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d'enfance disparurent, et elle devint un ange i« piété.
Adèle était née avec un fond de tendre compassion pour les pauvres ; elle ne put (ourlant en donner de bonne heure des marques effectives, car la plupart des biens de M. de Trenquelléon avaient été séquestrés; le peu dont la famille avait conservé la jouissance, était consacré à pourvoir à l'entretien de la maison et aux besoins cornmuas et généraux de ses habitants. Mme de Trenquelléon était réduite à vendre ses robes de prix pour pourvoir à son entretien et i celai de ses enfants. On comprend donc que la jeune Adèle n'avait pas de petite bourse, et ne pouvait suivre l'élan de son rorar. Cependant une grande tante qu'Adèle avait & Paris lui envoya 200 fr.; c'était une fortane pour le moment; mais la pieuse mère oublia ses besoins personnels , ceux de ses enfants , pour ne s occuper que du hmd d'attirer sur sa fille les bénédictions du riel, en offrant a Dieu les prémices de son
argent. Ma fille, lui dit-elle : ta tante L
t'envoie 200 fr.,que voici; il y a dans les prisons de Nérac de pauvres prisonniers espagnols, sans vêtements, sans couvertures; ne serais-tu pas bien aise de donner une partie de cette somme pour les soulager, et le reste serait pour toi ? Maman , donnezleur tout, fut la réponse de cette enfant alors Agée de quatre ans. Mme de Tranquelleon souscrivit volontiers aux désirs de sa fille. Elle attribua, dans la suite, les grâces 'lontDieu l'avait comblée à cette bonne rouvre.
Qu'on n'aille pourtant pas croire que toutes les inclinations de la jeune Adèle fussent tournées vers lo bien; si, û la vérité, on voyait dans son cœur le germe de la bonté, oc la générosité, d'une tendre compassion pour les malheureux; dans son âme, celui d'une rare droiture, de beaucoup de franchise, a coté se montrait un caractère violent, impétueux, qui s'irritait de la moindro résistance; chez elle les accès d'humeurs étaient plus que quotidiens , et de petites colères n'étaient pas rares. C'est donc uniquement à l'ascendant de la religion que Mlle de Trenquelléon dut les vertus que plus tard nous aurons à admirer. Le ciel voulut Qu'elle devint une nouvelle preuve que les âmes passionnées sont les plus propres h correspondre à ses divines opérations, et, romrae le bois que Dieu emploie pour faire les grands saints.
L'âme de la jeune Adèle n'était donc pas, ainsi que nous venons do le voir, un ciel »*ns nuages, ni une mer sans agitation ; mais dès que l'orage excité par ses petites passions était calmé, le remords so faisait sentir à sa jeune conscience , et elle allait toutéplorée trouver une de ses tantes qu'elle irait choisie pour directrice de son âme : • Ma tante, ma tante, » lui disait-elle avec beaucoup de larmes, mon «ange pleure, j'ai offensé Dieu , » cl ello racontait sa fauto Hcc Uni de véhémence que sa bonne tante
était obligée non d'exciter sa douleur, mais de la modérer en lui suggérant un moyen d'expiation par la récitation d'une prière, la formation d'un bon propos, etc. , etc.
M. de Trenquelléon qui, de l'Angleterre était passé en Portugal pour y rejoindre sa famille, voyant que Phorizon politique commençait è s'éclaircir en France, résolut de sVn rapprocher, et on arriva en Espagne la veille de Noël. Mme de Trenquelléon alla se confesser dans l'intention de se préparer à faire ses dévotions le lendemain. Adèle, âgée alors de onze ans et demi, s'était aussi préparéo pour se confesser. Sa mère , au sortir du confessionnal, se retire dans le bas de l'église pour y faire ses prières ; elle entend, quoique assez éloignée, du bruit et comprend qu'il y a eu vif débat entre le confesseur et la jeune pénitente ; enfin elle voit venir Adèle, toute rouge, les yeux très-animés et pleurant : «Maman, maman, lui dit-elle, mon confesseur veut que je fasse demain ma première communion, et je ne m'y suis pas préparée. » Mme de Trenquelléon rentre dans le confessionnal pour faire valoir les raisons de sa fille; mais le bon ecclésiastique a de la peine à les agréer : « L'enfant Jésus serait si content, » ait-il, «d'entrer dans ce petit cœur.» Enfin, tout le délai que peut obtenir Mme de Trenquelléon est jusqu'à l'Epiphanie. Adèle comprenant , ainsi que nous venons de le voir, la grandeur et la sainteté du sacrement qu'elle allait avoir le bonheur de recevoir, comprit aussi la nécessité de s'y bien préparer.
Sa pieuse mère n'oublia pas de lui faire sentir que la préparation essentielle consiste surtout dans la correction de ses défauts ; Adèle goûta toute la justesse de cet avis et se prépara à sa première communion, non en enfant, mais en personne sensée, raisonnable, et surtout en personne animée d'une foi vive. Le ciel sourit aux préparations de ce cœur innocent, et cette époque de la première communion fut pour Adèle celle d'un changement total. Nous l'avons vue, dès sa plus tendre enfance, portée a la piété ; mais à celte piété s'alliaient de fréquents accès d'humeur, d'impatience , etc. Lo divin Soleil de justice, en pénétrant dans cette jeune âme, dissipa tous ces nuages do petites passions , et la piété d'Adèle prit tellement le dessus qu'elle la rendit victorieuse de tous ses défauts. Cependant nous avouerons que ce ne fut pas sans avoir de grands combats à soutenir que la réformation s'opéra, et que si la transformation fut subite en quelque sorte, en co sens qu'il n'y eut plus ce laisser-aller à ces petites colères d'enfant , qui, avant la première communion, avaient lieu assez fréquemment, Adèle conserva toujours une excessive vivacité. La grâce , comme on le sait , ne change pas lo tempérament, mais seulement tourno au bien tes éléments qui, sans son influence, auraient produit de fâcheux résultats. Mlle de TmiJin-lléon conserva
ro ni.
donc .1 vcf sa vivacité toute sa force de volonté; mais leur action ne l'ut consacrée détonnais qu'à rendre la grAco supérieure à la nature, et ce, à la pointe de l'épée.
L'amnistie accordée aux émigrés par le premier consul avant ramené sur le sol natal Mme Trcnque iléon et sa famille , Mlle Adèle continua à s'occuper à nourrir sa piété qu'excitaient les exemples édifiants dont elle était entourée dans la maison paternelle.
La compassion d'Adèle pour les pauvres était si connue , qu'elle donna lieu à un trait assez singulier. Mme et Mlle do Trenquelléon avant appris que dans un hameau, peu distant du château, un pauvre chiffonnier
• tait tombé malade, elles allèrent le visiter, l'engagèrent à se faire transporter à l'hospice voisin. Les démarches que firent ces dames eurent un heureux résultat; le chiffonnier fut transporté à l'hospice, et sa conscience recommandée à un vertueux curé du voisinage. Le pénitent se voyant aux portes du tombeau, ut part a son Auanir de sa sollicitude pour deux pauvres entants, lilles naturelles, lesquelles, selon la loi, ne pouvaient hériter de sa succession : le bon curé lui donna pour conseil d'instituer pour *on héritière Mllede Trenquelléon, que c'était un moyen assuréde faire passer la succession à ses lilles; le conseil fut suivi : cet homme meurt , et Mllede Trenquelléon reçoit la communirationdela successionqui lui est offerte: l'accepter est une bonne œuvre à faire ; elle consent donc à être l'héritière du pauvre chiffonnier. La succession consistaildans une pauvre maison/une mauvaise couche et un fond de boutique qui fut venuu 2Vfr. ; la maison fut vendue aussi, et les 2M) fr. qu'on en relira furent placés ch< /. un négociant qui lit valoir ce petit fonds dans l'intérêt des deux punes lilles. L/aince avait seize iuis, elle fut placée chez une bonne et pieuse ilame ; la seconde, admise d'abord dans un dépôt de m ' ndicilé, en fut renvoyée par suite de la iJis^oule dudit établissement. Kilo revint < liez Mlle de Trenquelléon avec la teigne et la gale. La pieuse bienfaitrice ne voulut se décharger sur personne d'aucun des soins dégoûtants (pie réclamait l'étal de la pauvre enfant. Dieu les bénit ; la jeune lille guérit et fut p'acée, après sa guérison , dans une condition où l'on n'exigea pas un fort travail.
l'ne des plus douces consolations d'Adèle était de travailler pour les pauvres; aussi la vo\ ait-on occupée fréquemment à confectionner de petites layettes, à préparer des trousseaux pour ses 'enfants d'adoption; et elle en avait plusieurs.
Mlle de Trenquelléon avait, si l'on peut s'exprimer ainsi, une soif dévorante du salut
• les Ames qui no lui permettait pas de laisser échapper aucune occasion de s'y employer. Entendait-elle la voix d'un pauvre qui demandait l'aumône, vile elle courait la lui porter elle-même, «ilin «le joindre la spirituelle à la pécuniaire. Si le pauvre élait une persoiinnc Agée , elle lui faisait quelques questions soi îos pnrerj u-n'.e- de ! i
Fir. MO
religion; les. lut rappelait, si elle les avait oubliées; lui parlait de l'importance du salut, de la mort, de la nécessité de fréquenter les sacrements. Etait-ce un enfant? elle l'engageait a venir tous les jours près d'elle apprendre le catéchisme ; et afin de renlre son invitation plus persuasive, elle employait l'appât des récompenses. Un jour adressant ses questions habituées à une jeune fille de treize ans, celle-ci lui répon.l qu'elle est protestante, Mlle de Trenquelléon l'invite à venir à son catéchisme; l'enfant encouragée par la promesse qui lui e>t faite d'une récompense, est fidèle au rendez-vous et vient le lendemain accompagnée d'un jeune frère, puis d'un second et enfin d'une soeur ainée. Les voila tous quatredevenus lesdisciplesdeMlledc Trenquelléon. Voulant donner de la stabilité à la conversion de ses néophytes, elle prit le jiarli an bout de quelques mois de mettre la jeune fille, par qui la connaissance avait commencé, en pension chez une pieuse et brave ouvrière qui se chargea de lui apprendre la couture , et de la nourrir moyennant la somme de 3 francs par mois, voulant busm avoir sa part de la bonne œuvre. Un «les petits garçons fut placé domestique chez uu vertueux prêtre. Un petit cousin de ces enfants, protestant comme eux, et devenu aussi le disciple de Mlle de Trenquelléon, futégalement placé chez un respectable cuié.
Mais tous ces pauvres qui n'étaient que de petits mendiants n'avaient que des haillons il fallut donc songer à faire un petit trousseau à chacun : ia charitable Mlle Adèle pourvut à tout.
Cependant la mère delà petite fille allaii parfois la voir , chez la bonne et pieuse ouvrière qui s'en était chargée. Pour s'y rendre, i! lai ait passer par Lompian , |><v roisse du vertueux M. Lambeau , pour qui elle élait ordinairement chargée d une leltre de Mlle de Trenquelléon. C© vertueux prêtre, plein de zèle aussi, essaya un jour de dire à la pauvre femme quelques »mi> sur ses erreurs religieuses : le terrain était préparé par la grAcc, la bonne femme se rendit aux conseils du zélé ministre du Seigneur, et forma le désir de rentrer dans le sein de l'Uglise. Ouelle heureuse nouvelle pour le zèle de Mlle de Trenquelléon 1 Ouelle joie quand le lendemain c» tic femme alla lui faire part de sa 'détermination 1... Mais il fallait instruire celle femme qui habitait une ferme distante du château d onc lieu; il fut convenu que tous les dimanches elle s'y rendrait. Elle ne rencontre aucune difficulté pour sa conversion du côlé de >on mari, car il était catholique; et, quoique as-.cz indifférent en matière de religion, il fut content du parti que prenait sa femme. Il fallut aussi faire régulariser le marine qui n'avait eu lieu qu'à la commune; le mari vient, lui aussi, au château pour receveur quelques instructions. M. le curé tlu village exerça envers ses paroissiens son pieux ministère, et tonte celte famille, <om- |.o«Cc de huit pcriûnnes : le père, la rt-'
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