‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 63 sur 323 · A1RE CRO · texte numérisé non relu

A1RE CRO

grossi ère à l'eau et au sei etdesaiimenis les

plus simples.

En même temps il se livrait aux prédications, et son zèle savait les multiplier à mesure que croissait l'empressement des populations toujours plus avides d'entendre sa parole inspirée par l'ardenle charité dont il était embrasé.

Il ne se bornait point a ces instructions publiques dont les effets étaient prodigieui; il connaissait encore le secret touchant de ces puissantes attractions qui s'exercent daos l'intimité du fover domestique.

Combien de fois, en s'asseyant à la table des paysans et des pauvres de sa |>aroisse pour partager avec eux le pain noir de l'hospitalilé, sut-il leur prêcher celte résignation «mx dures fatigues, aux rudes labeurs de la vie, qui sont répudiés aujourd'hui avec tanl de dégoût, parce que les déshérités delà richesse ne veulent plus croire aux condensations et aux dédommagements célestes que le saint curé de Maillé savait si bien faire accepter par ses fidèles paroissiens touchés de l'éloquence de ses paroles et plus encore de l'éloquence de ses exemples

Mais voilà que l'heure des mauvais jours a sonné. Le génie du mal, longtemps enchaîné par la main du Tout-Puissant, a reçu la permission île frapper un peuple prévaricateur; il règne à son tour, et avec les rois, qu'il balaye du souffle qu'ils ont eux-m*mes excité, disparaissent les lulels el les ministres du vrai Dieu.

Malgré la tourmente, au milieu de ses enfants ehéris et dévoués, M. Founiet pouvait peut-être braver pendant quelque temps la fureur de ses ennemis; mais c'eût été compromettre des ames généreuses; il ai ma mieux aller, comme tant d'autres, demander à l'Espagne l'abri que lui refusait la p.Hiie inhospitalière. Il partit donc avec plusien;;' lie ses confrères; mais dans leur route, et m début de leur long xoyage, les saints cettes-eurs faillirent pa\er de leur tète \'\f f neur qu'ils avaient de porter un nom proscrit.

Dans une commune du Poitou, ils s'étaient arrêtés devant l'église du heu, lorsqu'une troupe d'hommes armés se précipita sur eux, la menace à la bom be; l'un d'eux, plus furieux encore que ses camarades, s'élança vers M. Fournel, et tirant son sabre, d lui dit avec une joie féroce : « Il y a longtemps que j'avais faim de chair de prêtre; enlin, je puis donc me satisfaire — Attendez, mou ami, » lui dit M. Fournel sans s'émouvoir; « je ne suis pas préparé à \*rallie devant Dieu... Permettez que j'entre seulement pendant deux minutes dans I église pour lui demander pardon de mes péchés, cl ensuite vous ferez de moi ce qu »t vous plaira... » Etonné du calme cl de 'a résignation du saint prêtre, l'assassin désarmé s'écrie : « Oue les prêtres aillent où ils voudront; » et il se retire avec sa bande

En Espagne, M. Founiet fut le consolateur el le modèle de ses compagnons; i«'» soigner dan* leurs maladies, relever leur

W OW> DES ORDRES

«orage abattu par les couienrs de VexiU les ega ver par la douce séréuitô de son candère, les réconforter par ses fréquentes correspondances, quand les distances qui le seraient d'eux étaient infranchissables à ta charité, tel était le rôle qu'il remplissait près «feux dans ces jours d'amertume; aussi loaièleet sa sainteté furent-ils prompteseot appréciés par les Espagnols eux-mèses, qui, pleins de vénération pour lui, jattarhaient à ses pas, heureux quand ils potiraient recevoir sa bénédiction.

Cependant M. Fou met, condamné à l'inaction par les foreurs révolutionnaires, regrettait de ne pouvoir se rendre au milieu du troB|*eau ai cher h son ccaur ; mais on était alors au plus fort de la persécution, et r^ût été folie que de tenter un retour a Maillé. Le bon prêtre forma donc le projet d'aller avec un de ses confrères faire un i-elennage a Saint-Jacques de Compostelle. Il* partirent de Los-Arcos (Navarre), faisant ta silence jusqu'à sept lieues avant de prendre aucune nourriture; mais, après quelques jours de marche , les fatigues de la route, jointes à celles des mortifications que s'imposaient les voyageurs, arrêtèrent M. Fournet, qui tomba dangereusement malade * Itargos. Pendant un mois de séjour à l'hôpiul.il oe cessa, malgré son extrême fai- Wsse, de prodiguer aux malades et aux mourants les secours spirituels que réclamait leur état, et il sortait de son lit pour remplir ces devoirs pénibles , dangereux même, mais si doux a son ardente charité.

Le pèlerinage ne pouvant être accompli à •itfout de forces nécessaires & un si long »orage, M. Fournet retourna avec son compagnon de route au lieu de leur ancienne résidence, et ce fut alors que, pour mettre on terme à ce qu'il appelait l'inutilité dosa il résolut de se vouer à l'état religieux. U choisit l'institut des Carmes déchaussés. Après a?oir éprouvé ce qu'il y avait de plus pémble dans la pratique de cette règle austère, il venait d'être agréé par le supérieur et la communauté, lorsqu'un provincial refusa de le recevoir , en se fondant sur ce qu'il toit appelé à remplir dans sa patrie an autre ministère.

M. Fournet obéit, et son coeur dut se réjouir de sa soumission, lorsqu'on 1707, se TOTinl autorisé à braver les dangers moins "dents alors de la persécution révolutionnaire, il partît pour la France.

ne la frontière d'Espagne, il arriva à Poitiers au milieu de mille dangers qu'il sut éviter d'une façon toute providentielle. Il a «eonté souvent lui-même qu'il avait dû en partie cet heureux .succès au petit cheval esi*$nol qu'il montait, et dont l'instinct con- "fneteur lui faisait toujours prendre le gal 'P précisément a l'entrée de toutes les TU'e*. dételle sorte que les gardes n'avaient l«s même le temps de lui demander sou pJsse-porl.

Arnvé à Poitiers, M. Fournet y trouva w périls que venait de faire renaître la menue directoriale qui remettait eu virçueur

les décrets sanguinaires de la Convention ; mais, grâce a "intervention d'une parente dévouée, il put regagner bientôt sa fidèle paroisse de Maillé, et offrir è ses enfants comblés de joie les secours de son ministère.

Obligé de demander è des retraites différentes la sûreté que lui refusaient des lois barbares et des hommes plus barbares que leurs lois , le bon pasteur, quoique sa tête eût été mise a prix, ne voulut point s'éloigner cependant du centre autour duquel se réunissait son troupeau, et Dieu le protégea, malgré ses saintes imprudences, contre la fureur de ses ennemis. Souvent même les dus acharnés surprirent son secret; mais, >ar un effet miraculeux sans doute, le cœur eur manqua lorsque leurs recherches livrèrent la douce victime... ils n'osèrent l'immoler.

La grange des Ifarsihys, domaine appartenant è la famille de M. Fournet, devint bientôt le rendez-vous des fidèles de la contrée et le temple où Dieu reçut les plus nombreuses adorations. Ce fut là aussi que Mlle Bichier, attirée par la réputation de sainteté du digne confesseur de la foi, vint lui soumettre ses vues et lui demander' ses conseils.

Accueillie d'abord par un refus, elle no se rebuta point; elle revint à la charge avec une sainte ténacité, obtint un entretien qui la fit apprécier par son directeur, et on peut dire que ce fut alors que furent jetés les fondements do l'œuvre dont nous raconterons bientôt les merveilles.

Après avoir échappé aux proscriptions contre lesquelles le protégèrent des dévouements d'autant plus nobles qu'ils étaient plus périlleux; après avoir consolé les affligés, raffermi les faibles, converti les pécheurs ; après avoir renouvelé, au fond des retraites auxquelles il était condamné , les miracles des premiers siècles de l'Eglise , M. Fournet put enlin sortir de ces nouvelles catacombes.

Le concordat venait d'être signé. M. Fournet, réintégré dans sa cure de Maillé, se livra avec plus de zèle et d'ardeur aux fonctions de son saint ministère, et il étendit les bienfaits de son ardente charité sur plusieurs paroisses voisines que la persécution, l'exil et la mort avaient privées de leurs pasteurs.

Il serait difficile d'énumérer ici ses fatigues, son dévouement absolu à ses devoirs, son abnégation complète, qui allait jusqu'à lui faire oublier ces soins matériels que l'infirmité de notre nature impose aux plus robustes tempéraments, et qu'il négligeait sans on prendre aucun souci. On cite encoro à ce sujet des faits qui seraient incroyables, si les témoins oculaires les plus dignes de foi n'étaient là pour les attester.

Sa charité était inépuisable. Ses soutanes, ses mouchoirs, ses souliers, son linge, son argent, tout était donné aux pauvres, et si sa mère, lassée de le voir ainsi dépourvu des objets de première nécessité, croyait

Ml r.r.o

nvoir trouv»': ics moyens d'arrêter les é'aus de son <œur en lui donnant des chemises de luxe, qui ne semblaient point en eiïel destinées à protéger suflisammcnt les rudes ep iules el la peau rugueuse des ouvriers «]-•> campagnes, tout ce qu'elle gagnait à celte précaution ingénieuse, c'était de voir les pauvres el les travailleurs cotiveils de moelleux tissus qui n'étaient pas faits pour eux.

Ouant à l'oubli des injures et des persécuiions, il était dans la nature môme de celui (pie la contrée n'appelait plus que le b<m père, d'en donner les plus éclatants exemples. Malade et fiévreux. ilcédailson lit, le seul dont il pût disposer, à un boiume tombé dans la souffrance et la misère... Cet homme avait été l'un de ses plus ardents persécuteurs! plus lard M. Fournel allait oilcr les consolations de sa charité el demander pardon à un mourant... Ce mourant, lorsqu'il était plein de force et de santé, avait abreuvé le saint prêtre d'humiliations et l'avait menacé dans sa viel

Tour remplir les vides que l'exil et l'échaf 11 J avaient faits dans les rangs du sacerdoce, M. Fou met recherchait, an sein des familles les plus chrétiennes, les enfants qui annonçaient les meilleures dispositions, leur donnait les premiers conseils, les premières leçons, les plaçait h ses frais dans des maisons d'éducation, les réunissait chez lui pendant les vacances, et, en les associ ant aux œuvres de son zele, les confirmait dans la sainte vocation qu'ils inspiraient à leur tour à ceux qui venaient après eux. Plusieurs honorent aujourd'hui le sacerdoce et fout bénir la mémoire de celui auquel ils doivent les vertus qui les font vénérer euxmêmes.

Au milieu des lourdsel pénibles travauxdit .saini ministère, M. Fournel n'oubliait pas l'œuvre importante dont il avait compris dès l'origine toute la portée : nous vouions parler de l'institution des Filles de la Croix. Son premier coup d'œil lui avait révélé tout ce qu'il y avait de puissance irrésistible dans le dévouement el l'abnégation de Mlle Hicbiet , et il s'était appliqué à diriger celte âme d'élite dans lc> voies qui devaient la conduire au but de leurs communs elforts.

Ihenlôl après , el malgré les obstacles qu'opposait au saint piètre l'humilité de la pieuse fille, I (ouvre était fondée

D'abord modeste, inaperçue, la pelile communauté, composée ne < ni | sojuis seulement, s'établit à la Cuiincticre , paroi»e de Iteilnnes ( Vienne; ; mais l'éloigneim ni du hon père, la nécessité et les d illimités d'une direction par correspondance, firent sentir le besoin d'un rapprochement. Le riiâleau de Molante, situe tout près de Maille , fut alfcrmé. et les cinq su-us virej.l s'\ éta- I lii vers le mois de mai 18M.

C'est dans ce premier chef-lieu de la congrégation que les sœurs tirent leurs premiers veux (février 1807) , qu'elles prirent un ci tiime religieux, et qu'elles reçurent le boni de l-'illcs de ht Croix.

cite :w

En décembre 1811, les bonnes sœurs, qui étaient déjà an nombre de vingt-cinq, s'établirent à Maillé, dans une maison aliénant à l'ancienne église de Saintc-Fêle, qui leur servit de chapelle. Dans ce deuxième cheflieu, elles reçurent plus laidement et plus fréquemment encore les instructions du P. Fournel, et, grâce à une vie réglée avec le plus grand soin, grâce à des journées qui lui duraient vingt heures .sans sommeil, l« saint prêtre sut trouver h s moyens de gouverner une paroisse do huit boues de circonférence, ayant plus de -2,000 Aines de population, et de diriger comme supérieur généial une congrégation dont les accroissements rapides attestaient l'activité pour lo bien.

lit en eiïel une deuxième maison créée à Béibines, près du berceau de la société, nu snllit plus bientôt, el la communauté s'éumdant, grâce aux nombreuses demandes dc> paroisses voisines, dépassa prouapteoicnl Us limites du diocèse.

Alors aussi on dut songer à lui donner une constitution oui pût relier enlre eux ses membres déjà épars et assurer son avenir.

Celle œuvre, le P. Fournet l'entreprit, après avoir demandé à Dieu par de ferventes prières et de nouvelles mortifications Ij grâce et l'inspiration d'en haul.

Les constitutions, approuvées pour la première fois en 1817 par MM. de DeaurrgarJ, alors nommé à l'évêché de Montauliau ( depuis évôque d'Orléans), cl Soxer, alors nommé à l'évêché, et depuis, évôque de Luron, vicaires généraux capitulaires du diocèse de Poitiers, furent revues avec soin par les prélats et perfectionnées en plusieurs poiids importants.

La communauté des Filles de la Croix, constituée définitivement sous l'invocation de Saint-André et sous l'autorité de SLjr I évèque de Poitiers, lit promplemenl de grands progrès, el, giâccà la protection do plusieurs prélats éinineiils qui en apprécièrent les bienfaits, elle se répandit bientôt dans un grand nomme de diocèses. C'est ce qui lit sentir au P. Fournet la nécessité «le se dévouer exclusivement à celle œuvre importante el de se démettre de la cure de Maillé, qu'il résigna malgré tous les souvenirs qui devaient rendre ce sacrifice si puni b!e a son cœur.

Les mêmes motifs rendaient aussi insuilisant le logement que les sœurs avaient occupe ju -qu'alors, et Mme Hu ilier axant acqm» et reconstruit en polie l'ancien monastère* de la Puye, autrefois membre important lie l'ordre de Fonlevrand , une ordonnance d^ Mgr I évèque de Poitiers transféra en 18'îO la communauté des Fdles de la Croix tlons ce nouvel établissement.

Ce fut une cérémonie bien louchante il'»* Celle de celte translation opérée au iiii^'i des larmes abondantes des nus et des en* de jo edes autres. Le signal du départ ay~f|{ été donné, les religieuses, au nowl'ted* soixante, marchant deux à deux et precé ^co

DICTIO.N.NAIUB

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