces peines prenaient leur source dans l'ardeur même qui la transportait de plaire à Dieu en tout, et qui lui fit croire qu'elle était obligée de suivre toute» les bonnes pensées qui lui venaient daos l'esprit ; la seule idée de faire un vœu lui paraissait un vœu, en sorte qu'ayant pensa un jour qu'il serait très-agréable a Dieu qu'en s'cngageanl par vœu à toul recevoir des mains de la Providence, sans rien demander, ni rien refuser, elle prit celte ppnsée pour l'engagement même, et se crut liée à ne demander a uoi que ce fût sous peine de péché mortel. Pleine de cette idée, elle ne mangeait à table que ce qu'on lui présentait; mais si on ne lui offrait rien, elle ne mangeait rien, et comme dans la maison de sa mère l'usage était, au lieud'olTrir les plats qui étaient sur la table de laisser chacun se servir et manger a son gré, elle se levait souvent de table sans avoir rien pris, el avec une faim qui la faisait horriblement souffrir. Bientôt elle dépérit; elle devint d'une maigreur extrême, au grand chagrin de sa mère, qui n'attribuait la conduite de sa fille qu'à un dégoût maladif de toute nourriture, et était loin d'en soupçonner la vraie cause. Mais la perte de ses forces no la faisait pas changerde résolution ; elle était décidée à mourir plutôlqueda manquera son engagement prétendu, lorsque Dieu, enfin, permit qu'elle fût tiréede cet état par une femme simple et sans instruction à qui elle s'en ouvril, et qui eut assez de scos pour lui faire comprendre son illusion, assez de prudence |>our en avertir sa mère.

Au milieu de toutes ces peines d'esprit. Mlle Hivier ne perdit rien de toutes ses qualités aimables. Elle était toujoura gai* comme si elle n'eût rien souffert, toujours affable et obligeante; sa bonne conduite et sa modestie édifiaient tout le monde, el pénétraient d'admiration et de respect tons ceux qui la voyaient. Sa louange était dans toules les bouches, on se recommandait à ses prières, comme aux prières d'une sainte; et cependant elle no s'enflait point de ce$ témoignages d'estime: au lieu de croire le monde qui la louait; elle rentrait en ellemême pour voir ce qu'elle étail devant Dieu, et y trouvait toujours de quoi s'bumilier et se confondre.

Mlle Rivier passa ainsi trois ou quatre ans dans la maison paternelle, après quoi sa mère jugea à projK)s de la replacer au couvent de Pradelles pour y achever son éducation. Elle y resta huit mois, et pendant ce temps elle édifia, comme autrefois, toute la communauté. Comme autrefois aussi «Ha J fut entourée de l'estime el de la considération des religieuses qui lui confièrent les mêmes emplois où ello s'était rendue si utile aux pensionnaires. La paix et la joie

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Ultérieure dont elle jouissait dans celte maiion, lui inspirèrent le désir de s'y fixer fi-airoe religieuse; mais la faiblesse de sa santé et le désir que ses parents avaient Je la conserver, furent des obstacles insuru:onUbles, qui, bien loin de la rebuter, ne firent au contraire que rendre plus vive son ardeur pour la vie religieuse. Ce fut dans ces dispositions qu'elle sortit du couvent de PnJelles pour revenir à Montpézat, au sein Je sa Camille.

A peine fut-elle de retour, qu'elle s'occupa arec ardeur des moyens d'élever une école où elle pût instruire et former à la piélé l'enfance abandonnée. Elle chercha un local convenable, qui lui fut cédé par les filles du lers ordre de Saint -Dominique, et ouvrit m classe, qui fut très-nombreuse en peu de jours; toutes les personnes de bien s'erajfessèrent de lui confier leurs enfants. On *it avec admiration cette jeune personne de ou-buit ans, maintenant dans son école l'ordre le plus (îarfaii, respectée de tous les enfants, honorée des parents eux-mêmes, sur lesquels elle avait su prendre tant d'autoriié, qu'Us ne lui parlaient jamais qu'avec respect.

Frappées du bien qu'elle faisait dans son fcole, les filles du tiers ordre lui proposèrent de se charger en même temps de leur noviciat. Mlle Hivier qui ne savait reculer devant aucune espèce de bien, qui d'ailleurs avait de grandes obligations a ces pieuses filles pour la cession qu'elles lui avaient ûite de leur maison, et qui, enfin, avait été elle-même agrégée au tiers ordre, accéda volontiers à cette proposition. Sous une telle maîtresse, le noviciat prit une face nouvelle et on accroissement inespéré. Elle mettait tout en œuvre pour former à la vertu les nonces confiées à ses soins.

Mais ce n'était pas encore assez pour le tele de la jeune institutrice. Inquiète du

'tiger auquel sont exposées les jeunes filles do monde jusqu'à l'époque de leurmariage, file conçut le projet de les réunir chaque jour, et d'en faire une espèce de commuante, autant que la position de chacune le

Gmietlrait. Une de ses amies, Mlle Chamn, lui ayant offert sa maison et sa personne pour l'exécution de ce pieux dessein, •Ile communiqua aussitôt sa pensée aux jeunes personnes de la paroisse; et tel fut son ascendant sur elles, que bientôt la nouvelle communauté se trouva composée de tout ce qu'il y avait de filles vertueuses ians Montpézat. Mlle Rivier, heureuse de ce concours, organisa ces pieuses réunions, nomma une supérieure et une assistante, et t"ça les règles à suivre. 11 fallait, pour être admise, faire une retraite, une confession générale ou au moins extraordinaire; on ne devait assister à aucune noce, ou à aucun wptême, sans la permission de la directrice. Dès le matin, toutes celles qui n'étaient pas eiuj'flchées par leurs parents ou leurs occultons, devaient se rendre chaque jour, 4 »ec leur ouvrage, chez Mlle Chambon; lè, en faisait la urièreet la méditation en com-

REUGIEUX. PRE fPM

mun, puis commençait le travail, pendant lequel, chacune à son tour, faisait une lecture édifiante. Celles qui n'avaient que des travaux manuels compatibles avec leur séjour dans cette pieuse réunion, y demeuraient la plus grande partie de la journée; et Mlle Rivier et Mlle Chambon les récréaient par des histoires, des cantiques, des conversations gaies et instructives à la fois. Ainsi se passait la journée dans une sainte joie; et le soir, toutes se rassemblaient pour veiller en commun; on disait le chapelet, on faisait la lecture et la prière, on se récréait, et quand l'heure était venue, chacune se retirait tranquillement chez soi.

Jalouses de profiter aussi des avis et des lumières de Mlle Rivier, les femmes Tinrent a leur tour la prier de les réunir chaque dimanche pour les instruire de la religion et des devoirs de leur état; quoique accablée d'occupations, elle s'y prêta de bonne grâce, et ses instructions furent tellement goûtées, que ces femmes mirent en elle toute leur confiance.

<}u'on juge, d'après cela, combien étaient grands les travaux de Mlle Rivier pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Chaque jour, elle avait à diriger sa classe, le noviciat du tiers ordre, l'assemblée de ses jeunes filles, et h répondre à tous les avis qu'on lui demandait; cependant, tel était son dévouement et son ardeur pour le bien, qu'elle trouvait encore le moyen de vaquer a d'autres œuvres de zèle : elle s'occupait de tous les pauvres de la paroisse, étudiait en détail les besoins de chacun, et donnait, selon les circonstances, du linge, des habits ou de l'argent, quelquefois même une partie de son repas; elle recueillait les orphelines abandonnées, et les plaçait ensuite dans des maisons honnêtes, recevait avec bonté tous les malheureux qui se présentaient à sa porte, faisait l'aumône de tout ce qu'elle avait, et quand elle n'avait plus rien, ello empruntait pour les secourir.

A ces sollicitudes s'en joignaient d'autres bien plus graves encore. M. le curé de Montpézat lui envoya tous les enfants de l'un et l'autre sexe, et se déchargea sur elle des soins de les préparer à la première communion, déclarant publiquement qu'il abandonnait tout a ses soins, et que, sans autre examen ou informations, il admettrait ou rejetterait tous ceux qu'elle aurait admis on rejetés. Elle s'acquitta de celte nouvelle charge avec son zèle ordinaire, et elle réussit parfaitement dans le but que M. le curé s'était proposé, en la chargeant de tous ces enfants; ils écoulèrent ses instructions avec le plus grand intérêt, et la sagesse de leur conduite, leur docilité, leur retenue, ne tardèrent pas è montrer combien ils en profitaient.

Au milieu des succès dont Dieu bénissait ses travaux, Mlle Rivier souffrait de n'en pas faire encore assez pour répandre partout la connaissance et l'amour de Jésus- Christ. Il y avait, à quelque distance de

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