‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 302 sur 323 · VIV · texte numérisé non relu

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l'ambition la plus active, et ces vertus, plus que les armes de Théodoric, contribuèrent à afTermir l'empire de ce conquérant.

Nous ne faisons point ici l'histoire de Théodoric; mais cette histoire, trop négligée jusqu'à ce jour, a été récemment publiée par M. du Houre, et nous y renvoyons ceux qui voudraient connaître en détail les actions de ce conquérant célèbre. Nous uous contenterons de dire avec le P. de Sainte-Marlhe que Théodoric laissa tous les Etats qui dépendaient de la monachie des Ostrogoths à son petii-flls Athalaric, fils d'Amalasonthe, sa tille, et du prince Eularic, qui était mort auparavant. Athalaric n'avait que dix ans lout au plus quand il devint héritier d'un si grand royaume ; mais on son nom gouverna sa mère, qui était fille d'Audeflède, sœur de Clovis. Ou dit qu'Amalasonthe fit empoisonner sa mère; ce crime affreux n'est guère croyable, d'après le portrait que Cassiodore faii de celte princesse. Selon lui, Amalasonthe avait d'excellentes qualités qui l'élevaient au-dessus de toutes les personnes de son sexe et de son rang. Elle savait si bien le grec, le latin et les langues étrangères, qu'elle répondait a tous les ambassadeurs en leur propre idiome. Avec ces avantages, elle joignait la connaissance des lettres et des arts, et, ce qui vaut mieux, une grande prudence et une grande sagesse. Elle gouverna le royaume de son fils de manière à se faire respecter et redouter des autres puissances. On comprend facilement tout le parti que Cassiodore sut tirer de si bonnes dispositions a l'avantage de l'ordre, de la justice et de la religion. Les premiers soins de ce grand homme furent pour affermir la paix dans les Etats du jeune prince, et c'est dans ce but qu'il adressa des lettres à plusieurs souverains, aux gouverneurs des provinces dans l'Italie, la Dalmalie et les Gaules; car il parait qu'une partie des Gaules était alors sous la domination des Goths, et, ce qui était encore plus important, il remplit les charges par les sujets les plus dignes et en éloigna ceux qui en avaient abusé. Tout ce qu'il y eut d'heureux dans le règne d'Athalaric doit dire à peu près attribué à Cassiodore, mais Athalaric ne persévéra pas dans les principes qu'on lui avait inspirés. Cependant, il appréciait l'immense avantago qu il avait de posséder Cassiodore; il le fit aussi questeur, général d'armée, et partout le sage ministre donnait des preuves de sa supériorité; et alors encore, comme il avait déjà fait sous Théodoric, il poussa le désintéressement et l'amour de la patrie, il entretint à ses dépens les troupes des Goths qui gardaient les côtes afin d'épargner le trésor de l'Etat. Voici le témoignago que lui rendait Athalaric lui-même, je le rapporte pour qu'on se fasse une juste idéo du caractère de Cassiodore : « Il s'est montré si porté a faire du bien, qu'il semblait n'user de la faveur de son roi que pour obliger tout le monde; il voulait bien même se persuader qu'il n'avait aucun autre pouvoir que celui de faire plaisir ; il était affable et tendre à ceux qui l'approchaient; il faisait pa-

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raitre une merveilleuse modération dans les prospérités: il ne savait ce que c'était que de se mettre en colère, et pour en venir là, il fallait qu'il eût été bien irrité ; il prenait plaisir à distribuer et à répandre abondamment ses propres biens, mais i! ne savait point les voies de remplir ses mains du bien d'autrui. » Où donc Cassiodore avait-il pris les recours qui étaient nécessaires pour vivre chrétiennement au milieu des affaires les piu> dissipantes et de la corruption des cours? Athalaric nous a dit que c'était la lecture do l'Ecriture sainte et des bons livres qui avait fortifié Cassiodore dans ces sentiments.

« C'est là qu'il apprit à opposer la crainte salutaire du Seigneur aux mouvements humains qui l'attaquèrent; c'est là qu'il se remplit d'une céleste sagesse, toujours accompagnée du goût de la vérité. C'est par celte science sacrée et par celle sa in le étude qu'il jeta les fondements profonds de I" humilité chrétienne. Aussi e»t-ce dans l'Ecriture sainte qu'il faut aller s'instruire de tout ce qui regarde les vertus. » Ainsi parle ce jeune roi, et qui pourtant était arien! Athalaric avait »ans doute appris celle maxime de Cassiodore lui-même. Il est iuq>ossiblc d'imaginer rien de plus édi liant que de voir un ministre, avec de telles occupations, ménager assez «le temps pour lire les Livras saints afin de régler toute sa politique sur les sages instructions de Salomon et sa conduite sur la morale de l'Evangile 1 Hélas 1 nous l'avons déjà dit, le jeune toi ne suivit |>oinliine conduite qu'il approuvait si fort dans Cassiodore. H était pourtant admirable de voir dans un jeune prim e arien un respect pour le Pape et pour l'Eglise romaine, qui pourrait servird'exemple aux monarques catholiques; c'était, il n'eu faut pas douter, un effet de plus de l'intluenco de son sage ministre, qui eut, comme son aïeul, la prudence de 1 élever à la dignité de préfet du palais, laquelle donnait pleine autorité pendant la minorité du jeune roi.

Dans celle haute position, Cassiodore fit toujours preuve de la môme ré>erve et do la même modestie; il rejetait tout l'honneur de son gouvernement sur ses maîtres. On voit aussi une nouvelle preuve de aes*no- Ues sentiments et doses dispositions pour les intérêts de la religion, dans ses lettres au Pape et aux évèques. Il jouissait d'ailleurs d'un avantage bien précieux, celui de n'avoir |K>int d'ennemis ou d'envieux déclarés. C'était a Dieu qu'il avait recours |»our obtenir les secours dans les difficultés qui se succédaient à la cour, et il allait le trouver dans des circonstances terribles. Le p une Athalaric avait cessé, disions-nous tout à l'heure, de suivre les leçons qu'il avait reçues dans les premières années de son éducation. Les lloths, encore trop barbares l>our sentir le prix de posséder une régente telle que la reine Amalasonihe, forcèrent celte princesse à éloigner de son fils les •récepteurs qu'elle lui avait donnés, et à entourer de jeunes gens pour qu'il ne se livrât par préférence qu'aux exercices du

corps et se formât aux armes. Athalaric, maître de lui-même alors, se livra à la débauche, ruina son tempérament et mourut de la poitrine. La reine fut désolée, et ne voulant point se remarier, associa à >a royauté Théodat, prince du sang du côté oisa'mère. parce qu'elle savait que les tioilis ne consentiraient point à être gouvernés par une femme seule. Théodat commença son règne par des actions de justice qui lui attirèrent des louanges; les lettres qu'il écnr.t sont remarquables de style comme de senti' menls nobles et élevés: il est facile d'y reconnaître la louche de Cassiodore, quoiqu'il faille sans doute en laisser le principal mérite au roi et à sa bienfaitrice, tous deux distingués par leur savoir cl leur érudition. Mais Théodat, qui peut-être n'avait agi d'abord que par politique, changea bientôt de conduite, et poussa l'ingratitude jusqu'à faire tuer Amalasonihe. Ce fut la quatrième révolution arrivée dans ce royaume depuis que Cassiodore était chargé des priccij aies affaires, sans que son crédit et sa faveur en souffrissent la moindre altération. Pour son honneur nous devons ajouter qu'il ne faut pas attribuer cette fortune inusitée à ce genre de caractère qu'on a vu de nos jours dans ces hommes fourbes, hypocrites, ambilieui, qui ont encensé en France tous les gouvernements qui se sont succédé, usurpateurs ou autres. Cassiodore était toujours animédu même amour de la religion et du bien public qu'il cherchait à procurer et à soutenir au milieu de tant de catastrophes qui renversaient des souverains, dont la possession n'aurait guère pu réclamer même les droits de la prescription. Ajoutons que tous les nouveaux venin au limon des affaires sentaient la nécessité de conserver un auxiliaire si sage et si vénéré. Au milieu des embarras et des chagrins que ces événements politiques lui causaient, Cassiodore n'oubliait pas les intérêts de l'Eglise, et comme dans ce temps, même après Te concile te Chalcédoine les eutvchiens, et d'autre part les apollinaristes causaient de grands troubles dans l'Eglise; il s'unit a dix autres des principaux sénateurs pour écrire au Pape Jean, comme à l'oracle de la foi (ainsi s'exprime Sainte- Marlhe, Bénédictin de S. Maur), pour le prier de s'expliquer sur toutes les difficultés formées louchant le mystère de l'Incarnation. Urâces à Dieu, ces difficultés consistaient plutôt dan» quelques manières eili «ordinaires décrier, que dans une véritable diversité de sentiments. On sait que le Pape s'expliqua dans une lettre savante. Après la foi, rien n'était plus cher à Cassiodore que la science «les saintes Lettres, c'est pourquoi il forma le dessein de les faire enseigner publiquement dans la ville de Rome, et il le proposa au Pape Agapet, qui avait succédé à Jean II, en l'année 535. C'est lui-même qui nous l'apprend dans l<i Préface do son livre, sur la manière d'enseùjner les saintes Lettres. Voici comment il parle : « Ayant remarqué l'ardeur eîlrêuie avec laquelle on >o porte à l'étude des lettre»

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profane», j'avoue que je me suis senti louché d'une douleur violente do ce qu'il n'y a point de maîtres publics destinés à enseigner les saintes Ecritures, pendant que Ifs auteurs profanes sont expliqués par des maîtres très-célèbres. C'est pourquoi j'ai fait tout ce que j'ai pu avec le saint Pape Agapet, qui gouvernail alors l'Kglise de Rome, pour établir en cette ville, à mes frais, des chaires de savants professeurs dans les écoles chrétiennesvafin.de procurer par là le salut des âmes et de polir le langage des liiiéles; imitant ce qui s'est pratiqué autrefois dans Alexandrie pendant fort longtemps, a ce que nous apprenons, et ce qui se pratique encore présentement dans Nisibe, ville de Syrie, où l'Ecriture sainte est expliquée aux Juifs; ce qui doit à plus forte raison se pratiquer chez les Chrétiens. »

Cassiodore ne peut exécuter ce dessein si glorieux pour lui et si utile à l'Eglise, à cause des guerres funestes qui commençaient dès lors à désoler l'Italie. Ce fut pour suppléer au défaut de ces professeurs qu'il écrivit ensuite son livre Delà manière à tnirigner le$ Lettres divines, qui est comme une introduction à l'étude de l'Ecriture sainte. Il n'eut pas moins de soin de procurer aux Romains les secours temporels que les biens spirituels. La cherté des vivres était grande dans Rome, et on y craignait la famine, et pourtant, quelque soin qu'il eût pris pour préserver cette ville d'un si cruel fléau, il ne s'en attribua point l'honneur; ucc lettre qu'il adressa au Pape Jean nous montre qu'il déférait cet honneur tout entier aux prières de ce Souverain Pontife, et aux bonnes œuvres du clergé. Bientôt il apporta les mômes soins pour soulager la Liguhe, l'Emilie et le pays de Venise, dans le temps d'une grande disette. Il avait aussi une grande compassion des peuples dans l'imposition des tailles nu tributs, et il en déchargea ceux qui avaient été réduits è la pauvreté par des années stériles. Il usa particulièrement de cette modération, è l'égard de certaines religieuses pauvres qui n'avaient pas de quoi payer les impositions qu'on leur demandait a cause des terres qu'elles possédaient, parce qu'elles avaient été désolées par une inondation suivie de la stérilité. L'empereur Justinien les avait recommandées à Théodai, et ce prince renvoya l'aflaire è son préfet du prétoire. Il ne l»ouvait choisir un ministre plus disposé à soulager ces saintes filles dans leur malheur. La piété éclairée do Cassiodore brilla surtout lorsqu'il fit rendre à l'Eglise de Rome les vases sacrés, que la charité du saint Papo Ag.ipet avait été obligée a envoyer en gage aux trésoriers de l'épargne, parce qu'il n'avait pas l'argent nécessaire au vovage de Constantinople que l'obligeait à faire ce prince, qui l'envoyait en ambassade vers l'empereur Justinien, pour en obtenir la paix. Cependant Théodat paya bientôt la l*eine de son ingratitude envers Amalasoutlie, dont Justinien avait voulu venger la

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mort. Les sujets de cet ingrat voyant sa- lâcheté à secourir Naples assiégée par les troupes de l'empereur, le soupçonnèrent de connivence, le déposèrent, et son successeur le ûl assassiner. Il avait régné trois ans. Ce successeur éiait Vitiges, qui confirma et continua Cassiodore dans la charge de préîet du prétoire, et qui épousa, par prudence et politique saus doute, la princesse Mulhasoute, tille d'Amalasouthe, et petite-Aile de Tliéo4efie. Ce mariage rendait la couronne à la légitimité et consolait sans doute Cassiodore des chagrins que devaient lui causer tant de révolutions, fruits et causes de tant de crimes. Quoiqu'à cette époque il eût plus que jamais a travailler pour les intérêts de l'Etat , puisqu'il lui fallait lever des troupes, les exercer, les armer, etc., ce fut pourtant alors que ses amis l'exhortèrent è publier ses Lettres.

Voici comment il parle pour s'en excuser: * On accorde neuf années entières aux auteurs pour publier leurs ouvrages, et je ne puis pas môme trouver des moments pour travailler aux miens, dit-il è ses amis, afin de s'excuser de publier le recueil de ses Lettres, comme ils le souhaitaient avec beaucoup d'empressement. Sitôt que j'ai pris la plume, on m'étourdit à force de clameurs, et je me vois pressé de tant d'endroits, que , e ne puis achever tranquillement ce que , 'ai commencé. L'un me fatigue par des solicilations importunes, l'autre vient ni'accajler du poids de l'extrême misère qui le presse; d'autres même m'environnent et m'assiègent de discours séditieux et pleins de fureurs. Parmi tous ces embarras qui me permettent à peine de parler, comment voulez-vous que je trouve le loisir de dicter et d'écrire avec politesse? Des inquiétudes inexplicables ne me laissent pas le moindre repos pendant les nuits, ayant à donner ordre que toutes les villes soient suffisamment pourvues de munitions de bouche. Ainsi je me vois contraint de parcourir en esprit toutes les provinces, et de prendre garde m l'on exécute les ordres que j'ai donnés. » Ses amis ne cédèreut pas à ces raisons, quoiqu'elles leur parussent fortes. Quels étaient ces amis de Cassiodore? on l'ignore. L'un était peut-être Félix, dont il parle dans la Préface sur les deux derniers livres de ses Lettres, et dont il dit qu'il n'entreprenait rien sans le consulter, le connaissant pour un homme très-sage, de fort lionnes mœurs, parfaitement habile dans la jurisprudence, éloquent, poli, n'employant que des ternies choisis; enfin doué dans sa jeunesse de toutes les qualités des vieillards. Des amis de ce caractère avaient beaucoup d'autorité sur son esprit; ils surmontèrent sa résistance. Il publia donc ses douze livres de Lettres au milieu des troubles de ces temps pleins d'horreur, cherchant à se délasser des fatigues des affaires et è se consoler des chagrins que lui causaient plusieurs mauvais succès, dans la retraite et dans l'étude, autant que lui permettaient les fonctions multipliées de la charge pesante dont il était

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pourvu. Ou peut supposer néanmoins que ses matériaux étaient prêts et qu'il n'aura fait alors que de les mettre en ordre, puisqu'il avait composé sa Lettres eu des temps divers. Mais ce qui doit surprendre davantage, c'est qu'il composa, en ces temps do "troubles, sou Traité de l'âme, ouvrage d'une profondeur métaphysique, qui demanderait le loisir et le repos de la retraite, et pourtant il n'avait infime pas le loisir de lire, comme il mus l'apprend dans la seconde piél'ace sur ses lettres. Ce fut alors que Béli-*aire ou Bélisairc fit le siège Je Home, et e .l de grands succès en Italie. Vitiges, effrayé de ses inertes et des trahisons qu'il soupçonnait de toutes parts, infime du côté de sa femme, qu'il avait épousée de force, prit le parti de rentrer à Havenuc, mais bientôt après il assiégea et prit Milan, exila Darius son saint évfi pic, pan e qu'il avait au^si traité avec les Romains. Quelques années après, Yitiges fut pris dans Ua venue, qu'il ne put défendre contre Hélisaire, et mené par ce vainqueur comme trophée à Omstanlmople, aux pieds de Justiuien. Au refus de Hélisaire lui-même, et ensuite de Viaias, 1 hibaud fut élu n.»i par les Golhs et périt bientôt, vi-iimo d'un assassinat dans un festin, et eut pour successeur le fameux Tolila, dont l'histoire est connue, qui re, ni Jes principales places que les Romains avaient occiq écs en Italie, rendit aux C-olhs leur prépondérance et leur renommée, et cédant aux observations «le l'illustre saint Renoit. usa de sa victoire et de sa position avec clémence. Au milieu «le tous ces troubles, l'Italie tout entière, et spécialement la Ligurie, où le Milanais était compris, fut alll gée d'une si cruelle famine, que les hommes se mangèrent enlre eux. Deux f lûmes tuèrent dix-sept hommes pour s'en nourrir; mais elles furent luces elles-mêmes par le dix -huitième qu'elles avaient attaqué. Saint Grégoire le Grand pai le de cette famine au u* livre de la Vie de suint Hcnull.

La mort courageuse «le Tcias, successeur de Tolila, ruina sans ressource les alfa ires des fioihs eu Italie; alors commença la domination des Lombards. Cassiodore «pJi avait été le soutien cl la véritable gloire de la monarchie qui tombait, et surtout le bras visible de la Providence, dans le> intérêts de la religion et les avantages «le l'Italie pendant celle séne ou successiun rapide de révolutions, Cassiodore n'avait pas attendu la conte des (îollis à quitter le monde. Il y avait longtemps qu'il se regardait comme captif au milieu des engagements honorables qui rattachaient à la cour, et qu'il demandait à Dieu de briser ses chaînes. Les malheurs continuels que le royaume d'Italie éprouvait ne tirent donc pas naître le dessein de sa retraite, mais ils lui présentèrent l'occasion de l'accomplir. Il les prit pour le signal (pur Dieu lui donnait de penser uniquement à son salut particulier, abandonnant à sa justice une nation qu'il avuil résolu de punir et même de détruire. Son père et son proche parent, l'illustre Héliodore dont j'ai

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parlé au commencement de ecl article, lui avaient déjà donné l'exemple d'une retrait..presque semblable à celle qu'il méditait, et la piété qui était héréditaire dans sa famille, aurait snlli seule pour lui faire prendre un»' résolution si généreuse et si tli^ne «l'un homme qui veut absolument assurer «mi salut.

Une lettre de Cassiodore (liv. xu, 22) e*i datée de l'année 538; il était donc alors . Jan> le momie, et il n'en est sorti qu'en ce terrifia ou même plus lard. Quand il se fil religieux, il avait donc près de soixaolc-di ans, et il en avait passé plus de cinquante dan-* tous les plus importants emplois «le l.i cour et de l'Etat. Au milieu des affaires il s'était ménagé du temps pour méditer l'Ecriture sainte, afin de la prendre pour sa conduite. Il aimait mieux les averlissemcMs que les louanges et les flatteries, connue il parait par les lettres qu'il écrivit aux évoques et au Pape pour leur demander leur> charitables avis; et par ces saintes disputions, il avait mérité «jue la vérité ne s éloignât pas de lui. Il ne se laissa point éblon.r par sa haute position. La raison et suiioiii la foi, la lui faisaient regarder connue ii'i ' servitude éclatante. Dans ses œuvres mobiles étaient le «lésirde la gloire de D>u ci «le l'Eglise ; l'intérêt de son pays et surtout celui de son salut. Je ne puis mieux résumer le peu que j'ai dit de sa Vie d.ni- le monde qu'en empruntant ces quelques li^tie> au père «ie Sainte-Marthe, son biographe.

« Nous devons doue considérer avec le< te* veux de la foi Cassiodore auprès <Je> rois d'Italie, comme un Joseph auprès dePoaraon, roi d'Egypte; un Mardochée auprès d'A»*iierus, roi des Perses, et un Daniel auprès" Darius, roi de Rabylonc, ou pour nm-uv dire auprès de quatre rois dont ce prophète eut successivement les bonnes grâces q ^ ' qu'ils lussent de nation et de mœurs «ji Hercules, sans qu'il les eût jamais dallés. *

Sainte-Marthe aurait pu ajouter à cet «'•logo précis, i|ue tous ces rois que servit Cassiodore étaient ariens, et que non-seulement sa foi ne soullril rien de sa présence à leur cour, mais qu'il les amena souvent i seoir l'Eglise catholique.

11 est certain «pie oans la position Cassiodore avait été à même et de connaître et e servir ceux qui, au sixième siècle, briiic* renl en Italie, au sein des cloîtres et de* monastères; il est plus certain encore qu" ces saints personnages jouissaient de >u:i estime et de sa considération. L'expérien e a prouvé qu'il leur portait une sainte en»ie; il avait souvent devaut les yeux l'exeini'ie de princes et de princesses qui renooçaiat à la cour pour embrasser la vie religieux et ces exemples, comme il le dit lui-men*. étaient fort propres à lui inspirer le m^Pr,; du monde et l'amour de la retraite. H f'1 étonnant qu'il ail tant tardé à le suivre! .Vu* allons voir comment enlin de l'estime cl la vénération , il pas<a à la pratique «lan* âge lot t avancé qui aurait été pour un z^* une excuse ou au moins un prébili' I ir

ne pas céder è l'appel du Seigneur. Quand Kavenne fut prise, déjà depuis quelques années Cassiodore n'était plus à la cour; sa retraite fut peut-être aussi funesto aux intérêts des Goths que les armes de Bélisaire. J'ai dit qu'il se retira dans la solitude en l'année 538 ou l'année sui vante, et qu'il approchait lui-même de soixante-dix ans. S'il apporta au désert son corps déjà courbé peutêtre par les années, il n'y apporta pas du moins les restes languissants d'unevie mondaine et déréglée, un esprit corrompu par les maximes d'une politique louie païenne; un corps usé do débauches et de délices; des mains coupables d'exactions ou de larcins commis sur le public, etc. Les Cenluriateurs de Magdebourg (protestants comme on sait) se trompent donc ou trompent en disant que la retraite de Cassiodore fut forcée; elle eut tout le mérite de la pleine liberté, car ce grand homme, vénéré de tous, soit en considération de sa vertu, soit en considération de son illustre farnillp, n'avait rien h craindre, ni dos Goths, ni des Romains. L'abbé Trithème se trompe aussi en insinuant que la mort de Boëce, attribuée aux soupçons mal fondés de Théodoric, inspira à Cassiodore la pensée de se retirer pour éviter une lin aussi malheureuse. On vient de voir que Cassiodore resta à la cour longtemps après !e règne de Théodoric. Ici deux questions se présentent: Où se retira Cassiodore? Embrassa-l-il la vie religieuse lui-même? A la première question on répond que l'abbé Trithème se trompe en disant que le célèbre ministre prit l'habit de religieux dans un monastère situé près de Ravenne, ce qu'ont assuré après lui plusieurs auteurs tels que Rubée, Ughelle, Caspinien, etc. Il n'est pas probable que se reliront du inonde, Cassiodore ait choisi sa retraite près de la ville capitale du royaume d'Italie , où la courprécisément résidait presque toujours. Néanmoins cette raison estfaible et n est qu'une présomption ; il y en a de

r>lus fortes. D'après ce que Cassiodore dit ui-même dans son livre de l'Institution, il est certain qu'il su retira dans un monastère qu'il avait fait bâtir; or il n'en a fondé, ni à Ravenne, ni dans le voisinage. Le monastère de Cassiodore était en partie sur une montagne, selon la description qu'il en fait et que je vais rapporter, description qui ne peut convenir aux monastères des environs de Kavenno, dont le terrain est bas et marécageux. Il y a tant de conformité entre Ja situation de Squillace, patrie de Cassiodore, et la description de son monastère qu'on ne peut douter que ce monastère ne fût dans cette dernière ville ou dans les environs. « La situation du monastère de Viviers» » dit-il à ses moines, • vous invile et vous engage à préparer bien des soulagements pour Tes étrangers et pour les pauvres. Vous avez des jardins arrosés de canaux, et le voisinage du petit fleuve Pel-

(!) Le père de Sainlc-Marlbe dit que c'est ce qui donna le nom de Vivien au monastère. On appelait

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line qui est fort poissonneux, et qui a cela de commode, que vous ne devez pas craindre d'inondation de l'abondance de ses eaux, quoiqu'il en ait assez pour n'être pas à mépriser. On a su le conduire, pour votre commodité, partout où l'on a jugé ses eaux nécessaires. Jl suffit pour arroser vos jardins, et pour faire tourner les moulins de votre monastère. On le trouve fort à propos orsqu'on en a besoin ; et après qu'il a rendu le service qu'on en attendait, on lo voit se retirer. Il est, pour ainsi dire, entièrement dévoué à tous les ministères do votre maison, v Ceux qui verront ces lignes sur les eaux du Pellène se rappelleront ce que saint Bernard a dit si agréablement de l'Aube qui traversait son monastère, et donnait ses eaux aux lieux où elles étaient nécessaires. C est un avantage précieux pour un monastère que d'avoir ainsi l'eau à son service et a sa discrétion. A l'abbaye de Savigni, près de Louvigné du désert, un ruisseau après avoir passé sous le couvent et servi les lieux réguliers, allait se jeter dans la rivière de Chambène.

Cassiodore continue: « Vous avez aussi la mer au bas du monastère, et vous pouvez y pêcher commodément en plusieurs manières. Vous avez encore des viviers (11 pour y conserver en vie le poisson de votre pêche; car j'ai fait faire, à l'aide de Dieu, de forts beaux réservoirs, où une grande quantité de poisson peut être renfermée. Je les ai fait creuser dans la concavité de la montagne, de sorte que le poisson qu'on y met, ayant la liberté de s y promener, d'y prendre sa nourriture ordinaire et de se cacher dans les creux des rochers comme auparavant, ne sent pas qu'il est pris. * Voilà ce que dit Cassiodore de son monastère de Viviers, et c'est la même chose que ce qu'il a écrit dans la 15' lettre, livre ix, en faisant la peinture de sa maison de Squillaci ou Squillace. Il paraît donc constant que c'est Squillaci, ou quelque maison voisine de cette ville, que Cassiodore choisit pour être le lieu de sa retraite. Cela paraîtra encore plus clair par ce que je pourrai ajouter. Disons, en attendant que la manière dont saint Bruno parle ou décrivant le lieu de sa retraite, près de Squillace, pourrait faire croire que ce lieu n'était pas éloigné du monastère de Cassiodore, car il dit qu'il était vers l'extrémité de la Calabre... dans un lieu très-agréable, d'un air fort tempéré cl fort sain.... qu'il était environné de collines, qui s'élevaient doucement... qu'il était arrosé de ruisseaux et defonlaines... qu'il était ornéde jardins et do vergers agréables, etc. (voir l'épure de saint Bruno à Raoul ou Radulphe, au tome VdeSurius). Le cardinal Baroniusapeineàcroireque le monastère dont il s'agit fûtprèsdeSquililari, parce qu'il ne trotrve aucun auteur qui parle de ce fleuve de Pellène. Or, on peut répondre que l'on ne saurait affirmer qu'aucun auteur absolument n'en ait parlé, mais

aussi VinVri des parcs où Ton enfermait des bétes sauvage».

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que cel.i vieillirait de ce que Pellène n'est qu'un ruisseau ou petite rivière, la môme probablement qui est celle qu'on appelle Squillacci. Lésantes de laCalahie indiquent deux petites rivières qui se joignent au dessous de Squillaei et se jettent dans la mer. D'ailleurs deux lettres de saint Crégoire le Grand lèvent la difficulté, en disant que lo monastère deCastel était voisin de Squillaei; or Caslel était uno seconde communauté bdtie par Cassiodore dans le voisinage do la première. Depuis longtemps (Assiodore méditait son projet de retraite; il avait donc fait accommoder à son loisir son manoir ou sa terre de Viviers pour en faire un monastère paifait et commode, aliu que les moines, n'y manquant de rien, n'eussent pas la nécessité d'en sortir, et ne trouvassent pas ainsi l'occasion de se dissiper dans le monde. Ainsi l'a fait saint Benoît dans le C6' chapitre de sa Hègle où il prescrit aussi de semblables précautions. Avec la commodité des bâtiments, une vue étendue et agréable, la beauté des jardins, les eaux, les canaux, les réservoirs remplis de poissons de mer, cl les moulins dont j'ai déjà parlé, le monastère de Cassiodore avait encore des bains pour les infirmes. Le fondateur avait l'ail conduire pour cela des fontaines d'une eau excellente a boire, et salutaire à ceux qui usaient de ces bains. Cela est encore conforme au chapitre 3C de la Règle de saint Benoît. Il avait pourvu son monastère d'horloges, dont les unes marquaient les heures au soleil, les autres par le moyen de l'eau qui imitait le cours du soleil et 'servait pour la nuit aussi bien que pour le jour; c'est-àdire qu'il avait procuré des cadrans et des clepsydres. L'usage de ces derniers est aujourd'hui à peu près passé. Le seul que j'aie vu (en 18 19) est à la grande Chartreuse. Do plus, Cassiodore avait procuré au Viviers des lampes perpétuelles laites avec beaucoup d'art, qui conservaient toujours la lumière et s'alli:iiei)laienl elles-mêmes sans qu'on y louchât ou qu'on les remplit d'huile. Je vais bientôt parler de sa bibliothèque. Le père de Sainte-Marthe < hercho à ju>lilier Cassiodore du luxe établi à Viviers, en disant qu'il y a tout sujet de croire qu'il tira de son palais tout ce que je viens d'écrire de plus curieux el qu'il le ût transporter au monastère. Néanmoinsileut peur que ses frères n'attachassent leur cœur a des choses sensibles. C'est pourquoi après leur avoir dit que leur monastère était si ûbondamuient pourvu de toutes choses qu'ils n'avaient pas lieu de désirer de passer en d'autres maisons, tandis que les autres moines recherchaient le séjour de Viviers, il les avertit que le plaisir qu'ils peuvent prendre dans l'usage de ces biens est fragile et passager, et que ce n'est pas en cela qu'ils doivent mettre leur espérance, mais en ce qui est éternel, et qu'il faut qu'ils élèvent tous leurs désirs Versée qui peut leur faire mériter de régner

ViV r,so

avec Jésus-Christ. Le P. Sainte-Marthe <!ii encore que ce qui peut excuser Cassiodore sous un autre point de vue, c'est que luimême avait fait de ses propies mains ,c. qu'on voyait de plus curieux dans son monastère, ces horloges el ces lampes, ouvrage qu'il ne jugeait pas iudigne de son occupa, tion après que Boëce avait donné à ces travaux une grande partie do son loisir; car le roi Théodoric le pria par une lettre de frire, deux horloges, l'une au soleil, l'autre a l'eau, que le roi de Bourgogne iui avait demandées, à quoi il obéit. Cela fait présumer avec raison qu'il avait coutume de donner une pnrlie do son temps à ces sortes d'ouvrages, sans quoi il n'aurait pas été si adrf.il, et il n'aurait pas passé pour le plus habile ouvrier de son temps (1).

Le monastère do Viviers était si vase»

que Cassiodore lui-même au chapitre 'M' de ses Institutions lui donne le nom do ville. Aussi était-il double, et outre les édi;ices qui étaient destinés aux cénobites, il y avait sur la montagne des cellules séparées comme autant d'ermitages, pour ceux qui aimaient le genre de vie des anachorète, ainsi que je l'ai dit en parlant de Castel. Cassiodore appelle tantôt Viviers ot Castel deux monastères , tantôt il n'en fait qu'un seul. Les deux maisons étaient à la vérité sous la même clôture, mais elles suivaient des exercices ditférenls el avaient chacune leur abbé. Il fallait de grands revenus pour l'entretien d'un monastère ainsi établi; le pieux et généreux fondateur eut soin de le doter richement lui laissant une grande partie de ses biens. Comme plusieurs vassaux en dépendaient, il ordonna à ses religieux et aux abbés qui les gouvernaient, d'avoir un extrême soin d'instruire les paysans leurs sujets, de les former aux bonnes mœurs, d'empêcher leurs vols et leurs superstitions, de les faire assembler souvent clans le monastère pour les avertir de leur devoir el pour leur donner une Règle de vie; mais il recommande en même temps a ses enfants de ne point charger leurs vassaux, et de ne rien exiger d'eux que ce qu'ils étaient obligés à pa>er.

Comme l'Office divin tient le premier rang entre les exercices de la vie monastique, Cassiodore eut soin de le régler. Il reconnaît sept Heures différentes destinées à la psalmodie pendant le jour, et il explique à ce sujet, comme fait saint Benoit, au seizième chapitre de sa Hègle, ce verset du psaume r.wm : Septies in die laudem dixi tibi.tfai chanté vos louanges sept fois te jour. » Ces Heures sont : Laudes, qu il appelle 3Jatintst comme le fait saint Benoll; 'lier«e, Seïte, Noue, Vêpres, qu'il appelle tucernaria (c'està-dire, l'Office qui se fait à la lumière),Coinplies; 5 quoi il joint les Nocturnes ou Veilles de la nuit. Il ne nomme poitil Prime (Office plus ancien dans l'iîglise que Compiles); et c'est étonnant, car il fait assez coui-

DICTIONNAIRR

(li On dit cpie le tenseur Sopion Nasica fut l'inventeur du clepsydre.

t58t VIV DES ORDRE

prendre ailleurs que Ton chantait cotte Heure dans son monastère, car après avoir parlé Jes Laudes, qui sont composées de psaumes, il ajoute, dans la Préface de son Commentaire sur te$ Psaumes, que les psaume* consacrent aussi Prime, ou la première Heure; ii fait ensuite mention des six autres Heures de la journée, que ie viens de nommer. Il veut, comme saint Benoît, que le psaume xc soit chanté à Complies, |>our terminer les actions de la journée, et a l'entrée de la nuit. Il y aurait peut-être une remarque à faire sur ce que dit Cassioilore des horloges de différentes espèces qu'il avait données s> ses moines. « Nous vous les avons procurées, dit-il, afin que les soldats de Jésus- Christ, avertis par des signes certains, comme par des trompettes résonnantes, soient appelés et assemblés pour réciter l'Office divin. • Paroles qui nous font supposer que ces horloges sonnaient comme les noires, ou qu'on se servait, dès lors comme aujourd'hui, de cloches pour assembler les moines h l'oratoire, aux heures de l'Office. Mais l'usage des cloches est-il aussi ancien? Quelques personnes reportent l'usage de convoquer le peuple par le son des cloche.*, au temps d'Auguste. Au mot campana, le Glossaire de Du Gange rapporte ce sentiment.On sait que saint Benoit appelle signe l'instrument qui doit servir à convoquer les religieux. Cassiodore recommande de lire les conférences de Cassien, mais déjà il avertit des erreurs où est tombé cet auteur célèbre, et de la critique qu'en ont laite et saint Prosper, et saint Victor évêque de Martyrit en Afrique, ville inconnue, et qui est sans Joute Mactara, dans la province de Bizaoène. Il recommande aussi la lecture des Vies des Pères, des Actes des martyrs, etc. Il exhorte surtout à fuir la paresse et h s'appliquer particulièrement à la méditation de l'Ecriture sainte. Avant de parler des éludes, il est à propos de parler du travail des mains prescrit à Viviers; il y a dans les expressions de Cassiodore quelque chose qui nous étonne et insinuerait qu il réservait le travail des mains è ceux-là seulement qui seraient inaptesaux études supérieures. «Si,» dit-il, « un tempérament froid qui glace le sang dans les veines, comme parle Virgile (Georg. n, UJ3), elquiassiégele coeur, empêche quelques-uns des frères de devenir parfaitement savants dans les Lettres sacrées ou dans les sciences humaines, il faut qu'après avoir acquis une science médiocre, qui leur serve de fondement, ils prennent pour eux ce que le même poêle chante '.Que tes champs me p lai' sent, et les ruisseaux qui arrosent les plaines. En effet, ce n'est pas une occupation contraire à l'état des moines de cultiver les jardins, de labourer la terre, de se réjouir de l'abondance des fruits qu'on recueille, parre que nous lisons dans le psaume cxxvn (t 2) : l'on* vivres des travaux de vos mains, et en cela vous serex bienheureux, et vous vous trouvères bien. Il marque ensuite les auteurs qui ont écrit de la maison rustique, de l'agriculture, etc. N'osl-il pas, en effet,

RELICIKUX. VIV I58Î

surprenant de voir dans V Institution de Ossiodorc, qu'on peut ^regarder comme le recueil de ses constitutions ces paroles que nous venons de rapporter : Ce nest pas une occupation contraire à l'état des moines de cultiver les jardins, de labourer la terre f Entre tous les travaux des mains, il donne toujours la préférence h celui de transcrire les livres, comme il s'en explique dans un chapitre exprès (le trentième) de son Institution. La raison qu'il en apporte est que les moines, en lisant et relisant si souvent les saintes Ecritures, ce qui est nécessaire pour les tran>crtre, non-seulement s'en remplissent l'esprit, niais encore ré|tandent partout la doctrine céleste, qui fructifie dans les âmes. Cassiodore donne encore h ses religieux, et c'est une circonstance importante ue nous no voulons point omettre, il leur onnedonedes règleseldesinstructionspour s'acquitter bien d'un si important travail, pour écrire correctement, et pour corriger prudemment les fautes qui so seraient peutêtre glissées dans leur original, ce que des ignorants et des écrivains peu habiles ne sauraient entreprendre sans s'exposer h tout gâter. Mais nousdemandons quel cslcelui qui sera assez habile certainement? quel est celui qui ne se le croira pas? De l'erreur ou do l'opinion do tant de copistes trompés sont venues, n'en doutons pas, tant de fautes dont plusieurs manuscrits sont remplis. Si nous avions eu l'autorité de Cassiodore, nous aurions prescrit, môme aox plus habiles, de laisser au moins en marge, puisque les notes étaient rares alors, ce nous semble, les variantes auxquelles ils croyaient pouvoir substituer d'autres expressions.

Il ne faut (tas conclure, de ce qu'il n'est parlé ici que des Lettres sacrées, qu'on ne connut pas à Viviers les Lettres profanes ; on parlant de la bibliothèque , nous prouverons le contraire. Aux écrivains antiquaires, il joignit des correcteurs ou réviseurs, pour relire les manuscrits {Institution, chap. 15), et il les pria de ne rien corriger qu'après avoir consulté les gens habiles. Il veut aussi que dans les corrections qu'ils feront, ils imitent la main de l'écrivain du manuscrit, afin que rien n'en gâte la beauté. Après l'nrtd'écnre, Cassiodore n'en estima point de plus conforme è l'étal de ses religieux quo celui de relier les livres, de les couvrir et d'en enrichir la couverture. Pour les faire mieux réussir dans ce travail, il se donna la peine de dessiner les différentes manières ou formes do couvertures de livres, afin de laisser liberté au choix et facilité au goût. Dans le chapitre trentedeuxième de r/ni/iiu/ioft, il appuie sur les devoirs de la charité. Il veut qu'on ait un soin particulier des pèlerins, des imuvres et des malades. « Recevez e» logez les pèlerins et les voyageurs avant toutes choses ; faites l'aumône, revêtez les nus, donnez du pain à ceux qui ont ftim. » Un chapitre entier do ce livre de Y Institut ion est adressé aux religieux chargés du soin des malades Non-seulement Ca>siodorc veut que les in-

|.)i>3 VIV IMCTIM

liriniers servent les malades « 1 1 .*» i s il exprime lo désir qu'ils se rendent Irès-habiles dans la médecine et la pharmacie, et pour cela il leur prescrit les livres tant grecs que latins qu'ils doivent lire. Sa bibliothèque en était bien pourvue. Il ne faut pus oublier que Ton n'avait pas encore lu défense l'aile aux moines et aux clercs d'exercer la médecine; défense faite dans le canon 9 du Concile «le Rome, tenu sons Innocent II. Quoique Cassiodore recommande avec tant «le soins ces exercices de charité à l'égard des étrangers et des malades, il nous parait certain qu'il n'avait pas fait de Viviers un hôpital, ni de ses religieux des hospitaliers, et il n'a probablement parlé des soins à donner aux infirmes et aux pèlerins, que dans le sens dont a usé saint Benoit lui-même dans le chapitre trente-sixième de sa Bègle; or les Bénédictins n'ont po:nl des infirmiers d'hôpitaux.

Il est étonnant qu'après nous avoir mis en état de connaître si largement l'esprit que Cassiodore voulait établir à Viviers, le livre de V Institution nous il i se si peu de chose de l'austérité corporelle et du régime des moines. La nourriture des religieux était frugale et conforme à leur état de pénitence. Cassiodore semble dire dans la Préface sur le Psautier qu'ils jeûnaient ordinairement jusqu'à l'heure de Noue, c'est-h-dire jusqu'à trois heures du soir, parce qu'il marque que celle heure de l'Office était le signal pour rompre le jeûne. Ce t à peu près tout ce qu'on a pu recueillir du genre de vie que le pieux fondateur donna à son monastère.

Nous ne pouvons savoir non plus quelles étaient la forme et Sa couleur de l'halnt des frères, mais il esta présumer qu'elles étaient semblables à celles qu'avaient admises les autres monastères d'Italie à celte époque, et vraisemblablement celles que prescrit la Bègle de saint Benoit ne s'écartaient guère de l'usage général. Le genre spécial du la fondation dcCissiodore demandait une bibliothèque que le généreux instituteur ne manqua pas d'y mettre en rappor t avec tout ce que nousavonsdit de sou muuastère. Bien n'y fut épargné, ni pour le choix des livres, ni pour la beauté des manuscrits, ni pour les ornements de la couverture et de la reliure. Ayant appris que saint Anibroise avait fait des commentaires surJéiéiuie et autres prophètes, il mil tout en œuvre pour en enrichir la collection de son monastère; mais n'ayant pu les découvrir, il recommanda à ses frères de les rechercher avec toute la diligence possible. Leurs ellorts furent sans résultat, puisqu'aujourd'hui même on ne les a point encore, et que l'on ne sait pas si le saint évôque a réellement fait ces commentaires. Pour se donner une idée juste de celte bibliothèque de Viviers, il ne faut pas oublier que Cassiodore avait fait île son monastère une académie- où lui et Dcnys le Petit enseignèrent* avec-un travail infatigable les saintes lettres et môme les sciences profanes, afin de préparer par là les esprits à l'intelligence des livres divins. Les livres ne

NAIBF. VIV 1.V<1

suffiraient pas pour rendre savants, au moins la Héné. alilé de ceux qui s'en servent, si l'on n'avait des maîtres habiles. C'est pour celé que Cassiodore chercha des professcuis excellents pour instruire ses religieux, et pour tenir les saintes écoles qu'il avait établies, ne suffisant pas seul à un si pénible travail, dont il voulut néanmoins avoir sa part, sans considérer que ni son fige avancé ne lui laissait assez de forces pour de si grandes fatigues, ni les exercices réguliers et ses compositions tout le temps dont il avait besoin. Il chercha un collègue solule dans la personne de Denys le Petit, que nous venons de nommer, et dont lui-même nous a labsé l'éloge. Il nous dit, entre autres choses, qu'il ne se souvient jamais de cet illustre collègue, sans rougir de se voir si éloigné de son mérite.

Les livres des sciences naturelles et profanes étaient aussi admis avec empressement et abondance dans la bibliothèuue du Viviers; Cassiodore nous le prouve dans la recommandation qu'il l'ait à ses religieux dans le soin des malades et en d'autres circonstances. Il nous suffit, d'ailleurs, pour abréger cette particularité de la vie et des dispositions de Cassiodore, de rappeler que son biographe, le P. de Sainte-Marthe dit qu'on doit regarder cet illustre fondateur comme le restaurateur des sciences dans le sixième siècle, et comme le grand héros des bibliothèques. Il n'y en a point de considérables qui ne lui aient des obligations intimes, puisque c'est par ses soins qu'on a conservé plusieurs ouvrages des anciens, qui auraient péri par les guerre» cruelles dont l'Italie, la Sicile, l'Afrique et plusieurs autres provinces furent désolées do son temps , s'il n'avait été aussi zélé qu'il le fut à les faire transcrire pour les multiplier, et s'il n'avait donné l'exemple à lu postérité, particulièrement aui moines, de s'occuper à ce travail honnête et utile a la république dos lettres. Il n'v a donc point de grandes bibliothèques où l'on ne dût lui ériger une statue par une juste reconnaissante. » C'est ici le lieu de rappeler que Cassiodore était l'ami des hommes distingués dans les lettres et les sciences à l'époque où il vivait, et qui habitaient les mêmes contrées, tels que le prêtre Bellator, savant auteur ecclésiastique, malheureusement trop peu connu, et l'illustre Boéce, que lout le monde connaît.

Cassiodore embrassa-l-il de lui même l'état religieux? Suivait-il à Viviers la Règle de saint Benoît? Seconde question à laquelle nous allons répondre. Il est évideulque Cassiodore pouvait fonder son célèbre monastère sans s'engager à y contracter les obligations des moines; sa qualité de fondateur, l'autorité que lui donnaient sa position, sa vertu, son savoir lui auraient permis de prescrire des lois aux religieux de Viviers sans être religieux lui-môme. Il paralira;t assez plausible de croire qu'âgé de 69 ou 70 ans, il n'eût guère été apte, lui élevé » lu cour, à suivie un régime qui prescrivait

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