‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 275 sur 323 · TUA · texte numérisé non relu

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La Trappe, depuis sa fondation, tenait le premier rang parmi les ordres rcligieui. Ses longues veilles , ses jeûnes rigoureux, ses mortifications que Ton croirait au-dessus des forces humaines, son silence continuel et profond étaient célèbres dans le monde catholique. Dos âmes sans tache y venaient s'offrir, victimes d'agréable odeur 8u Très-Haut, en même temps que des Ames pécheresses se crucifier par le repentir, et transformer une vie de scandale en une vie de sublimes vertus.

Cet ordre religieux , qui se présente sous la glorieuse protection de trois grands noms, «le Benoît, auteur de sa Règle , de Bernard, son fondateur, et du fameux abbé de Haneé, son réformateur, trouva des soutiens contre les mesures iniques qui les anéantirent tous en 93, môme parmi les hommes de dévastation; ils demandèrent, mais inutilement, une exemption pour lui; quoique compris dans la mesure générale de la proscription des maisons religieuses, les Trappistes nourrirent cependant un instant l'espoir d'échapper à la destruction univcrsello, mais le coup mortel les frappa comme les autres instituts.

Dom Augustin, de L'eslrange de son nom de famille, aussi lecommandable par sa piété que par sa noblesse, était maître dos novices quand cette nouvelle arriva jusqu'au fond du désert de la Trappe, et troubla la paix profonde dont elle jouissait; ce fut lui dont la Providence se servit pour sauver une partie de ses frères. Vivement ému des dangers qu'ils couraient, cl surtout de ceux que couraient tant de moines qui lui étaient confiés , il crut devoir tout tenter pour leur conserver un état qui foisait leur bonheur. Nouveau Moïse, il crut entendre du buisson ardent do sa brûlante charité, la voix de Dieu qui l'appelait 5 l'aire sortir ses frères de la corruption et do la servitude de l'Iigyple; et la bénédiction répandue sur ses saints projets prouva bientôt qu'il était digne de leur frayer, loin de l'impiété triomphante, un chemin et une autre terre de promission.

Mais que d'obstacles il eut à surmonterl Par son courage et sa constance, dom Augustin vint à bout de toutes les difficultés. Jl représenta à tons ses frères combien il était nécessaire et urgent de chercher dans les contrées étrangères un asile où il leur fût permis de former un établissement qui pût servir de retraite à tous ceux qui voudraient persévérer dans celle carrière do pénitence. Une requôle qu'il avait déjà préparée , par laquelle il demandait au gouvernement suisse la faculté de se réfugier dans ce pays, fut signée par ses religieux; mais comme la plupart de ceux qui avaient souscrit celte demande hésitaient ensuite , loin de se laisser abattre , dom Augustin se sentit encore animé par les contradictions mômes. Plein de cet enthousiasme religieux qui tait les apôtres, et dont l'éloquence est m pénétrante, il réunit ses futurs compagnons d'exil au fond des bois, dans la grotte

dite de Saint-Bcrnord, à Mortagne , maison mère de l'ordre, lieu si vénéré par les Trappistes et si riche de souvenirs et d'inspirations. Ce fut sur ce théâtre des conférences du célèbre réformateur qu'il haranRua ses frères, qu'il leur reprocha leur indécision; qu'il leur exposa la Règle et les saintes Constitutions des patriarches, des cénobites saint Benoît, saint Bernard, de Rancé, et qu'il leur montra au bout de la carrière la vraie terre promise. Ce discours eut tout rcffel qu'il désirait; lo départ fut voté d'acclamation. Dom Augustin, accompagné <le .^a colonie, se mil en marche le 26 avril 1791 vers les monls hospitaliers de la

Suisse. ,..

Qui pourrait raconter tout ce qu ils eurent à souffrir? un sac de nuit renfermai quelques habits religieux et quelques instruments do pénitence, une mauvaise charrette couverte plutôt pour les dérober aux regards que pour les défendre contre les injures de l'air, ce fut tout leur équipage Ce fut un spectacle digne d'admiration que cette solitude ambulante, où se pratiquaient tous les exercices de la Règle. Après avoir franchi la frontière à travers mille obstacles et èire entrés sur le sol hospitalier, prosternés la face contre terre, ils remercièrent Dieu de leur avoir fait trouver un heu pour le servir, et ils entonnèrent avec effusion Je cœur le cantique de David, si analogue à leur position : Nisi quia Dominus «r«« » wbis, etc. (Psal. cxxiu, 1.) Arrivés à la \al- Saiule, dans un vallon solitaire beaucoup plus profond que celui de la Trappe (département de l'Orne), dans une chartreuse vacante depuis 10 ans, au milieu de montagnes dont les sommets se perdent dans les nues , la pieuse colonie fonda le nouveau monastère qui devint le chef-lieu des autres colonies des Trappistes jusqu'à la Restauration. Non-seulement ils conservèrent dans toute sa pureté l'observance de la réforme, mais encore , d'un consentement unanime, ils crurent devoir embrasser une observante plus étroite. Après une retraite qui euilieu pour attirer les bénédictions de Dieu i sur cette entreprise, on prit à la pluralité Jes voix, pour le règlement du monastère . une suite de décisions qui a été appelée la Informe de la Val-Sainte.

La bonne odeur des vertus de ces fervents solitaires se répandit bientôt au loin; le* feuilles publiques elles-mêmes rendit»

hommage à tant de courage et à laot de i saiateté. En peu de temps l'affluence deséuw* gers devint si considérable, et le oornijj des postulants s'accrut si fort , qu en lî» on dut s'occuper de former en d'autres cintrées plusieurs nouvelles colonies; IW*gne , l'Angleterre , la Belgique , le Piénw'. s'empressèrent d'en demander, et ces inverses maisons devinrent bientôt fl°r'**l[ tes. Par un bref du 30 septembre 179», Pi< 11 érigea en abbave de leur ordre et de leur congrégation réformée de la Trappe, le

vcl établissement de ces religieux .de U y" Sainte, et confirma l'élection de l'al'W ^

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1a personne oe dom Augustin, avec jwuvoir tar (ouïes ses ûlialions.

Le torrent révolutionnaire ayant débordé et les Français s'élant emparés de la Suisse, il fallut se résoudre è une nouvelle émigralioo: ils errèrent en Allemagne , en Russie, en Pologne; dom Augustin y fonda diverses communautés d'hommes et de femmes. Il vint s'établir de nouveau avec une partie de m enfants à la Val-Sainte, en 1802. Nous avons eu le bonheur de vivre pendant quelques années dans le petit séminaire d*Aix avec an des Pères Trappistes , le P. Suchet, compagnon d'exil de dom Augustin depuista sortie de France et dans toutes ses périgrinalions en Allemagne. Rien de plus touchant, de plus édifiant que le récit qu'il accordait a nos pressantes instances, du genre de vie que menait cette communauté, devenue si nombreuse a travers les diverses contrées de l'Allemagne. C'était un spectacle digne d'admiration; le silence, la lecture, l'Office, la coulpe , le travail , l'étude ne furent jamais interrompus. Sans en excepter les enfants qu'on leur avait confiés en grand nombre, tous marchaient processionnel leœent, parcouraient à pied les plus grandes distances, tant qu'ils ne succombaient pas à la fatigue; arrivés dans une ville, ils sollicitaient un grenier pour le repos de la nuit. Par une indiscrète curiosité, on lui demandait mille détails sur un si grand nombre de villes et de contrées qu'ils avaient parcourues; ces renseignements lui étaient aussi impossibles que s'ils n'avaient jamais quitté leur solitude de France. Aussi recueillis au milieu de ces régions nouvelles pour eux, au milieu des villes et des populations étonnées, aussi appliqués à leurs exercices que dans leur désert, ils ne connurent rien de toutes les contrées qu'ils parcoururent. Le P. Suchet nous répondait avec une édifianlo simplicité que rien ne les touchait de tous les objets nouveaux; qu'ils y étaient indifférents, que tout leur désir était d'observer leur Règle et d'édifier les peuples. Raconter tout ce qu'ils eurent è souffrir d'humiliations , de privations et de fatigues pendant ces longues pérégrinations est chose impossible. Le bon Père ne répondait que quelques mots avec un aimable sourire; sa modestie l'empêchait de révéler les détails auxquels il avait eu une si grande part et dont îe récit l'aurait alarmé; sa santé avait été ru'iée par les souffrances de l'exil ; habitué i ne diriger que la jeunesse de la Trappe, son incomparable douceur le rendit impropre à exercer la surveillance sur lus élèves de la maison.

Après avoir parcouru les forêts de l'Amérique, les bruyères de l'Irlande, les glaces de la Russie avec ses frères, dom Augustin rentra à la Val-Sainte, profita du moment où la France commençait à respirer sous un gouvernement plus ferme, pour oser se présenter devant Napoléon afin d'obtenir la permission do rentrer en France; il en fut bien accueilli. Dès 1806, un établissement de la Trappe existait dans la forêt de Gros-

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Bois, commune d'Hyères, à 6 lieue» do Paris; plusieurs maisons furent ensuite données à dom Augustin. Bonaparte lui-même fonda une maison de Trappistes au Mont- Genèvre, qu'il dota d'une rente annuelle de 30,000 fr., pour fournir aux frais qu'occasionnerait le passage des militaires qui étaient reçus et soignés dans cette maison. Il donnait aussi 10,000 fr. a une autre maison du même ordre établie h la Cervara, près Gênes; il témoignait toutes sortes de bienveillance aux supérieurs ; malheureusement cet accord fut interrompu; le refus d'un serment qu'il voulut exiger du supérieur de Cervara fit éclater sa colère, et il s'emporta contre l'ordre entier. Dom Augustin en devint le principal objet. Persécuté, incarcéré, puis sa tête mise a prix, il se rendit en Amérique; il y établit deux maisons principalement consacrées a l'instruction de la jeunesse.

Après l'abdication de Napoléon D. Augustin, rentré en France avec la majeure partie de ses enfants, s'occupa d'abord h racheter la maison de l'ancienne Trappe, berceau de la réforme, où il rappela une partie des religieux rentrés depuis peu à la Val-Sainte; l'autre partie fut envoyée à Aiguebelles , diocèse de Valence ; les religieux venus d'Amérique se fixèrent à Bellefonlaine, diocèse d'Angers, et ceux d'Angleterre à La Meilleraie, diocèse de Nantes.

D. Augustin reçut de grandes marques de bienveillance du Souverain Pontife dans un voyage qu'il fit à Rome. Nous avons été heureux de voir plusieurs fois ce religieux

3ui a rendu des services signalés è son orre, en l'inspirant par son courage, le soutenant par ses exemples, et le rendant l'objet de l'admiration du monde, le seul dont les membres toujours réunis, quoique toujours étrangers et pèlerins, aient transformé en solitude tous les lieux où la persécution lesobligeaitde choisir un nouveau domicile. D. Augustin parcourait les villes du Midi pour les besoins de sa maison d'Aiguebelle, soit pour l'établissement qu'il fonda dans la forêt de la Sainte-Baume , département du Var, lieu célèbre par le choix qu'en fit sainte Madeleine pour y faire pénitence , et qui, depuis les premiers siècles,fut toujours en grande vénération, et le but de continuels pèlerinages pour les habitants de cette contrée. M. le marquis d'Albertas leur avait cédé des terres et des granges siluées au premier plan de la montagne. Supérieur alors du petit séminaire Saint-Lltarlesà Brignoles, pour récompenser et pour encourager les élèves, nous en conduisîmes 150 pour visiter en célèbre sanctuaire et parcourir cette antique et magnifique forêt. Ayant obtenu l'insigne faveur d'entrer dans le réfectoire pendant le dîner des religieux qui étaient alors en très-grand nombre, cette jeunesse put admirer avec nous et la grossièreté de leurs aliments qui consistaient en deux potages, l'un un peu plus épais que l'autre, et leur sobriété, leur pieux recueillement, qui les rendit étrangers à la présence d'une si

U« TRA DICTIO

nombreuse communauté circula t autour des tables, comme s'ils avaient été sans témoins; plusieurs fois, pendant cet intervalle , un coup de sonnette, comme une étincelle électrique, arrêtait tous les mouvements avertissait tous les frères de penser à l'éternité jusqu'à ce qu'un nouveau signal leur permit de continuer leur frugale réfection. Ou'ou nous excuse ces détails a cause de l'impression profonde que nous en avons conservée, depuis bientôt trente ans. Celle qu'en reçurent mes élèves fut longtemps le sujet de leurs conversations et un objet de la plus touchante édification.

Celle môme année, D. Augustin fut atteint à Lyon d'une maladie, suite d'une chute négligée, et après avoir reçu les sacrements avec de grands sentiments de foi et de piété, il s'endormit dans le Seigneur, le ll> juillet, à l'Age de soixante et douze ans.

Le P. D.Augustin del'Kstranges élaitd'unc taille au-dessus de la moyenne; il avait la démarche noble, le regard doux et pénétrant, un air de grandeur qui n'excluait pas cependant le sentiment de l'humilité chrétienne. Sa narole était douce et onctueuse, >a longue chevelure était d'une blancheur et d'une beauté remarquables.

La sublime mission de ce généreux confesseur de la foi fut de sauver les Trappistes de la ruine commune pour les faire rentrer en France. Kn opérant une réforme d'un ordre déjà austère, D. Augustin el les 2ï l'ères qui l'accompagnèrent à la Val-Sainte eurent pour tin d'opposer une surabondancede justice aux excès de la licence et de l'impiété qui agitaient le monde, et la réforme prit de prodigieux développements en Espagne, en Bradant, en Piémont, en Angleterre. Mais bientôt de nouvelles persécutions et d'indicibles tribulations et soutTrances accompagnèrent ces 230 religieux dans ia Russie blanche, en Autriche, eu Pologne, en Bohême, en Bavière, en Prusse, puis en Amérique et au Canada, et jusqu'au jour où H leur fut permis de remettre le pied sur le sol de la patrie.

Le lecteur verra avec intéièt le tableau do la distribution des exercices journaliers suivis a la Trappe.

Le lever est h une heure el demie, les jours ordinaires, à une heure les jours de dimanche et les fêtes de douze leçons, et a minuit, les jours de solennité. — L'Oflice de la nuit dure jusqu'à quatre heures; puis il y a un intervalle pour la lecture el jusqu'à cinq heures et demie. A cinq heures et demie Prime et le « bapitre des eoulpes jusqu'à six heures et demie. A sept heures et demie Tierce el la sainte Messe. — A neuf heures le premier travail jusqu'à onze heures et demie; à onze heures el demie Sexte jusqu'à midi ; à midi , le second travail jusqu à deux heures; à deux heures Noue jusqu'à deux heures el demie; à deux heures et demie le dîner suivi immédiatement d'un intervalle pour la lecturcjusqu'àqualrc heures elquart; a quatre- heures et quart, Vêpres suivies d'un intervalle jusqu'à six heures ; à six heures

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Compiles el le$a/v< jusqu'au coucher qui est à sept heures.

En été, il y a une augmentation de Jeux heures de travail.

Le travail e^t un des principaux points de la Règle de Saint-Benoit, qui eut le plus à soulfrir du relâchement dans les siècles de la décadence monastique, mois que l'onaaussi soigneusement mis en vigueur à la Trappe. Tous les religieux sans Oistinctiou s'appliquent à des travaux aussi fructueux que pénibles, aussi bien dirigés que courageusement et perséverammentexéculés; ils peuvent servir de modèles à tous, soil de l'activité qui bannit la paresse, soit de l'industrie qui, avec sa comp.iguc, chasse la misère. Ce«t peu pour eux d'être indépendants, de vitre du travail do leurs mains, ils versent dans le sein des pauvres une partie du fruit «ie leurs sueurs. Ils rompent avec tous les voyageurs le pain de l'hospitalité : ils ne s'appliquent pas à bien parler, mais à bien vivre; non à charmer les hommes par l'esprit, tuais à les édilier par la pratique des solides vertus ; non à subjuguer les autres |>ar leur éloquence, mais à triompher d'eux-mêmes et à vaincre les penchants de la nature corrompue. S'ils n'aspirent pas à pénétrer les secrets de la nature, ils s'avancent dans les sciences des saints, à cultiver le grand aride la perfection et du vrai bonheur, et cependant ces hommes si vertueux, dont la France n'était pas digne, furent chassés de leurs propriétés, forcés de chercher dans des contrées lointaines une chétive retraite, un coin de terre, où il leur fût permis de continuer à prier et à l'aire du bien aux hommes. El cependant,étrangers à toutes les agitations des parti s ,iis ne s'appliquaicnlqu'à altirerpar leurs prières les bénédictions du ciel sur leur ingrate patrie,qui ont donné enfin à leurs concitoyens l'exemple de la soumission aux lois et de toutes les vertus sociales et religieuses.

Après nombre d'années d'exil, il leur fut permis de revoir leur patrie , de racheter une partie de leurs biens vendus, de relever leurs maisons ruinées, de défricher de nouveau leurs terres où l'épine et la ronte avaient eu le temps de pousser de profondes racines, de cultiver les landes et les bruvères de leur désert, et ils savent encore en tirer le pain de chaque jour, qu'ils continuent à partager avec les pauvres. Nous ne nous arrêterons pas à réfuter les erreurs el à détruire les préjugés trop accrédités contre li vie et les Règles des Trappistes; la |>lu|<art sont faux et absurdes. Il nous suffira «Je rappeler que depuis la réforme , a diverses époques, on a proposé des adoucissement* à la sévérité de la Règle. Toujours les religieux, consultés el engagés à dire franche* ment leur avis, répondirent constamment»

à l'unanimité, que la règle était encore trup douce à leur gré, et que pour les sati^f«i^^^ il faudrait ajouter au lieu de retrancher aux austérités. C'est ce qui eut lieu en 166V: sous M. de Ram é, en 1687. La même se renouvela avec plus d'éclat à la Vnl-Samt* -«•us le régimr> de D. Augustin ; des p!«iM«

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