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Cependant, an moment où il semblait m elle dût être appelée à entrer dans le Holire, sa mère, oubliant les serments quelle-même avait faits à Dieu, désira que sa tille s'engageât dans les liens du mariage. Antoinette obéit et épousa, n'étant âgée que de 16 ans, Charles de Gond 7, marquis de Beilisle, bis aîné d'Albert, duc de Retz, maréchal de France. La solennité des noces eut lieo è Paris, le 1" mars 1588, en présence do roi Henri III, de la reine mère et de la reine.
Cette union fut de courte durée; le marquis de Beilisle fut tué au mont Saint-Michel, en 1596, laissant deux fils en bas fige. Sa veuve s'occupa de régler les intérêts de «s enfants, et, après y avoir mis ordre, elle 4 !ivra tout entière aux pratiques les plus «mère*, a tel point que. pendant une année entière, elle ne vécut que de pain et J'eso. Résolue de quitter entièrement le monde, elle voulut se faire recevoir parmi le» filles de l'Are Maria de Paris, qui passaient arec raison pour observer une règle très-rigoureuse; mais, comme ces saintes filles d admettaient point de veuves, elle dnl •-wneer à son projet, et elle se présenta mi Feuillantines, nouvellement établies à Toulouse. Cet ordre était alors l'un des plus austères, et ce fut précisément par ce motif qa'Anioi nette d'Orléans choisit ce lieu de refait, éloigné des parents et des amis qu'eUe, comptait en grand nombre à la cour, tes dimcaltés sérieuses s'opposèrent à son tk»sem; elle les surmonts, et reçut l'habit avec Je nom d'Antoinette de Sainte-Scholasbq je, le 1- novembre 1599. Son beau-frère, fletr; de Gondy, alors évêque de Paris, essais, mais en vain, de la détourner de son ; rvjet; elle fut si inébranlable, et les raisons qu'elle lui donna firent une telle imfeession sur son esprit, qu'il finit par lui conseiller lui-même de persévérer dans un k*sein qui venait de Dieu. Antoinette fit i;onc profession le 6 janvier 1601.
Antoinette vivait depuis cinq ans dans sa retraite, lorsque le Pape Paul Y lui adressa, mr la nomination faite par le roi Henri IV, des bulles de coadjulrice de Fontevraud. Antoinette, qui n'aspirait qu'à vivre et à mourir ignorée dans la solitude où elle s'était elle-même ensevelie, refusa ces marojoes éclatantes de distinction et d'honneur; mi* le Souverain Pontife lui envoya un bref particulier par lequel il lui enjoignit,. yo\ii peine d'excommunication, de se rendre incessamment a Fonte vraud pour assister sa tante Eléonore de Bourbon, à qui le poids des années ne permettait plus de rempur les devoirs d'abbesse dans les temps difficile* où une réforme radicale était si désirable.
Antoinette obéit, mais avec l'espoir de se laare décharger bientôt du lourd fardeau ho» lui imposait l'honorable conûance du chef de l'Eglise. Ce fut alors que Dieu sut aienuer entre la coadjulrice et le P. Joseph des rapports qui devaient aboutir à la plus
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grande gloire de son nom. Le P. Joseph Leclerc du Tremblav, Capucin, comme nous l'avons dit ailleurs, était issu d'une noble maison qui avait fourni aux cours souveraines de nombreux et sages magistrats, et il était doué lui-même des plus brillantes et des plus heureuses qualités. C'est, ainsi que nous l'avons vu, un des hommes qui ont joué un rôle important au xvn* siècle.
Le P. Joseph n'était pas encore parvenu au degré de puissance qu'il atteignit plus tard, et il n'avait que 29 ans, lorsque Antoinette le sollicita de vouloir bien prendre sa direction spirituelle- Le P. Joseph venait de réussir dans une affaire délicate : il était
})arvenu a faire accepter franchement la réormation dans l'un des monastères les plus importants de l'institut de Fontevraud; nous voulons parler de celui de Hautesfiruières; mais la charge qui lui était proposée par Antoinette d'Orléans evait aussi de grandes difficultés. En effet, honoré de la confiance d'Eléonore de Bourbon et de celle de sa nièce, il devait, pour répondre h l'une, faire tous ses efforts afin que la nièce ne répudiât point le titre et les devoirs de la coadjutorerie, tandis que, pour répondre à l'autre, il aurait dû renvoyer la coadjulrice dans sa retraite chérie de Toulouse, loin du bruit, du tumulte et des agitations d'un cloître devenu trop mondain pour elle. Dans cette étrange perplexité, le P. Joseph eut recours è la prière, et lorsque, après une étude approfondie de sa pénitente, il eut acquis la conviction que la volonté de Dieu l'avait amenée là où elle avait été conduite, il s'adressa directement au roi et a son conseil, qui s'occupaient avec soin des intérêts de 1 institut de Fontevraud, et, avec leur agrément, il obtint du Souverain Pontife un nouveau bref par lequel il était enjoint, sous peine d'excommunication, à Antoinette d'Orléans, de prendre aussitôt le gouvernement de l'ordre, avec assurance de succéder à sa tante. Cette certitude qui, pour toute autre, eût été peut-être un sujet de joie, était pour elle une source d'amertume; mais elle dut se soumettre à l'injonction du chef de l'Eglise, et obtint de grands succès dans les réformes qu'elle introduisit au sein de l'institut de Fontevraud, parce que les religieuses qui avaient paru le plus opposées à ces réformes, regardant la coadjulrice comme étant déjà leur abbesse, lui obéirent aussitôt, acceptant par raison ce que leurs sœurs avaient souhaité par esprit de piété.
Le monastère chef d'ordre ayant été rappelé tout le premier à la ferveur et è l'observance de la règle, les maisons qui en dépendaient suivirent bientôt cet exemple. Or le monastère de Lencloltre s'était ressenti plus que tous les autres peut-être des tristes effets produits par les guerres civiles et religieuses el par le malheur des temps; un relâchement fâcheux s'était introduit dans cet asile saint, et le mal était profond. Uuo supérieure digne de ce titre vénérable y
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avait été envoyée; mai* ses etl'orls et sa p:été n'avaient pu obtenir des résultats satisfaisants. Cette supérieure se nommait Mme de Harleux; elle pria donc la coadju- Iricc de Fontevraud de s'occuper elle-même de reltc importante alfaire, et d'en confier le soin au P. Joseph, re qui eut lieu avec un tel succès, que le monastère de Leneloître devint un modèle de régularité.
Sur ces entrefaite*, la Mère Antoinette d'Orléans ohtint du Souverain Pontife un bref adressé le 3 novembre 1009 au cardinal de Joyeuse, et en vertu duquel, après examen des raisons exposées par la pieuse princesse, il lui fut permis de reprendre sa liberté et de se retirer chez les Feuillantines de Toulouse. Mais Antoinette garda le secret de cette autorisation jusqu'à la mort de sa tante, laquelle arriva le samedi d'avant les Hameaux. 26 mars 1611. Sur le refus formellement exprimé par la princesse dese mettre en possession de l'abbaye, et après le consentement du roi, il fut procédé à une élection, et les suffrages désignèrent pour abbesse Louise de Lavedan de Bourbon.
Antoinette put se retirer à Lencloîlre, où elle choisil douze religieuses de chœur qui s'engagèrent à suivre la règle extrêmement sévère et mortifiée qu'elle leur imposa.
Le Pape Paul Vr, pour seconder les projets du P. Joseph en ce qui touchait la réforme de Fontevraud, crut devoir alors nommer Antoinette d'Orléans coadjutrice de la nouvelle abbesse, comme elle l'avait été cTKléonorede Bourbon, en lui conférant des droits fort étendus, et notamment celui de nommer des supérieurs, de visiter ou faire visiter les couvents, et d'établir un séminaire où seraient reçues les religieuses qui voudraient suivre une vie plus austère. Une somme de 3.000 livres devait lui être fournie par la maison chef d'ordre.
En peu de temps l'asile de Lencloîlre devient une pépinière de saintes filles; dans l'espace de six années, cent novices y sont reçues; les bâtiments sont remis en état; l'église est disposée d'une façon plus conforme aux prescriptions religieuses. Le monastère d'hommes, situé dans l'enclos, se ressent aussi de celte heureuse influence; en deux années près de trente novices y sont accueillis, mais ils sont bientôt retirés par l'abbesse de Fontevraud, qui les dissémine dans diverses maisons de l'ordre. Cependant les touchants exemples de ferveur et de régularité que donnait la sainte coadjutrice excilenl le zèle de ses compagnes, qui lui demandent la grâce d'observer avec elle, dans toute sa rigueur, la règle de saint Benoît. Mais Antoinette comprend que, tant u'elle résidera dans un monastère dépenant de Fontevraud, elle n'aura pas la liberté qu'exige une telle résolution; elle consulte l'évôque de Poitiers et lui demande de lui indiquer dans sa ville épiscopale un lieu où elle pourrait faire construire un monastère pour s'y retirer avec ses plus ferventes compagnes. L'évôque y consent, et
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la première pierre e-t pn-ée vers l.i fin <fe Tannée 1614 au nom de la fondatrice; nui* les troubles politiques qui surviennent en Poilou apportent à la construction du pieux asile un retard que la princesse fait tourner au profil des populations au milieu desquelles elle vit, et qui lui doivent les ménagements extraordinaires dont elles sont l\»l>jet de la part des hommes de guerre.
Cependant il fallait que le Saint-Siège aiitoris.it la séparation nue projetait la Mere Antoinette, et a laquelle l'abbesse de Fnntevraud conseillait d avance. Klu provincial <Jp son ordre en 161 5, le P. Joseph profite .le son voyage a borne pour exposer au Seuverain Pontife le but que la princesse poursuit avec lui. et il obtient un bref portant permission a la Mère Antoinette do sortir de la maison de Lencloîlre pour entrer dans celle qu'elle avait fait bâtir à Poitiers, de quitter lliabit de Fontevraud, de prendre celui qu'elle voudrait pour les religieuses de re monastère, d'y mettre tel nombre de filles qu'il lui plairait, et d'établir d'autres monastères dans les villes d'Angers, de Laval, de Saint-Pol de Léon et autres. Muni du bref signé le 26 avril 1617, le P. Joseph obtient du roi des lettres patentes (!r t-elobre 1617), et, le 25 octobre de la même année, la Mere Antoinette, accompagnée de vingtquatre religieuses, faisait son entrée h Poitiers au milieu d'une foule curieuse et bienveillante. Les abbayes de Sainte-Croix etde la Trinité se disputèrent l'honneur de la recevoir; mais elle se dirigea de suite vers son monastère, dont l'aspect misérable justifiait complètement le nom de Ca'vairr donné à son institut. Elle n'y trouva en elfet que des croix de toul genre. Mais, quoiqu'elle y manquât de lout, au point de ne pas savoir si la vie du lendemain serait bien assurée, elle ne se laissa point abattre; ralfermie par son esprit de foi ci par les consolations de l'évôque, qui prit l'institutsou* sa protection, elle organisa le monastère. Klle mit a sa tôle la plus ancienne religieux, la Mère (îahrielle de l'Espronnière, en religion sœur Saint-Benoît, et se confia dans la Providence pour le succès de son œuvre.
Elle éprouva bientôt de nouvelles angoisses. L'abbesse de Fontevraud, qui avait d'abord donné son consentement, le retira, et défendit de fournir aucuns secours au Calvaire de Poitiers, (pu fut réduit à la plus extrême pénur ie. Klle poussa même le mauvais vouloir jusqu'à porter devant les juges ordinaires son appel comme d'abus du bref du Pape. Le roi, choqué de ce procédé, confia, le 17 décembre 1617. au cardinal <le Sourdis, archevêque de Bordeaux, le soin d'arranger le différend.
La vie misérable que menaient les saintes filles du Calvaire engendra bientôt de cruelles maladies. Quatre sujets furent enlevés rapidement, el la Mère Antoinette ellemême fut réduite a un tel affaiblissement, qu'elle dut prévoir le jour prochain où tiniraient ses souffrances. Mais, pour nous
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