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Sauite-Maric-dcs-Monts , ello eut un jour (c'était le 3 octobre 1731) une vision dans laquelle il lui fut montré une congrégation nouvelle de prêtres , qui , ayant à leur têto Alphonse de Liguori , se dévouaient à donner des missions aui pauvres de la campagne. En même temps elle entendit une to>x oui lui disait : • Voici celui que je me suis choisi pour celte grande œuvre. » Quelques jours après , dans une entrevue qu'elle put avoir avec Alphonse , elle découvrit au saint la vision qu' elle avait eue à son sujet, et lui déclara ce que Dieu demandait de lui. Alphonse demeura frappé de la conformité de cette vision avec les pensées dont il était lui-môme rempli. Néanmoins il fut loin d'adhérer sans réserve à cette première révélation ; et répondant à la religieuse que ce qu'elle avait vu était le pur effet d'une imagination exaltée , il lui ordonna de n'en tare aucun cas. Celle-ci , au contraire, persista à dire que Dieu l'avait choisi et demandait de lui cette œuvre. Alphonse, de retour dans son appartement , voulut , mais en vain , comprimer et cacher le trouble secret qui remplissait son âme. Il ay,ait avec lui un ami intime , le prêtre don Mazzini ; celui-ci remarquant son agitation , lui en demanda la cause. Alphonse lui découvrit tout, bien assuré qu'un homme prudent tel quo son ami ne manquerait pas d'approuver la réponse qu'il venait de donner à la religieuse. Mais, à sa grande surprise, donMazzini >rit parti contre lui, en laveur de ce que Heu venait de dire ; et il parla avec tanl de orce, qu'Alphonse, ébranlé de tous côtes, et poussé intérieurement par la grâce, se décida ; non pas à entreprendre l'œuvre, car sa prudence et son humilité n'avaient pas coutume d'user d'une telle précipitation, mais au moins & donner suiteà ses pensées en consultant la volonté de Dieu par toutes les voies possibles. Il se mit donc a conjurer le ciel par »w prières, ses larmes et ses pénitences ; il prit conseil des personnages les plus saints et les plus doctes ; de Mgr Falcoja , évôquc de Castcllamare ; de Mgr Santoro, évôque de Scala ; du Père Pagano , son directeur ; du Père Hanulio , illustre et saint religieux do la compagnie de Jésus ; du Père Vincent Cul«c«, supérieur des Lazaristes, et du Père Fionllo, célèbre Dominicain ; il eut aussi recours à sa propre raison si droite, et à sa foi si éclairée. Enfin , après avoir épuisé toutes les ressources de la prudence la plus chrétienne et I* plus consommée, voyant que de tous oôlés Weu lui parlait le môme langage , sentant Taiwan" intérieur, entendant la voix des hommes Qui p&rlaienl au nom du ciel, et poursuivi par les divines paroles de la reigieuse de Scala, il arriva au point' de ne plus pouvoir se méprendre; et il fut obligé de reconnaître, par tous les signes les plus incontestables de la certitude naturelle et surnaturelle, que sa vocation était véritable , et que Dieu le voulait fondateur d'une nouvelle congrégation religieuse. Aussitôt , obéissant à ce dernier appel , H s'offrit au Seigneur avec la plénitude d'un courage partait. Lent et prudent
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jusqu'alors, il fut désormais invincible et immuable comme Dieu, dont il devenait l'instrument. Bientôt après , le ciel , comme pour récompenser son serviteur, confirma par un miracle la vérité des paroles de la sœur Castarosa ; et ce fut là le complément de l'opération divine. Un jour que la servante de Dieu s'entretenait avec ses sœurs, l'une d'elles se permit d'élever des doutes sur la vocation d'Alphonse. Soudain , la sœur Marie-Célestine, dans un transport extatique s'écrie : « Dieu veut cette œuvre, et vous la verrez se réaliser. » a Je le croirai , » reprit la religieuse incrédule ,» lorsque la sœur Marie-Madeleine sera guérie. » Cette sœur Marie-Madeleine était depuis de longues années frappée d'aliénation mentale.
Mais à peine ces paroles eurent-elles été prononcées, que Dieu opéra en faveur de son œuvre ; la pauvre aliénée fut instantanément guérie, et la vérité une fois de plus proclamée.
II. Commencement* de la congrégation. Ce fut en s'nppuyant sur ces fondements solides d'une vocation miraculeuse et reconnue, qu'Alphonse déclara et entreprit de réaliser la pensée du ciel. Mais aussitôt le démon s'éleva contre lui. A peine sa détermination eut-elle transpiré dans la ville de Naples, qu'un déluge de contradictions, de sarcasmes et d'injures vint fondre sur lui. Amis et ennemis, parents et étrangers, tout conspira pour l'arrôter. Le saint, fort de la volonté de son Dieu et inébranlable dans la foi en sa vocation, sut vaincre ou déjouer tous les obstacles. Le plus grand et le plus terrible était l'amour paternel qu'il fallait saintement mépriser, et l'amour filial qu'il fallait fouler aux pieds. Alphonse ne balança pas un instant; il sut soutenir et vaincre les prières, les larmes, le désespoir et les embrassements d'un père qui, trois heures durant, s'efforça d'ébranler son courage. Cette victoire ajoutée à tant d'autres acheva de briser tous les liens, et le
8 novembre 1732, Alponse quitta Naples et arriva le mômejour à Scala, suivi de douze compagnons. Le lendemain, 9 novembre, il célébra la messe du St-Esprit après laquelle on chanta solennellement le Te Deum pour remercier Dieu de toutes les grâces reçues ; et c'est ainsi que naquit la congrégation du Très- Saint Rédempteur, le jour même où l'Eglise célèbre la dédicace de la basilique du Saint- Sauveur, consacrée sousce titre à Jésus-Christ, chef et modèle des missionnaires. Aussi le
9 novembre 1732 est-il considéré par tous les Rédemptoristcs comme le jour de la naissance de leur ordre.
Dès ces premiers commencements, Alphonse, éclairé d'en haut, possédait déjà en substance dans le fond de son âme tout le plan de son institut, tel qu'il existe aujourd'hui. Sans doute, ce plan primitif ne contenait pas encore tous les développements ultérieurement ajoutés; mais.quanl aux pensées fondamentales, elles y étaient dès lors toutes vivantes et toutes formées. Donner des missions ou des exercices se rapportant aux missions, les donner préférableuient aux pauvres gens de la
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campagne, y adopter une manière de prêcher simple, el populaire, y confesser le plus possible, avec une sainte indulgence pour le pécheur el une implacable rigueur contre le péché el les occasions du péché ; joindre à ces travaux apostoliques le soin de la sanctification personnelle, faire encore servir celle sanctification au salul des Ames ; pratiquer, pour soi et pour autrui, l'oraison et les vertus de mortification, d'humilité et d'obéissance, de pauvreté et de simplicité évangélique ; enfin, ramener toutes ces choses à l'imitation de J.-C. rédempteur, maître el modèle des Ilédemplorisles : elles étaient dès lors, telles furent toujours les idées d'Alphonse, ettel est en substance l'esprit de son ordre.
A peine établis a Scala, les nouveaux missionnaires se livrèrent avec une sainte ardeur aux pratiques de leur vocation, c'est-a-dire à Woraison, à la pénitence et à l'apostolat. Alphonse surtout, plein de la pensée, de la rédemption,ne cessait de prodiguer ses prières, son sang et ses paroles pour le salut des Ames. Mais bientôt ces heureux commencements furent troublés. La plus grande partie de ses premiers compagnons, prêtres vertueux, mais qui l'avaient suivi plutôt par entraînement de zèle qu'avec un esprit d'abnégation complète, ne tardèrent pas a vouloir introduire dans la congrégation naissante des éléments nouveaux. On voulait surtout adjoindre l'enseignement aux missions ; mais telle n'était pas la pensée qu'Alphonse avait reçue du ciel. Il voulait avant lout lesmissions, et ne voulait avec elles que ce qui appartient au ministère apostolique, dans le sens strict du mot. Ses compagnons s'opiniatrèrent; Alphonse de son côté tint ferme; il eut le courage de se voir, «ans chanceler, abandonné de tous, a l'exception du P. Sportelli,alors encore laïque, et d'un frère lai nommé Vilus Curzius. L'épreuve était sensible: se voir seul moin* de trois mois après la fondation d'un ordre ! se voir en butte de nouveau et plus que jamais aux sarcasmes d'un monde acharné contre le bien! se voir abandonné même des plus fidèles amis! être réduit h se demander un instant si Dieu soutiendrait l'œuvre et s'il la voulait I Cependant le généreux athlète en sortit victorieux : et même, inébranlable dans la foi en sa mission divine, il pous<a l'héroïsme jusqu'à promettre par vœu que, dôl-il rester seul, il se consacrerai! jusqu'à la mort à l'accomplissement de son o uvre, aux missinris parmi les pauvres et les aban lonnésl Cet acte toucha le Seigneur, et bientôt après, Alphonse vit venir à lui ceux que le ciel lui avait vraiment destinés, ceux qui devaient former les éléments naturels de son ordre, elen être avec lui les premières colonnes; et alors la congrégation fut formée pour ne plus se dissoudre, quoiqu* il lui fut réservé de passer enc«»re par des crises bien étranges et bien terribles, ainsi qu'on le verra plus bas.
La première pensée d'Alphonse et de ses compagnons fut de réaliser sans tarder le but de leur institut. On se livra donc aux missions, et t*n même temps on s'appliqua avec uo
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saint zéle h '. œuvre de la sanctification personnelle. D'autre part la Providence, en. voyant à Alphonse des sujets assez nnmbrem pour multiplier les maisons , il parvint h se lixer définitivement dans quatre résidences, qui furent Ciorani, Nocéra, lliceto et ê.aposèle. Scala avait du être abandonnée par suite de circonstances fâcheuses. Ces quatre fondations se firent toutes dans l'espace de quelques années, entre 1733 et 17 SC. Mais les travaux apostoliques et les fondations, quoique Dieu leur aeeord.1t ses plus amples bénédictions, ne fuient pas l'œuvre principale de. ces temps primitifs. Ce qui importait plus encore, c'était la constitution intime de l'ordre, c'était la formation et le développement de sa règle. Tel fut aussi le grand résultat obtenu dans cette première période, et la Providence voulut qu'Alphonse y employât 32 ans, depuis 1 732 jusqu'en 1 764.
III. Développements intérieurs de l'ordre.— Que si l'on étudie sous ce point de vue l'histoire de ces 32 années, on ne peut s'empêcher d'admirer par quelles voies notre saint arriva graduellement à la complète réalisation de ses vues. Arrivé à Scala, avec l'ame remplie des grandes et fondamentales pensées de son œuvre, il commença, ainsi que l'ont fait la plupart des fondateurs, par faire pratiquer, comme usages primitifs, ce qu'il voulait un jour imposer comme règle écrite. Sous ses yeux et par l'exemple de sa vie, qui était l'idéal personnifié, les saintes coutumes s'établirent, les habitudes de vie religieuse se fixèrent et se destinèrent. d'une manière toujours conforme h l'esprit de l'institut, l.i grandes lois fondamentales se fortifièrent et s'enracinèrent. D'autre part, Alphonse ne tarda pas a mettre par écrit les pensées de snn âme. Il commença d'abord par tracer un p'an primitif que nous avons encore, puis il écrivit lentement , et en pesant chacune des paroles au poids du sanctuaire, le texte de la règle définitive. Lorsque ce saint travail fut achevé, et ce ne fut que dix ans après la fondation, en 1742, il le proposa à ses enfants. Ceux-ci, charmés d'avoir par écrit ce qu'ils avaient si longtemps ptaliqué et ce qu'ils avaient \u briller avec tanl d'éclat dans la conduite de leur maîlre, accueillirent avec amour le bienfait d'une règle: le 52 juillet 1742, jour de la fête de sainte Magdeleine,les fervents religieux, tous réunis par leurPereaux pieds des autels, s'engagèrent avec bonheur A l'observation perpétuelle de cette règlo bénie; et, prononçant les vœux ordinaires de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, auxquels ils ajoutèrent le vœu et le serment de persévérance, ils se vouèrent par là irrévocablement au service du divin Rédempteur danssi congrégation. Parmi ces premiers enfants d'Alphonse, on remarquait surtout les P. P- Sportelli, Sarnelli, Mazzini, Rossi, Villani et Cafora, qui doivent être regardés comme ses principaux compagnons. Cette acceptation de la règle et cette union des sujets par le lien sacré des vœux furent sans doute une mesure bien décisive et bien importante Toutefois, elle était loin de suffire, et, pour
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donner à la congrégation la consistance d'un , institut religieux, il fallait surtout que la règle fût confirmée par la solennelle et authentique approbation de l'Eglise. Alphonse le comprit; et aussitôt après la réunion de 1742, il songea à faire ce second pas. Toutefois quatre ans tncore se passèrent avant qu'il entamât à ce sujet aucune négociation, et il employa ces années à mûrir le projet dans son ame. En môme temps, sans doute, le travail des missions, la composition des ouvrages, et la pratique des plus héroïques vertus se partageaient la vie du saint. En raôme temps aussi la congrégation marchait dans sa voie ; elle travaillait, évangélisait, se sanctiliait selon l'observance régulière. Mais au fond de cette activité apostolique, le principal soin d'Alphonse était le sérieux travail de fondateur. Enfin , toutes choses étant préparées , il se décida en 1748 à demander l'approbation. Dans ce but , il envoya le P. Villani i Rome, en le chargeant du texte précieux auquel U s'agissait de conférer une autorité suprême. Son livre avait pour titre : Conttitutionset Règles, non pas qu'il contînt des constiluHonsannexécsauxrègles, mais parce qu'Alphonse avait voulu suivre en cela 1 exemple de quelques autres fondateurs. En môme temps que le P. Villani partit pour sa grande mission, le saint et tous ses enfants se mirent en devoir d'attirer la bénédiction divine sur cette démarche si décisive. On pria, on jeûna, on multiplia les saints sacrifices, les pénitences et les bonnes œuvres ; on intéressa à la cause une foule de saintes âmes et de saints monastères, on s'adressa surtout à Marie, mère de la congrégation. Alphonse, plus que tous les autres , dans l'ardeur de son zèle et de ses désirs, faisait des prodiges de sainteté et d'amour . A ces moyens surnaturels, il joignit ceux de la prudence chrétienne, et toutes les recommandations nécessaires furent sollicitées et obtenues ; puis chacun se mit a attendre en silence le salut de Dieu. Le P. Villani arriva à Rome, dans le mois de novembre 1748; le démon y avait préparé, ™rame partout, des obstacles à l'œuvre du ^igneur, mais la Providence avait décidé oiVlle s'achèverait. Les cardinaux chargés de I examen de la cause furent ravis de la sagesse toute divine qui respirait dans la règle d Alphonse ; ils firent partager leur admiration parleurs collègues ; le Souverain Pontife nconnut lui-môme l'excellence de l'institut. On comprit à Rome qu'il s'agissait d'une grande œuvre, d'une œuvre qui pouvait et devait devenir universelle. Le cardinal Bisozzi, rapporteur de la cause, avait répondu dans ce sens aune interprétation malveillante qui voulait que l'approbation ne fût donnée que pour le royaume des Deux-Siciles. Enfin, toutes les négociations étant heureusement terminées, le & février 1749, Benoit XIV donna le bref • Ad pasloralis dignitatis fastigium , » par lequel il approuva et confirma de son autorité Apostolique la congrégation et la règle du Très-Saint Rédempteur; et dès lors, l'institut fui mis au nombre des ordres religieux reconnus dans l'Eglise. Quelques jours après, un
courrier, envoyé par lo P. Villani, arrivait h Nocera où se trouvait Alphonse. Le saint fondateur ouvre en tremblant le message décisif. 11 n'ose le lire que peu a peu; les premiers mots qu'il découvre sont ceux-ci : Gloria Patri ! ... il continue et il lit: Gloria Patri ! la règle est approuvée ! aussitôt, tombant à genoux et versant îles larmes de reconnaissance et de bonheur, il remercie son Dieu, son Jésus et sa mère Marie. Puis, rassemblant la communauté, il verse sa ioie dans le cœur de ses frères en s'écriant : \ isila, Domine,vineàm istam,et perfict eam quam plantavit dexlera tua ; et enfin, tous entonnent avec transport le chant du Te Deum. Bientôt la nouvelle de cette approbation se répandit de tous côtés, et elle fut pour la congrégation le signa! et le principe d une grande prospérité. Cependant Alphonse, en exécution du bref apostolique et pour donner à son ordre la constitution canonique déterminée dans la règle, assembla au mois d'octobre 1749, dans la maison de Ciorani, un chapitre général. Les premières séances furent consacrées à la lecture de la règle, qui fut solennellement acceptée ; on renouvella avec bonheur les vœux de pauvreté, de charité, d'obéissance et de persévérance ; et ensuite, après 3 jours de retraite et de prières, on procéda à l'élection du supérieur général, nommé dans l'ordre, Recteur Majeur. Le choix ne pouvait ôtre douteux. Il n'y eut qu'un cœur et qu'une voix pour proclamer qu'Alphonse devait ôtre le père et le chef de tous, et malgré les efforts de son humilité, il dut baisser la tète et accepter le joug. .
Tout dès lors paraissait organisé, et il semblait qu'il ne restât plus désormais qu'à se livrer avec confiance aux travaux pour lesquels l'institut venait d'être approuvé et consUtué. Sans doute, il en fut ainsi, et la Congrégation, à celte époque, nous présente le spectacle d'un ordre dans toute sa ferveur, et comblé des bénédictions divines. Les missions étaient nombreuses et toujours couronnées des plus heureux succès. Les maisons étaient remplies des sujets exemplaires; de nouvelles vocations venaient à chaque instant accroître la famille ; l'observance régulière était florissante; .le nombre des saints Redemptoristes était grand. A leur tête marchait le glorieux fondateur, dans lequel on admirait une perfection chaque jour plus consommée. Il voyait près de lui, un P. Sarnelli, qui devint bientôt l'apôtre de Naples, et dont les vertus furent telles que l'on n'a pas perdu l'espérance de le voir un jour honoré sur les aulcls ; un P. Sportelli ; un P. Alexandre de Meo, dont les tombeaux furent illustrés par beaucoup de miracles; un P. Cafora, dont Alphonse lui môme, dans ses ouvrages, proclame la haute sainteté; un F. Blasucci, qui, simple scolastique, faisait revivre en sa personne le souvenir et l'image de saint Louis de Gonzague; et par-dessus tous les autres, le vénérable frère Gérard Majella , t'ont les vertus ont été déclarées héroïques , et dont on espère prochainement la béatification. Dans la modeste position de frère laïque, ce saint religieux sut parvenir aux plus étonna uUi vertus : prodige de pénitence, véritable
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thaumaturge pni !•* nonilu «* etlagrandeurdeses miracles , il est, après Alnhori<e,la plus grande et la plus pure gloire do la congrégation. Telle était à cette époque la prospérité spirituelle du nouvel inMitut, et il semblait, nous le répétons, qu'il n'y eût p'us qu'à marcher dans la voie, sans qu'il restât rien à ajouter ;iu perftctioiuieinenl de l'ordre. Mais Alphonse ne pensait pas ainsi. Il ne jugeait pris enroreson (euvre suriisamnient as>ise; et il voulait, au bienfait d'une rt-iîlc approuvée, ajouter un ensemble de constitutions authentiques.
Tout ordre religieux, bien constitué, a ses règles; il a aussi ses constitutions. Les règles sont l'abrégé substantiel et succinct de tout ce qui est essentiel à l'ordre; il n'y a que. cet abrégé seul qui reçoive du Saint-Siège une approbation et uni! conl'u nialion formelle, et lui seul doit être considéré comme la loi fondamentale, a laquelle ne peuvent toucher ni le supérieur général, ni les chapitres généraux. Les constitutions, au contraire, sont les lois que l'ordre se donne à lui-même dans ses réunions gém'-ral.-s , et dont le but est d'expliquer, de déterminer en détail, et de compléter la règle, afin de la taire pratiquer dans tous les points. D'après ces notions, on voit qu'elles sont un complément nécessaire, et l'on comprend qu'Alphonse ait voulu donner à. son institut ce dernier perfectionnement. Il n'attendit pas, pour s'appliquer à ee travail, (pie la congrégation fut approuvée; mais, dès les premières années, il avait songé à ses constitutions en même temps qu'à ses règles. Pour se diriger dans le choix des prescriptions, ce ne furent ni l'arbitraire ni la spéculation qu'il prit pour fondement. Se réglant en tout sur les pratiques traditionnelles et primitives de l'institut, il voulut que les constitutions n'en fussent que l'expression exacte et lidèle. Durant l'espace de trente-deux ans, de 1732 à 1704, il poursuivit lentement et avec une sagesse céleste cet important travail. Dès 1741), dans le chapitre réuni pour l'acceptation de la règle, on rédigea quelques constitutions. Dans le chapitre de 17.r.ti, on y en ajouta quelques autres. Mais ces rédactions partielles et morcelées ne rendant pas trtute sa pensée, le saint fondateur conçut le projet de composer lui-même un recueil complet, et de le faire sanctionner par le prochain chapitre général, qui, d'après la règle, devait s'assembler tous les neuf ans. H s'en occupa incontinent, et avec son zele accoutumé. Outre que Dieu donna sa bénédiction à cet ouvrage, comme à tons ceux dont s'occupait lu saint, les conjonctures étaient on ne peut plus favorables h l'accomplissement d'un travail de cette nature. Car la congrégation, à celle époque, se trouvait, comme nous l'avons dit, à l'apogée de l'observance régulière, et il était facile de constater les traditions. Alphonse était donc occupé de ce travail, et nous avons tout lieu de croire qu'il était près de l'avoir achevé, lorsqu'il fut inopinément nommé évèque de Sainte-Agathe des Ooths. Cet événement fut un martyre pour l'humilité et la conscience délicate du saint ; fut une bénédiction pour l'Eglise, enri-
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chic par la. d'un modèle des évêques d'aui;>nt plus parfait qu'il était plus rapprur!^ . fut un trait de la Providence pour autoriser dans le monde la salutaire doctrine du gran-l théologien ; et il ne fut pas un malheur pourSa congrégation ; car il n'altéra en rien l.s rapports du fondateur avec son ordre. Avec l'autorisation du Saint-Siège et sur la deman li de ses enfants, Alphonse continua à exenvr la charge de Hceteur-Majeur ; et il le fui, non-seulement de nom , mais encore de.
fait; il continua h gouverner, se réservant toutes les atl'.iires importantes, et n'abandonnant au P. Villani, nommé vicaire général de l'ordre, que les chosesde moindre importance. Continuant ainsi à diriger son œuvre, il se garda bien, on peut le penser aisément, d'oublier la grande question des constitutions. Il l'eut au contraire plus à cœur que jamais. Entré qu'il était dans sa 00" année, d une santé affaiblie, il n'avait plus a attendre, humainement parlant, que quelques années de vie, sansespoir de rentrer jamais dans le sein de sa chère congrégation. Ces motifs réunis le pressèrent de compléter l'héritage qu'il voulait laisser, comme fondateur, à ses enfants spirituels; héritage bien précieux sans doute, puisqu'il n'était que l'ensemble de ses lumières et de ses espérances, et qu'il renfermait l'expression la plus explicite et la plus nette de son esprit et de ses sentiments. Quand l'œuvre fut achevée, il convoqua, en 1704, un chapitre général à Nocei a ;là, sous sa présidence et dans toutes les foi mes canoniques prescrites, l'assemblée s'ouvrit le 3 septembre. On y sanctionna les constitutions proposées parle père commun; elles fuient rendues obligatoires pour toutes les maisons et pour tous les sujets de la congrégation ; et après avoir consommé cette œuvre de bénédiction, le chapitre lit sa séance de clôture t le 15 octobre, puir de la fête de sainte Thérèse, grande patrone de l'institut. — A partir de ce moment le travail de fondation proprement dit était achevé ; l'ordre était constitué sur ses bases définitives, la règle approuvée, le gouvernement régularisé, les constitutions sanctionnées; et tout était l'œuvre d'Alphonse ; la règle était son œuvre, la fondation était son œuvre ; quant aux constitutions, elles odI aussi l'inappréciable mérite d'être toutes l'expression de sa pensée personnelle, et d'avoir été pour la plupart composées et rédigées par lui-même. I n particulier, toutes celles qui traitent de la perfection religieuse sont spécialement de lui. Partout on rcinarqueson style, son onction, sa clarté, son tact pratique, et l'on y retrouve mémo des passades où il parle en son propre nom.
IV. Xature intime de l'ordre. — C'est i<i le lieu d'intercaler quelques notions sur la constitution intime, l'esprit, le but et les pratiques de l'ordre. Ces matières ne sont auin s «pie le sujet même des relies et des constitutions. En voici la substance : L'institut * propose une grande lin, (pli est la resyinbiance avec Jésus-Christ Rédempteur. t.V lut suprême se subdivise eu deux tins essentiel1» s et distinctes qui sont : la sanctification jht-
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>oniwlleetla sanctification du peuple. Quant à l'œuvre de leur sanctification personnelle, l«5 Rédemptoristes ont pour obligation de tendre de toutes leurs forces à faire vivre en eui Jésus-Christ crucifié , par la pratique duae imitation fidèle rt d'une union étroite aiec lui. Pour arriver à celte union, ils doitent faire profession d'être de parfaits serviteurs et de vrais enfants de Marie ; et les l*iacipaux moyens dont ils disposent sont premièrement les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, l'ar le vœu de pauvreté, ils s'engagent, tout en conservant la propriété de leurs biens, h n'user d'aucune chose temporelle comme d'une chose qui leur appartienne en propre. IJs sont obligés à une »« absolument commune, sans au il y ait, soit pour la nourriture, soit pour l'étoffe des Tètements, soit pour le logement, soit pour quelqu'autre chose matérielle, aucune distinction entre les Pères et les Frères laïques^; la communauté parfaite s'étend jusqu'aux récréations, que tous, Pères et Frères, doivent passer ensemble. La jwuvreté les oblige encre à n'avoir qu'un vêtement simple, mais honnête : il consiste en une soutane de drap commun, ouverte et croisée sur le devant, et surmontée d'un collet blanc. Les Frères Laïques seuls ne portent pas ce collet. La soutancest fermée par une ceinture en laine, ela cette ceinture est suspendu, sur le côté, un r^ireavec une médaille. Tous les sujets portent sur la poitrine un crucifix en cuivre, qu'ils gardent sous la soutane. La coiffure «s Pères consiste en une barrette noire à trou cornes. Hors de la maison , ils ont un manteau et portent le chapeau ordinaire, (tare la simplicité du vêtement, ils sont tenus aussi a a'tvoir qu'une nourriture simple, mais suffisante et saine. Passant à un autre objet, la pauvreté leur défend enfin de prétendre à aucune dignité ecclésiastique, el leur ordonne même de les refuser, à moins quo le Souverain Pontife n'exige qu'ils les acceptent. Tarie vœu de chasteté, ils s'engagent à une pureté sans tache, et à l'emploi des moyens nécessaires pour sa conservation. Le vœu «l obèissance les oblige à se soumettre aux ordinaires des lieux où ils se trouvent, pour tout ce qui concerne leurs travaux et co qui a est poinl défendu par leurs constitutions ; puis ils doivent la soumission la plus parfaite a leurs règles et à leurs supérieurs; l'abnégation avec le dépouillement absolu de touto volonté propre esl une de leurs principales obligations. Outre ces trois vœux ordinaires, les Rédemptoristes ont encore le vœu el le arment de persévérance, en vertu desquels, «I mu: part, les sujets s'engagent devant Dieu rt devant la congrégation, par religion el par jwtice.h persévérer dans l'institut et à le servir jusqu'à la mort, à moins que, en certains cas très-rares , ils ne puissent légitimement en Cire dispensés; et, d'autre part, la conjuration s'oblige a ne pas renvoyer les sujets, à moins qu'elle n'y soit autorisée par des motifs suffisamment graves. Ainsi lié par «es vœux, le Rédemptoriste doit selivrer a l'onwoo, faire, en vertu de la règle, trois médi-
Dictiohx. des Onnru:s reliu. IV.
tations chaque jour, dont chacune dure une demi-heure; puis, les examens de conscience, la lecture spirituelle, la visite au SoinUSacrement el à la très-sainte Vierge, la récitation quotidienne du chapelet, les retraites annuelles et mensuelles. Il doit aimer et pratiquer l'humilité, laver la vaisselle, servir ses Frères à table, veiller lui-même a l'entretien de sa chambre, pratiquer le silence, surtout à certaines heures du jour ; exercer la mortification et aimer la souffrance ; prendre la discipline deux fois la semaine, coucher sur *ine simple paillasse , faire abstinence pendar.t l'Avent et les neuf jours qui précèdent la Pentecôte; jeûner la veille des principales fêtes de Marie, s'abstenir de toutes sortes de jeux, et ne retourner jamais chez ses parents, sauf le cas de maladie grave d'un père ou d'une mère, ou de quelque urgenle nécessité, et avec la permission des supérieurs. Enfiu il doit entretenir avec ses Frères la plus étroite unioo fraternelle, et dévoiler au supérieur l'intérieur de son âme avec une parfaite ouverture de cœur. Quant à leur seconde fin, qui est la sanctification des peuples, les Rédemptoristes , quoiqu'ils doivent se rendre aptes à servir l'Église dans toute espèce de conjonctures, sont néanmoins spécialement destinés à travailler au salut des âmes les plus abandonnées, et particulièrement des pauvres de la campagne. Ils doivent, dans la recherche de cette fin, comme dans l'œuvre de leur sanctification pcrsonnelle.prendre pour modèle Jésus- Christ rédempteur, et pour patronne, Marie, sa Mère et la leur. Conlinuer avec el comme Jésus-Christ l'œuvre de la rédemption sur la terre : telle doit être la vie de leur Ame, afin qu'ils portent avec vérité ic nom de Rédemptoristes. Les moyens dont ils doivent user pour une si noble fin sont : la sainteté, dont il est parlé plus haut; la science, qu'ils doivent possédera un haut degré, mois d'une manière conforme à la science évangélique et simple de Jésus-Christ el des apôtres ; et enfiu les travaux apostoliques proprement dits. Leurs principaux travaux, et ceux qui doivent passer avant tous les autres, sont les missions, et a leur occasion les retraites aux différentes classes de fidèles; puis les renouvellements qu'ils ont coutume de faire cinq ou six mois après les missions proprement dites; puis les retraites ecclésiastiques, les conférences, les associations et les neuvaines. Ils doivent également exercer le ministère apostolique dans les églises de leurs propres maisons. Il leur esl interdit d'assister aux processions et cérémonies publiques, de diriger les séminaires et les communautés religieuses, d'avoir des cures et de prêcher les stations de Carême. Dans tous leurs travaux apostoliques, les deux fonctions auxquelles ils doivent s'appliquer avec prédilection sont la prédication, et, plus encore, l'administration 'du sacrement de pénitence. Dans la prédication , il leur est ordonné de la manière la plus stricle d'être toujours simples, populaires, pratiques, de manière à être pour ainsi dire nécessairement compris. Au confessionnal leur principal devoir est d'être bunsenversles pécheurs,
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mais impitoyables jK'iir leloignemcnl des occasions du péché, qu ils d< uvent, autant que passible, avoir écart. •'••> avant d'absoudre Je pénitent.— Pour ce qui touche au gouvern c 1 1 1 « - n t , la con;:rég;r.ii.n est régie par un supérieur général, nommé Heeteur Majeur, lequel est élu par un chapitre général; il est nommé a vie, et a«ii-ié de six consulteurs. L'autorité de c< » derniers n'expire qu'avec celle du Itecleur Majeur. Tout Tordre est divise on provinces et les provinces se composent d'un certain nombre de maisons.
Chaque province a pour supérieur un provincial, et chaque maison un recteur.
Tel est le tabl- au succinct et substantiel de l'institut, et telle était l'a-iivre d'Alphonse en l'année 1764 , 32 ans après sa fondation. Il semblait qu'alors le saint patriarche dût s'attendre à la consolation dont ont joui presque tous les fondateurs, qui, pour la plupart, ont eu de leur vivant le bonheur de voir leur ordre s'étendre el s'implanter dans toute l'Eglise. La congrégation en ellet •'•tait toute prête a prendre son essor; et jamais il n'était entré dansla pensée d'Alphonse d'en l'aire une œuvre particulière, restreinte au royaume de N'aides. Outre la preuve que nous en avons dans les constitutions de 170-4, où l'on parle de la division de l'ordre en provinces, et de sa di {fusion dans les différentes parties du monde , il nous reste d'autres témoignages dans lesquels le saint manifeste ouvertement sa pensée à ce sujet; entre autres ces paroles si frappantes : Si la congrégation ne se propage pas hors du royaume de Saples, elle ne formera jamais une vraie congrégation. Le moment était venu où il pouvait s'attendre à voir se réaliser celle espérance et ce désir. Mais c'est précisément ici que les choses vont changer, et que va commencer pour son ordre une nouvelle histoire , avec ce caractère pénible et mystérieux dont nous parlions au commencement.
V. Epreuves terribles. — Arrivée, h la fin de l'année 1704 , au terme de sa plus vigoureuse jeunesse, la congrégation va maintenant comme s'affaisser , sans perdre néanmoins son être essentiel, je veux dire sa règle et son esprit. Elle s'nffai>se, dis-je, elle semble se dissoudre, n'essaie que lentement et péniblement de se former sur divers points de la chrétienté; elle travaille, gémit, toujours !ide!e h garder le dépôt de sa règle, toujours vivante de sa vie naturelle el primitive, toujours féconde et laborieuse, mats néanmoins toujours souffrante, et il faut près d'un siècle pour la faire parvenir enliu a sa position stable et normale. Celte énigme n'en est plus une, quand on a étudié les faits et compris l'époque ; et, du spectacle de cet ordre religieux toujours fidèle et toujours battu par les cirages, il ne restai dans l'âme qu'un sentiment d'admiration el de reconnaissance pour la Providence divine. C'est ce que nous allons voir, en reprenant l'histoire.
Un concours malheureux d upe foule de -.irconstances politiques et d'incidents humains, auxquels Dieu permit d'influer sur
NAIKE lu.n t>:*
les destinée» do la congrégation, d'entrave' sa marche et de gêner sa vie sociale, tout in leur interdisant «Je compromettre jamais m vie religieuse : 1- Ile est au fond la cause piemiere et unique d»v» grandes souffrance* que nous allons décrire . L'époque où naquit la congrégation était certes une J« plus malheureuses et des plus contraires k tout établissement religieux. Dieu le voulut sans doute ainsi, pour faire éclater sa sa:«se et sa puissance, en faisant naître un nouvel institut, au moment même où les anciens allaient pour un instant succomber. Au dixhuitième siècle, les ordres religieux ne pouvaient pas, comme aujourd'hui , se former et vivre à l'ombre d'un gouvernement donnant à tous le bénéfice de l'indillérence ou de la liberté. La puissance séculière avait, plus que jamais, la manie de s'immiscer dans les choses de Dieu, et certes ce n'était pas pour les favoriser. Alphonse comprit de suite qu il n'y avait d'existence possible pour sa convoégation qu'autant que le gouvernement le voudrait bien. Il savait bien sans doute que la puissance des princes ne peut ni faire m défaire un ordre religieux en tant que religieux; mais il n'ignorait pas non plus que Dieu subordonne toujours plus ou moins l'existence sociale de sesenfanls aux caprice* des puissants de la terre. C'est pourquoi, en même temps qu'il s'appliqua, avec cette s> gesse que nous avons admirée, à la constitution domestique et religieuse de son ordre, il chercha aussi à lui donner le bienfait, pour lors nécessaire , d'une existence civile el légale. Mais s'il réussit dans la première de ses entreprises, il échoua dans la seconde; el il advint alors que sa congrégation ful sainte, et cependant gravement compromise dans son existence. Dés l'année 1747 il avait demandé, mais sans succès, l'approbation royale. En 1752, il renouvela ses sollicitations, et. malgré les bonnes dispositions personnelles du roi, il n'obtint qu'un décret, qui, sous l'apparence de quelques clauses indulgentes élail meurtrier pour la congrégation. Car, outre qu'il refusait de la reconnaître comme institut religieux, il défendait aussi è Alphonse d'établir d'autres résidences que les quatre maisons actuellement existantes. C'était couper le germe de l'arbre au moment de sî croissance. De fait, il n'y eut plus d'autres maisons établies dans le royaume de Naples du vivant d'Alphonse. Ce fut à dater de ce moment surtout que le saint porta ses nies hors du royaume ; il établit une maison à Girgenti , èn Sicile , grâce à la légion particulière qui régissait ce pays; il fooda, et il fonda avec bonheur, trois maisons d«os b s Etats pontificaux : celle de Bénevent en 1755, et plus tard celles de Scifelli et de Frosinone, la première en 1773, la seconde en 1770. Ces fondations lui paraissaient un refuge el une ressource pour l'avenir de la congrégation : tant il prévoyait clairement K* ravages de la politique dans le royaume de Naples. Plus laid encore il apprit avec que deux allemands, le P. Uotfbauer et son compagnon, étaient entrés dans le novu.it
Itf RED DES ORDRES RELIGIEUX. RED tiôO
<je Rome. A cette occasion et 'dans beaucoup qu'il répondait du succès. Alphonse, avant de
d'autres encore, il laissa échapper le fond consentir, voulut que l'on consultât des amis
de sa pensée sur l'extension future de son prudents. Sur leur ans, il se décida ; et les
ordr* hors de l'Italie. négociations furent confiées au P. Majone.
Quoi qu'il en soit, depuis le triste décret de Celui-ci en acceptant, exigea, par motif de i;5i jusqu'en l'année 1767, les choses resté- prudence, qu'Alphonse elles autres consulta slationnaires ; mais alors, une terri- teurs promissent par serment un inviolable b:« tempête s'éleva contre la congrégation, secret. Le serment fut prêté. Alphonse, tou- Trois sortes d'ennemis, les uns, impies dé- tefois, déclara à plusieurs reprises et trèswisés ou jansénistes cachés, les autres bles- énergiquement qu'il ne permettait aucune jt* par le zèle des missionnaires qui contra- dérogation aux règles, si ce n'est pour un arniient leurs passions ; d'autres enfin, poussés ticle consigné dans le décret de 1752, lequel pw un vil intérêt, entreprirent de la renver- article, nécessité par les circonstances, n'altévt de fond en comble. On accusa les Ré- rait en rien la substance et l'esprit de l'ordre, ■.oploristes de s'être constilués en corps Le P. Majone partit avec ces instructions, et religieux, et d'observer à la lettre la règle de alors s'entama la fatale négociation. Pour Beoott XIV. Ce grief était vrai, mais n'était comprendre le martyre d'Alphonse, que l'onse ni un crime, ni une illégalité . On ajouta à figure un instant l'amour et l'amour souverain relie accusation capitale, celles d'ambition, que le sainl devait porter a son ordre. Tout «Se eupidité, de morale relâchée, de fomen- ordre religieux est pour son fondateur un enution de discordes, et beaucoup d'autres en- faut de douleurs, un gage de prédestination we. Les intrigues, les menées de loule es- éternelle, une entreprise identifiée avec la vie [we furent mises en jeu ; et elles ne rencon- tout entière, une œuvre mille fois précieuse trerent que trop de correspondance de la part pour le ciel et la terre, un objet en un mot des ministres gouvernants, presque tous im- essentiellement aimable. Alphonse aimait bus des fausses doctrines parlementaires du donc la congrégation, il l'aimait du fond do in»ps. L'acharnement fut long et implacable, son cœur, moins sans doute que la volonté Il dura douze ans entiers, de 1767 à 1779. de Dieu, mais incomparablement plus quo rendant ces douze années de lutte, Alphonse lui-même ; ou plutôt, sa congrégation, c'était fol admiration du ciel et de la terre. Cassé lui-même, c'était sa vie, c'était son être. Et krieiiiesse, accablé des infirmités les plus il fut obligé d'assister à une catastrophe gui, truelles, en proie à mille chagrins, chargé humainement parlant, devait en être la ruine; i un diocèse qu'il gouvernait jusque dans les d'y assister sans avoir le temps d'y porter moindres détails, obligé de lutter contre des remède ; d'y assister sans pouvoir agir, cloué itou nombreux, ajoutant à tant de souffran- qu'il était sur sa chaise roulante, paralysé, le
de continuelles austérités, appliqué à la corps tout brisé, incapable de faire aucune
composition d'une foule d'ouvrages théologi- démarche, d'écrire même une seule lettre; et
«pies et ascétiques, donnant chaque jour de il fut réduit à se voir tombé dans la disgrâce
longues heures à la prière, l'héroïque vieil- du Pape, lui qui aurait donné mille fois son
lard trouvait encore du courage et du temps sang pour l'honneur du Saint-Siège ; et ce
pour gouverner son ordre, et pour lutter fui oe quelques-uns de ses propres enfants
"ec persévérance. Parmi tant de tribulations, qu'il dut endurer ces tourments. Mais repre-
«I Mit en 1775 la consolation de pouvoir quit- nons les faits. Le. P. Majone partit donc à
•«rson évêché pour rentrer à Nocera , et Naples avec la promesse du secret. En même
fcoger à mourir en paix. Hélasl il devait vi- temps Dieu permettait qu'à Frosinone, dans
're encore et d'une vie bien amère. Il est vrai les États pontificaux, un autre Père se fît perçu en J779 la grande lutte de douze ans se 'sécuteur dWlphonse. Il se nommait Isidore
■raina par un triomphe; mais la paix ne Leggio. Homme souple, poli, et cachant sous
dura que bien peu de temps, et lit place un calme apparent une âme passionnée, Le g -
tieotôt à de lamentables désastres. gio était un de ces sujets murmurateurs, tels
Entamons le douloureux récit de ces calas- qu'il s'en trouve toujours dans loutes les remplies. L'heureuse issue du long combat lignons, par une adorable permission de ce- >nx)ioé en 1779 était due en grande partie à lui qui voulut un Judas parmi les douze apQ.- 'Tiabileté du P. Majone, consulteur général, très, et qui permet des dissensions jusque ''quel avait été chargé de représenter la con- dans son Eglise. Transféré de maisons en *règation à Naples. Le P. Majone était un maisons à cause de son influence dangereuse, homme plein de dextérité dans les affaires, et il avait été finalement fixé à Frosinone; ce J uoe vie jusqu'alors régulière. Mais à un re- fut là que, concevant une haine secrète contre liçew, quand il est haut placé, les vertus Alphonse, il forma le projet de secouer son Suaires ne suffisent pas, il lui en faut d'ex- autorité, de séparer d avec les maisons rie traofdinaires ; l'humilité surtout lui est né- Naples celles des Etats pontificaux, et de dét«saire, et une humilité profonde. Le P. Ma- chirer ainsi le sein de sa mère. Il fut assez Jine ne l'avait pas. Il se laissa enfler par son adroit pour infiltrer, sans apparence de mal, succès et donna entrée dans son âme à la ses funestes pensées dans l'esprit de pm- P^somplion et à la vanité. Plein de lui- sieurs de ses confrères. Les choses en étaient ufae, sans le savoir encore peut-être, il là au moment où Majone arrivait à Naples. proposa à Alphonse une nouvelle tentative Celui-ci, loin d'obtenir l'approbation qu'il pour obtenir l'approbation formelle et di- s'était engagé à procurer, ne tarda pas h fwtte de la règle de Benoît XIV, et ajouta voir que , vu les dispositions de la cour,
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par <i<^ N.-riu- ;,k t . lui de }.;iuvr< •[..• pai «jnei-
qU'-*» - 1 r J i ( . ï - * - proiie.-'-US. Mal -Te Ivs <;îl"'<f'î>
il'j Majonu pour tenir >a pré v ai aation socet-.-. il en transpira quelque eh"-e. L»-s > i j j t > alarmés parce qu'iK .u i m .ti • r ut !a iv;!r, en écriv irenl de tous rotés ii Alphonse. Lu \»>n vieillard, ru.- pouvant soupçonner une trahison il»; celte nature, et retenu par son serinent, rassurait de tons côtés .sus enfants par des déclaration-» générales, dans lcS'piul!e> il prouvait qu'on n»- ferait aucun changement a la règle. Toutefois, par prudence, il un écrivit au I*. Majonu; cclui-ei r» pondit par Jus protestations hs plus solennelles ; et bientôt âpre» il < ut l'audace du vuiiir un personne à Nocera. Mi , lu traître présenta au saint l'œuvre d'iniquité, éerilo du sa main, en Jui protestant avec une inconcevable impudence, qu'elle était en tout conforme à la règle... C'était une pièce assez longue, d'une écriture très-petite, et presque indéchiffrable. L'auteur sans doute était convaincu qu'Alphonse ne pourrait p is la lire par lui-mùine ; et, de fait, le saint vieillard l avant examinée quelques instants, ne se sentit pas en état d'en prendre connaissance. Il la confia donc au P. Yillani, son vicaire général. Ce- Jui-ci, lorsqu'il en vit le contenu, en fut stupéfait et interdit, et alla en demander compte au 1\ Majone. Il ne reçut pour réponse que des termes injurieux et violents. Majonu lui dit que lu roi ne voulait absolument rien entendre au sujet dus vœux, «m il n'appartenait pas à la congrégation de faire la loi, qu'au reste la règle était conservée , etn'avait subi que des modifications de peu de conséquence. Le P. Villani crut pouvoir se persuader alors que les affaires étaient trop avancées; privé de l'appui des autres consulteurs, qui étaient absents, il eut, malgré sa vertu, la faiblesse de cacher au pauvre vieillard le véritable état dus choses, et de lui dire que tout allait bien. Le P. Majone put alors retourner triomphant à Xapleset y consommer son œuvre; ut, le 20 janvier 1780, le roi apposa sa signature a un décret par lequel il approuvait la nouvelle règle sous le nom de Règlement. Celte pièce fatale ne fut expédiée à Nocera qu'un mois plus tard, le 27 février. Elle arriva dans l'aprus-diner, précisément à un moment où Alphonse était trèssoufTrant.En attendant qu'on la lui présentât, toute la maison en prit connaissance et ce fut une explosion de murmures.
Dès le lendemain avant lu jour, on se porta en foule a la chambre d'Alphonse pour éclater en plaintes et en réclamations. Il demande alors lus pages fatales : on les lui présente. Le pauvre vieillard les parcourt de ses yeux alTaib'is, et la douleur dans l'âme, il
INAIUE BEI» i«î:
lie : C- 'a no su peut, cela n* se peut.
h. - >',-. : t . — ^ i .* au P .Viliani.il lui dit ; « Dr Ai. :ie. je né lu attendais pas a eula de vot p?t: »-t r, >e tournant vers la coin nu
i. 'tu'.e, i; ;i;/i]M, les !arru-s aux yeux, que c tait 1 1 1 ï .(ui méritait la plus grande punilio puisqu'on sa qualité de supérieur gér.fr; il aurait dû ; r. n»jre £i.ir lui-même tonnai saiife -te faîLuru. Emin, jetant les yeux «> ><<h crucifix: « M-.n Jésus, s'ecria-t-il. je n suis lie à it!"n c<>nîe>seur, sur qui pouvaisnu- ux m»,' reposer? «- Et, versant un torre de laniK>, il pa-ia toute la matinée dans \ Mletit e et un ae« ablemenl prolonds. — R venu du ce coup du foudre, sa prenne pensée s<; porta sur le P. Majone, et eu f
•our lui pardonner et tâcher de le sauver, ni écrivit une lettre pleine de douceur, dru aquelle, après l'avoir engagé à rentrer à Ci? rani,ou dain toute autre maisonàson choix, lui promettait d'oublier le passé, de défend partout sa réputation cl de l'aimer toujou comme un ti!>. Mais le malheureux domeu insensible et quitta la congrégation. Le m était tait, comment le réparer ? On se décida convoquer à Nocera une assemblée général Elle s'ouvrit le 12 mai 1780. Tous, ou prtquetous les Pères qui en firent partie, étaiei zélés pour la règle. Mais c'était précisé met ce zele qui lus rendait, pour le moment, pu accessibles à des passion s mauvaise*, cachet: sous le masque du bien. Pour tout mettre e feu, il ne fallait qu'un agitateur et un mau vais esprit. Ce mauvais esprit se rencontra : c fut le P. Leggio, présent au chapitre, comro député de Frosiuone. L'assemblée fut don ce qu'on pouvait attendre d'une réunion d' beaucoup de bonnes volontés, égarées par<fc intrigues. On éclata en plaintes contre le P Majone, contre les consultcurs, contre Alphonse lui-même; on alla jusqu'à lui reprocher en face d'avoir détruit la congrégation On le somma de donner sa démission pour procéder a l'élection d'un nouveau Recum Majeur. 11 céda sans dilliculté ; mais comnif la plupart des capitulaires, malgré leurépremeiit momentané, étaient de bons reliçeui qu'aveuglait, non pas une passion contra Alphonse, mais un zèle trop naturel pour li règle, le saint fondateur fut réélu ; et la dernière conclusion du chapitre fut qu'on présenterait une supplique au roi pour obiers qu'il retirât le Règlement; ce qui futexétut*, mais sans succès.
Cependant la série des tribulations ttol loin d'être terminée pour Alphonse. De Nocera, le P. Leggiose rendit directementàRoni''. où, par sa profonde hypocrisie, et pwun concours de circonstances telles qoe la calomnie parut revêtues des apparttx^ d'une vérité presque évidente, il sut Iroœftr le Pape Pie VI, sans qu'il y eût de lapartdu Saint-Siège aucune imprudence, ni aucunetredulité. H sut lui persuader qu'Alphunseet toutes les maisons du royaume de Naples ava^ prévariqué en acceptant le Règleuient il eo renonçant à la règle de Benoit XIV, n qui était un insigne mengonge ; puis, jusant plus loin son acharnement, il panuM