DES ORDRES
et six eofcnts, rentra dans te sein ae l'Eglise, le flts aîné excepté.
A l'époque où Mlle de Trenquelléon habitait la maison paternelle, il n y avait pas : école dans les villages d'alentour, les pauvres enfants n'avaient donc d'autres ressources pour s'instruire que les catéchismes cjm ûii leur faisait à l'église et la plupart n'y assistaient jamais; habitant des hameaux isolés, plusieurs n'entendaient jamais, ou presque jamais, parler de Dieu. Mlle Adèle résolut rie s'élablir institutrice; elle ouvrit chez elle une petite école pour apprendre, >oit aux petits garçons, soitaux petites filles, les prières principales, le catéchisme et la leiiure. Mais impossible de réunir à des blutes Qxes des enfants des lieux différents; ils arrivaient donc a toutes les heures du jour, et dès qu'ils étaient rendus, Mlle Adèle quittait soit ses exercices de dévotion, soit •es réunions de famille, pour aller près de m» pauvres enfants. On comprend quel esprit de renoncement exigeait une œuvre de crue nature, et orgnisée de cette manière. Quelquefois le soir, à la veillée, elle instruisit de pauvres domestiques de fermes voi- Mûes, qui, occupés le jour aux travaux de Ucaœpagne, n'avaient que leurs soirées de libres. On juge aisément que les domestiques de la maison n'étaient point oubliés, qu'à eux étaient dus les premiers soins ; aussi instruisait-elle ceux qui ne connaissent pas sulQsamment les principes essentiels de la religion, secondant ainsi sa vertueuse mère, qui tous les soirs en hiver les réuoissail tous pour leur faire une lecture religieuse en rapport avec leur capacité. (Juaod Mlle de Trenquelléon rencontrait dans les filles de service de la maison, des lioes simples, inclinées à la dévotion, elle les cultivait, les associait môme à quelquesunes de ses pratiques religieuses, et les aidait à répondre aux vues de Dieu sur elle. Imitatrice de la charité du bon l'asleu?, elle n'attendait pas que les brebis vinssent se jresenier d'elles-mêmes a la porte du bercail, elle courait sans cesse çà et là pour y raiaener celles qui s'en étaient écartées. <j iand elle accompagnait ses parents dans ta visite des fermes de la famille, elle internait les jeunes garçons, les jeunes filles qui y étaient employés comme domestiques, s informant s'ils avaient fait la première «iMuraunion; souvent la réponse était négative, quoiqu'ils fussent arrivés à un âge où > «ruis longtemps ce précieux devoir eût dû fore rempli, do suite elle prenait ses méfies pour qu'ils vinssent près d'elle se faire iu>truire.
Le dimanche, «nand la famille se rendait e» voiture a la Messe, jamais Adèle n'y iiMiiiail; le trajet du château au village était c«nsarré i une sorte de petite mission : abordant les jeunes filles qui se rendaient •m Offices, elle les entretenait de sujets de piété. Allait-elle à la promenade? nouvelle |*lite mmion • tous les petits gardeurs do ux>ui>eaux qu'elle rencontrait étaient par elle
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interrogés ; c'était a chaque nouvelle rencontre de petits catéchismes.
Cependant le désir de la vie religieuse s'était affaibli chez Mlle Adèle; elle balançait sur le choix d'une vocation , le monde ne lui déplaisait pas; une maladie qu'elle eut à l'âge de vingt ans, et qui la conduisit aux portes du tombeau, fil cesser seS irrésolutions; elle avait vu de si près le néant des choses humainos, que revenue a la santé, elle résolut de ne plus vivre que pour Dieu. La simplicité de ses vêtements annonçait su monde qu'elle avait rompu avec lui; elle s'assujettit à un règlement de vie qui partageait son temps entre les exercices de piété, les devoirs de la famille et les bonnes œuvres. La décoration des églises dépouillées de tous leurs ornements et même des objets indispensables au culte, l'instruction des pauvres enfants, la visite des mnlades, tels lurent les objets de son dévouement.
M. de Trenquelléon ayant été ravi à sa famille, en 1815, sa fille voyant que le ciel avait rompu le lien qui la retenait dans le monde, prit la détermination de no plus mettre de délai à l'exécution du pieux projet qu'elle méditait depuis longtemps, de concert avec de pieuses amies, qui devaient être ses collaboratrices. Mais elles étaient embarrassées pour trouver un homme de Dieu qui leur traçât des règles; cet homme, Dieu le suscita; des circonstances providentielles mirent Mlle de Trenquelléon en rapport avec M. l'abbé Chaminade, chanoine de Bordeaux. Ce digne prêtre, après avoir traversé avec courage les temps oragehx de la révolution, alla s'établir au retour de l'exil à Bordeaux, et s'y employa de tout son pouvoir à relever les ruines du sanctuaire. Des réunions de congrégations furent par lui établies pour les personnes des deux sexes, et contribuèrent puissamment à ranimer la foi, à faire renaître les principes religieux qu'avaient professés nos pères.
M. Chaminade, qu'animait une rare dévotion envers la sainte Vierge, méditait le plan d'un double institut, dont l'un pour les filles chrétiennes, et l'autre pour les hommes pieux, et dont tous les membres seraient dévoués d'une manièro spéciale au culte de Marie, et devraient s'efforcer de l'imiter dans sa vie intérieure et dans sa vie active. Mlle de Trenquelléon lui ayant communiqué son désir de se consacrer à Dieu et au salut des âmes, M. Chaminade lui fit part à son tour du plan qu'il méditait, môme avant d'avoir connu les pierres que le bon Dieu lui destinait pour les deux édifices.
Ce fut le 25 mai 1816 qu'un pieux essaim d'âmes d'élite, ayant à leur tête Mlle de Trenquelléon, commença à Agcn le nouvel institut des Dames religieuses. I* fondateur avait annoncé qu'il voulait faire des Filb s de Marie de petites missionnaires; aussi la clôture fut-elle modifiée et mise en rapport avec les œuvres extérieures.
L'année 1818, M. Chaminade ayant enfin trouvé les éléments néccessaires,en déjeunes gens pieux ut dévoués, qu'il avait formés
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lui - mèm^ , au sein d'une congrégation if hommes, érigée canomquement p.r ses soins, h Uordciux, sous le titro «Je l'Immaculée Conception de la très-sainte Vierge, fonda If second insiilul, sous la dénomination de Société do Marie. A vant ensuite lait Approuver à Rome les constitutions des deux instituts dans un seul et infime décret, le Souverain Pontife sanctionna par cela infime la ine>ure prise par le fondateur commun des deux conurbations que les Filles de Marie auraient toujours pour supérieur spirituel de leur institut le supérieur générai de la société de Marie.
L'amour divin produit toujours l'amour du prochain; la charité, la cordialité, qualités si précieuses dans une supérieure, ont surtout éclaté dans Mlle de Trenquclléon. Elle avait coutume de dire que chaque ordre avait son caractère dislinclif et qu'elle désirait que relui do l'institut de Marie fût lu charité. C'était sa vertu de prédilection, elle paraissait innée en elle : à l'entrée d'une postulante, elle In recevait dans ses bras, la pressait contre sa poitrine avec le sentiment de la plus tendre affection; on aurait cru voir une mère revoyant une tille chérie, et depuis longtemps absente; une vive joie brillait dans ses regards, tout son extérieur portail l'empreinte du bonheur, elle semblait vouloir dire a toute la communauté : Héjouissez-vous avec moi. Dieu m'a rendue mère d'une nouvelle fille. On comprend l'impression que devait produire sur les postulantes un si maternel accueil. Aussi ilès ce moment leur cœur se trouvait-il acquis à leur bonne supérieure, et, la confiance gagnée, elles n'avaient {-lus de secrets pour elle
Terminant un jour une conférence qu'elle venait de faire à ses filles sur la charité, elle dit avec une aimable naïveté et vivacité : * Du moins, mes sœurs, n'ai-je rien dans mon cœur, ni jamais n'ai-je rien eu contre aucune de vous. » Toute la communauté sourit et crut sans peine à ses protestations, car on était bien persuadé que le moindro li I ne pouvait entrer dans son Ame. Elle disait aussi, dans une autre circonstance, n'avoir jamais eu de tentation contre la charité, et l'on sait quelle était sa droiture et sa délicatesse de conscience.
Laissons encore parler une autre de ses lilles nous racontant le sentiment qu'elle éprouva a son arrivée dans l'institut : « A mon » nlréo dans la communauté, l'institut ne venait que île naître; j'arrivais d'un pays éloigné, c'était une forte épreuve pour moi que ce grand éloignement de tout ce qui m'était cher; mais je m'en trouvai dédommagée avec une sorte d'usure quand j'eus vu la bonne more, mon cœur lui fut acquis dés h» premier aspect, tant je fus impressionné*' de sa bonté, de sa charité : je bénissais le Seigneur d'avoir trouvé près de celte digne mère un bonheur au delà de mes espérances.
« Un jour que j'étais anablée pur h>s lontitions «outre ma vocation, j'allai la trouver,
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je lui dis que remplie de défauts comme je fêlais et sentant l'impossibilité de me corriger de mon excessive vivacité, il me semblait que personne ne pouvait me sup|*>rter : Ma li!l.\ me dit-elle, croyez-vous a m* sincérité? Oui, ma Mére. Croyez-vous que j<» possède la confiance de la communauté?
Oui, ma Mère, lui répondis-je. Eh bien t vous me croirez donc si je vous dis qu« toute la communauté vous aime et vous estime, et quant b moi je vous chéris au delà de toute expression. Ces paroles si bonnes, si maternelles, me donnèrent la paix et je me relirai toute joveuse.
« Une autre fois, craignant d'avoir fait de la peine à une de mes sœurs, j'étais fort troublée et n'osais aller avouer ma faute* la bonne mère; cependant j'y allai, mais ce ne fut pas sans une émotion bien visible que je parvins à m'expliquer. La charitable mère empruntant le> paroles miséricordieuses du Sauveur me dit : Personne ne vous a condamnée, jo ne vous condamnerai pas non [dus. Cette seule parole suflit pour guérir mon cœur sur-le-champ, et y faire naître I» paix et la joie.
« Une autre fois, étant employée a mettre la lessive de concert avec une sœur compagne, il m'échappa quelques paroles de vivacité qui auraient pu contrister cette bonne sœur, le repentir suivit immédiatement la faute, je fis mes excuses a la sœur, et quittant mon ouvrage, j'allai me jeter aux pieds de ma supérieure pour lui faire l'aveu de ma saillie de caractère. Ma fille, me dit celte bonne mère, la réparation que vous avei faite, la douleur que vous ressentez ont déjà effacé votre finie et môme au delà. Levezvous et n'v pensez plus. »
Mlle de Trenquelléon nommée supérieure de la congrégation des Filles de Marie, et n'ayant personne pour limiter son zèle, se livra avec trop peu de modération aui exercices de mortification, et à son œuvre de prédilection , l'instruction des personnes ignorantes des voies du salut. Mais bientôt sa santé s'altéra, ses forces s'épuisèrent, et elle tut ravie à ses filles désolées lo 10 janvier 1825, dans sa communauté d'Agen, et n'étant que dans la trente-neuvième année de son Age.
Fins de l'institut. — 1* Sanctification personnelle; 2° sanctification du prochain. Les moyens employés pour atteindre ce second objet sont: kVelasses externes, gratuites et pavantes, les ouvroirs de couture, les pensionnais, les réunions de jeunes filles en congrégation, les retraites individuelles et générales.
L'institut des Filles de Marie, comme essentiellement religieux et dans l'ordre de la foi, est placé entièrement sous l'aulorité des Pontifes de l'Eglise.
Un supérieur spirituel qui, comme nous Pavons déjà, dit, est toujours le supérieur général de la Société de Marie, a mission <ie maintenir dans toutes les communauté* l'unité d'esprit et d'action. De plus, il est nommé, pour choque couvent, un supérieur
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local qui correspond avec le aupérieur spirituel.
U maison mère, berceau de l'institut, tftàAgen où réside l'administration générale, qui se compose essentiellement de la «prieure générale et de trois assistâmes, dont la première dirige tout ce qui a rapjx>rtau maintien de la fervenr dans l'institut cl aui œuvres de zèle qu'on y exerce, rlie prend le nom de Mère de zèle. La deuxième, appelée Mère de l'instruction, emk«se tout ce qui a rapport à l'enseignemenl et veille à l'uniformité de ia méthode adoptée dans la congrégation. \a troisième ti>iiUiite ou Mère de travail a sous sa. direct on tout le matériel de l'institut.
Ces (rois chefs reçoivent l'impulsion de la Mère géuérale, et la transmettent aux supérieures ou aux assistantes des maisons setoodaires.
Les travaux de force de la maison sont bits par des religieuses qui prennent le iwm de sœurs compagnes ; elles ne font pas '<îu de clôture.
Statistique des couvents. — L'institut des Filles de Marie possède trois couvents dans l< diocèse d'Agen, un dans celui d'Auch, «ieutdans celui do Saint-Claude, quatre en
Corse.
l'établissement d'Ajaccio dirige l'école normale des 01 les.
L'irbtilut a été approuvé par une ordonnante rovale du 23 mai 1828, et un décret iwuifcal du 5 mai 1839.
lun Ordre. — Une seconde branche do ïïrmitut des Filles de Marie, est connue le nom de Tiers Ordre. Celte branche, ri'ot la maison centrale est à Auch, a pris nuisance en 1836. Les religieuses du Tiers Ordre sont soumises aux constitutions et à i^dmiDi^iration générale do l'institut, lo "bu de clôture excepté. Elles ont pour but »[^ial l'instruction chrélienno des enfants tJ< li campagne et le soin des malades à domicile. Elles possèdent déjà environ vingt établissements, tant dans le département du <irn que dans celui du Lot-et-Garonne, et «ni chargées do la direction de la maison dfyarteroentale de secours à Auch.
Les constitutions des Filles de Mario se rattachent à celles de Saint-Benoît. Dévouées 'l'enseignement et par conséquent obligées * tes rapports fréquents avec le public, elles l'Wotau rang des règles les plus importâtes celles qui sont destinées a leur servir de barrière et de rempart contre la contagion du monde; elles se prémunissent par la retraite annuelle, par une mensuelle d'un yw et par l'esprit habituel du silence et <i oraison.
Mite de Trenquelléon fut remplacée par Vite Cormes de Labastide qui a obtenu les suffrages de la congrégation à cause de son mérite et de ses vertus; elle a été réélue <*aqoe fois que le temps de son administrabon était expiré ; elle a dirigé aussi l'institut foi Filles de Marie jusqu'à sa mort arrivéo le 5 septembre 1856. On a élu pour supé-
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rieure générale la sœur Marie-Joseph -de. Coleret.
Le postulat est ordinairement de trois mois; il peut être prolongé jusqu'à un an. Le noviciat est de deux ans; les exercices en sont suivis par les jeunes professes le* premières années qui suivent l'émission des vœux.
Les conditions essentielles d'admission sont : une bonne vocation, un jugement sain» un esprit droit, un bon caractère; il faut avoir une conduite édifiante, appartenir à une famille honorable, au inoins sous le rapport de la réputation. On ne transige pas avec ces conditions, tandis qu'on le fait, au besoin, pour les conditions pécuniaires.
La congrégation des Filles de Marie possède un tiers ordre; les religieuses qui le composent ont le môme costume, si ce n'est qu'elles ne portent j»as le manteau blanc de chœur et qu'elles ont un tablier blanc. (1)