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eiert-er auprès des pauvres malades. Mlles Logeai et Marchangy se réunirent en 1680 dans une chambre que dom de Laveyne avait louée pour elles; d'autres filles pieuses ne tardèrent pas à se ranger autour d'elles, entraînées j»ar l'exemple de leur charité et de dévouement. Parmi elles se trouvait Jeanne Robert.
Cependant, dom dè Lave v ne savait qu'un vénérable curé du diocèse du Mans, M. Moreau, avait /ondé à Montoire un établissecernent semblable à celui qu'il projetait, et que cet établissement, qui déjà avait plus de vingt ans d'existence, le récompensait largement de ses sacrifices et de son zèle, il prit la résolution de lui écrire, pour le conjonr d'admettre dans sa communauté deux des filles qui s'étaient réunies aux demoiselles Legeai et Marchangy, afin de les former aux œuvres de charité qu'on y exerçait. M. l'abbé Moreau consentit a cette demande, et reçut les deux filles de Saint-Saulge qui loi étaient adressées. Elles restèrent seulement six semaines à Montoire, car de nouvelles instanoes de dom de Laveyne, ap- {•uvées par l'évêque de Nevers lui-même, oé.erminèreot le bon curé de Montoire a envoyer à Saint-Saulge Marie-Anne de Goiltet (1), pour diriger pendant quelques temps cette communauté naissante.
Les deux aspirantes revinrent donc à Saint- Saulge avec sœur Marie-Anne de Guillet, qui demeura neuf mois dans celte ville, occupée à former aux exercices de son institut les nouvelles sœurs qui lui étaient confiées (2).
Cependant, M. Charles Bolacre, supérieore du séminaire de l'Oratoire de Nevers, «v<it conçu un projet semblable à celui que dom de Laveyne avait commencé à mettre à exécution. Les pauvres malades et infirmes de l'hôpital étaient surtout l'objet de sa sol-* liritude* et de sa tendresse; non-seulement il avait consacré une partie de son avoir à leur soulagement, mais encore il avait formé, pour venir à leur secours, une société de liâmes charitables, et lui-même trouvait son bonheur a vivre au milieu d'eux.
Il savait que l'œuvre de dom de Laveyne offrait déjà des gages de prospérité, il s'adressa au pieux bénédictin pour le prier de venir à son aide et de seconder ses désirs. Dom de Laveyne fit part à sa sœur Marie- Anne de la demande de M. Bolacre, et convaincu que sa petite communauté pourrait à l'avenir se passer de sa direction, il Vn^asrea à aller remplir à Nevers une* raison semblable à celle qu'il avait remplie à
Sami-Seulge. avec tant de dévouement et de succès. Elle, partit avec les filles qui lut
avaient été confiées, et qu'elles avait formées au soin des malades et à la préparation des remèdes, en même temps qu aux vertus propres à l'état auquel elles voulaient se consacrer.
Le il juillet 1683, Mgr Vallot leur donna l'habit des sœurs de Montoire, qui était, dans le principe, de serge grise, avant qu'on adoptât définitivement la couleur noire. On lit dans un ancien manuscrit de Saint-Saulge :
« Leurs principales fonctions sont de servir et de médicamenter les pauvres, d'enseigner et de catéchiser les petites filles, d'orner les églises et les autres lieux saints. Elles portent l'habit gris et lacoèffe noire (3).
Parmi les nouvelles religieuses se trouvaient Mlle Marchangy, qui prit le nom do sœur Scholastique, et Mlle Legeai, qui conserva le non! de sœur Anne qu'elle portait auparavant. La cérémonie eut lieu dans la nouvelle chapelle de l'hôpital général ; elle avait été consacrée le U septembre 1681. Toutes les sœurs demeurèreut h Nevers encore trois mois, 'pour achever de se perfectionner sous l'habile direction de sœur Marie-Anne de Guillet; au bout des trois mois, une partie d'entre elles retournèrent à Saint-Saulge, ayant à leur tête sœur Scholastique Marchangy , qui leur fut donnée pour supérieure.
Dès ce moment les deux maisons de Nevers et de Saint-Saulge furent régies par les mêmes règles, et ne formèrent qu une même congrégation.
Les sœurs portaicut le nom de sœurs de la Miséricorde, car ce ne fut que plus tard qu elles prirent le nom de sœurs de Charité.
Quant aux deux fondateurs, mus par le même esprit et n'ayant en vue que le bien, ils dirigeaient leur œuvre avec un admirable accord ; ou plutôt dora de Laveyne déféra la direction entière à M. Bolacre, homme plus versé dans les affaires, et que Mgr Vallol avait nommé son vicaire général.
Sœur Marie-Anne, se rendant au désir formel de Mgr Vallot, demeura à Nevers après le départ des sœurs pour Saint-Saulge; afin de continuer la mission qu'elle avait entreprise. Le2i septembre 1684, Mgr Vallot donna l'habit à deux nouvelles sœurs qu'elle avait formées, et le 7 janvier 1683, eut lieu la troisième prise d'habit, qui augmenta de sept novices la petite communauté. La cérémonie eut lieu comme les précédentes, dans la chapelle de l'hôpital, et fut présidée par un vicaire général en l'absence de l'évêque (».
L'œuvre était fondée, sœur Marie-Anne
(I) Les registres de Monto're la nomment de vembre 1710, dépose aux archives de la commu-
CmiiUt H non de Guillot, comme le portent des nauté, les habitants de Dccize demandent deux
<»i.cts in.primées a Nevers. griui d* iïetert pour île» servir leur hôpital ;
ii) Annen re/isire déposé tu archives de la et l'auteur du manuscrit de Sawt-Saulgç, qui ecn-
u»na>uD2uié. vait en 1715, donne a penser qu'alors le costume
■Il On iiMiore à nuelle cporioe la robe noire fut u'avait pas encore été changé,
wtwuuce 1 la rubc grise ; par un acte du 18 uo- (4) Ancien registre de la tongrégauoo-
(M\ PICTIU
<!•• Gui -l iOl retourner à sa <;<>i 1 1 1 1 l 1 1 n *m 1 té
>T .rr- ' re, où on la r»>i lamaita vec m-tani «■■ •n ti:»':r!t" •'•[.'ut trop connu pour qu'on ; Ut i'"iii/;t.T : aussj, malgré une absence * I « • j » 1 1 1 s Me <:i-n\ ai. n, qu'elle avait passés dan* le Nivernais, tous le> Miirrv»'> s'étaient réunis pour la pro> lamer supérieure «1*» la communauté. CepcrHant «ouime e!le avait à cieur 'le voir >*• développer la congrégation «le Nevers, elle voulut que *<:ur Marthe 'Je la Val [elle, son an. -tenue arme, -lout elle conriais-.i;t les talents et la piété, abandonnât h son tour 1 our quelque lem;^ la communauté 'le Montoire, et se r^n-iit h Nevers, atin de consolide;- i «ruvre qu'elle a\ait commencée. SoMir Maithe .'tait une (ille aussi remarquable par *a piété et ses talents rjne par sa naissance. Lu 1G8I, M. Moreau l'avait envmée à Saint-Claude pour y fonder un étal» issement. Au l.out de InTis ans elle le quittaa\ ant étéchargée.en 168'*, sur la demande de .Mme de Mair.tenon, du muii des malades de Saint-Cyr. Malgré sa répugnant e pour un poste qui devait la mettre en rapport avec la liante société elle se soumit par, obéissance.
La bienveillance loute particulière de Mme de Mainienon .'1 son égard contrilma à lui rendre ce sacrifice plus pénible. « Je la vois bien. » lui disait .Mme de Maintenon, « vous êtes comme votre père, qui ne pouvait soulTnr la cour. » La santé de sieur Marthe s'était sensiblement altérée, pendant le peu de temps qu'elle avait habité la maison de Saint-Cyr; elle fut obligée de rentrera Montoire, où elle se remit promptement. Ce fut abus (pie Marie- Anne de Guillet la chargea de la direction de la maison de Nevers. (Kxtrait de la Me dr sœur Marthe de la ValUtte, imprimé à Paris, chez Caume frères, 1853.) &œur Marthe se rendit donc à son nouveau toste, on ne sait précisémeut à quelle époque, mais il est probable que ce fut aussitôt après le départ de sieur Marie-Anne, dès le commencement de l'année 1685; on ignore aussi le temps qu'elle y resta; son départ a dû concourir avec la nomination, comme supérieure générale, de sœur Scholaslique Marchangy, qui eut lieu dans le cours de la môme année, à moins qu'on ne suppose qu'elle soit restée encore quelque temps avec, elle, pour l'éclairer de 5>es conseils et l'aider de son expérience.
Qnoi qu'il en soit, au commencement do l'année suivante, sœur Marthe était de retour à Montoire, et dans le cours de la môme année, l'abbé Moreau lui donna une nouvelle mission; il s'agissait de fonder une maison à Asniôres, près de Bourges.
Il y avait dix huit mois qu'elle dirigeait cette maison, quand Mgr de La Vnllière, archevêque de Bourges, exprima le désir de voir cet établissement transféré dans la ville. Sœur Marthe s'y rendit avec ses compagnes. Elle les avait amenées de Nevers a Montoire pour achever de les former; puis ensuite elle se rendit avec elles à Asnières
1!) Maintenant place Giiy-Cu<|iiille.
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et à Bourses. Malheureusement un directeur peu éclairé, au lieu de seconder h*. s. desseins de cette pieuse supérieure, avait paralysé, soit a Asnières, soit à Bourges, les efforts qu'e'le faisait, | our faire avancer les sepurs dans le» \ertus ( ropres à l'état saint qu'elles avaient embrassé. Bientôt on comprit qu'il fallait se sé:arer. Sœur Maithe pria M. Moreau de lui envoyer de Montoire de nouvelles compagnes. Mgr de La Vrilliere plara les anciennes dans une autre cornu. uuaulô de la ville, niais elles n'y restèrent pas. (Me de dr xa-itr Marthe de La \ ailette. On ignore si elle retournèrent dans le monde, connue elles en avaient le droit; on ne trouve plus aucun renseignement sur leur compte, et à partir de cette époque, on ne remarque plus aucune relation entre les communautés de Nevers et de Sainl-Saulge cl celle de Montoire. Cependant dans I acte passé en 1C91 enire les administrateurs de l'hôpital de Nevers et la communauté des sueurs de Charité, on voit figurer auprès du nom «le M. Bolaere celui de M. Moreau, curé de Montoire. pour lequel M. Bolaere devait se porter fort. 'Archives de la congrégation des soeurs de Nevers.) Comme les sieurs de Nevers n'étaient pas encore approuvées, tandis que celles de Montoire se trouvaient légalement constituées, il est possible que nos sœurs aient tenu encore à se rattacher à elles.
Après la prise d'habit du mois de janvier 1685, une partie des suîurs restèrent à l'hôpital général , sous la direction de sœur Marthe, qui, comme nous l'avons dit, ne tarda pas à venir pour remplacer sœur Marie-Anne de Guillet, tandis que le reste de la congrégation faisait, avec la Mère Marchangy!' l'édification da la ville de Saict- Saulge.
Dom de Lave\ne était au comble de la joie en voyant que Dieu bénissait son œuvre; persuadé «ju'il serait plus facile de la développer a Nevers qu'à Sainl-Saulge, i! avait pensé a y fonder une maison de noviciat; il écrivit donc à M. l'abbé Bolaere pour lui faire part de son nouveau projet. M. Bolaere l'accueillit avec empressement, et la Providence, secondant leur pieux dessein, inspira adeux médecins célèbres, MM. Lena y et Leroy, la généreuse pensée de leur venir en aide. Non contents do favoriser de tout leur pouvoir cet établissement, ils mirent à la disposition des sœurs et leur fortune et leurs talents. Ils leur firent don d'une maison située sur la place Saint-Pierro (1), et se chargèrent de leur faire suivre un cours de médecine et de chirurgie, pour les rendre plus propres à remplir leurs fonctions. La communauté, ainsi constituée, avait besoin d'une supérieure générale; la sœur Scholaslique Marchangy, qui n'avait encore ne vingt-deux ans, bit investie do ce line ans le cours de la même année 1685. ( Vie de sœur Marc ha ny y.)
Six ans plus tard, en ÎG'JI, les administra-
Î5S Cll\ DES ORDRES
\eur* de l'hôpital général, qui avaient déjà pu apprécier les services rendus par les sœur.* de la charité, passèrent un comprom\> avec leurs fondateurs, afin de fixer ces pieuses Qllcs à perpétuité dans cet établissement.
Jusqu'en 1693, la congrégation n'avait a NeTprs q>ie deui maisons : l'hôpital et la maison uc la place Saint-Pierre, où se trouvait le noviciat. Les soeurs avaient encore ouvert dans cette maison des classes payantes et gratuites, et recevaient des pensionnaires. M. l'abbé Bohicre comprit que le local n'était plus en rapport avec le personnel de !a communauté et avec les œuvres, qui prenaient une extension si rapide; il acheta, de ses propres deniers, la maison otaipée maintenant par les élèves de l'école normale et par les Petite* orphelines, rue de la parebeminerie; en 1702, la Mère Mar-
r.angy y ajouta une maison voisine qu'elle acquit avec r.ioq de ses compagnes; plus lard, on agrandit encore cet établissement, par d'autres acquisitions faites à différentes époques. Cette maison fut primitivement rousacrée aux œuvres de charité auxquelles !«s xrurs étaient consacrées, tandis que le noviciat et le siège principal de la communauté furent maintenus dans la maison de la place Saint- Pierre , comme le prouve un acte du 13 juin 1733; on ne sait à quelle époque les sœurs quittèrent ce dernier local.
Dom de Laveyne n'avait pas laissé ses filles abandonnées à elles-mêmes; il leur ttait, dès le principe, donné une règle, que UgrVallot avait approuvée, mais cette approbation tacite ne portait aucun caractère Dtbnel. Ce fut le 6 février 1696 que le prélat, a la requête du promoteur du diocèse, autorisa et confirma la congrégation, ainsi qoe les différents établissements fondés à Nevers et ailleurs, commo aussi ceux qui, à l'jTemr, pourraient être fondés par les Pères de [Oratoire.
Malgré les services éminents quo les «nirs de la Charité avaient déjà rendus, elles n'avaient pu obtenir l'assentiment de l'autorité civile et jouir d'une existence l^le, quand le procureur fiscal du duché, le. Tovaul autorisées par Mrçr Vallot, fit observer au duc de Nevers qu'il serait importai de fixer définitivement cet établissement & Nevers. Le duc ne balança i»as à so rendre à celte demande, et le 1" décembre 1698. il délivra son brevet, portant qu'il tf-osent et donne pouvoir de fonder cet éta- L issement, pour le soulagement des pauvres et l'éducation de la jeunesse.
M. l'abbé Bolacre lut chargé de continuer l'œuvre qu'il avait commencée, en demandant aux autorités leur consentement pour OMentr du roi des lettres patentes. Elles déclarèrent qu'elles n'entendaient nullement être à charge au public ni aux particuliers, parce qu'elles avaient l'intention de continuer, comme auparavant, leurs fonctions •aas recevoir de rétributions.
Dictioms. des Ordres relig. IV.
RELIGIEUX. CIIA 2G6
Cet engagement de n'exiger aucune rétribution ne concernait que les écoles des pauvres et les remèdes fournis aux indigents, car on n'a pas oublié que les sœurs avaient ouvert, dans la maison de la place Saint- Pierre, des classes gratuites et payantes, ainsi qu'un petit pensionnat, vers 1693. Comme nous l'avons dit, elles confondaient dans une même charité les enfants des riches et les enfants des pauvres, sachant mettre l'instruction en rapport avec la position que les unes et les autres étaient destinées à occuper plus tard dans la société. Aussi, à l'égard des enfants pauvres , on a admiré partout leur dévouement et leur abnégation, et d'un autre côté, les connaissances variées de celles d'entre elles qu'on destinait aux classes plus relevées, les firent réclamer dans les grands centres de population, pour diriger les pensiounats.
L'abbé Bolacre déclara en présence des commissaires, quo des personnes charitables avaient acquis pour les sœurs la maison qu'elles habitaient, et que d'autres lui avaient mis en main un fonds de 18,000 livres, tant en terre qu'en rentes, ce qui pouvait suffire pour la subsistance de sept ou huit tilles, nécessaires pour les exercices; et qu'il leur remettra ces fonds, lorsque leur établissement aura été confirmé par des lettres patentes, sans que les capitaux, ni les intérêts ou revenus, puissent être divertis ni employés à aucun autre usage, et sous quelque prétexte que ce soit.
Le 8 janvier 1699, la police déclara, dans un procès-verbal dressé à la suite de celte enquête, que « sous le bon plaisir du roi et de monseigneur, on y donne son consentement, comme à un ouvrage qui n'a pour fin que l'honneur de Dieu, et pour motif qu'une charité désintéressée; à condition, néanmoins, que dans ledit établissement l'autorité des charges des offices de la police sera conservée, et qu'il ne sera fait aucun préjudice aux droits d'icelle. * (Parmentier, Archives de Nevers.)
Pendant qu'on travaillait à les faire reconnaître légalement, les sœurs examinaient avec soin les constitutions, qui déjà leur servaient de règle de conduite; mais ce ne fut que deux ans après qu'elles signèrent l'engagement formel de s'y conformer en tout.
Cependant la congrégation avait déjà un certain nombre d'établissements dans le diocèse, et môme hors du diocèse; les pieux fondateurs comprirent que pour maintenir partout le môme esprit, et conserver l'unité de direction, il serait important de confier cette congrégation à un ordre do prêtres réguliers. Labbé Bolacre, supérieur du séminaire de l'Oratoire, avait pu apprécier la vertu et les talents des Pères de cette maison, et déjà il leur avait confié la direction spirituelle des communautés de Nevers. Nous avons vu dans l'ordonnance de Mgr Vallol que ce sont ces Pères qui ont fondé les pre-
S'j7 Cil A win 10
iniiTs établissements , comme ce >(»nl cfnx qui mit clé chargés tic mettre la dernière main aux constitutions des su'iirs. Leur zèle cl leur dévouement |KUir i cite congrégation lurent tels, que les .Meurs se réuni— lent à M. l'abbé Bolacre, pour les supplier d'accepter la supériorité générale de la congrégation, cl de sVireuper en même temps de leurs intérêts temporels, tant qu'elles ne seraient pas établies légalement dans le royaume, par lettres patentes du roi. Mgr Val lot donna son consentement et les Pères acceptèrent la proposition qui leur Huit laite.
Par le compromis passé avec ces Pères, M. l'aimé Bolacre assurait l'avenir de la congrégation; voulant, en outre, prévenir tout sujet de division entre les maisons de Nevers el de Saint-Saulge, il s'entendit avec dom de Lavevne, et, en 1701, ils signèrent l'un et l'autre un acte, qu'ils tirent signer aussi par les sœurs des deux localités et qui lisait les rapports qui devaient exister entre ces deux maisons et leurs supérieurs.
Les deux fondateurs voyaient avec bonheur leur «eu vi e prospérer ; mais il manquait a cette œuvre le sceau de la perpétuité, le titjHum cui contrailict tur de l'Evangile. En effet, il entre dans les desseins de la Providence que tout ce (pu doit avoir une vie durable porte ce caractère, cl, jusque-là, la congrégation des -omis de la Charité se développait, sans rencontrer la moindre épreuve. Les deux fondateurs semblaient n'avoir qu'un même esprit et qu'une, môme pensée; la ferveur et le dévouement régnaient dans leur pieuse famille; les sœurs étaient vénérées des pauvres el des riches; elles avaient inspiré tant de conliance qu'on leur avait ronlié la direction de l'hôpital général de Nevers. Elles possédaient déjà plusieurs maisons dans le diocèse, et môme au loin, telles que celles de Tulle, de Carcassonne, etc. Le due de Nevers les honorait de sa protection; les olliciers du duc avaient proclamé hautement leur charité et leur dévouement, ainsi que leur habileté; l'évôque do Nevers les environnait de soins tout paternels. Que pouvaient-elles désirer de plus? Ce que sans doute elles ne désiraient pas, Dieu le leur ménageait, comme un gage de sa bonté : la contradiction. Il tant que la branche de la vigne soit tourmentée, avant d'apporter des fruits abondants.
L'esprit ombrageux el tracassicr du xviu* siècle commençait à se manifester; il s'cll'arouthail eu voyant de pauvres lil'es travailler à l'instruction îles entants et au soulagement des malades. Malgré leurs instances, elles ne purent obtenir ni les secours qu'elles avaient demandés, ni l'autorisation et les lettres patentes qu'clics.sollii -ilaient. Les échcvms s'opposaient à l'autorisa! ion de leur établissement sous le prétexte que la ville renfermait trop de couvents et d'églises.
Les apothicaires de la ville réclamèrent,
NA1UK (HA ?rs
parce qu'on donnait la préférence aux remèdes préparés parle-- sieurs et exigeaient que sous peine d'une amende de 'i00 fr. on leur défendit de composer, vendre ou débiter des remèdes composés.
Tout en leur refusant une existence légale, on voulait les soumettre aux droits de mainmorte, et elles eurent longtemps à lutter contre le fisc.
Cependant les sœurs ne se laissèrent pa< décourager: si d'un côté l'esprit philosophique cherchait à arrêter le développement de leur cingtégation, de l'autre nos évoques s'établirent leurs protecteurs et leurs pères, et profilèrent de toutes les circonstances pour leur prodiguer les témoignages de leur affectueux dévouement. Lu 1710, lùiouard Bargedé. confirma la communauté de Saint- Saulge, comme son prédécesseur avait fait pour telle de Nevers. Le 8 décembre, il voulut aller lui-môme visiter le berceau de la congrégation, et en dédier la modeste chapelle à l'Immaculée Conception de la très-sainte Vierge.
Par un acte authentique, la ville de Saint- Saulge avait coulié, en 17H, son hôpital aux sœurs; Decize leur avait donné, en 1710, la même marque de confiance. L'humble famille de dom de Laveyne s'augmentait insensiblement, et avanfsa mort, qui arriva le 5 juin 1719, il eut la consolation «le voir ses lil'es répandues sur dilférenls points de la France. (Juanl à l'abbé Bolacre, on ignore l'époque précise de son décès, mais on sait qu'il conserva jusqu'à ses derniers moments une tendre alfection [tour celle congrégation, à laquelle il avait voué toute son existence ; il ne voulut pas avoir d'autres héritiers que ses chères tilles de la charité, qu'il établit par son testament ses légataires universelles, ni mort dut ôtre postérieure à celle de dom de Lavev ne, à en juger d'après un reçu, donné le 13 avril 1721, par un sieur Berger du Bouchât, curé de Cigogne, pour un legs délivré à celle église par les sieurs de la charité, comme légataires universelles de M. Bolacre.
En 1"2j, la congrégation comptait déjà soixante-. lix établissements, répandus sur dilférenls points de la Fiance, que la Mcre Marchangy avait fondés et visités. Il y avait quarante ans (pie celte vénérable Alèrè remplissait les fonctions de supérieure générale, quand elle fut frappée d'une attaque d'apoplexie, qui la força de déposer le fardeau qu'elle avait porté avec tant de courage; cependant elle put encore, comme assistante, aider de ses conseils et de son expérience la Mère Charlotte Moreau, qui lui surcéda. Elle mouiul le 30 décembre 1720.
La congrégation demeura jusqu'en 17S0 sans pouvoir obtenir du roi les lettres patentes qu'on avait si souvent réclamées. Ce fut M-p Tin-eau qui obtint ces lettres, le 13 septembre 17S0 ; elles furent enregistrées au parlement le 20 décembre suivant"
Ce vénérable préiat, comme ses prédéces-
DES ORDRES RKLIGIEtX.
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«enr«. portait aux sœurs de la charité un intérêt tout paternel; son admirable testament en est une preuve : « Je voudrais, » y «t-i! dit, • faire quelque chose de considérable poor la maison de la charité des sœurs de Nerers, que j'estime très-importante. Je tacherai de le faire de mon vivant. Si la mort me surprend avant que je puisse exécuter mon dessein, ie leur lègue 1,200 fr., que mon exécuteur leur fera paver, suivant qu'il sera instruit de mes volontés. »
Les dernières phrases du testament sont encore pour les sœurs; c'est la dernière F*D*ée d'un père, qui, avant de fermer les jeux à la lumière, jette encore un regard de tendresse sur ses enfants, les bénit, les rwmmande à un ami dévoué, et meurt en paix. « Je ie prie en particulier ( son suc- <v«eur ) de protéger et de soutenir l'établissement des sœurs de Nevers, ayant re- «wna par une longue expérience, qu'il est extrêmement utile à la piété chrétienne , à fé-iueation et au soulagement des pauvres, le? soins qu'il donnera à cette affaire, quoique pénibles, ne seront pas sans consolation. •
En 1789, la congrégation comptait d<*jo pins de cent vingt établissements sur différents points de la France; son revenu éiatt delV,000 livres, tant en biens-fonds qo'en rentes sur le clergé. La modeste maison de la rue de la Parcheminerie devenait tout à fait insuffisante, et la Mère de Molèue avait acheté deux maisons voisines, dans l'intention de reconstruire sur «n plan uniforme et plus approprié aux
'}. C/éV
de la communauté. C était Mgr de S^uiran qui avait conçu ce projet, et qui (ferait fournir les moyens de le réaliser. Il dnnoa, en efTet, les fonds nécessaires pour «ver les deux maisons dont nous avons Hrlé. Comme son prédécesseur, il était tout dévoué à la congrégation, et souvent prodigua aux sœurs les témoignages de re dévouement.
« Ost parce que nous sommes les ser- *»nt« des membres infirmes et souffrants it JéMis-Christ, écrivait à ses sœurs la Mère foMolèue, que nous lui étions si chères, et qu'il ne craignait pas de nous appeler ses fci.es de prédilection. Il était vraiment notre protecteur déclaré, notre ami le plus sincère et le plus effectif , ce respectable préjat. parce qu'il était celui de tous le» mal- Mureux... Quelques heures avant de rendre i« dernier soupir, il ramène ses forces pour dicter un testament, où il nous appelle encore en partage de ce qu'il laisse, pour Nrfaire ces établissements ébauchés. »
bréviaire de de la Mère Pélagie de MMne, 10 novembre 1789. Archiva de la congré-
l*s projets de reconstruction, ajournes F«r la monde Mgr de Séguiran, furent abandonnés forcément, quand le torrent révo- Mionnaire renversa et entraîna dans son tou* les établissements religieux. On
put se convaincre que la philanthropie ne veut pas considérer la charité comme sa .«œur; en cela elle a raison : elles n'ont pas eu le même berceau, elles n'ont pas été nourries du même lait.
t En 1791, les filles dedom de Laveyne et do l'abbé Bolacre furent obligées de se séparer; il ne resta à la communauté que la Mère de Molène, sœur Adélaïde de Molène, sa sœur qui était assistante, sœur Claire îloumier, qui fut maîtresse des novices, sœur Dorothée Marrouch, économe,deux jeunesprofesses de la dernière profession, sœur Château et sœur Aubusson. Avant la fin de la mêmeannée, ces saintes filles furent brutalement arrachées de leurchère maison , et conduites en prison. Là, comme les autrescaptifs, elles attendaient tous les jours la mort.
Outre les sœurs dont nous venons de parler, les registres des prisons contiennent encore le nom de deux autres, sœur Sophie Marly et sœur Pélagie Jalinque; et pourquoi ne raconterions-nous pas ici l'histoire de leur chute passagère et de leur héroïque repentir.
Personne n'ignore que parmi les prêtres oui ont prêté le serment , a cette déplorable époque, un grand nombre ont agi avec bonne foi, sans comprendre toutes les conséquences de cette démarche, dont on avait cherché à dissimuler toute la perfidie; il ne faut pas s'étonner que de pauvres filles, qui n'avaient pas les mêmes lumières, se soient laissé
Sagner; peut-être même, chez elles, le motif éterminant était la charité; elles devaient, en effet, soupirer après le moment où il leur serait donné de revenir auprès de leurs chers enfants, ou de prodiguer aux pauvres malades leur charitable dévouement. Sœur Dorothée Marrouch, sœur Sophie Marty et sœur Pélagie Jalinque demandèrent à être élargies, disant qu'elles étaient dans l'intention de prêter le serment exigé par la loi. En effet, elles sortirent de prison, et prêtèrent ie serment ; mais, malgré la pureté présumée de leurs intentions, cette démarche eût été une tache pour celle congrégation ; Dieu ne le permit pas. Le regard puissant do celui qui, en un instant, avait changé le cœur de Pierre apostat, avait pénétré jusqu'au fond de l'âme de ces pauvres filles, et les avait éclairées d'une lumière soudaine. Elles comprirent l'acte schisniatique* auquel elles avaient donné leur consentement, et aussitôt, s'armant d'un généreux courage, elles s'empressèrent de réparer leur faute d'une manière éclatante, et poussèrent leur repentir jusqu'à l'héroïsme. Non contentes de désavouer leur démarche et do rétracter leur serment, elles allèrent d'ellesmêmes se reconstituer prisonnières, et rejoindre leurs chères compagnes.
L'acte dressé par l'officier municipal, constatant ce fait, nous a para assez curieux pour être inséré ici :
« Cejourd'hui, 17 frimaire de l'an 11 drt la république française, une et indivisfblr,
'271 CUV DICTH
moi, lU nr A n Ji Ihgol, oïlicier munn ipal Ncvi i s, faisant la visite des | >r t » n s , Léonard Snuniiol m'a déclaré que Sopluo Mailv, Dmolhée Marroocli et l'elagie Jalinque, ci-ievant -M-uts de la Marmite do i » lie ville, étaient rentrées sans ordre, après li-ur élargissement es prisons, ot , les ayant fut f ..ir.t ilro «levant moi , cl interrogées de leur |>h''m iiiv es priions, elles m'ont ré| oiidu qu'elles avaient été élargies pour prêter le serment exigé par In loi , ce qu'elles avaient elle, tué ; mai» qui?, se repentant, elles l'avaient rétracté; pourquoi les ai ii'.ises sous la garde dmbl >iinounl , pour être jouées révolutionnaii ement .suivant les bus eii pareil cas; même envisageant que le fanatisme est en pareil cas dangereux , enjoins amlil Sitnonotile les tenir séparées ili's autres individus, sous sa responsabilité. Si(jnt: Diuot, 8imom»t.
(hiel délicieux instant pour toutes les so'urs que ce retour 1 Si t elles qui étaient demeurées tidèles avaient eu un moment le cu-nr luise, par cette cruelle séparation, rumine elles durent se réjouir de la généreuse résolution de leurs eompagnes, qui devaient tout réparer eu leur lai sa m allrontcr k' martyre.
T.e tut dans ces circonstances qu'on put admirer les soins généreux et compatissants d'une des domestiques des sueurs; longtemps son nom sera prononcé avec reconnaissance dans la congrégation , et les annales de l'institut perpétueront le souvenir du charitable dévouement de l'a m bon. Ayant su-pie les suuirs n'avaient pas dans la prison la quantité de nourriture qui leur était tuVcssaiie, e'îealiait visiter tous les jours les personnes qui pouvaient leur porter quelque inléiét, cheiil.ait à exciter leur commisération, puis revenait trouver ses bonnes maîtresses avec le ptoduit d<> ses quêtes. Kbf alla jusqu'à vendre ses meubles, cl même ses babils, pour ompêi lier les sieurs |de soull'rir de la l'aim. Inutile de dire qu'après ces jouis ne triste uiéiuo.re, les >oMirs, i entrées dans la communauté, n 'oublièrent pas leur nu re t:-iurri--t,:rc : la bonne t'anelion passa le reste de ses jours dans ! i inaisou. traitée a l'égal des membres de ia eoiigiegalio!:.
e'.epetldaut, lés i,ô; lia :X que les «r\ir> ib-sseï- vatent tarent h vies ù oes iudrmicrs sa:.n ,is. » Alors, «dit M. de >ain'.e-Mar; , « les m. i heureux apprirent a i o:i i.abre la
d.l'.eU'ldé des viia, qUé douiié 11 II Ulel i ••li i e qui «.<> t gagner ses g^.es cl . éUX que
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N.XIUE Cil A 27-2
vies, ils allèrent trouver le représentant <iu peuple, pour réclamer leurs niera; il biliiit céder; on procéda a l'élargissement des sieurs, qui alors rentrèrent dans la communauté.
Au moment où l'orage avait éclaté, ell<?> avaient déposé chez plusieurs de leurs voisins leurs meubles, leur linge, et lesolçjets précieux qu'elles possédaient; mai.s quand elles réclamèrent ce dépôt, elles .s 'aperçu i n-nt qu'elles avaient a Ha ire a des gens sans conscience, et elles se trouvèrent' dan* le dénument le plus complet. 11 leur fallut nietire à travailler pour vivre, et. Dieu l»énissaiit leur travail , elb'S purent encore partager leur pain avec les pauvres.
Rappelées et chassées plusieurs fois dans b* cours delà révolution, leur dévouement fut toujours sans bornes, leur douceur toujours inaltérable ; elles .e consacrèrent avec le même zèle à de pénibles fonctions, toutes les fois qu'on daigna leur permettre eie les exercer.
Dieu prédirait une nouvelle éprouve \ cette congrégation en lui enlevant sa supérieure générale, la vénérable Mère de Molène. I.o 27 août 1707, elle alla recevoir 'a récompense de ses vertus; elle était âgée d-> soixante-huit ans. Les , ircon.stancc* ne permettaient pas de procéder a une élection ; les s,rUrs demeurèrent jusqu'en 1801 sans, supérieure générale.
Des jours plus heureux commençaient h lune sur la France, et les sceurs purent rentrer détinil) veinent dans leur chère communauté; mais loiume la première entrevu.»
dut être triste!!! La mort en avait moissonné un grand nombre; beaucoup d'autres, accablées d'inlirmités , réclamaient des secours, bien loin d'être en étal d'en porter; les revenus étaient perdus; il ne restait que la maison ue V'vers et un petit domaine de b(H) livres de rente; enlin, !a congrégation se trouvait au même point que du temps de l.avev ne et de Holaere.
Les .Ni'iirs prièrent la Mère de Monméja, qui delà avait été supérieure avant la Mère • !e Mol eue, de se mettr e à la tète de la congrégation. F.lie y consentit et remplit les fou. lions de supérieure générale, depuis ISdl jusqu'en 1807, san. qu'on eût procédé
aUX ele- tlidls.
l'n de.Tct impérial du 1° janvier 1811, en
reconnaissant p-, , •.-a^r g.uion des s< ems ue Neuu-s, iui donna une existeme légale.
I.e >o".verain l'onîife, par un décret en date du août 18."» 2. a /••.•ie;, recommandé et ■T/'/. -•'■!.» ( i i n . ■! s Sa ,-. r.< île /u charité
«. "■■'.'''"i'.'i » c'.r. mV.';/ ic tir .Yerrr*.
I.e 10 ju n lS »d. Mgr D'jfèlro. évê pie de N-.-\ ers. a ivin «o.. i. en.etit la pseuiière
' e-: re de \\ g s,. , • ,j p.d : ments ue 8anil-
<- 1' .on i. • :,.r( - ,.;i;e!-anl la maison
'l ié dé ! < e,.;,- :t . il.
I l.« ^ ; . e. i>:«"à. la bénédiction de cei
!3 CIIA DES ORDRES
tifltiinonls a été faite par Mgr l'archevêque <ie Sens, assisté de presque tout le clergé •Jiore^ain, au milieu d'une aflluence immeuble Mêles. Le lendemain, l'église a été loasacrée et dédiée au Sacré-Cœur de Jé- $0$.
Les Soeurs de la charité ont eu, depuis leur fondation, quinze supérieures générales.
Elles font vœu de pauvreté, de chasteté, <l'obéi**ance cl de charité.
Le vœu de pauvreté ne leur interdit pas ■1 an-propriété de leurs biens, mais il leur léfend d'en user pour elles, ou d'en disposer pour les autres, sans permission.
Elles font leurs vœux à l'évêque de Netpn, leur premier supérieur, et à la supérieure générale, pour le temps seulement <le leur permanence dans la congrégation. EHe$ sont libres de se retirer, si Dieu leur frit connaître qu'elles n'étaient point appelées à ce saint état. Cette liberté, loin d'ébranler la vocation des sœurs, semble l'afTer- Ditr, et elle donne à leurs vœut le car acier? d'un renouvellement, pour ainsi dire, l«rpétuel.
La congrégation ne peut jamais thésauriser, ui réaliser aucun bénélice dans ses établissements, si ce n'est en faveur des pauires, et des œuvres de charité, auxquels elle est dévouée.
Ses règles ont la sanction de près de deux jiedes. Jamais les évoques de Nevers n'ont ei*ouîé le besoin de les modifier en aucuu
pOtAi.
Trente-deux évêques de France avaient sollicité du Souverain Pontife l'approbation définitive de cette congrégation. (1}
CHARLES (Congrégation des religieuses ot SAINT-), Maison Mère à Nancy (A/eur-
Les moyens qu'emploie la Providence ne »Qt nullement en proportion avec les résultai» quelle veut obtenir; ainsi, dit saint hul, il choisit la faiblesse pour confondre U force, et même ce qui n'est pas pour détruire ce qui est; tandis que les hommes, née des ressources immenses et de prodij eux efforts, ét houeut souvent dans leurs rntreprises, Dieu au contraire, semble se }ju«r des obstacles les plus insurmontables t'itiil sortir des causes les plus minimes des tfftu merveilleux. L'établissement de la congrégation de Saint-Charles en est une des mille preuves.
Au commencement du xiv* siècle, vivait a Nancy un jeune avocat au parlement de Metz, nommé ICiiimauuel Chauvenet: il était le modèle accompli d'une charité sans l^nts. Formé à l'école de la religion, pré- Tenu d'abondantes bénédictions du ciel, |"énétré d'un vif amour pour Dieu et pour leprochaiu, il avait reçu en partage l'intelligence des besoins du pauvre. Uniquement riorcupé de ce grand objet, il était tout à it 1 ii la lin du vol., n" 30.
RELIGIEUX. Cil A S74
tait étranger aux folles joies, aux amusements frivoles |>our lesquels on se passionne ordinairement a cet âge. Né de |>arents nobles, pourvu des biens de la fortune, il eût été accueilli avec empressement dans le monde. Son père, Emmanuel Chauvenet, seigneur de Xoudailles, heureux de posséder un tel fils, le voyait avec admiration voué à la pratique de toutes les vertus et spécialement au culte de la souffrance. Il avait établi dans la maison paternelle une petite pharmacie où se préparaient les médicaments pour les malades. Il les leur portait lui-même; il leur fournissait du bouillon et les autres aliments dont ils avaient besoin; il allait jusqu'à panser leurs plaies. Les pauvres étaient sa famille adoptive. Son tendre amour pour eux se révéla surtout dans son testament; car, d'après ses dispositions, tous ses biens, s'il avait survécu à son père, devaient être appliqués au soulagement des indigents; il les constituait ses Héritiers.
Nancy ne suffisait pas à l'activité do son zèle. En 1651, une maladie contagieuse faisait à Toul des ravages ; il y vole pour prodiguer ses soins empressés à ceux qui en sont atteints; c'est là qu'il contracta la maladie régnante à laquelle il succomba. Il fut martyr de la charité et sa mort fut précieuse devant Dieu, comme celle des saints. Il mourut avec le regret d'être sitôt arrêté dans la carrière des bonnes œuvres et de ne pouvoir continuer à soulager le sert des malheureux. Il ne se doutait pas que son exemple allait jeter les fondements d'une congrégation de religieuses qui se consacreraient au soulagement de toutes les misères humaines et porteraient au loin les ressources inépuisables de leur charité. Ce fut à l'occasion do ses travaux, et du sacrifice héroïque de sa vie que surgit la pensée d'un institut de ce genre.
Son digne père, envisageant en chrétien celte perle si douloureuse pour son cœur, voulut réaliser les dernières volontés de sou fils. Il donna à sa fortune cette destination sacrée, et sa sage prévoyance lui indiqua les mesures propres à perpétuer le bienfait. Des veuves distinguées, de jeunes personnes vertueuses s'offrirent à lui pour continuer l'œuvre commencée; il agréa leurs services avec reconnaissance, et fonda, sous l'invocation de Jésus, Marie, Joseph, celle instilutiou charitable par contrai du 18 juin 1052. Demoiselle Barbe Thouvcnin, veuve de feu noble Nicolas Perrin, avocat à Nancy est désignée dans cet acte sous la dénomination de directrice de l'établissement. Il légua eu conséquence la totalité de ses biens et sa maison siluéo au centre de l'hôpital actuel. Dans l'espace de dix ans, le nombre do ces héroïnes chrétiennes s'accrut; elles témoignèrent le désir de se donner entièrement à Dieu par l'émission des vœux de religion il Mgr l'évêque do Toul favorisa des dispositions si généreuses : le contrat de fondalion fut renouvelé par le ministère deFieu-
É?i CIIA
rois Chambre, tabellion, h? 23 novembre 1002. la telle môme aimée lu supérieure lit profession.
Ce fui le grain «le sénevé; il se développa rapidement el devint un grand arlire dont les rameaux se sont étendus non-seulement en France, mais en Prusse, en Belgique el en Bohême.
Tel fut le résultat de la foi sincèro, delà piété fervente, de l'inlatigable charité d'un jeune homme docile aux salutaires impressions de la grâce. Depuis deux siècles la bourse des bienfaits qu'il a ouverte coulo sans cesse pour ceux sur qui pèse le double poids de l'indigence el de la maladie ; de faibles lilles suffisent à cette lâche accablante aux yeux de la nature, parce que le Seigneur est avec elles, leur communiquant son esprit et les révélant de la force d'en haut. Pour devenir les servantes des pauvres,elles se font pauvres elles-mêmes, lilles renoncent à tout engagement dans lo monde. Dans ces jours d'egoisme, oi la charité est si refroidie, leur bonheur est de recueillir l'orphelin pour lui tenir lieu do mère, de soigner la vieillesse indigente, «lo se dévouer au service des misérables qui sont privés de raison, de donner du pain h ceux qui ont faim, de visiter les malades, de veiller îi leur chevet, d'appliquer les remèdes à boules les blessures, et de mourir même, s'il le faut, dans l'exercice de celte charité. La voix de Dieu continue d'appeler des légions de vierges chrétiennes pour recueillir la riche moisson des bonnes œuvres, partout où le cri de la soulbauce les invile a se rendre; la foi qui leur indique Jésus- Christ dans la personne des pauvres, soutient et centuple leur courage.
La congrégation porte lo nom de saint Charles, pan e qu'il y eut dans le vaste emplacement qu'occupe la communauté, une fondation faite, en 1620, par Charles IV, en faveur d'enfants pauvres. Ils y étaient employés dans une manufacture de cuivre.
Pierre de Slain ville, grand doyen de l'église nrimatialc, avait fait l'acquisition de ces bâtiments dans l'intention de venir en aide aux malheureux, et le duc s'en servit pour l'exécution de ses projets en ordonnant que cette maison fut pour toujours la maison de Chat les Borromée; c'est probablement à celle occasion, que les religieuses furent appelées sœurs de Saint-Charles. Saint Charles, par son immense c'iaritc, pouvait, à jusie litre, être choisi par les sœurs pour palrou, et elles le vénèrent comme tel. Il a été leur protecteur auprès île Dieu et tous les jours, elles invoquent s.-n nom avec confiance et amour.
La communauté de Saint-Charles grandissail, le nombie des sujets qui >e prési nlaienl pour se consacrerau soulagement des malades, devenait plus considérable; ou s'v exerçait a la vie religieuse. \Lr André de MiiM\ , évoque et comte de Tnul, avait ••;éj.-i .Ivna-i ioû :ipi ; ,oa!c:n & hi. <!:!.*!
UIA 5-t,
naissant. La première supérieure qui prononça les veux fut demoiselle Anne Ho ver, veuve de Nicolas Virion, conseiller d'Kiat de son altesse le duc de Lorraine et lieutenant général du eomledo Vaudémont. Celte profession se lit en 1002, entre les mains de messire Ltienne Bon de Ilaseit, prévôt de l'insigne collégiale «Je Saiul-Ceorges de Nancy, premier supérieur ecclésiastique, sous ïautorité de Mgr. l'évèque de Toul.
Par lettres patentes du 13 mai 1003, Charles IV, duc do Lorraine, approuva et autorisa cet établissement. Il lui confirma et octroya toutes grâces, faveurs, libertés, exemptions et privilèges, qu'il est d'usage de donner, concéder, octroyer aux maisons de fondation locale. Il permet aux diles tilles d'accepter, de recevoir dons et legs qui pouvaient être l'a 1 1 s 5 leur maison et même d'acquérir sans qu'à l'avenir il fût besoin d'obtenir d'autres lettres de lui et de ses successeurs. Ces lettres patentes furent enregistrées par la cour de Lorraine le 2, juin 1003. Le 21 mai de la même année, Mgr André de Sauzay permil aux sœurs do Saint- Charles de conserver la sainte Eucharistie à condition qu'elles garderaient la forme de vie el observeraient la règle que saint François île Sales avait données îi ses premières tilles qui, à celte époque, ne gardaient pas encore la clôture.
Fn 1079, fut élue pour supérieure la trèschère Mère Barbe Codelroy. Si elle s'acquilla des devoirs de sa charge avec zèle, eile dut passer par de dures épreuves, soit pour se défendre contre les injustices, soit pour établir le bon ordre dans la congrégation ; ello sut lutter avec force et avec persévérance, ce qui lui permit do triompher de tous les obstacles. Elle donna en mourant à la congrégation des marques de sa générosité, et emporta les regrets de ses sœurs et des pauvres dont elle s'était montrée la véritable mère. Elle avait élé puissamment aidée dans son administrai ion par le révérend P. Fpiphane Louis, docteur en théologie, abbé d'Etival et vicaire généud des Prémoutrés.On doit lui attribuer les règles et institutions qu'il lit approuver ; il établit Tordre el donna des règles pour la nourriture, le vestiaire, et pour l'administration des biens. La Mère Catherine Plaisant, qui succéda à la Mère Barbe Codelroy, en 108», servit les malades avec beaucoup de zèle et d'allection et eut pour ies Meurs la tendresse d'une mère. Aussi Dieu bénit-il ses travaux et sa sollicitude en se soi vaut d'elle pour étendre la congrégation.
En 1702, elle établit l'hôpital Saint-Julien; en 1707, I hôpital civil et militaire de Saint- Jaiques de Lunévide; en 1708, celui ue Saint-François à Sainl-Nicolas-de-Porl ; la même année celui de Mirecourt, en 1709 celui de Saint-Dié, en 1710 celui de Com- UKTcy, aillai que des clavses et "les secours h douip .le; m i"J2, l'hôpital de s.rnl Miliiti. plie nu nu ut dan* i,i mai»"ii de Saint «diai les le 1\ h..! 17! 'i . à !'à-,v «le tK> ans a pré*
[MCTiONNAluK
in CHA DES ORDRES
itoir exercé la charge de supérieure pendant
A dater de cotte année les supérieures furent nommées régulièrement tous les trois a ns d'après les règlements des évôques de Toul.
La Mère Barthélémy Barbe, qui était assistante de la Hère Godefroi fut choisie j«ur lui succéder ; elle fut une des gloires *Je la congrégation de Saint-Charles. Elle avait dit sa profession à l'âge de vitigt-deux ans; après avoir donné des preuves d'une solide vocation. On lui confia les offices les plus importants, dont elle s'acquitta avec ual de sagesse et de prudence qu'on aurait toolu qu'elle eût pu les remplir tous à la fois. Tendant plus de quinze ans qu'elle fut mattresse des oovices, elle forma des sujets distingués qui, toutes honorèrent la congrégation et lui rendirent les plus grands services. Elle fut élevée plusieurs fois au généralat et, a la pressante sollicitation de ses sœurs, elle conserva cette dignité de 1725 à 1735; mais elle pria instamment les sœurs de ne plus penser à elle pour la charge de supérieure; elle vécut encore vingt ans dans la pratique de toutes les vertus. Son amour pour Dieu était si ardent, qu'il lui faisait tout entreprendre pour sa gloire, et elle ne désirait rien tant que de souffrir pour l'objet aimé; elle exposa souvent sa vie en soignant les malades qui faisaient fuir les plus mâles courages. Sa charité pour le prochain était si généreuse et si étendue, qu'elle aimait noo-»eoli*ment toul le monde, mais en particulier tous les pauvres, ceux-mêmes dont •lté avait reçu les plus mauvais traitements.
Son humilité était telle qu'elle se croyait la plus misérable pécheresse qui fût sur la terre et qu'elle se regardait comme indigne <foccu|ier une place |>armi les servantes des pauvres. Sa douceur et son humilité étaient uns égales ; elles lui attiraient tous Usrœurs. Régulière dans les moindres observances, elle ne manquait à aucune des pratiques de la rè*le : un esprit pénétrant, un caractère toujours égal, une prudence ««sommée, des manières gracieuses et prévenantes, un discerneuientjusle et>olide, ja faisaient craindre, aimer et respecter tout * la fois. C'est par ces précieuses qualités et en particulier par la bonté de son cœur, qu elle s'était attiré toute la confiance de ses anirs. l'estime des riches, le respect des paorres et l'amitié des grands ;ellese fit plus admirer que jamais quand elle fut supérieure de la congrégation ; elle fit éclater alors s» «gesse et sa prudence dans le gouvernement de sa congrégation.
Elle mourut à l'âge de quatre-vingt-treize »n», après avoir passé soixante-douze ans un» la congrégation. Elle avait formé nouid'établissements pendant sa yie.
Dans l'espace de vingt-cinq ans la con- «Tégation de Saint-Charles avait ajouté vingtirois hôpitaux a ceux qu'elle servait déjà, l-a Mère Françoise Chreslien ajouta sept Mittll« fondation* de I7t8 à 17G1 et elle
ELIGIEUX. CMA V78
occupa alternativement avecsnsœur la charge de supérieure pendant vingt-quatre ans; les cinquante-sept années qu'elle passa dans la congrégation furent si Lien remplies qu'on ne la vit jamais oublier, négliger un seul de ses devoirs ; elle ne se relâcha jamais de sa première ferveur. Choisie pour supérieure générale, elle ne fit que donner à son zèlo plus d'activité; elle s'appliqua surtout à procurer la prospérité de la congrégation, à maintenir la discipline, à conserver l'ordre et la paix dans les diverses maisons. Sa pénétration et son discernement lui faisaient connaître les talents divers et les qualités de ses sœurs pour les appliquer chacune h l'emploi qui lui convenait; sa charité savait prendre toutes les formes. Elle avait une grande facilité pour prendre un parti même dans les affaires les plus délicates; sa prudence h les bien conduire égalait sa fermeté; sa patience et son courage pendant une longue maladie ajoutèrent encore plus d'éclat a toutes ses vertus et prouvèrent qu'elles avaient jeté de profondes racines dans son cœur. Elle manifesta le plus amer regret des fautes qui avaient pu lui échapper pendant sa vie; elle craignait sans cesse d'être à charge aux sœurs qui la servaient avec tant de zèle; elle veillait continuellemont sur elle pour retenir les mouvements de la nature qui se soulevait contre la durée et la violence du mal.
La Mère Jeanne Henry lui succéda et mourut en 1770; elle était entrée à Saint- Charles à seize ans et fit sa profession a dixhuit ans. Sa ferveur ne se démentit jamais; sa vocation, fondée sur une vertu solide et à l'épreuve de l'inconstance, ne fut sujette à aucun retour. Quoique jeune encore, sa prudence suppléa à l'expérience dans plusieurs charges qu'on lui confia; elle sut mêler la douceur à la fermeté dans le gouvernement des diverses maisons; elle remplit pendant vingt-trois ans la place de procureuse, où elle donna des preuves constantes de son tact dans la connaissance des affaires; mais elle évita tous tes écueils auxquels expose cette place; le recueillement ne souffrit jamais de la multiplicité do ses occupations et de ses fréquents rapports avec les personnes du dehors. Sa piété ne perdit rien de sa ferveur. Elle sut se prémunir contre un autre péril de son emploi : bien loin d'y chercher des soulagements contre la fatigue, ennemie de toute délicatesse et de toute indulgence pour son corps, elle lui disputait jusqu'au nécessaire : rien do plus pauvre que ses habits, rien de plus frugal que ses repas; quand on lui faisait quelques observations sur ces imprudents excès, elle répondait à ce reproche qu'elle vivrait assez longtemps pourvu qu'elle fournit assez bien sa carrière, que la vie présente ne méritait pas qu'où cherchât si fort à la prolongerlll
Sa dignité de supérieure fut un sujet de frayeur pour elle, ce qui la rendit d'autant plus propre a supporter ce fardeau qu'elle
270 Cil A DICTIO
s/en jugeait moins trapnljl».*. On admira son disccrncaient à choisir les *ujeis qui devuieni agir sous sa direction, a examiner los vocations des prétendantes, sa prudenco ù proportionner les conseils suivant les dispositions ci le caractère des sujets., sa sagesse: à concilier lis esprits li s ptus opposés, à inspirer do la tcnliaiR'e à celles qui él/iiont découragées, à ramener à leu ; nevous cilles (jui s'en étaient écartées, sa fermeté à no pas céder dans (oui in; qui est eon traire au bon ordre et à la justice : s.» prévoyance, qui Jui taisait prévenir qui pouvait nuire à la congrégation, et sa patience qui la soutint dans les événements fâcheux que Sa prudence n'avait pu prévoir ni empêcher et que ta résignation lui lit supporter. Son eourage lui lit supi«orter des douleurs des plus aiguts pendant vingt ans. Ia patience fut presque le seul remède dont ello lit usage dans la maladie. Un supérieur de la maison, qui avait succédé à M. do Vein e, auteur de la Bihle qui porte ce nom, avait puissamment contribué à la prospérité «Je la congrégation de Saint-Charles; il lut pour elle un de ces anges conducteurs que Dieu envoie dans so miséricordr; pendant vingt-neuf ans qu'il la dirigea, il s'appliqua avec le plus grand zèle à ravancemeut spirituel des sœurs. Kn Ire autres bonnes œuvres dont d lut l'auteur, il lit bâtir cinq écoles dans chaeuim desquelles ou élevait quatre' vingts petites tilles, à qui l'on apprenait à lire, <'i écrire et à travailler jusqu'à leur première communion, (le digue supérieur fut Chaj'les-François Terveuus, docteur eu théologie, vicaire général du diocèse de Nancy, membre de la société îles sciences et bellcs- Jettres. Il se voua à celte congrégation et ne recula devant aucune fatigue et aucun sacrilice pour augmenter le bien qu'elle faisatt. Sa mort l'ut des plus édiliantes. Il lit un discours si louchant et si enllammé de l'amour de Dieu, en présence du chapitre, de sa famille et des sœurs, que tous, fondant en larmes, s'écriaient : ce n'est pas un homme, mais un ange qui nous parle : il s'écriait de temps en temps : « Mon cœur nage dans la joie d aller se réunir à son Dieu (Psnl. cxxi, 1.) Oue vos tabernacles sont aimable*, [l'sul. lxxxiii, 2.) Je suis prêt, Seigneur, je suis prêt (/'mi/, lu, 8.) Oh! l'heureux jour que celui de ma mon ; il sera plus heureux que celui de ma naissance. >- — Une personne lui ayant répondu: «Oui, .Monsieur, pour celui qui a vécu comme vous. - Ce n'est pas cela, u rcpoudil-il, « c'est que le jour de ma naissance, j'ai commencé d'être pécheur, et que, le jour de ma mon, je ne lé serai plus. Je n'olfenserai plus le bon Dieu, quel bonheur! « Kn prêt re de Jésus-Chi i s l, » disait-il encore, «doit faire se» délices de la croix du Sauveur; <<ui, autant de douleurs que je ressens, autant de traits de sa miséricorde. » Ses adieux et ses dernières recommandations aux sœurs de Saint-Charles fuient dea plu* touchants. Il mourut eu 1770.
La vénérable Mère Marie-Anne Jaequc-
A1HE CII.V i-so
mart succéda h la Mère Jeanne Henry en 1770. Pendant les vingt et un ans qu'elle vécut elle futréélue plusieurs fois. Très-jeune encore elle se distinguait par son zèle el par la solidilé de son esprit el sa grande charité envers les pauvres; elle obtint un grand succès par les soins qu'elle donna aux écoles qu'on lui coulia : nommée maîtresse oies novices, elle s'acquitta de celle imi>'.rtnnt" fond ion avec en talent remarquable. Tout son mérite. se développa quand elle lut î.s>i>tant«> el surtout quand elle fut nommée supérieure générale; elle remplit les devoirs de cette charge pour le bonheur et la gloire de la congrégation; par son zèle, par ses bonnes qualités et par ses vertus elle ne lut jamais au-dessous de sa place.
Comme les supérieures (pli l'avaient précédée, la vénérable Mère Marie-Anne Jacquemart servit d'instrument à la Providence pour sept fondations d'hôpitaux, maisons de charité, de secours à domicile, d'écoles gratuites, d'ouvroirs.
La digne Mère Clotdde Viard fut élue supérieure en remplacement de la Mère Jacquemart. On ne pouvait se lasser d'admirer dans les premières années qu'elle était dans la maison de Saint-Charles sa piété si vive, sa modestie si parfaite, sa soumission entière, son inaltérable douceur; des les premières années de sa profession elle 1 ii l un des ornements les plus brillantsde, la congrégation. Sa sagesse et ses vertus, ia tirent placer sur le chandelier comme une lumière qui devait éclaiier la congrégation tout entière. Ce fut un bonheur et une grâce insigne de la Providence pour la congrégation qui loin liait aux mauvais jours; que l'élection de la sœur Clotdde au généralal. l'Ile se livra d'abord sans relâche au* travaux pénibles dosa pla> e ; elle entreprit des vovages; visita une foule d'établissements pour ranimer partout l'esprit religieux de ses lilles, quand tout à coup sonna l'heure fatale de la puissance des ténèbres.
La France avait bu h la coupede l'impiété; ivre, elSechancelail sur les bords de l'abîme ; les incrédules s'étaient ligués contre Dieu el contre son Christ: ils veulent secouer le joug île l'Kglise et briser les liens qui les attachent à elle. Toute autorité devient odieuse; aussi bientôt le tiôneesl renversé, le vertueux monarque et sa tamille périssent sur l'échafaud; les autels sont abailus, les églises détruites ou profanées; les prêtres sont obligés de choisir entre l'apostasie, h s supplices ou la mort. La mesure des crimes est comble; la justice divine éclale, rien ne reste debout, on ne rencontre plus que des amas île ruines. Les servantes des pauvres, les mères des malheureux, celles qui veillent au chevet du moribond, les mains charitables ipii remuent sa couche, ne trouvèrent pas gr.ice «levant ces farouches persécuteurs. Ils procédèrent .à l'arrestation de toutes les religieuses qui ne voulurent pas prêter un serment sacrilège. La Mère Viard