‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 238 sur 323 · RED DES ORDRES · texte numérisé non relu

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ljiur, car il voyait en cet enfant bieB-aimô la gloire de sa famille ; et, pour consacrer ses espérances, il ne larda pas à chercher une épouse digne d'un tel Gis. Les charmes du jeune homme firent accueillir avec empressement les propositions du père ; et tout se disposait pour fixer Alphonse dans le monde. Ce lut en ce momentque Dieu, qui avait sur son serviteur des desseins plus élevés, frappa son premier coup, fit son premier appel. Le Seigneur aime à atteindre ses fins lentement et comme par degrés. Il voulait Alphonse Rédemploriste et fondateur ; le premier coup de sa grâce sera de le détacher du monde, mais sans le séparer encore. Pour opérer ce détachement, Dieu se servit du glaive de l'humiliation. En 1723, Alphonse, âgé de 26 ans, et déjà célèbre ayocat, entreprit de défendre la cause d'un prince napolitain, dans un procès fameux qui attirait l'attention de toute la capitale. Cette cause lui paraissait juste ; il en étudia toutes les phases, en approfondit toutes les parties, en examina toutes les pièces arec la plus censciencieuse sollicitude. Mais Dieu, gui voulait l'humilier, l'aveugla dans ces recherches. Il permit, carce n'estque par une permission divine que l'on peut expliquer un fait si étrange, u permit qu'Alphonse, en voyant et revoyant toutes tes pièces, laissât toujours passer inaperçue une circonstance essentielle et patente , qui détruisait par son principe la justice de sa cause. Le jour fixé pour l'audience arrive ; le jeune avocat sûr de son fait soutient son droit avec toutes les richesses de l'éloquence. On applaudit, tout lui promet la victoire; mais quand il arrive à la conclusion de son discours: « Don Alphonse, lui dit froidement son adversaire, les choses ne sont pas telles que vous les faites : veuillez revoir les pièces du procès ; vous y verrez un document qui tous prouvera précisément le contraire de ce que vous venez d'établir. » « Volontiers I » reprit Alphonse, avec toute l'ardeur et le feu d'un vainqueur. Le document désigné lui est présenté ; il le lit, et stupéfait, il voit qu'en effet toutes ses preuves sont renversées d'un seul coup par une clause qu'il avait jusque-là ignorée. Des lors sa conscience ne lui permettait plus de poursuivre la défense : « Oui,» dit-il en pliant le papier, » j'ai tort, je me suis trompé, t Et ses traits exprimaient d une manière visible son trouble et sa confusion. En môme temps la grâce saisissant le moment opportun, se mit à agir puissamment sur son âme. D'une i»art elle lui découvrit la profondeur de ^humiliation, le haut rang des deux partis, l'importance de la cause, les intérêts de plusieurs grandes familles en jeu dans celte affaire, l'attention publique, et sa propre inadvertance humainement inexcusable. D'autre part elle lui montra, dans cette humiliation même, la fausseté du monde, la vanité du point d'honneur, et le néant de tout ce qui n'est pas Dieu. Alphonse vit tout en un clin d'œil, car la grâce, dans ses moments choisis, agit vite et puissamment ; et wr l'heure même, aussitôt après avoir dit telle première parole : « Je me suis trompé,»

il ajouta : « Oh I monde , je te connais ! lu n'est plus pour moi I Tribunaux, vous ne me reverrez plus I » Et il se retira. Le coup était porté : le jeune avocat était désabusé, détaxé.

Rentré chez lui, il se renferma dans son appartement, versant un torrent de larmes et refusant toute nourriture; trois jours suffirent à peine pour apaiser la tempête de son âme. Dès lors s'inaugura pour lui le commencement d'une vie nouvelle : vie de solitude, de prières , de larmes et d'un profond mépris

I)our le monde ; vie d'une âme détachée par a grâce, mais qui ne sait pas encore où Dieu veut la conduire. Le Seigneur ne tarda pas à frapper de nouveau à la porte de son cœur, et ce second appel fut plus clair et plus pressant que le premier. H s'agissait, non plus de détacher intérieurement, mais de séparer effectivement Alphonse d'avec le inonde, et de l'engager dans la vie sacerdotale, pour l'amener par là à la vie religieuse. Un jour donc que le jeune avocat était, selon sesnouvelles habitudes, appliqué au soin des malades dans un hôpital, tout à coup il se vit entouré d'une lumière vive et éblouissante; la maison lui sembla chanceler • et croûler sous ses pas, et il entendit une voix qui lui disait: « Laisse là le monde, et donne-toi tout entier à moi. » Troublé et hors de lui, son premier soin fut d'interroger des yeux tout ce qui l'entourait; s'apercevant que la merveille, la lumière et la voix n'avaient été que pour lui seul, il maîtrisa son émotion, et continua son œuvrede charité. Mais lorsque, sortant de l'hôpital, il fut arrivé au milieu do l'escalier, le tremblement de l'édifice se renouvela, et une seconde fois la voix mystérieuse se fit entendre en répétant : « Laisse-là le monde, et donne-toi tout à moi.» Alphonse comprit alors que le Ciel lui parlait, et, fidèle à cette seconde vocation comme il l'avait été à sa première épreuve, il s'écria en pleurant: « Seigneur, je n ai que trop longtemps résisté « à votre grâce I me voici, faites de moi ce « qu'il vous plaira. » A peine eut-il prononcé ces paroles, qu'il se sentit lo cœur soulagé ; puis aussitôt, entrant dans une sorte d'extase, et poussé par une force intérieure, il alla droit à l'église de N.-D. de la Rédemption des captifs. Là, se prosternant devant 1 autel de Marie, il pria avec effusion de cœur ; puis enfin , la lumière et l'inspiration de la grâce croissant d'instants en instants, il se décida, lit l'offrande de lui-même, promit de renoncer au monde, de se vouer au service des autels, et d'entrer dans la congrégation de Saint-Philippe de Néri; et, en témoignage de sa promesse, détachant aussitôt son épée de gentilhomme qu'il portait au côté, il alla la dé-

Koser sur l'autel aux pieds de sa divine mère, ece pas, il courut verser son âme dans celle de son directeur, le P. Thomas Pagano, de la congrégation de l'Oratoire. Celui-ci, par une secrète disposition de la Providence, tout en approuvant qu'Alphonse embrassât l'état ecclésiastique, ne voulut pas néanmoinsqu'il demandât immédiatement son admission dans l'Oratoire. Alphonse obéit, et i) fut dès lors

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