URS DES ORDRES
et patience, se félicitant de faire connaître et aimer Dieu, dans des régions où son nom u était pas invoqué. En même temps, elle put beaucoup a souffrir dans les commencements do son établissement. Sa maison était petite et incommode, et le devint encore plus quand de nouvelles Ursulin«?s furent arrivées de France. La communauté manquait de beaucoup de choses, malgré les libéralités de Mme de la Peltrie, fidèle compagne de leurs travaux. « Cette dame, » dit Charlevoix, «qui n'avait jamais désiré d'être riche, et qui s'était fait pauvre de si bon cœur pour Jésus-Christ, ne s'épargnait en rien pour le salut des âmes; son zèle la porta même a cultiver la terre de ses propres mains pour avoir de quoi soulager les pauvres néophytes ; elle se dépouilla en peu de jours de ce qu'elle avait réservé pour son usage, jusqu'à se réduire à manquer du nécessaire pour vêtir les enfants qu on lui présentait presque nus: et toute sa vie, qui fut assez longue, ne fut qu'un tissu d'actions les plus héroïques de la charité. »
Quant à Marie de l'Incarnation, elle ne paraissait pas s'apercevoir des contrariétés qui se présentèrent d'abord. Son courage et sa ferveur la rendaient supérieure aux besoins du corps, et sa paix intérieure n'était point troublée par les soins du dehors. Ainsi elle vil sans trouble son monastère consumé par un incendie, et ne désespérant de rien quand tout paraissait perdu, elle entreprit de le rebâtir sans autres fonds que ceux qu'elle espérait de la Providence. Son espoir ne fut point déçu, et elle |>arvint à réédiiier son monastère.
Avide de souffrances, elle y faisait éclater sa résignation; elle en donna lai preuve dans une maladie qu'elle essuya en iiiùk. Les douleurs et les croix étaient comme un creuset où elle se puriliait ; aussi les appelait-elle avec ardeur. Quoique avancée en âge, elle s'occupait toujours du bien de la religion, travaillant à la conversion des sauvages. AQn de mettre ses religieuses en état d'être plus utiles à ces pauvres gens, elle avait commencé un dictionnaire de leur langue. Au mois de février 1672, elle tomba malade, languit longtemps, et supporta des opérations très-douloureuses avec une fort e d esprit étonnante. A sa mort, arrivée le 90 août 1672, la colonie fut eu deuil. Le gouverneur et l'intendant assistèrent à ses funérailles, et l'on se disputa tout ce qui lui avait appartenu.
CRSULINES ( CONGBEOATIO!* DES RELIGIEU- SES), aux Trois -Rivières, au Canada.
La ville des. Trois -Rivières est, après Québec, la plus ancienne de la colonie. Elfe doit son nom, d'après le P. Bressani, à ce qu'elle a été fondée au point où le Saint- Maurice, en se jetant dans le Saint-Laurent, est séparé par deux lies en trois embouchures. Samuel de Charoplain avait élevé les premières cabanes de Québec en 1608; en 1615, quatre Pères Récollets y arrivèrent, pour pourvoir aux besoins spirituels de la
petite colonie. Dès l'année suivante , un poste était établi aux Trois-Rivièrcs, et le frère Pacifique Duplessis , récollet , y prenait soin de l'instruction des enfants des Français et des sauvages. Cependant, c'est seulement en 163i qu une habitation et un fort y furent construits.
C'est l'année avant sa mort que Cham plein éleva le fort des Trois-Rivières, qui consistait en une enceinte de pieux de cèdres enfoncés dans le sable. Les Jésuites y desservirent l'église jusqu'en 1671, époque où'les Récollets vinrent s'y établir, et cet avantposte de la capitale sur le grand fleuve fut toujours d'une grande importance pour la défense de la colonie. Un Jésuite y a trouvé la gloire du martyre , te P. Jacques Buteux, tué par les Iroquois le 10 mai 1652, au troisième portage du Saint-Maurice, et l'aïeul de tant d'honorables familles du Canada, le capitaine Pierre Boucher, s'y est couvert des lauriers de la gloire humaine , par sa valeureuse défense de (a citadelle triflu vienne, an mois d'août 1653, à la tête des braves milices du pays.
Les habitants des Trois-Rivières et 1rs sauvages des environs se voyaient donc am-
! dément pourvus de secours spirituels; mais es malades et les blessés n'étaient pas assistés nar les soins charitables d'une communauté religieuse, lorsque Mgr de Saint- Valier voulut procurer à cette ville cet inestimable bienfait. Le 8 octobre 1697, le pieux évèque fonda l'hôpital des Trois-Rivières , et les dames Ursulines de Québec lui fournirent, pour cette fondation, quatre de leur» professes et une sœur converse. La première supérieure fui la révérende Mère Marie Brouet de Jésus, et elle prit possession avec ses compagnes, la Mère sœur de Ch. le Vaillant, de Sainte-Cécile, la Mère Madeleino Aroyol de la Conception , la Mère Sainte- Marie-Mndeleine Drouard de Saint-Michel, la sœur converse Françoise Gravel de Saint- Anne, le 23 décembre 1697.
a On sait que le but principal de la communauté des Ursulines est I instruction dos jeunes personnes. Pour les Trois-Rivières, elles ajoutèrent, comme seconde œuvre de fondation, le soin des malades. Les digues religieuses étendaient ainsi le cercle de leurs devoirs, afin de suffire à tout lu bien que leur évêque attendait d'elles.
Depuis 1731, elles sont indépendantes de la maison mère de Québec, et elles ont maintenu concurremment jusqu'aujourd'hui le soin d'un pensionnat non moins distinguo que celui de Québec , et la conduite de leur hôpital.
En 1702, Mgr de Saint- Valier étant en France, obtint de Louis XIV des lettrespatentes pour l'établissement de cet hôpital, et il y est dit que, non-seulement l'évêque construisit la maison de ses deniers , mais encore qu'il la dota de mille livres de rente. Le roi y rend aussi hommage au zèle des dames Ursulines < qui y soignent les malades avec une charité parfaite.» Charlevoix,. dans le Journal historique de son voyage eu
iWt rns nic.Tii
1821 , parle tJn très-bel hôpital joint h un monastère d'Ursulim-s, qui y sont au noinhre «le quarante, et font IVïllice tl*llns[iit;il lèros. »
Mais cet utile établissement a été Jeux fuis la proie des llammes. D'abord en niai 1752; et aussitôt Mgr de Pontbriand, sixième évôque de Québec , vint passer l'été aux Trois-llivière>, pour l'.i ire reb.Uir le couvent des l'rsulines. Le prélat ne voulut , durant tout ce temps, avoir d'autre demeure que la maison des domestiques, le seul des bâtiments des sœurs uue l'incendie ont épargné.
La seconde conflagration a eu lieu en octobre 1800, et le désastre lut si complet quo les religieuses, privées d'asile, durent se réfugier chez les l'rsulines de Québec : cependant, sur la demande de l'évèque, quatre d'entre elles restèrent aux Trois-Biviôres, la révérende Mère supérieure Saint-Olivier, la Mère la Croix, dépositaire; la Mère Sainte— Angèle, pour les écoles , et la sœur Saint- Benoît, converse, pour l'aire la cuisine. « La libéralité de nos citoyens , * du le G. V. Nuiseux dans une lettre du 10 octobre, adre>sée îi l'évôquf, « a procuré à nos pauvres sœurs des cliemises et des robes, des bas, souliers, mouchoirs, etc.; car elles ont eu besoin de tout. »»
Mgr Plessis, onzième évôque de Québec, lit aussitôt appel à la charité de son clergé en faveur des l'rsulines des Trois-Hiv ières ; et, grâce au zèle de l'illustre prélat, l'église, le monastère et l'hôjtiial furent rééditiés avec plus de grandeur qu'auparavant. Les quatre religieuses restées auv Trois-Kivières y trouvèrent place au mois do novembre 1807, et les seize autres, retirées à Québec, les rejoignirent le 18 février 1808.
On le voit , les premiers pasteurs ont de tout temps déployé la plus généreuse munilicence pour doter le Canada d'établissements charitables et de maisons d'éducation; et dans les œuvres si nombreuses fondées depuis quelques années, soit dans le Bas, .-oit dans le Haut-Canada, NN. SS. les évêques de la Province ecclésiastique île Québec se montrent les saints imitateurs des Laval , tles Sain»- Vulier , des Pontbriand et des Plessis.
De 1816 à 1819, les Ursulines des Trois- Uivières donnèrent l'hospitalité à quatre l'rsulines d'Irlande, que M. Thayer, ministre protestant, devenu prêtre caiholique, avait amenées d'Europe pour ouvrir un pensionnai de jeunes personnes à Boston. Kl les furent formées aux règles de leur institut dans le couvent des Trois-Biviéres et elles y passèrent trois ans, après lesquels elles se rendirent à Boston. Mais e'Ies y tombèrent bientôt malades, et en 182V, toutes les quatre étaient mortes.
Lorsque l'une d'elles seulement vivait encore, le vicaire général de Boston écrivit ii M^r de Québec en lui demandant du scconr*. pour rétablir sa petite communauté. Mgr Piessis ne put envoyer qu'une Ursuluie, la sœur Saint-Georges, née Mullelt, et die partit de Québec comme une victime,
iNAlI'.i: 1RS
joveuse de se sacrifier pour son Dieu. £■! effet , après avoir passé dix ans à Boston, organisant te couvent des Ursulines avec unè énergie remarquable , elle vit la populace fanatique de la ville incendier son monas- 1ère de Mount Benedict. le 11 août 183V, » mettre lurjl au pillage, et porter le comble aux profanations en déterrait les cadavres de six Ursulines. Une des religieuses, sœur de la Mère Saint-Georges, mourut des suites des terreurs de celle nuit sinistre, et la supérieure fut elle-même gravement malade.
On voit que l'intolérance des citoyens de la Nouvelle-Angleterre n'a pas changé. En 183V, ils détruisaient un monastère; in 18o5, ils insultent des religieuses, et leurs législateurs pénètrent comme des malfaiteurs dans des couvents, y portent leurs mains avinées sur les servantes du Seigneur, et ne respectent dans leurs scandaleuses investigations ni la sainteté de la chapelle, ni la pudeur de la maladie. Tels sont les progrès i pie font les Américains de nos jour» dans la voie de la civilisation, et tels sont les sentiments du parti prédominant de ta nation à laquelle certains mauvais Canadiens voudraient annexer leur beau pays.
Les neuf Ursulines suivantes, chassées de Boston par le fanatisme protestant, se réfugièrent chez leurs sœurs de Québec, qui leur donnèrent pendant quatre ans l'hospitalité, eu les perfectionnant dans la pratique de la vie religieuse. Mlles tentèrent ensuite de retourner dans le Massachussetls, mais leur entreprise ne réussit pas; et elles se répartirent alors entre les couvents d'Ursuliws de Québec, des Trois-Kivières et de la Nouvelle-Orléans.
Quelques années auparavant, vers 1816 ou 1820, Québec avait eu l'honneur d'envoyer trois l'rsulines en Louisiane, |K»ur servir J'émules et d'exemples 5 celles de U Nouvelle-Orléans; et celte sainte intlueme, exercée au loin par les religieuses du Canada, montre combien elles sont fidèles et strictes dans l'observance de leur règle.
Le nom des Ursulines doit être encore cher au Canada, parce que la veuve de l'illustre Samuel de Champlain, du fondateur de Québec , a pris l'habit de celle éminente communauté; et c'est le savant Messire J.-B.- A. Ferland, qui a fait tout récemment cette découverte historique. Elle vint d'abord en Canada avec son mari, pn 1620, âgeo de vingt-deux ans, et les sauvages, à son arrivée, « voulait l'adorer, n'ayant jamais vu rien de si Leau. » Au bout de quatre ans, la disette des vivres obligea M. de Champlain à ramener sa jeune femme en France; elle > resta pendant ses autres voyages, et en l&të. elle lit sa profession d'Ursulinedans le couvent de Meaux qu'elle avait fondé.
Pour se distinguer des Ursulines de Quebec, celles dos Trois-Kivières portent croix pedorale en argent, d'après l'approl»'* tiou de Mgr de Saini-Valier.
Au 31 décembre 18Î3 , la commun»"'* complaît quarante-deux professes et »'eui novices ou postulantes. L'école était *ui»c
ia: uns
par soiianle-cinq pensionnaire» et demipension na ires; et, dans une école gratuite, les Crsulines donnaient l'instruction à cent quarante externes. Enfin, le nombre des malades admis a leur hôpital avait él-é de ceut quarante dans le courant de Tannée.
LllSL'UNKS(C0f»GBéCATIO> »KS RELIGIEUSES),
maison mèrt à Troyes (Aube).
La congrégation des religieuses Ursu liées a été fondée en 1757, par Mgr de Monlmorin, évôque de Langres; la maison mère fut placée à Mussy-sur-Seine, où les évoques de Langres avaient un château. Mussy faisait autrefois partie du diocèse de Langres; depuis !a révolution il est du dioc èse de Troyes. Le but de Mgr de Monlmorin était d'avoir une congrégation diocésaine qui lui fournirait des religieuses pour l'instruction, le service des hôpitaux et le soin des malades* domicile. A l'époque de la révolution française, la congrégation naissante avait des établissements dans un certain nombre de petites villes du diocèse de Langres Son noni, qui a été conservé par notre Congrégation actuelle, était Ursutines, hospitalières. Saurs de l'Instruction chrétienne. Au mois de septembre 1792, la communauté de Mussjr et les maisons dépendantes furent obligées de céder à l'orage et de se dissoudre. Aucune d'entre elles ne fut infidèle à sa vocation pendant l'épreuve de la Révolution; elles se réunirent en petit nombre en plusieurs localités et s'occupèrent de l'éducation des enfants; leur attachement aux légitimes Pasteurs fut inébranlable.
f>ès l'année 1805, une des sœurs fit les premières démarches pour essayer de relever sa congrégation et de réunir ses com- 1 "ignés ; elle s'adressa a Mgr De Latour du Pin Montauban, ancien archevêque d'Auch et alors évêque de Troyes. Mussy-sur-Scine, résidence ancienne delà maison mère, faisait partie du diocèse de Troyes depuis la réorganisation de l'Eglise de' France. Mgr de Latour du Pin obtint l'oulorisation du gouvernement, et le 2 février 1806, plusieurs anciennes Ursulines reprirent solennellement leur habit, ayant à leur léte celle qui s'était donné tant de peine pour arriver à cet heureux résultat. Quelques mois plus tard, toutes les autres vinrent se réunir à leurs compagnes. Monseigneur avait jugé convenable do placer à Troyes la maison mère ; elle y est restée depuis cette époque. La congrégation compte actuellement une trentaine d'établissements , environ trois cents religieuses. Si les populations de ce diocèse et de ceux qui l'avoisinent étaient plus chrétiennes, les vocations seraient plus nombreuses et on pourrait répondre aux demandes qui leur sont adressées de toutes parts. Mgr de Latour du Pin, de sainte mémoire, alTectionnait beaucoup l'institut; il lui a laissé son portrait, son anneau pastoral et sa croix pastorale.
(1) Père île M. François BVécliard, que nous avons vu honorer la ville do Poitiers par tx>n Ulcnt