‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 68 sur 323 · CROIX ( DÉCORATION RELIGIEUSE ET EQCESTBE DE LA · texte numérisé non relu

CROIX ( DÉCORATION RELIGIEUSE ET EQCESTBE DE LA

La croix est devenue un signe dislinctif de la chevalerie depuis le temps des croisades, parce que les croisés placèrent sur leur poitrine ou sur l'épaule une croix pour faire connaître pour quelle cause ils allaient combattre et verser leur sang.

Chez les anciens le mot croix (crux) désignait un supplice qu'on faisait subir soit sur un arbre, soit sur un pieu sur lequel on attachait ou on clouait un coupable. On appelle aujourd'hui communément croix une longue poutre de bois traversée à la partie haute dun morceau beaucoup plus court pour y ûxer les bras du patient, tandis que son corps était fixé sur la poutre. Tel fut l'instrument de supplice sur lequel les Juifs attachèrent Noire-Seigneur Jésus-Christ, et qui depuis est devenu le signe le plus saint, le plus respectable du christianisme. C'était le genre de supplice très -usité chez les Hébreux, puisqu'il en est fait mention dans les chap. xxi et xxu du Deutéronome, mais on ignore si le condamné était attaché sur la

svj cno

croix avec des clous. Il est certain que le frime (le blasphème était puni par la lapidation, c'est pourquoi les Juifs lapidèrent saint Ktienne qu'ils accusaient d'avoir blasphémé. Notre-Seigneur Jésus-Christ fut jugé digne de mort par le conseil dos Hébreux parce qu'il avait dit qu'il était Fils de Dieu, c'est pourquoi il fut mis entre les mains des Komains pour qu'il fût condamné. Notrc- Seigneur avait prédit pendant sa vie que les Juifs le [livreraient aux gentils pour être llagellé et crucifié. ( Mntth. xx. 19. ) Jésus , en mourant sur la croix, a racheté, converti et sanctifié le monde, et l'instrument de la croix étant devenu pour les Chrétiens l'objet le plus précieux de notre ineffable rédemption, est devenu celui de notre dévotion et de notre culte.

Depuis l'établissement du christianisme, le signe de la croix a été remarqué sur tous les monuments chrétiens, surtout depuis J'heureuse époque du règne de l'empereur Constantin le Grand, et de la miraculeuse apparition dont il fut favorisé lorsqu'il devait livrer bataille aux portes de Home contre Maxence, et décider par les armes du sort de l'empire. Obéissant a cet avertissement du ciel, il ordonna de placer le signe do la croix sur le labarum, qui était l'étendard des légions romaines, avec ces mots : Tu vaini ras par ce siyne, et il remporta une éclatante victoire, quoique avec des troupes bien inférieures h celles de son compétiteur. Après son triomphe, Constantin allirma par serment l'authenticité de celle apparition miraculeu>e. Saint C vrille de Jérusalem raconte que sous l'empereur Constance, dans la ville de Jérusalem, on aperçut pendant plusieurs heures une immense croix formée par une brillante lumière, et entourée de rayons éblouissants, depuis la montagne du Calvaire jusqu'à celle des Oliviers. Le môme Père nous apprend qu'un prodige à peu près •semblable avait été remarqué par tous les habitants de Conslanlinople sous Constantin Copronime. Depuis le commencement de TKglise le signe de la croix est devenu l'occasion de mille et mille prodiges; la source «l'une infinité de grâces pour tous les Chrétiens. Qui n'a entendu parler de la merveilleuse apparition de la croix qui eut lieu à M igné, paroisse qui n'est distante que de demi-heure de Poitiers, chef-lieu du département de la Vienne, au mois de décembre 1826?

Tandis que dans beaucoup de localités on s'opposait à l'érection des croix, qui avaient toujours lieu à la suite des exercices des missions, pour conserver aux fidèles une vive foi , et pour affermir dans leurs bonnes résolutions, à la vue de l'auguste signe de notre rédemption, ceux qui avaient eu le bonheur de revenir à Dieu pendant ce temps de salut, Dieu voulut donner un éclatant témoignage à ce signe toujours vénéré. C'était le jour de la clôture de la mission; on portait prorcssionnelletnent l'immense croix qu'on devait planter comme monument des exercices spirituels qu'on venait de donner;

CRO SSO

un immense concours composé des habitants des villes voisines , au nombre do 5,000, assistait h cette pompeuse cérémonie, qui attira toujours une si grande afllnencc. On sortait à peine de l'église lorsque l'on aperçut dans le ciel une immense croix d'une régularité parfaite, longue d'environ 150 pieds, d'une couleur de vifargent, légèrement rosée , s'élendant horizontalement depuis l'église, sur tous les assistants , ce qui fil longtemps l'admiration d'un si grand nombre de témoins. Les étoiles formant comme une couronne brillaient de tout leur éclat. Ce prodige qui t ut lieu une demi-heure après le coucher du soleil et qu'on put admirer pendant longtemps, produisit un si grand étonnement, et toucha si profondément les assistants, qu'il détermina subitement la conversion d'un grand nombre de ceux qui avaient résisté jusqu'alors à la grâce du jubilé.

Le bruit de cet événement miraculeux retentit dans toute la France, et fut pendant plusieurs années le sujet de toutes les conversations ; on fit des enquêtes dans lesquelles on ne négligea aucune des précautions qui pouvaient inspirer la confiance è la déclaration qui serait faite; on appela des savants, des protestants mêmes, qui avaient été présents et qui attestèrent à l'unanimité, qu'il était impossible d'expliquer naturellement un pareil phénomène, surtout en ayant égard à toutes les circonstances qui l'avaient accompagné. Par ses deux brefs du 18 avril et du 17 août 1827, le Pape Léon XII déclara que d'après son jugement particulier il ne doute pas que cette apparition ne soit miraculeuse; il envoya une croix d'or avec une portion de la vraie croix, et accorda indulgence plénière à tous ceux qui visiteraient l'église de Migné le troisième dimanche de l'A vent.

Après l'établissement du christianisme, ci surtout depuis que Constantin eut fait placer le signe de la croix sur le labarum. comme nous l'avons dit, on voit le signe de l.i croix sur une grande quantité de oièiailles et sur d'autres monuments antiques. La croix est placée entre les mains de la victoire, ou entre celles «le l'empereur; sur ic globe impérial qui, depuis Auguste, éuit devenu le signe de l'empire du monde, tt qui fut ensuite regardé comme celui de la victoire. On la voyait sur les boucliers, sur les cuirasses, sur les casques et sur les bonnets. La croix isolée devint le signe do pièces de monnaie qui furent battues à Conslanlinople, sous les rois francs, sous Clovis ci ses successeurs.

Non-seulement le signe de la croix fut destiné à sanctifier les armes, les orfleoiciu» impériaux et tout ce qui pouvait servir cn public, mais les Chrétiens, en particulier, remployaient pour tout ce qui était conféré à leur usage particulier, tels que les ornements pour les cérémonies de la religions la faisaient peindre, graver, marquer Mir les plats, les gobelets, les lampes» Je> portes de leurs maisons, mémo sur le pain, sur

33, CRO DES ORDRES RELIGIEUX. CRO 3*2

«lui «rtoul qui servait pour le saint sacri- A cette époque, les souverains, les grands

fie* ei pour les obiations . comme on le lit maîtres des ordres, et les Souverains Ponti-

dan* Berlendi pages 12 et 19 de son ouvrage fes, voulant honorer et récompenser que -

iaiitulé Délie oblazione. Marri nous apprend ques personnes qui avaient rendu de grands «uei usflge de placer le signe de la croit services, les admettaient dans un ordre Le sur les ornements sacrés est de la plus haute chevalerie, et pour les distinguer des autres

iu>auà <aint Marc. Les croix d'honneur étaient de formes dif-

lis Chrétiens qui vivaient dons les pre- férentes et avec des ornements divers, quoi:

roit-rs siècles de l'Eglise, commencèrent a que du môme ordre, suivant les grades , qui

placer la croit surtout sur les tombeaux, et étaient ordinairement ceutde chevalier, de

iur les san-ophages. y ajoutèrent plusieurs commandeur et de grand croit. Les uns

«jtre» attributs : ainsi l'alpha et l'oméga, la suspendaient au cou, d autres sur une

I rem.èr. et dernière lettres de l'alphabet bande de soie placée en travers al en forme

bec placés aut deut côtés, indiquaient que d'écharpe, d'autres sur le côté droit, ceux-c

Lue<i le commencement et la On de toutes sur le côté gauche. Quelques-uns croient

dioses. La croit placée entre deut agneaux, qu'on commença a porter des croit aprts

oo portée par un agneau. désignaitTamour Constantin le Grand, en imitation de celle

dcJé$us-Christ s'offranten sacrilice pour le qu'il fit confectionner en or et en pier.es

$ilut des hommes. Bosius, dans son ouvrago précieuses, pour rappeler le souvenir de cène

Kma tubterranea, p. 626, remarque que qui lui était miraculeusement «PP^ue. On

i'*£neau aTec la croit hiéroglylique de peut consulter pour cela Donat De tagri

léSs-Chiist, fut en usage chez les Chrétien! DiuicU p. 189. L'habitude de voir les ci onr

dè* les premières années du règne de Cons- enrichies d'or et de pierres précieuses intro-

ÏÏuaîLe P. Mamachi, dans Sun livre De dui.it celle d'orner les croit qui dis in-

«Mumi primitivi Christian, nous ap» guaient les chevaliers. Le P. Mcnoc.iiu*,

«end qu\>n avait l'habitude de sculpter t. III, p. W do son ouvrage Deglt ordtm

arbre du paradis terreslre,qui fut l'occasion religion militari , eh* tml\Znn

de la désobéissance d'Adam et d'Eve, de slato instituiti, e ghe nellabito loro portano

leur préfarication et de leur chute, pour se la cruce, donne des notices pleines d erudi-

^uvïnir de la croix, pour inviter les pé- lion sur la forme, les qualités, les couleurs

coeurs à la pénitence, et è recouvrer la des croit des divers ordres de cnevaiene

grâce de Dieu qui était le but de leur créa- qui furent formés les premiers, lion. Il ajoute, à la p. 186, qu'on avait cou- CROIX (Filles de la ) à Liège.

Hl.t d.pnre humain, tandis que sur d'au- jrillede V^^d^aCroTeu^ "S

1res Djouunienis on la 8gur.it comme un ligieuses due . Il t-s <ie laCr "J-1'1»^

«gne de joie, pour rappeler le prix et la jusqu alors chargé es de I inslruc >°n UC5 en

«S am'e'de'ce £ÏÏ La »o«c. autoritMe quelques

r SE fe "x 2 Sir «u^

^^7.î.«rJÏ."îîSSS «no de temps, une discipline e|

H. &rlène nous dit que la pieuse coutume mière année, vingt sitfe mes F*™»» de placer le signe de la croit en tôtedesins- ^"t douze " ^eVs^ mptions sépulcrales, et sur la tôle des dé- d.t-huit ans, revinreiii s me u , U.esUrès-ancienne.Nousajouteronsaveç Cette ^J^^11^ *E de se ft.ir.Bd, que les Chrétiens en agissaient ainsi bien accompli , pro »o sa aut œuri , parce qu'As savaient que le démon redoute le charger Je I hô toi (les femme, aiien s gne de la croix et qu'il n'ose approcher des de molad es m*™"*} ' °™ dqu e. 1 rechute liniitmisontmarquésparcelaugusteetsalu- f «CV^'X"^- .-ÎS^uiîTjM Ohnl^is* curé de î;esW On trouve U ^1^^^^'^^^ «• »■

rédemption sculpté sur les pierres sépulcra- Sainte "J;™" » ?.ltu . . Croix AVkb\ix lesta qnaM endroila différents, quelque- congrega ion des la^roix, fois en trois, ou en deut, mai! i toujours au deux a ns JP^JJg? u*e%i son de remoins au commencement de l'épitat.he. On Mgr '«^'l^^^^ durant dous pardonnera cette digression dans la- Juge, où es tome» aoni e| ^

^^XZ^^ S! » -t^onorabtoentdans

3SX CRO KICTK

Ifl société, sous la protection do personnes charitables qui veulent bien participer à cette œuvre «Je charité. Une association pieuso sous le nom de Confrères de la miséricorde, fut érigée dans l'église de Sainte-Croix, et so chargea de la fondation et de l'administration de la maison de refuge.

CROIX (Monastère m: SAINTE-), à Poitiers.

Le monastère de Sainte-Croix de Poitiers a été fondé, de 550 à 500, par sainte Hadégonde, épouse <lu roi Clotaire I", laquelle lit observer dès l'origine à ses fil los la rè^le île Saint-Ccsaire.évêquc d'Arles. Colle règle fut suivie jusqu'au vu* siècle, époque à laquelle les religieuses de Sainte-Croix la quittèrent pour embrasser celle de Saint- Benoît; elles ebangèrent en même temps l'habit blanc pour l'habit noir, qu'elles portent encore aujourd'hui.

Voici quels étaient les principes les plus saillants de la règle de Saint-Césaire, 1 une des plus anciennes et des plus sévères :

Renoncement complet au monde, à ses richesses, a ses honneurs, h tout ce qu'on y avait possédé, aux souvenirs mômes d une fortune opulente, d'un nom glorieux; l'habit de chaque religieuse ne lui appartenait pas en propre; elle ne pouvait, môme l'abhesse, avoir de servantes. La clôture stricte et permanente, la séparation complète des personnes et des choses du monde, avec leurs conséquences extrêmes, s'ajoutaient à ces premières rigueurs. Quoiqu'il fût permis de donner le voile dès l'âge de six ans, sans doute pour des cas fori rares et fort graves, la règle stipulait que l'habit ne serait point accordé a la première demande ; la volonté exprimée devait être continuée par de nombreuses épreu ves, et l'on s'assuraildes dispositions sérieuses de la postulante en la mettant pendant une année entière entre les mains et sous la direction de l'une des anciennes et en lui conservant l'habit séculier. Quant à la disciplino intérieure et aux rapports entre les religieuses et les supérieures, c'étaient ceux d'une obéis>ance entière el sans réserve, d'un renoncement complet à sa propre volonté. L'abbessc avait la charge du soin spirituel et temporel du monastère; elle devait veiller à la stricte exécution de la règle; elle recevait les visites au parloir et tenait la correspondance. La prieure s'occupait de surveiller la confection et la distribution des vêlements, qui étaient fails en commun dans l'intérieur du monastère. Toutes les religieuses devaient savoir lire et entendre le latin, alin de comprendre les ollices et les instructions. Les travaux de quelques-unes d'entre elles nous ont été conservés, et ils attestent qu'elles étaient fort lettrées. La lecture, la copie des manuscrits pieux, des livres liturgiques, unies au travail des mains et à la prière, complétaient les occupations de la journée. Les vêtements étaient blancs, simples, sans aucune distinction pour les dignitaires; les meubles étaient sans recherche; on n'y connaissait ni l'argenterie, ni les broderies, ni

NAIIM CKO ^4

les tableaux; le silence devait être continuel, à moins de nécessité absolue de le rompre. Toutes ces prescriptions et défenses étaient sanctionnées par des peines morales et disciplinaires qui pouvaient aller jusqu'à l'excommunication monastique.

Le monastère de Sainte-Croix a, dans tous les siècles, servi de retraite à un grand nombre de personnes de la naissancH la plus illustre, qui lui ont fait beaucoup d'honneur, lorsqu'elles y ont apporté ou lorsqu'elles sont venues y puiser l'esprit d'humilité et «le renoncement que leur enseigne le saint législateur des moines d'Occident.

Au ix* siclc, l'impératrice Judith, séparée violemment de sou époux, Louis le Débonnaire, par des enfants dénaturés, passa deux an>au monastère de Sainte-Croix, qui devait beaucoup à la généreuse protection de son royal époux, et elle donna aux religieuses la i»! us grande édiheation par sa ferveur et sa fidélité exemplaire h remplir toutes les observances de la règle.

Un demi-siècle après, Rotrude, fille de l'empereur Charles le Chauve, était élue abbesse de Sainte-Croix.

Au xv*, xvi*, xvir et xvui* siècles, 1 » ruême dignité est fort souvent occupée par les tilles de la maison royale de France. On compte parmi elles Anne d'Orléans, sœur du roi Louis XII (lfott) ? Louise de Bourbon, fille de François de Bourbon, comte de Vendôme (1533); Madeleine de Bourbon, sœur d'Antoine do Bourbon, père de Henri IV (153i) ; Jeanne IV de Bourbon, iille de Louis de Bourbon-Montpensier (1570); Charlotte- Flandrine de Nassau, sa nièce (1605); enfin, Louise-Claudine de Bourbon-Busset (1780).

A côté des noms do ces illustres el pieuses princesses figurent les noms des plus antiques maisons de la monarchie.

Catherine de la Trémoille se fait remarquer par sa lendre dévotion auprès de la très-sainte Vierge (IGiO); Diane-Françoise d'Alfretgcuvcrnosa maison avecune sagesse exemplaire pendant Irenle ans (1650); Françoise de Laval-Montmorency attire sur son monastère la bienveillance du roi Louis XIV, qui lui écrivait souvent et lui donnait dans sa correspondance*^ titre de cousine (16%).

Nous pourrions encore signaler beaucoup d'autres abbesses dont un souvenir d'amour et de respect vivra toujours dans le monastère de Sainte-Croix. Mais celle dont le nom est le plus profondément gravé dans tous les cœurs est Mme Charlotte-Flandrine de Nassau, tille de Cuillaumc de Nassau, prince d'Orange, et de Charlotte «le Bourbon. Née el élevée dans l'hérésie, elle lit abjuration dans l'église do Sainte-Croix, le 15 août l.'iS8. à I âge de 10ans;clle reçut le voile en 1500, fil profession en 1503, et devintabbesse par la démission de sa tante Jeanne IV de Bourbon, arrivée en IG05. Elle édifia son monastère pandanl un demi-siècle par la pratique de toutes les vertus qui font la parlaite religieuse.

Quelques années avant sa mort, Mme de Nassau lit bâtir le prieuré de Sainte-Croix

Page 1