INTRODUCTION JO
réparent point. Ce dépérissement les menace d'une mort lente. (I serait le pronoitir d'une ruine entière et inévitable, s'il était possible que les fausses idées qu'on s'est formées de cet état, se perpétuassent. Tant que les parents regarderont comme une espère do déshonneur, de laisser leurs enfants s'enrôler dans celte milice, il ne faut pas s'attendre à voir la profession roonastiquerefleuriret les maisons religieuses reprendre quelque laveur. »
A celte longue citation j'ajouterai une considération, c'est que les jeunes gens en général n'attendent point l'Age de vingt et un ans pour se fixer, ehpiel'élatdc relâchement où se trouvaient presque lous les cloîtres n'excitail point une vocation à chercher là l'édification, le bonheur et le salut. « Le relâchement, quelque léger qu'il soit, ne s'introduit pas dans un ordre, que le nombre des religieux n'en soit diminué; c'est le propre de la ferveur, de multiplier et d'attirer tes prosélytes. » (Collet lion des procès- verbaux des assemblées du clergé, t. VIII , n* partie , p. 2, 224.) Celle judicieuse remarque est celle d'un homme qui avait pourtant contribué a dé>oler les monastères et les âmes pieuses, M. de Bricnne, archevêque de Toulouse, qui les prononça dans l'assemblée du clergé à l'occasion de l'affaire des Anlonins. Ainsi les choses m étaient venues au point que, dès avant la suppression des vœux monastiques par rassemblée nationale, il y avait en France quinze cents couvents abolis el supprimés 1 Dans un nombre immense, la communauté était réduite à deux, Irois ou quatre religieux. Voilà doue où avait abouti cette exigence civile de la convcntualité 1 Encore I si la paix e t la îégularilé avaient régné dans ces débris. Hélas l non. Chez les Bénédictins par exemple, la désunion et la discorde durèrent jusqu'à dissolution. Plus «l'une fois, dans les dernières années, le parlement cru devoir faire au roi des représentations et des remontrances sur les troubles élevés et renaissants dans la Congrégation de Saint-Maur, et attribua la cause de ces désordres à la commission formée en 17G6, supprimée sur la réclamation du cl.rgé, par arrêt du 17 mai 1780, mais rétablie le même jour sous un autre nom. Dans la communauté des Blancs- Manteaux elle-même, où le rigorisme du jansénisme affectait une régularité plus siro te, il y avait du désordre <J*us les mœurs, et le dernier général de la congrégation, d«>m Chevreux (a), eut la douleur cl l'humiliation de voir répandre un Mémoire signé de l'avocat Pialles, au nom de plusieurs de ses frères, contre lui et contre quelques-uns des religieux, jouissant des honneurs dans le corps de la congrégation.
Cependant n'en concluous pas que la défection fût générale. La vie religieuse présentait toujours de beaux exemples; les congrégations des Passionnistes, du Saint-Kédempteur, dont j'ai parlé, et plusieurs autres, donnaient en Italie le spectacle que l'Eglise a toujours admiré dans les instituts naissants. Les Chartreux et plusieurs Sociétés paraissaient extérieurement n'avoir rien ressenti des secousses qui avaient cependant ébranlé tous les ordres ; les Marianites de Pologne avaient toute la ferveur de leur origine, etc , etc. Et même en France, il y avait d'honorables et très-nombreuses protestations contre le relâchement et les attaques. L'établissement de la fameuse Commission des Réguliers occasionna une polémique dont les pièces, aujourd'hui rares et peu connues, sont cependant précieuses au point de vue du droit, en ce qui concerne les ordres religieux. Cet état honorable fui défendu dans plusieurs ouvrages solides. Tout le monde absolument, ne trouva pas la vie monastique si abaissée, que quelques vocations frappantes ne vinssent réveiller l'attention du public, et même on vit, dans ces temps malheureux, la fille d'un roi de France, Madame Louise, aller embrasser la vie des Carmélites, à Saint-Denvs-cn- France. La Trappe et Septfons continuaient leur admirable régularité, et même, dans !e premier de ces monastères, un religieux dont j'aurai à parler lout à d'heure, avait amené un heureux accroissement de ferveur. Dans le second, le P. abbé, presque dans les dernières années, fit revivre au monastère du Val-Saint-Lieu, une observance qui rappelait tr»ute l'ancienne austérité «le Clteaux. J'ajoute, et c'est une particularité qu'on ne peut trop signaler, tant les préventions sont fortement enracinées, «pic dans tous les monastères, même ceux qui ua-saient pour être le plus relâchés, les scandales n'étaient point des faits
(n) Je crois «pie tiom Clieucin fut le «loi nier général Je Saint Maor.
criants, comme on le croît. A Savigni , maison de l'ordre deCtteanx, près de Louvigné-du- Désert , contre laquelle la médisance ne craignait pas de s'avancer beaucoup, savez-vous ce qui fiiisail le relâchement habituel? (je suis loin cependant de l'excuser), «J'y voyais jouer aux cartes, • répond, quand on l'interroge è ce sujet, un des anciens domestiques de l'ab- Inye, qui vit encore au moment où j'écris ceci. Dans ce monastère, il y avait encore, a la fin de son existence, un des religieux qui se faisait remarquer par sa piété édifiante; et il y en avait ainsi presque partout d'édifiants et de remplis de l'esprit de leur saint état. Pans tous les couvents, d'ailleurs, dans les riches abbayes surtout, les pauvres ont eu, jus. qu'au dernier moment, une ressource assurée. Pendant l'hiver du 1789, la saison fut rigoureuse, et au moment où l'impiété sonnait leur agonie, et les dépouillait, les moines montrèrent la providence et le soutien de tous les malheureux de leurs cantons. C'est une circonstance qu'on a trop oubliée, quoiqu'elle ail été écrite. L'abbaye cistercienne de Chaalis ne comptait plus que trois moines, je crois,quand on ferma ses |»ortes,et le P. dom Jérôme en fut le dernier prieur. Ah! si le Père Jérôme tirait encore! me disait une pauvre vieille femme, mendiant près de ce monastère, où j'étais allé voir des restes magnifiques, et me rappeler le séjour et les vertus de saint Guillaume de Bourges, ah! si le Père Jértme virait encore, je n'aurais pas la triste nécessité, à mon âge, de chercher mon pain! Et là -dessus un détail édifiant des aumônes semainières du couvent. Les pauvres solitaires de la forêt do Sônart, près de Ris, accordaient l'hospiialité et une pièce de vingt-quatre tous aux pauvres voyageurs qui se présentaient à leur porte, et pensez que leur porte n'était qu'à quelques lieues de Paris ! Mais je laisse ces exemples personnels pouravouer encore qu'ils étaient des exceptions au relâchement général, dont j'ai suffisamment indiqué les trois causes principales.
Eoûo, le 13 février 1790, l'Assemblée nationale supprima les ordres religieux et abolit les voeux monastiques, porlanl un décret qui ne surprit personne, à peu près ; car, de tout ce qui avait précédé, on devait s'attendre à cette mesure désastreuse. Quelques gens, néan- BoiDS, moins clairvoyants et ouvrant facilement leurs esprits à l'espérance, crurent d'abord que cette mesure inique n'était que provisoire. Il était facile d'en juger autrement. La partie la plus saine du clergé de l'Assemblée ne manqua pas , dans cette conjoncture grave, à ce qu'elle devait à l'équité et à la religion. De Ronald, évéque de Clerraonl, de la Fare, évoque de Nancy, et d'autres prélats et de simples ecclésiastiques prirent la défense de l'état monastique. Leurs efforts, appuyés sur les raisons les plus solides et les plus équitables, ne parent parer le coup. On décréta que la loi ne reconnaissait plus de vœux; que les ordres et congrégations étaient supprimés, et que les individus qui les composaient étaient libres de les quitter. Des religieux, séduits par l'esprit qui dominait depuis si longtemps, etque j'ai vallisammenl signalé, se bâtèrent en grand nombre de rompre leurs liens. On les vit se jeter avec ardeur hors de leurs cloîtres , et ils formèrent en grande partie le clergé constitutionnel que la même Assemblée forma bientôt aprts. La piété gémit de tant d'apostasies et d'excès, elle se scandalisa surtout, et je cite de préférence ce qui se passait dans la capitale, de la démarche que fit une partie de la communauté des Clunistes deSainl- M .rtin-des-Champs. Elle s'avisa, dans sa politesse, de faire présent à la nation de tous les biens de son ordre, qui se montaient, disaient ces bienfaiteurs d'un nouveau genre , à oeuf cent mille livres de rente. Ils ne demandaient pour compensation que quinze cents Itères de rente à chacun d'eux, rente qu'on |K>uvait encore faire, disaient-ils, sans toucher i la rente des 900,000 francs. J'ai dit une partie de la communauté , car tous n'avaient pas consenti cette offrande singulière et scandaleuse. Je dirai mime à cette occasion qu'un autre religieux'du même ordre publia sur ce sujet une Lettre aux jeunes religieux étr StnmX-Msrtiùrdet-Ckamps. Il leur faisait sentir l'indécence, l'injustice, l'absurdité de leur démarche, insistant particulièrement sur le désir qu'ils montrent de recouvrer leur bberté. « C'est votre faute, • leur dit-il avec grande raison, « si vous n'êtes pas plus libres dans votre état Saint Paul était libre dans les liens et dans l'horreur des cachots. » Quand je fais avec douleur l'aveu de l'immense défection qui eut lieu alors, on ae doit pas en conclure que la défection fut générale. On vit d'admirables et nombreuses
DlCTIOSM. DES OnUttKS RF.LIO. IV. 2
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exceptions, ol «Ions les réclamations cl dans h conduite .l'un grand nom! u- f.-iigieux
Dès avant le coup terrible dont je viens ilo donner la dah-. la rumeur qui le i.n>:ui prévoir engagea des maisons à conjurer l'orage, s'il était possible. Les religieux l>é nédn lins de Saint-Wast . d'Arras, toujours fidèles à leurs observances, voyant ipie l'isoleiuent do leur maison serait peut-être un motif tin la supprimer, s 'étaient hâtés de. I agréger à l'ordre de Cluni , pour assurer leur existence. Dès l'année 1789, dix religieux du couvent do Saint-Jacques, à Paris, avaient réclamé auprès de l'Assemblée. La maison du noviciat, du même ordre de saint Dominique, du faubourg Saiul-C.crmain , quoique victime eneme .!<• son attachement au jansénisme, qui, depuis l'administration de Mgr de Vimimille, archevêque de Paris, la privait des facultés de prêt lier et de confesser, lit aussi une léclainatiou en novembre 17811, par écrit signé de (ous les religieux et novices, au nombre de trenteun. Enfin je me borne à citer encore les efforts inutiles des Franciscains du grand couvent de Paris. Dans les maisons de femmes, ces rirlimrs ctoiirns, comme s'exprime une ignorante et prétendue philosophie, se montrèrent toutes fidèles à leurs engagements. Je ne crains pas de dire toutts, car la défection fut presque imperceptible. Les quatre maisons de Carmélites du diocèse de Paris avaient fait aussi une réclamation empressée. Lu un mot, toutes les communautés de femmes restèrent remplies de leurs habitants , jusqu'à l'expulsion forcée, en 1792, généralement, lu grand nombre de religieux deuieurèieni fidèles à leur vocation, ne se croyant point dégagés de leurs vieux parce «pie les décrets n'en voulaient plus reconnaître. Ils continuèrent d'observer leur règle tant qu'ils purent le faire, et se réunirent a cet effet dans les maisons qui furent mentam'inent conservées. Des personnes avaient été assez simples , en se dissimulant ou ignorant les monts de suppression, que l'Assemblée ferait îles exceptions pour les maisons plus régulière* : qu'il y aurait exception pour la Trappe, par exemple, lliusiou que ne partageait pas un religieux, iniluent alors par son zèle, dans ce célèbre monastère, Ce religieux était dont Augustin de Lestrange , qui pensait, au contraire, que la vie de la Trappe éiaii, plus quo toute autre , l'objet des abolitions rie l'AsscuiMéc. Dom Augustin chercha et réussit à conserver en Suisse une autre maison de la Trappe, qui dev ni bientôt, mémo dans ces temps malheureux, le chef d'une réforme encore plus austère, et la mère d'un grand nombre de maisons de la même observance, qui se loi nièrent en Hrahant, en Angleterre, en Espagne , etc. , et jusqu'en Russie. C'est de la que nous est revenue cette branche- illustre de l'ordre de Citcaux, quand une lueur d'espéram c brilla parmi nous.
On sait quo le progrès des années républicaines et l'esprit révolutionnaire firent «Je grands ravages en Suisse, en Savoie, plus loin en Italie, en Hclgiqne etc., et que là les ordres religieux subirent généralement la suppression inique qu'on avait faite en France; mais qu'on n'oublie pas quo l'esprit conservait dans les cœurs et dans l'Eglise, an milieu de tant de désastres, le goût et la pratique de l'état religieux. En Russie même et en Prusse, conservés par une disposition spéciale de la Providence, les Jésuites, se procurant, autant que |K)ssible, une position légale devant l'Eglise, perpétuaient cet ordre vénérable qui eût, sinon sauvé l'Eglise des épreuves qu'elle ressentit à la lin du dernier siècle, du moins relar lé cl amoindri la catastrophe religieuse, s'il n'avait pas été supprimé. Deux sociétés nouvcllesnées simultanément à celle époque malheureuse se proposaient de la faire renailre, et suivaient ses règles, s'animaient de son esprit. L'une était la société du Sacré-Cœur, fondée par l'abbé de Tourneli et quelques autres gentilshommes français émigrés; l'autre était li société des Défenseurs de Ut foi, qui s'augmenta de la première, toutes deux s'élanl fondues en un corps, sous la direction rie Paccanari, qui avait, en Italie, établi l'institut des Pèr-s de la foi, dont lu nom liu porté par les deux congrégations. Onlrc que les Trappistes envoyaient de nombreuses colonies, attiraient rie nombreux piosélyle**, entre lesquels ou compta la princesse de Coudé, depuis supérieure des Iténédictines du Temple, d'aulrcs religieux français portaient l'édification dans les pays étrangers. Les bénédictines, les Chartreux s'établissaient en Angleterre. La société de la Retraite Chrétienne, émigrée presque tout entière, se consolidait sur la terre d'exil. Mais , 0 ,juj tSt plus surprenant et vraiiu. m admirable, c'est qu'au sein de la France, la vie religieuse se ciéait alors de nouvelle* 1 1-
milles. Tandis qu'un ancien Jésuite breton, la P. de Closrivière, faisait autoriser a Rome une société qui devait suppléeren quelque sorte à l'impossibilité du cloître, et suivre la vie religieuse au milieu du monde, des personnes généreuses quittaient le monde et vivaient au sein de Paris môme, au faubourg Saint-Marceau, sous la règle de la Trappe, qu'elles professèrent bientôt publiquement aux portes de la capitale. Dans le Poitou, M. Coud r in et Mme Armer jetaient les fondements de la société des Sacrés-Cœurs, connue aujourd'hui sons le nom de Picpus. Les Hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve surent se maintenir toujours dans leur maison mère, dont la vente fut ajournée successivement par une *ràode pieuse; et, plus heureuses encore, les dames Trinitaires de Valence ne quittèrent ni leur maison ni leur costume, et tel chanoine régulier, par exemple, ne cessa point de porter son habit blanc. Je me reprocherais d'omettre ici surtout l'exemple que donnèrent en différentes villes, et spécialement h Paris, tant de personnes religieuses des deux sexesqui périrent sur l'écbafaud pour la défense de la foi et de leur profession. Cependant presque tous les cloîtres devinrent des magasins, des casernes militaires; d'autres se changèrent en villas délicieuses pour des propriétaires nouveaux, qui n'avaient pas rougi d'acheier, au prude quelques assignats dépréciés, ces asiles de la piélé, fruit de la générosité de nos pères, qui assurément n'auraient pas voulu se dépouiller de leurs biens pour celte fin saiTilcgc. Ce que je dis est encore aujourd'hui visible à tous les yeux,... et d'illustres abbtjes oe présentent plus actuellement que des ruines majestueuses, que les amateurs et les touristes vont visiter pour enrichir leur album du seul pilier du cloître qui peut encore maintenant rester debout, on attendant le marteau démolisseur.
L'exemple de fidélité fut plus général encore en Belgique, lorsqu'en 1797 surtout, la persécution éclata de la part des Français vainqueurs[contre les maisonsrcligieuses.il était beau de voir entre autres les Capucins de Louvain, chez lesquels s'était introduit un détachement de troupes pour les prendre et les conduire jusqu'à la porte de la rue, recevoir à genoux la bénédiction de leur Pèro gardien, qui protestait publiquement et au nom de tous, et déclarait qu'ils resteraient toujours Capucins. Dans toute cette province les religieux et tes religieuses, refusant les bons territoriaux qu'on l*;ur offrait au nom de la république, se réunirent dans des maisons particulières pour y vivre en commun et y suivre autant que possible los exercices du cloître. Sur une autre limite de la France, les chanoines solitaires du mont Saint-Bernard, que nos troupes avaient dépouillés lors de l'invasion de la Suisse, ne s'en montrèrent pas moins charitables envers les soldats français lors du passago des Alpes, et reprirent et ont continué jusqu'à ce jour leur vie de dévouement que tout le monde connaît. Les Augustins de Gand voulurent aussi rester dans leur propre couvent qu'ils racket èrtnt; mais quand ils l'eurent acheté, le Directoire les obligea à rabattre!! Il me >uffirail, au lieu de ces traits épars, de rappeler ici la protestation que tous les religieux de la Belgique adressèrent au Corps législatif. Expulsés de leurs couvents, que devinrent dans le monde tant de personnes étrangères au monde, privées de moyens d'existence? La pension qu'on avait destinée aux hommes avait mille francs pour maximum ; le maximum de la pension des religieuses était de 700 francs : plût à Dieu qu'on s'en fût tenu à ce chiffre si modique pour quelques-uns et pour quelques local itésl Personne n'ignore è quelle réduction fut poussée cette faible pension, et l'on recule d'indignation quand on pense qu'un gouvernement français ne rougissait pas de condamner à vivre au moyen de soixante et quelques francs par an des personnes qu'il avait dépouillées de leur asile et de leurs biens.
Tant d'épreuves ne purent anéantir dans les éroes fidèles la fidélité à leurs devoirs, ni T attrait pour une vocation dont on pouvait retirer néanmoins tant d'amertume! Dès que la persécution se fut ralentie, on vit quelques noyaux de maisons religieuses sur divers (oints de la France. Il y avait alors dans toutes les localités un spectacle édifiant et singulier a la fois, dont il ne reste plus aujourd'hui que quelques débris inconnus, que nos lecteurs n'ont point vus, mais dont nous avons du moins vu la continuation dans notre en f>nr<% et dont nous allons donner une idée. On apercevait quelques hommes, vôtus de l'habit séculier, mais qui gardaient quelque chose d'étrange et d'iui|K>ssible. C'étaient Its
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religieux, fidèles ou outres, qui, malgré leur lionne volonté, ri" pouvaient desiinutei sous un costume dont ils étaient «Jé>li.'il»ïiu4r><> de| uis si longtemps. 1 K-uts les mes, ■ lau^ les églises surtout, on distinguait des le tu nus vêtues de noir, le front rouvert d'un bandeau, portant un livre dont le format, s'éluignant du format des livres ordinaires, rappelait >]ej.i lui seul qu'il était à l'usage d'une ancienne religieuse, réduite à venir le rnii>r dans les oratoires du monde, puisqu'elle ne pouvait plus le chanter dans son (Initie.
Le Concordat ranima encore la confiance des moins timide-; ou vit se former quelques maisons où la vie monastique, et même bientôt l'habit religieux, firent ie|>ris. Il est l»ieii convenable que je cite avant tout la sieur Uulaii, supérieure générale des tilles de la Chàrilé, qui, même au plus l'oi t de la révolution, sollicita de nouveaux établissements. A peine le canne coinmem.a-t- il à renaître, qu'elle procura des sieurs à ces nouveaux établissements, et qu'elle se rendit a Paris pour être à poilée de mrrespoudre avec ses sieurs. Mlle rétablit un noviciat d'abord dans la rue du Vieux-Colon Lier, et bientôt le ministre de I intérieur seconda son zèle en lui accordant une somme annuelle de douze mille bancs pour les frais de la maison nouvelle. Quand elle mourut, en 1 Si! V, la congrégation renaissante, «pu comptait jadis en France 42fi maisons, desservait déjà -J.'iO hospices. lies le commencement du siècle, les Pères de ia foi («) étaient venus aussi exercer leur zélé en France, où déjà ils avaient fait un bien sensible; mais 'e gouvernement coiisu'aiie les dispersa, dés J80-2, et ne sembla jaunis donner sa protection, disons ses permissions, qu'aux instituts, louables sans doute, qui ont pour fonction spéciale d'exercer des o'iivres corporelles de charité, quo la religion et le bon sens même, tout en leur donnant leur bénédiction et leurs éloges, mettront néanmoins toujours au-dessous des œuvres d'un ordre spirituel. Dans les mêmes années, 180V, Pic VII donnait un bref pour le i établissement des Jésuites, demandés à Naples par un gouvernement qui avait mis le plus de brutalité dans leur expulsion; un autre bref les légalisait en Kussie. Les Trappistes, revenus près de Fribourg, en Suisse, d'où l'invasion et la | crséi uiiou les avaient chassés, y établissaient un tiers ordre pour l'instruction des enfants, et formaient des étahbssements nouveaux; plus tard ils en formèrent jusqu'à la porte de Paris, à Croshois et au mont Valérien. Les Sulpiciens reprirent leurs fructueuses fonctions dans les séminaires. Les Frères des écoles chrétiennes se rétablirent d'aboi A à Lyon, puis au Cros-Caillou à Paris, et reuouuaient à celle congrégation utile plus de sève et plus d'extension qu'elle n'en eut autrefois. Les deux branches de la société de Picpus, transportées à Paris, v prenaient développement; ii n'y eut presque pas de villes où l'on ne vit se rétablir quelque maison religieuse. Le gouvernement donnait des décrets en faveur des filles de la Chai tu', des Hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, des dames de Saiiit-Maur, des l'oublies, etc., etc., et même prenait, dès 1801, un arrêté pour rétablissement de deux hospices sur le modèle du Grand-Saint-Bernard. Ce qu'il y eut de plus sensible en faveur des sociétés religieuses charitables fut l'espèce de chapitre général que lit tenir, en 1807, le chef du gouvernement, et qu'il mit sous la présidence de sa mère. Le célèbre abbé Boulogne y prêcha, et tous parurent contents. 11 ne faut pas oublier, en voyant toutes ces marques d'intérêt et même de protection, qu'au nombre des conditions imposées à l'existence légale de ces congrégations, était celle lit; nu pas faire de vœux perpétuels. Prohibition étrange, que je ne prétends que signaler ici ; attentat à la liberté, immixtion dans le domaine des droits de l'Eglise. Si les monastères d'hommes ne se relevaient point en plus grand nombre, on voyait cependant la vie de communauté dans les établissements des Lazaristes, dans une agglomération de Chartreux formée a Uotuans. La nécessité des circonstances, des dispositions providentielles amenaient des moyens et des personnes les plus simples à des fondations utiles qui se sont développées et existent encore. Ainsi les sœurs des Ecoles chrétiennes, au diocèse de Coulances; les religieuses Trinitai-
(s) On s'est habitué d'abord de lionne foi, on s'est entêté ensuite, par mauvaise intention, à lonfondre les l'ètts de la fot avec les Jésuites. Qu'on nie permette d'indiquer a cet étfard rumine renseignement curieux et véridioue sur celte sociélé cl son fondateur, l'article Paccuuuri, que j'ai donné dans le supplément à la Biogruphit univerutU.
res, à Sainl-Jatues, au même diocèse; les sœurs de l'Enfànl-Jésus, dans le nord ; diverses sociétés sous le nom de sœurs de la Charité ou de la Providence, sur divers points de la France; j'aurais vingt noms à citer ici. En Autriche, sur celte terre si rigoureusement traitée sous le rapport spirituel par Joseph II, qui aurait pu croire que les moines trouveraient un accès et un accueil favorables? Dans lesdernières années précédentes, plusieurs couvents do Bénédictins ayant été supprimés dans l'Allemagne méridionale, et leurs biens réunis au domaine des princes ; ces princes, du moins, plus justes que nos dominateurs populaires, leur accordèrent des pensions très-considérables. La plupart de ces religieux se retirèrent dans les Etats autrichiens : tels les Bénédictins de Viblingen, près d'Ulm, se réunirent à Tignicz, et ils durent être chargés du gymnase supérieur de Cracovie. Citons encore l'abbaye de Saint-Biaise, située en Brisgaw, dans la Forêt-Noire, où elle édifiait depuis l'an 9*5. Après sa suppression, l'abbé et trente de ses religieux s'étant retirés en Autriche, y trouvèrent, par les soins du gouvernement, une maison prête à les recevoir. Les établissements de celte société, destinée à préparer le retour des Jésuites, se multipliaient aussi, en divers lieux, par la protection surtout de la princesse Marianne, sœur de l'empereur d'Autriche, qui, elle-même, avait fondé aussi un institut de femmes.
Mais les guerres terribles que supportèrent alors l'Italie et l'Espagne, désolèrent la religion et fermèrent presque toutes les communautés. Partout où les troupes française» lassèrent, les cloîtres curent à souffrir; à Uome, les religieux des Ecoles-Pies trouvèrent seuls grâce devant les autorités qui effectuèrent l'usurpation : exception peu honorable, si elle tenait sou privilège des sympathies qu'on aurait trouvées dans cette société, ou des idées conformes à celles qui dominèrent si longtemps en France, et y ruinèrent l'esprit religieux, comme je l'ai dit ci-dessus. En chantant le succès des armes de ses soldats en Espagne , la France alors chantait aussi la déconfiture des moines; parmi les prisonniers de guerre on amena en France no grand nombre de religieux de différents ordres; étranges prisonniers de guerre 1 qui gardèrent presque tous leur costume, et firent voir à la jeune génération du moment ce qu'était l'habit monastique qu'elle n'avait jamais vu. Du coté du nord, lors de l'expédition de Russie, les monastères, en moindre nombre sans doute, furent aussi victime» de cette malheureuse entreprise, et déjà précédemment, la marche désarmées françaises avait engagé l'empereur de Russie, qui se vengeait là avec, puérilité, à retirer aux Trappistes l'asile et la protection qu'il leur avait accordés, et à les torcer à recommencer les pérégrinations si longues et si curieuses que fait connaître leur article spécial. Enfin en 1814, Dieu procura la paix à l'Europe. L'Eglise profita largement de cette paix. Pie VU, rentré dans ses Etats après avoir été captif en France, s«» ra|>|<ela bientôt le niaiheur qu'avait éprouvé la religion par la destruction des Jésuites. Complétant ce qu'il avait fait au commencement du siècle, presque dès son retour à Rome» au mois d'août 181V.il rétablit, par la bulle Sollicitude la Compagnie de Jésus pour l'univers et non plus pour telle région par privilège. Depuis lors, la Couqiagnie de Jésus a porté ses efforts, sou zèle et son fruit dans tout l'univers, et continue le bien qu'elle fait avec tant de bénédiction. Elle ne manque pas cependant de la malédiction et de la persécution de ses ennemis, qui ne sont autres que ceux de l'Eglise et de la véritable liberté. Je rappellerai tout de suite, puisque je ne dois ici que des faits et des récils substantiels, qu'elle a eu de nouvelles épreuves à subir, en Russie, en Amérique, en Espagne, en France, en Suisse ek même h Rome, et que presque toujours ses souffrances ont été le fruit des mouvements révolutionnaires... Je dirai même qu'elle a eu ses difficultés de famille, et qu'un parti, «ians son sein, voulait, avec des intentions droites, peut-être, des modifications ou une réforme dans une société qui a toujours gardé son esprit catholique et aussi une régularité éJiQjnte. La Providence semble avoir tout concilié selon ses desseins.
A l'époque dont j'ai à parler, les communautés religieuses se rouvrirent et se reformèrent >uccessivement dans les différeules contrées. La France, où la rentrée des Bourbons avait fait ualtre tant d'espérances pour la paix, la justice et la religion, vil aussi le mouvement sensible des vocations el du zèle pour la vie religieuse Le gouvernement impérial
M I.NTROhl CTION. t.*
avait, i n 1811, fermé les établissements des Sulpiciens ci Trappistes dans tous lieux où il avail puissance nu influence. Sous la restauration de la légitimité, les Sulpiciens reprirent aussitôt le ministère dont leur congrégation s'acquitte avec tant de fruit, liepuis près de deux siècles, dans les séminaires, Les Trappistes rentrèrent dans notre pays, cl eu fut le retour qui fit la sensation la pk:s vive dans le rétablissement ■le la vie religieuse et de la communauté. Dès 18U, presque immédiatement après le retour du roi, ils se réunirent chez, un généreux bienfaiteur que je veux nommer ici. a cause du noble exemple qu'il a donné le premier. M. Leclorc de la Houssière a\ait connu les Trappistes, étant émigré, en Westpbalie. Il les appela aussitôt dans son ehiticau do la Dovère, près de Laval, et le 21 février 1815, un mois avant le retour de Iluonaparn», il les installa dans le monastère de l'orcingchard, qu'il leur avait acquis près de Liv.il (Mayenne) : c'est aujourd'hui l'abbave du Purt-du-Salut, ù la fondation de laquelle je devais quelques considérations spéciales, car elle e-t la. première et la vér itable date du rétablissement solide de la vie monastique en France, bientôt ibun Augustin rouvrit l'ancien monastère de la Trappe, dans le Perche; des monastères de femmes, qu'il avait fondés aussi dans l'exil, s'établirent à Laval, aux Cardes et ailleurs. En 1833, les monastères de Trappistes furent agrégés, par le Suuverain Ponlifc, en une congrégation cistercienne, sous un vicaire général, dépendant du supérieur général, a Home, et cette congrégation s'est depuis subdivisée en deux branches et deux observances, différentes par leurs observances et même l'habit. L'une, dont l'abbé de la (îrandc-Trappc (expression nouvelle) est supérieur, qui a gardé la réformo et l'ancien babil do l'ordre repris par I). Augustin; l'autre, qui a aussi son vicaire général, a repris les observances et l'habit en usage sous l'abbé de Ramé. Les Trappistes anglais et irlandais sont membres de la première de ces deux congrégations; ceux des Pays-Bas font une congrégation spéciale. On sait que l'ordre, toujours llolissantct béni, quoiqu'il soit déjà différent de ce qu'il était au retour de l'émigration, a fondé un monastère sur la terre d'Afrique. Bientôt la (irandc-Chartreusc, dont le local, dans ses alfreuses montagnes, n'avait pas trouvé d'acquéreur birs de la spoliation et la vente sacrilège des couvents, ouvrit ses portes pour recevoir dans son sein les anciens habitants, qui revenaient de l'exil, sous la conduite du général, dont Homuald Moissor.nier, qui mourut trois jours après son retour. Ces nouveaux solitaires ont formé quelques autres Chartreuses, et môme, à Beauregard, près de Voiron, un monaslèro de femmes de l'ordre, le seul qui existe au monde pour leur sexe. Successivement et promplement, on vit le zèle de oieux fondateurs pourvoir à tout ce que la religion pouvait offrir aux besoins des fidèle*, en fait d'instruction et de secours corporels; car il ne faut pas le dissimuler, l'esprit public, môme dans la classe îles hommes religieux, n'a pas aujourd'hui assez ,jt. hauteur pour comprendre la supériorité des ordres monastiques et contemplatifs sur les congrégations livrées aux œuvres extérieures. La prévention est toute favorable, et môme presque exclusive pour ceux-ci. Il n'y a qu'un petit nombre d'intelligences supérieures a concevoir et penser autrement. La palingénésie de la vie religieuse parmi nous s'est donc surtout montrée sensible dans les fondations d'instituts voués au service matériel du pioebain, qui donnent des «des de charité à un siècle qui ne comprend que la bienfaisance corporelle.
Le lecteur ne peut s'attendre h ce que j'en lasso ici un tableau étend uj; ces lignes no sont que comme une introduction et un préliminaire au tableau (pie va dérouler devant lui le présent volume en lui donnant l'histoire de tant de sociétés curieuses, filles du môme esprit, sœurs presque du même ùgo, rivales édifiantes dans leur zèle h attirer les âmes ;\ Dieu et fournir'des moyens de salut et de perfection aux hommes. Depuis 181 V, ce zèle, cet élan vers la vie religieuse s'est montré toujours très-sensible; mais souvent comprimé par des mesures vexatoires , témoin la fameuse loi do 182!i , à laquelle Mgr Frays>in«»us eut la faiblesse de prêter sa coopération et son nom; témoin les rigueurs que (it sentir le gouvernement timide, taquin et malhabile du due d'Orléans, qui l'exerça sous le nom de Louis-Philippe 1". On dirait qu'aujourd'hui il commencerait à respirer plus libre; mais on sait qu'il faut toujours distinguer entre les niatiOn» qui demandent rappinbation du gou-
rvrnemeiil, aux risques des suites qu'une révolution aurait sur lour niouastère et leurs tiens, ei les communautés non approuvées, qui ne sont point, il est vrai, personne légale, niais qui restent propriétaires de leur possession dans toute hypothèse. On sait aussi les malheureuses difficultés qu'éprouvent les communautés en général, quand une famille cupide et sans principes vient leur disputer l'aumône faite par un parent cédant à des mouvements de piété, de reconnaissance ou de restitution. Cette famille se croit la conscience
en sûreté quand elle a obtenu des tribunaux civils un arrôt en sa faveur!!
Je veux me borner à rappeler ici que les premiers qui, depuis la restauration, donnèrent a la religion des familles nouvelles parmi nous, furent M. Deshaycs et M. de la Mennais, aîné, fondateurs des deux branches des frères de Y Instruction chrétienne; M. l'abbé Dujarie), fondateur, au diocèse du Mans, de deux sociétés analogues, pour les deux sexes ; M. l'attlté Colin, fondateur des Mariâtes , aujourd'hui fort étendus, et M. l'abbé Chéminade, fondateur des Marianites, plus nombreux encore. Les fondateurs des sœurs de Saint-André ou de la Croix; des Ursulines de Jésus, etc., etc. Presque toutes les anciennes sociétés hospitalières ou enseignantes ont repris leur méritoire existence, et j'exprime à cette occasion Tétonneraent que j'éprouve en voyant un si petit nombre de maisons d'anciennes Ursulines, quand je me rappelle que les différentes branches de cet institut avaient autrefois une sorte de possession exclusive de cette pénible fonction. Le zèle religieux a même créé des fonctions inconnues autrefois, dans les saurs d* l'Espérance, par exemple, et quelques autres sociétés semblables, qui vont garder les malades à domicile.
Presque tous les anciens ordres religieux de femmes ont , chez nous, des monastères aujourd'hui , car on y voit l'ordre de Saint-Augustin dans ses différentes branches, excepté Iw Chanoinesses régulières; l'ordre de Sainte-Ursule, plusieurs familles; l'ordre do Saint- Dotuinique, premier et tiers ordres; l'ordre de Sainte-Claire et autres branches de Franciscaines ; l'ordre de Fontevraud, l'ordre de Saint-Benoît, l'ordre de Clteaux , l'ordre du Mont-Carmel , l'ordre des Chartreux.
Les religieux dos anciens ordres qu'on possède en France actuellement sont les Cisterciens les Chartreux, les frères de la Charité, les Jésuites, les Bénédictins, les Dominicains, les Franciscains, les Prémontrés et les Carmes. J'y dois ajouter une maison d'Olivétains encore peu connue, et quelques-unes des congrégations de clercs réguliers, qui essayent leur résurrection, ou qui sont venus d'Italie; ce sont les Rédemptortstes, les Doctrinaires, les Clercs du B. Pierre Fourier, que je désigne ainsi, puisque les restaurateurs ont eu l'idée de no pas reprendre son institut. Le P. Jean de Dieu de Magallon a été le principal régénérateur des frères de «la Charité, qui doivent pourtant leur vie nouvelle à on homme qui n'a pas su se tenir à la hauteur de sa mission. C'est au P. Lacordaire, ou le sait, qu'est dû le retour des enfants de saint Dominique, et le R. D. Guéranger a eu, par des moyens plus difficiles encore que le précédent, le bonheur de rétablir les Bénédictins, et celui du donner le mouvement au rétablissement de la liturgie romaine en France. Je veux aussi donner une mention spéciale à l'institution monastique qui se forme a l'ancienne abbaye \ieSenanquc, sous l'habit de saint Bernard, et à l'institut religieux de la maison de la Pierre-qui-viret sous l'habit de saint Benoit; de môme à la communauté remarquable des ermites de l'ancienne abbaye de Valloire (Sommo), et eoûn a la communauté des religieux Meckitaristes arméniens, qui dirige actuellement à Paris un collège de ses compatriotes. On compte en France aujourd'hui dix abbayes d'hommes et trois de femmes; mais il ne faut pas oublier que Rome ne reconnaît plus d'ordres religieux dans les maisons de femmes qui sont chez nous, puisqu'elle ne leur reconnaît plus de vœux solenaols.
Tandis que la vie religieuse et monastique prend dans notre pays un si heureux développent, elle a eu de rigoureuses tempêtes, des suppressions à subir en Espagne, depuis que le roi légitime en est expulsé, et ces persécutions ne sont point finies. En Italie, la majeure partie des anciens instituts a repris une vie nouvelle et parfont; il y a môme eu des fondations édiûantes, telles que celle des Adoratrices perpétuelles du Saint-Sacrement, fondées sous uu riche costume blanc et pourpre, tout emblématique, l'an 1807, è Rome, par Madeleine-Marie de l'Incarnation, et déjà établies aussi à Naples et à Turin. Une statistique
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religieuse indiquait r «j* onuiK-ni, Jatis Jes Etats <J *.\ u trîcho, 76o" couvents pour les hommes, et dans ces diverses maisons 10,35'» individus. Pour les femmes, religieuses réparties en 157 communauté».
Depuis l'avènement «Je Pie IX, -Je- mesures partii ulières pour l'état religieux ont élé prises. D«s le commencement de son pontifical une abbaye fut supprimée au fond «ie l'Italie; depuis, à Home même, a été aboli l'ordre ancien du Saint-Esprit, qui avait été fondé a Montpellier. On sait «pu; des mesures particulières ont été prises, sous l'inspiration d'un prélat, Mgr Bizarn, dit-on, pour radmtssi<»n d'un postulant, qui ne peut entrer dans un ordre s'il ne s'est muni d'un cerliit. rit ou témoigna.:? de levé que du diocèse où il e>l né et de lévêque du dio* ôm? qu'il habite, mesure qu'il faudra multiplier, si le postulant change d'institut ! En Italie les précautions vont plus loin, et l'admission d'un sujet doit être .soumise a la décision des supérieurs majeurs, qui ne résident pris toujours dans la localité, ni même dans la province. Ces disposition», ont été prises, sans doute, pour mieux consolider les vocations et dans l'intérêt de lVtat religieux. Elles viennent d'ailleurs d'une autorité qui l'ait tout légalement et que Dieu a douée d'une sagesse particulière.
Le goût pour ce qui concerne l'étude, la connaissait ;e des ordres religieux , se montre sensible de {dus en plus; l'amateur enrichit »o:i album des vue» d'une arcade de cloître, d'une colonne, d'une ogive isolées, etc. Ou sent le prix de l'architecture du moyen Age, et la valeur de ceux qui la lirent si riche, si grande, etc. ; à plus fut le raison l'histoire des ordres monastiques a-t-elic repris faveur.
On la voit cultivée partout où se montre le besoin de la science ecclésiastique, à l'étranger comme en France, chez, les protestants même, rendant en quelque sorte par là hommage et justice aux institutions catholiques. Un protestant, en Suisse, vient en ell'et de publier dans l'idiofuo allemand, trois volumes d'un ouvrage de ce genre, et ces volumes sont enrichis do vues des costumes de diverses congrégations.
En Pologne, le I*. Benjamin , provincial de» Capucins et aujourd'hui élevé aux honneurs de l'épiscopal, a publié aussi trois volumes illustrés, plus importants que les précédents, »ous le titre de Hys lltsloryczny zyromndze zakonrtych obhjrj pluci temz zrycerskiemi zako nntr.i i orderami pansiu-, etc., etc., qui dorniei t une histoire des ordres religieux, basée, à ce que j'ai vu, sur celle du P. IléUot, et qui me parait avoir été déjà publiée, en 1821 , par M. Bohmann. En Italie, G. Guinochi a donné depuis peu il82G; neuf volumes in-folio contenant l' Iconographie des ordres rctiyi'ux et r lavai* resi/ucs. L'ouvrage donné, en France, par M. Henrion, abrégé et de peu d'étendue, mais composé, comme toutes les œuvres do cet écrivain, dans les principes les plus sains, a été protnptement épuisé dans le commerce. Il n'est donc nullement surprenant de voir l'empressement que mettent les lecteurs à demander notre IV volume, qui parait enfin, et achève une publication reçue avec faveur. L'impatience de l'attente a pu rejeter quelques reproches sur l'éditeur; il est de mon devoir de déclarer ici que M. Migne n'eu méritait aucun. Je sais mieux que personne ce qu'il a mis de soins à se procurer les éléments nécessaires à la composition d'un ouvrage qu'il voulait rendre digne de ses promesses et do la confiance de ses souscripteurs. 11 n'a épargné ni dépenses, ni démarches, ni instances pour tenir protnptement sa promesse.
Celui qui trace ces lignes se mettrait volontiers seul en cause, et prendrait pour lui les observations plus on moins fondées qu'on pourrait faire sur un délai prolongé si étrangement et renouvelé si souvent, après des promesses formelles. Je crois cependant avoir une excuse de quelque valeur. Je rappelle l'ujuvrc du P. Hélyot , qui, après vingt-cinq ans de délais, de recherches, d'attentes, donna ce beau travail que nous venons de reproduire, et qui, après avoir tant coûté de soins et d'espérances, est resté imparfait! On m'a fait des promesses dont j'ai attendu le résultat pendant un temps infini, et ce résultat était quelquefois un refus. Je n'en reste pas moins convaincu que les personnes intéressées ât si peu courtoises, j'adoucis l'expression, seront sensibles à la manière donl sera traité le chapitre qui les concerne. Le lecteur voudra bien se rappeler que l'uisloire ne s'invente pas, et que tous mes raisonnements n'auraient pu suppléer à l'absence îles faits. Je regrette néanmoins de n'avoir pas, dans le temps, publié le volume promis, et
" ADO DES ORDRES RELIGIEUX. ADO 58
l'explication que je donne aurait été comprise alors comme aujourd'hui. Use santé d'ailleurs délabrée depuis cinq ans ne me laisse plus la facilité d'un travail égal et suivi, quand ceux du saint ministère méritent toujours la préférence. C'est dans ces dispositions et par ces motifs que j'ai pris le parti de céder la rédaction de ce dernier volume à une Hume plus capable que la mienne, et peut-être que ce délai, qui a fait ma peine et ■on tourment, tournant au profit de l'œuvre, sera regardé par les lecteurs comme ufie compensation et un avantage qu'ils sauront bénir et apprécier.
Ces aveux faits avec naïveté étaient un besoin pour moi. hs termine en exprimant le souhait de voir contribuer à la gloire de la religion une œuvre qui a exigé tant de complications, de travaux et de dépenses.
Marie-Léandre Baoiche, prêtre.