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îobre, et on lui donna le nom tic Placide. La ferveur, le zèle pour tous ses devoirs, une exactitude qui nu se trouva jamais en défaut, furent les vertus qu'on remarqua pendant sou année de prohalion, année qui lui parut la plus longue de sa viciant était vif et ardent le désir qu'elle éprouvât de consommer son sacrifice, et de sceller de ses vœux le contrat que son ru?ur avait déjà fait avec le céleste Epoux. Elle se consacra irrévocablement à Dieu le 27 novembre 1787. Ce jour, qui mit le comble à la joie de son coeur, fut toute sa vie un jour solennel consacré à la reconnaissance.
Elle fut aussitôt chargée d'emplois ne confiance, et elle commença dès lors l'essai de ce qu'elle devait accomplir un jour avec tant de succès pour le salut des Ames. Quoique timide à l'excès, elle savait par ses efforts tout entreprendre pour la gloire do Dieu : sa magnifique voix que la culture avait embellie était un des ornements du /;bant de la vaste église de Saint-Pierre; mais il lui fallut longtemps pour vaincre sa timidité qui la rendait tremblante. Elle s'appliqua surtout à correspondre fidèlement aux inspirations de l'Esprit-Saint, <c qui la fil mareber à grands pas dans la voie de la ferveur. Elle taisait ses délices de la récitation do l'office divin, et lors même que le Souverain Pontife eut fait remplacer le long office des Bénédictines par celui de la sainte Vierge, elle continuait à faire de son ancien bréviaire la nourriture de son âme. Son amour pour la règle lui faisait éprouver beaucoup de peine de la mitigation qui .s'était introduite: elle soupirait avec ardeur pour une vie plus parfaite, elle saisissait toutes les occasions pour pratiquer la vie bumble et austère du grand palriarcbede l'Occident. Elle ignorait alors qu'elle dût Cire bientôt arrachée de l'autel dépositaire de ses serments, et que plus tard elle serait choisie par le Seigneur, comme autrefois Nébémias, pour faire renaître la postérité de Sainl- Benoil.
Ce fut dans le courant du mois d'octobre 1792, que les commissaires de la Convention forcèrent les portes de la royale abbaye, et intimèrent à Mme de Montenord, qui en était abbesse, l'ordre de l'évacuer dans vingtquatre heures. Quelle douleur et quelle consternation produisit un ordre si inhumain 1 Mme de Bavos n'avait que vingtquatre ans ; sa foi, sa piété, sa rare prudence lui servirent de guide. Elle *ut triompher de tous les genres de séduction. Elle comprit qu'il ne fallait pas seulement souffrir pour la foi, mais qu'il fallait repousser des propositions infâmes. Elle se relira avec une autre religieuse et celle de ses tantes qui vivait encore, mais que le chagrin entraîna bientôt dans la tombe. Des visites domiciliaires se faisaient dans Lyon avec la plus grande sévérité, les prisons"ïe remplissaient de malheureuses victimes qui devaient être immolées. Mlle Louise de Bossan , Bénédictine de Saint-Pierre, âgée de 60 ans, confessa ^éucivusiunent .-a foi. Mme de
Bavos lui envia le bonheur de partager sa couronne. Le plus ardent de ses désirs eut été de donner sa vie pour Jésus-Christ. Il y avait à peine un an qu'elle avait été chassée de son saint asile , qu'elle fut découverte par les délégués des clubs dans le réduit qu'elle avait choisi, et elle lut conduite aussitôt dans la grande prison de la ville, avec la religieuse qui était avec elle. Dès ce moment elle fut au comble de ses vo?ux. Elle se prépara à faire le grand sacrifice. Huit jours après elle comparaissait devant le comité et subissait l'interrogatoire; elle fut transférée dans la prison -le Birêtre; c'était au commencement de lévrier I Tl> ». Elle fut là avec ce qu'il y a de plus infime, avec des ôlres pervertis par !e vice; mais elle fut consolée en y rencontrant plusieurs religieuses et un saint prêtre. Le supplice de Mme de Corbeau, autre religieuse professe de Saint- Pierre , âgée de 38 ans, ne lit qu'augmenter le désir ardent qu'elle avait du mourir pour la cause de la religion, elle fut au comble de ses vu'ux#quand elle apprit le 29 juillet 179V, qu'elle devait être traduite le lendemain devant le tribunal révolutionnaire et que son nom était écrit parmi les victimes qui devaient périr le 30. Mais à cette heure Bobespierre avait déjà reçu le châtiment de ses crimes. À celte nouvelle , les prisons s'ouvrent, non plus pour conduire les prisonniers au supplice, mais pour leur donner la liberté cl la vie. Mme de Bavos se relira dans une modeste maison pour y vivre inconnue, pour ne s'occuper que de Dieu seul, partageant sou temps entre la la prière, les lectures, les occupations utiles. C'e>t aiors qu'elle eut un songe mystérieux, dont les circonstances s'accomplirent l la lettre dans la suite de sa vie.
Peu de temps après se présenta à elle M. Magdinier, connu sous le nom du P. Eustache, dans lequel elle reconnut au premier abord le vénérable piètre qu'elle avait vu eu songe. M. Magdinier était un Chartreux des plus fervents, qui. ayant été chassé du cloître par la fureur révolutionnaire, s'était retiré à Sainte-Agathe, sa pairie, où il se livra pendant les années de terreur et d'effroi, à «les courses apostoliques; on le vit parcourir nuit et jour, sous divers déguisements, des plaines immenses, des montagnes escarpées, sans que ni l'intempérie des saisons, ni la difficulté des chemins, ni les dangers qu'il courait, pussent jamais ralentir sou zèle. Heureux lorsque, au péril de sa vie, il avait pu consoler un mourant, en lui administrant les derniers secours de la religion, baptiser un enfant, on en disposer d'autres à la première communion.
Attentif 5 tout ce qui pouvait contribuer à la gloire de Dieu el au salut des âmes, le P. Eusiache résolut de réunir autant de religieuses qu'il pourrait pour se procurer quelques ressources pour l'instruction des enfants, el leur donner à elles-mêmes la facilité de vivre d'une manière plus conforme à leurs saints engagements, et la consolation d'avoir plus régulièrement les secours
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de la religion; c'est dans ce dessein qn'il se rendit à Lyon; on lui indiqua Mme de Bavos, qui consentit a le suivre. Elle part, et en approchant de Sainte-Agathe, que domine la haute montagne de Tarare, elle reconnaît le pays qui lui avait été montré. Elle séjourna quelques mots à Pannière, petite ville Toisine , qu'elle fut obligée de quitter à cause de son mauvais esprit; elle vint à ^tinte-Agathe, où du pain noir, du fromage, des pommes de terre, furent longtemps sa seule nourriture. Un changement si subit dans ses habitudes la conduisit sur les bords de la tombe; déjà elle avait reçu les sacrements des mourants, et l'on n'avait [•Jus aucun espoir de la conserver, lorsque le Seigneur, qui la réservait pour d'autres épreuves, suscita une bonne femme qui lui procura un spéciQquesi efficace, qu'en moins de huit jours, le danger disparut entièrement avec l'bydropisie; elle a cependant conservé toute sa vie le germe do celte ma- La.iie qui a été une occasion continuelle de souffrances.
Le propriétaire d'une pauvre chaumière, nommé M.» vas, sa femme et sa fille avaient partagé avec Mme de Bavos leur chétive nourriture; la mère et la ûlle avaient eu pour elle les soins les plus assidus; elles furent heureuses de la voir revenir à la vie. Sa maladie Itérât de plus en plus connaître et admirer toutes les vertus qui ornaient sa belle Ame; satiété, sa douceur, son amabilité avaient j-oné le bonheur dans cette humble chaumière, et le père Mayas était tout glorieux og'aae dame de Saint-Pierre se trouvât bien ains son pauvre réduit.
Mme de Bavos ne laissa passer aucune occasion de témoigner sa reconnaissance a ses charitables hôtes, et lorsque plusieurs innées après la bonne Mayas , devenue veuve, venait la voir à Pradines, elle la recevait avec l'expression des sentiments les plos vifs : C'est ma nourrice, disait- elle, et elle l'embrassait avec uno cordialité toucUinte.
Cependant le règne de la Terreur était un peu assoupi'; les arrestations étaient devenues plus rares; les religieuses dispersées pensèrent de se réunir, et de prendre des pensionnaires; la maison curiale leur fut cédée, les religieuses choisirent le grenier pour cellules ; la neige, la pluie y tombaient avec abondance, et bien souvent à toutes les heures de la nuit on était obligé de transporterie lit d'un endroit dans un autre pour ne pas prendre un bain froid outre saison. Le plancher seul formait la couchette; une ou deux couvertures, selon que la température l'exigeait, remplaçaient la paillasse et le matelas, un sac de paille tenait lieu de ihevel.
Il cependant elles demandèrent bientôt un régime plus austère. Pour le lit on commença à se borner a la paillasse, quelque temps après elles obtinrent à force de supplications de le réduire à une planche une, avec une couverture et un rouleau de paille pour chevet ; on supprima l'usage du vin,
puis de la viande. On fit après quelques essais de mets préparés à la trappiste, c eslà-dire sans autre assaisonnement que le sel et l'eau, ce fut le régime pour la vie animale. L'usage de la chemise de laine fut la pratique qu'on se détermina le plus tard d embrasser; mais persuadées que le céleste Epoux le demandait, on finit par le lui accorder généreusement.
Elles se livrèrent à l'instruction avec le pius parfait désintéressement et sans rien exiger. Sur les petites ressources que la Providenco mettait è leur disposition, elles élevèrent déjeunes orphelines. Le contentement qu'elles ont constamment fait éclater en menant un genre de vie dont la seule idée fait frémir les mondains, détermina plusieurs personnes à se réunir à elles, ce u'on n'accorda qu'après une rigoureuse preuve. Leur nombre s'éleva bientôt jusqu'à vingt, outre les trois qui terminèrent leur vie de la manière la plus édiûante.
On introduisit aussi dans la maison de Sainte-Agathe l'usage des retraites. L'union la plus parfaite a toujours régné parmi ces bonnes filles, et leur a adouci toutes les peines de leur état. Persuadées que la charité, qui est la source de cette union, devait être non-seulement le fondement, mais l'Ame de tout le régime de pénitence auquel elles se sont dévouées, elles punissent avec sévérité les moindres fautes contre la charité fraternelle en retranchant à celles qui s'en rendent coupables les communions que l'on aurait dans la semaine, plus ou moins souvent, selon les dispositions intérieures de chacune, et selon le profit qu'elles en retirent. L'habillement le plus simple, le plus humble, celui des vieilles femmes du pays, est celui qu'elles ont adopté de préférence comme le plus conforme au but qu'elles se proposaient, qui était d'imiter l'humiliation du Fils de Dieu dans la vie mortelle. De gros sabots pour la chaussure ordinaire, un habit de grosse laine blanche, une chemise de laine, un tablier noir et un mouchoir de toile blanche, avee une thérèse d'étoffe noire sur la tête, voilà leur costume tous les jours de l'année ; pour les jours de travaux elles prennent un tablier et un mouchoir qui craignent moins le sale que le blanc et le noir
Tel fut le genre de vie auquel s'était condamnée Mme de Bavos dès 1797. Elle aurait pu perdre la vie par le martyre, elle voulut au moins la continuer par les exercices la* borieux de la pénitence, et devenir une victime d'expiation pour les crimes des hommes pour le salut desquels elle aurait donné mille vies.
La persécution qui s'était assoupie dans les grandes villes, se réveilla dans les campagnes avec une rage et une fureur qu'on n'avait pôint encore vues. Celle partie du Forez qu'habitait Mme de Bavos, devint le théâtre des plus horribles atrocités. Le crime de la commune de Sainte-Agathe était d'être la patrie de M. Magdinier et de lui avoir donné asile. Cinquante soldats furieux arrivent avec
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î'intent-on de l'emmener moi t ou vif. Heureusement que leur |»roj*.*i ne lut pas si secrel, qu'on n'eut le temps i|t.> sniivtiMnv à leur iagc la victime <Ju sang ne laquede ils étaient altérés; pour se dédommager, après avoir roumiis les pins criantes hostilités chez les principaux habitants, ils prirent quatre religieuses ; t e fui le 17 février 1798: on les emmena par un temps affreux et un fruitl très-rude; elles lurent obligées île faire à pied une partie tlu trajet pour arriver a Saint-Sv m phorien; depuis le départ de Sainte- Agathe' leurs habillements étaient restés mouillés, la neige les avait accompagnées, et le lendemain il avait fallu la fouler sous les pieds jusqu'à Saint-Swuphorien, en s'y enfonçant jusqu'à mi-jambes; deux jours après les gendarme-» les conduisirent à Houane où elles restèrent en prison, dévorées par la vermine. Les habitants s'empressèrent dt! leur envoyer île la nourriture. On leur lit subir un interrogatoire l'une après l'autre, l'eu de jours après on les conduisit dans un tombereau a Montbi ison , où on h's jeta de nouveau en prison, dans une chambre basse i coupée par quatre filles de mauvaise vie dont les propos révoltants et les chansons obscènes jointes à la brutalité du geô.ier, les liront horriblement souffrir; idles y passèrent quatre semaines n'ayant pour vivre que le pain et I eau que l'en donnait aux prisonniers, et comme elles étaient arrivées lard le premier jour, elles ne purent avoir tlu pain que le lendemain au soir. On les lit comparaître île nouveau «levant le district, et elles répondirent avec fermeté et courage à toutes les questions «pi on leur adressa, Pour les renvoyer on voulait exiger d'elles qu'elles promissent de ne plus enseigner, de ne pins finaliser la jeunesse, elles répondirent : « Nous ne le promettons pas, parce que cela est contraire à la charité chrétienne.— Nousallons I écrire,» dit l'un d'eux, « et vous le signerez. — Nous ne le signerons pas, *. toutes ensemble répondirent: «Nous ne le signerons pas. » Le préfet, d'un ton de colère, dit : « Tout cela me paraît un foyer de fanatisme. »
Les juges passèrent dans un appartement voisin où ils s'entretinrent longtemps avec chaleur. Après un long débat un d'entre eux ordonna à la gendarmerie de reconduire les religieuses en prison. Quatre jours après on )«ur lit prendre de nouveau la route de Kouane; arrivées à Itoen au moment où on sortait de Vêpres, la populace leur ailressa des injures; on les lit descendre dans un noir cachot où elles avaient île l'eau jusqu'à mi-jambes; deux dames bienfaisantes leur tirent descendre un pende nourriture par un trou qui faisait pénétrer un peu de lumière dans celle prison obscure, et sur leurs prières elles obtinrent de les garder pendant la nuit et elles arrivèrent le lendemain au lieu de leur destination. Quatre jours «près on leur rendit la liberté. Im frère de M. Magdinier fut chargé de les accompagner ï Sainte-Agathe. Aux prises avec les agents des clubs révolutionnaires, Mme de Bavos,
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ainsi que ses trois compagnes, am urines Yisib.ndincs, montrèrent leur courage dans les souirrances et leur ardent désir de mourir pour la foi.
Kl le* rentrèrent dans leur paisible retraite dans le courant du mois île mai 17«,I8, non pour y jouir des douceurs d'une vie aisée, mais pour continuer par les rigueurs d'une vie très-austère, le sacrifice qu'elles avaient fait d'elles-mêmes à leur céleste F.poni. Mme île Bavos fut chargée du noviciat cl des pensionnaires; rien ne pouvait mieux convenir à son zèle et aucune de ses Meurs n'était aussi capable qu'elle de s'acquitter de ces deux emplois. Les jeunes enfants, mal logées et quelquefois mal nourries, ne s'en apercevaient presque pas. tant était grand le bonheur qu'elles goûtaient son> la direction de leur sage maîtresse. Mlles le rappellent encore aujourd'hui avec attendrissement; les douces impressions t|t> piété et de vertu que ses exemples et ses paroles produisaient dans leurs âmes n'onl jamais été effarées. Leur eonliaiiee envers celle tendre mèru était sans bornes, et leur docilité, fruit île leur amour, était la consolation de celle excellente mi re, qui i ullivait ces jeunes plantes avec tant de soin et une douceur si maternelle. La petite communauté croissait de jour en jour, le presbvlère ne pouvait plus sufiire, les bonnes religieuses liront bât:r à côté une petite maison, et les greniers, qui continuèrent à servir de dortoirs aux religieuses, furent réparés.
Leur genre de vie fut approuvé les vicaires généraux en 1801. Le libre exercice de la religion, nui eut lieu l'année suivant, acheva de consolider leur sainte institution, et elles la virent s'accroître rapidement, en sorte que la petite maison ne pouvait plus les contenir. M. Magdinier, qui regardait avec juste raison le rétablissement des ordres religieux comme le moyen le plus ellicace decicali iser les plaies faites à la religion, voulant faire de celle maison, non-seulement un établissement religieux, mais mie congrégation, aiuela le chAteau île l'iadilies. comptant sur la Providence pour en acquitter le prix. Il s'occupait de transférer la petite communauté dans ce nouvel asile, lorsqu'une ordonnance de M. Jaullret, grand vicaire de Lyon, vint renverser tous ses projets.
Le rétablissement de la religion en France, le besoin immense qu'avait la jeunesse d'instruction solide, faisaient déjà revivre île ses cendres, dans la ville de. Lyon, une communauté, qui, avant les temps orageux, était entièrement consacrée à l'instruction des pauvres enfants de la ville. M. Jauffrel sentit que des établissements de ce genre disséminés dans le diocèse répareraient les maux que l'irréligion y avait causés; il ordonna donc que toutes les religieuses réunies en différents lieux, et que le» fil les mêmes qui s'étaient consacrées à l'instruction se réuniSM'iH aux sieurs de Saint-Charles à Lyon, qu'elles prissent leur costume et leurs règles.
155 BEPi DES ORDRES RELIGIEUX.
Cette ordonnance fut un coup de foudre pour Mme de Bavos. Son amour pour la ftiote règle qu'elle avaii professée et qu'elle observa il dans toute sa rigueur lui (il d'abord former le dessein de quitter la France ef de se retirer à la Valsainteen Suisse, mais mq humilité et son obéissance cédèrent aux conseils de son directeur, elle renonça à son projet par l'effet d'une lumière surnaturelle. Il 1 assure que le Seigneur avait sur elle des <Je*seins qui se développeraient plus tard et qu'il se servirait d'elle pour sa gloire. Au W$ de mars 180i, elle se rendit à Lyon, où elle reçut l'habit de la congrégation de Saint- Charles. Elle y était à peine depuis quatre semaines, qu'on décida, qu'outre le noviciat <>Ljont il y en aurait un à Pradines, dont elle serait la directrice; on s'y rendit dès le aot» d'avril.
Le château de Pradines est sur la route de Paris à Lyon, à deux lieues de Roanne: >le>t bati à rm-côte, sur un roc escarpé, qui
■ donné la facilité d'élever trois terrasses Tune sur l'autre; de superbes allées d'arbres, un bosquet, des vergers, de petites prairies sont enfermés dans la clôture; au Li8> arpente une petite rivière et augmente te* agréments de cette charmante solitude.
Au mois de juin suivant il y avait déjà «liwept prétendantes, mais il fallut modifier le régime suivi jusqu'alors par Mme de Ba*<H; le pain noir de seigle, dont on n'ataii pas séparé le son le plus grossier ne pouvait suffire a de jeunes personnes. La m/irtsse ne voulut pas d'autre adoucissement jour elle qu'une paillasso très-dure *u lieu d'une planche pour sa couche. Elle )>lucha ses enfants par les liens de ia plus étroiie charité. Une sainte gaieté et Ja ferreurde* premiers siècles de l'Eglise brillaient dans ce nombreux noviciat. Animées parles exemples et les touchantes exhortations de leur pieuse maîtresse, toutes s'appliquèrent a marcher dans les voies de la perfection, de Ja pénitence, de l'abnégation «plus entière.
Les instructions de Mme de Bavos étaient tires ai entraînantes, sa lecture même si douce et si touchante faisait les impressions les plus profondes; ses conversations particulière» avaient un charme irrésistible, «u&i était-ce un bonheur pour ses tilles de passer quelques moments auprès d'elle :
elle avait le don heureux de persuader et d'inspirer le courage qui entreprend tout ; ce don lui était surtout nécessaire dans des circonstances où une extrême pauvreté nécessitait une foule de privations; on y manquait de tout; Mme de Bavos fut souvent obligée de donner ses couvertures à ses enbots, et de ne garder |K>ur elle que se* vêtements. Le château étant resté quoique temps sans habitants, l'air y était vicié; dès le mois de juillet, des maladies de tout genre se déclarèrent et de vingt-cinq ou trente personnes, dont se composait la communauté, il n'y en eut que cinq ou six qui
■ eo furent pas atteintes; c'est à une religieuse hospitalière de Lyon, qui vint se réu-
nir à la communauté qu'on dut le rétablissement de toutes les sœurs malades; l'expérience, plus que les connaissances, l'avait rendue propre à exercer ce ministère si utile. Après avoir été délivrée de cette sollicitude, Mme de Ravos éprouva la plus grande peine en voyant partir Mme Lel'ort, >on intime amie, supérieure de la maison, atteinte do maladies très-graves ; en voyant rappeler à Lyon la sœur Perrin, sœur de Saint-Charles, d'un rare mérite, dont la présence seule faisait la réputation du pensionnat; d'être obligée de renoncer à la récitation de l'Oflice des Bénédictines, parce qu'elle se trouva obligée de présider toujours au chœur où on ne disait que l'Office de la sainte Vierge. Ce sacrifice lui coûla beaucoup de larmes; son directeur la consola et lui dit avec l'accent d'un prophète : L'Office divin sera rétabli ici, il y sera chanté, et un jour viendra où vous l'y verrez célébrer comme vous le désirez. Dix ans après, cette prophétie se réalisa.
La mort presque subite de M. Magdinier parut devoir entraîner la ruine de Ja maison; elle se trouvait sans ressource; on n'avait payé le premier terme du prix d'achat que par le moyen d'un emprunt; le deuxième* allait écheoir; la communauté était dans l'impossibilité de faire honneur à relie dépense. Mme de Bavos se rendit à Lyon pour exposer à Monseigneur le dénûment où la maison se trouvait. Sa Grandeur la reçut avec bonté; il fut frappé de .son air de sainteté; mais il remit à son conseil la décision de cette affaire : le conseil décida qu'il fallait supprimer cette maison et renvoyer les novices dans leurs familles ou au moins dans la maison mère; Mme de Bavos se décida à passer en Suisse et à se retirer à la Trappe; M. Challelon, grand vicaire, fut chargé d'annoncer celte nuuvelle : M. Challelon était un de ces illustres confesseurs de la foi exportés à l'Ile de Khé, qui a laissé dans le diocèse de Lyon un souvenir de talents et de vertus qui y rendra sa mémoire immortelle.
Arrivé à Pradinos, témoin de la pauvreté, de la mortification, de la pénitence d'une communauté si nombreuse, il renonce à remplir la commission pénible qui lui avait été donnée; il console ces religieuses plongées dans l'affliction, et de retour auprès de l'archevêque , après lui avoir rendu un compte exact de sa mission, il engage Sa Grandeur à faire l'acquisition de la maison. Celte marque des soins de la Providence fut le sujet de la plus grande joie dans la communauté qui redoubla de ferveur pour en offrir à Dieu sa vive reconnaissance. M. Challelon leur donna un digne prêtre |>our aumônier; mais on no ressentit pas longtemps les effets de son zèle et de sa charité, on eut le malheur de le perdre.
On ne saurait exprimer tout ce qu'il eu coûtait à Mme do Bavos d'être agrégée à une communauté dont les rapports si fréquents avec le monde contrariaient sou goût pour la retrait et son attrait pour la pém-
tence. Elle suppliait M. Challeton de lui permettre de*se retirer, mais ce sage supérieur refusa toujours avec fermeté son consentement.
Le ilépart de la supérieure, qui avait succédé a la sœur Perrin, la somme importante dont elle crut pouvoir disposer, le mauvais choix qu'on fil des ecclésiastiques qui devaient remplacer le dernier aumônier décé-lé, causèrent beaucoup d'inquiétudes à Mme de Bavoset la laissèrent dans un grand embarras; sa confiance en Dieu ne s'atfaiitlit pas cependant et elle ne cessa de donner des marques de sa charité et de sa bonté. La Providence vint encore récompenser s;i vertu. M. Hast, le nouvel aumônier qu'on leur avait donné, lui ayant désigné une religieuse l'rsulitie qui'dirigeail un pensionnat a Lyon comme irès-propre a remplir ses vues, elle partit aussitôt et cllo sut si bien lui exposer le bien immense qu'elle ferait dans sa maison, les avantages qu'elle y trouverait pour elle-même; sa physionomie expansée, ses instances pathétiques firent une impression si irrésistible sur sa volonté quelle triompha de bien des diflicullés et parvint à la faire partir le jour même.
Depuis que Mme de Bavos avait quitté l'austère régime qu'elle suivait à Sainte- Agathe, elle n'avait fias cessé de soupirer après une vie plus parfaite; celle de la Trappeéj tait encore l'objet de ses désirs. Lu nouveau directeur, religieux Chartreux qu'on lui avait choisi, lui ayant fait entrevoir la possibilité d'établir à pradines l'observance de la règle du saint Patriarche de l'Occident, elle travailla atee lui à préparer l'exécution d'un projet si glorieux a Dieu, et si avantageux à une multitude de vierges chrétiennes.
Un des premiers moyens était de disposer les pierres vivantes de ce nouvel édifice. Mme de Bavos, en dirigeant les novices, remarquant celles qui étaient attirées à une vie plus intérieure et plus pénitente, les gardait à Pradines comme étant propres a son dessein, et excitait en même temps dans le cœur île ses tilles spirituelles un vif désir de mener une vie plus austère. Il n'y eu avait pas une d'elles qui ne désirât ardemment de faire les vœux de religion et de se consacrer a Dieu par une profession authentique. Les sœurs de Saiut-Cliarles no faisaient que de simples promesses. La disgrâcedu cardinal Fesch.archevôqucdo Lyon, leur procura ce bonheur ; en revenant do Paris il s'arrêta trois jours à Pradines, les religieuses les plus anciennes profitèrent de sa présence pour solliciter cette faveur, ce qui leur fut accordé; et dès le lendemain il reçut lui-même les vœux de toute la communauté. L'archevêque conçut dés ce jour une haute estime pour Aime de Bavos et il résolut de se servir d'elle pour convertir la congrégation de Saint-Charles en congrégation religieuse, en y établissant des vœux. Ce projet ayant été approuvé par son conseil, il en (it part à Mme de Bavos, elle s'en défendit longtemps; elle dut céder
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à la volonté du prélat, et le cardinal chargea un de ses grands vicaires d'annoncer ceii<j nouvelle aux religieuses de Pradines, qui étaient loin de s'attendre à un coup si terrible. La désolation fut si grande qu'on crut nécessaire de hfller les préparatifs et île précipiter le départ de celle qui faisait inuler tant de larmes pour éviter une seine trop attendrissante; on choisit le milieu de la nuit pour dérober cette mère chérie à ses enfants.
Aime Bédor qui la remplaça était une personne de mérite, nnlrie par l'expérience cl pleine de piété; une longue maladie et de grandes sotl'raiices l'enlevèrent bientôt h la communauté.
Mme de Bavos eut a lutter continuellement contre l'esprit de contradiction qu'elle rencontra dans la maison de Saint-Charles. A peine arrivée, elle écrivit h ses tilles de Pradines pour leur témoigner la peine qu'elle avait éprouvée de cette dure séparation ; et pour les consoler, dans la touchante lettre qu'elle leur écrivit, elle leur rappelle les paroles qu'elle leur répétait souvent : méritons d'entendre ces paroles au moment de notre mort: «Bonnes et fidèles servantes, vous avez été fidèles dans les petites choses; entrez dans la joie de voire Seigneur. •
Les sœurs de Saint-Charles préférant leurs usages, leur manière de vivre, ne pouvaient soulfrir aucun changement, ni consentir à faire des vœux. Etablie maîtresse des novices, elle avait à diriger cinquante ou soixante prétendantes; elle leur inspira l'esprit intérieur, leur apprit a joindre l'olTue de Marie à celui de Marthe , et leur faisait sentir le bonheur d'une âme qui est toute à Dieu. Les novices ne se lassaient point de l'entendre: les jeunes sœurs se joignirent* elle; les plus anciennes, qui avaient honte d'aller chez elle pendant le jour , allaient la consulter pendant la nuit.
Pour entretenir l'esprit de régularité et de fervour à Pradines, Mme de Bavos allait visiter de temps en temps sa chère famille Sa présence ramenait la joie dans son -cm et un redoublement de piété. Mme de Ifcnos était depuis un an à la maison mère de Lyon, lorsque eul lieu une assemblée générale des supérieures locales des sœurs de Saml- Charles; les voix furent partagées quand d s'agit de décider >i on admettrait les nouveaux règlements on si on conserverait h"> anciens : on décida que la maison de L)'on et celle de Pradines formeraient chacune une congrégation indépendante, et on laissa toutes les Sœurs libres de demeurer à Lyon ou de se rendre à Pradines. Son Erainen*;* désira cependant que Mme de Bavos continuai encore a diriger le noviciat ; elle se soumit avec sa douceur et son humilité ordinaires, mais ello oui taul à se plaindre des inconvenances qu'on commit à son égaru, que Dieu, qui avait voulu donner un exercice à sa vertu, voulut mettre un terme a ses peines. Ce fut dans les premiers jour» de décembre qu'elle fut rendue pour toi-
joursàses lilles bion-aimées. Mgr
137 bEN DES ORDRE
v*que n'ayant pu atteindre le hul qu'il s'était proposé en laissant Mme de Bavos diriger la noviciat de Saint-Charles, lui permit de retourner a Pradines. Grande fut 1* joie de la communauté, mais elle éclata quand Mme <Je Bavos lui apprit qu'aucune de ses enfants ne la quitterait désormais et qu'on suivrait des règles approuvées par les Souverains Pontifes; il ne s'agissait plus que de déterminer celle qui serait adoptée; le choit ne fut pas long, on n'en voulut pas d'autre que celle dont cette digne mère avait lait profession. Ainsi la règle de Saint- Benoit fut proclamée à l'unanimité; le généreux prélat donna à cette occasion a Jloe de Bavos une somme de 60,000 francs pris sur ses propres deniers.
Déjà les armées des puissances étrangères se présentaient sur tous les points de la France ; MgrFech.ne se croyant pasen sûreté à Lton, se retira a Pradines sur la fin du tcoisde janvier. Pendant les six semaines que l'archevêque resta dans cette solitude, il édifia constamment par sa piété et son abandon a la sainte volonté de Dieu; quoiqu'il eût reçu l'avis que le lendemain matin ■o détachement d'Autrichiens devait se saisir 4e lui, il dormit la nuit comme de coutume ; ea le décida cependant enfin a s'enfuir. Quelques instants après, dessoldats, au nombre d ooe centaine, entrèrent dans la cour du «tumvière. On reçut honorablement les ct*k, on distribua des vivres aux soldats, et us oe (insère m aucune espèce de désordre. Lf cardinal se rendit a Lyon, puis & Paris; aniines'y trouvant pasen sûreté, il quitta Il capitale, fut arrêté avec sa sœur LaCilia. 11 «rmaodaa aller a Pradines, où il demeura quinze jours sous la surveillance d'un officier hongrois et d'un soldat, et où il reçut le même accueil que pendant sa prospérité.
a l'avènement de Louis XVIII sur le trône, Mmed«* Bavos s'empressa d'exprimer au roi tonte la part qu'elle prenait à cet heureux Gemment, et lui demanda l'autorisation <fénger un monastère dans ses Etats sous la règle de Saint-Benoit. Le roi lui fit répondre avec bienveillance qu'il recevait ses vœux et ses félicitations, que l'ordre de Saint-Benoit était si connu, si ancien, si vénérable, qu'il verrait avec plaisir qu'il s'en relevât des •Misons dans son royaume. Dès lors, on s'occupa des constitutions. M. Jacquemol, le suptoeur.aurait voulu qu'on adoptât la règle «le Saint-Benoit avec la miligaiion introduite «t«n« presque toutes les abbayes des Bénédictines qui peuplaient la France avant la révolution; \a pieuse mère désirait au contraire se rapprocher le plus de l'institution primitive. L autorité ecclésiastique consultée rét<nndil : « Tout ou rien : observez la règle ée Saint-Benoit dans son entier, ou ne faites }* profession de la suivre. •
U prudente mère crut nécessaire d'accoutumer successivement ses filles aux austérités de la règle. On commença à la Noël 1*1 S de se contenter d'une paillasse pour lu. «Qui veut coucher cette nuit sur la paille «oa* l'Enfant Jésus,»dil Mme deBavosTLo
scrutin se fit par manière de récréation. Le résultat fut que dès ce jour tous les matelas furent mis en dépôt dans un grenier. Dès les premiers jours de janvier 1816,. on récita le bréviaire bénédictin. A mesure qu'on avançait dans la pratique de la règle, les ferventes religieuses désiraient d'en faire toujours davantage. Elles disaient d'abord Matines à jeun; mais elles ne furent satisfaites que quand leur excellente mère leur eut accordé de les dire à minuit, ainsi que le prescrit la règle de Saint-Benoit. A la Pentecôte, elles substituèrent la laine au linge, sans se mettre plusenpeinede l'incommoditéqu'elles éprouveraient parles chaleurs de l'été, comme quand elles s'étaient contentées d'une paillasse au milieu de l'hiver. Quand leur chère mère parlait d'arrêter leur ferveur et se rendait difficile d'acquiescer à leurs désirs, on lui disait : « Biais vous le faites, » et elle répondait : « Mais j'y suis habituée. • A l'entondre, on aurait dit qu'elle avait un corps différent des autres.
Quand les constitutions furent terminées, elles les reçurent avec la même joie que les enfants d'Jsraël lorsqu'ils reçurent la loi du Seigneur.
Mme de Bavos n'avait eu jusqu'alors que le titre de supérieure; Monseigneur fut d'avis qu'elle prit celui d'abbesse et qu'elle eu portât les insignesselon l'usage immémorial de l'ordre.
Il ne manquait plus, pour constituer sur tous ses points un monastère de Bénédictines, que l'émission des vœux selou la règle. Les religieuses désiraient avec ardeur prendre les engagements, mais celte prudente mère semblait toujours craindre que celte première ferveur se ralentit. Le grand vicaire, supérieur de la maison, y mettait toujours de nouvelles oppositions; mais Mme de Ba voss'étantadresséea M. Courbon, vicai re
Î général, celui-ci, plein de vénération pour a pieuse fondatrice, appuya si bien sa demande au conseil archiépiscopal qu'il obtint la majorité des suffrages.
Ce fut le 21 oclobrè 1848 qu'eut lieu cette glorieuse consécration, qui fut un jour de joie, un jour de triomphe pour ces pieuses vierges. La digne abbesse n'était cependant pas encore satisfaite; on n'avait point encore d'église intérieure, de parloir, et les étrangers entraient dans la maison pour entendre la Messe et pour les affaires du dehors. Avec le miraculeux secours de la Providence, on parvint à construire une église, des tours et toutes les constructions nécessaires pour obtenir la plus étroite clôture, telle que la prescrit le saint concile de Trente, et le 5 février 1828, M. le curé de Saint-Symphorien fut désigné par le conseil capilulaire pour présider la cérémonie. On célèbre tous les ans le jour anniversaire de ce jour solennel qui fut aussi glorieux pour la digne abbesse; elle vit le dernier sceau apposé à son œuvre sainte.
•Il y avait à Lyon d'anciennes religieuses do 1 ordre de Saint- Benoit, de différentes maisons ; mats toutes, animées de l'esprit de
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leur sainl état, désiraient finir leurs jours dans le cloître. EII«"S achetèrent le cliflicau • le ki Ho« bette, situé sur le bord de la Saône, à Cuires; elles pratiquèrent avec é«lilication leur sainte règle ; mais I âge avancé des religieuses et la mort de »jiiehju»'s-nijcs menaçant l'avenir de la « «mimunaulé, elles s'adressèrent à Mgr de l'in*, qui proposa, en 18-29, après en avoir conféré avec M. Challcton, son grand vicaire, «le leur l'aire adopter les constitutions de celles «le l'radines, et que Mme de Ha vos donnerait une colonie à Mme de Peloux, prieure de la communauté «le Cuires, ce qui l'ut agréé avec empressement par les deux supérieures. Depuis longtemps Mme de Havos 'désirait ardemment faire un»; autre fondation ; elle regarda celte proposition connue la marque <l<" la Providence qui voulait donner de l'extension à son tfcuvrc.
Un voyage que Mme de Havos fil à Cuires, en 1830\ aplanit toutes les diflicullés, el lui gagna l'affection de toute la maison. On se mit aussitôt a l'œuvre pour préparer les b,1timents qui devaient recevoir les religieuses de Pradiues, et «juoique la révolulion de Juillet vînt ralentir les dispositions nécessaires, dès le 17 octobre 1831, sept religieuses de chœur, une sœur converse, deux su-urs de peine, quittaient l'radines, accompagnées ilo Mme de Havos, de l'aumônier de la maison el d'une ancienne religieuse, el se rendaient dans le nouveau tnona-lère.
Mme «le Havos avait attendu les derniers jouis pour désigner cclh-> «Je ses Filles «pli devaient former celte colonie, ijuoique toutes lussent disposées à servir d'instruments à la Proviilenee. Elles s'étaient préparées ;i ce sacrifice par une retraite; <»u versa beaucoup de larmes, la séparation fut dure, la douleur nnière, les adieux devaient être pour toute la vie. Parties à minuit, elles arrivèrent dans la nuit du même jour. Elles y furent reç.ues avec de grandes marques de joie. Le Te Ueum fut entonné; il était à peine terminé qu'une ancienne religieuse, qui n'avait pu se réunir à la communauté pour aller au-devant de leurs sœurs, comuien«;a le psaume cxxxu : Ecce quam bonum et quitm jutuiulum holiitare fratres in union. Le lendemain, Mgr l'archevêque, administrateur, venait exprimer à toutes la joie que lui faisait éprouver cette réunion et la confiance qu'il avait que le Seigneur la bénirait.
Après avoir pas>é huit jours au milieu d'elles, Mme de Havos levinl dans son monastère, au milieu de la nuit, pour éviter une nouvelle émotion aux religieuses dont elle se séparait; mais avant de partir, elle rédigea les plus sages avis sur la conduite qu'elles «levaient tenir pour continuera se reu«lre dignes de leur vocation el de la mission qu'on leur avait donnée : elle leur exprima les plus tendres sentiments , toul en leur donnant l'exemple «lu renoncement, du détai hement eldeia parfaite conformité à lasainte volonté de Dieu. La sœur Sainte-Julienne, «jui faisait partie «le la colonie, avait été désignée p««ur supérieure.
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Ouoique l'absence eût eie eourte, Mme du Havos arriva à Pradiues au milieu des démonstrations de la tendresse la [dus filiale. Persuadée qu'elle n'avait plus que peu «l'années ;i vivre, elle se liAta d'en proliter en se conformant à eetle maxime : Que relui qui est suint se sanctifie encore; que erlui qui rst juste se justifie encore. [ \poc. xxn, 11.) File s'v conforma parfaitement eu redoublant de zèle et de ferveur pour sa propre sanctili< ation et en travaillant à»la perfection de ses Filles. File lit ajouter deux grandes chapelles à l'église, elle lit peindre el orner le tout avec tant «le goût qu'elle devint un objet de curiosité, l'ne grûce qu'elle avait ardemment désirée la combla «le joie et de consolation, Mgr «le Pins lui acconla la faveur d'aller la consacrer solennellement.
Fn 1828, Mgr Villecourt, alors vicaire «le Meaux, puis évêque de la Hoelielle, aujourd'hui cardinal, conseilla à Mme Omdamine, religieuse bénédictine, qui avait acheté l'abbatiale de Jouarre que la révolulion avait respectée, de se mettre en rapport avec Mme delta vos pour relever de ses cendrescettecélèbre abbaye. Losnégociationsne purenlavoir alors aucun résultat ; mais eu 18.J6, elles furent renouées parla médiation d'un pieux laiqucde Paris, M. Ciuiffrcy, cl quelques mois après cette affaire était arrangée. Le 10 avril 1837, .Mgr Challeton, vicaire général «le Mgr Pins, administrateur du «li«)i èse «le Lyon, écrivait à M. Satta, aumônier de Pradiues : J'ai recommandé ce matin aux prières des Bénéduiincs «le la Kochclte (Cuires}, la fondation de Jouarre, et pendant mon aelmmJe gr.1ces,je me suis senti vivement pressé «l'y travailler «le toutes mes forces. J'étaisà peine rentré dans mon bureau, et voilà Mgr qui m'apporte lui-même la lettre de Mgr «le Meaux el m'intime de la manière la plus ém.-rgique ses volontés pour la Ibmlation et la restauration de Jouarre. En 18.T7, Mine de Havos conduisait onze de ses Filles dans cette «'délire abbaye.— Voy. Hknkdict. i>k Jot ahhl.
Soil «pie la vénérabb' abbe>se connût sa lin prochaine, soit qu'elle eût ét«i divinement inspirée, elle avait donné l'assurance qu'elle ne verrait pas la lin «Je sa soixante-onzième année. Elle fut vivemeulallligée à celte époque par la mort «le deux jeunes religieuses. Si tendresse pour les vierges qui étaient sous sa direction était si grande qu'on ne peut se faire une idée de l'amertume dont son àme élait abreuvée quand les jours de quelqu'une étaient menacés; elle employait tous les moyens, outre les soins pour leur suite, vieux, prières, communions, pour retarder l'heure de la terrible séparation.
On voj ail ccpcmlant ses forces diminuer ch.-uiuc jour. Dès le commencement du Carême suivant, une toux opiniàMre donna de vives impiiéludes ; mai" non-seulement cette sainte mère ne voulut accepter aucun soulagement, elb» ue voulut pas môme user de dispense pour le jeûne el pour l'abstinence. Il serait difficile «le «létcrminer ce qui a le plus contribué à ruiner son corps, ou les austérités ou l'amour divin qui la dévorait. Pe-
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puis bien des années ses jeûnes et son abstinence étaient sans interruption; ils étaient détenus plus sévères à mesure que sa santé s'affaiblissait. Après Pâques elle se trouva ruinée; pendant plusieurs mois elle s'occupa de la préparation à la mort, et si son directeur avait voulu l'écouter, elle aurait été toujours en retraite. Quoique consumée par la fièvre, elle se rendait la première a tous les exercices de la journée et même très-souvent à Matines de la nuit. Comme on voit celui qui fait des fouilles pour trouver une mine d'or redoubler ses efforts quand il approche du trésor qu'il cherche, de même plus Urne de Bavos voyait s'araorerle terme de sa vie, plus elle s'efforçait d'»cquértr des mérites.
Après quelques mois de langueur, le 27 juillet ayant voulu encourager par sa présence la* distribution dos prix qu'on devait liireaux élèves, elle fut saisie d'un fort accès 4^ lièvre qui annonça sa (in prochaine. Elle reîut les sacrements avec les plus vifs sentiments de foi, de respect et d'amour. Rien n'égale la patience qu'elle montra, tout le teflt',* de sa maladie, au milieu des plus «rtndes douleurs. Elle employait tous ses twments à des actes de piété et de résignat>oo^es souffrances, sa faiblesse élaienttelles, qoesix fiersonnes pouvaient è peine la porter. Dans son délire, elle élevait sans cesse la mimpoar bénir ses enfants. Quand elle ne pu yAu* leur parler, elle leur serrait la man;qcind elle ne put plus parler ni rentier, e/le promena ses regards mourants -*ar *es rbères ûiles. Enfin, le 27 août 1838, eMe 4 endormit du sommeil des justes.
Hua de Bavos fut un tableau vivant des tenus religieuses, et son cœur brûla toujours du désir de voir vivre, dans toute sa >p'eo<Jeur et sa ferveur première l'ordre de àaùit-Benotl. Le principe de toutes ses actions et la source où elle allumait son zèle 'rtlant était la vivacité de sa foi qu'elle alimentait sans cesse par la lecture des saintes Ltntures. Elle recommandait sans cesse à Filles le don de la foi ; elle attribuaitavec ruson a l'affaiblissement de celte vertu le f*a de progrès des Ames religieuses dans la i«rfeciion de leur saint état. Elle aimait Dieu «-n tout et partout; les moindres objets l'élément vers l'Auteur de tout bien ei lui donnaient lieu d'admirer sa puissance, sa sagesse et toutes ses divines perfections. Sa vie tout entière fut, comme celle du juste, une vi« de foi. Cet esprit de foi lui inspirait un respect profond pour toutes les décisions de l'Eglise cl un sentiment de vénération pour tes ministres qu'elle regardait comme les anges de la terre et les représentants de Jésus- Christ. Sa foi pour tous les mystères de notre sainte religion, les lui rendait pour ■tasidire visrbles et sensibles. Tout en elle annonçait l'impression profonde qu'elle en trierait; son air, son langage, l'expression de sa physionomie. Ainsi, dans les mystères de Jésus enfant, ses manières gracieuses, te colons de son teint, ses paroles encore plus douces que* d'habitude, manifestaient
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dans elle une joie pure, une renaissance spirituelle. Mais au contraire, pendant la semaine sainte, une tristesse profonde était peinte sur sa personne et se communiquait a ceux qui l'approchaient. Ce n'était pas en vain que dans le cérémonial du vendredi saint elle avait mis ce passage : « Quiconque ne s'affligera pas dans ce grand jour des expiations méritera d'être exterminé du milieu de son peuple. » En ce jour en effet la consternation semblait régner dans le monastère. L'excellente mère ne manquait jamais de réunir ses filles le matin pour leur dire quelques mots d'édification. Mais l'affliction dont son âme était remplie les faisait expirer sur ses lèvres, elle gardait un morne silence, et ne parlait ensuite que pour prononcer des paroles lugubres et pénétrantes. C'était une fille qui pleurait la mort d'un père chéri; on aurait presque pu lui adresser ces paroles que l'Eglise met dans la bouche de Marie dans l'excès de sa douleur : Vous qui passez, voyez et regardez s'il est une douleur semblable à la mienne. [Thren. i, 12.) Mais l'alleluia était-il chanté, elle semblait ressUscitée avec le divin Rédempteur, et elle inspirait A ses Filles cette sainte jubilation.
La même foi la pénétrait d'une révérence profonde pour l'adorable sacrement de l'Eucharistie et d'un ardent amour pour la divine victime oui s'immole continuellement pour le Salut des hommes. Tous les jours elle participait au divin sacrifice, s'y préparait arec le plus grand soin et avec te respect dû à la Majesté suprême. La règle qu'elle donnait h la maîtresse des novices pour la participation à cette céleste nourriture était celle-ci : plutôt moins que plus. Tous les instants qu'elle pouvait dérober à sa charge, elle les passait aux pieds du Sauveur. C'étaient les délices de son cœur, c'était là qu'elle puisait les vives lumières qu'elle répandait ensuite autour de toutes celles qui l'entouraient.
La foi lui inspira la vertu de religion et l'embrasa d'un saint zèle pour tout ce qui a rapport au culte divin. Rien ne lui coûtait pour l'embellissement de la maison de Dieu dont le zèle pour sa beauté la dévorait. Elle veillait avec un soin particulier sur les cérémonies, le chant, la psalmodie.
Rien n'est indifférent à une âme animée de l'esprit de religion ; aussi les plus petits objets de piété excitaient son respect. Elle ne passait jamais devant les images de Jésus et de Marie sans faire une inclination profonde, et elle recommandait è ses Filles ces mêmes marques de vénération. Sa dévotion à la sainte Vierge ne cédait qu'à son amour pour Dieu. Elle l'avait prise pour sa protectrice spéciale, et elle éprouva d'une manière miraculeuse l'effet de sa puissante protectrice. Elle ne négligea rien pour établir solidement son culte parmi ses Filles. Semblable aux anciens Israélites qui conservaient par l'institution d'une fête la mémoire des grâces qui leur avaient été accordées, elle coi^erva le sou venir de chacun deces bienfaits qu'elle avait reçus par l'institution de pratiques particulières eu ''honneur de la très-
DKS ORDRES RELIGIEUX.