SS CRO DES ORDRES RELIGIEUX. CRO
desSables-d'Olonne (Vendée), qui lui coûta, dil-oo, cinquante mille éeus d'or. Elle ne vit son œuvre achevée. On raconte que des vaisseaux anglais étaient chargés de grandes valeurs poor le nouvel établissement, lorsque, an bruit de la mort de la pieuse fondatrice, ceux qui les montaient' retournèrent aussitôt en Angleterre avec leur trésor. Si le bit est exact, ne pourrait-on pas y voir le doigt de la Providence? Ne se plalt-elle pas k ravir aux siens les richesses, qni sont trop souvent un obstacle a la perfection évangé- Jique?
Quant a l'ancien monastère , fondé par sainte Radégonde, ruiné quatre ou cinq fois par les guerres et restauré à diverses reprises, il fut en partie détruit pendant la révolution de 1793. On y comptait alors vingtneuf religieuses de chœur et treize sœurs converses. O qui en reste sert aujourd'hui de logement * révêque de Poitiers (1). Les anciennes religieuses de Sainte-Croix, que l'amour de leur saint état rassembla, aussitôt •près la tourmente révolutionnaire, dans une maison particulière, sous l'aile maternelle de la grande Prieure, Mme de Fayolle, s'é- Ublirent, en lfcOB, le plus près qu'elles putvol de leur antique demeure. A cet effet, elles acquirent les bâtiments du doyenné de la cathédrale, qu'elles ont beaucoup augmentés denuis, et reprirent leurs exercices réguliers (2).
A la mort de Mme de Fayolle, an mois d'août 1809, Mme Adélaïde-Radégonded'Argenee fut élue supérieure; elle a gouverné le monastère jusqu'à l'âge de 82 ans, perpétuant dans la nouvelle communauté les souvenirs édifiants de l'ancienne abbaye. Elle anourotau mois de juillet 1836. Mme Joséphine de Marans lui a succédé, et est aujourd'hui supérieure (3).
Si l'humble communauté de Sainte-Croix n'a pas, aux yeux du inonde, l'éclat de la royale abbaye, elle puise dans sa ferveur et son zèle, pour la règle de Saint-Benoît, une sève oui lui promet la vie. File perpétuera donc, dans l'antique cité des Poitevins, l'œuvre si chère au cœur de sainte Radégonde, son illustre patronne, et elle peut tout attendre de ce que lui garde l'avenir.
En 1562, les mains sacrilèges des protestants livrèrent aux flammes les précieuses reliques de sainte Radégonde. Une jeune fille eut le courage de retirer des cendres no morceau du crâne et un autre morceau du bras de la sainte reine, qui furent fidèlement
(I) Les bâtiments de l'ancien évèché composent iujourd'bai l'hôtel de la préfecture. Si on eût laissé chaque chose à sa place, quelques-uns y eussent jwi-ctre bien perdu; mais l'esprit de justice et le respect du droit j eussent assurément gagné...
(1) La clôture n'a été rétablie que le 29 février 1S5T. Par suite d'une ordonnance de Mgr de fouille, cvci|ue de Poitiers, l'élection de la supérieure, qvi a les droits et l'autorité de l'abbessc, foiiatoir lieu tout les trois ans.
(3) Ce n'est pas la première lois que ce nom si botioraUcineut porté ligure sur la liste des pieuses «ka dt sainte Radégonde ; la rciuc Marie de Më-
remis à l'abbesse de Sainte-Croix. C'était alors Madeleine do Bourbon. File fit conserver pieusement cos restes vénérables, qui, plus tard, par les soins do l'abbesse Flandrine de Nassau, furent enchâssés dans la partie antérieure d'un buste d'argent doré.
Après avoir échappé, en 1793, aux mains rapaces qui se sont emparées de leur riche enveloppe, ces reliques insignes ont trouvé naguère un lieu de repos digne d'elles, et elles sont confiées à la garde des pienses filles de sainte Radégonde, qui les tiennent pour l'un de leurs plus précieux trésors.
Les dames de Sainte-Croix possèdent en outre la croix de métal que leur sainte fondatrice faisait rougir pour exercer sur ellemême la plus rigoureuse pénitence (*■), et cette relique est l'objet d'une pieuse convoitise du la part de tous ceux qui souffrent.
L'bumble trésor de Sainte-Croix peut aussi montrer aux curieux un petit meuble que l'on dit, et qui peut, en effet, avoir servi à la sainte reine : c'est un pupitre en bois de chêne sculpté couvert d'attributs religieux» parmi lesquels on remarque les symboles des quatres évangélistes (a).
On voit encore h Sainte-Croix une statue de la très-sainte Vierge, bien vénérable et bien ancienne, qui a 0|>ôré un grand nombre de miracles, et qui, dit-on, a été bénite par saint Martial, quand il évangélisa l'Aquitaine.
Celte statue a élé ornée et embellie par Mines de Nassau, de la Trémoille, d'Albret, de Navailles, de Laval, abbesses de Sainte- Croix, qui y ont eu une grande dévotion. Suivant une antique tradition, sainte Radégonde, en arrivant è Poitiers, trouva celte statue dans une petite chapelle de recluses» lesquelles en firent don a la sainte reine lorsque son monastère fut achevé.
Quant au morceau considérable du bois adorable do la croix du Sauveur, que Justin le Jeune, empereur de Constantinople, envoya à sainte Radégonde avec une croix enrichie de pierres précieuses du Levant et un livre d'évangiles couvert de lames d'or, fl est encore en la possession des pieuses filles de la sainte reine; l'or, les pierreries ont disparu en 1193 pour enrichir quelques mains sacrilèges; mais le trésor le plus digne des adorations et de l'amour des fidèles a toujours élé protégé contre d'indignes profanalions. Ce gage mystérieux de l'amour de Dieu pour les hommes, ce titre authentique au-
dicis, mère, de Louis XIII, à son passage à Poitiers, Ut entrer à Sainte-Croix une jeune tille du nom d'Angélique de Marans, qu'elle était heureuse de placer sous la direction delà sainte abbesse d'alors. Fia nd fine de Nassau.
(4) Celte croix a quatre branches presque égales, douze centimètres de hauteur ; elle est en fer. On croit que les trous dont elle est percée servaient autrefois à (lier les pointes aigués qui devaient pénétrer dans les chairs de la sainte reine.
(5) Ce pupitre a 10 centimètres de hauteur sur le devant, tb a la partie postérieure. 11 a 26 centimètres de large sur îx de prolondeur.
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quel elles doivent le beau nom «qu'elles portent, les religieuses de Sainte-Croix le possèdent encore, et elles le regardent avec raison comme la plus belle portion de leur héritage.
Constitutions et règles du monastère de Sainte- Croix.
Los filles de sainte Hadégonde, en se consacrant à Dieu par les vœux solennels de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, en s'obligeant à travailler sans cesse à l'acquisition des vertus religieuses , s'adonnent spécialement à !a prière, à l'oraison, à l'examen, à la lecture spirituelle, tout en instruisant et dirigeant dans les voies du salut les jeunes Ames confiées à leurs soins (1).
Les religieuses de chœur suivent les cérémonies et les rubriques du Bréviaire romain, chanté, autiint qu'on le peut, avec les l'êtes propres de l'ordre du monastère et celles du diocèse do Poitiers. Quant aux sœurs converses, apoliquées aux gros ouvrages, elles disent, s! elles savent lire le latin, l'office de la sainte Vierge. Toutes les autres récitent des Pater et des Ave, et quelquefois le rosairo.
La nourriture est simple et sans aucune recherche. Le pain est de la médiocre qualité. On fait trois repas aux jours ordinaires, et, les jours de jeûne, on n'a que le dîner et la collation.
On fait gras le dimanche, le marJi et le jeudi.
On fait maigre les autres jours, ainsi que depuis le dimanche de la Sepluagésime jus-
au mardi de la Quinquagésituc, l'un et l'autre inclusivement, et les jours entre l'Ascension et la Pentecôte.
Or» jeûne tout l'Avcnl, ainsi que les vendredis de l'année semi-doubles. Ce sont les saints dont on fait l'office qui règlent les jeûnes : si la fête est sous le rit double, on ne jeûne pas. Depuis le 11 septembre, on «joute les mercredis aux jours de jeûne, et le lundi depuis la Toussaint jusqu'au Carême.
On doit se scmrdc vaisselle d'étain; mais, faute de celle-ci , on peut avoir la plus commune faïence.
On doit se lever la nuit pour dire Matines et Laudes. Quand on ne se lève pas la uuit, on les dit à 8 heures.
Le réveil est en tout temps h 5neures et le coucher b 10 heures.
Les dames de Sainte-Croix pratiquent le plus rigoureux silence, excepté depuis la lecture jusqu'à Vêpres, c'est-à-dire depuis
(1) Afin de perpétuer les traditions rie l'ancienne abbaye, les religieuses île Sainte-Ooix, nctlgrc le peu rie ressources dont elles peuvent disposer, linnueni à honneur d'élever toujours une ou deux jeu-
pJi Yuy, à la (in du«vol., n" 04.
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2 heures jusqu'à 3, et pendant une h"ure, depuis le souper jusqu'à l'office de Matines; elles s'exercent aussi à celte charité dont |>arlc saint Benoit, que ce Père recommande a ses enfants, et doutil veulqu'ilsse donnent «les témoignages en se rendant à l'envi une' obéissance parfaite.
Les religieuses fie chœur conservent leur nom de famille, et les sœurs converses portent le nom d'un saint ou d'une sainte qui leur est imposé le jour ou elles sont reçues comme postulantes.
On n'a égard ni à l'âge, ni à la naissance, ni a aucune dignité dont on aurait pu jouir dans le monde; ainsi, à l'exception de celles que la révérende Mère supérieure aureit élevées ou rabaissées, soit pour leurs talents ou pour quelque raison particulière, toutes les religieuses gardent le rang de leur entrée au monastère.
Les lits sont d'un bois simple et commun, garnis d'une paillasse et d'un matelas, le tout conforme à la pauvreté religieuse.
Les draps sont de toile, seulement en été, car on porte la laine depuis la Toussaint jusqu'au mois de mai.
Par leur vœu de pauvreté, les dames de Sainte-Croix se dépouillent du droit de |>osséderen propre quelque chose que ce puisse être; néanmoins, le linge à l'usage de chacune des sœurs est toujours distingué par une marque particulière, et on le leur distribue chaque semaine.
Costume des religieuses de Sainte-Croix.
Le costume des dames de Sainte-Croix se composo d'une robe d'étoffe noire commune et de bas prix; elle descend à fleur de terre par devant, et traîne environ d'un tiers par derrière. Les manches vont jusqu'au bout des doigts. La jupe clleseapulairesout noirs, de même étoile que la robe, et ce dernier est delà même longueur. Elles portent une ceinture de laine noire, à laquelle pend un rosaire.
La guimpe est de toile blanche et ordinaire.
La coiffure consiste en un capuchon, un velet et un voile de laine noire.
Le 'grand habit du Saint-Benoit, qui se porte aux annuels, est aussi de laine noire, de la même longueur que la robe.
Les novices de chœur sont habillées comme les professes, à l'exception du voile, qui est blanc, et du manteau qu'on ne leur donne que lejourde leur profession.
Les sœurs converses portent une jupe blanche et le scapulairc sous la ceinture. -J)
nos personnes appartenant à des familles rcconimumlables, niais pauvres, et auxquelles elles donnent fcialuilcmciil les bienfaits d'une bouiie itiscation.