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introduits par les supérieurs et surtout les nouveaux emplois adopté* par la Congrégation. Mgr Bécnerel, après l'avoir ainsi modifiée, la rendit obligatoire en 1813, et Mgr de la Tourette l'approuva et la confirma de nouveau en 1823, ordonnant a toutes les sœurs de s'y conformer, comme étant a l'avenir le
f>rincipal objet de leur vœu d'obéissance. Il cur permit, en outre, de la faire imprimer afin que toutes pussent la lire et l'étudier plus facilement.
Ce Recueil des Règles et Constitutions des Religieuses du Saint-Sacrement n'a pas été réimprimé depuis 1823. Le respect que ces pieuses hospitalières ont conservé pour la mémoire de leur vénérable fondateur, a suffi pour les préserver de l'inconstance et les rendre fidèles a tous leurs devoirs. Un seul changement a été ordonné, en 18V5, par Mgr Chatrousse, évéque de Valence ; jusqu alors les sœurs n'avaient fuit, en entrant dans la Congrégation, que les trois vœux simples de chasteté, d'obéissance et de stabilité. Mgr a cru devoir y ajouter c«'lui de pauvreté. C'est un surcroît de mérites pour ces pieuses Filles, qui l'ont accueilli avec d'autant plus d'empressement que déjà elles pratiquaient cette vertu si nécessaire à l'état religieux, sans y être as* freintes |«ar aucun engagement. Il va sans dire que la Congrégation est entièrement soumise pour le spirituel et le temporel à l'autorité de l'évôque de Valence, qui In gouverne par lui-môine ou par un de ses vicaires généraux.
La première partie du Recueil a pour objet les motifs et les moyens de sanctifier les diverses actions de la journée. On y traite du réveil, du lever, de la méditation, de la sainte Messe, du travail, des repas, des récréations, de l'Office et autres exercices de piété. Dans la seconde partie on propose des pratiques pour chaque jour de la semaine et des exercices pour le mois et pour l'année.
La troisième partie renferme les constitutions proprement dites. Elle se divise en trois sections: la première règle les rapports des religieuses entre elles et le rang que chacun doit occuper. Dans la seconde on indique les qualités nécessaires pour être reçu dans la Congrégation. Les prétendantes doivent être nées d'un mariage légitime et de parents honnêtes, avoir toujours vécu d'une manière édifiante, jouir d'une bonne santé et posséder un jugement droit et de l'aptitude pour les fonctions de l'état religieux. On ne reçoit point les personnes qui seraieut encore nécessaires àleur famille ou qui n'ont pas atteint l'Age de seize ans. Le noviciat dure une année sans interruption. Six mois après la réception des prétendantes dans l'établissement, la supérieure assemble le chapitre et prend des informations sur les novices qui sont renvoyées si on les juge incapables, et continuent leurs épreuves si elles réunissent en leur faveur au moins la moitié des voix. Le chapitre se réunit encore un mois avant la fin du noviciat et décide sur leur admission définitive qui est suivie de la
profession religieuse entre les mains de l'évêque ou de son délégué.
La troisième section prescrit des règles particulières pour les ofllcières de la congrégation.
La supérieure doit donner à ses sœurs l'exemple de toutes les vertus, elle doit réunir son conseil une fois par semaine pour traiter de tout ce qui se passe dans l'établissement. Les délibérations importantes sont précédées de la prière et d'un quart d'heure de méditation.
L'assistante doit aider la supérieure dans tout ce qui concerne la conduite extérieure de la communauté.
La maîtresse de$ novices est chargée de la conduite spirituelle des prétendantes.
Viconome administre les biens temporels de la congrégation sous la surveillance de la supérieure à qui elle doit soumettre ses comptes tous les trois mois.
L'admonitrice est établie pour avertir la supérieure de ses défauts et recevoir les plaintes de la communauté.
Les conseillères doivent délibérer avec la supérieure de tout ce qui a rapport à l'administration de la maison mère et des établissements qui en dépendent.
Les mattresses des pensionnaires sont chargées de l'instruction des jeunes Glles et de la direction des classes.
Enfin, l'infirmière, la sacristine, la portière, etc., ont chacune des devoirs respectifs qu'elles doivent connaître en détail et remplir avec édification.
Les élections peuvent se faire en tout temps, selon le bon plaisir de l'évèque et les besoins de la Congrégation. Elles ont lieu, d'ordinaire, tous les trois ans.
Cinq jours avant l'élection de la supérieure, l'évôque ou le Père spirituel de l'établissement réunit toutes les sœurs professes dans la chapelle. Il s'assied devant l'autel, les sœurs demeurent debout à droite età gauche, et la supérieure se met à genoux au milieu d'elles et se démet de >es fonctions en s'accusantdes fautes qu'elle a commises depuis son élection. La démission est acceptée, le Père spirituel remet la conduite de sa communauté à l'assistante et la supérieure prend le rang de sa profession. La cérémonie se termine par le reni, Creator, afin d'implorer les lumières du Saint-Esprit pour l'élection prochaine d'une nouvelle supérieure.
Au jour fixé, le chapitre se réunit, il est formé de toutes les sœurs en grade de la maison mère, et de toutes les supérieures locales des établissements qui dépendent de la Congrégation, et qui ont au moins trois sœurs. Une secrétaire est nommée pour recevoir les scrutins qui sont dépouillés par le Père spirituel, et celle qui a recueilli le plus de voix est proclamée supérieure. Aussitôt, elle se met a genoux devant l'autel , fait sa profession de foi et accepte humblement sa charge qui lut est dévolue, sans qu'il lui soit permis ni de refuser , ni de s'excuser pour aucune raison. Ensuite elle va s'asseoir
DES ORDRES RELIGIEUX
nco s\c.
h sa place , cl loules les sœurs viennent, l'une après l'autre, lui baiser la maiu en ^'agenouillant «levant elle
On ne peut élire f>our supérieure que celle «jui a .tu moins huit ans de profession et qui a (K'jà atteint sa trentième année.
C'est à elle à proposer ensuite son assisfaute et ses conseillères qui doivent être agréées par le chapitre à la pluralité des voix; pour les autres oflicières, la supérieure les nomme et les révoque à son gré.
Les Religieuses du Saint-Sacrement sont vêtues d'un habit d'éloHe commun, sans taille, à manches simples, d'une largeur médiocre et dont la longueur s'étend jusqu'au bout des doigts; elles portent sur la tôle un voile d'élamine de même couleur, et sur la poitrine une guimpe blanche dont les deux bouts >out att.ichés derrière les épaule*; un crucifix est suspendu à leur cou et un chapelet noir à leur ceinture. (1)
La Congrégation est composée actuellement de deux cent cinquante-quatre religieuses, tant professes que converses. Kilo possède uuarante-lrois établissements répandus dans les diocèses de Valence, de Viviers, d'Avignon et de Nîmes.
Mémoires envoyés de Romans , par M.
labbé*". B-d-e.
SACREMENT (Société du TRES SAINT-).
§ I. — Son origine.
La Société «lu Trè.s-Sainl-Sacrement , encouragée d'abord par Sa Sainteté Pie IX le 27 août 1855, a été fondée à Paris, rue d'Enfer, 114, avec l'approbation de Mgr Sibour, archevêque «le Paris, le 13 mai t85ti, et a l'ait sa première exposition le 6 janvier 1857, lêle de l'Epiphanie.
§ II. — Son but.
La Société se consacre et se dévoue tout entière par les trois vœux : 1" au service et au culte de Noire-Seigneur Jésus Christ dans la sainte Eucharistie et exposé solennellement sur l'autel, dans l'exercice perpétuel de l'adoration, de l'action de grâce, «le la réparation et de la supplication pour la conversion du monde et le règne eucharistique de Jésus-Christ. 2° La Société unit la vie fictive à la vie contemplative; son apostolat se borne h la sainte Eucharistie, a nourrir la foi, la dévotion et l'amour «les lidèles envers le très-saint Sacrement ; ses œuvres principales sont : 1° les retraites intérieures en faveur des prêtres suitout, les retraites de première communion, des associations d'adoration établies dans les paroisses, les retraites ecclésiastiques et religieuses; 2° l'œuvre des premières communions des adultes , dont le but est de rechercher les hommes qui n'ont pas encore fait leur première communion, de les instruire de la doctrine catholique, de les préparer à recevoir ce grand sacrement; 3° la prédication des quarante heures dans les paroisses. A ces œuvres de zèle eucharistique, la Société joint une œuvre de travail, l 'Œuvre des ial.<«niacles. Ses membre* ai-
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listes, chacun selon >on talent , travaillât aux objets nécessaires au culle divin, tei» que tableaux, statues, autels, chandelier*, etc., en faveur des églises pauvres. La devise de la société esl celle-ci : Toul pour l'amour el la gloire de Noire -Seigneur Jésus- Chrut au très -saint Sacrement «le l'autel.
S III. — Des membres.
La Société admet dans son sein deux sortes de membres : les prêtres et les laïques, vivant tous sous la même Règle et avec les exercices communs.
Les membres se divisent en trois classes: les religieux contemplatifs , les religieux contemplatifs et actifs, les agrégés
1* Les religieux contemplatifs sont exclusivement consacrés au service eucharistique de l'exposition du très-saint Sacrement; 2* les religieux contemplatifs et actifs joignent à la contemplation le saint ministère eucharistique; 3" les agrégés sont les membres prêlres ou laïques, qui, ne pouvant suivre toute la Règle, forment le tiers ordre du Très-Saiiii-Sacremenl.
§ IV. — Du noviciat et des taux.
1* Le noviciat esl de dix-huit mois; les six premiers mois forment le temps du postulat ou de la première probation; t les vœux sont d'abord temporaires, de trois ans, avant d'être perpétuels.
§ V. — De la rie commune.
1' Les exercices spirituels «le la journée se font en commun el devant le très-saint Sacrement; 2° l'OUice divin est récité ea chœur; 3* chaque religieux a sa cellule; V les adorateurs, outre l'adoration du jour, fout encore une heure d'adoralion dans la nuit.
§ VI. — De l'etpnt de ta Société.
L'esprit propre qui doit distinguer la Société du Très-Sainl-Sacrement el devenir la règle et former le caractère de la sainteté de ses enfouis doit être comme celui de son divin Maître.
1* Un esprit d'amour tout dévoué au service et à la gloire «le Noire-Seigneur Jésus- Christ au très-saint Sacrement. — Le service eucharistique de Jésus-Christ doit être la fin do tous leurs travaux, de leur piété, de leurs vertus et des plus grands sacrilices; car ce n'est que pour le servir par l'hommage el le sacrifice «le tout leur être qu'il* ont été reçus «lans la religion;
2' Un esprit de vérité. — La vérité doit être l i loi souveraine de leur parole, la règle invariable de leur couduile. Us renouceront volontiers à tout avantage temporel, à toute œuvre, quelque bonne qu'elle paraisse, mais qui ne seraient pas selon la vérité. Us éviteront donc comme un opprobre toute conduite dissimulée ou servile. indigne «l'un serviteur de Jésufc-Christ, car il a du : Je suis la vérité, je suis venu dans le momie pour lui rendre témoignage.
o lu ojtiI de liberté en Jé>iu-Cnri>i. -
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DES ORDRES RELIGIEUX
nu
Les religieux du Très-Saint-Sacrement meiiroot leur gloire dans la vie simple el commune avec leur divin Maître; c'est pourquoi ils ne solliciteront aucun privilège, ni ne jouiront d'aucun. Us ne demanderont aucun» faveur des supérieurs ecclésiastiques oo civils. Us ne rechercheront aucune protection humaine dans toutes leurs entreprises ou dans leurs besoins, mais ils se confieront en la bonté de Jésus-Christ qui ne leur fera jamais défaut, s'ils mettent en lai seul toute leur confiance. Jésus-Christ a Oit: • Celui qui me sert, mon Père l'honorera. •
SAGESSE (CojtcaéoATiOH des Fiixbs de la), motion mère à Saint-Laurent sur Sèvres.
{Vendée)
Le premier et principal instrument que la Providence mit entre les mains du vénérable Montfort pour établir cette Œuvre d'abord bien petite, mais qui devait plus tard prendre un si merveilleux développement, fui une demoiselle de Poitiers, Marie-Louise Trichet, dont nous allons raconter la vie. Marie-Louise de Jésus, fondatrice de la Con~ grégation de la Sagesse.
La sœur Marie-Louise de Jésus était la troisième tille de M. Julien Trichet, procureur au siège présidial de Poitiers , et de Mine Françoise Lecocq. Elle naquit en la paroisse de Saint-Etienne de Poitiers, le 7 mat 1684. C'était le 1" dimanche après Paqaes, jour auquel on lit à la Messe ces paroles de l'apôtre saint Jacques, qui furent comme un pronostic heureux de la vocation «Je la jeune tille : « La religion pure et sans tâche devant Dieu, ooire père, est celle-ci : visiier les veuves et les orphelins dans leur •ffliction et se préserver de la souillure de ce siècle. • (EpU. Cath., i, 27.)
Elle reçut au baptême les noms de Marie- Louise, et l'on remarquera sans doute que ces noms étaient aussi ceux du vénérable Grignou de Montfort, avec lequel la Providence la mit en rapport pour l'œuvre sainte dont ils devaient être les fondateurs.
Marie-Louise Trichet, instruite dans la pratique des vertus chrétiennes dont elle trouvait au sein même de sa famille les meilleurs modèles, montra dès sa première enfance une piété tout à fait estraordinaire. Gâchant un esprit juste et solide sous un air modeste et réservé, elle semblait si peu soucieuse de paraître, que sa mère, un peu trop prévenue contre elle, disait amèrement s son mari : « Que ferons-nous de celle fille? elle est stupide* — Non, non, lui répliquait le bon père, vous vous trompez, «t Dieu fera par elle de grandes choses. »
A peine âgée de neul ans, elle s'adonnait » l'oraison et exerçait sur elle -môme de grandes mortifications. Elle touchait à sa quinzième année, lorsque le P. Montfort entra comme aumônier à J'hôpilal général de Poitiers. Elle se mit bientôt sous la direction du saint prêtre, et fil dans la perfection détienne des progrès si rapides, qu'elle
ne songea plus qu'a quitter le monde pour se retirer dans le cloître. Mais ses tentatives échouèrent devant des causes qui semblaient devoir enchaîner aussi l'avenir. Et pourtant Montfort, inspiré d'en haut, l'assurait toujours qu'elle serait religieuse.
Enfin, il la fil entrer à l'hôpital, où il venait de réunir, ainsi que nous l'avons raconté , une petile société composée d'une vingtaine de filles de la maison, riches en vertus, mais toutes infirmes et disgraciées de la nature. C'est dans celte école d'humi lité, de souffrances et de pauvreté, qu'il voulait former a la perfection celle sur qui plus tard tant d'autres devaient prendre modèle. Les moyens énergiques qu'il employa pour détruire en Marie-Louise tout amour de soi-même et du monde, prouvent l'estime qu'il faisait d'elle. Une vertu ordinaire n'eût pas tenu contre de semblables épreuves. ^
« Ma fille, » lui dit-il un jour, après l'avoir enlendue en confession, « il m'est venu dans la pensée de vous faire changer d'habit. J'ai reçu dix écus d'aumônes d'une personne de piété; je veux les employer à cet usage. » Mlle Trichet comprit , par la dépense qu'on voulait f«ire, que l'étoffe du nouvel habit n'était guère précieuse el que la forme n'en serait pas non plus fort élégante; elle répondit avec humilité : « Je le veux bien, mais il faut que ma mère y consente. » Ce consentement obtenu, Montfort fit acheter une grosse étoffe de couleur gris cendré, et cet habit, confectionné tel qu'il se porte encore aujourd'hui , fut bénit et donné à la fervente novice avec celte pieuse exhortation : « Tenez, ma fille, prenez cet habit ; il vous gardera el vous sera d'un grand secours contre toutes sortes de tentations. » C'était le 2 février 1703, au jour de la fête de la Purification de la sainte Vierge. A celle livrée qu'elle ne devait plus quitter, Mlle Trichet ajouta un nouveau témoignage de son renoncement au monde -, en abandonnant son nom de famille pour prendre celui de Marie-Louise de Jésus. Kl le avait alors 19 ans et demi. Mai» peu à près son saint directeur, forcé d'abandonner l'hôpilal de Poitiers , laissait la pieuse fi le seule, a 20 ans, sans appui, exposée aux railleries de l'impiété el aux reproches de sa propre mère, qui avait tenté plusieurs fois de le détourner de sa vocation, et qui n'avait pas craint d'invoquer l'autorité épiscopale, dans les intérêts de ses vues mondaines. Et Montfort ne léguait à celle dont îl voulait faire l'instrument de ses vastes projets que celle parole presque désespérante : « Ma fille, no sortez point de cet hôpital avant dix ans; quand rétablissement des Filles de la Sagesse ne se ferait qu au bout de ce terme, Dieu serait satisfait, el ses desseins sur vous seraient accomplis. *
En 1713, Montfort eut la consolation de la revoir un instant, et de la retrouver avec le même habit, avec les mêmes dispositions. Elle avait eu à lutter pourtant contre bien des difficultés ; les persécutions, les amertumes ne lui avaient noiui été épargnées, et
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plus d'une fois il n'avait fallu rien moins que l'intervention du saint évêque de Poitiers, Mgr de la Poype de Vertrieu, pour les modérer. Monlfort profila de son passage pour affermir la pieuse fille dans cette constance si étonnante, et pour lui donner dans la personne de Catherine Brunei, de Poitiers, une compagne qui reçut le nom de sœur de la Conception.
Depuis 1711, Monlfort était fixé à la Rochelle. Ce fut alors que, trouvant dans l'amilié du prélat qui lui accordait une entière confiance tous les étémentsde succès qu'exigeait son œuvre , il s'ouvrit à Mgr de Chamflour, et l'entretint du vif désir qu'il avait depuis longtemps d'établir une société de religieuses pour instruire la jeunesse et assister les pauvres. Il lui fit connaître aussi ce qu'il avait déjà commencé dans cette vue lorsqu'il habitait Poitiers. L'évôque, appréciant les excellents résultats que pouvait
Jiroduire une œuvre si sainte, engagea Montbrt à suivre ses idées, et le pressa même d'appeler a la Rochelle, pour y faire l'école aux petites filles, les deux sœurs qui étaient a Poitiers, s'offrent lui-môme à faire tous les frais de l'établissement.
On lira avec plaisir la lettre que le fondateur écrivait a ce sujet :
Mes chères filles en Jésus-Christ, Marie Trichet et Catherine Brunet , vive Jésus , vive ta croix l
Vous n'avez pas répondu à ma dernière ; je n'en sais pas la raison. Monseigneur de la Rochelle, à qui j'ai plusieurs fois parlé de vous et de nos desseins, trouve à propos que vous veniez ici pour commencer f ouvrage tant dérirc. Il a fait louer une maison pour cet effet, en attendant l'achat et l'établissement parfait d'une autre maison. Vous faites, il est vrai, de grands biens dans votre pays; mais vous en ferez de bien plus grands dans un pays étranger, et nous remarquons que depuis Abraham jusqu'à Jésus-Christ, et depuis Jésus-Christ jusqu'à nous, Dieu a retiré de leur pays ses plus grands serviteurs, parce que, comme dit Notre-Seigneur même, personne n'est prophète en son pays. Je sais tfue vous aurez des difficultés à vaincre; mais U faut qu'une entreprise aussi glorieuse à Dieu et aussi salutaire au prochain soit parsemée d'épines et de croix ! Et si on ne hasarde quelque chose pour Dieu , on ne fuit rien de grand pour lui. C est de la part de Monseigneur que je vous écrit... Tout à vous, en Dieu seul, seul Dieu.
L«s difficultés prévues par Monlfort furent grandes; en effet, il veut d'abord opposition de la part de la raéYe de Marie-Louise de Jésus, puis de son directeur et du bureau de l'hôpital général, dont elle était, depuis près do dix ans, l'économe habile et sûre; mais la grâce de Dieu fit disparaître successivement tous ces empêchements, et la sœur Marie-Louise de Jésus sut, avec sa compagne, s'arracher aux lieux témoins de ses vertus et de ;ses combats. Elles arrivèrent à la Rochelle en mars 1715. Il y avait juste dix ans que Monlfort lui avait dil en la quil-
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tant pour se rendro à Paris : c Ma Qlle, ne sortez point de cet hôpital avant dix ans. Quand 1 établissement des Filles de la Sagesse ne se ferait qu'au bout de ce teruio, Dieu serait satisfait, et ses desseins sur vous seraient accomplis. »
A leur arrivée à la Rochelle , les deui saintes filles éprouvèrent bien des déboires: Monlfort était absent; il prêchait une mission , et rien n'avait été préparé pour recevoir celles qui accouraient à son ordre, soumises, obéissantes; ell>*s durent loger dans une chambre offerte par une hospitalité presque forcée, et souffrir bientôt après de la misère et de la faim. Quand le fondateur les vil pour la première fois, il s'occupa peu de ces détails terrestres et secondaires a v$ veux , car il ne désespéra jamais de la Providence. Il adressa la parole à la sœur Marie-Louise de Jésus : • C'est vous, n.a fille, » lui dit-il, «que Dieu a choisie pour être à la tête de la petite communauté qui ne fait encore que de naître... 11 vous tant avoir beaucoup de fermeté ; mais la douceur doit l'emporter sur tout le reste. Voyez, nia fille, voyez cette poule qui a sous ses ailes des petits poussins; avec quelle attention elle en prend soin, avec quelle boolé elle les affectionne. Eh bien 1 c'estainsi querou» devez faire el vous comporter avec toutes les filles dont vous allez désormais être la mère. »
Dans cette première année, la petite so* Hété s'accrut de trois nouveaux membres, et Monlfort profila du peu de loisir que loi laissaient les missions pour mettre la dernière main à la règle qu'il leur avait donmV, et surtout pour leur inculquer profondément par ses discours l'esprit religion qu'elles devaient elles-mêmes transmettre b tant d'autres. C'est dans un de ces entretiens que, s'arrôtant tout à coup comme hors de lui-même et le visage tout en feu, il s'écria : « Mes filles, Dieu me fait en ce moment connaître des choses admirables : j* vois dans les secrets divins une pépinière de Fillesdela Sagesse,» L'événement, coromi on le verra, ne larda point à vérifier cette prédiction au delà de toute espérance. Au mois d'août 1715, Monlfort quitta ses vertueuses filles pour ne plus les revoir; mm il continua jusqu'à sa mort, et au milieu des fatigues de sa vie apostolique, à {« diriger par d'admirables lettres où respire tout son amour pour la vraie sagesse, la sagesse de la croix. Quand il mourut, en avril 1716, cinq sœurs formaient toute la congrégation.
La perte qu'elle venait de faire jeu « sœur Marie de Jésus dans la consternation; elle sentait mieux que personne tout ce qu< allait lui manquer désormais; cependant-** regrets furent adoucis par la protection plu» paternelle que l'évôque de la Rochelle étendit sur les saintes filles, et par les preuw* qu'il leur en donna en achetant de ses près deniers une maison plus vaste el p>u» commode pour recevoir les bonnes religtvoses et les enfants qui venaient à leor éwi*
SAG DES OHDKKS
te nombre des jeunes filles qui leur étaient confiées s'élevait alors à plus de 400.
Celte école, tenue avec un soin maternel, subsistait avec un grand succès depuis près de trois ans , quand Mme Trichet , mère do la sœur Marie-Louise de Jésus, envoyée par les administrateurs de l'hôpital et 1 évôque même de Poitiers, arriva tout à coup a la Rochelle, et fil si bien qu'elle entraîna sa &ile avec elle.
Deux des sœurs suivirent leur supérieure ; les deux autres se retirèrent provisoirement dins leur famille, incertaines qu'elles étaient du sort réservé à leur petite société. Tout semblait perdu, car la rentrée de sœur Marie-Louise de Jésus à l'hôpital do Poitiers était bien loin de la rassurer elle-même, et de favoriser le développement de sa congrégation, malgré les offres séduisantes qui lui étaient faites par les administrateurs de i hospice, afin qu'elle en fit le chef-lieu de tous les autres établissements. Elle passa |4us d'un an dans les perplexités les plus cruelles , jusqu'à ce qu'un homme simple (Je cœur, mais inspiré de Dieu, vint lui conseiller de se fixer à Saint-Laurent-sur-Sèvre.aox lieux mêmes où reposait le vénérable fondateur Montfort , et près de cette tombe que signalaient déjà tant de merveilles. Une visite du P. Vatel, missionnaire 'ssislant du P. Mulot , successeur de Monlsbri . acheva de déterminer la pieuse fille, û Providence se chargea de lui ménager le moyen de se transporter avec ses compagnes daos l'asile ouvert à leur saint institut, mais ce ne fut pas sens avoir a surmonterde grandes difficultés. L'évêque de Poitiers se rooutra d'abord opposé à ce projet; puis lorsque, sur les instances réitérées des plus saints personnages, il comprit que telle était la volonté de Dieu, il donna son autorisation ; mais la famille de la sœur Marie-Louise de Jésus, les administrateurs de l'hôpital, l'intendant même de la province, suscitèrent de nombreux obstacle* qu'il fallut surmonter à force de résignation et de persévérance. Enfin, dans le cours de juin 1*720, la sœur Marie-Louise de Jésus put aller occuper à Saint-Laurent une petite maison qu'y avaient achetée Mme la marquise de Souillé et M. le marquis de Magnane.
On se ferait dillicilemcnt une idée de ce qu'eurent à souffrir, au commencement, les pieuses Filles de Montfort. D'abord elles trouvèrent pour tout logement des
Saletés et des masures; pour tous meubles, es pliants attachés avec des sangles, sur lesquelles on jetait un chétif matelas, un drap et une couverture faite en plusieurs morceaux d'étoffes rapportés et cousus au hasard ; ces lits n'avaient [mis même de rideaux; les sièges étaient de petits bancs faits en forme de tréteaux avec de mauvaises planches et des bois de fagots fendus en deux; des écuelles et assiettes de grosse terre, des cuillers et des fourchettes de bois composaient le mobilier de la cuisine. La tuandelle, objet de luxe apparemment, était remplacée nardes lamuions; un neu d'huilo
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et une mèche garnissaient ces lampes grossières; quant au linge el aux provisions , il n'y en avait point. Le cœur de Marie-Louise de Jésus se serra è la vue de tant de misère, non pas pour elle-même, mais pour les compagnes qui allaient partager ses travaux et sa vie mortifiée; cependant elle offrit au Seigneur le sacrifice des répugnances qu'elle éprouvait, et, négligeant les soins de sa personne, elle s'occupa d'établir un petit oratoire pour la communauté. Une chambre lui offrit un humble réduit dans lequel quelques images de papier, placées avec symétrie, indiquèrent seules , pendant longtemps, la destination de ces lieux consacrés à la prière. Comme si ce n'était assez des amertumes nue devaient causer à la sœur Marie- Louise de Jésus la détresse el les humiliations auxquelles elle était condamnée, elle eut à éprouver dos peines plus sensibles à son cœur. Le curé doyen de Saint- Laurent, qui avait été d'abord très-favorable è la congrégation, se laissa circonvenir par d'odieuses menées, et, malgré son caractère pieux, il devint pour la Congrégation une cause de difficultés sans cesse renaissantes que l'intervention de l'autorité épiscopale, loute bienveillante, ne parvint pas toujours a faire disparaître. Les bonnes intentions de Mme de Bouillé furent aussi quelquefois In source de vives contrariétés , précisément parce qu'elles partaient d'un cœur dévoué a l'œuvre, mais qui ne pesait pas avec assez de réflexion les démarches dangereuses qu'il conseillait.
Cependant la patience et la douceur de Marie-Louise de Jésus triomphèrent de tant d'obstacles, et lorsque, avec la permission de l'évêque de la Rochelle , elle put se placer, elle et sa communauté naissante, sous la direction du P. Mulot, le successeur el l'héritier des traditions du vénérable Montfort, elle regarda son œuvre comme agréée de Dieu et comme assurée contre les chances de l'avenir. Et pourtant la maison sainte éprouvait encore souvent les tristes angoisses que font naître le manque de ressources et les préoccupations nécessaires de la vie matérielle. Il lui arriva même de manquer du paindechaque jour... Mais, au milieu de ces tribulations, la pelito Congrégation se fortifiait à l'intérieur et croissait aussi au dehors. Quatre ans après son établissement a Saint-Laurent, elle comptait déjà vingt membres, et à mesure qu'elle devenait plus nombreuse, elle étendait aussi ses travaux, que Dieu bénissait partout d'une façon merveilleuse. C'est ainsi que se succédèrent les établissements dont voici les noms : la maison de Hennés (18 février 17240; l'hôpital Saint-Louis de la Rochelle (13 juin 1725); la maison de la Flotte, h ll'e de Ré (25 août 1725); celles d'Bsnandes, près de la Rochelle, de Saint-Xandre, de Doix, de la Guerche, de Rochefort, au diocèse de Vannes; l'hôpital de Niort (1729); la maison de Maubernage a Poitiers, fondée par l'initiative de Mme de Bouillé et de M. de Magnant*, au lieu uiêineoù le P. Monlfort avait urêché,
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27 ans auparavant, avec tant de consolations (1733); l'hôpital militaire d'Oleron (1733); l'hôpital de Coron (1734); la maison de l'Hermenaud, fondée par Mgr de Menou, évêque de la Rochelle, qui réalisait ainsi une œuvro préparée par son prédécesseur, Mgr de Branras (1734); la maison d'Airvault, de Saint- Loup, de Saint-Jean de l'Yversay: la maison de Poitiers (aux Pénitentes) (1730): la 2' maison d'Oleron; l'hôpital général de Poitiers (1748). la sœur Marie-Louise de Jésus avait tellement compté sur celle dernière maison , lors môme qu'il paraissait moins possihle de se bisser aller a IVspérance, que, dans une maladie regardée comme mortelle par les médocins, elle disait : « Non, je n'en mourrai pas, cor nous n'avons pas encore l'hôpital de Poitiers à gouverner, et notre Père de Monlfort m'a prédit qu'il me serait confié. » Ajoutons, à ce propos , que ce ne fut pas sans une vive opposition de la part de certains personnages élevés en dignité, ce qui permet de faire cette remarque singulière qu'en 1720 on plaçait des gardes aux portas de l'hôpital pour empêcher la sœur Marie-Louise de Jésus d'en sortir, et qu'en 1748 on mettait tout en mouvement pour l'empêcher d'y entrer.
Ces établissements furent suivis de ceux de Dinan , d'Angoulénie , d'Outillé , de la Cueille (a Poitiers), de Cognac, d' Aigrefeuille, des hôpitnux de Saint- Lô, de Valognes, de Carantari (1758); des Incurab'es de Poitiers (15 avril 1758); c'était le cinquième dans cette ville, berceau des filles de la Sagesse. L'année suivante, les pieuses filles furent appelées à l'Hôtel-Dieu de Lorienl ( 3 juillet 1750).
Pour expliquer, en dehors même de l'action providentielle de Dieu, les progrès du saint institut, il suffira de faire remarquer les soins que prenait la sœur Marie-Louise de Jésus toutes les fois qu'il s'agissait de fonder un nouvel établissement. Elle choisissait d'abord, pour les y placer, celles de ces compagnes qui s'étaient fait distinguer parleur piété, leur exactitude et leur capacité; et. non contente de cette précaution, elle allait elle-même les installer, habitait avec elles des mois, des années entières, jusqu'à ce que, bien pénétrées de leurs devoirs, habituées à les remplir dans toute la rigueur de la Règle, elles se fussent faites au genre de vie que leur imposait leur mission sainte. Aussi n'est-il pas étonnant que la plupart des supérieures particulières qu'elle
Ii ré posa au çouverncmentdes établissements es plus éloignés se soient signalées par une aptitude rare et unie à une sainteté si grande, qu'en mourant avant leur Mire, elles ont glorifié son administration et proclamé sa propre sainteté.
Ce résultat si important, surtout au début d'une œuvre de cette nature, fut en partie dû, il faut bien le reconnaître, aux bons exemples donnés par la sœur Marie- Louise de
(l) Les lettres patentes postérieures, do nurs 17 potir l'institut.
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Jésus et à la vigilance avec laquelle le noviciat fut dirigé suivant les Règlements, sans jamais s'écarter de leurs prescriptions les plus minutieuses.
Sur ce point, la supérieure générale, si bonne, si douce et si humble, n'admettait pas qu'il fût possible de fléchir, et sa fermeté fut toujours inébranlable. Ainsi , quand il s'agit de diminuer de quelques instants les heures de sommeil , lorsqu'un sentiment louable de piété inspira la |>ensée d'ajouter aux devoirs des Filles de la Sagesse l'obligation, qui eût été si douce à leur cœur, d'honorer par l'adoration perpétuelle le trèssaint Sacrement des autels, la sœur Maric- Louise de Jésus opposa à son inflexible volonté de s'en tenir à la Règle dans toute sa pureté primitive, sans en altérer le texte ou l'esprit.
La sœur Marie-Louise de Jésus éprouva bien quelquefois l'amertume que cause a une bnnnc mère l'abandon do ses enfants. Au début de son établissement à Saint-laorenl-sur-Sèvre, elle eut bien la douleur de voir la sainte famille menacée d'un schisme; mais sa prudence, sa circonspection et sa douceur arrêtèrent bientôt le mal, et elle eot la consolation de voir rentrer au bercail commun les brebis momentanément égarées.
Les progrès de la Congrégation excitèrent aussi les jalousies et les naines; des dénonciations furent dirigées contre les saintes filles, qui, pouvants peine trouver le pain quotidien, se virent néanmoins menacées de taxes ruineuses. Plus lard c'était le due de Villeroi, seigneur de la contrée, auquel l'esprit du mal suggérait l'idée d'exiger une indemnité pécuniaire considérable ; enfin c'étaient les seigneurs de Mortagne, auxquels la malice des ennemis de l'institut persuadait qu'il nuisait et attentait à leurs droits. Mais toutes ces persécutions furent vaincs; la sœur Marie-Louise de Jésus y opposa son arme habituelle, la prière, et au* sitôl toutes les difficultés disparurent ; il y eut mémo cela de remarquable que ces persécutions aboutirent à placer sous la protection spéciale du roi Louis XV l'institut des Filles de la Sagesse, qui fut approuï* par les lettres intentes du 27 octobre 1732(11-
La douleur que ces persécutions causaient à la sœur Marie-Louise de Jésus n'était p* la seule qui menaçât d'altérer la placide de son âme; elle eut à souffrir, comme too» les saints, des épreuves personnelles ptm cruellesoncore. Deux sœurs, d'un esprit diffleile et pointilleux, s'imaginèrent de persuader au supérieur général que la W Marie-Louise de Jésus avait perdu la pJtwtude de ses facultés intellectuelle*, et ou* sun âge la rendait impropre au rôle qn'*!l* avait si dignement et si habilement remi^ jusqu'alors; interprétant dans un sens ton* jours fâcheux ses démarches les plus n»wrelies , ses expressions las plus $i«p|f*-
Ï3, sont appuyées sur les motif* Im plus bo*v&«