‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 73 sur 323 · I DOC DES ORDRES · texte numérisé non relu

I DOC DES ORDRES

U congrégation est gouvernée |>ar un directeur général, assiste d'uo conseil particulier; il y a en outre un conseil général, représentant toute la congrégation. Ses attributions sont de prendre connaissance des actes du conseil particulier, de réformer les abus généraux, d'adopter les mesures que [«orraient nécessiter, pour le bien de la congrégation, le temps e» les lieux, d'admettre Tes frères h la profession perpétuelle.

Elle est soumise à la juridiction de l'ôvôque diocésain. Le supérieur nommé par lui préside les élections et le conseil général, il reçoit les vœux des frères proies, il adroit de se faire rendre compte de la situation morale et financière de l'institution, et de provoquer toutes les mesures jugées nécessaires par le conseil épiscopal pour la conservation et la prospérité desdites instituas. Le conseil général peut proposer des unifications aux présentes règles, mais *iles ne peuvent avoir force de lot que lorsqu'elles sont révêtues de l'approbation do Mgr l'évêque.

Le frère directeur général, le frère sousdirecteur et le frère assistant, sont élus par tous les frères profès à la majorité absolue des suffrages. Le frère directeur général doit avoir au moins trente ans et dix ans de profession, et s'être engagé par des vœux décennaux. Avant de déposer son vote, chaque frère prête serment de ne faire son choix que selon sa conscience. Les fonctions de frère directeur durent comme celles du sous-directeur et de l'assistani, cinq ans; tUsoot rééligibles.

Ils nomment les autres membres du conseil. Les membres du conseil général choisis parmi les directeurs des établissements particuliers, ne sont renouvelés que tous les ans. Le bureau formé [tour le dépouillement du scrutin est composé d'un » résident cl de quatre frères, les deux plus i^s et les deux plus jeunes. Los votants ornent sur leurs bulletins autant de noms 'ju'iJ y a de membres à élire. Dans le cas de i.illoltage, la majorité absolue suffit à un 'leuiièuie tour de scrutin. La liste des membres votants et celle des membres éligibles tst affichée dès la veille; ils sont prévenus franco, par une circulaire, des élections tjut doivent avoir lieu. Deux parents, jusqj'au deuxième degré, ne peuvent laire partie du même conseil. Si un membre ne s'acquitte pas bien de son emploi, le conseil particulier l'exclut et le renvoie, puis le remplace provisoirement jusqu'à la retraite, époque od s'assemble le conseil général.

Le* frères regardent comme la fonction la plus honorable celle de catéchiste, qu'ils ^'efforcent de remplir avec humilité et zèle; I» s'efforcent, pour s'en bien acquitter, 4'arquénr les connaissances nécessaires, de rendre surtout intelligibles et de graver tons l'esprit et le cœur des enfants les vérités qu'il importe le plus de savoir et do fomprendre, en prenant garde de rien >»aocer d'inexact.

Les frères se lèvent à quatre heures un

quart; on peut devancer celte heure pendant l'été; à cinq heures trois quarts ris récitent les petites heures de la sainte Vierge; à six heures a lieu la préparation des classes ; à sept heures un quart le déjeuner; à sept heures et demie l'ouverture des écoles; à onxe heures un quart sortie des classes et préparation de la classe du soir; à midi le dîner, récréation; à uno heure vêpres et complies; à une heure et demie ouverture des classes ; à quatre heures et demie sortie; 6 quatre heures trois quarts récitation de l'Office, mais à voix basse, a cause de la fatigue de la journée, puis étude; à six heures et demie classe des frères entre eux; è sept heures lecture, spirituelle; le souper à sept heures et demie, récréation ; à neuf heures et un quart tous les frères sont couchés.

Les frères font trois repas; on use du poisson dans les pays où il est commun et a bon marché; ils doivent user modérément de la boisson commune dans le pays où ils sont établis; ils n'usent jamais d'eau-de-vie ni de liqueurs ; le goûter n'est permis que pour des infirmes et pour dos sujets trèsjeunes ou d'un tempérament trop faible.

Les visites, quand elles>sont indispensables, onl lieu avec la permission du frère directeur; les frères sont accompagnés d'un autre frère ou d'un enfant.

La confession de règle est tous les quinze jours, la communion a Heu le jeudi et le dimanche ; ils s'adressent à M. le curé, à moins qu'ils puissent avoir un confesseur pour leur établissement. Tous les trois mois ils .s'adressent a un confesseur extraordinaire comme les membres de toutes les communautés.

Le dimanche, on réunit les enfants une heure avant la Messe et Vêpres pour leur donner les avis convenables ; on leur fait une classe do civilité. On lit la constitution et les différents règlements particuliers deux fois par an, à la lecture spirituelle, au mois de janvier et juin. Les frères foin la direction spirituelle par écrit au fiôre directeur général lous» les trois mois , parce que c'est le moyeu le plus efficace pour l'avancement spirituol.

Chaque frère se rend ebaquo année à la maison mère pour la retraite générale ; ils portent tous les papiers importants qu'ils ont à leur disposition , un témoignage de M. In curé sur les frères et sur l'établissement. 11 a dû correspondre avec le directeur général pendant l'année pour l'informer de l'étal de la maison. S'il est directeur - il porte également ses comptes. Il est permis au frère d'écrire deux ou trois fois pendant l'année à sa famille. Ils ne doivent correspondre avec personne sans permission.

DOCTRINE CHRÉTIENNE (Congrégation des SŒURS de la), autrement appelées Valetoiles.

Notice sur son fondateur Jean Vatelot.

La doclrino chrétienne nous enseigne que Dieu, par sa providence , conduit Ici

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cuises de lotis les événerii. ni>, et que, par des moyens que notre faible raison ne peut .'expliquer, il fait M-rvir 6 |n préparation de ses élus, l»s lionnes et 1rs mauvaises dispositions des hommes , ainsi que les biens et les maux temporels qu'il répand sur la terre. S'il permet ces calamités qui désolent les nations, c'est pour se rattacher le cœur des siens et l'enipt" -lier de se complaire dans les créatures : Ses iintx, dit le Prophète, sont attentifs aux besoins de ceux (jui l'invoquent, et sa misn icorde se repose sur ceux ipii tsprrcnt en lui. Il prend soin des oiseaux du ciel cl des plantes, le la lerre; il veille avec plus de tendresse encore au salut de ses enfants, il entend leurs soupirs et s'y montre propice. Je ne voit* délaisserai pas, leur bl-il, je ne vous oublierai jamais. [Psal. xxxti, 18; cvi.vi, 8, 9 ei alibi passi m ; Isa. xu, 17.)

Kn ell'et, jetons les veux sur ce tendre Père quo nous avons dans le ciel, et vovons comme il mnnail les besoins de son Eglise, comme il prépare, quand il est temps et fait paraître ?i propos les serviteurs fidèles qu'il destine à ôtre les ministres de ses dons en- Vers ceux qui les réclament !

Vers la tin du xvn' siècle, l'instruction de la jeunesse était dans l'état le plus déplorable ; une suile de guerres intestines et extérieures, surtout depuis le commencement du règne de Charles IV jusqu'au règne do Léo old, avaient désolé la Lorraine el réduit les habitants h une misère ellYovable ; les domaines des nobles demeuraient en friche, faute d'habitants pour les cultiver; il ne restait rien an peuple; des villages entiers étaient déserts, et les cantons naguère les plus peuplés, n'offraient alors que de vastes solitudes. Celle belle province qui, 50 ans auparavant , fournissait f» son duc jusqu'à 17,000 hommes, enrôlés volontaires pour une seule campagne, ne comptait plus sur son territoire que trente el une villes ou bourgs de 8, VIS feux; eu sorte qu'aujourd'hui la population de la seule ville de Nancy égale celle qui composait le duché, h l'époque où M. Vatelol commença son institue Aussi rien n'était plus négligé que les écoles ; les enfants îles pauvres", ét môme ceux des bourgeois , manquaient de toute instruction ; les" indigents malades se trouvaient dans un entier abandon : mais Celui qui, dans la rigueur de sa justice, permet les guerres avec les horreurs dont elles sont accompagnées, sait aussi, dans -a miséricorde, donner les consolations de la paix et les secours de sa divine assj*tanre . ♦•t pour opérer ses u.'uvres même les plus merveilleuses, il lui est égal d'employer les princes de la lerre, on ce "qu'il y a de plus faillie et de [dus obscur selon le monde. C'est ainsi que voulant remédier à la désolante ignor.mce, où la jeunesse était délaissée , et détourner le même malheur des générations suivantes, il inspira à un jeune prêtre de Totil, M. Vatelol, l'heureuse pr-u- M'e de consacrer vi carrière sacerdotale à I'cum ignene nt le l'cnfnce w nu < uUn-.

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ment île lu mi -ère ; el celle modeste entr.v prise, ilont les services semblaient d'ahor i devoir se borner h secourir et h instruire les indigents , e-t devenue une ressource providentielle pour notre siècle. One la prescience divine soit bénie ! car jamais il ne fut plus opportun «Je trouver des corporations d'institutrices religieuses, exercée* cl toutes prèles h entrer en lice avec quiconque voudrait faire dévier renseignement de sa direction naturelle el divine.

Hruley, village près fa ville (fe Toul. e<-t le lieu de la naissance du respectable fondateur dont nous parlons. Jean Vntoîot son père , jouissait de quelque considération dans celle paroisse; il y remplit fort longtemps, d'après un tilre de 1717, les fonctions de maire de la haute justice du lieu. Ouatre do ses enfants eurent le bonheur île se consacrer au service de Dieu. Jean, son fils aîné et ses trois filles, .Marie. Françoise et H.irbe. Leurs noms ne sont pas restés dans l'oubli, parce qu'ils se trouvent attachés à d'utiles fondations en laveur des écoles; leur maison paternelle de Hruley est encore aujourd'hui la maison d'école pour les lilles de la paroisse.

Jean, nppe'é h l'état ecclésiastique, entra au séminaire de Toul, sous le pontificat de Mgr Henri de Thiard de Hissy. Promu aux ordres, avant l'année 1700, ce pieux lévite p<rnl. dès l'entrée de sa carrière sacerdotale, animé de l'esprit de Dieu el dévoué aux bonnes (envies. D'abord nommé vicaire de la cathédrale de Toul, avec le titre de prêtre sacristain du chapitre, il connut bien vite l'état malheureux où se trouvait alors la jeunesse et les pauvres. A la vue de leur ignorance et de leurs maux , ses entraides s'émurent, son cœur généreux s'enflamin d'un saint zèle, et, malgré sa jeunesse, il résolut <le donner aux enfants, des instituteurs et des institutrices pour leur procurer l'inestimable bienfait de l'instruction chrétienne, et de préparer aux malades des in» lumières, qui, devenues leurs mères par une charité sans bornes , allassent les soigner, les consoler et pourvoir amant au salut de leurs âmes qu'à la santé de leur corps.

Dans ce dessein, Vatelol communiqua ses intentions h ses trois sœurs, et les ass"CM <Ji son œuvre. Quelques autres vertueuses lilles se joignirent à elles pour se former, sous la même direction, à l'enseignement des jeunes biles et au soin des malades. Des «bues pieuses qui prenaient un vif intérêt à une entreprise si belle el si utile, ainsi que le comité des dames declnrilé établi à Toul lui lurent d'un grand secours , pour ce premier établissement , qui a été l'origine de toute la congrégation. Alors commença:! aussi le plus beau de tous les règnes! lo règne de Léopold, règne do paix et de bonheur, digue d'être proposé pour modèle à trois reux qui sont destinés h gouverner les hommes. Cette coïncidence fut sans doute ifie époque heureu-e pour le succès de !'n;-l tut («ni.

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Le pius ancien titre de l'existence do la rieuse association, est la fondation d'Aut/eville et de Barisey, dotée par M. Renaud Drouville, curé de ces deux communes; reile fondation, datée de 1700, exprime déjà formellement les deux tins principale de l'institut. Cet ecclésiastique bienfaisant lègue un fermage de dix-huit paires, pour fonder deux écoles de filles : une à Autrevilie, l'autre a Barisey, d'une w»ur chacune; les sœurs sont chargées d'enseigner gratuitement les filles pauvres dans les deux paroisses; elles ont droit à une légère rétribution sur les autres enfants; tlles doivent aussi soigner les malades et les aider de leur mieux, durant leur maladie, lorrço'ils le désirent. Toutefois, les deux premières écoles furent fondées à Toul : une »ar la paroisse do Saint-Agnan, et l'autre sur relie de Saint-Jean.

Dans ce qui reste des premiers établissements de la congrégation, se dessine déjà, l'intention qu'avait son fondateur Je former les sœurs de son Institut, sur l'esprit des sœurs de Saint-Vincent de Paul ; simplicité, désintéressement, vie commune, soumission parfaite, charité sans réserve, dévouement à tous les besoins de l'humanité; («Iles sont les vertus qui caractérisent, dès son origine, cette nouvelle institution. Dans mie carrière M. Vatelot a fait un pas de plus que ses devanciers, et il a réussi : co U\ «lavoir assez de confiance en Dieu et dans la vertu de ses tilles, pour oser les placer seules dans des paroisses, même fort éloignées, qui n'avaient pas le moyen d'en entretenir plus d'une. Saint Vincent de Paul, *i bon juge des ressources de la grâce et de la capacité du cœur humain, en donnant à ses tilles cette mission sublime que tout le ©onde admire si justement, réserva qu'elles iraient en communauté, et n'iraient jamais ailles. Le bienheureux Pierro Fourrier, qui institua aussi en Lorraine, vers lo mémo temps, les religieuses de Notre-Dame, pour ''instruction des jeunes filles, fut encore plus ré»ervé que saint Vincent, et crut devoir soumettre son institut h la clôture. Par une fréquence nécessaire de leurs constitutions, ces deux ordres célèbres ne peuvent instruire que les enfants des communes qui ont le bonheur de posséder une de leurs communautés ; tel était encore au cominentetnenldu xvin* siècle, l'empire de l'opinion ancienne, touchant la clôture des religieuses. M. Vatelot, quoique jeune prêtre, a fait preuve d'une grande sagesse et d'une conitJnce en Dieu qui tient de l'inspiration, en s'élevaot au-dessus de la crainte commune, dans une matière si délicate. Aussi, le succès qu'il a obtenu, le bien qu'ont fait et S«e foui ses filles dans plusieurs centaines pauvres communes, qui ne peuvent entaienir qu'une sœur, l'exemple qu'il a donné * d'autres fondateurs qui ont suivi la même marche avec le même succès, environnent *>u nota d'uno gloire d'autant plus respecte, que c'C;>t |,ar jes vertus modestes et

par les services les plus utiles qu'il l'a méritée.

Comme à son aeout, celte modeste association se composait d'un petit nombre d'affiliées et ne recevait que peu de fondations, l'évêuue de Toul en réglait directement les affaires temporelles; notre pieux fondateur élait chargé de cultiver les vocations et de placer les agrégées; mais sur la fin du pontificat de M. Blouet de Camilljr (1717J, il fut délégué par ce digne prélat, pour traiter, comme administrateur, toutes les affaires spirituelles et temporelles de son institut : il parait dès lors dans tous les traités, avec le titre et l'autorité de supérieur et tout se fait en son nom.

Il établit a Toul, outre l'institut des sœurs, uno école normale pour former des instituteurs, appelée Séminaire des peliies écoles. On n'a retrouvé de celle institution si utile, que quelques traités joints aux fondations des écoles de filles; elle se maintint cependant jusqu'en 1791, sous la direction d'un chanoine, nommé par l'évêque, pour surveiller les écoles, avec le titre d'écolâtre.

M. de Carailly ayant été nommé archevêque de Tours, M. Scipion-Jérôme Bégou lui succéda en 1721, Ce fut un second fondateur pour la congrégation de la Doctrine chrétienne, par les soins paternels et nombreux qu'il lui donna. Voici quelques traits du bel éloge qu'en faitdom Calmet, abbé de Senones. « Persuadé que son diocèse devait être l'objet de tous ses soins et le terme do ses voyages, M. Bégon en faisait exactement la visite avec un courage au-dessus de ses forces. Les injures de l'air, les incommodités des saisons, la délicatesse de son tempérament, la faiblesse de sa sauté qui souvent fut altérée par les fatigues de ses fonctions etde ses voyages, la difficultés des chemins* no furent pas des obstacles à sonzèle. Il parcourut plusieurs fois son diocèse, le plus vaste delà France, cl malgré le difficile accès de certains endroits des Vosges, il pénétra dans les paroisses où jamais, avant lui, on n'avait vu d'évêque.

* Cest aans ces visites qu'il acquit une connaissance parfaite de son diocèse. Il voulut tout voir de ses propres yeux, tout connaître par lui-même : la conduite des pasleurs, l'état des paroisses, des écoles, des églises et les comptes des fabriques.

• Les visites se Grenl toujours avec un ordre qui ne troubla jamais la grandeur de son travail... On le vit donner des jours entiers àconférer le sacrement de confirmation à une multitude de personnes presque innombrable, faire interroger en sa présence, chaque enfant sur la doctrine chrétienne, et donner à son peuple, avant et après chaque cérémonie, des instructions pratiques et louchantes: ensuite s'entendre avec les curés pour visiter les malaoes, prendre de sages mesures pour la bonne éducation de la jeunesse, la réparation ou le décor do leurs églises et la distribution de ses aumônes, qui d'ordinaire étaient abondantes : aussi

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en quillanl un lieu, il laissait toujours ses peuples édifiés de la bonne odeur de ses vertus, touchés de son zèle, rharmés de sa douceur, nourris de ses largesses ; il emportai les bénédictions et l'amour de tous ceux qu'il avait visités. De retour do ses courses apostoliques, il complétait par sa correspondance le bien qu'il venait de commencer, et soignait, avec une assiduité étonnante, tous les détails de son séminaire, les progrès des études, les œuvres de charité en faveur des pauvres, les établissements pour les écoles, et l'instruction des enfants. »

Un prélat si distingué et si généreux fut une ressource immense pour la congrégation de ces pieuses filles, aussi prit-elle, sous son pontificat de 32 ans, beaucoup de consistance et de développement. Cet illustre ponlil'o connut en peu lemps Je mérite de M. Vatelot, le nomma chanoine titulaire de sa cathédrale et bientôt après promoteur du diocèse : cependant celui-ci annonce dans son testament qu'il ne reçut cette dernière charge qu'avee la plus grande répugnance et par le seul motif do l'obéissance aux ordres qui la lui imposaient.

Voyant son œuvre prospérer, M. Vatelot prit des mesures pour procurer à son institut, une maison mère, qui fut tout à la fois le centre de l'administration, le noviciat des postulantes, et l'asile des sœurs anciennes, hors d'état de continuer leurs fonctions. Pour exécuter ce dessein, il acheta à Toul, en 1733, une maison au centre de la ville ; l'année suivante, il la fil agrandir cl disposer de manière à remplir sa destination.

Cependant les lilles de M. Vatcloi se multipliaient; sa miison de Toul, devenue mèreécole, voyait croître d'année en année le nombre de ses novices et celui de ses écoles; Mgr Dégon et quelques membres du chapitre eu fou leront plusieurs ; des sœurs qui avaient quelque patrimoine, voulurent aussi lui prêter secours par leurs dispositions testamentaires, et, de ces ressources, le zélé supérieur put placer des sœurs dans des paroisses où lo besoin d'instruction le réciamait autant que la pauvreté des l'ami Iles paraissait en rendre l'entreprise impossible.

lin 17V8, plus de vingt-cinq paroisses du diocèse avaient des écoles dirigées par ces admirables sœurs. ICI les ne bornaient pas leurs soins à l'enseignement primaire; la méthode qu'on leur mil en mains, dès 1723, et les petites méditations qui furent imprimées pour elles, vers le mémo temps, imposaient aux maîtresses d'école l'obligation d'expliquer le dogme et la morale de la doctrine chrétienne, non-seulement aux enfants, mais encore aux grandes lilles cl aux femmes qui se présentaient à leurs instructions, les jours de dimanche. Les traites du temps de Mgr Dégon prescrivaient ces entretiens familiers, et entraient dans les pins grands j détails sur les vérités de la religion, (pie les sœurs devaient enseigner aux fidèles, et sur la surveillance qu'elles étaient chargées d'exercer à l'égard des enfants dans les éremonies du culte. Celte nu -veillante ma*

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ternclle s'étendait, dès l'origine uc • institut, a la conduite des élèves hors des écoles, et môme jusqu'au sein de leurs familles; mais elle était si amicale et si sage, que bien loin de déplaire, elle ét.dl de tous les devoirs des sœurs, celui qui leur gagnait le plu» eflicacement l'affection et la confiance des parents, le respect et la docilité des enfants. Pour bien remplir cet important devoir, chaque sœur devait observer la manière dont les écoliers se comportaient dans les rues, en venant à l'école,et en sortant déclasse; s'entendre de temps à autre avec les mères de ses élèves, pour connaître leurs défauts, et convenir des moyens de les corriger; si les parents ne paraissaient pas disposés à cet heureux concours, la sœur trouvait dans sa prudence d'innocents expédients pour les y amener; tantôt elle allait faire ,une visite à la petite malade; tantôt elle témoignait le contentement qu'elle en avait; un autre jour, c'était pour d'autres raisons aussi agréables que la Première : bientôt la confiance du père et de la mère lui était acquise et elle pouvait faire l'éducation morale «le leur enfant avec la même facilité que celle des autres. Que de vertus, que de sagesse, quo de dévouement, exigeaient ces rapports extérieurs ! Toutefois ces heureuses servantes de Dieu et de l'Eglise, s'y conduisaient avec tant d'édiûcatioa, qu'elles'jouissaient généralement do l'estime et de toute la confiance de la paroisse. Déjà commençait à paraître dans la congrégation ce talent particulier qui la distingue dans l'art d'instruire les enfants, et le don le plus précieux encore de former les jeunes fliles aux vertus chrétiennes et leur inspirer l'amour de la vraie piété. Parce moyen, les soeurs formaient en même temps dans l'âme des parents et des enfants, l'esprit social qui unit entre eux les membres de la /aniUle, et l'esprit chrétien qui associe toutes les familles au corps de l'Kglise.

Le religieux progrès de l'institut ne se ralentit pas sous le règne de Stanislas; le changement survenu dans le gouvernement de la Lorraine fut aussi favorable à l'instruction publique qu'à tous les genres de bunnos œuvres. D après le traité de Vienne, 1735, François IV, duc de Lorraine, céda au roi Stanislas, la couronne ducale, pour devenir par alliance le successeur de l'empereur d'Autriche. Lo roi de Pologno vint, 1737, prendre possession do ses nouveaux Etats les duchés de Lorraine et de Bar au nom de Louis XV, son gendre. La duchesse douairière Charlotte d Orléans reçut, pour retraite la seigneurie de Commerev. Mais quand, pour s'y rendre, il fallut quitter le château de Lnnévillc, l'émotion fut générale; cl lorsqu'on la vit mouler en voiture on accourut de tous côlés ; eu un instant elle fui entourée d'une foule innombrable, dont la désolation présentait une scène sublime d'attendrissement et d'amour; bientôt la douleur l'emporle et on veut empêcher le départ : on coupe les traits des chevaux, en vain d'autres y sont substitués. ... Faut-il <?""rl renoncer à cet expédient ? Toul le peuj 0

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épenluen trouve un autre pour retenir sa souveraine; il se porte en masse sur tous les chemins qu'elle doit prendre, afin de lui Uirrer le passage. La duchesse attendrie tlv-oiétne }>ar un spectacle si touebaut et si honorable pour elle et pour ses sujets, mêle alarmes à celles de sa nation et n'obtient !j hberlé de s'en séparer qu'en lui promet* uni de revenir; à ces mots les Lorrains baignés Je pleurs ouvrent leurs barricades, et suivent en gémissant leur bonne princesse ju«que dans son nouveau domaine.

Stanislas apprenant ces démonstrations d'attachement, loin de s'en affecter ou d'en prendre de l'ombrage, en fut touché jusqu'aux larmes et dit avec une émotion pro- Uie: « J'aime ces sentiments; ils m'ann jncenl que je vais régner sur un peuple KtLMbleet reconnaissant, qui m'aimera aussi luîndje lui aurai fait du bien... «Sentiments nulles et vraiment dignes d'un cœur royal I

M. Vatelot, voyant le gouvernement changé <n Lorraine, eut soin de se mettre en mesure iuf>rèi du nouveau monarque pour faire reconnaître les droits de la maison de Toul; rtitanisias lui fit expédier des lettres patentes, i6 février qui conlirmaient cette maison rijiume mère-école, dans tous ses privilèges. Huit ans après, Louis XV la reconnut de la ■Jm, manière, comme jouissant de tous les droits civils pour acquérir, régir, aliéner, etc.

Quoique l'association eût reçu beaucoup de fondations pour établir et doter ses écoles, la toère-maison de Toul, privée des resfiirtes fixes, était en grande partie entrerons par les libéralités de son généreux fondateur; aussi employa-t-il tout son patrimoine an succès de sa pieuse entreprise. Il m pouvait rien percevoir sur les établisseatots particuliers, car ils étaient tous fort ouvres et suffisaient à peine à l'entretien ■J« sœurs qui les dirigeaient.

Elles eurent beaucoup à souffrir en 1740, « I7V1, des doux fleaux oui désolèrent la Lorraine, l'inondation et la guerre. Cette inondation eut lieu la troisième semaine J'wtobre 1740, et fut une des plus grandes •tonton eût conservé le souvenir. Deux juar> de grosse pluie et la fonte des neiges <|ui déjà couvraient les Vosges, lancèrent sur ;* Lorraine un vriii déluge; la Meuse, la Moselle, le Mouzon, l'Ornai n, la Meurtho et toutes les autres petites rivières portèrent 'turseaux à une hauteur qu'elles n'avaient .'«nais eue, submergèrent toutes les vallées «causèrent d'affreux désastres; les regains l'irent emportés, beaucoup de bestiaux périr*nt, les habitants forcés de se réfugier sur !eor$ toits, souffrirent des peines inconce- 'i-'lis, Dieuzeet Roziôres furent submergés; kpiv eut ses murailles renversées par les torrents, Mi recourt vit le Mâdon déborder à jflit pieds de hauteur; toutes les parties t*$sesde la province n'offraient plus qu'une effrovable dévastation. On a vu reparaître <* désastre en 1840, et presque aux mômes jours la même inondation ; cette fois la Lorraine fol préservée, les torrents des Vosges

« iwtèrent sur la Saône, et répandirent

leurs ravages sur les deux rives de ce Ueuve jusqu'à la Méditerranée; mais ces provinces reçurent des consolations qui manquèren à la Lorraine, la charité de toute la France sembla vouloir égaler les secours de tout genre aux maux des peuples inondés.

A ce fléau, succéda celui de la guerre enlre la France et l'Allemagne ; on ût partir tous Jes Lorrains en état do porter les armes ; les bras manquaient à l'agriculture, on ne voyait

f>lus à la enarrue que des enfants et des vieilards ; les armées qui traversaientsans cesse la Lorraine achevèrent de la ruiner : aussi no trouve-t-onaucunenouvelleécolefondéedans ces quatre malheureuses années, excepté celle de Bouxiôres-aux-Dames, fondée par les religieuses.

M. Vatelot, sur la fin ae sa vie, eut ainsi la douleur de voir son pays après quarante ans de prospérité, presque'aussi malheureux qu'il l'avait trouvé en commençant sa carrière.

Pendant ces tristes années, il fit beaucoup de sacrifices; après avoir légué sa maison pour couvrir ses redevances, il déclare qu'il ne lui reste plus aucun bien fonds. 11 y avait environ trente ans qu'il était reconnu supérieur de sa congrégation, lorsqu'il lit son testament, en 1746; mais comme son nom paraît encore dans quelques actes l'année suivante, et que son testament fut déposé et enregistré le 21 août 1748 et confirmé par ses héritiers, pour avoir son plein effet, on est autorisé a placer sa mort vers le 20 août de la môme année, quoiqu'on n'ait pu recueilliraucunautre indice de ce jour dedeuil pour ses lilles, objet de toute sa sollicitude.

Barbe Vatelot, la plus jeune, tenait l'école de Bazoilles, lorsque son vénérable frère fit sou testament. Dès que la congrégation eut perdu son Père, elle voulut adoucir l'amertume de son deuil, en choisissant pour Mère celle respectable sœur, qui réunissait en elle l'esprit et les précieux souvenirs du défunt; elle fut nommée supérieure générale par Mgr Bégon, selon les formalités qui ont été suivies depuis pour l'élection de celte première officière; le sage prélat lui adjoignit une assistante et un conseil, et voulut qu'elle entrât dans tous les actes de l'administration; qu'elle fût chargée spécialement du gouvernement de la maison cheflieu, et de la surveillance de toutes les écoles de l'Institut. Les actes depuis 1750 jusqu'à 1768, faits en son nom, prouvent suffisamment que tel est le régime primitif.

Barbe Vatelot gouverna la congrégation environ vingt ans ; se sentant surchargée plus encore par les années que par les fatigues, elle se démit de ses fonctions, et passa le reste de ses jours dans la retraite.

Les règles données aux sœurs par M. Vatelot étaient restées manuscrites jusqu'à sa mort; deux ans après, Mgr Bégon les fit imprimer, telles qu'elles sont entre les mains de toutes les sœurs. La pureté du style, la sagesse des maximes, la piété évangélique qui en est l'âme, font croire que ce précieux règlement est, quant à la rédaction, l'ou-

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vr.'uiulu iûranl cl vénérable prélat < | u i le fit j uhlier : c'est la quo se trouve en son entier la pensée mère, le véritable esprit île la congrégation; reîlo pensée du fondateur se développe a mesure que ses tilles se. multiplient et i|ue île nouveaux besoins surgissent, mais elle reste toujours la même dans son extension.

Lu tète de cet ouvrage, on lit ces remarquables paroles de l'amonté épiseopale:

« Nous avons jugé a propos, pour rendre la eomluiie des sœurs uniforme, de leur donner ces règlements auxquels nous leur ordonnons de se conformer. » Celle ordonnance a été renouvelée par nos seigneurs les évèques de N uiry et de Toul. Le lexie de celte première constitution paraîtra dans la suite; nous n'en donnons ici que le fond, pour tracer le caractère constitutif de la congrégalion.

Quatre points principaux présentent les fms de l'institut, en contiennent l'esprit et en dénionlrenl les inappréciables avantages.

1" Préparer, par les vertus religieuses des vierges chrétiennes, propres à être placées seules ou en communauté, selon le besoin et les ressources des lieux, afin qu'aucune localité ne se trouve dans l'impuissance de se procurer le bienfait de l'instruction, lo soulagement de ses pauvres malades.

•2J Ltablir dans les paroisses des écoles catlioliques suffisamment fondées et bien tenues alin que les jeunes lilles pauvres puissenl toujours y être reçues et élevées comme les .utres.

3a Donner au soin des malades, des infirmières intelligentes, cbarilables, zélées et pieuses, pour assister les malades, principalement les pauvres.

V' L'nir les membres de l'association en une seule el mémo famille par la vie commune et par une soumission parfaite à son régime; tel est le plan de l'illustre prélat; il est parfaitement assorti à l'esprit de l'Eglise el aux besoins de l'Iiumanité.

l.e soin que prenaient les deux fondateurs de lormer leurs lilles aux vertus religieuses, est constaté par les documents qui nous restent, de la duecLoii ipt'ils leur ummaient; tels sont, le règlement, la méthode, les petites méditations el la tradition de l'ordre.

La régulante, établie par M.iValelot, fut prescrite par Mgr l!> gon pour tous les exercices de la joui née A chaque heure, son nfïice particulier: lever, prière, oraison, lecture spirituelle, examen, adoration, assislance à la saiuie Messe, confession et communion fréquentes, instruction soignée de la religion et de la vie intérieure, heure fixée pour le travail, les ropas, le repos, etc. 'fous les principaux devoirs de la vie religieuse sont déterminés dans i e règlement, comme dans les ordres réguliers.

La chasteté esi tellement prescrite aux membres de l'association, qu'aucune postulante ne peut y être reçue, qu'aucune sieur lie | eut y èi e maintenue, sans la pialiipie pe: oi-luelle de eelte vertu céleste ; on y ie-

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commande fréquemment les précautions d< prudence pour la conserver.

L'uniformité de conduite et de costume ; été aux veux des fomialeurs, un point de I. plus haute iuq orlauee. Cette unilormin s'étend à l'ordre de la journée, a la lenut des classes, à la méthode d'enseignement, eu C'est l'union, le lien des membres dans loul< corporation religieuse.

L'obéissance. Les sœurs de la Doctrinochré tienne sont soumises à une subordination s parfaite, que toute leur conduite est réglée tant par la constitution primordiale que pat la direction des supérieurs : elles pratiquent le vœu d'obéissance, même dans sa perfection, quoique leur premier engagement ne contienne pasl'oblïgalion de l'émettre. Toutes «•icurs qui ont une supérieure particulière, la regardent comme leuanl la place de la supérieure générale, el ont pour elle une déférence cordiale el respectueuse. Les supérieures particulières el les sieurs qui no vivent pas en communauté, obéissent; îi la supérieure générale comme a Jésus-Christ; celleci, de son coté, ne doit rien faire de tant soit peu important dans le temporel el le spirituel, sans la permission ou l'ordre du su|érieur ecclésiastique, lequel ne fait qu'ucc seule personne avec le premier pasteur dottl il esl le délégué. Ainsi, tout esl ordonné avec une sagesse accomplie, pour assurer à l'autorité les moyens d'action dont elle « besoin, et à l'obéissance le caractère divin, qui en fait le prix et la gloire.

L'esprit de pauvreté est aussi entré dans l'éducation religieuse des tilles de M. Vatelnt : tout tendait à leur en inspirer l'amour et la pratique; ici, on les engage à se contenter de peu, à faire elles-mêmes leurs ouvrages, à vivre dans la plus grande simplicité ; là, on leur prescrit la vieVomniunc à l'exemple des premiers Chrétiens, qui déposaient leur avoir aux pieds des apôtres, sans nulle intention d'en partager le bénéfice au bout de l'année; ailleurs, h s traités ne leur accordent que le strict nécessaire et les mettent dans l'ohiigalion continuelle de pratiquer cette vertu.

La Mère Jeanne l'icrson avait succédé à la révérende Mère Harbo Valelol, dans lt supéiiorité. La congrégation était alors dans le meilleur état où elle se soit trouvée av.ir.t la révolution de 1780; elle comptait environ li rus cents sœurs, dirigeant ses écoles, tant dans le diocèse de 'fout quedaus les diocèses voisins. (Juoiipie dispersées en différents établissements, les lilles de la Doctrine chrétienne n'ont jamais formé qu'une seule c>mporation, gouvernée, tanl au spirituel qu'an temporel, par un môme régime, appelé le conseil de la congrégation. Dans les cotnnninaulés, une des sieurs élait chargée comme supérieure delà surveillance de l'écoleelde l'administration domestique; les autres lui étaient soumises en tout, pour le bononhe, l'uniformité de conduite et l'observance des règles. Cette supérieure locale a été de loul temps nommée par les supérieurs généraux l'.lle cKiit révocable à leur volonté.

M \ ,-ilcl"! a.od d'abord donné à ses sœjrs

DES OltDftES RELIGIEUX.

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