VER DES ORDRE
gner pour cetle noble démarche; car, après quelques mois de séjour à ce berceau de la restauration de Tordre, où elle échangea son babil de laï.jue pour le beau costume du Verbe-Incarné, elle rentra à L>on, l'an 1832, accompagnée d'une religieuse de la communauté dAzerables, que le P. Denis fournit pour supérieure, et d'une postulante.
Laissons, pour un moment, M. l'abbé Galtier poursuivre son œuvre de zèle et de dévouement admirables, en élevant à ses frais, non au Gourguillon, où éiait l'ancien couvent, mais sous l'aile protectrice de Notre- Dame de Fourvières, le vaste édifice qui doit renfermer l'heureuse pépénière de vierges appelées à vivre sous sa précieuse houlette, et reportons nos regards vers le champ si fertile de la communauté d'Azcrables, qui va fonder encore, toujours par l'instrument du digne P. Denis, deux autres couvents de son ordre ; l'un, dans la ville de Saint-Junien (Haute-Vienne], où on envoya, l'an 1834, six religieuses; l'autre, à Saint- Yrieix, aussi (Haute-Vienne). Ce dernier fut fondé l'an 1836. Dieu seul sait toutes les sollicitudes que le vénérable P. Denis, qui était alors chanoine titulaire de Limoges, a eues pour former et soutenir ces deux monastères, qu'on peut, sous ce rapport, placer au même rang que la communauté d'Azerablcs; mais la ses persévérants étroits ont été couronnés d'un entier succès.
Quant au couvent de Lyon, non-seulement il put d'abord se suffire, mais il put, peu de temps après, fonder une maison.
Dès l'année 1841 , il dota le Bourg do Belmont (Loire), d'un magnifique monastère, qu'il fit construire, quoique à grands frais, et gui est aujourd'hui très-florissant.
Enfin, au mois de mars 1852, ce même couvent du Verbe-Incarné, de Lyon, fil embarquer pour le Texas une colonie de ses religieuses, fixées à Brunsville, et dont le rapide progrès semble dépasser les espérances, tant le ciel y a versé de bénédictions I
Le monastère d'Evaux a eu de son côté une grande mission a remplir, en cetle même année 1852; sa tache était d'aulant plus difficile qu'il s'agissait de reconquérir, pour l'honneur de Tordre et la gloire du Verbe- Incarné, le couvent deSaint-BenoIt-du-Sault, dont Satan avait tramé et consommé la ruine depuis seize ans.
On ne ressaisit que très-difficilement la proie que ce vautour tient entre ses serres, mais la prière vient à bout de tout , et le digne rwstaurateur de Tordre en adressait à Dieu de bien ferventes, depuis l'époque de sa dissolution, en 1837, et M. Lamy, soh vénérable pasteur, ne désirait pas moins ardemment son rétablissement.
Dès le début, les amis de celle œuvre s'empressèrent de l'encourager et de promettre leur concours; mais bientôt on rencontra mille entraves et presque des persé-
(I) Nous avons déjà dit que la Mère de Mal. I a composé une Régie pour la biuiicbc des bomui.s.
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cuteurs. C'est Tépéc d'une main et la truelle de l'autre que ce temple fut rebâti au Verbe- Incarné, spirituellement parlant, a Sainl- Benotl-dii-Sault» Cependant, non-seulement on put racheter réparer l'ancien bâtiment, dont l'architecture est magnifique et dont le site est si pittoresque, maison pat encore acquérir aussi les anciens bâtiments attenants, que la communauté du Verbe-Incarné ne possédait pas, cl qui composaient l'ancien prieuré des Bénédictins de cette ville avant la révolution française.
Ce fut le 28 août 1852, jour do la fête de saint Augustin, dont cet ordre suit la règle, que l'institut du Verbe-Incarné fut implanté
Sour la seconde fois à Saint-Benott-du- ault, è la grande satisfaction du vénérable curé M. Lamy, des familles les plus notables de la ville et de tous les habitants. La nouvelle communauté, selon le vœu qu'avait formé pour elle Mgr le cardinal du Pont, archevêque de Bourges, qui avait dit dans sa lettre d'autorisation pour cet établissement : « Je prie le Verbe-Incarné de regarder celte maison dans son amour.» La nouvelle communauté, disons-nous, fit des progrès rapides dans la régularité et dans l'éducation des jeunes filles confiées à ses soins. Elle est devenue un sujet d'édification pour le public; les classes et le pensionnai portent chaque jour les plus heureux fruits.
Au mois de janvier J853 , le couvent d'Evaux dirigea surChâlelus, petite ville du département de la Creuse, cinq religieuses que Ton est en voie d'y fixer définitivement par l'acquisition d'un bâtiment assez spacieux pour que la petite colonie puisse s'y accroître et continuer sa pieuse mission, qui ne se borne pas à l'instruction des jeunes filles, mais qui, par le moyen de la brancha des hospitalières du Verbe-Incarné, exerce encore au dehors les œuvres de charité à l'égard du prochain.
En terminant cet abrégé historique, nous ferons remarquer que , par analogie encore avec le mystère de I Incarnation, que cet ordre est appelé à honorer d'une manière touto spéciale, et dont il est en quelque sorte une extension, la branche des terotnes a été établie avant celle des hommes, de même que la très-sainte Vierge précéda nécessairement sur la terre l'Incarnation du Verbe; et comme ce furent les ardentes prières de celle Vierge incomparable qui hâtèrent en quelque sorte la venu»; du Messie, les religieuses du Verbe-Incarné ont aussi à hâter par leur vie fervente et sainte les moments qui doivent donner à l'Eglise militante les Pères ou religeux du Verbe-Incarné, comme une recru» pour les travaux des derniers temps.
Nous savons qu'en effet les pieuses filles lèvent sans cesse leurs regards vers la sainte Montagne disant : « Mon Dieu envoyez bientôt les ouvriers que vous avez promis pour travailler a votre vigne, donnez-nous nos Pères I nos Pères t pour la gloire cîo votre nom. Amen, ainsi soit-il (I). »(2j (2) Voy à la Hn du vol., n" 2r8.
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Après avoir établi a Evatn-les-Bains dans le monastère du Verbe-Incarné, l'institution des sœurs du Sauveur et de la sainte Vierge, qui prit aussitôt beaucoup d'extension et qui compte aujourd'hui une trentaine de maisons, Mme du Bourg quitta cette maison , qui, sous sa direction, avait acquis une si grande prospérité.
Dix ans après son départ, la communauté d'Evaux et le P. Denis, restaurateur de Tordre du Verbe-Incarné, sentirent la nécessité de reprendre en quelque sorte la pensée de cette éininente Mère , en créant une deuxième branche de sœurs non cloîtrées, pour pourvoir à tous les besoins des localités où l'ordre pouvait avoir des monastères et où il n'y aurait pas déjà quelque établissement do sœurs de Charité, soit pour visiter et soigner les malades à domicile, soit pour toute autre bonne œuvre.
Le P. Denis, ayant obtenu l'autorisation de Mgr l'évéque de Limoges , prépara , en 18V7, un règlement pour cette excellente œuvre oui ne devait faire qu'une seule et même chose avec l'ordre du Verbe-Incarné; c'est pourquoi le P. Denis les désigna sous le nom de sœurs hospitalières du Verbe- Incarné. Cependant dans les paroisses où elles ne sont employées que pour les besoins «lu monastère, on les désigne plus communément sous le nom de sœurs auxiliaires. Leur costume est noir avec un cordon rouge; elles portent sur la poitrine, comme les sœurs cloîtrées, la couronne de Notre-Seigneur brodée de soie bleue.
Ce fut cette année 1847, le 14 septembre, fôtede l'Exaltation de la sainte croix, que les deux premières religieuses de cette branche du Verbe-Incarné, sœur Marie-Emmanuel Cidel de Saint-Léobon et sœur Marie Saint -Roch Lefaure, prononcèrent leurs vœux entre les mains de M. l'abbé Gravier, aumônier du couvent, qui avait eu une large part à cette institution. Elles furent conduites par lui à Azerables, où elles étaient ardemment désirées pour y reprendre l'œuvre de la visite des malades à d dès l'origine, par le P. Déni été interrompue depuis l'année 1830
Les sœurs hospitalières du Verbe-Incarné meuvent, après avoir passé leur temps dans 'exercice Je charité, être reçues à la profession solennelle du cloître , si elles le désireul et si on leur trouve les qualités requises. 11 y a en ce moment six maisons de I ordre qui possèdent de ces sœurs.
VERTUS (Fillis de NOTRE-DAME-DES-), dites aussi Filles de Sainte- Marguerite.
Il est surprenant que le P. Hélyot ait gardé le silence sur cet institut, établi à quelques pas de la maison où il écrivait son histoire des ordres religieux. Nous avons fait
uospiTAU feues la même remarque a l'article des Maihvrimt dites aussi 7Vini/aires. Nous allons consigner ici le résultat des quelques renseignements que nous avons pu nous procurer sur celle communauté peu connue.Unesociétédesœurs institutrices étailétablieà Aubervilliers;nous ne savons ni le nom de son fondateur, ni l'époque de sa fondation. Comme un grand nombre de miracles s'étaient opérés à Aubervilliers par l'intercession de la sainte Vierge, patronne de la paroisse, quoique les titulaires soient saint Jacques et saint Christophe , on désigna son image par la qualification de Notre- Dame - dtt -T ertm , c est-à-dire Notre-Dame-de-Puissance, et le nom a même été donné vulgairement au village, qu'on appelle encore communément Notre-Dame-des- Vertus, ou plus simplement les Vertus. C'est peut-être de la localité que la communauté de fommes, établie à Aubervilliers, tirait son nom de Communauté ou Filles de Kotre-Dame-des-Yertus. Les duchesses de Noailles et de Lesdiguières c quelques autres dames de charité de la paroisse de Saint-Paul , de Paris, touchées de l'ignorance des pauvres jeunes filles du faubourg Saint- Antoine, et désirant leur procurer les moyens d'instruction utile et même nécessaire au salut, ûrent venir quel* ques sœurs de la communauté de Filles de Notre-Dame-des- Vertus , et les mirent dans une maison de la rue Basfroy, sur la paroisse Sainte-Marguerite, alors succursale de Saint- Paul. Cet établissement se Ht en l'année 1679. Les sœurs y tinrent leur école pendant quelques années. M. l'abbé Mazure, ancien curé de Saint-Paul , ayant eu connaissance du bien et du progrès qu'otnenoient ces sœurs par leurs instructions, donna à Mlle du Buna, supérieure de ladite communauté de Notre-Dame-des- Vertus, une maison à lui appartenant dans la rue Saint-Bernard , pour y établir une communauté vouée à ^instruction de la jeunesse et à l'utilité des pauvres filles du faubourg Saint-Antoine. En 1082, Mlle du Buha obtint des lettres patentes pour cet établissement, et donna un nombre suffisant de sœurs qui entrèrent en cette maison en 1085, sous le titre de Notre-Dame-des~Vertus. Après 1* mort de M. l'abbé Mazure, ses héritier», suivant une coutume plus générale que consciencieuse, intentèrent un procès aux sœurs contre la donation qui leur ava l été faite de cette maison. Ce procès dura jusn'a l'année 1090, et la donation fut annulée, fut ordonné que ladite maison serait rendue au proGt des créanciers dudit s>ieur Mazure. défunt. En cette même année ICWi M. de Bragelonne, conseiller à la cour des aides, et sa femme, achetèrent celte maison et en firent donation à la communauté .jui j était déjà établie; en même temps, M. <!<■' Hragelonno, ou plutôt de Brugth»^' .
donna, par fondation, à la communauté un» rente pour l'entretien de sept sœurs. Dès
unicité , établie, , mais qui avait
l.c cnsiumc doit être de la même couleur que et un manteau roug**» cl P°«r les sottio uu n» » celui des femmes : une robe ou soutane blanche, tciu noir.
im;s vie des ordres religieux. vie img
lors cette communauté, appelée jusqu'à ce titués par le chanoine Trtenet, les frères des moment Notre- Dame-des- Vertus , changea bonnes œuvres de Renaix, dont nous avons son titre en celui de Fille$ de Sainte-Mor- parlé eu leur lieu, il y a encore en Belgiguerite qu'elle a conservé jusqu'à la fin et que une autre institut du môme genre, les sous lequel elle était connue. Ces pieuses Frères de Saint-Joseph. Les Frères de Saintsœurs ne sortirent point de leur vocation Joseph ont commencé è se former à Gramréelle et donnèrent toujours leurs soins aux mont, en 1817, sous la direction de M. le pauvres filles des ouvriers du quartier, qui chanoine Van Crombrugghe, alors principal allaient recevoir chez elles des leçons pour du collège d'Alost; ils se sont définitivel'éducation et pour les travaux convenables ment constitués quelques années après; ils è leur position et à leur sexe. Les jeunes sont sous la protection de la sainte Vierge personnes portaient leur manger dans la et de saint Joseph ; et ont surtout en vue maison ou elles passaient une partie de leur l'instruction primaire. A côté de leurs écojouruée. Il y a encore, au moment où nous les gratuites pour les pauvres, ils tiennent écrivons ceci, quelques-unes de leurs élèves des classes pour les externes et pour les dans Taris. Nous n avons point vu que les pensionnaires. L'instruction y est adaptée à Filles de Sainte- Marguerite aient donné dans la position et à la destination des enfants, les nouveautés religieuses, fruit d'un iansé- On leur apprend les langues vivantes, un nisme zélateur, qui lit beaucoup de mal dans peu de littérature, d'histoire, de géographie, re quartier. Elles étaient vêtues d'un habit de mathématiques, de dessin; mais la relinoir et ne gardaient pas la clôture. Leur gion, comme cela devait être, est en première maison touchait l'enceinte du cimetière de ligne. Les Frères ont aujourd'hui dix-huit Sainte-Marguerite et était la première à maisons.LenoviciatestàGrammont.dansl'angauihe en quittant la grille du presbytère cien couvent des Carmes. Les Frères portent actuel : c'est maintenant une propriété par- la soutane et la ceinture comme les prôlres; ticulière. Dans la chapelle dite aes âmes, a mais au dehors Ils ont un long scapulaire Sainte-Marguerite, on voit encore la pierre noir, et en hiver un manteau noir d'une tombale qui couvrait leur enfeu, et qui a forme particulière. Cette congrégation retour inscription: Filles de Sainte-Margue- çoit aussi des Frères convers pour les gros rite. B-d-b. ouvrages, afin de laisser plus de temps aux ..,.„„„ .„ , „.„„„. Frères enseignants. On voit avec bonheur le *'A ïîr C2SG;ÉGÎ10 ? D zèle qui se manifeste depuis nombre d'an- SAINT-), diocèse de Lyon {Rhône). nées en 8,^^ poUr rétablir, former des
Les clercs de Saint-Viateur ont leur novi- instituts voués aux œuvres de piété et de
ci.it à Vourles, près de Lyon; ils ont pour charité, et pour leur faire produire des fruits
patron saint Viateur, lecteur de la cathé- abondants, dralede Lyon, qui ne voulut |>as se séparer
do son évôque saint Jusl, lorsque celui-ci VIERGE (Obdbe des chsvauebs db la).
vtrfl'an 382^ " Cet ordre fut fondé en 1618 par Pierre.
Les clercs de Saint-Viateur exercent les Jean-Baptiste et Bernard Pétrigna, frères, fonctionsdo sacristains, concurremment avec gentilshommes de Spelle en lulie. Paul V celles d'instituteurs dans beaucoup de loca- e," approuva les statuts, suivant lesquels les liiés; ils comptent déjà au Canada un très- paliers s engageaient à défendre la regrand nombre d'établissements. Leur but ,'«,on chrétienne à faire la guerre aux principal est la tenue des écoles dans les Turcs, e à travailler à I exaltation de la paroisses qui n'ont pas assez de ressources fa,nle E«'ise; Pala,s de Sam -Jean de Lapour avoir des Frères des écoles chrétien- lra" ser*ait lJe (ietueure à. ce.s chevaliers. Ils hes. Les clercs de Saint-Viateur peuvent al- Portaient pour marque de leur ordre une 1er isolément et cumuler au besoin les fonc- cr0,x Je sal,n b,eu c,é,esle\ l0"le .couverte et lions de maître et celles de chantre, ou de fecflm,ée û ar6.en » CJ 5,ans ,r0'ien0 d «rsncrislain. Il est peu dispendieux d'en faire Anches étaient fa. es de fleurs de hs, rétablissement, et ils rendent à toutes les P"*J. que cet ordre était institué sous I inparoisses où on les demande de précieux et honneur do la sainte Vierge, utiles services qui est le lis des vallées. Chaque bout des
Le fondateur des frères de Saint-Viateur hanches est chargé d'une étoile hérissée
esl M. Qnierches, qui s'est entièrement con- 011 entourée do rayons, qui représentent les
sucré à cette bonne œuvre, comme prêtre de J»? l™ £«J* i'^^W^ml^/fn^nA/'pî
science etde mérite. H.m renferme un ch. lire composé du ne M. et
d une S., entrelacées, couronné d un cha-
VJCTIMKS DU SACRÉ-COEUR DE JÉSUS, peau et d'étoiles d'or; ce chiffre signifie
à Tours. Santa Mariat et alentour on lit cette lé-
,» ,. . j , » gende : in hoc tigno vinces. La conformité
Voy. ruaiiMCA-rio* [Religieuses delà). ne toutes ces choses avec ce que dit Elie
VIERGE ( Fbebes de la saute) ET DE fc^J. ?* r|î "îiïîL fil? Sï: viï J.°
SAINT JOSEPH, en BeUjigue. ^ «W^to I.
Outre les Frères des écoles chrétiennes deux ordres dans la description de leurs or-
établis en Belgique, ceux de la Charité, ins* nements.
lî>67
VINGT-CINQ (Soecrs vv).
Ce nom étrange est donné à une société de pieuses filles qui, sous la direction des Demoiselle» de l'Instruction, au Puy, président les maisons où se réunissent les filles et femmes des villages, pour travailler, prier et faire des lectures de piété; et le nom de Vingt-cinq leur est donné, parce que tous les vingt-cinquièmes jours de mois, elles viennent dans la maison de l'Instruction faire une petite retraite. Elles vivent en commun, quoique dépendantes de l'Instruction, et on voit dans la Vie de Mlle Rivier, d'où nous tirons ces détails, que cette pieuse fondatrice, visitant une de leurs maisons, leur donna des leçons de l'esprit de pauvreté, convenable à des tilles de leur profession. (Fie de Madame Rivier, passim.)
VIVIERS (Monastère de).
Vie de Cassiodore son fondateur et son abbé.
Dom Nicolas de Nourry, Bénédictin de Sainl-Maur, dans la Vie de Cassiodore qu'il a placée en tête des œuvres de ce grand homme, publiées par dom Garet, remarque que peu de savants avaient exercé leurs talents sur le même sujet. Baronius, Antoine Yepez et Cuspinien, qui avaient donné sa biographie avec plus de soin, n'avaient pourtant présenté que des abrégés. Il est vrai que, depuis lors, dom Deoys de Sainte-Marthe a donné une Vie étendue de Cassiodore. Mais si jes travaux et l'histoire de Cassiodore sont aujourd'hui plus connus, il mesemblequeson principal mérite, suivant moi, celui de fondateur et de régulateur de l'un des premiers monastères où l'on se soit livré à des études sérieuses et suivies, n'a jamais été suffisamment remarqué. Hélyol lui-même ne consacre pas quatre lignes è Cassiodore et a son monastère I Nous avons le droit et une sorte d'obligation de réparer cet oubli.
Cassiodore naquit à Squillace, ville de Calabre. Sa famille, son nom, l'époque de sa naissance ont été le sujet de quelques problèmes pour les érudits. Il parait certain que le nom de Cassiodore, porté par plusieurs autres, était le nom propre de la famille de celui dont nous avons À parler ici. Dans l'article que M. de la Salle a donné sur Cassiodore à \aBibliothèqueuniversvlleton lit : Cassiodoie (Aurelius Cassiodorus, senator). Le Dictionnaire des sciences ecclésiastiques de Richard dit : Cassiodore (Magnus Aurelius senator). Le Bénédictin Nourry s'exprime ainsi : Magni Aurriii Ca&swohhi senator is Vita. On voit que la Biographie universelle supprime le prénom ou la qualification Magnat qu'on lit partout ailleurs. La lettre M, qui aura précédé par abréviation le mot Cassiodore, dans quelques manuscrits, a pu être cause que Gesner, dans sàBibtiothcca, et quelques modernes ont écrit Marcus Cassiodorus, comme on a aussi écrit Marcus devant le nom de Cicéron. Dom Nourry est convaincu que le mol Mngnus est celui qu'il faut lire ; mais seule-
DICTIONNAIRE VIV ru*
ment comme un éloge mérité par les brillantes qualités en tousgenrosqu on voyait en Cassiodore. Autre difficulté sur le motintator. Richard, parexemple.cité ici, semble en faire un nom, puisqu'il le met avant Castiodore. Les autres, y compris dom Nourrj, le mettent après le nom, et semblent indiquer une dignité. Mais quelle dignité? Poinld autre que celle de l'Âge ou de la position qui le distinguait, en effet, des hommes qui s'ap-
Î étaient aussi Cassiodore. Enfin, est-il m1 en 79 ou 480, demande dom Nourry? Le savant Bénédictin montre fort bien que les hommes instruits, qui ont adopté cette idée, en calculant d'après l'époque de la mort Je
Cassiodore et dé l'âge qu'il avait alors, que celle opinion est inadmissible, avec ce qu on sait du temps où il remplissait des fondions que n'aurait pu remplir un jeune homme de
Îuatorze ans, car il aurait eu quatorze ans en 93, s'il était né en 479; et pourtant alors.il était secrétaire du roi Théodorie , qui se louait des services qu'il en avait reçus dans décadaires diplomatiques ou politiques.C'est donc à l'année 469 ou è l'année suivante
2u'il faut placer l'époque de la naissance do assiodore, ce que font, en effet, dom Nourry et les deux autres auteurs que j'ai cités au commencement de cet article.
La famille de Cassiodore était distinguée par son rang et sa position élevée; Proba, Galla, Symmaque, Héliodore, lui étaient attachés par les liens du sang ou de l'afiùiité. Son éducation répondit à sa naissance et à la noblesse de sa famille. On le forma à la discipline militaire, mais on eut soin de lui faire aussi étudier les belles-lettres, dans lesquelles i! fit des progrès et obtint des succès qu'on n'aurait peut-être pas eu le droit d'espérer dans l'état de perturbation et même de barbarie où l'Italie se trouvait alors. H recueillit bientôt les premiers fruits de son application, car à peine avait-il atteint l'Age de dix-huit ans, que Odoaure, roidesHérules, lui confia le soin de ses domaines, de ses finances, des sépultures, etc. Il est certain que le roi, qui alors avait puissance sur toute l'Italie, confiant ces importantes fonctions au jeune Cassiodore, le faisait aussi en considération de la famille du jeune homtuo et des services qu'elle avait rendus. En effet, Cassiodore son père, distingué par son rang et ses richesses, avait été secrétaire de Valenlinien III et ambassadeur de ce prince auprès d'Attila. Son aïeul avait sauvé la Sicile de l'invasion des Vandales. La sage administration du jeune Cassiodore lui valut de l'avancement; mais ce n'était pas seulement par ses talents et son savoir qu'il rendait recommaudable; il l'était davantage encore par ses vertus. On la voy ait avec admiration, on le regardait comme un esprit universel, on s'étonnait de voir un jeune homme de dix-huit ans doué d'un profond savoir et d'une prudence consommée, t'w circonstance importante de la Vie de Cassiodore se rapporte à la victoire que remport* Théodorie en 193. Co prince, entré en lulw trois ans auparavant, réduisit Odoacre à »*■
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réfugier dans Ravenne, et à venir enûn capituler avec lui. Théodoric eut la cruauté de lui enlever la vie dont il lui avait garanti la conservation. Cassiodore devint bientôt le favori et le protégé du roi vainqueur, et il fut des plus influents entre ses partisans. Celle conduite lui mérite-l-elle le juste reproche d'ingraiitude envers son bienfaiteur Odoacre, si mal servi par la fortune? Faut-il le coupler au nombre de ces esprits oui admirent, par défaut de jugement ou de gravité, les effets de toutes les révolutions, ou de ces ambitieux qui Gxent toujours leurs regards sur l'idole du jour? Non, grâces h Dieu ! Cassiodore n'oublia point les bienfaits d'Odoacre, il connaissait aussi ses droits. Il se retira dans son pays natal, et chercha dans l'étude des lettros l'oubli des malheurs auxquels l'Italie était en proie, et néanmoins il gémissait sur les malheurs de sa patrie. L'usurpation de Théodoric avait causé une juste horreur aux Siciliens ; mais Cassiodore, tout en rendant justice à la noblesse de leurs sentiments, avait plus de |>erspicaciié qu'eux, et il usa de son influence pour les détourner d'une résistance inutile à laquelle ils se préparaient contre Théodoric. Ce conquérant, homme capable, et qui fut l'un des plus grands princes qui aient gouverné l'Italie, apprécia vivement le service que lui tendait Cassiodore et sut le reconnaître. Cassiodore mérita donc et obtint ses bonnes grâces et ses faveurs. Il devint gouverneur de la Lucanie et du pays des Brutiens ; il avaii auparavant rempli près du nouveau roi les fonctions de secrétaire, et avait écrit des leitros élégantes à l'empereur Anastase, pour en obtenir plus facilement la paix qu'on croyait avec raison nécessaire à raffermissement du trône. Théodoric le rappela près de lui après son année de gouvernement, et s'en servit pour ses relations diplomatiques; Cassiodore était pour lui l'homme nécessaire, et se montrait digne d'une si haute faveur et d'une telle confiance. Car, s'il était l'appui de son prince, il était aussi le bienfaiteur de l'Italie, et le modèle des ministres d'Etat. Les Règlements fameux qu'il publia au nom de Théodoric, les lettres qu'il écrivit pour ce prince, attestent l'étendue de ses vues, la sagesse de son administration, et, à quelques déclamations près, dit-on, la beauté de son génie. Théodoric le ht bientôt questeur, c'était alors la première place de 1 Etat. D'un texte mal interprété peul-élre, Cuspinien a conclu que Théodoric avait même étudié les belles-lettres sous Cassiodore. 11 n'est guère probable qu'à son âge et après son genre de vie, Théodoric mt voulu prendre des leçons sous la discipline de Cassiodore; ce qu'il y a de certain, cVt que Théodoric, qui voulait être le législateur et le restaurateur de l'Italie, et qui n'avait que les talents d'un soldat, crut devoir s'assurer de Cassiodore, ci le choisir pour être son organe et son coopéraleur dans l'accomplissement de ses sages projets. Les vertus et la modération de Cassiodore parlaient en sa faveur plus que n'auraient fait