‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 291 sur 323 · I3U9 UNI · texte numérisé non relu

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cooe ressource el qu'il a toujours été dans us état pauvre pour ses besoins; nonslesuirrons, avec la grâce* dans cet état de pauvreté eldo dépendance, et, autant que l'état de nos communautés le permettra, nous ne demanderons point do dot... nous considérerons l'état bas et servile où il a toujours vécu, en disant : Je suis venu pour servir et if* pour être servi. (Matth. xx, 28.) Voyant que notre divin Sauveur a voulu souffrir toutes sortes de misères par amour pour nous, nous embrasserons toutes les souffrions pour son amour. Ayant considéré que ce divin amant nous a laissé l'amoureux sacrement de l'Eucharistie pour symbole el gage de la détection fraternelle ut de l'union des Chrétiens en lui, comme membres d'un corps uni à leur chef et pour n'avoir tous ensemble, par cette divine réfection, qu'une môme vie avec la sienne, vie toute de charité et de détection fraternelle, comme celle des premiers chrétiens, notre résolution est de les imiter avec sa grâce, entre nous et avec toutes sortes de personnes sans partialité ; ce sera le propre caractère des disciples de cet amant de nos âmes réunies dans ce séminaire, et comme celte divine communion opère en nous cet amour de Dieu et du prochain, notre grand soin sera de le fairo aussi fréquemment qu'il nous sera possible, en nous ressouvenant que les premiers Chrétiens communiaient souvent , pour se préparer à s'encourager aux souffrances.

L'esprit et la fin de cet institut étant de se conformer et de s'unir à Jésus-Christ, notre rètfle et notre modèle, atin de le suivre, de l'imiter, chacun dans sa condition, en sa vie pénitente, sainte et laborieuse qu'il a menée sur la terre, c'est pourquoi nous nous appliquerons à nous former sur ce divin modèle de perfection, en menant une vie mixte de contemplation et d'action. Imitant ce divin Maître, ses premiers disciples, nous dirons aui personnes qui seconderaient notre dessein qu'on ne saurait jamais montrer des voies plus droites , ni de plus efficaces mo>ens pour parvenir à notre dernière lin que ceui que Notre-Sei^neur a choisis pour lui-même et qu'il conseille aux autres : Que celui qui veut venir après moi, quil renonce à lui-même , qu'il porte sa croix et qu'il me suive. (Matin, xvi, 2i.)

Nous répondrons à ces gens du monde , qu'ils oous font eux-mêmes rougir puisqu'ils travaillent et donnent bien plus pour acquérir ce qui est contraire à leur salut que nous ne faisons pour acquérir lo ciel... Les maximes si corrompues de ses courtisans, si pénibles en elles-mêmes, conduisent au désespoir et à la damnation, tandis que celles de Jésus-Christ conduisent à la béatitude. C'est lui, qui brûlant du désir de notre salut et de notre perfection, s'écrie : Venex à moi, je suis la voie, la vérité et la vie. ( Joan. xiv, 6. ) C'est donc une résolution prise : avec sa grâce, nous le suivrons jusque sur le Calvaire ; notre amour est crucifié, il faut quo nous le soyons avec lui; que nous portions

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ses stigmates, cl que nous recueillions ces précieuses reliques, les Ames teintes de son sang, dont les unA sont égarées, d'autres dans l'ignorance, d'autres en grand péril.

L'Union chrétienne est une société de tilles et de veuves qui font vœu de demeurer unies entre elles pour travailler au salut du prochain. Elles se consaerenta Dieu par les vœux de pauvreté, de cha>telé, d'obéissance el d'union, et parce que ce vœu d'union est le fondement et le lien do leur société, elles sont obligées de cultiver avec un soin extrême la vérité qui en fait le véritable earactère, et qui a donné le nom à l'institut, savoir, l'union chrétienne, la dilection fraternelle, afin que, comme de véritables disciples de Jésus-Christ, elles accomplissent à la lettre rc commandement qu'il dit être nouveau, de nous aimer les uns les autres, comme lui-même nous a aimés, que c'est par là que le monde connaîtra que nous sommes ses disciples. (Joan. xm, 34, 33.)

L'institut est sous la protection de la Sainte-Famille : Jésus, Marie, Joseph, que les sœurs ont pris pour modèle. Sa On est que toutes les sœurs, qui y seront associées, puissent, avec la grâce de Dieu, non-seulement travailler à leur propre salut et a leur propre perfection, mais au salut el à la perfection du prochain, en vue de l'amour do Dieu pour les hommes, du désir qu'il a qu'ils soicnl sauvés, do l'amour qu'il porte à ceux qui se dévouent au salut des âmes, et parce que cette fin est si excellente, que c'est pour cela que le Fils de Dieu est descendu du ciel et s'est fait homme, qu'il a sacrifié ses sueurs, ses tr.vaux, son sang et sa vie; qu'il a établi son Eglise el suscité dans tous les temps plusieurs personnes de l'un el de l'autre sexe, qui s y sont employées avec ardeur, sachant qu'il n'y a pas de ministère plus relevé, ni plus agréable h Dieu et plus utile au prochain, que celui ■ qui contribue au salut des âmes. Les sœurs comme de véritables disciples de Jésus- Christ et pour imiter le grand exemple qu'il leur en a donné, doivent s'y appliquer avec un zèle infatigable.

Les postulantes ne sont admises qu'à dixhuit ans, les novices ne pourront faire leur profession qu'à vin^l ans révolus. Trois mois avant le temps de l'engagement, la communauté se réunit pour délibérer sur leur admission. Si une novice n'a pas la moitié des sulfrages dans la réception de la première et deuxième année et les deux tiers dans la troisième réception pour l'engagement, elle est exclue de la congrégation. Les quatre vœux par lesquels les sœurs se consacrent à Dieu, quoique simples, supposent toujours qu'elles embrassent un état de perfection, auquel elles s'engagent pour toute leur vie : c'est pourquoi les sœurs doivent les garder avec beaucoup de UJélilé, puisque Tes vœux par eux-mêmes obligent ceux qui les ont faits, et que les devoirs de l'engagement ne doivent pas être considérés tant par rapport à la solennité des vœux que

DES ORDIŒS RELIGIEUX.

KH 0 IjNI WCTIO.YNAIItt'

par rapport a la majesté divine avec laquello celui de

ou contracte cet engagement.

La deuiièoie partie dcs*Constituttons renferme les règles les plus sûres, les moyens les plus efficaces, les plus sages sur les exercices spirituels, la pratique des vertus nécessaires au>x sœurs de l'institut; sur leurs rapports aven les personnes du dehors et pour leurs affaires temporelles. Il s'agit d'abord des plus saintes maximes de l'Evangile

four conserver l'esprit de charité et d'union, mépriser toutes les choses de la terre, à porter leurs désirs vers les biens célestes et éternels et à faire régner Jésus-Christ dans leurs cœurs par l'imitation des vertus dont il nous a donné l'exemple, et par ce que c'est la loi intérieure de cette charité que le Saint-Esprit a gravée dans nos cœurs, qui doit conduire et faire avancer les sœurs dans la voie du service de Dieu; c'est aussi ce feu sacré de son divin amour, et le désir de sa plus grande gloire, qui les doit exciter à tout moment pour les élever à lui et les faire avancer dans la vertu.

Dans le chapitre quatorzième sur l'amour de Dieu, on lit : 1* « Notre Seigneur nous assure que la charité est la On et la perfection de la loi, cl c'est cette même charité, qui doit être la fin et la perfection de cet institut. 2" Les sœurs n'auront jamais d'autre désir, ni d'autre ûn dans toutes leurs actions que de plaire h leur divin Epoux et de se sacrifier entièrement b son très-pur amour. 3* Elles s'acquitteront de leurs emplois, comme servant Dieu et non les créatures, k' Elles feront consister leur perfection à chercher la gloire de Dieu et l'accomplissement de sa volonté, qui leur doit tenir lieu de toutes choses, atin qu'elles puissent dire avec l'Apôtre, que ni la vie, ni la mort, ni les aftlictions, ni les opprobres, ni les persécutions, ni les mépris, ni les angoisses, ui les tribulations, ne pourront Jamais les séparer de l'amour de Jésus-Christ. 5" Elles désireront ardemment que ce divin amour remplisse leur cœur, et le fasse abonder en grâces et bénédictions du Saint-Esprit. 6* La charité doit être le principe et la règle de toutes leurs actions; c'est elle qui doit animer leur zèle pour travailler au salut du prochain et cesl de ce feu sacré qu'elles doivent s'efforcer d'embraser le cœur de toutes les personnes avec lesquelles elles sont obligées de converser, tant par leurs saints entretiens que par leurs bous exemples. 7* El par ce que l'amour divin ne peut subsister avec l'araour-propre dans un même cœur, el que l'attache aux plaisirs, à l'intérêt, à ses commodités particulières, à l'honneur, à sa propre satisfaction, bannit la charité de l'âme; les sœurs seront dans une vigilance continuelle pour combattre leur humeur, leurs inclinations naturelles, pour i énoncer à leur propre volonté, faisant leurs efforts pour mourir tous les jours ellesmêmes el à ne vivre que pour Dieu seul.

Nous ne pouvons nous dispenser de rapporter quelque chose du chapitre sur l'amour des sieurs. « L'esprit de rinslilui étant

sœurs doivent »e

charité, les persuader qu'elles n'avanceront dans la vertu qu'autant qu'elles s'efforceront d'imiter les premiers Chrétiens dont il est dit qu'ils n'avaient qu'un cœur et qu'une Ame, et que c'est particulièrement à elles que s'adresse le commandement de Notrc-Scigncur : Ai' tnex vous les uns les autres comme je rou$ si aimés. Cesl à cela que l'on reconnaîtra qui vous êtes de mes disciples. { Joan. xm, 35.) Les sœurs doivent sur loules choses et avant loules choses avoir entre elles une mutuelle charité que l'Ecriture appelle le lien de toutes sortes de perfections. {Col. m, li.) — Elles seront unies comme les membres d'un même corps, s'aidant mutuellement, dans les différentes fonctions où elles seront employées, soit pourtravaillerausalutdu prochain, ou à leur propre perfection... afin qu'elles pratiquent entre elles ce qui fait I exercice des saints dans le ciel, la dilection fraternelle en Jésus-Christ (Joan. xn, 31.)

Quand Notre-Si ignour dit que le prince du monde était chassé dehors (Joan. xti, 31), on doit l'entendre de la charité :le malin esprit continue son règne où cette verra n'est pas, ce qui fait dire à saint Jérôme,

Sue sans la charité les communautés sont es enfers, et ceux qui y demeurent sont des démon». Mais avec la charité, ce sont des paradis en terre, et ceux qui y vivent sont des anges, et pour cela, les sœurs auront bien soin d'éteindre jusqu'à la moindre étincelle de division. — Il n'est point de vie si heureuse, selon le témoignage du Saint- Esprit, ni rien de plus utile que celle des communautés, où l'on voit différentes personnes vivre dans une même maison, K sous une même règle, comme si elles n'étaient animées que d'un seul esprit. Ce qui fait dire au Prophète- Hoi : Voyez combien il est avantageux, doux et agréable que le» frères demeurent ensemble : Quam bonvm et quamjurundu'm habitare, fratres, in umm. [Psal. cixxu, 1.)

C'est la douceur de ses paroles et l'harmonie de leurs sons, dit saint Augustin, qui ont enfanlé toutes les sociétés religieuses ; c'est ce qui a peuplé tant de communautés, qui a attiré tant de cœurs a Jésuv Christ et qui a déterminé tant de personne à quitter leurs parents et leurs richesses pour vivre ensemble dans l'amour de li charité, parce qu'elles ont cru que cetteebarilé mutuelle qui les lie si étroitement les unes aux autres, était un avar 1-roûi J<? la vie céleste. L'unique moyen de conserver celte divine vertu est le renoncement 1 elles-mêmes, en se supportant les unes le* autres dans leurs défauts, y remédiant rar la douceur et par le bon exemple; car <« charité, dit saint Paul, souffre tout, supp*" tout(l Cor. xm, k, 7), conservant entrecil^ une parfaite union d esprit dans le heu tic t* paix.

Letèledu salut des âmes, ou pourmieuj dire, de la gloire, de l'honneur de Dieu*

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DES OltbtlLS RELIGIEUX.

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ub désir Ardent de voir Dieu aimé, honoré et servi de tout le monde : et c'est ce zèle qoi doit animer toutes les sœurs de l'instituât, en sorte qu'étant éprises de ce feu divin, elles désirent et s'efforcent de le communiquer è tout le monde, et parce que la charité ne peut demeurer oisive, et que c'est un feu qui n'est jamais en repos, elles s'appliqueront à la recherche de tous les moyens de servir les âmes et elles lâcheront d'inspirer ce même zèle aux autres. Gomme le moyen le plus efficace pour faire beaucoup de fruit dans les âmes, est de mener nne vie sainte et irréprochable, elles tâcheront d'édifier le prochain, plus encore

Fw leurs actions que par leurs paroles, à imitation de Noire-Seigneur, dont saint Lur dit qu'il commença h faire, puis a enseigner (Act. i, 1); elles auront un grand désir de la sainteté et de la perfection de leur état, tant pour elles-mêmes que pour toutes leurs sueurs. C'est pourquoi elles craindront beaucoup de leur donner mauvais exemple, rie peur ôten être responsables devant Dieu ou de causer la perle de la vocation des novices, n'y eyei't rien de plus capable de l'ébranler que le mauvais exemple , afin qu'elles puissent dire avee le Prophète dans I ardeur qui les doit animer pour leur vocation : Le zèle de votre maison m'a dévoré et l'opprobre qu'on vous a fait, est tombé sur moi. (Psal. liviii, 10.)

L'ordre des filles et veuves des séminaires de l'Union-Chréticnne date du xvn* siècle. La première maison de celle communauté avait été établie à Paris en 1630 par Mme Marie Lumagne (1), veuve de Messire [François de Polaillon, chevalier, conseiller du roi Louis XIII. Cette pieuse dame, ui mourut de la mort des justes, en 1C57, ut la première et principale fondatrice. Cet établissement eutaussi pourfondateur Jean- Antoine le Vachet prêtre, né à Romans en Uanphiné et mort en 1681 (2).

Mme Polaillon laissa, en mourant, ce saint prêtre, comme un puissant appui ison nouvel institut. Cette maison vint s'établir a Charonne, rue Saint-Denis, dans l'hôtel de Saint-Chaumoot, et bientôt elle eut des fondations à Metz, Caen, Sedan, etc., etc. Anne de Croze en fut la première supérieure.

Ce nom de Wnion-L'hréttenne, sous lequel les religieuses furent désignées, annonçait une espèce de ligue sainte, qui devait unir toutes les différentes maisons de cette congrégation contre les efforts du prince des ténèbres, pour s'opposer è ses projets.

Saint Vincent de Paul, supérieur des Pères de la Mission, reconnaissant tout le bien que pouvait réali^ cet institut, fit luimême, en 1630, la première cérémonie de celte association.

Dès 1668, il avait été question d'établir

,1) Née à Paris le il novembre 1599, on a sa Vie par I abbé Collin, vicaire de Saint Martin des Champ». Paris, 1844, in-8\

(î) Son père était Gabriel Le Vachet. « sa mère

DlCTIOfl.f . DBS OaDRES RE Lit». IV.

une maison de cet ordre dans la ville de Fontenay, et il y avait en à ce sujet plusieurs lettres échangées entre Mgr l'évêque delà Rochelle et J. -A. Le Vachet. Les originaux de ces letires eiistent encore, et l'une d'elles renferme des détails précieux pour l'histoire de l'Union-Chrétienne.

Tandis que Louis le Grand tâchait de ramener au sein de l'Eglise romaine ceuxde ses sujets, que l'hérésie de Calvin en avait séparés, on vit, dans le royaume, s'établir plusieurs communautés de filles, dont la principale vocation était de contribuer à l'instruction des nouvelles converties, et à leur éducation dans la foi et dans la vraie piété. La province du Bas-Poitou avait un extrême besoin d'un tel secours; la Providence divine le lui ménagea l'an 1680

Alors vivait, à Fonlcnay-le-Comle, mademoiselle Marie Brisson, née en 1636, sœur et fille d'un sénéchal de Fontenay, parente du fameux Bernabé Brisson, président à mortier au parlement de Paris , qui sous le règne de Henri III, fut victime des fureurs de ceux qui formaient les derniers rangs de la Ligue.

En prenant possession d'un très-ricbe héritage, Marie Brisson. forma le projet d'être la fondatrice d'un séminaire de filles qui, remplies d'un même esprit de zèle cl de ferveur, pussent s'occuper efficacement h l'instruction des nouvelles converties, tant de la ville de Fontenay que des environs. Donner un asile aux femmes veuves et aux filles qui souhaiteraient sortir du sein de l'hérésie pour rentrer dans celui de l'Eglise catholique, tel était le but de celle que la communauté de l'Union-Chrétienne de Fontenay-le- Comte aime à reconnaître pour sa bienfaitrice.

Pour réussir dans ses projets, elle s'adressa d'abord a M^r Henri de Laval de Bois- Dauphin, alors évêque de la Rochelle, par unerequêteaux archives de la communauté, adressée à Sa Grandeur, où elle expose ses vues, ses intentions et ses motifs. Le prélat non moins distingué par ses rares vertus, que par l'éclat de sa haute naissance, s'empressa de seconder les desseins de la généreuse fondatrice et lui donna l'approbation nécessaire pour l'exécution de son projet, par une ordonnance donnée au château de l'Hermenaull, le 3 juin 1680.

Le 22 août 1711 , il se passa un acte enlro Mme Brisson et Mme de Chalandry Durand, et la Mère de la Rouslière pour la communauté, concernant la fondation faite en 1688. Ces fondatrices, dérogeant au premier acte, veulent que la maison de l'Union-Chrétienne ne soit chargée que de quinze filles d'extraction noble ou de bonne famille bourgeoise, appartenant cependant au diocèse de la Rochelle, au lieu de vingt villageoises.

Ali* Cot. alliés l'un et l'autre aux premières matsons du Dauphiné. (Vie dt maittreJ.-A. Le Vachet, instituteur de» sœurs rie l'Union chrétienne. Paria, in-18; t69i. — Archives dt Fontenau.)

r,i\ dicti

Ce changement (Vit wr^û Je la coairaunauié et du seigneur évè.pie.

I./) fondation n'eut son exécution qu'en 1739, pan e /pie les héritiers y mirent obstacle, après a mort de la fondatrh e , arrivée en 172V • ut.e transaction passée avec eux tint ri ia eiinigede la communauté huit filles seulement ; lus parente» <le la fondatrice devaient toujours être préférées dans lui r.ocence. Les héritiers durent fuie, à ces conditions, l'alvuidon «l'une métairie du revenu de V00 IV. lie leur c-ôlé , les sœurs de l'Union-Chrétienne se chargeaient de faire célébrer tous les ans , et à perpétuité, un service pour le repos de l'.iuie de leur fondatrice.

Marie Brisson laissa une fortune qui équivaudrait aujourd'hui à V0.O00 fr. de renies. Pendant >a vie, elle dépensa près d - Su à 100,000 livres en fondations et en bonnes œuvres. Kn mourant, elie légua environ 40,000 fr., pour construire le rélable du grand autel de Notre-Dame de Fontenay-lc- Conite et accomplir divers actes de hienlèi- Sîince. Quant sa fortune immobilière, elle fut vivement disputée par d'avides collatéraux, et devint la proie des gens d'affaires et de chicane.

Voici son acte de décès, tel qu'il esc conservé aux archives de Notre-Dame :

Lf 1" jour de septembre 172V, en la fosse de Al. Maistre François Brisson, éruyrr, seigneur du Calais^ sénéchal et président au siège royal de cette ville, où sa mémoire et relie de tous ceux de son sang stra toujours e:. vénération et bénédiction, qui est à i entrée de la porte de la chapelle dite de Saint' François de Sales, fut inhumé le corps de sa diqne fille. Marie Barnabe Brisson, qui jus^ qu à l'âge de quatre-vingt-huit ans neuf mois, qu'elle est décédée en odeur de saine te té, a t escu dans la constante pratique de toutes portes de vertus propres à une damoiselle vraiment etirestienne. Ont assisté à son enterrement les sieurs Gênais et Herbier ses purens a 'compagnés'da corps de justice; conduit par Af Petit, lieutenant général, d'un grand concours de la plupart des personnes notables et du peuple, qui, avec empressement lui ont rendu les derniers debvoirs, tout en considération de son mérite personnel, que des grandes aumosnes quelle a toujours /ailes à celle église, sa paroisse, à laquelle elle a toujours esté attachée et assidue, aux hôpitaux et aux pauvres d'icy et des environs.

Avant d'arriver h l'époque désastreuse qui détruisit tant d'établissements pieux, qui ruina tant de fondations si utiles, iléons, en peu de mots, ce qu'était la communauté do rl'nioii-Chiéliciiiie de fc'onlenay, eu 1760.

Les recettes des pensionnaires et des sœurs, ajoutées au revenu annuel de la maison, se montaient à 12,000 livres. La communauté était composée de vingt-huit sœurs de chœur, et de six converses, J,a protect mii d;vine était dès lors visible sut cette maison. On aurait pu dire à celte époque,

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comme aujourd'hui, Digitus Dti nt hit.

t'jod. vin, 10.) Il y avait dans les »h$^> externes < ent-cinquante petites lilles à instruire, vingt au pensionnat, et sept sœur» occupées ii les enseigner.

La communauté ayant pris la résoiut ou d'avoir une chapelle" plus grande, plus eu rapport avec la position florissante du couvent, fit démolir celle qui existait. Sor son emplacement, joint à celui qu'elle ol>imt du Koi, elle put avancer la construction du nouveau monument, jusqu'au bord de la grande route de Nantes à Poitiers. Les travaux commencèrent au mois de mars 1779, et furent terminés en mars 1781. La nouvelle chapelle fut bénie le iour de l'Annonciation , par Mgr de Crussol d'Uzès , évêque de la Hochelle, qui célébra solennellement la sainte Messe, exposa le saint Sacrement et en donna la bénédiction après Complrs. Celle chapelle fut dédiée h la Sainte-Famille, Jésus, Marie, Joseph, et on décida d'en célébrer la fôte le jour de l'Annoneialion de la très-sainte Vierge , le*25 mars môme année.

Le 12 février 1792, le serment à la constitution civile du clergé, qui déjà avait été demandé aux ecclésiastiques du diocèse, fut exigé des dames de l'Union-Chrétienne: mais, à l'exemple de ceux qui les conduisaient dans la foi, elles refusèrent toutes de «rêter ce serment. Bientôt après ou ouvrit es portes de leur communauté, en leur déclarant qu'elles étaient libres de tout engagement ; c'est en vain qu'elles protestèrent vouloir \ivre toujours de la vie conventuelle, et y mourir : leurs biens furent saisis, et elles se virent forcées d'abandonner leur sainte solitude.

La maison de l'Union-Chrétienne servit quelque temps de municipalité, puis de préfecture à l'administration civile. De» séances publiques furent tenues dans II chapelle et dans l'endroit oceii|>é maintenant par le chœur et les slalles des religieuses une estrade, qui n'a disparu que deput» peu, témoignait encore, en 1833, de la Téalilé de la persécution.

Le 1" mai 1806, quelques mois après la signature du concordat, les religieuses de l'Union-Chrétienneadressèrent une demande collective à l'empereur, et elles obtinrent par un décret daté de Saint-Cloud,' l'autorisation provisoire de se réunir et de fonder des établissements sous le nom d'Associo* tion des saurs ou des daims de la Visitation. ICI les prenaient pour but d'offrir un asile hospitalier aux personnes de leur sexe, qui voudraient vivre ensemble dans laretraite; et de former des jeunes filles aux bonnes mœurs, aux vertus chrétieunes et aux devoirs de leur état, etc.

Cette autorisation ne comblait pas entièrement le désir des saintes filles. Elles soupiraient après lo moment où il leur sérail donné de vivre et de mourir dans la maison qui avait vu leurs premiers vœux. Lllcs adressèrent, en 1808, un placetà l'im* pérairice-mère,qui parut disposée à accueil

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[)FS ORDRES RELIGIEUX.

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lir favorablement leurdemande. Enfin, le 18 sur ses coudes et snr ses genoux; elle avait juillet de la même année, elles purent ou- un tel amour pour la pudeur, que s'il arrivrir leurs classes et former une école gra- vait, que, se livrant à quelques ébats dnns sa

tuite en faveur des pauvres de la ville.

Le 30 septembre 1809 , Mme de Gobcrt de Chouppe, et Marie Susanne Rocher, rachetèrent, au prix de 21,000 fr., la maison si ardemment désirée, et passèrent devant notaire un acte de société qui établissait en outre, pour première supérieure de l'établissement, Jeanne-Françoise-Augustine de Choupi*.

La France venait de revoir le retour des Bourbons, et, les circonstances paraissant favorables, les Dames de l'Union-Chrétienne adressèrent, le 6 décembre 1826, au ministre des cultes, une demande tendant è obtenir l'autorisation définitive de la communauté : ce oui leur fut accordé. Les statuts furent également approuvés par Mgr R. F. Soyer, en date du 3 décembre 1825, furent envoyés au conseil d'Etat pour être examinés, et furent enregistrés le 1" avril 1827.

Le 22 avril de la même année, une ordonnance royale, datée de Saint-Cloud, et signée Charles X, autorisa définitivement l'Union - Cbrétienne deFonlenay. Une seconde ordonnance, du 1" août 1827, approuva l'acquisition de la maison, au nom des sœurs réunies en communauté.

La congrégation de l'Union-Chrétienne a pris beaucoup d'extension depuis quelques années; elle fait des fondations a Pissilte en 1837, à Saint-Jean de Fontenay en 1846, è Pile d'Elbe en 1850, au Sangon, à Sainl-Hilaire-de-Riez, à Saint-Florent des Bois en 1852, à Florence en 1853.

Il y a en ce moment a Fontenay-le-Comte vingt-deux religieuses de chœur, vingt novices, dix sœurs converses professes, trois novices. (1)

URBANISTES (Congrégatiok des heli-

OIEUSBS).

La famille de Louis VIII fut une famille pieuse, angélique, et en quelque sorte divine, faisant peu de cas des sceptres et des pompes du monde; elle aspirait aux couronnes du ciel. Sous les beaux dehors d'un appareil extérieur, elle menait une vie plus

2ue monacale. Les palais de ces princes taient des couvents réformés. Leurs guerres n'avaient pour but que de convertir ou de soumettre les mécréants, de rétablir l'Eglise, de multiplier le peuple des fidèles, de reconquérir les lieux saints pour les soustraire à la profanation.

Louis VIII, fils de Philippe Auguste, né le 6 septembre 1187, fut marié à tfge de 15 ans è Blanche, tille d'Alphonse Vllf, roi de Castille, et d'Eléonore, fille de Henri 11, roi d'Angleterre. Il eut six garçons et deux tilles; Isabelle naquit la dernière vers l'an 1220; elle n'avait que cinq ou six ans quand elle perdit son père, et Saint-Louis, qui lui succéda, n'en avait que douze.

Dès sa tendre enfance, Isabelle avait un tel goût pour l'oraison, qu'elle la faisait

chambre avec d'autres compagnes, un homme entrAl par hasard, elle disparaissait aussitôt, et ne rentrait que lorsqu'il s'était retiré. Elle mangea si peu pendant dix-neuf ans, qu'on ne comprit jamais qu'elle eût pu vivre, si la grâce de Dieu n'y avait suppléé; et en outre elle jeûnait trois fois par semaine. Pour l'engager à manger un morceau de plus, sa sainte et digne mère lui promettait de donner quarante sous aux pauvres: mais même alors elle s'en défendait respectueusement, en disant qu'on trouverait assez d'autres motifs pour donner aux pauvres : un peu de poirée et des légumes lui suffisaient. Elle faisait distribuer aux pauvres toutes les viandes qu'on lui servait; elle gardait te silence pendant les quelques instants que duraient les repas, et son esprit ne cessait d'être uni à Dieu. Elle apprit si parfaitement la langue latine, qu'elle so nourrissait journellement de la lecture de la Bible, de I Evangile, et des écrits des SS. Pères.

Elle élait remplie de respect pour le roi son frère; elle ne le visitait jamais sans se mettre à genoux devant lui, malgré les efforts de saint Louis pour l'en empêcher; mais elle restait muette en sa présence, quoique sa mère et ses frères lui fissent des instances pour conférer avec lui, ne fût-ce que des choses saintes et sérieuses : rien ne prouva mieux la solidité de sa vertu que le refus qu'elle fit à saint Louis de lui donner un couvre-chef qu'elle avait fijé et confectionné elle-même, avec intention de le lui offrir, pour qu'il le portât par amour pour elle; mais ayant jugé ensuite que, comme c'était son premier travail, il convenait qu'elle le destinât aux membres de Jésus- Christ ;elle résista aux prières du roi, et ello l'envoya à une pauvre femme atteinte d'une maladie de langueur, réduite à une extrême indigence, que la princesse visitait chaque jour, en lui faisant porter des présents et des viandes préparées pour elle. Le cœur de saint Louis était fait pour estimer et aimer bien plus sa sœur après avoir essuyé ce refus.

La demeure d'Isabelle était toujonrs pleine et entourée de pauvres; elle les servait de ses propres mains, mais elle leur distribuait une nourriture plus précieuse encore, elle les instruisait et les pressait vivement dn travailler au salut de leur âme; elle allait aussi les visiter sur leurs grabats et dans les hôpitaux, où elle les entretenait familièrement pour les exhorter à la [►aliénée, les consoler et leur inspirer des sentiments religieux. Tous les jeudis elle lavait les pieds à treize pauvres, leur servait ses plats, offrait è chacun trente deniers d'argent, en mémoire de ceux que reçut le traître Judas pour prix de Notre-Seigneur.

Isabelle était d'une grande beauté et trèsgracieuse; elle avait un front très-élevô et même dans son lit, où elle priait appuyée une chevelure remarquable, néanmoins elle (I) Fey. à la ûn du vol., n"« 254, 253.

Litn

DICTIO.NNAlKE

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oe «enorgueillissait pas p«us u« sa beauté qu'elle ne se glorifiait de ses aumônes; mais sa modestie n empêchait personne de rendre justice à ses qualités; et comme il arrive toujours, elle ae perdait rien a être humble et modeste. Toutes ses qualités réunies inspiraient du respect pour elle à tout le mondo, même à ses domestiques; elles ramassaient, chaque matin, tous les cheveux qui tombaient de sa tête et les gardaient soigneusement. Elle leur demanda un jour pourquoi elles faisaient cela, elles répondirent : « Madame, nous les ramassons afin que lorsque vous serez sainte, nous puissions les conserver comme reliques. » Elle en riait, et elle traitait cela de folie, tandis que celles qui possédèrent des cheveux de sa jeunesse les estimaient plus que les plus riches joyaux.

Elle se levait bien avant l'aurore pour réciter les Matines et pour se livrer ensuite à des méditations profondes sur les mystères de la passion de Notre-Seigneur. Elle n'interrompait pas .ses prières quand on rhabillait; elle rentrait dans ses appartements ou dans son oratoire pour vaquer à l'étude et à la lecture de la Bib'c et do la Vie des Saints jusqu'à midi, où elle s'occupait, avant de prendre son repas, à distribuer des secours aux pauvres. Pendant ses jours de jeûne, elle ne se menait è table que vers le soir; elle avait une si grande avidité pour écouter la parole de Dieu, qu'elle la faisait souvent prêcher dans ses appartements. Elle avait la conscience si timorée, qu'elle se confessait une fois chaque jour et elle choisissait pour confesseurs des prêtres ex| érimentésqui lui découvrissent librement ses défauts, et elle avait pour eux le plus grand respect. Au sortir du tribunal, on la voyait si baignée de larmes, qu'on l'aurait prise pour la plus grande pécheresse du monde; elle prenait souvent la discipline jusqu'au sang. Après uno maladie dangereuse qui faillit la ravir à sa famille, et pendant laquelle la reine Blanche sollicita les prières de toutes les maisons religieuses et des saints personnages, Isabelle renonça à toutes les livrées du monde, que par sa position elle avait cru être obligée de porter jusqu'alors par égard pour la volonté de ses parents.

On ne s'étonnera pas si celte fille extraordinaire fut l'objet de la demande d'un grand nombre de princes. Son entretien, sa beauté, ses connaissances, son esprit, ses grâces, ses vertus, la Grent rechercher aussi par le futur empereur Conrad, qui mil tout en œuvre pour obtenir cette alliance. Tous les amis de la princesse la conjuraient de ne |>as la refuser; elle entrait dans les vues de saint Louis et de la reine Blanche. Lo vicaire même de Jésus-Christ daigna intervenir luimême dans cette affaire. Il écrivit de sa propre main à cette princesse pour la presser do consentir à ce mariage, en vue du bien qu'il ferait au monde et du repos qu'il apporterait à l'Europe. Elle répondit aux instances du Souverain Pontife, qu'une vierge consacrée au Seigneur, était au-des-

sus d'une impératrice. Voila certes un noble langage; c'est bien là la fille des rois et la vierge chrétienne dans toute la dignité de son innocence et la profonde conviction de sa foi. Le Pape Innocent la félicita da choix do vie qu'elle avait lait et de sa fermeté généreuse. Aussitôt qu'elle eut reçu cette deuxième lettre du Saint Père, elle Gt une profession ouverte et solennelle de la perfection chrétienne.

Le départ de saint Louis pour la Palestine fit verser beaucoup de larmes à Isabelle. Quand les désastres ourent succédé aux brillants exploits de son frère et aux merveilleux succès de celte expédition, elle sut imiter le rare courage de sa vertueuse mère, elle redoubla ses aumônes, ses bonnes œovres, ses pénitences, pour attirer les faveurs du ciel sur les membres de sa famille, et pour détourner les maux de la patrie qui était aussi menacée des horreurs de la guerre civile par la révolte des puissants seigneur» que la prudence et la fermeté de la régente parvint à dompter. La perte de celle incomparable mère dont les brillantes qualités, l'éminent mérite et les venus ne furent bien appréciés qu'après sa mort, fut le plus gran i sacrifice que Dieu pût demander «u cœur d'Isabelle.

Celte perte et le retour du roi déjeunèrent cette sainte vierge à quilier la cour qu'elle avait toujours regardée comme on séjour dangereux pour la piété, et à fonder un monastère , après avoir demandé conseil à ceux sans l'avis desquels elle n'entreprenait rien pour le salut de son âme.

Un jour qu'elle sut que saint Louis son frère était seul dans son cabinet, elle alla le trouver, se prosterna devant lui à deux genoux; saint Louis l'ayant relevée, la pria instamment de s'asseoir auprès de lui. fcH* lui parla ainsi : « Mon irez redouté Seigneur, si votre sœur et servante a trouvé gri ' devant vos yeux ; permettez, s'il vous plaît, qu'elle vous fasse entendre le secret de quelques siens désirs.... J'aurais un extrême désir de ra'étoigner des pompes de la cour et du monde, et de servir Dieu le reste de mes jours dans l'humilité. Ayant été délaissée orpheline de père en bas âge. *oo* avez daigné me témoigner la bienveillant d'un frère et d'un père tout ensemble, ei bien que la Reine-Blamhe, ma uièreei Ij vôtre m'ait si tendrement élevée, votre boni* n'a pas laisse d'y contribuer. J'ai un regret qui ne peut s'exprimer, c'est de n'avoir pu en rendre la moindre reconnaissance. Or, Monseigneur et frère, rien, jusqu'à ceu> heure, ne m'a retenue en votre cour sinon le respectquo je portais è madame et mère,* causequevoyant qu'elle me chérissailc^m i i« étant sa fille unique, je croyais vraiment ne pouvoir la frustrer do cette consolation. Dieu me l'ayant ôtée, et j o*e vous dire q«* le comble de mes vœux était que je oe point séparée d'elle à la mort. Dieu oe m» ayant pas encore jugée digne, j'ai détibér* de faire ma retraite et d'employer le plus de mon âge au service de celui de <pu

toit URB DES ORDRES

je tiens l'être et la vie. » Le bon roi Louis lui attendri de ses paroles, et permit a sa sœur de puiser dans ses trésors tout ce qu'elle voudrait pour Ja construction de son monastère.

Assurée du consentement et de la protection de son frère, Isabelle résolut de faire bâtir un couvent de Sœurs mineures, sous la Règle de saint François et de sainte Claire, Règle alors toute récente et qui était embrassée par un grand nombre de personnes. Vile fit bâtir la maison dans les plaines qui bordent la Seine à l'ouest de Paris, et que pour cela on appelle Longchamp. Avant la fondation de cette abbaye, ce lieu s'appelait Coupe-gorge, à cause des voleurs qui s y retiraient et des crimes nombreux qui s'y commettaient. La cérémonie de l'inauguration fut des plus solennelles et des pins imposantes; elle reçut d'abord de sa royale fondatrice le nom 6'HumM(é de Notre-Dame.

Six religieux pieu* et savants avaient rédigé la Règle qu on devait suivre, le Pa|>e, le roi et toutes les autorités compétentes l'avaient approuvée, et cependant quand il fut question de la mettre en pratique, les sœurs la trouvèrent trop difficile, ce qui détermina Urbain 11 , h la réformer par une bulle de 1262, et depuis ce temps-là, au nom de Sœurs mineuret enclosee de l'Humilité de Notre- Dame, que portaient les religieuses de Longchtimp, elles joignaient celui de Clarisses- Urbanistes de I archi-monastère de Longchamp. La clôture était rigoureuse, le roi et la reine, parmi les laïques, pouvaient entrer au couvent avec dix personnes d'honneur; un cardinal avait le même privilège; te ministre-général de saint François no pouvait y entrer qu'avec deux compagnons.

Depuis qu'Isabelle se fut retirée à Longchamp, elfe ne voulut plus entendre parler de la noblesse de son extraction ; elle ne retint que de pauvres femmes a son service; au lieu d'être couverte de tapis, sa chambre n'était jonchée que de paille qui lui rappelait celle sur laquelle les trois rois de I Orient vinrent faire hommage a Notre-Seigneur, lors de sa naissance.

Sainte Isabelle avait l'esprit tellement appliqué aux œuvres de piété, qu'elle était insensible aux souffrances corporelles, pendant les froids les plus rigoureux , elle ne voulait user d'aucune précaution ; elle avait pendant toute la mauvaise saison ses mains tendues et gercées; elle voulait punir, disait-elle, sa curiosité, a les regarder dans sa jeunesse, parce qu'elle les avait fort belles et fort délicates. Non contente de continuer les jeûnes qu'elle s'était imposés depuis sa jeunesse en ne prenant de nourriture que vers le soir, elle ne prenait qu'un aliment sec qu'elle n'assaisonuait qu'avec quelques grains de sel. Elle flagellait sa chair si tendre et si délicate avec tant de rigueur, que le sang coulait en abondance, et jaillissait sur ses robes; elle se servait aussi de chainette de fer.

La ferveur angélique d'Isabelle, la pensée continuelle de Dieu furent bien des fois ré-

compensés par de délicieuses et longues extases.

Depuis sa retraite a Long champ, Isabelle avait presque toujours été malade à cause de ses grandes veillés, abstinences, jeûnes, macérations et autres austérités. Ce furent toutes ces mortifications qui abrégèrent sa vie. Elle fut surtout atteinte de fièvres nombreuses les six dernières années de sa vie; mais elle supporta ses maux avec une héroïque patience, sans qu'elle laissât rien apercevoir des douleurs aiguës qu'elle endurait. Elle conserva toujours, malgré la maigreur de son corps, un visage beau et serein.

Isabelle ne demeura que neuf ans à Longchamp. Le mois de février 1269 elle se mit au lit pour ne plus le quitter; elle appela auprès d'elle ses religieuses, se recommanda à leurs prières, leur lit de touchants adieux; et comme si elle avait prévu que sa communauté dût se relâcher un jour, elle ne cessait de leur recommander la route de l'obéissance et le respect de la Règle.

« Mes bonnes amies, » leur disait-elle, « ce que je désire obtenir de vous, h cette dernière heure, c'est que vos yeux donnent trêve è leurs larmes, et votre esprit prêto attention aux derniers avis de votre bonne Mère, qui vous a aimées plus qu'elle-même; je vous ai gardé une maison stable et permanente, si vous gardez bien les vœux de votre profession; mais, ce que Dieu ne veuille, de peu de durée, si vous les transgressez. Tant que les filles de Sion se sont adonnées au service du vrai Dieu avec franchise, courage et pureté de vie, il les a gratifiées en récompense de toutes sortes de bénédictions ; les perles et les pierreries éclataient sur leurs tètes, et leur nom était exalté au-dessus de toutes les autres filles de l'univers; mais depuis qu'elles se furent oubliées et départies de leurs devoirs, il se mit a les prendre en telle haine et telle effroyable indignation,

3ue leurs ornements furent réduits en cenre, leur nom rempli de honte et d'ignominie, et furent accablées, sous ces épouvantables désastres qui servirent de sujets aux lamentations du prophète. C'est l'espérance que vos vertus et la grâce du Saint-Esprit vous mettront à même de ne pas craindre ces châtiments de la colère divine qui me fait, avec moins de regret, me séparer de vous. » La mourante apercevant Agnès de Ilarpcourt qui pleurait plus que les autresreligieuses* «Quoil sœur Agnès,» lui dit-elle, • tua chère et indivisiblecompagne.vouspleurez sur notre séparation, quand je ne suis plus qu'un fardeau inutile, quand Dieu va dénouer enfin, |»our m'appeler è lui, le dernier fil de la trame de celle vie que j'ai passée avec vous, pour me faire aller peut-être en une vie moilleureT Ahl priez plutôt, au lieu de pl«urer; priez et veillez au soin de la communauté, maintenant quo toute la charge va tomber sur vous, traitez vos religieuses avec douceur, meis maintenez-les fortement dans la discipline et dans la Règle; ne souffrez pas que jamais on y touche; car,

( Ijori^or fa lUnlc d'un orure religieux. c'c»l la détruire. ti;ir^ez-voUs-çii bien. Je l'ai fait rédiger par six df)f les théologiens; ne souffrez, pas qu'une main capricieuse et téméraire* la bouleverse. Ainsi donc, sœur Agnès, ji: vous la recommande, vous m'avez servie

• rirrj ialeujt nt dc-s l'enfance, vous m'avez vu dévider et parcourir la trame de cette vie

ne tient plus (ju'à un fil Je vous ai

toujours trouvée douce amie, Itonne comlague; vous étiez tievenuo rominc une se-

• Mule jiartie de moi-même. Cependant, Dieu le veut, chère Agnès, il faut nous quitter, il t.iut nous séparer tnaintenani. Faites entrer mon corps dans votre habit que je ne suis plus digue de porter durant ma vie; et si j'ai mérité quelque cho>e de vous, pensez à moi et ne m'oubliez pas lit vous, me? sœurs bien- ;.iméesf toujours humbles et obéissantes, vivez en concorde et union de cœur, avez compassion mutuelle les unes des autres et sans jalousie d'aucune préférence; la charité vous rendra toutes égales. Ayez toujours souvenance de votre pauvre Isabelle en vos bonnes prières; implorez la bonté divine de vous être secourable, d'abréger mes peines et de m'introduirc au règne de sa béatitude. Si vous avez ce souvenir de moi, jamais, à mon tour, il ne (n'arrivera de vous oublier. Je vous quitte sans me séparer de vous; je marche la première vers les rivages éternels; je vais vous solliciter et vous préparer une place dans le sein de Dieu; sovez donc courageuses et persévérantes, afin que jo puisso vous présenter à son troue, revêtues de vos robes blanches, ceintes de couronnes brillantes et tenant des couronnes verdoyantes en vos mains, afin que nous puissions alors nous revoir, et qu'on nous envoie dans ces vergers célestes où s'épanouissent les fleurs et se cueillent les fruits de toutes sortes de plaisirs et de délices. » F.lle avait à peine fini que toutes les religieuses éclatèrent en sanglots. A l'exemple de la reine Blanche sa mère, Isabelle, qui sentait la faiblesse de l'agonie, se fil mettre sur In paille et administrer l'extrême onction, les mains et les yeux levés vers le ciel, en disant : « Mon Dieu, je vous recommande mon âme I o Klle la rendit entre ses mains; elle était âgée de cinquante-cinq ans. La mort de cette >ainte princesse fut accompagnée de circonstances extraordinaires: plusieurs religieuses entendirent, au moment de son décès, en diverses parties do l'abbaye, une voix prononcer distinctement ces paroles : Factus est in pnee lucus rjus. (Psal. Lxxv, 3), qui turent plusieurs Ibis répétées. La nouvelle de cet événement attira un grand concours à Longchamp. Saint Louis, qui était à Tours pour tenir son parlement, se hâta de venir contempler les restes mortels d'une sœur si sainte et si tendrement aimée. Il la trouva revêtue de l'habit de l'ordre de saint François; profondément ému lui-même, il dut adresser des paroles de consolations aux religieuses désolées, et leur assura que Ja mort do sa sieur ne diminuerait eu rien ion all'cction ni sa protection pour elles. Il

pria ensuite avec ferveur pour obtenir de Dieu qu'il reçût «a bienheureuse »œur dau* le sein île sa miséricorde.

La sainte avait été mise en terre depuis dix-neuf jours, saint Louis ordonna aux religieuses de l'exhumer pour satisfaire à la pieuse curiosité d'un peuple immense qui voul .lit encore une fois contempler ses «rails. Son corps n'exhalait aucune mauvaise odeur; ses membres étaient pleins, moelleux *t flexibles; son visage brillant comme a la fleur de son âge; ses yeux, qui s'ouvrirent tandis qu'on plaçait son corps dans un cercueil plus convenable, étaient beaux et vil» et ne paraissaient pas avoir été éteints par la mort. Quoique vêtue en religieuse île Saint-François, elle portait le manteau royal semé de fleurs de lis avec une couronne sur la tête.

Plusieurs faveurs miraculeuses avaient été obtenues de son vivant sur son crédit, mais qu'à cause de sa recommandation on avait tenues cachées ; sa mort fui accompagnée et suivie d'un grand nombre de prodiges par lesquels Dieu voulut récompenser ses vertus el donner des preuves de sa gloire dont elle jouissait. Elle fut béa li fiée en 1521, sous le règne de François I" à la suite d'uu miracle qu'une novice obtint de Dieu par son intercession. Adrien cardinal, prêtre de Sainte-Sabine, légal en France, fit faire plusieurs enquêtes sur ce mirac e, dont il communiqua les résultats aux plus célèbres docteurs en théologie el aux frères de Saint- François qui étaient à Paris. Le cardinal, après avoir examiné leurs travaux, publia solennellement son décrel d'approbation le onzième jour de décembre 1521 et ordonna que la fête de sainte Elisabeth ou Isabelle serait célébrée tous les ans, le dernier jour d'août.

Après la morl de la sainle, un grand nombre de dames célèbres embrassèrent la Règle de Longchamp. Une de ses nièces, Blain y-de France, veuve de Ferdinand, fils alité d'Alphonse X, roi de Castille, y embrassa la vio monastique; un grand nombre d'autres princesses et de filles des premières famille» du royaume prirent le voile el ûreut leurs vœux a Longchamp.

Pendant Fa guerre avec les Anglais el les Français, l'abbaye souffrit beaucoup: elle fut souvent pillée, saccagée, ruinée, et le> religieuses furent souvent obligées de quitter leur cloliro pour se réfugier dans les murs de Paris. Quand elles y revenaient tonl élait dévasté, par conséquent à réparer: les ressources diminuèrent au point que les religieuses n'avaient plus pour pourvoir à leurs plus indispensables besoins; el cependant au milieu de cette extrême pauvreié qui duia longtemps, la Kègle fut rigoureusement observée, et la communauté ne négligeait aucun des devoirs religieux. Cène lut que lorsqu'elle fut dans I opulence que le relâchement s'y introduisit.

L'abbaye de Longchamp avait éléexero|ie de la juridiction de l'ordinaire par Alexandre IV. Les religieuses faisaient leurpru-

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fession en latin. Voici la traduction de la formule qu'elles prononçaient.

Moi, sœur N., je promets à Dieu, à la bienheureuse Marie toujours vierge, au bienheureux saint François et à tous les saints; oui, je promets entre vos mains, ma mère supérieure, de vitre toute ma vie selon la règle donnée à notre ordre par Alexandre IV, corrigée et approuvée par le Pape Urbain IV, dans T obéissance, la pauvreté, la chasteté et la clôture que prescrit la Règle.

Les religieuses n'avaient à leurs lits que îles paillasses;, l'abbesse devait voir de son lit tous les autres lits. La confession et la communion avaient lieu deux, fois le mois et tous les dimanches pendant l'Avent et le Carême. Le jeûne y était ordonné depuis la Saint-François jusqu'à Pâques, et depuis l'Ascension jusqu'à la Pentecôte; pour le reste de Tannée il n'était ordonné que le vendredi. On no pouvait manger ni œufs ni laitage les jours de jeûne de l'Eglise, les vendredis; et, depuis la Toussaint jusqu'à Noël on devait manger toujours des aliments maigres, si ce n'est depuis Pâques jusqu'à la Saint-François.

Les religieuses observaient* toujours le silence si ce n'est les fêles doubles, depuis None jusqu'à Vêpres. Les grilles devaient être d'un fer très-fort et à barreaux trèsserrés; deux religieuses devaient être présentes quand une d'entre elles était, appelée au parloir.

Clément IV, par une bulle- datée de Viterbe en 1267, le onzième de son pontificat, permit à l'abbaye d'enterrer dans l'église, rois, reines et leurs successeurs qui voudraient y choisir leur sépulture. Divers Papes et nos rois comblèrent les Urbanistes de Longcharap de faveurs et de privilèges.

En IT.'ii, époque où écrivait Le bœuf, l'église et le monastère de Longcharap étaient en grande partie dans leur état primitif. L'église surtout était du style du xtu* siècle, le cloilre et le réfectoire avaiont été embellis par des peintures récentes fuites par une religieuse, ta communauté composée d'abord de soixante, puis de quatre-vingts religieuses, ne l'était plus alors que d'environ quarante.

Un vieux moulin à vent, quelques (tans de mur, une ferme, des jardins et surtout des prairies; voilà ce qui reste aujourd'hui de cette célèbre abbaye qui fut si longtemps le rendez-vous d'un si grand concours de fidèles. Après Blanche et saint Louis son fils, souvent des princes et des princesses vinrent à Longcharap; des rois datèrent de là dos ordonnances; il y en eut môme qui y moururent, Philippe le Long s'y rendit souvent à cause de sa uUo qui s'y était consacrée; Philippe le Bel y passa les mois d'août, de septembre, d'octobre, novembre et décembre de l'année 1321 ; il y tomba deux fois malade, l'abbé et les religieux de Saint-Denis y vinrent en procession nu-pieds, lui apportèrent la vraie croix et le saint clou avec le bras de saint Siméon; il fut guéri après avoir louché et baisé ces sainles reliques. 11 occupait l'hô-

tel où avait logé la bienheureuse Isabelle. En môme temps que le roi et la cour fréquentaient Longcharap, les fidèles y étaieut aitirés par le charme des belles voix qui se faisaient entendre aux Offices de la semain» sainte; le public et la foule prirent l'habitude de se rendre à Longcharap. Les plus belles voix dont en a gardé le souvenir furent celles des demoiselles Le Maire et Le Fel : elles chantaient les lamentations de Jérémie, pour les ténèbres, le Stabat mater, et les autres parties de l'Office de la semaine sainte. Ces fêtes de deuil amenèrent la foule à Longchamp. Ce fut alors qu'à l'éclat de la rausi-

3 ne et des pompes religieuses succéda celui es équipages, celui de toutes les pompes du luxe mondain, et que l'on appela Longchamp, une promenade où l'orgueil, le luxe la vanité venaient s'étaler non-seulement de Paris, mais de tous les points de l'Europe et surtout de l'Angleterre : tel était*Longchnmp depuis la défense que fit .l'archevêque d'aller jusqu'à l'abbaye pour no pas interrompre le silence de la solitude, pour ne pas y introduire la dissipation. C est toujours laque, les mercredi, jeudi et vendredi de la semaine sainte fut toujours le rendez-vous des élégants et des riches équipages parisiens, français el étrangers. On en vit placer leur orgueil et leur félicité à se faire traîner par des chevaux, dont les 1ers étaient d'argent, dans des voitures dont les roues étaient aussi des roues d'argent.

Les fêles sanglantes de la révélation vinrent suspendre ces fêtes du luxe et de la fortune; Longcharap resta désert, ses pompes furent oubliées; cependant un instant de calme, un gouvernement moins violent n'eut pas plutôt succédé à l'horrible tourmente qu'aussitôt reparut la promenade...

que la vogue de Longchamp- se ranima avec plus d'éclat que jamais; un peu abandonnés sous le premier empire, l'orgueil et lo luxe reprirent bientôt le chemiude Longcharap.

La capitale semble avoir oublié les grands souvenirs, les sublimes mystères du christianisme pour de frivoles amusements, et tandis que dans les temples on célèbre l'anniversaire de la grande ère nouvelle que la mort du Christ introduisit dans le monde, tandis que l'Eglise désolée, comme la Vierge au pied de la croix, appelle los fidèles à venir mêler ses pleurs aux siens et solliciter leur pardon dans les tribunaux de la pénitence; tandis qu'une foule vient prier sur le cercueil de Dieu trois fois saint, mort pour le salut des bommos; une foule plus compacte, profane, oubliant la sainteté de ces jours consacrés dans tout l'univers au recueillement, aux profondes méditations, aux mortifications et aux larmes, se porto à longs flots vers ce lieu illustré par les vertus de tant de vierges du haut rang. Des quartiers de l'opulence descendent les brillants équipages; le luxe effréné y déploie ses prodigalités et ses folies; les indécentes parures ne redoutent pas eu co jour les lois sévères de la imdeur. les dames même non-

ïk7 l i;^ mciio:

nêtes viennent délier les regards dos curieux et se donner en spectcK le.

Un senlitnent religieux fut le principe des promenades à Longchamp; l'on allait entendre dans celte antique chapelle gothique du xui' siècle les soupirs de cette musique célèbre, les beaux chants religieux que les vierges de la royale abbaye de sainte Isabelle adressaient sur son cercueil à Jésus leur époux, leur seule joie sur la terre, leurseule espérance dans lescicux; plus tard le motif religieux ne lut que le prétexte du concours qu'attiraient ces pompeuses cérémonies, et la réputation de vertu de tant d'illustres vierges qui avaient quitte» les livrées du monde pour revêtir l'habit de pénitence, aujourd'hui Lougrhanip e^t oublié, quoique la promenade qui a lieu pendant la grande semaine en ail conservé le nom; le bois de Boulogne a pris la place, c'est un lieu de réunion pour l'ostentation la plus outrée du luxe le plus insensé, qui est une insulte à Ja misère publique et la profanation des jours les plus saints et les plus dignes de nos respects.

URSULINES, à Québec.

Celte fondation est duo à Mme Madeleine de Chauvigny, veuve de M. de Crivel, sieur de la Peltrie, de la maison de Touvoys; elle date du 28 mars, 1639.

Mme de la Peltrie consacra ses biens et sa personne à la bonne œuvre que le ciel lui avait inspirée pour l'éducation des jeunes filles du Canada. D'Alencon, où elle demeurait, elle se transporta à Paris pour y régler .esalfaires de sa fondation; puis h Tours pour y chercher des religieuses Ursulines. Klle eu tira l'illustre Marie Guyard dite de l'Incarnation, que l'on a appelée la Thérèse de la France, et la sœur de saint Joseph. De là elle se rendit à Dieppe, où elle avait donné l'ordre qu'on lui frétât un navire; elle v acquit une troisième Ursuline, la sœur Cécile Riche, de Sainte-Croix, et le 4 mai 1639, elle s'y embarqua en compagnie des religieuses Hospitalières. A leur arrivée à Québec «elles fuient menées, » dit la sœur Juchereau, «dans uno petite maison sur le bord de l'eau, où elles étaient très-élroitument. »

Kn 16V1, elles purent habiter leur premier monastère, élové sur le terrain même que la eoniinunauté occupe aujourd'hui. Dans la forêt voisine du couvent, la Mère Marie do l'Incarnation instruisait les sauvages ; et on voyait encore debout en 1850, dans l'enclos des Ursulines, l'arbre unique qui restât de la forêt de 1639. C'était un fiène vénérable, au pied et à l'ombre duquel la sainte religieuse avaitassemblé, pendant plus de trentedeux ans, les petites lilles sauvages, pour les inslruilre des vérités de la religion, il était donc [tour les daines Ursulines une relique précieuse, et elles l'ont vue, avec tristesse, tomber de veillesse le 19 juin 1850.

Mme de la Peltrie, qui n'avait jamais Jésiré Être riche, et qui s'était laite pauvre le si bon cœur pour Jésus-Christ, aurait

{AIRE IKS 15*

voulu avoir des trésors à sa disposiuon nour procurer à toutes les nations du Canada les moyens d'arriver à la connaissance du vrai Dieu. Son zèle la porta même à cultiver la terre de ses propres mains, pour avoir de quoi soulager ses pauvres néophytes. Elle se dépouilla de toute sa garde-robe pour vêtir les enfants, et le reste de sa vie a Québec fut uno suite d'actions de la plus héroïque charité.

Los Ursulines vécurent à Québec en monastère non encore approuvé par l'Eglise, d'abord sans constitution propre, et ensuite sous une règle composée pour elles en 16i" parle I*. Jéiùme Lalemant, S. J. Cet état de choses dura jusqu'en 1682, époque a laquelle la communauté s'affilia à la congrégation des Ursulines de Paris.

Les dames Ursulines de Québec avaient complété leur couvent en 1641, mais, le 30 décembre 1650, elles eurent la douleur de lo voir détruire entièrement par un incendie, fléau qui a été si souvent envoyé par Dieu aux communautés du Canada, pour exercer leur vertu. Quatorze sœurs échappées au désastre, furent d'abord recueillies à l'Hôtel- Dieu, puis elles allèrent, le 21 janvier 1651, habiter la maison de Mme de la Peltrie; et à cette occasion lune convention solennelle fut faite entre les supérieures des Hospitalières etdes Ursulines: «Afin,» dit celte convention, « de conserver entre les deux communautés une union et tine atrection perpétuelles et indissolubles, il y aura toujours entre elles une entière amitié, une participation dans les biens spirituelles, et un mutuel échange de bons offices et de prières. »

La sœur saint Laurent, douée d'un mérite extraordinaire, contribua puissamment à la reconstruction du couvent, tant |»ar son intelligence et son économie que par son travail manuel; mais le 21 octobre 1686, pendant que la communauté célébrait solennellement la lêtede sainte Ursule, le feu prit au couvent, et le réduisit complètement en cendres. Pour la seconde fois ks Ursulines trouvèrent à l'Hôtel -Dieu la plus affectueux hospitalité, et elles y furent reçues an nombre de 25. L'intérêt que la population tout entière prit à leur malheur, procurai promptes ressources pour réparer le désastre, et les Ursulines purent bientôt rouvrir leur pensionnat, dont la perte aurait éé>i préjudiciable aux intérêts religieux de Québec.

Charlevoix rend hommage à la persévérance et a l'habileté des Ursulines :« EJIe> ont essuyé deux incendies, » écrivait-il en 1720; « avec cela elles ont si peu de fonds, et les dots qu'on reçoit des filles de ce p\'* sont si modiques que, dès la première foi> que leur maison fut brûlée, on pensa à les renvoyer en France. Elles sont néanmoins venues h bout de se rétablir toutes les deui fois, et l'on achève actuellement leur égli*?. Elles sont proprement et commodément logées : c'est le fruit delà bonne odeur qu'elle» répandent dans la colonie, de l«ur économie, de leur sobriété et de leur travail :

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