ECO DES ORDRES
L'obéissance la plus parfaite è la supérieure, le silence presque continuel, la récitation du bréviaire du diocèse formèrent d'abord toutes les constitutions de la communauté. Le costume fut tel qu'aujourd'hui, si ce n'est qu'au lieu du voile et du manteau les sœurs portaient pour sortir une mante uniforme, de couleur noire, et qu'au lieu de pèlerine, urt mouchoir blanc passait par-dessus la guimpe.
Les écoles et les ateliers croissaient chaque jour. Le travail des maîtresses confondu arec celui des élèves portai t chaque année a plusieurs mille francs, le bénéfice des pauvres de la ville de Cherbourg, sans compter le bienfait de l'instruction gratuite.
La supérieure était habile en toutes sortes d'ouvrages et d'une activité sans égale. La dépense des sœurs était des plus minimes; elles couchaient sur la paille; elles prieraient elles-mêmes l'étoffe grossière qui servait pour leur vêlement; leur nournture n'était souvent que du pain et de l'eau, et le souper de beurre ou de graisse, «•Ion le temps; elles ne mangeaient jamais de viande ni de poisson. De plus elles imitaient saint Paul qui travaillait la nuit pour ne point être à charge aux premiers fidèles. Elles passaient presque en entier, comme à tirtleur, la nuit dujeudi au vendredi, pendant laquelle elles faisaient, après leurs trifaui ordinaires du soir et le grand Office, tes stations du saint rosaire et celles du chemin de la croix jusque vers le matin. Le lomtneil était combattu par des chants analogues aux mystères de Mario ou aux donleurs du Calvaire, et par les paroles de feu et toujours nouvelles qui s'échappaient du owr embrasé de la supérieure.
Telle lut, eii résumé, la vie de la petite communauté pendant les trois ans et demi qu'elle passa a Cherbourg, après l'émission ■!« premiers vœux. Six novices avaient été formées à toutes les vertus de l'humble cl ferrenle congrégation ; elles prononcèrent Itarsvœux le 7 mars 181t, avant le dépar t pour la petite paroisse d'Octe ville-la- Venelle.
Il était impossible de demeurer plus longtemps dans une maison étroite. Une môme l'ièce humide servait à la fois de cuisine, de iwloir et de salle d'exercice. Comment donc recevoir de nouvelles postulantes? Les neurs de la Providence se réorganbant à » Cherbourg , leur présence devenait moins utile ; l'humilité de Marie-Madeleine la tcrtait de préférence vers les cam|»agnos délaissées. Elle se décide à aller à Octeville lour y occuper uue maison appartenant a «ne de ses sœurs, après avoir obtenu le •'wigéet la bénédiction du vénérable supérieur ecclésiastique, tout le mobilier de la communauté fut placé dans une seule charrie. En passant devant Tamerville, la supérieure dit : A coup sûr, nous reviendrons »à ; elle faisait allusion à la prédiction qu'a- *aii faite la jeun*.* fille de neuf ans sur son >H de mort.
HaiMpietlc ne fut pas leur surprise quand
elles ne trouvèrent dans la maison où elles devaient habiter, outre la salle d'école, qu'une étable spacieuse, d'où 6 peine on avait retiré la veille les animaux. Eh bien I notre Mère, dit la sœur Marie, qui ne cessa d'exercer les fonctions d'économe pendant un demi-sièclo, vous nous avez souvent répété que nous n'étions pas encore comme notre Sauveur dans l'élable de Bethléem, nous y voila I Elle avoua toujours qu'une de ses plus grandes consolations avait été d'avoir eu ce trait de ressemblance avec le divin Sauveur. Des paillasses furent provisoirement placées sur les solives recouvertes de foin, et l'atelier des sœurs fut organisé dans l'étable. Lo vénérable abbé Cabart était accouru pour voir ce qu'étaient devenues ses Filles. 11 reparlitaussitôt, fondant en larmes en voyant leur extrême pauvreté. On lit quelques petites améliorations, et on demeura six mois dans cet étrange état de |misère. Ce fut à Octeville que moururent la sœur Thérèse et une orpheline dans d'admirables sentiments de piété et de résignation.
11 y avait à Tamerville une maison qui avait été bâtie avant la révolution de 1793, pour les sœurs de la Providence et occupée par elles. Elle était passée entre les mains de M. de Saint-Sauveur, qui n'eut pas mieux aimé que de la céder à la Mère Julie, mais elle était habitée en vertu d'un bail par une demoiselle d'une conduite plus que suspecte et sans religion. La Mère Marie Madeleine, dans une visite qu'elle lui fit et pendant laquelle elle lui tint un langage énergique sur ses scandales, obtint uue rétrocession de son bail, et ions les autres obstacles ayant été aplanis par une permission de la Providence et les supérieurs ecclésiastiques encourageant la vénérée Mère à tout conclure, la petite communauté partit pour Tamerville le 7 septembre 1811, veille de la fôte de Notre-Dame de la Miséricorde.
La digne supérieure ayant trouvé une école commune établie, et ayant horreur du la concurrence, source des divisions dans les paroisses, elle ne voulut pas ouvrir de classes, mais elle so borna, pour satisfaire son zèle et sa charité et pour former les jeunes sœurs, à prendre à sa charge entière douze orphelines pour les instruire et les mettre en état de gagner leur vie. Rien ne leur manqua jamais. Pendant une disette, les sœurs mangèrent du pain d'orge, même du pain de sou, afin que leurs filles adoptives n'éprouvassent aucun changement dans leur régime habituel; on vendit tout ce que la plus grande austérité peut appeler superflu pour conserver heureuses ces douze enfants et faire encore d'autres aumônes aux pauvres do la paroisse.
La maison faisait de jour en jour des progrès dans la ferveur. Chaque dimanche la Mère Marie-Madeleine faisait une conférence des plus solides et des plus animées, exercice qu'elle continua toute sa vie; elle était naturellement éloquente, quoiqu'elle ue s'écartât jamais d'une aimirable sirapli-
«:u ico im/nu?
«S tv. Une l'on le «le personnes pieuses de Taiiiri -ville et même île Valogne avaient obleimi la permission d'assister à ces touchantes instructions et s'y rendaient avec un lilèlc empressemenl.
CJ>' < v*l . j u * sage et prudente qu'ait été la condu;ie de la digix; supérieure, la susceptibilité «le l'institut! i« e, sa jolousie. la rrainle d'être siipi >lanléc l.'i «lélerminèrenl à se rner un parti, les religieuses se déterminèrent à quillerla paroisse et elles | ariircnt le jour de Saint-Michel ISl.'J ; elles se liouvaieut sans l'eu et sans lieu. Dans de telles trd)ukit:ons loin de se décourager, la vénérée supérieure consolait ses sœurs en leur disant que le bon Dieu ne les humiliait que |<our les mieux relever.
(l'est à Valogne, dans une très-moJesle maison qu'elles furent se fixer, mais elles «lui eut renoncer à avoir de jeunes personnes à former. Oh ! qu'il lui en coûta pour renvoyer ses chères orphelines l C'est dans celte ville que les attendait la plus dure des épreuves. M. le curé de Valognes, M. Daniel, était ti ès-inquiet sur la pénurie des religieuses de la Miséricorde, une d'elles venait de mourir; ou répandit, alors sans «Joute, qu'elles périssaient «le faim. M. Cahart, leur vénérable supérieur, crut que Dieu n'approuvait pas celte congrégation cl engagea la supérieure à la dissoudre, à rendre les sœurs à leurs familles, et à aller avec deux de ses sœurs, la sœurViel et sœur Mario pour se dévouer, comme de pieuses séculières, a l'hospice de Cherbourg; et il leur déclare r;u'i! ne peut plus l'aire de sacrifices pour elle. L'imperturbable et intrépide fondatrice répondit à l'instant avec le plus grand câline et la plus grande énergie : « Dites à notre l'ère que nous ne cesserons de remercier le Seigneur des peines qu'il a prises depuis si îonlempspournoussecondcr dans uneœuviu • pii n'est ni la sienne ni la nôtre, mais bien celle de la Providence; <pi« je n'ai pas compté sur le bras de chair, quelque respectable qu'il fût; je suis tellement sûre que le Seigneur veul la réalisation de ses projets, «jue je n'en poursuivrai pas moins l'exécution avec, la plus vive ardeur. »
Après un an de séjour à Valogne, sur l'invitation des habitants de Tamerville les religieuses de la Miséricorde y retournèrent , y louèrent un rez-de-chaussée , le seul ai 'parlement qu'on trouva disponible. 11 l'ut loué 1,200 fr. en > comprenant un jardin qui y était annexé. Le retour s'elfei tua en 181». M. Daniel, curé de Valogne, émerveillé «le tant de courage, leur continua sa protection. Le dormir commun fut rétabli sous le chaume.
Pour éviter toute espèce de concurrence, onn'ouvrilaui une école. L'ardeur pour le travail, seule ressource do la communauté, ne lit que .s'accroître. Ce fut à celle époque que la Providence conduisit à celte humble demeure la bonne el infatigable sœur Aimablo, qui devint la principale nourricière par sa dextérité et sa promptitude à faire les tissus de tous genres. Les ucuis étaient si
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pauvres qu'elles récoltaient îa fou;:<: Te d'une propriété voisine pour qu'on leur !a,v*ât « une gratuitement leur pain d'orge au fuiir de la ferme. Mais après deux ans «le séjour dans la chaumière, des jours meilleurs se levèrent pour li petite communauté; à leur insu on avait fait des démarches pour «lis- P<»ser favorablement le conseil municipal. M. I" maire devint le sauveur des religieuses; é iilié de tant de vertus et connaissant leer aptitude pour l'enseignement, on leur
0 11 rit l'école primaire de la commune. Mgr Dupont, évéque de C'uitances, apprenant cette bonne nouvelle, écrivit à M. Daniel: « Hûtez-vous de remettre les abeilles <]ans
1 ur ruche, d'où elles n'auraient jamais dû soi tir. » Depuis celle époque elles n'ont jamais cessé de diriger celte école, et grâce à Mme la comtesse de Daru, elles rendent aussi d'autres importants services aux |aavres et aux malades de Tamerville.
A cette époque, !a sn'ur Marie-Madeleine adressa à Mgr l'évèque ses premières constitution?,. Mlle le suppliait de leur permettre de vivre ensemble dans les liens les plus éti ons «le la charité, sous les règles qu'elle avait l'honneur de lui présenter el de se soumettre à l'obéissance; d'avoir une chapelle et un prêtre pour la desservir; «le pouvoir admettre tontes les pauvres tilles 1 1 1 1 i voudraient aller recevoir deux fois [ar jour «les leçons gratuites, de permettre à deux d'entre elles qui auraient «le l'attrait pour les œuvres extérieures, d'aller visiter les pauvres malades «le la paroisse, alin de leur procuiei-, autant que possible, tous les secours spirituels el temporels dont ils auraient besoin.
Celte institution ou association était fondée en l'honneur des sacrés cœurs de Jésus et «le Marie, dédiée h la irès-sainte Vierg°, sous le liire de Notre-Dame de la Miséricorde, choisissant pour patrons titulaires les gloiieux apôtres saint Pierre et saint Paul, et pour protecteurs et défenseurs plusieurs saints et saintes qui ont illustré l'Eglise par leurs célèbres institutions, et qu'on se proposait «l'honorer d'une manière spéciale. Jamais la plus brillante fortune, dit la supérieure dans ses constitutions, ne donnera entrée dans celte maison, sans une vocation véritable et reconnue pour telle par les supérieurs ecclésiastiques, puisque nous faisons profession de fouler aux pieds les richesses et «le suivre, de plus près «|u'il nous . sera possible Jésus-Christ, pauvre el humilié, comme aussi la porte en sera toujours ouverte à toute personne «louée d'une véritable vocation, quoique sans crédit el sans fortune. L'âge et la santé ne seront jamaisuu obstacle insurmontable à l'entrée de celles qui auront une véritable vocation. Nous nous proposons de leur rendre tous les services dont nous serons capables, avec d'autant plus d'ardeur «jue nous croirons servir Jésiis-Chrisl dans leurs personnes.
La douceur el l'humilité seront la Ivi^' fJ le fondement de celle institution. Le> Fil'es de la Miséricorde se souviendront sans cesse
ai ECO DES ORDRE:
qoe leur divin Epoax n'a pas dit : Apprenez je moi à faire des actions *J'éclat oui parais» *ent aut yeux des hommes ; mais oien : Apprenti de moi que je suit doux et humble de r«r. IMatth. xi, 29.) Elles s'exerceront toDtiuuellement à la pratique de ces deux terni» si chères au cœur de Jésus et pour oUenir la grâce de les pratiquer (id élément, :! leur sera permis de rompre le silence l. rMjij'elles se rencontreront pour dire ces »rutts paroles, la première : Jésus doux et kvnb'.e de cœur; la seconde : Ayez pitié de
ft>Uf.
Règles quelles doivent observer.
I.m sœurs diront le Bréviaire à l'usage du ij x-èse, lequel sera psalmodié et chanté smant la solennité des fêles aux heures ju'il l'était dans la primitive Eglise; excepté Matines et Laudes qui se disent à neuf heurrs «lu soir. Elles se rendront au chœur a cm i heures du matin pour la prière, la méditation et la récitation de Primes. Elles tra- TjiHeront en silence jusqu'à huit heures moins un quart. A huit heures, aura lieu fa sainte Messe , elles réciteront ensuite Tierce et la salutation au sacré cœur de Jéms elles continueront leur ouvrage jus- «j'j'i onze heures et demie. Elles retournent ensuite au chœur pour réciter Sexte et f ire l'examen de conscience sur la fidélité avec laquelle elles se seront acquittées des ctercices de la matinée après lequel elles se [fcateraeront |>out réciter les psaumes MittrtreU Y Angélus. Elles iront ensuite au réfectoire où on fera la lecture pendant un fiart d'heure. La récréation durera jusqu'à use heure et demie. A la suite de Nones, jaon chantera à trois heures, on récitera, eotmaillant, le chapelet ou le rosaire. Pendant le souper, qui aura lieu à sept heures et demie, ou lira la vie du saim du lendemain. Toutes iront ensuite apprêter ce qui n nécessaire pour le dîner du jour suivant, lânque celle qui sera chargée de celte obédience soit sans sollicitude. A huit heures et demie a lieu la récitation du ctnpclet pour olrtentr du Dieu des miséricordes le pun'o'i •!e leurs péchés et la grâce d'uno bonne mort.
Le jeudi au soir, après Matines et Laudes, aa lieu eu repos comme les autres jeudis, files réciteront l'office des morts, le rosaire »t U ehipelet, ensuite l'heure sainte pour botiore. l'agonie de Notre -Seigneur. Ces tiercices finissent à minuit. Le lendemain,
heu de dire le rosaire, elles feront l'adoraiion de la croix dans le iieu le pins commode de la maison, où elles se rendront an* une grande dévotion en chantant le Ytxilla tegxs.
Tous les premiers jeudis du mois, à roi- D'iit, après les exercices ordinaires, au lieu d aller prendre leur repos, elles feront une dévoiion pour honorer les quinze mystères -lu rosaire devant autant de tableaux qui représenteront chaque mystère en particulier, où elles feront les stations en forme de procession en récitant dix Pater et dix
RELIGIEUX. ECO i«2
Ave, et chantant une hymne ou psaume qui ait rapport au mystère.
Au premier mystère joyeux : l'Annonciation de la sainte Vierge, elles chanteront Ave, maris Stella; au deuxième mystère, la Visitation, le Magnificat; au troisième, la naissance de Jésus, le Gloria in exeelsis; au quatrième, la Présentation de Notre-Seigneur au temple, avec saint Simon, Nunc dimittis; au cinquième, le Recouvrement de Jésus dans le temple, Laudate Dominum, omnes génies, pour remercier Dieu, avec la sainte Vierge, de l'avoir recouvré par la pénitence.
Au premier mystère douloureux, la prière de Jésus-Christ au jardin des Olives, elles chanteront, dans des sentiments de douleur de leurs péchés les versets Domine, non secundum; au deuxième, la flagellation, le psaume Miserere ; au troisième, le couronnement d'épines , une hymne tirée de la susception de la couronne d'épines; au quatrième, le portement de la croix pour compatir a la sainte Vierge, elles chanteront le Stubat; au cinquième, le crucifiement, le V ex il la régis.
Au premier mystère glorioux : la Résurrection, elles chanteront le Regina cœli; au deuxième , l'Ascension de Noire-Seigneur, Opus peregisti; au troisième, la Descente du Saint-Esprit, Yeni, Creator ; au quatrième, l'Assomption de la sainte Vierge, O vos œtherei ; au cinquième, le couronnement de Notre-Dame, une antienne à la Vierge, selon lo temps. Cet exercice sera tîni a trois heures et les sœurs iront prendre un peu de repos.
Tous les derniers jours de chaque mois, elles feront un jour de retraite ; elles s'occuperont particulièrement à demander pardon à Dieu des fautes qu'elles auront commises pendant le mois et à le remercier des grâces qu'il leur aura faites et à prendre la résolution de s'acquitter de leurs devoirs avec une nouvelle ferveur; elles communieront ce jour-là en forme de viatique; le soir, elles feront la préparation à la mort, récitant ensemble, à celte intention, les prières de l'Eglise pour les agonisants.
Les Filles de la Miséricorde doivent s'efforcer de recueillir tous les points de celle règle comme autant do fleurs pour les présenter à Jésus-Christ tous les jours de leur vie, et n'en laisser flétrir aucune par leur négligence; mais le conjurer humblement qu il daigne les arroser des eaux vivifiâmes de la grâce jusqu'à la bienheureuse éternité L'ascendant des vertus et l'autorité bien méritée de la fondatrice étaient tels que les règles que nous venons de parcourir furent suffisantes pendant plus de 30 années pour maintenir la communauté dans lo plus grand ordre et la plus parfaite union; on y ajouta une simple croix de bois, peinte en noir, sur laquelle ou lit encore : Obéissance jusqu'à la mort. Heureuse allusion à ces paroles de l'Ecriture sur le divin Modèle : // a été obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort delà croix.{Phil. n,8.)C'estau pied de ce modeste calvaire que les Filles des écoles chré-
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tonnes de la Miséricorde offrent encore aujourd'hui 1rs prémices de leur consécration u Dieu, rtf »r+ s avtiir respectueusement porté >ur leurs épaules ce signe de l'ioslt umcnl de l'infinie miséricorde du Sauveur.
Toutes les élèves de la paroisse se pressèrent autour des sœurs. On trouva des ressources dans des travaux de tout genre. Les unes (liaient le lin, les autres la laine; celles-ci faisaient de» tissus ; celles-là des dentelles, plus lard on broda des aubes, des nappes d'autel et môme des objets de toi - Jette. Une sœur l'ut boulangère, une autre jardinière.
Km 1817, une nouvelle disette se til sentir: celte femme héroïquement vertueuse se priva du nécessaire, coucha connue ses compagnes sur la paille, vécut de pain de son, ne but que de l'eau et donnait tout aux pauvres; on vendit de nouveau, pour secourir les indigents, tout, excepté l'habit, (pie partaient les so.'urs. Faisons comme ^oj nt François de Sales, disait la digne supérieure, vivons de ménage.
On ne sera pas surpris de voir tant de vertus et de si généreux sacriliecs lécompensés par l'obtention de (pieli|ue faveur extraordinaire. La sœur Aimable était par son travail comme la nu re nounicièrc de la communauté ; et en I S i G, celle' infatigable ouvrière l'ut atteinte d'un mal très-grave a une jambe : elle n'en poursuivit pas inoins la confection des tissus, et pendant la disette de 1817 surtout, elle triompha des douleurs les plus vives pour travailler nuit et jour. Pendant sept ans le mal s'était envenimé à un tel point qu'il était considéré tomme incurable. La moit ne pouvait être (pie trèsprochaine. Trois plaies profo'ioes exigeaient beaucoup de linge pour le pansement. Ibni moins désolée de souffrir «pie de se voir dans l'impossibilité de continuer ^ou travail, indispensable à la subsistance des sœurs, la sœur Aimable dit un jour (c'était en 1823 , a sa Mère : C)u allons-nous devenir ? Je ue puis plus travailler et je ue trouve plus un seul morceau de linge blanc, pour panser mes puiies. Consolez-vous, ma Fille , dit la supérieure, Dieu sait tout et il peut tout. J'ai encore un petit morceau de linge : j:> vais vous panser et nous allons demander au Seigneur, avec une ferme confiance, nu'il daigne vous guérir. Ce fut en ctfel le dernier appareil : quand on leva le petit linge, au bout de i|uch|ucs heures, tout était cicatrisé et les douleurs avaient entièrement disparu. Elle défendit de rien dire de cette merveille ; depuis 29 ans qu'elle a été obtenue, la sœur Aimable, qui n'a pas cessé «le travailler, n'a rien ressenti de ce mal dont elle a toujours attribué la cure subite à la foi vive et à la sainteté île sa Mère.
On obtint la conversion désespérée d'un très-grand nombre des parents, des membres de la communauté par sou intercession. Pendant plus de trente ans, toutes les religieuses passaient successivement cl sans interruption, un jour < .;lier en amende honorable, a\anl une corde au cou cl un m a-
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puiaire sur l'épaule. Files gardaient le silence le plus absolu; elles demandaient a genoux le pain sec pour leur dîner, et elU-s Tenaient le repas dans cette posture par îumililé. Ce pieux exercice avait pour but de solliciter la conversion îles pécheurs et surtout celle des parents de la religieuse qui était chargée de l'amende honorable, et une aumône spéciale était pratiquée chaque jour à la même intention.
On était arrivé jusqu'à l'année 1820, sans pouvoir fournir des so'iirs institutrices a m paroisses qui en auraient désiré. Trois maitresses à la force de l'âge avaient succombé à Octeville. Fa petite compagnie avait encore été réduite par le décès de deux autres sieurs. Les plus jeunes, ou étaient nouvellement reçues, ou avaient été forcément appliquées aux travaux manuels. Il avait d'ailleurs fallu pourvoir avant tout la uiriisuriiiière du personnel indispensable. M. l'abbé Cabart en demandait pour Tourlaville, sa patrie. La supérieure ne se rendit à ses instances qu'à la suite de trois apparitions <J« la sœur Fuphrasie, la première des trois institutrices, mortes à Octeville, qui la pressa d'en vo\ er des sieurs et lui désigna les sœurs Augiisiiue et sieur Fiipluasine. Des le lendemain la Mère Marie-Madeleine seuil resait de conduire ces deux pieuses li 1 1 e> ; elle leur montra la croix comme leur seul tiésoret leur rappela pour les soutenir dans leur détresse ce (pie Notre Seigneur disait à ses apôtres : (Jtuiml je ions ai em nyts, (fuelt/ut chou vous n-t-il iitutifjur .' i [Luc. xxii, 3>.) Depms.'tè ans que ces écoles sont établies elles ont prospéré sous tous les rapports. On établit cehe de la (ïlacièi e avec le concours et le . secours de M. l'abbé (.la bar t et de Ch. de Tocqucville, père de l'ancien ministre. M. l'abbé Cabart mourut en 1827; sa digne sœur remplissante» partie les intentions de son frère, duiina 10,000 fr. à la communauté, à laquelle elle ne cessa de rendre service. M. Daniel, curé de Valogne.ful nommé à l'évùt hé de Baseui; il avait nommé directeur des sœurs M. Lercnard, dont la piété, la noble simplicité et a rare capacité administrative consolèrent !.i digne supérieure de la perte que la communauté avait faite dans la personne de M. Cabart.
M. Lcrcnard, touché de tant de vertus héroïques, s'attacha à l'œuvre de la Miséricorde et s'v dévoua sans réserve avec le plus complet désintéressement, et il en fut depuis le nlus solide appui. Diverses professions eure it lieu en 1820, 1823, 1825 et 1826, sous M. Daniel, curé de Valogne; d'autres sœurs tirent aussi leurs vieux en 1829, sous M. Uonllai'd, son successeur.
Fn 1832, quelques postulantes se présentèrent encore; l'urgence d'un nouveau heu se faisan sentir depuis longtemps : la supérieure pria M. Lerenard de le chercher en lui donnant l'assurance qu'il le trouverait, parce que le bon Dieu savait qu'elles en avaient besoin. L'ahbave de Samt-Sauveur le Vicomte lut > IcMsie pour v lixer la m bon-
m eco
DES ORDRES RELIGIEUX
LCO
mère malgré son élat de délabrement el de
mises.
Dès 998, Richard II avait fondé une colléçiile dans son château. En 10^0, elle fut replacée par une abbaye de Bénédictines; imis ce monastère, trop à l'étroit dans l'eni-emle du château, fut transféré, en 1067, au !:eo où nous en voyons aujourd'hui les déitls néanmoins la consécration de l'église n'eut lieu qu'après 1150, sous les seigneurs qui se succédèrent, et grand nombre d'autres firent de grands dons el des augmentaions considérables à l'abbaye. Le cartuliire e>t plein des chartes qu'ils donnèrent es foreur de cette maison. Parmi les bienfiiieurs fut Robert d'Harcourl . évêque de CoiUâoces (de 1290 à 1300), le môme qui roda à Pans le tollége qui portait son nom. Cd* voie ferrée, récemment détruite, eon- Juivait directement les habitants du château, limer* les prairies des Bénédictins, à la caii*!ie qui I eur était réservée dans l'ôabbaiiafe. Quand Eude Rigaud, arche - <tye de Rouen, visita l'abbaye de Saintbuveur, en 1236, il y trouva trente reliant. tTftires d'une vie très-régulière. Après <ifn siècles de tranquillité et d 'accroisseiM'tS ce»te abbaye éprouva une longue »uue de désastres ei de misères. Robert '] Harcouri.ijui avait tout fait pour elle, étant uiort en 13ta, son neveu (ieollVoi se révolta cunire Phdippe de Valois, amena les Ane'*is dans sa pairie el la couvrit de deuil; il livra aux Anglais son château de Saint- Sweor; ils en lirent une place d'armes importante, dont la nombreuse garnison détoute la basse Normandie. Le traité de Bfétigny, désavantageux à la Fiance, conîirla donation que (ieolTroi avn.it failo du fMiwa au roi d'Angleterre. Le fameux Jean CïiaotJos en devint possesseur, le fortifia ««beaucoup de soin et lit détruire l'ab(- K'«idont le voisinage pouvait lui être nui- Les religieux de Saint-Sauveur se Apercèrent; Ls uns furent à Cherbourg, autres à Jersey où ils avaient quelques Sentis.
Après l'expulsion des Anglais, Jean Caillot en fut nommé abbé en Hot, fit retaurer ■« monastère : les murs et une partie de 1 église subsistaient encore. Plus tard les Muaient* furent encore démolis el ils auvent entièrement disparu si on eût pu ven- !r* facilement ies pierres de taille; le temps tt l« démolisseurs ne cessaient d'amoncelé des ruines, il ne restait plus de l'église w de magnifiques débris. Le style roman ttçnait dans toute l'étendue de celte ba^ilijusqu'à la hauteur du triforium ; au- <J«»us, c'était en grande partie le style ogi- |« du commencement du xm* siècle. Ce fut '* jour des Rois que la communauté devint Wiélaire de l'abbaye el le jour de Saintefbofese elles vinrent s'y installer. La supér tU/f f'xnor,»>t 'oute la communauté, comi'wîde quatorze religieuses, a faire conti- "uclleuiem amende honorable pour toutes !« |T0fanations révolutionnaires et pour la
destruction presque totale de l'église et du monastère.
Il est difficile de se faire une idée des efforts inouïs des membres de la communauté soit pour faire disparaître les décombres, soit pour contribuer aux réparations, et aux défrichements et aux travaux de l'agriculture; d'autres se livrent aux travaux des tricols .Me la coulure, du blanchissage, des broderies de tout genre; l'instruction gratuite est immédiatement donnée à toutes les petites tilles pauvres de Saint-Sauveur et des environs; des orphelines sonl recueillies et élevées; un pensionnat pour les jeunes personnes aisées est ouvert. L'ardeur de la courageuse fondatrice est surexcitée par le souvenir des sueurs, des prières et des vertus des religieux qui avaient habité celte maison et cultivé celte terre pendant tant de siècles.
La vénérée supérieure avait donné l'habit, le jour môme de la prise de possession de l'abbaye, aux sœurs Joseph et Thérèse; la sœur Céleste fit ses vœux le 12 août 183V; le 1"mai 1835, elle accorda la môme faveur aux sœurs Placide , Virginie, Geneviève, Céleste, Apolline, Pélagie et à quatre autres postulantes. Les maisons de Tamerville, Tourlaville, Fresville, Cerisy-la-Sallo , la Clacerie étaient encore les seules suceursalles que possédait l'institut.
En 1837, le personnel se composait do vingt-cinq sœurs et de novices, qui se dévouaient a la pratique des vertus religieuses. La supérieure demanda avec instances pour supérieur M. Delamarre, vicaire général de Coutances, qui accepta avec hésitation a cause de ses occupations et de la distance qui séparait Saint-Sauveur de Coulances; il proposa d'abord d'adopter purement et simplement les règles et constitutions de M. de la Salle, qui lui semblaient parfaitement en harmonie avec les habitudes, l'esprit et le but de la communauté; toutes les sœurs reçurent avec empressement celte proposition quoiqu'elles dussent continuer d'être hospitalières; il fut couvenu que toutes feraient l'étude de ces saintes règles, les pratiqueraient immédiatement el que les nouveaux vœux seraient précédés d'un noviciat général. Ces vénérables novices se livrèrent h leurs nouveaux exercice-, avec une incroyable ardeur.
Le premier désir de la supérieure était de conserver une obédience devenue un indispensable besoin [«ourson cœur d'amante du Sauveur. Le deuxième privilège était d'être a l'église, placée seule à l'ombre d'un pilier tout près des marches du sanctuaire, sur la chaise la plus simple, afin de pouvoir s'unir plus étroitement è l'objet de son amour. Elle voulait aussi assistera toutes les Messes qui étaient célébrées. Un autre privilège était de ne profiter en rien de radoucissement de la règle; elle trouvait naturel nue celle qui commandait et avait besoin de plus de grâces dépassât beaucoup en mortilkalion ce qu'ello exigeait, au nom de Pieu, de ses chères Filles. Elle récitait toujours le Bié-
i;co
IUCTIONNAIUK
viaire «les prêtres depuis sa jeunesse ; elle passait tous les moments disponibles et une i.artiedes nuits en adoration devant le s;nnt Sû rement. Klle accorda l'usage d'un léger matelas à ses Filles; mais elle continua de prendre ses quelques Meures du sommeil sur une sorte de lit de camp; elle tolna pour l'uniformité, qu'on luidomnU une paillasse, mai-, elle ne mit dedans que deux poignées de paille qu'elle ne remua jamais ; elle île se sei Vil comme auparavant que d'un seul drap «le laine, et elle con-erva toujours l'usage secret de la Maire et du ciliée; elle jeûnait comme dans Ja ; rimitive Lgli>e : elle savait <|ue nos premiers parents avaient introduit dans le monde le péclié et tous les autres maux en désobéissant par orgueil et sensualité; elle combattit en elle et jusqu'à la moti ces deux vices ; elle chercha sans relâche sou >alut et sa perfection dans la pratique des deux vertus contraires, rhumiblé, la moiliiication, qu'elle regardait avec raison comme le fondement des autres vertu?» et de la perfection chrétienne. A la lecture des exercices de Ja retraite, qui eut lieu au mois de septembre 1838, le costume fut complété tel qu'il c>l aujourd'hui, les anciennes pronoiiièretit de nouveau leurs vieux et régulent le voile des mains de M. Delamarru; quelques novices tirent leur profession.
Quelques jours après la retraite, le 13 octobre 183S, une ordonnance rovale consacra l'existence légale de la congrégation, l'n des vœux les plus ardents de la supérieure était de réunir les pierres dispersées du sanctuaire, de replacer l'autel là même où le sacriiu-e fut offert pendant tant de siècles. La caisse de la communauté olIVait undélicit de plusieurs mille francs, et il fallait faire une dépense de plus de 100,000 Ira m s ; néanmoins elle demanda et obtint de M. le supérieur la permission de commencer celte cesl uiratioii ou plutôt cette rct ons'.rm lion. LU jeune homme, François H.isley, esprit | énéirant, humble comme tous les h.». unies d'un vrai mérite, se liant plus à la Monté divine, aux secours du Ciel, à la loi et aux prière-» de la bonne Mère qu'a sa propre industrie et 5 son génie, crut qu'il pourrait réaliser cette grande o-uvre, avec lo concours de M. l'abbé Lereuard, qui a dirigé' avec tant i activité et sui veidé les travaux avec un zèle au-dessus de tout éloge ; cet architecte improvisé a produit dans peu d'années un clicf- d'œuvre d'architecture colossal avec loules les ornementalions les plus somptueuses, avec des viiraux dignes des [dus belles cathédrales, ce qui est d'autant plus élonnant que François Haslcv n'avait reçu do leçons d'aucun maître, n'ayant d'autre science que celle qu'il axait apprise lui-
»cuipte, place
nus la direc-
niéme, a taillé,
tiou du digne supérieur M. Delatnarre, toutes ces pierres magnifiques et les autels dont le litn du travail étonne.
Les premiers travaux commencèrent en 1838; on en lit l'inauguration et la consécration au milieu d'un concours im-
mense ne fidèles, en 1856. La vénérable supérieure posa la première pierre avec jubilation. (Juoiquc âgée de qualre-vingt-deui ans, elle travailla au delà des forces de son «1ge à déblayer le terrain, et surtout elle sut inspirer'une incroyable ardeur à toute ia communauté. Les suvurs classaient \>a: ordre tout ce qu'on pouvait recueillir d'anciens matériaux; les pierres nouvelles, le sable étaient approchés; elles travaillaient ainsi pendant le repas cl lo repos des ouvriers, se succédant par groupes, afin que l'ardeur lût soutenue et que les travaux marcMassuU avec la plus grande activité.
Fn 18'i3, lorsque les travaux de l'église étaient assez avancés et le clocher ternjim4, pendant une nuit, si affreuse qu'on l'eût prise pour un des signes précurseurs de la lin du monde, plusieurs clochers, à des points très-distants, venaient d'être renversés dans le diocèse de Cnutances, à la suite de secousses électriques communiquées p»r la fondre, la tour s'ouvrit instantanément comme un livre en deux parties à peu près égales. La moitié de celte masse s'ébonUen un clin d'ieil avec le fiacas du tonnerre; l'autre moitié planait dans le vide à plus de quarante mètres de hauteur. Tout le monde fui consterné, on voulait abandonner les travaux; la confiance de la supérieure ne fut .jamais ébranlée. L'église doil èlre réparée,
• lit-elle , l'argent ne manquera pas, noiii demanderons' ci on nous donnera, et voiiA une lettre pour la reine des Français, partez pour Paris, dit-elle à la sœur Placide,
• Ile si timide !
La reine, sa f.
Un
firent des offrande»
convenables. Louis-Philippe conseilla do faire une demande ollictelle de secours à son g ■uvernement. Dans les deux visites que I»
• Mère Mj'ur Placide lit à la capitale, la collecte fui satisfaisante; elle fut aussi heureuse dans les pavs qu'elle parcourut. Dès le mo > de lévrier I8M, la vénérable fondatrice posa la première pierre avec une piété ravissante el une confiance indicible. A son api*1» cinquante-deux fermiers et propriétaires des environs vinrent se faire inscrire et témoigner le bonheur qu'ils auraient à obliger la communauté et à contribuer h la réédition de l'éJise abbatiale.
l'en dant" ces travaux de restauration, le doigt de Dieu >e montra d'une manière visible dans les secoars providentiels <]ltl arrivèrent lorsque tout semblait désespéré.
Lorstpie la sumr Marie-Madeleine lU va-u d'obéissance aux constitutions de M. d« la Salle avec toutes ses Filles anciennes et nouvelles, il n'y avait que vingt-*'"1! membres dans la communauté, et c'est am>i
• pie -e développent lentement et à travers nulle obstacles et; mille épreuves les i»i*l'* unions qui viennent du ciel, qui sonl destinées à jeler do profondes racines. Le nn>ment de la propagation de l'oeuvre éi-vt arrivé : en effet, pendant l'année 1^< ll y cul sept prises d'Mabil ; quinze en lk*N dix-sept en 1841, autant l'année suivante.