VA CRO DES ORDRES
de la mode croix de bois qui forme l'étendard, l'oriflamme de la congrégation, délivrent professionnellement après une Messe «leonelle célébrée dans l'église de Maillé, et >e dirigèrent vers la Puye. a deux lieues de là. Lorsqu'on vit le bon père portant dans mains vénérables la relique insigne de la vraie crois, quelques-uns des spectateurs ne purent résister à leur émotion, et ils se retirèrent en silence. D'autres voulurent accomisgner le pieux cortège ; ils suivirent; tuais lorsqu'ils aperçurent dans le lointain U procession de fa f>aroisse de la Puye, qni tenait à leur rencontre, lorsqu'ils virent la joie briller sur les fronts de ceux qui les t-V'uillaient du trésor dont ils appréciaient fbieux que jamais toute la valeur, leur douleur éclata en reproches amers ; et, sans l'intervention du bon père, peut-être eussenti!s renourelé cette antique dispute dont Grégoire de Tours nous a conservé le souvenir, entre les Tourangeaux et les Boitovint, au sujet de Saint-Martin, que ceux-ci jréiendaieni aussi leur avoir été volé. ( Voy. « récit dans tes Vie» de» suint» du Poitou, p. 71)
Apres cette inauguration solennelle, le P. Poornet se voua tout entier à la direction de la communauté, et, malgré les fatigues de ses prédications, malgré son grand âge, i! De recula jamais devant les nombreux mages qu'exigeait la visite des divers éta- Llisscmenis situés à de grandes distances.
Il tenait a aller régulièrement réchauffer (in feu de *a parole la ferveur de ces pieuse» Biles, et lorsqu'il ne pouvait porter à crhes qui étaient trop éloignée> le secours df cette parole si docilement écoutée, si l'i^n '•ojnpri.se, il leur adressait de ces lettres touchantes auxquelles il savait faire parler le langage irrésistible de la persuasion, et qui étaient comme un autre lui-même.
Puisant dans ses sentiments de foi une confiimc que Dieu ne devait pas dénentir, jamais, même dans les jours ou l'inquiétude uisissait à leur insu les âmes les plus foril ne dé>espéra un seul instant de l'œuvre qu'il avait lou lée, et il sut faire partager « il autres cette tranquillité d'esprit qui enfonte les grandes choses.
Au>m, loin do décroître la congrégation d-< Fi!le> de la Croix fit-elle, sous In directi n vigilante du P. Fournet, des progrès remarquables.
Reconnue en 1819 et en 1826 par le gouvernement, elle reçut des plus éminents prélats d'honorables encouragements, et, en louant des œuvres pienses dont elle se charge, le Pape pic VIII lui Ai:corda, par un bref •to 1" septembre 1829, de nombreuses indulgences et des laveurs spirituelles d'un bautpnx.
Depuis lors, cette congrégation a étendu s*v nombreux rameaux sur la France entière, et lorsque Dieu* couronna par une mon sainte la vie exemplaire- du bon père,
tl) U pétlitaleur était M. Cuusscan, drpuis cvèqi
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elle comptait 60 établissements et IQO religieuses.
Afin d'en assurer la continuation et les progrès, le 6on père qui pressentait sa fin prochaine, avait songé à se donner un successeur. Il jeta les yeux sur M. l'abbé Taury, ancien directeur du séminaire de Poitiers, alors curé de Saint-Pierre de Chauvigny, homme qui unissait à la piété la plus vive la science la plus profonde. Ce choii, agréé par le chef du diocèse, fut pour le cœur du bon père la source d'une sainte joie en lui garantissant la religieuse persévérance de sa congrégation dans les voies qu'il «vait tracées.
Mais bientôt, sentant qu'il n'avait plus que quelques jours è vivre, il voulut se préparer a la mort par un redoublement do piété et de dévotion. It se rendit donc à Poitiers pour assister aux exercices delà retraite des ordinands, puis -plus tard à la retraite des prêlres du diocèse ; et toujours, au milieu des jeunes élèves du sanctuaire comme au milieu des vétérans du sacerdoee, sa régularité, sa ferveur furent un objet de constante édification pour tous.
Après avoir fait ses adieux à quelques amis, à quelques parents, aux pauvres de Poitiers, qui étaient aussi ses amis et ses frères, il se rendit à la Puye.
Les fatigues de la retraite avaient ruiné le reste de ses forces épuisées déjà par l'âge et les rigueurs d'une sévère pénitence ; mais il fa 'lut encore une recommandation expresse de son évôque pour qu'il renonçât & prêcher et confesser.
Au printemps suivant, il dut s'abstenir de la célébration des saints mystères ; cependant, malgré l'excès d'affaiblissement qu'acrusail une privation si cruelle pour lui, il ne voulut pas que sou successeur et la supérieure générale renonçassent a un voyage utile aux intérêts de la congrégation, et qu'ils proposaient de différer. Mais, après leur départ, le mal fit des progrès terribles, et ce fut à peine si la sœur Marie-Elisabeth, revenant en toute hâte de Bayoune, put arriver assez tôt pour recevoir le dernier soupir du bon père.
Ce fut la sœur Marie-Elisabeth, l'aînée de ses filles spirituelles, qui reçut la triste mission de lui fermer les yeux
Ainsi s'endormit dans le Seigneur, le mardi 13 mai 183V, à neuf heures du matin, et dans la quatre-vingt-deuxième année de son âge,le saint prêtre dont la vie peut être présentée comme un modèle de toutes les vertus sacerdotales.
Mgr l'évêque de Poitiers, en apprenant la mort de ce juste, permit de prononcer solennellement l'éloge funèbre du défunt, et cet honneur singulier, qui n'a été déféré depuis lors à aucun prêtre du diocèse, lui fut noblement rendu (I).
Ses dépouilles mortelles furent déposées dans le cimetière de la communauté. Mais
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bientôt après les soins pieux de la bonne saur élevèrent au-dessus de ces restes précieux une modeste chapelle; elle-même en conçut l'idée* et ce fut sa main qui traça l'inscription du marbre funéraire qui recouvre le caveau où repose, en attendant la résurrection promise à sa foi, le saint fondateur.
Après la mort du bon ptret son successeur, qui tenait déjà dans ses mains les rônes de l'administration, sut imprimer à la compagnie une heureuso impulsion, et chaque armée nouvelle fut signalée par de nouveaux accroissements.
Depuis lors, la confiance de Mgr l'évêaue de Poitiers ayant appelé, le 27 décembre iSV*, aux fonctions eminentes d'archiprêlre de Niort, l'abbé Taury, le prélat désigna pour supérieur général des Filles de la Croix M. l'abbé Félix-Michôl F radin,, prêtre attaché depuis 1838 5 la direction de la maison mère, et que ses qualités reconnues cl justement appréciées do tous rendaient digne de cet honneur.
Il est aujourd'hui (1856) à la tôle de la congrégation, qu'il dirige avec succès dans les voies les [dus prospères.
Madame J.-.M.-E.-L. Bichicr des Ages, fondatrice de la congrégation. — Bichicr des Ages (Jcanuc-Maric-Ei isabelh-Lucie), connue en religion sous le nom de smtr Muric- IClisabtth, fondatrice cl première supérieure des Filles de la Croix, dites Sa-urs de »uin(- Andrc, naquit le 3 juillet \Tti «u château des Ages, près le Blanc (Indre), sur les contins des diocèses de Bourges et de Poitiers.
Sa famille occupait dans la ville du Blanc un rang aussi honorable que distingué, et elle devait sa position et son iolluence h des services émiiienls rendus au pays, lu de ses ancêtres avait acquis puissance et renommée en repoussant par sa bravoure les ennemis qui menaçaient d'envahir la cité et en les obligeant à se replier honteusement sur l'abbaye do Saint-Cyran, à quatre lieues de là.
Le père de Mlle Bichicr, Antoine Bichier des Age», conseiller-procureur du loi cl commissure des poudres < t des salpêtres au Blanc, avait éjwnise, en 17(10, .Marie Augier de Moussac, sieur du prêtre émineut qui rendit à l'F.glise de Poitiers, pendant un trop long veuvage, «i'i tiiirien services, et dont la modestie refusa vieux lois les honneurs de l'episcopal 1 . Marie-Llisaheth trouva donc au sc.n même de sa famille des traditions pieuses dont elle n'eut qu'à recueillir en quelque sorte l'héritage.
Aussi, dès son cnlance se monlra-l-elle digne «le la vocation sainte qui devait plus tard en faire une des plus fidèles épouses de Jésus-Christ.
A un âge où les jeunes tilles sont à peine des enfants, Marie- Elisabeth donna des signes de cette force de caractère unie à la len-
(\ ) M. Félix-Paul-Laiircnl île Moussa» , prévôt «lit
H.ap.ir.- de Motitiiini illon , prieur n iciiiht.iiie
"*s ptwiire* .lo Siiiil-Mnrlcd, 1;i Chais*-, Sainl- Mjim.tU., artlii iaerc cl vicau. ^crieul du di-nese
CRO itti
dresse du cœur qui rendent une âme capable d'opérer që grandes choses.
A neuf ans, elle fut confiée aux soins pieux des religieuses hospitalières de Poitiers, et chez lesquelles se trouvait Mme Saint-Prosper, sa tante.
Sachant déjà couvrir ces avantages du voile de l'humilité, elle n'eut pas de peine à gagner l'affection de ses maîtresses et de ses compagnes ; et comme si elle eût prévu sa destinée, elle se préparait dès lors |>ar des mortifications aux grandes épreuves qu'elle devait subir un jour.
Lorsqu'elle fut sortie de pension, elle rentra dans sa famille, dont elle était la joie et l'orgueil, et au sein de laquelle sa piété et sa modestie surent se faire une retraite inaccessible aux dangers du monde.
Après quelques courts instants passés au sein des douceurs de la famille, Mlle BichiVr eut à déployer toute la force et toute la tendresse de son âme dans les soins qu'elle proengua à son père dans sa dernière maladie. Ce père l'aimait d'un vif amour, ello était son idole ; ce l'ut elle qui lui ferma les yeux et qui l'ensevelit.
Chargée par sa mort de tenir les comptes de tutelle, Marie-Elisabeth reçutde M. l'abbé de Moussac, son oncle, quelques leçons de comptabilité et se dévoua ensuite à ce travail, auquel elle ne s'était d'abord prêtée qu'avec une certaine répugnance ; c'était pourtant encore un fait providentiel, car la jeune tutrice acquit, au milieu des détails de son -administration journalière, une intelligence des affaires qui lui servit nlus tard dans la direction de sa communauté.
Kl le put du reste bientôt mettre à profit les connaissances qu'elle y avait puisées.
C'était au milieu des mauvais jours de la révolution; Marie-Elisabeth avait été enfermée eu 1792 avec sa mère et Mme de BanJin, sa tante; à peine sortie de prison, elle eut à défendre au département les intérêts de sa famille que compromettait l'émigration do son frère ainé. Partout et toujours elle fui accueillie par les administrateurs avec les plus grands é-ards ; el malgré sa jeunesse, malgré son éblouissante beauté, maigré l'excessive liberté du langage qui régnait alors, jamais sa modestie n'eût à souffrir de la moindre parole légère ou inconvenante. I y avait dés lors en elle un mélange de grâcu et de dignité qui inspirait l'intérêt et commandait le respect. Ces geôliers, les soldai:» eux-mêmes en étaient franpés ; touteles portes s'ouvraient devant elle, el il lu< suffisait d'exposer la juslico de sa cause pour en assurer le triomphe.
De retour au Blanc après le gain de son procès et la liquidation de la succession de son frère émigré, Marie-Elisabeth eut à essuyer, au nombre des félicitations dout ella fut l'objet, ce singulier et naïf compliment de l'ancieu cordonnier de sa maison. • Ci-
<le Poitiers, wmmé sou» l'empire à révéolié d< Suint Motir, cl sous la restauration à l'évévbé tl« ïsjiiii-bic.