‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 65 sur 323 · SS CRO DES ORDRE · texte numérisé non relu

SS CRO DES ORDRE

tnrenne, H ne le manque pins que d'épouser an bon républioain. •

Elle n'avait «lors que vingt ans; mais les t-Ténemenis dont elle avait été témoin, les rodes épreuves qu'elle avait subies, les reflétions sérieuses de la prison, jointes à cei les qu'on lui avait suggérées dès sa première enfance, lui avaient donné la maturité ■ l'un Igo avancé. Le monde, qu'elle avait appris à connaître dans des jours mauvais, n avait pas assez de valeur et d'attraits à ses Tfos pour combattre son penchant vers l'état religieux, penchant qui s'était manisfestô en elle dès l'âge le plus tendre, à la vue des vzors Clarisse* lorsqu'elles venaient quêter lu rhiteau des Ages. Hais les retraites de ces pienses filles étaient désertes, et il y avait alors peu d'esjioir d'un rétablissement pro- >baio de leurs communautés. Par tous ces motifs, Mlle Bichier était dans une perplexité ♦tringe. lorsqu'elle entendit parler du P. Fournet.

Ce saint prtKre, vénéré dans la contrée qu'il avait édifiée par ses vertus avant la réolution, venait, comme nous l'avons dit plus haut, de rentrer en France à travers mille dangers, et il exerçait alors en carhette un ministère que Dieu comblait de bénédictions.

Le voir, lui demander ses conseils, tel fut le motif qui fit entreprendre à Mlle Bichier un voyage pénible.

Elle trouva Te bon prêtre dans la grange desMarsillys ; il était entouré de ses fidèles

Garoissiens, accourus, malgré les décrets de t Convention, pour réclamer les soins de learnasteur.

Elle voulut lui parler; le désir de retournera cinq lieues de là lui fit témoigner un empressement bien naturel, mais qui déplut au P. Fournet. Il était du reste choqué de la m.se, fort simple pourtant, de sa pénitente, qui conservait encore un certain air d'élégvoce qu'il était impossible de ravir aux charmes de sa personne ; il la rebuta en lui disant: « Croyez-vous que Je vais laisser, pour rous entendre, ces mères de famille, ces pauvres paysans nui sont venus de plusieurs lieues pour réclamer mon ministère? »

Mlle Bichier se lut, s'agenouilla près de l'autel, et attendit pendant cinq heures que son tour fût arrivé.

Lorsque le père Fournet l'eut entendue, il comprit tont ce qu'il y avait de force, de sa- *esse et de charité dans celte Ame privilégiée; et comme s'il eût mesuré dès lors toute l'étendue du bien qu'elle était destinée à faire dans l'Eglise, il lui donnâtes conseils et lui inspira le désir de se vouer au soulagement des pauvres et à l'instruction des ignorants.

Dès lors elle commença, sous sa direction, à visiter les malades et à faire le catéchisme aux petites filles de la paroisse de Bélhines, où elle habitait avec sa mère. Le P. Fournet lai adjoignit bientôt deux filles pieuses qui tinrent à la Guimetière, domaine appartenant à sa mère, en apparence comme des ouvrières, pour l'aider à faire des ornements

dont les églises, nouvellement restituées au culte, étaient entièrement dépourvues.

La petite communauté s'augmenta bientôt encore, et en 1884 elle se composait de cinq sœurs: Marie- Elisabeth Bicbier, fondatrice de l'œuvre; Madeleine Moreau, aujourd'hui supérieure générale; Véronique Lavcrgne, morte supérieure de la maison de Bélhines; Anne Banier; Marie-Anne Meunier, fille de chambre, que sa verlu et l'élévation de ses sentiments rendaient digne de cet honneur : •ces deux dernières mortes avant 1811.

A la lin d'octobre 1805, Mme Bichier mourut dans les bras de sa fille, qui adoucit ses derniers moments par les attentions de sa tendresse et de sa piété.

Cette mort, en brisant les liens qui retenaient encore Mlle Bichier dans le monde, lui permit de suivre en toute liberté ses goûls pour une vie humble et pauvre. Elle alla à Poitiers, vêtue d'une robe de deuil d'une étoffe grossière, suivre les exercices du jubilé et y puiser une nouvelle énergie, un nouvel esprit de sacriQce.

Ce fut pendant l'hiver de 1806 que les cinq

r tarières sœurs se réunirent définitivement la Guimetière. Mais bientôt on sentit la nécessité de transporter la communauté a Maillé, près du vénérable P. Fournet, qui en était le directeur et l'âme.

Mlle Bichier loua le château de Molante, éloigné d'un quart de lieue du bourg de Maillé. LA, on suivit un règlement extrêmement austère. Chaque matin, a trois heures, les sœurs commençaient les longues prières qui devaient, avec leurs pénibles travaux, remplir toute leur journée. Tandis que l'nno soignait les malades les plus rebutants dans une partie de la maison, une autre allait soulager les pauvres souffrants aux extrémités de la paroisse ; et cependant le catéchisme et l'instruction des petites filles n'étaient point interrompus. Il fallait peu de temps pour préparer le repas : il consistait en un morceau de pain grossier avec quelques fruits; encore ce pain même était-il souvent échangé, comme trop délicat, contre le pain desséché ou moisi des pauvres mendiants.

On voit que ce n'était point un vain litre que celui de Filles de la Croix nue prirent les sœurs en 1807, lorsqu'elles tirent leurs premiers vœux; leur genre de vie en remplissait bien la signification.

En 1811, elles vinrent se fixer dans le bourg même de Maillé : elles étaient alors au nombre de vingt-cinq, et avaient formé à Bélhines, qui déjà pouvait être regardé comme le berceau de la communauté» un second établissement.

D'autres fondations suivirent de près celleci, car plusieurs paroisses, à la vue des services que rendaient les bonnes religieuses, soit pour l'instruction des enfants, soit pour le soin des malades, faisaient instances pour obtenir quelques Filles de la Croix.

S'étendant ainsi de proche en proche, la petite société ne tarda pas à dépasser les limites du diocèse de Poitiers. Ce fut alors qu'on lui donna une constitution

ir. cuo wctio:

défi:. .t. t:vis dirons plus Wiu les ; rinc q om-,

M; ie Bi' îi:-r fut unanimement re« onnue

;r supérieure or^ r; •-r-i'. o. sous le r.om de Mj-ur .Vun> LHïnbelh : mais ri l'api elait j ! us i nr. •■!!!' nt .?. •'.•(. mu" 5ar»r ; ^m huu.i- !i:é rie l it ; e: ti.» ;ti:t pis 'i'.T < ''j et • i'autie titre, et assurément il av.vt unr - i ^ r i : i i .'j 1 1 o : i qu'on eût if j..m i J j »'* o en vain dans des noms | iu> ; o:; ■p-MX.

l'n lSJ.i. la bonne Sir'ir fit un vnvage à pans [ our -util ni)1: «•;"',rain«n cru* IN', l'n r, uulix t-Ji fi.vre qu'eïa- portail toujours *• u r sa poilrne s'y était empreint et avait formé une p'a e pu l'a suivie au tombeau. Lecé'e- Ire chirurgien Dubois, qui fit l'opération, déclara qu'il n'avait jamais vu île femme *-i courageuse, et l'impi ,n que la malade produisit mit l'homme 'le l'art lut telle, qu'il en j arla à la cour ave«- a iuiiralu'ii.

Il ouvrit aimi, sans le -avoir, une nouvelle « arrière au zèie <le la bon'- Sortir. L«- roi, les pi incestes m* la faun le royale «lésirèreul la voir, l'accueillirent avec les plus grain 1 s égards, et S. A. H. Mme la duchesse «l'Augouléme lui fournit en abondance « es secours dont sa juété éclairée était si prodigne poulie bien. La vue seule de la bonne S<nir avait conquis à son o uvre des soutiens zé-é-, îles prote» n ices puissantes, «h-vant lesqinllis .seïTacèrcni bien des «liltn mités.

Les noms de S.E.Mgr le cardinal de Périgord, de Mgr <le Ouéhrn, de Mgr «l'Aslros (depuis cardinal archev«'«|ue de Toulouse , de M.l'ahhé Legcis-Duval, de M.Chap«;llier, notaire, sont encore aujourd'hui l'ohjet de la reconnaissance particulière de la congivgation, (jui aime aussi à se rappeler tout ce qu'elle doit à Mme*, de Crmsv, de Vihra\e, de Chnlellux,de Salure, Bi o. liant de Yilliers, d'Harcourt, «le Vergés, etc. Ces dames, qui dirigeaient les bonnes teuvres de Pans, deluanderenldes Filles de la Croix, et fondèrent en 18171a maison «l'Issy, destinée, avec celle de Paris plus tard, à alimenter divers établissements dans les diocèses de Versailles, de Meaux, de Beauvais et d'Orléans.

En 1820, Mlle Bit hier acheta les bâtiments de l'ancien prieuré de la Pu\e. Ce monastère, l'un des plus anciens île l'ordre de Fontevraud, avait été fondé (I; vers l'an 1110, du vivant môuie du Bienheureux Bobeit d'Arbrisselles, par les libéralités de plusieurs seigneurs des en virons. Saint Pierre II, évé pie de Poitiers, avait été l'instigateur de cette pieuse fondation, à laquelle il avait alfecto lui-même une donation considérable, ainsi qu'il résulte d'une bulle «lu Pape Calixte 11, datée de Marmoutiers, le 15 septembre 1119. Des écrivains ont pensé «pie ce monastère, considérable «lès son origine, et où l'on avait compté jus«ju'à cent rcligieu-

(\) Ce liiMi avait été donné au bifolieuriMix Robert «l'A; lu issi ll. s jt.ir l'iciiv Il , e\ëi|iie de l'mlieis, son ami, et un des ni .ni ip:iu v pi npaj;alcurs cl d- s pins illiislics lu. nlaiiciirs de l'iii-lit'il ; il y laiil mi nionasièie qui devint si euusidérablc pr les doi:S qn'i/ii y iil, qu'il se trouva on clal il' y lu-cr pin. <!<• C<nl iclc^cast- ; il esl ni •ntinniic dàu> la bulle «lu

ses, avait été établi primitivement sur une petite colline <iui lui avait donné son nom [Po'lium, po<liu, la Puye;. et qu'on appelle encore anjourd'liui la \ ieille-Puye ; mais que plus tard il fut rebAli dans le vallon, a cause des avantages de l'eau qui manquaient au premier établissaient.

Les bâtiments délabrés furent restaurés et ap|-r"pri<-s à leur nouv. l e destination, grâ<e aux ab'indames bug-'s-es de la famille royale «je Fratii'e, et aux secours efficaces que procura \'<r>irre dm j?mie$ tri'soriïres, à la lêle «le 1. quelle «iaigua >e placer S. A. R. Madettituveiie, fille de Madame, dm' hessede Berri, aujourd'hui «lu- he-se d<" Panne. La princesse n'a pond oublié sur le trône durai, comme nous le verrons plus tard, les protégées de sa pieuse enfance.

Lorsque le nouvel établissement fut en état de recevoir se> nouveaux hôtes, une ordonnance de Mgr de Boinllé, évéque «le Poitiers, décréta la transition «le la communauté des Filles de la Croix, du bourg «Je Maillé au bourg «le la Puye.

Nous avons raconté à l'article «lu P. Fournet, les divers incidents qui signalèrentcette phase importante de l'histoire des filles de la Croix.

En 18-20, le gouvernement, qui avait déj-ï reconnu la congrégation en 1810, lui donna une nouvel e autorisation. Il comprenait tous les services qu'elle pouvait rendre au pays, et il loi fallait cette conviction pour «jii'ilue reculât pas devant les récriminations d'une opposition irréligieuse déjà trop redoutable.

Dans cet intervalle de sept années, la congrégation avait pris de rapides accroissements, surtout dans le midi de la Framc. Mgr d'Astros, évéque «le Rayonne, «jui, étant grand vicaire de Mgr l'archevêque de Paris, avait été témoin du bien que faisaient le> Filles de la Croix dans les classes pauvres, et qui les avait protégées de sa haute influence, mil le plus grand empressement h les attirer dans son diocèse ; bientôt il fallut établir dans ces contrées deux noviciats, l'un à Igon, et l'autre à Ustaritz, pour les sœurs de la langue basque.

Depuis, lorsque le prélat s'assit sur le siège de Toulouse, il ne cessa point «le donner des preuves éclatantes de son attachement h une congrégation ilont il fut un «les propagateurs les plus ardents et les plus illustres.

Nous avons dit quelle était, à la mort «lu P. Fournet (en 183i), la situation déjà florissante «le l'œuvre «ionl il avait été le f«<»- «lateur et le directeur; après lui, la bonne Sœur retloubla de zèle pour entretenir dans les nombreux établissements «jui s'augmentaient chamie jour l'esprit qui avait prési ié

Pape Pascal du îo avril ir»00. qui conlii nu U ci>« ^te^.iimn etialilia les itoiis itoinbie«is «|u il Jo-"t ie«;iis dans le Poiuui. Mairie les malheur:» «les lcin« cl ic> icvoliil'ous sous !• sipifUes a Miicomle U grande œuvre de Poulcvi au<l, la Puye conserve >ujoiml'ltui le Mjuv. iur tic celle sainte maison.

W mO BFS 0RD1ŒS HEUREUX.

t.RO

j lesr fondation. Elle les visitait fréquemment, malgré les fatigues de longues routes, de voyages multipliés, fatigues qui, loin de meure un terme a ses pieuses mortifications, en augmentaient au contraire le nombre et il rigueur.

Dés les premières années de sa vocation religieuse, elle portait des bracelets et une rh.iiœ de fer, et elle était ingénieuse à rendre chaque jour plus vives ses souffrances volontaires.

Enfin, accablée des soins qu'exigeait une administration compliquée, et qui lui avaient toujours fait négliger celui de sa santé, (riténuée par les macérations de la pénitence, mie femme vraiment rare, l'exemple de toutes les vertus, fut enlevée à sa commuuioté par une maladie cruelle, dans la maiwade la Puye, le 26 août 1838, à 6 heures du soir.

Après avoir reçu, au milieu des larmes et d» regrets de ses soeurs, au milieu d'un MKours immense des populations voisines, i« derniers honneurs dus à sa dignité et à il sainteté d'une vie pleine de bonnes œn- "M, elle fut déposée près du P. Fournet, dans le caveau de la chapelle funéraire Quelle avait fait construire pour recevoir le* restes mortels de ce digne serviteur de &iea,etdans J/iqtielle sa modestie ne s'était pas même réservé une place (1).

El pourtant, si la congrégation devait beau- Mapa la direction du saint prêtre, «Ile devait fiai encore, nous ne craignons pas de le dire, à l'irrésistible action de ta fondatrice, qui, après les humbles débuts de son œuvre, laissait en mourant plusieurs maisons flon^aotes répandues sur le sol français, don- R«at a des milliers d'enfants pauvres les bienfaits d'une instruction gratuite et relieuse.

Ta esprit curieux de rechercher, au point d« tue purement humain, l'explication naturelle des succès prodigieux de la bonne Saur et des immenses chn-es qu'elle a pu faire «rec les modestes ressources dont elle disposait à son début, la trouverait assurément dans le portrait bien ressemblant que nous •levons a la plume d'un vénérable vieillard qui fut eo position d'apprécier son modèle :

< En la vovant, le premier sentiment que i'oti éprouvait, après avoir admiré sa beauté, était celui du doux saisissement qu'imprime a l'âme une vertu tout h la fois imposante do dignité et ravissante de grâce. La plus heureuse figure, un regard tendre et pur comme le cœur qui l'adressait si souvent au ciel, le plus doux sourire, un air non moins ouvert S*>e recueilli, s'alliaient chez elle à une démarche grave, a un noble maintien, à une manière de saluer bienveillante et réservée.

après l'avoir vue pour la première fois, ao attrait irrésistible vous faisait rechercher

(I) Cest à ce sentiment de modestie que nous de- *«*le mrtt de oe pouvoir reproduire par le burin | > irait, tic la bonne Saur. Nuu» eussions été pour- '•■■<i beu i eu i «le faire pour elle, à qui nous tenons Nr laq: oe Utut , ce que nous avons fait pour les

l'occasion de la revoir et do la visiter, elle vous recevait sans affectation et sans empressement ; elle craignit de répondre à la bonno opinion qu'elle avait fait concevoir pour elle par un accueil trop flatteur qui eût pu l'entretenir et la faire croître. Mais, la conversation une fois entamée, les plus suaves impressions vous étaient préparées ; car, si pour plaire elle n'avait besoin que de se montrer, pour charnier elle n'avait plus qu'à se faire entendre. En effet, on ne pouvait porter plus loin qu'elle le goût délicat des convenances, la simplicité ues formes, l'attention à rendre les autres contents de soi par l'intérêt qu'on témoigne à ce qu'ils disent et à ce qui les regarde ; de sorte que de suite vous l'eussiez jugée très-bonne, et volontiers, un instant après, vous lui eussiez reconnu une âme grande et un esprit élevé. Commencer à la voir et à l'entendre, c'était donc commencer à la révérer et a l'aimer. »

Après la mort de la bonne Saur, tous les suffrages se portèrent sur la sœur Madeleine, compagne fidèle et dévouée de la fondatrice, et qui représente seule aujourd'hui (1856) l'association si humble à sou début des saintes femmes auxquelles la congrégation doit son existence.

Sous l'administration des héritiers des pieuses traditions de ses fondateurs, elle a pris do grands accroissements, et ses établissements , répandus dans 28 diocèses do France, donnent aujourd'hui k plus de 30,000 enfants pauvres une salutaire instruction, et aux malades des campagnes ces soins affectueux el louchants que la charité catholique seule sait inspirer.

Les établissements sont de deux sortes : les uns, et c'est le plus grand nombre, sont soutenus par les dons particuliers de personnes pieuses, seules ou associées entre elles dans le but de faire le bien; ils n'ont et ne peuvent avoir, dans se cas, une existence légale ; elle n'est que précaire, soumise qu'elle est à la volonté des bienfaiteurs, qui peuvent continuer ou retirer leurs secours, de même aussi que la congrégation reste libre de continuer ou de retirer sa coo|tératiou religieuse. C'est ce que l'on nomme des établissements non fondée.

Les autres établissements sont fondés a perpétuité, c'est-à-dire qu'ils ont reçu pnr l'acte de fondation môme des ressources positives, fixes, assurées, qui garantissent la durée, l'avenir de l'œuvre. Dans ce dernier eus, il y a engagements réciproques de la part de la congrégation et des fondateurs, qui sont respectivement liés. On comprend aisément que, dans ce cas aussi, l'intervention de l'autorité civilo est exigée. Les établissements de cette sorte s'appellent établit' êcmente fondés.

La congrégation compte peu de maisons

antres fondatrices de nos congrégations religieuses ; mais, en l'absence d'un portrait d'après nature, les souvenirs n'ont pu suppléer a ce qui nous manquâ t pour rendre dignement ce que nous voulions éliminer.

359 CRO DICTIO:

qui puissent être classées dans la catégorie des établissements quo la loi de 1850 appe llo communaux ; les siens sont presque tous établissements d'instruction libres et privés.

La congrégation compte c;inq maisons chefslieux d'arrondissement : la Puve (Vienn-), Paris (Seine), Igon et Ustaritz (liasses- Pyrénées), Colommiers (Haute-Garonne); trois noviciats : la Poye, Igou cl Ustaritz. Ces deux derniers sont dus, ainsi que nous l'avons déjà dit, à l'intervention bienveillante de Mgr d'Astros, alors évêque de Uayonnc. Le premier, affecté ii la population française du diocèse, fut fondé par le l\ Lishalle, restaurateur de Bétharram. Protégé par Mgr Laurence, éveque de Tarbes, et par par Mgr Lacroix, évèquo de Pavonne, il a été encouragé par les membres du clergé, et en particulier par les prêtres de Bétharram, missionnaires et prêtres auxiliaires du diocèse.

Le noviciat d'Ustaritz, destiné à la population basque, a été fondé par la famille Dibasson en 1829. Il fut dirigé dès sa fondation par la sieur Marie-Perpétue, nutro tante vénérée, connue dans le inonde sous le nom de Mlle de la Lande, nièce de M. l'abbé de Moussac, cousine et compagne d'enfance de la bonne Sœur. Entrée fort lard dans la congrégation, elle avait été bientôt élevée à la ebarge do première assistante. Elle est morte h Ustariîz le 8 décembre 183i, après avoir fait prospérer l'établissement par la douceur et la sagesse de son administration. Sa mémoire est chère au pays, où elle est honorée comme une sainte.

Nous no pouvons oublier, dans rémunération des principaux établissements des lilles de la Croix, celui qui a été créé en 1851 dans la capitale du duché de Parme.

Voici les termes du décret par lequel le malheureux prince qui devait plus tard tomber sous le poignard d'un assassin, appelait près de lui les humbles filles de la Croix :

Charles 111 de Bourbon, duc de Parme et de Plaisance, « voulant être agréable à S. A. K. Marie-Thérèse de Bourbon, son épouse bien-aimée, qui a pris sous sa protection spéciale les asiles de l'enfance de la ville de Parme, aliu de mieux pourvoir à l'instruction morale et religieuse des enfants pauvres admis dans ces établissements, après avoir pris avec le Saint-Siège les accords convenables, > a décrété, le k mars 1851, l'ouverture à Parme d'une maison de la congrégation des Filles de la Croix.

L ancienne protectrice de l'autre des jeunes trésorières s'est souvenue des humbles religieuses dont son enfance avait encouragé les débuts ; elle les a appelées près d'elle, a («yé sur sa cassette particulière les frais du voyage, les réparations de la maison, le mobilier, le traitement des sœurs.

(I) LL. EK. NN. SS. de f.roi, cardma. -archevêque de Kouen, el de la Fare, caidinaJ-aiclic-evêque de Sens.

fi) IHN. SS. les archevêques de Tours et de Bourges.

S'AIUE CltO SCO

C'est le jeudi saint do l'année IfiSl quo les sœurs, au nombre de six, conduites («rieur supérieur général el par la supérieure de la maison de Paris, sont arrivées h Parure. Accueillies avec une gracieuse bienveillance par la princesse, si française de cu»nr, elles oui été installées (dus tard dans l'établissement qu'elles occupent.

La famille royale exiléo a pris le plus grand intérêt à irette pieuse fondation, et les souvenirs qui se rattachent à la vie sainte du hon père et de la bonne mère, en conciliant à leurs lilles chéries la faveur d'un clergé éclairé, aplaniront pour elles la voie du bien qu'elles sont appelles a faire.

Constitutions et statuts des Filles de la Croix. — Ces constitutions, qui furent approuvées, comme nous l'avons dit, par l'autorité compétente dès 1817, et qui reçurent successivement la sanction de deux cardinaux-archevêques français (1), de deux archevêques (-2), de douze évô.pies (3), el des vicaires généraux capitulaircs administrateurs de quatre évêchés alors vacants (il, n'ont point été sensiblement modifiées depuis lors.

Les Filles de la Croix sont soumises à l'ordinaire des lieux oit elles s'établissent.

lilles obéissent h une supérieure générale, qui réside le plus souvent au chef-lieu de la congrégration. Celte supérieure esl ellemôme soumise à un supérieur général, nommé par Mgr l'évèque de Poitiers, supérieurné de la congrégation, dont l'action directe s'exerce ainsi par son diléyué. Elle est élue à vie par les supérieures locales et quelques anciennes que le supérieur convoque à celte lin comme conseil dans le mois qui suit la mort, démission ou déposition de l'ancienne supérieure générale. Sa nomination a lieu en chapitre général, au scrutin; elle doit réunir les deux tiersde voix au moins; sa nomination doit être approuvée par le conseil général el par l'évèque.

Elle administre la maison mère, gouverne la congrégation, nomme et révoque les supérieures locales, place les sujets, donne les obédiences. Elle choisit trois assistantes, qui forment son conseil : la première la remplace au besoin et est plus spécialement chargée de la surveillance des établissements qui dépendent de l'arrondissement particulier de la maison mère ; la seconde surveille les établissements dépendant de Paris et de tout aulre arrondissement au nord de la Puye; la troisième, tous les établissements du Midi. Chacune de ces assistantes participe de plein droit à toute l'autorité de la supérieure générale en cas d'absence ou d'empêchement. Les assistantes sont censées nommées pour tout le temps que la supérieure restera en charge. Cependant celle-ci pourrait les changer, mais seulement après avoir reçu

(5) NN. SS. les' évoques de Poitiers, Cambrai, Orléans, Ha von ne, Taibcs, Montpellier, Angoulénn. Evrmt, Sécz, Mcaux, Ltiçon el la Rochelle.

(t) Vicaires généraux de Poitiers, Paris, Orléans, Aiigoulëuie.

M CftO DES ORDRE

«avis conforme du conseil ordinaire de la fondation et le consentementdu supérieur général.

La congrégation tient des chapitres généraox et particuliers. Les premiers ont lieu i U maison -mère, sur Tordre du supérieur général ou sur la demande des deux tiers des rbapilres particuliers, ou enfin lorsqu'il y a lieu a l'élection d'une supérieure générale. Les seconds ont lieu dans les maisons dites trttnltt, maisons désignées, ainsi que les établissements qui en forment l'arrondissement, par le conseil ordinaire de la congrégation. Ces chapitres particuliers ne peuvent que formuler aes propositions et déléguer lesdéputations près du chapitre général ou des supérieurs généraux.

Lese&avres des Filles de la Croix sont <J instruire les pauvres de la campagne dans rordre do salut, de leur apprendre à connaître Dieu et à sanctifier leurs pénibles travtoxet leur misère ; afin d'attirer les enfants i cette instruction religieuse, elles leur apprennent gratuitement a lire , à écrire , à compter et à travailler.

Elles risitent les pauvres malades pour les instroire, les consoler, leur procurer des seroors, les soigner, les préparer à la mort ; files retirent le plus près d'elles qu'il leur est possible ceux qui sont abandonnés, sans domicile, sans secours, lorsqu'elles ne peuvent ■a faire entrer dans les hôpitaux.

Elles retirent chez elles le plus de petites 61 les qu'elles peuvent pour les soustraire à U corruption, pour les instruire et les placer «prts la première communion.

Pendant les travaux de la campagne, elles jouent aussi chez elles les petits enfants ^tirailles pauvres, afin de laisser aux parents le temps de travailler et d'amasser I w ITiiver.

Elfes veillent à tout ce qui est nécessaire i 'a décence et à la propreté des églises et <•'« sacristies, et à tout ce qui a rapport au Mini sacrifice et à l'entretien des lampes arômes.

Btes font les trois vœux de chasteté, de paafreié, d'obéissance, auxquels elles ajoutât le «eu spécial de l'instruction gratuite <i« pauvres et du soin des malades.

Ces Tceux sont annuels pendant les cinq [«ancres années, et, ces cinq ans révolus, lL»sonl perpétuel*.

U iœu Je pauvreté consiste, non point a MJodonoer son bien à la communauté , Dins seulement le revenu, qui est employé ^ns l'intérêt de l'œuvre. Les religieuses wastnent la propriété de leur patrimoine.

Après avoir éprouvé pendant trois mois po>mlantes, on les admet au novinat pendant une ou plusieurs années. Elles ne prenwai l'habit qu'après un an de noviciat ; elles c« portent lo crucifix qu'a l'émission des premiers vœux, et l'anneau qu'aux vœux I<q>étue!s. ElUs sont admises au noviciat *l aux vœux par la supérieure générale et k>d conseil, de l'approbation du supérieur K*oéral.

prières consistent, comme dans les Dictuhiji. des Ordres rblio. IV.

RELIGIEUX. CRO m

autres communautés, dans l'oraison, l'examen, la lecture spirituelle. Les prières sociales sont le rosaire pour les sœurs anpli-

3uées aux gros ouvrages, et les petits offices u Sacré-Cœur et de la Réparation, pour les sœurs de classe.

La nourriture est simple, sans recherche; le pain est comme celui des pauvres, suivant l'usage du pays où elles se trouvent. Il se fait trois repas. On se sert de vaisselle de bois ou de la plus pauvre. Les personnes faibles peuvent user d'une nourriture différente, mais toujours simple, et boire du vin.

Il n'y a d'abstinence que les jours prescrits par l'Eglise , les mercredis du saint temps de l'Avent et de la Septuagésime et suivants, et les jours du carnaval. Il n'y a point de jeûnes de règle, ni d'austérités particulières, ni de pénitences corporelles. Depuis Pâques jusqu'à la Toussaint, le lever a lieu a quatre heures; depuis la Toussaint jusqu'à Pflques, a cinq heures ; le coucher a lieu à neuf heures en tout temps.

Les sœurs doivent garder le silence avec exactitude, mais sans contrainte, faisant tout céder à la charité, qui est la reine des vertus.

Il n'y a aucune distinction parmi les sœurs: chacune est employée suivant ses talents et ses lumières. Elles font elles-mêmes tous les gros ouvrages; elles ne peuvent avoir de servantes.

Elles ne portent que leur nom de religion et ne se qualifient jamais entre elles que du nom de taurs; la supérieure elle-même n'a pas d'autre dénomination.

Elles ont leur linge et leurs vêtements marqués à leur nom, mais n'en ont jamais le soin particulier. L'oflQcière seule, chargée de les distribuer, veille à tenir tout ce oui est nécessaire.propre et bien raccommodé; elle prévient de ce qui manque à chacune, et on y pourvoit selon les attributions de son emploi.

Costume des Filles de la Croix. — Les Filles de la Croix sont consacrées aux sacrés cœurs de Jésus crucifié et de Marie transpercée d'un glaive de douleur.

Pour se rappeler cette consécration, elles portent extérieurement un crucifix sur leur poitrine, le christ en cuivre, la croix de bois suspendue au cou par un petit galon plat do laine noire, et au doigt une bague plalo en argent, sur laquelle sont gravés les sacrés cœurs de Jésus et de Marie, le nom de Jésus en toutes lettres, et une croix.

Le vêtement est noir, tout en laine, d'étoffe grossière comme celle des pauvres.

La robe de dessus a de longues et larges manches plates. Elles ont toujours un grand mouchoir de ras noir, une cornette de toile f sans apprêt; la cornette est double, plate et toujours empesée.

Elles portent en dessous une ceinture de corde, et extérieurement une ceinture de laine noire à laquelle est attaché un rosaire; par-dessus la robe, sous le mouchoir, un large scapulaire, sur les côtés duquel sont brodés une croix, un saint-esprit au haut,

au pied, les noms do Jésus et de Marie en toutes lettres, et autour, 0 Cru?, ave, spes vnica; sur la doublure de ce côté est brodé le nom de Jésus, et au-dessus un sacré cœur avec une petite croii,letout au milicud'unc couronne d'épines; de loutre côté du scapulaire est broilée une croix de saint André, et autour, Grand saint André, priez pour nous ; sur la doublure de ce second coté est brodé le nom do Marie, et au-dessus de co nom un cœur do Marie couronné de douze étoiles. (J)

Kl les ne sortent ni assistent jamais à la Messe, même dans leur chapelle, sans être revêtues d'une longue cape noire de mémo étoile que la robe; hors lo temps de la Messe, elles no sont jamais dans leur chapelle sans un grand voile noir en laine d'un tissu clair, aussi bien que lorsqu'il y a quelque cérémonie ou représentation dans l'intérieur de la maison.

Pendant le travail, elles ne portent point la cape, mais elles ont un tablier de grosse étoile de coton de couleur bleu foncé.

Lorsque nous écrivions l'histoire des Filles de la Croix, dites Saurs de Saint- André (1856), celte congrégation ne comptait qu'un seul établissement en Italie, celui de Parnie, lequel, ainsi qu'il a été dit en sou lieu, est placé sous la protection bienveillante de sa noble bienfaitrice, Marie-Thérèse de Bourbon, duchesse-régente do Farme.

Depuis lors, deux nouveaux établissements ont été fondés dans cet Etat, l'un à Sala, et l'autre à Soragna : la premier h 3 lieues, le second à 5 lieues de Farme. Chacun de ces établissements compte quatre sœurs.

Assurément, ces progrès honorables étaient bien faits pour encourager la congrégation à marcher dans la voie qu'elle suit si fidèlement depuis sa fondation ; mais ce qui a dû mettre le comble a tous ses vœux, c'est do se voir appeler au sein même do la ville éternelle, objet de si légitimes aspirations de la part des congrégations religieuses, noury exercer, sons l'œil du chef de l'Eglise, les œuvres saintes de l'institut.

L'établissement de Home a été fondé par Mme la princesse Borghèso , à la lin de l'année 1856. Les sœurs, au nombre de dix, y sont arrivées le 6 décembre, sous la conduite du F. Fradin, supérieur général, et de la supérieure provinciale de la maison de Faris.

Bientôt après, le Souverain Pontife a daigné admettre à son audience la pieuse colonie, bénir sa mission, et l'autoriser en quelque sorte lui-même par les encouragements de la plus paternelle bienveillance

A partir de leur installation, les sœurs donnèrent a plus de 300 enfants pauvres l'instruction élémentaire et religieuse. Un asde, un ouvroir, et la visite des pauvres malades du quartier, complétèrent l'œuvre bienfaisante.

Nous ne saurions taire l'heureuse coïncidence qui a marqué d'un sceau bien significatif, a notre avis, culte fondation providentielle.

(t) Vuif. à h fin Ju vol., n»« Mi. CO.

Les conditions de rétablissement, une fois convenues entre la vénérable fondatrice et les supérieurs, on avait dû, avant de le former, solliciter le consentement de l'autorité ecclésiastique. Or ce fut le 19 novembre, fête de sainte Elisabeth, patronne de la bonne swur, fondatrice de la congrégation , que Mgr l'évôque de Poitiers reçut la lettre , en date du 12, par laquelle Mgr Capalti, secrétaire de Mgr Patrizzi, cardinal-vicaire de Sa Sainteté, annonçait queSon Kminence donnait son agrément à rétablissement des Filles de la Croix, a Borne. Le même jour, Mgr l'évôque de Poitiers s'empressa d'écrire à la supérieure générale (sœur Madeleine, dernière des compagnes de la fondatrice), pour lui donner avis de cette autorisation, pour presser le départ, et ordonner des actions de grâces et des prières....

Certainement, il est permis do croire que cette date heureuse accuse de bien louchantes sollicitudes de la part de celle qui, après avoir tout fait humainement sur la terre pour y fonder son institut, continue sans doute de le protéger aujourd'hui dans le ciel par son intercession. 11 est aussi permis de voir dans cette circonstance, en apparence fortuite, un précieux gage d'avenir.

CHOIX (Congrégation de SAINTK-), au Mans.

La congrégation de Sainte-Croii, aujourd'hui si florissante, et qui vient de recevoir une existence canonique par plusieurs brefs du Saint-Siège, pendant l'année 1856, est née dans Fhumilité, comme la plupart des œuvres destinées à opérer un bien durable. Nous en raconterons brièvement l'origine et les développements avant de parler de ses constitutions et de ses règles.

Lu 1820, un vénérable prêtre, curé de Buillé-sur-Loir (Sarlhc), Jacques Dujarié, qui avait déjà jeté, en 1806, les fondements de la congrégation des sœurs de la Providence pour l'éducation des jeunes filles, entreprit d'en former une de frères, sous le nom de Patronage de saint Joseph, pour élever les jeunes garçons. C'était alors un besoin généralement senti, et le succès répondit à T'attente, quoiqu'on fût privé de tontes ressources, quoiqu'on ne put compter sur aucun moven humain.

Dès le 25 juin 1823, il obtient de Louis XYU1 une ordonnance royale qui autorisait l'association charitable des frères de Saint- Joseph pour le département de la Sarlhe et les départements voisins. Il fonda donc deux écoles, et s'efforça de former à la vie religieuse les novices que la divine Providence lui envoyait; mais ses nombreuses occultions, ses infirmités toujours croissantes, et surtout la révolution de 1830, qui fut si hostile aux congrégations religieuses, affaiblirent notablement les progrès de ce nouvel institut. Les sœurs ne tardèrent pas à avoir une administration séparée, et M. Dujarié, devenu entièrement incapable d'exercer les fonctions do supérieur, même seulement

tfi CRO DÈS ORDRES

poar les prières, s'en démit entre les mains Mgr Bouvier, évôque du Mans.

Sa Grandeur ayant réuni tous les frères dans une assemblée générale, les confia à M. Moreau (Basile-Antoine - Marie), qui , éunt professeur et directeur du grand semimire, avait fondé, au Mans, en 1833, une commonauté du Bon-Pasteur, avec les seules ressources de la charité publique.

Dès le lendemain de sa nomination, l*r septembre 1835, M. l'abbé Moreau convoqua tous les frères pour organiser l'administration, el il fut décidé, en assemblée générale, que le noviciat serait transféré de Kuillé au Mios, dans une petite maison que la charité chrétienne avait offerte, et qui est auiourdltoi remplacée par le magnifique établissement de Sainte-Croi x , au Mans, a l'est de la ville. Cette translation eut lieu le 1" novembre de la même année.

Le supérieur n'avait d'autres ressources que m foi el sa conflauce en Dieu. Là communauté ne suivait encore qu'une règle bien imparfaite. Ce n'était jusqu alors qu'une congrégation informe; il fallait une main créjtrire qui lui donn&t une existence solide.

M. l'abbé Moreau s'occupait, à cette époque, de former une société de préires auxiliaires uo de missionnaires diocésains, destinés spécialement à évangéliser les campagnes. Cette société semblait naître fort à propos, pour l'aider à diriger ses frères, et pour travailler, aieceux, à Ta sanctification des âmes. Il sanit, d'ailleurs, que M. Dujarié avait luimême beaucoup désiré cette institution, sans l«0T0rr l'entreprendre. Son plan fut donc luyiiôt arrêté. Il résolut de former une coogrégat;on unique de ces deux sociétés, dooi le concours devait être si utile à l'une M à l'autre, et qui devaient se prêter un mutuel appui. Telle fut l'origine des Salvatonsies.

Ofl se ferait difficilement une idée des difficultés intérieures et extérieures que l'ennemi suscita au courageux supérieur contre sa sainte entreprise en général, et contre efcacun des moyens qu'il prit en particulier poar la faire réussir. La pauvreté de la communauté, les préventions de quelques-uns de ses membres, le mauvais vouloir des autorités civiles, les tracasseries de l'uuiver- »ité, l'esprit irréligieux si généralement répandu alors, firent naître de si nombreux et lie si puissants obstacles, qu'on aurait désespéré du succès, si on n'avait compté sur le «cours d'en haut; l'œuvre de Dieu eut échoué, si des moyens extraordinaires et surnaturels ne l'avaient soutenue.

Mais les fondateurs d'ordres et leurs compagnons ne sont pas hommes faciles à effarer, parce qu'ils comptent avant tout sur la Providence, dout ils sont les instruments dociles. La communauté se mit donc jour et ouït en prière, et demanda au Seigneur, tfecles plus vives instances, par l'intercoswn de saint Joseph, jusqu'alors son patron rriocipal, de déjouer la malice de ses ennemis, en faisant triompher uno cause qui «•rt véritablement celle de la religion. C'est

RELIGIEUX. CRO 3tt

à ces saintes violences, si souvent faites nu Ciel, que sont dus les victoires admirable*, les succès prodigieux, qui étonnèrent si souvent les amis et même les ennemis de l'œuvre.

Malgré l'opposition de toules les autorités civiles et administratives, qui semblaient se concerter pour entraver l'institut, les frères furent exemptés, dès l'année 1836, du service militaire, moyennant un engagement décennal que durent prendre les frères sourois à la loi de la conscription.

Des écoles nombreuses furent fondées; un pensionnat fut ouvert avec l'autorisation de M. Guizol, ministre de Louis-Philippe; de MM. de Salvandi, de Falloux, à la maison du Sainte-Croix, qui est depuis longtemps une institution de plein exercice, dans une grande prospérité. Les missions diocésaines devinrent florissantes; les deux sociétés s'organisèrent, et se développèrent. Les bénédictions divines avaient produit des effets merveilleux ; tout prouvait, chacun avouait quo c'était là l'œuvre de Dieu.

Dès le commencement, M. Moreau avait formé le projet de former des sœurs pour lu service des établissements. De pieuses filles s'étant offertes pour travailler a la lingerie, sans autre condition que d'y passer leur vie dans l'abnégation, le supérieur crut que lo moment était venu de leur donner un habit religieux, s'en remettant è la Providence sur ce qu'il conviendrait de faire plus lard. C'est ainsuque naquit la société des sœurs Marianites, qui s'est rapidement développée. Elles tiennent les lingeries, les infirmeries, dans les principaux établissements de la congrégation; elles instruisent les jeunes personnes de leur sexe dans des écoles séparées, soit en France, soit à l'étranger.

M. l'abbé Moreau, voyant que, malgré l'opposition des hommes, ses projets, ses efforts étaient couronnés de succès inespérés, crut que Dieu demandait d'être payé du retour, qu'il était du devoir de ceux qui avaient été si souvent témoins des miracles de sa protection, de tendre o une plus grande perfection; il se proposa donc d'y conduire toutes les âmes confiées à ses soins. Jusque-là les Pères n'avaient jamais fait de vœux perpétuels, et les prêtres n'avaient pas même songé à en faire de temporaires; ils n'avaient donc aucun des sentiments religieux qui doivent animer ceux que des vœux irrévocables doivent séparer du monde pour marcher dans les voies d'une plus grande perfection. Les premières ouvertures qui en furent faites ne furent pas bien accueillies, mais M. l'abbé Moreau, convaincu que la gloire de Dieu et l'avenir de son œuvre exigeaient de plus grands sacrifices, après avoir de nouveau consulté Dieu dans la prière et examiné cette affaire avec maturité, fut confirmé dans son projet et résolut de l'exécuter au prix même des sujets qui refuseraient d'entrer dans ses vues. Toutefois, par égard pour les prêtres qui s'étaient voués depuis longtemps è son œuvre, et pour ne pas exooscr la congrégation à sa ruine, il fut statué

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