‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 87 sur 323 · K9 FAM · texte numérisé non relu

K9 FAM

Mais en consacrant ses jours et ses nuits a son œuvre naissante, quel but se propose' (-il? Il a m d'un œil attristé le vide immense qu'oot laissé parmi nous les ordres religieux emportés par l'affreuse tempête de 93 ; il a tu des pauvres abandonnés, des larmes doatrien o adoucit l'amertune; il a vu la foi et la piété déserter la famille, s'éteindre ou s'idaiblirdans la plupart des Ames, les saines traditions périr, les mœurs se relâcher rfaaqae jour davantage, sous la pression du flot de corruption et d'impiété qui grossit et qui monte sans cesse, détachant les générations nouvelles du sein de la vérité et creusant partout sous leurs pas des abîmes. A ce spectacle, son cœur s'est ému et a senti le besoin d'opposer une digue au torrent dévastateur : ramener les Chrétiens à la pratique des préceptes et des conseils évangéiiques; faire refleurir la piété des anciens jours, en prêchant Jésus-Christ plus encore par l'exemple que par les discours; reconquérir à la religion le monde victime de tant «•préjugés injustes, et, |iour y parvenir, aïoltiplier en sa faveur des miracles de chanté, voilà son but. Nous allons examiner coœmeut il s'y prend pour l'atteindre.

A ses yeux, une société qui n'est pas for- >3u>ni constituée, qui ne repose pas sur un fondement solide, croule d'autant plus 'ite qu'elle fait plus d'efforts pour s'étendre «s agrandir; d un autre côté, il est bien «maincu que, semblable à la plante qui manque d'air, ou qui ne peut librement enfoncer ses racines dans le sol, une société, fût-elle encore plus fortement constituée, ùppauvrit et s'étiole, ne produit que peu »u point de fruit, si elle concentre sa vie tt son action dans un cercle trop étroit, au lien de se donner des bases assez larges pour prendre tous les développements que emporte sa nature. Aussi, dans le plan de mq association, a-t-il recherché et réuni, co nous semble, avec un rare bonheur, celte double condition de durée et d'extension, l<wr toutes les œuvres qu'elle embrasse.

Par certains points, il se rapproche dans vs constitutions, par d'autres il s'éloigno des ordres religieux qui ont le plus marqué dao» l'Eglise iiar l'éclat des vertus et l'importance des services rendus. S'il leur fait de nombreux emprunts, il se garde bien de le» copier servilement et sans sortir du cercle qu'il» avaieot tracé autour d'eux.

Il conseille aux membres de l'association ûe la Sainte-Famille le triple vœu de chasteté, de pauvreté et d'obéissance; il exige que, constamment occupées, leur vie tout entière soit remplie par la prière et le trat»ïI: voilà comment il se rapproche des ordres religieux dont nous venons de parler; 'o<ci comment il s'en éloigne : il compose «>u association d'éléments divers, de conceptions distinctes les unes des autres, sé,*rees par des différences profondes : par leur règle, par leur costume, par leurs œuvres.

De telles différences ont trop de quoi surprendra au premier abord , pour qu'on ne

se demande pas pour quels motifs l'abbé Noailles les a introduites et admises dans une œuvre qui, avant tout, doit être marquée au coin de l'unité. Ces motifs, les voici: il veut établir, asseoir son œuvre sur chacun des degrés de l'échelle sociale, parce que ce n'est qu'en sé plaçant sur tous les théâtres de la misère qu'on peut lui apporter des secours toujours efficaces; plus son entreprise est grande et difticile, plus il sent le besoin d'appeler à lui toutes les Ames qui peuvent seconder ses pieux desseins; d'ailleurs, si les sujets dont il dispose, n'ont pas tous les mêmes aptitudes, les diverses classes de la société n'ont pas non plus les mômes besoins, ne réclament pas en tout les mômes genres de secours.

Son plan a semblé plus que hardi b des hommes graves et dont les idées et le jugement ont naturellement un grand poids : à leurs yeux, les différences multipliées et profondes qu'il présente ne peuvent qu'en compromettre l'unité sans laquelle rien n'est possible.

Plus l'objection est forte, plus la difficulté semble insurmontable, plus aussi le pieux fondateur, qui s'est bien gardé de s'en dissimuler à lui-même l'étendue, s'est appliqué h y répondre d'avance et de manière à satisfaire et à convaincro les esprits les plus injustement prévenus.

Conserver l'unité dans la plus surprenante diversité, et la diversité dans l'unité, de telle façon que l'unité n'absorbe pas la diversité et que la diversité ne brise pas l'unité : tel était le problème qu'il fallait résoudre. Que fait l'abbé NoaiHes, en rédigeant ses constitutions? Au-dessus de toutes les congrégations particulières qui composent son œuvre, il établit une autorité éclairée et soutenue ;par un conseil qui se forme des sujets les plus éminents, sous le triple rapport des vertus, du talent et des lumières. Circonscrite dans des bornes qu'olle ne peut franchir, et en môme temps toutepuissante dans le cercle de ses attributions, cette autorité, qui décide de tout en dernier ressort, tient dans sa main l'œuvre tout entière, en relie en un seul faisceau toutes les branches et les retient irrésistiblement attachées à un centre commun. D'un côté il assure à chaque congrégation |>artielle le degré de liberté et d'indépendance dont, elle a besoin dans sa sphère pour opérer tout le bien qu'elle est appelée a faire; dans aucun cas, il ne permet de toucher à ce qui est comme l'essence des constitutions particulières et il exige qu'au fond et dans la pratique on les sauvegarde par l'application du célèbre principe : Sinl ut tunt aut nom. tint. D'un autre c6té, chaque corporation, quels que puissent être d'ailleurs son développement et son importance respective, demeure forcément dans un état de dépendance : il lui est impossible, et elle ne l'ignore pas, de se séparer de la souche commune, de secouer le joug de l'autorité eUle la direction générale, sans perdre, par cela môme, ses droits, ses privilèges et jusqu'à sa raison d'être,

sans qu'aussitôt et du même coup ia terre et i'air viennent à lui manquer.

C'est un point capital, mais non un petit mérite de sauvegarder les droits des subordonnés, de protéger efficacement ceux-ci contre toute oppression , tout en les préservant au inoins dans une certaine mesure, de toute tentation de révolte et d'insubordination, par cet instinct de conservation qui n'agit pas moins puissamment sur les êtres collectifs que sur les êtres purement individuels.

On ne saurait prudemment avoir une foi aveugle dans les plus belles théories tant qu'elles n'ont pas été suflisammeul éprouvées, et que le temps et l'expérience ne sont pas venus leur donner raison. Il est donc bien important de savoir jusqu'à quel point, dans la pratique, l'abbé Noailles a réussi à relier entre elles ot h rattacher à un centre commun les diverses parties dont se composo son œuvre, sans diminuer en rien ni la vie ni le besoin d'extension 'propres à chacune de ses parties, ni l'action que le centre devait constamment exercer sur toutes pour n'en faire qu'une seule et même association. Comment a-l-il pu conserver Kunilé dans une pluralité qui se produit comme un fait entièrement nouveau et une sorte de phénomèno dans l'histoire des or» dies religieux? Le difficile problème a été résolu avec la sainte audace de la foi et de la charité, avec un bonheur qui dépasse toutes les espérances conçues d'abord. Pour s'en convaincre, il suflit u'enlrer dans quelques détails sur la situation prospère de I «ouvre de la Sainte-Famille, de faire remarquer quelles racines profondes elle a jetées dans le sol, quel chemin elle a parcouru eu trente années, depuis qu'elle est sortie de son humble berceau.

A part les personnes de tout sexe et de tout rang qui lui sont individuellement alliliées, comme membres, soit de la brancha du Jésus ou des ecclésiastiques, soit de la branche de Marie ou des femmes, soit de la branche de saint Joseph ou des associés laïques ; à part une multitude de bonnes œuvres qu'elle dirige dans un grand nombre de localités en Fiance ou à l'étranger par l'intermédiaire de ses ferventes ton^réganislcs, l'association de la Sainte-Famille se compose déjà de plusieurs congrégations régulières, telles quccelles des dames de Loicite, des sœurs de Saint-Joseph, des sœurs de la Conception, des sœurs de l'Espérance, des Ouvrières chrétiennes , des dames de la S;iinie Famille.

i\a congrégation des dames de Lorelte.qui v consacre à la haute éducation, a fondé en France et en Espagne des établissements où un grand nombre d'enfants, appailenau aux premières familles Reçoivent une éduca tion non moins solide que brillante. On y place en première ligne l'enseignement religieux , car ces sages institutrices ont parfaitement compris que la science, quand la foi ne la vivifie pas, ne produit que «les fruits amers, et que, quel que soit d'ailleurs

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