‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 78 sur 323 · ECO 4M · texte numérisé non relu

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felle qu'il faisait une violence continuelle Dieu même par ses ferventes prières.

Ceux qui purent en dire témoins assurent que sa poitrine, dans l'ardeur de ses oraisons, était agitée de si fervents soupirs, u'elle paraissait comme uno fournaise 'amour ; ce sont les termes dont ils se sont servis. Il est bon de remarquer que « et homme de Dieu disait lui-même qu'il n'avait pas pour les personnes qui se distinguaient par une haute naissance, par leurs qualités naturelles et leur mérite personnel , le môme zèle qui l'animait pour les autres. C'est pour la même raison qu'il négligeait et la connaissance et la direction des personnes d'un rang élevé, craignant, disaitt-il, la perle du temps qu'il employait bien plus utilement en exerçant son ministère auprès Ju peuple qui retirait des fruits bien plus abondants de son zèle, que les grands ou les savants. Aussi, il ne faisait jamais de distinction de personnes, et s'il donnait la préférence, c'était aux plus pauvres , aux plus pelils et aux plus timides. La réputation de vertu du p. Barré et les succès étonnants obtenus partoul par cet homme évangélique faisaient désirer sa conversation par les hommes les plus distingués de la société.

On vint un jour lui annoncer qu'une trèsgrande princesse souhaitait qu'il vint la voir pour l'ont retenir, mais cet humble religieux qui -était ennemi de la gloire humaine, ei qui avait compris que c était plutôt par un motif de curiosité, que de vraie piété, qu'on venait le chercher, pria le supérieur de l'exempter de celle entrevue, qu il savait ne devoir être d'aucune utilité. Mais ses supérieurs lui ayant exposé qu'il était a propos de ne pas mécontenter une personne de ce rang, qui envoyait un exprès pour le conduire dans son palais, il obéit, et il édifia extraordinairement ceux qui étaient en la compagnio de celte grande dame. En voyant cet homme que l'on savaitd'aiileutsêtre tout de feu se présenter avec celle extrême simplicité, observer la contenance du plus humble religieux, sans mettre le moindre empressement, sans faire aucune observation pour satisfaire la curiosité de la princesse, tout le monde en fut touché , et celle conduite produisit plus d'elfet que s'il eût voulu répondre à ce qu'on attendait de lui et soutenir sa réputation par une conversation brillante en se livrant à l'ardeur de son zèle. Il pénétrait si avant dans les replis les plus cachés des consciences, qu'on était dans la surprise de voir qu'il découvrait des choses que Dieu seul pouvait savoir. Ces connaissances et celle pénétration naissaient du don particulier qu'il avait de discerner les esprits. On voyait le feu qui paraissait dans ses yeux , et la pénétration de son regard quand il voulait juger d'une personne qui demandait de se soumettre à sa conduite.

Sa patience et son humilité furent des preuves du bon esprit qui l'animait el de la piété solide qui accompagnait toutes ses entreprises. Ou voit dans ses lettres les motifs

DES OHDRES RELIGIEUX.

DK.TION.NAII'.E

KCO

solnlcs el 1rs règles srtics i|ti'i) donne pour ifi>|»iror les M'nhiii-jiits de >on néant et de sa bassesse. Il scr.iil ililli' iU; de trouver aillenrs des maximes plus sages, des considérations plus puissantes, un tableau plus saisissant pour montrer In nécessité et les signes de celle vertu qui est !u base principale sur laquelle toul l iiJitku spirituel doit être appu \ é.

Connue il ren lait un jour un très-grand service îi ma' personne, en la compagnie île plusieurs Messieurs d'un Irès-grand mérite, il arriva (ju'uu liouiine osa l'insulter puhbquetneid, lui lit mille «mirages, le renversa, le traîna parterre et Ajouta de violentes menaces. Ou vil alors cet humble religieux se mettre à genoux, et lont innocent «pi'il était, puhlia qu il était coupable, disant qu'il demandait pardon et qu'il était prêt à le satisfaire. Ouaud cet lio ie furieux se lut retiré,

le révérend I». Narré rappela à ceux qui étaient présents ce que la bu non* enseigne sur le pardon, sur l'oubli des injures , et la forte que nous « <tmmuni«piei:t la graxe et les vertus de la foi pour conserver le calme de l'Ame quand on est exposé a de pareils traitements. Mats Dieu permit que celui même qui l'avait si mal traité vint le lendemain lui faire des excuses, en lui avouant qu'il avait été louché de son humilité et de sa patience, et qu'il le priait d'oublier l'insulte qu'il lui av.nl faite, et de s'intéresser pour lui auprès de Dieu; ce que ce saint religieux n'eut pas de peine à lui accorder en lui donnant des m rq.ies non équivoques de sa bienveillance.

Il était parfaitement soumis à lotis b-s ordres de la l'iovidence divine et, on ne le voyait jamais surpris ni étonné lors des événements extraordinaires et malheureux, soit pour l'Etal, soil pour les allaites qui le regardaient. Une de ses pratiques les plus familières élait d'adorer avec un profond respect les décrets de Dieu, se eonlenlant de gémir, de prier et d'espérer que Dieu par sa miséricorde ferait réussir toutes choses à notre avantage cl pour sa plus grande gloire. Sa conlianeedi la divine bonté était si grande qu'il disait assez ordinairement quand tout le monde s'opposait à rétablissement de l'institut dont il est le fondateur, que ses affaires allaient fort bien el qu'elles étaient en bonne voie. Il serail dillicile d'expliquer toutes les différentes persécutions qu'il endura du ■ ùié des hommes , qui n'omirent rien pour le perdre de réputation et pour détruire le puissant crédit que son seul mérite lui avait acquis. On l'accusa auprès de ses supérieurs el des évôques d'être un homme déréglé el vicieux, qui Usait des arlil'nes de I ai t magique pour abuser les peuples et arriver à ses lins. Mais il n'avait pas pintùt paru et rendu raison dans sa simplicité de tout ce qu'on lui impulail qu'on reconnaissait son innocence ; loin de s'en plaindre, il disait à ses m, es qu'on avait raison de le tourmenter el qu'il méritait d'èlre ainsi traité.

Son oraison était la picsencede Dieu continuelle ; etsitùt qu'il pouvait se trouver se 1.; ,

on le vowiit i entrer dans un recueillement si profond qu'il semblait avoir toujours éle solitaire. Il continuait celle union qu'il avait toujours avec Dieu, en prenant ses repas dans se< voyages et en parlant des a traire* qui paraissaient être le plus contraires à rp saiul exercice. Il était si étroitement uni « Dieu en tout temps, qu'il lui était tiès-iidlici'e île se distraire et de parler «l'autre chose que «le ce grand objet. I n religieux qui était lo procureur de la maison , dont le 1\ Narré était supérieur, vint un jour i onr lui parler «l'une a [faire temporelle, lorsqu'il était absurbé dans la présence «le Dieu «lans une allée où li se promenait. Ce religieux assura • |ue h; digne l'ère élait alors si étroitement uni à Dieu qu'il lui fallut au moins un quart d'heure avant de pouvoir attirer son attention sur l'alfaire temporelle dont il voulait lui parier.

Il avait une si grande inclination pour l'sdoraliou continuelle, el il se plaisait hnl dans les exercices «le l'humilité qu'il n'étudiait, qu'ii n'écrivait, et ne faisait preste aucune autre chose «pi'étanl a g«*noui. Ou le trouvait prcs«jue « ontinuelleuieut dan* cette sainte posture.

Son désintéressement était si grand que, (}uoi qu'on lui olfi il des aumônes et d'autre biens temporels lort considérables, il ne panait jamais de la préférence a sou ordre, et détail si détaché «le ses parents qu'ayant un jour appris ipie sa mère étail h l'article «le la mort, i! renonça à la résolution qu'on lui avait inspirée d'aller dans son pays pourl.i consoler dans ses derniers momenls, atin de ne |»as inlei rompre l'ouvrage «le la conversion «les péi heurs «jui faisait sa plusgwui i? occupation.

Sa toi était si vive qu'on eût plutôt dit «pi'il voyait les ventés el les mystères «Je la religion «pi'il ne les croyait. Aussi ses ir>triK tiotis produisaient-elles une iinpressojn extraordinaire xir l'esprit de ses auditeur*. Il lirait souvent «pi'il était «lu paradis, du purgatoire et «Je l'enfer.

Onand il était sur le point de donner l'absolution dans le tribunal de la pénitence, il «■prouvait une agitation si violente «pie.tjuoi» ipi'il fit tout ce «pi'il put pour la cacher ;i se* l'ciulents, on ne laissait pas de s'en apercevoir quel putois, et comme «pielques conseillers de la grand » liambre du parlement de Keueri qu'il dirig«,ait. demandaient un jour la raison de ce trouble, il répondit: * Me cunsidéraiil en ce moment connue lejugedu|-énilent «pie je vois à mes pieds, el comme le dispensateur du sang de Jésus-Christ, je o\e re.arde comme ayant enlte les mains ce n èui'î sang précieux qui coula sur leC.Vva re. et comme c'est à moi de discerner s il mdl être répandu à propos sur la tête «lu criminel «jui s«- présenie, je me trouve d'une saiuie fraveur eu pensant d'une [<vt à la dignité infinie du sang «lu Sauveur, et d'aulre p. i l me souvenant de l'indignité «le la créature dont ii n'est pas fort aisé de <onuaître les véritables dispositions. »

Ces fervents Cluéliens demeuièient aussi

i») tCO DES ORDIikh

contents qu'édifiés de celle réponse qui leur donna de nouvelles preuves de la foi vive qu'ils Avaient remarquée dans la conduite ue ce sage directeur.

Ce qui perfectionnait ce grand homme rtaos la (biologie mystique, c'était l'étendue, l'universalité des connaissances qu'il possédait, jointes aune longue expérience qu'il avait acquise, surtout à son expérience personnelle; car il avait passé par des épreuves sans nombre, par de rudes, par de violentes tentations pendant plusieurs années, et il i jToué lui-même que Dieu l'avait conduit par des routes si difficiles et si supérieures i ses forces naturelles, que le seul délail ferait frémir d'effroi, et paraîtrait tenir de l'impossible.

11 dit un jour à un ami qu'il y avait vinglseitansqu'il était comme en enfer à cause (lés couleurs inconcevables que son âme endurait sous la puissante main de Dieu. Il s'était dévoué ou service du prochain, et se rendait comme une victime pour le salut des âmes.

Dans ces rudes assauts, son unique remède émit In prière presque incessante, une graode conformité aux ordres du Ciel, et nu liaudon parfait à tous les desseins de Dieu, qu'il invoquait comme un bon pére. Il ne hul |*5 s'étonner après cela si tant de grands fcotuuies et de si beaux esprits recherchaient >»cc empressement et avec assiduité la rcriTersation et les conseils de ce zélé apôtre, qui avait pass<> lui-même tant de fois iv»r l'eau et par le fou de toutes sortes de tribulations.

1 . paraissait si évidemment aux yeux de t 'Ut le monde qu'il avait des qualités très- >[ec;ales pour procurer le salut des âmes, «t |wur conduire U'S personnes qui étaient appelées à des voies particulières, que les l-rïûners supérieurs de son ordre jugèrent * propos, |>our la plus grande gloire de Dieu, te lui donner par écrit de leur propre mouvement exemption de tout autre emploi, afin <?nl pût suivre en pleine liberté sa vocation "«Moliqui? et porter plus facilement le feu de l'amour sacré dans tous les cœurs.

Il professa la théologie avec apitlaudisse- Qent de tout le monde pendant 1 espace de f'lo< rie vingt années; c'est dans ce temps forma tant de savants élèves dans la t:^logie scolastique et la théologie mysli- ^e;<flèves qui tirent l'admiration des docteurs mêmes, quand ils assistaient aux thèses N>!iques que Von soutenait dans la maison. Plusieurs «le ses disciples devinrent des Mires Jistingués auxquels on confia depuis Hnitruction îles jeunes religieux de son or- <!ff. Ses prédications et ses exhortations ^'ent si pathétiques qu'on trouvait loueurs dans ses sermons la manne du cœur, •jiwtqu il prêchât avec majesté la parole de H n affectait jamais la vaine éloquence 4" Mede, qui ne sert qu'à chatouiller l'otoileet non à convertir les âmes. Dans ses armons, il s'exprimait avec agrément, il déliait ses i-c.'bées avec fou. Ses exhortaéta:cM éitergiques; il convainquait

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l'esprit et triomphait du cœur de ceux qui •'écoulaient.

Il avait des manières aisées, familière.*, qui tenaient de cette sainte liberté et de celte innocente joie que donne ordinairement l'esprit de Dieu. Plusieurs personnes qui ne connaissaient pas son esprit, son naturel, ses habitudes, n'approuvaient pas d'abord ses manières pleines de feu, ni ses discours accompagnés de paraboles el de subtilités spirituelles, mais on ne l'avait pas plutôt connu qu'on savait l'apprécier, el qu'on était charmé de son-genre un peu singulier et des leçons cachées dans les paraboles qu'il proposait.

Si les , mortifications corporelles sont ordinairement les compagnes inséparables de la |>arfaile et solide piété qui doit être appuyée sur la croix de Jésus-Christ, le serviteur de Dieu ne fut pas privé de ces faveurs, car, outre qu'il se servait de moyens industrieux pour mortifier sa chair cl affliger ses sens, sans que cela fût connu, ceux oui ont vécu avec lui savent quel martyre il endurait dans les maladies qui exigeaient qu'on lui fit de temps en temps des opérations eitraordinairement douloureuses el qu'il supportait avec une constance qui excitait l'admiralion même des médecins.

On la souvent surnris pendant la nuit prosterné devant lo Très-Sainl-Sacreroent de l'autel , tantôt étendant les bras en croix, quelquefois usant des plus rudes instruments de pénitence, d'autres fois adressaut à Dieu des prières très-ferventes en faveur des pécheurs qu'il voulait ramener dans le sentier de la vertu ; c'était par des actes de sévérité envers lui-même, qu'il s'efforçait de les réconcilier avec Dieu.

Ce fut après s'être exercé dans ces grandes austérités et après une longue expérience dans les travaux évangéliques quil reçut l'inspiration d'établir des écoles charitables du saint Knfant-Jésus, et déformer pour cet effet des maîtresses qui fissent gratuitement des instructions aux pauvres fines.

Cet ouvrage fut commencé dans la ville do Rouen par les libéralités, les aumônes, les conseils de MM. de Touvens, Fumichon, de Grinville, conseillers en la Grand'Chambre, cl de M. d'Epinay, secrétaire du roi, tous singulièrement recommandâmes par leur naissance el par leurs vertus, et dont les descendants, héritiers de la piété, du zèle do leurs nobles ancêtros,conlinuent encore aujourd'hui à soutenir celte bonne œuvre, à fournir et à se procurer les sommes nécessaires pour pourvoir aux besoins des maltresses que l'on forme dans un séminaire, d'où elles sont réjwndues dans les provinces plus éloignées cl où elles obtiennent des résultats admirables. C'est ce qui se fait encore dans le séminaire du faubourg Saint-Germain h Paris, où un grand nombre de maltresses sont instruites el formées selon le môme esprit, par des personnes du premier mérite, qui les gouvernent et les distribuent ensuite selon leur prudence, dans les dilTô-

rei.t- *ri;ir!i.'r- delà capital»' on rions les

(Quoique !o Hévérend I*. \\;\nè d'un caractère doux, bien veillant pour tous, il Vivait pourtant s'armer à propos dans l'ardeur de son /rie, d'une certaine autorité, (l'une fermeié ém-r^ique, pour mieux naitcnir la gloire de Dieu el pour a>Mirer en 111610e temps la conquête des âmes; et l'on ne doit pas être surpris si l'on découvre dan* ses lettres imprimées lo même génie, et si l'on v \01tun stv le singulier et des expressions' extraordinaires que l'on n'aurait pu supprimer sans cacher quelques-uns des principaux traits du carat 1ère et de l'esprit de ce ^raml directeur.

Nous ne «lirons rien des circonstances qui accompagnèrent sa mort dont ou a l'/iit connaître les délails au pulilic; mais observons qu'un habile peintre, avant jeté par lias ud les veux sur ce tidele serviteur de Jé>us- Chrîst, alors qu'il n'était plus qu'un cadavre, v remarqua quelque dio.se de si extraordinaire qu'il forma, quoique sans le connaître, le dessein d'eu tirer lo portrait, ce qu'il exécuta sur-le-champ, et ce qui a donné lieu dans la suito d'en graver une planche dont on 0 tiré les copies qui sont en tant de mains, (1)

ÉCOLES CUUETIENNES DE LA MISEUI- C.ORDF (Sot i us m:*]. Maison mère à Saint- Sauncur-h-Vicuutc .Manche).

Nohce sur la M'rc Murir-Madclcinc Pastel, leur fondatrice.

Julie Postel, en religion sœur Marie-Madeleine, naquit le '28 novembre 1756, à llarfleur, petit poil du diocèse île Coûtâmes département de la Manche. Les vertus étaient héréditaires dans >a famille; un de >es hères j'ut promu au sacenloi e. Dès .sa première enfance, elle montra un goût prononcé et une vive ardeur pour les exercices de la piété comme pour la pratique tic la mortilicalion. Avant entendu une instruction sur l'obligation et l'excellence du jeûne cl sur la manière dont le pratiquaient les premiers Chrétiens, qui ne faisaient qu'un repas par jour, el sur l'usage que suivaient des communautés île réduire à deux onces de pain et à de l'eau pour boisson la collation introduite par l'indulgence «le l'Eglise; quoiqu'elle n'eût alors que neuf ans, elle voulut jeûner, à l'iti-m de ses parents, au moins comme dans ces communautés austères vers lesquelles elle se sentait secrètement attirée. Elle composa île petites balances pour peser sa collation. Sou directeur fut obligé «l'intervenir pour lui interdire ces niortifi. ations beaucoup trop précoces; néanmoins elle devança depuis plusieurs années l'âge de vingt et un ans; et depuis sa jeunesse elle ne cessa de jeûner, comme les premiers Chrétiens, ne faisant qu'un repas en vingtqualre heures, quel repas 1 après le potage le plus simple, elle ne prenait ordinairement que du pain sec el île l'eau.

En autre trait de son enhme vint révéler cette viui'-iié <îe foi qui I .unma toujours : ■ 1 ' \ a la fui du vol., t." 71.

NNAIIIE ECO iZi

au moment d'un de ces épouvantable? orales qui glacent d'effroi les plus intrépides, la petite Julie se livrait à la joie; ses parents étonnés lui en demandèrent la raison : « C'est qu'en ec moment, répondit-elle, le bon Dieu n'est pas olfensé, les plus gran N impies n'osent même blasi hémer son saint nom; lis l'invoquent au contraire avec respect : je voudrais qu'il toniiAt toujours. »

Julie fut envoyée à l'abbave rova'cdes Bénédictines de Valogncs, pour y terminer snii é 'ecaiion : on crovait à Barfleur qu'elle s'attacherait à cette communauté, mais e le trouva que la règle n'était pas assez sévère et que l'abbave était trop riche, et cependant sa santé était et resta longtemps délicate. J'aimerais mieux, disait-elle, des religieuses qui n'auraient d'autres rentes quleurs doigts et qu'une pauvreté réelle ouitraignil au travail. Elle n'en renouvela pas moins dans son cœur le vœu qu'elle ava:t fait, de se consacrer pour toujours au service de Dieu et du prochain, en attenda it qu'il plût a la Providence de lui dévoiler sis desseins.

De retour dans la maison paternelle, Julie Postel ouvrit, a l'âge de dix-huit ans, une école avec internat, surtout en faveur des orphelines et des pauvres Bientôt on vit se grouper autour d'elle une nombreuse jeunesse. Sa capacité remarquable, son ii- e d'une ardeur soutenue, sa douceur angtlique, sa fermeté qui repoussa constamment toute peine alllictivc, son rare discernement des caractères et surtout son amour vraiment maternel pour l'enfance, tirent chérir la maîtresse et produisirent des progrès étonnants; l'instruction religieuse et les ouvrages utiles étaient le principal objet de sa sollicitude. Les jeunes personnes |>auvre> el riches devenaient, sous son habile direction, adroites, habiles, infatigables, tile s'appliquait surtout à unir, comme la Mer du Sauveur, les vertus de Marthe à cei.es de .Marie; elle voulait que les enfants qu'elle foi niait devinssent, par l'utilité, la corisl mec et la variété de leurs travaux, l'exeinble, la ru liesse el le bonheur des maisons et des familles où elles seraient appelées a entrer; que l'occupation continuelle devint une prière incessante par l'esprit de sacrifice, et d'union avec Dieu, par de courtes mais chaleureuses jaculatoires. La suave gaieté, l'uniformité de son caradère, l'inépuisable variété de ses mots édiliants, de pieux canl'qucs et aussi de couplets qu'élit* savait improviser dans l'occasion, communiquaient ses sentiments à toutes l«s jeun- s personnes qu'elle dirigeait. Elle savait hâter l'accomplissement d'une tâche, en donr.int comme récompense, à l'élève qui aurait iii.i la première, de s'écrier, par exemple : Vivo Jésus dans nos cœirsl on répondait: A jamais, (jue de bonnes mères de familles lui ont dû, après Dieu, leur capacité, leur amour pour le travail, leurs vertus et le respect public dont elles étaient entourées. C'est elle qui a le plus contribué à pt-rpituer dans le religieux et fertile pa v * du Va!- K-

Saire, ce beau type de familles vraiment patriarcales qu'on y admire encore. Aussi quoiqu'elle ait quitté celte contrée depuis on demi-siècle, son .souvenir et sa réputation de sainteté y sont demeurés ineffaçables. Celles de ses élèves qui vivent encore i Barùeur, ne cessent de dire « qu'elle fut toujours une véritable sainte; que c'était le titre que chacun lui donnait en la voyant t«»ser; que le ton avec lequel elle parlait Je Dieu, ebantait des cantiques, avait quelque chose do céleste et de pénétrant; qu'il leur en est resté un inaltérable souvenir. Elle ne tenait pas à la terre, dictent-elles; elle vivait plutôt déjà dans le ticl. •

Oo ne finirait pas si ou voulait raconter les autres détails do sa vie pendant les animes qui précédèrent la révolution de 1793. Us événements néfastes de celte lamentable époque l'eussent l'ait mourir de douleur, si ki vue constante de l'action de la Providence en toute chose ne l'eût rendue supérieure aui plus grands malheurs.

(Juand les prêtres catholiques partirent j*>ur la terre Je l'exil, elle obtint d'un bon .rèlre, M. La marche, mort curé a la Pern«*lle, la faveur de béuir son oratoire, d'y célébrer la sainte Messe et d'y laisser le i^ini-Sacreruent.* Laissez-nous,» lui dit-elle, « notre Sauveur dans notre frêle barque; il qous soutiendra contre les fureurs de la tempête ei nous préservera du naufrage.

Je serai sa fidèle compagne; je ferai amendo liouorable le jour et la nuit pour tant d'horribles profanations qui se commettent. Je uurat, au péril de ma vie, trouver des ministres fidèles pour offrir la victime d'eipialion et renouveler les saintes esl*ce$. •

Ce >ainl prêtre avait tant de vénération i<our la sàinleté de Julie Poslel, que, tirant *e*(K»uvoirsdes circonstances, il lui accorda l'objet de sa demande et dédia la chapelle à la Heine des anges et des saints, à l'auguste Varie, sous le nom si doux que lui donne I Eglise, de Mère do Miséricorde. Jamais le Ssint-Sacremcjil ne cessa d'être conservé (Un» cet humble sanctuaire, pendant les longues anuées de la terreur et de la persécution, et le Saint-Sacrement y était fréquemment offert. Oh 1 disait-elle jusque dans «>n eitrême vieillesse, les belles Messes de minuit qu'on célébrait alors 1 on eût dit une mémoire continuello de la crèche du Sauveur I que notre ferveur était grande 1 comme les premiers Chrétiens , nous étions constamment sous la hache des bourreaux, et comme eux nous puisions un invincible courage dans la fréquente réception do la Minte Eucharistie.

Souvent on prenait à la chapelle le Saint- Sacremetii pour le porter aux malades. Plus «l'une fois le prêtre caché, qui s'était glissé en plein jour au chevet d'un mourant, en- ™J* Julie, pour le con.solerel l'administrer, tuereber le saint viatique, ne pouvant le t»>re lui-même sans un péril imminent pour » vie. Elle comparait alors son bonheur à

celui de l'auguste Marie portant le Sauveur dans ses bras.

Les premières communions se faisaient régulièrement. Une chose providentielle, c'est qu'on n'eut jamais à déplorer ni trouble ni profanation. Dans deux visites domiciliaires qu'on fil chez elle on fureta partout, excepté dans l'oratoire. Les sbires passaient devant la porte comme si elle avait été invisible pour eux. Pendant ces douloureux moments Julie Postel disait à son divin Maître : « Gardez, Seigneur, votre tabernacle; ne permettez pas qu'il soit profané, ou du moins qu'il ne le soit qu'après que j'aurai versé jusqu'à la dernière goutte de mon sang. » Que ne pouvaient pas celte loi si vive qui aurait transporté les montagnes et celle ardente charité qui était pendant toute la persécution, une sorto de ravissement continuel!

Ce fut alors qu'on vit se perfectionner en Julie Poslel cet inexprimable amour qu'elle n'a cessé de ressentir pour Jésus caché sous les voiles eucharistiques. Ce n'étaient pas seulement tous les moments disponibles de la journée qu'elle consacrait à s'entretenir cœur à cœur avec son divin Epoux, moments trop rares pour elle, a cause de son redoublement de zèle pour l'éducation chrétienne de la jeunesse : elle y passait régulièrement la moitié des nuits, elle prolongeait même jusqu'au matin son oraison pendant la nuit du jeudi au vendredi, en mémoire des douleurs du la Vierge et de la Passion du Sauveur. Pour ne pas fournir de prétexte aux partisans de l'Église constitutionnelle, qui étaient très-ardents dans l'endroit, elle fut jusqu'à trois ans sans sortir et sans regarder une seule fois par la fenêtre; chaque lois qu'elle entendait (es mouvements ou les cris sauvages des bandes révolutionnaires, elle se prosternait à la porte de la chapelle et demandait à Noire-Seigneur la grâce de mourir en défendant son tabernacle s'il était attaqué.

Un trait va révéler de plus en plus toute l'énergie et loute l'intrépidité de son beau caractère. Deux militaires logés chez ses parenls eurent une querelle qui les détermina à l'instant à so battre en due! ; elle leur parla de Dieu el de l'éternité avec tant d'éloquence, qu'elle se saisit sans résistauco de l'une des armes meurtrières et obtient une réconciliation cordiale entre les deux adversaires. Les temps cependant étaient devenus plus calmes, les églises allaient s'ouvrir, les confesseurs de la foi commençaient à revenir de l'exil, mais en attendant, ceux qui sortaient des prisons ou de leurs humides el ténébreuses cacbetlos s'empressaient d'user des premières lueurs ue la liberté pour ranimer le culte public. Mais une nombreuse jeunesse est affamée de la parole de Dieu. Un si grand nombre de jeunes gens ignorant les premiers éléments de la religion, n'ont pas fait leur première communion; les quelques prêtres de la contrée succombent sous le fardeau en administrant les malades, ou au tribunal de la

DES ORDHKS [ŒLIGILUX.

4"»r> no oicrio

pénitence. Sur lour domaiiuc, Julie Postel, qui les avait tant édifiés et même soutenus par son sublime dévouement pendant la persécution, est tout à coup transformée on zélé missionnaire. Sa réputation do sainteté, les lumières, la vivacité do sa foi, l'ardeur brûlante de sa chanté, la mettent à la hauteur do colle mission extraordinaire. C'est dans de vastes grandes qu'on célèbre d'abord les Ollices divins et qu'ode remplit avec succès ses fonctions do catéchiste. Mlle l'ait dos sous-maitres et dos moniteurs des enfonts qu'elle avait instruits pendant la terreur. Kilo fai>aii couler de «grosses larmes des veux du nombreux auditoire qui assistait à ses instructions pathétiques. Mlle attaquait surtout devant eux les blasphèmes devenus alors si fréquents; elle sut lour inspirer un loi désir de correction qu'elle leur fit goûter la pratique de passer de petites pierres d'une poche dan> l'autre pour compter leurs rechutes et constater leurs progrès. Que la bonne et sainte demoiselle va être contente, disaient-ils entre eux, quand ils avaient remporté quelque victoire sur Celto hideuse habitude 1 Voici un l'ait extraordinaire qui se rattache à une partie de l'existence de Julie Poslol : Parmi ses élèves, elle comptait un de ces petits anges terrestres qui semblent destinés à ne faire que passer ici-bas, à cause de la précocité ue leur esprit et de la sublimité de leurs vertus. La petite fille, qui avait environ neut ans, dit un jour à sa maîtresse : Mon grandpère vient de mourir a l'instant d'un tel genre do maladie. En etTot, quelques heures s'étaient à peine écoulées qu'on vint eu toute hâte annoncer la mort subite et imprévue de cet homme : le moment et le genre de mort coïncidaient avec la déclaiation do l'enfant. On ne put qu'en être frappé, l'eu après, cetto môme enfant fut atteinte d'une maladie mortelle, elle fut trouvée digne de faire sa première communion; uiais avant de mourir elle laissa échapper de ses lèvres innocentes et décolorées ces paroles : « Vous formerez une communauté a travers «le grandes tribulations; vous demeurerez à Tamerviile : pendant de longues années, vos filles seront très-peu nombreuses et on n'en fera nul cas; des piètres vous conduiront dans une abbaye : vous ne mourrez que dans un âge avancé, et vos religieuses seront alors les plus nombreuses du diocèse; dans les dernières années de votre vie, vous vous occuperez constamment de voire église,. ■>

Julie se borna à demander à l'entant si elle connaissait Tamerviile, si elle en avait entendu parler : elle affirma que non, et ou savait qu'elle disait vrai. La pieuse mai tresse ne nul s'empêcher de voir une mani festation des desseins du Ciel dans colle prédiction.

Les travaux, les veilles, les austérités avaient altéré la santé de Julio Postel ; le désir de rétablir ses forces et du fuir dos dissensions religieuses, qui naissaient de la réorganisation des cultes à Bailleur li dévida à quitter ce pa\> pour aller .-<?

N MUE LUI iï»

fixer h Cherbourg, attendre loi iii licalions do la Providence. Llle eut le bonheur de rencontrer un homme de Dieu, M. l'abbé Caharl, qui, après avoir vécu à Paris, en qualité de précepteur, dans l'illustre famille île Joigné, avant la persécution, avait refusé, au retour de l'exil, toute dignité ecclésiastique; il ne voulait plus vivre que pour secourir les malheureux. Son air grave et austère inspira toute confiance à Julie Postel, et, lui ouvrant sou oieur, elle lui dit * qu'instruire la jeunesse, lui inspirer l'amour de Dieu et l'amour du travail ; se sacrifier pour secourir les pauvres étaient son bul et celui d'une congrégation religieuse qu'elle a depuis longtemps le désir de former. Où sont vos ressources, dit M. Cabart ? « Kilos sont toutes, « répondit-elle, « dans la Providence secondée par le travail et par la pauvreté personnelle: voilà mes rentes en montrant ses doigts. »

Ces paroles et cette énergique confiance frappèrent M. l'abbé Caban. Vous êtes, ré- !<liqua-t-il,la personne que je cherche depuis longtemps. Tout nous manque ici : ix»us n'avons aucune communauté religieuse.

So.ez donc la bienvenue. Je vais louer unemaison, et nous allons commencer l'œuvre sous le patronage, ajouta Julie, de la More de la Miséricorde.

On mit sans hésitation et sans délai le projet a exécution. L'école >e remplit d'élèves. Julie Postel se trouve seule à la lèle de trois cents enfant:,; elle suit l'excellente méthode -les Frères de M. do la Salle; elle obtient le même succès qu'à Hartleur.

LUc commença I u-uvre de Cherbourg en 1802. Ibcnlot après vint s'adjoindre à elle >a plus intime de Hoill-ur, sa confidente, Jeanne-Catherine lb Ilot; les éminentes qualités do cette pieuse fille, >a parfaite conformité de vues et de dévouement avec sa vénérée maîtresse, remplirent celle-ci d'une sainte joie. Une de ses anciennes élèves, Louise \ iel, de Qiiellohou, qui avait déjà gagné son couir, lors îles catéchismes de la Pernelle, et qui se sentait .secrètement attirée vers (die, fut la première posiuiante. Mgr Rousseau étant venu à Cherbourg pour donner la confirmation, Julie désira | .1 émuler sa congrégation naissante au premier pasteur et recevoir sa bénédiction. KMed ses compagnes reçurent de la bouche du piéht tous les encouragements et tous les souhaits possibles. Pour comprendre le bouheur de Julie en ce jour si mémorable pour les Filles de. la Miséricorde, il faudrait connaître son lespet t profond, sa docilité filiale envers les a doutés ecclésiastiques.

Ce fui ie 8 septembre 1807 , jour de h fête de Notre- Dame de la Miséricorde, que la petite congrégation fut véritablement ecationiquemcnt instituée; la Mère, qui alla" avoir cinquanteet uuans, etsestroispreiiuéies Filles prononcèrent leurs vœux perpétuels dans l'église de l'hospice de Cherbourg, en présence de M. l'abbé Calcul.

. - légué de l'ordinaire; la troisième fut Aah» bqu'- Le lau-jjs de Caon.

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