‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 4)Chapitre 11 sur 220 · ACA · texte numérisé non relu

ACA

DES ORDRES REUGiEUX.

AGN

♦^i gAnlèrent toujours aussi leurs erreurs jAnséntennes. Le cArilinnl de Noaillos les »\aii protégées; sous Mgrde Vintimi1le,son Miccesseiir, elles ne lurent pas aussi favorîsées. Ce prélat retira la supériorité de la maison è Tabbé Guichon, chanoine' de la métropole, prêtre fanatique, appelant, réap- Hant, adhérent h révoque de Sénez (Soa* m-n). Le 3 et le 6 octobre 1733, le grand vicaire, M. de Roroigni, visita la communauté, se lit apporter les registres, dressa un étal du temporel et des pensionnaires, demanda quels livres on lisait, quel catéchisme on enseignait; si on ne se servait point de celui de Montpellier. Enfin de ouel droit on avait le Saint-Sacrement dans la chapelle. Le résultat de cette visite fut Tinterdit de la chapelle, qui fut signifié par huissier le 30 octobre :»uivant. On avait peut-être été amené è cette rigueur par un acte de fanatisme x]ui s éuiit [lassé dans cette maison un peu avant la visite du grand vicaire. Une des sœurs étant dangeureusement malade, on appela un prêtre de Saint-Médard, paroisse sur laquelle était situé rétablissement nour l'administrer. Le prêtre, après la cérémonie, s'approcha de la malade, et lui demanda si elle ne croyait pas tout ce que TR^tise. croit, et si elle n*était pas soumise à sesdécisions ;elle répondit que oui. La supérieure, qui était près du lit, ajouta : « Oui, Monsieur, mais « non [»as à la constitution Unigenitus ; je « sais que tels sont les sentiments de ma « sœur. Qu'on juge de ce que devaient être Jes sentiments et les relations de toute la rommunautél Le P. Coêtfret, Gt:novéfain , prieur, curé de Saint-Médard, s'était vu, |)Our remédier à Tinconvénient des mauvaises inspirations données à la jeunesse, forcé à enlever la permission de tenir les écoles à plusieurs maîtres dans sa paroisse, et il ferma ainsi l'école de Sainte-Agathe. ttien ne put dompter l'orgueil et Tentôtemcnt de ces filles trom[)ees. Le curé de haint-Médard se vit réduit è refuser les sacrements à toutes les malades de cette communauté, qui fitdéférer au parlement le refus fait aux siBurs Fournera et Perpétue. Mgr larchevêque fM. de Beaumont) fut même réduit à uire transférer, par ordre du roi, cette aoaur Perpétue, dans Tabbaye de Port- Royal, alors, comme on sait, maison édifiante et catholique, et oi!l, comme l'écrivaient les jansénistes dans ce temps-là, les Jésuites avaient leur haut-parUr. Enfin, la désobéissance allait si loin, que M. de Beaumont prit des mesures conire un ecclésiastique qui contribuait à entretenir la communauté dans son entêtement, et prit, en 1753, le parti extrême de fermer cette maison, foyei de révolte et de discussion. Ainsi périt, victime de son jansénisme, un institut, dont le genre, faustérité, etc. , avaient d'abord étunné et même édifié, et qui aurait pu être utile à l'Eglise si l'esnrit d'erreur et une busse direction ne lavaient pas perdu. L'Abbé le Bœuf, dans son histoire du diocèse de Paris, garde ici, comme toujours, une réserve qui prouve son penchant connu

pour les novateurs, et se borne Ht dire que la maison fut fermée en 1753. Ce qu'écrit aussi M. de Saint-Victor dans son Tableau de Parti. Dom Lobineau n'a pas fait mention de cetto maison dans son grand ouvrage sur la capitale. La communauté de Sainte-Agathe était située dans la rue de l'Arbalète, faubourg Saint-Marceau, et le local qu'elle possédait a été occupé, depuis la révolution, par les Dames Augustines, dites du Saint^Cœur de Marie, aujourd'hui établies dans la rue de la Santé, et simultanément, après \a révolution de 1830. par une petite corporation de Jésuites, à qui était cédée une portion des bâtiments à l'ouest de l'édifice qu'elle occupa peu de temp«. Vinrent ensuite habiter cette maison les religieuses de l'Assomption, aujourd'hui établies à Auteuil. Actuellement elle est occupée par des ouvriers et en partie détruite. Nonobstant les renseignements que je donne ici, sa position topographique sera bientôt inconnue. {RenseignemenUre* cueillis, passim.)

AGNÈS (Congrégation DES FILLES DB Sainte-).

Il s'est formé depjiiis longtemps, dans le département du Puy-de-Dûmo et dans les diocèses voisins de celui de Clermont, des assemblées do filles qui, pressées du désir de seivir Dieu d'une manière particulière, ont entrepris de renouveler le fnu qu'avait allumé parmi les jeunes Siciliennes, et presque dans toute l'étendue de Tempire romain, le touchant et héroïque exemple de l'illustre vierge et martyre, sainte Ajjnès, et qui, pour atteindre cette fin, ont pris cette admirable jeune fille pour leur modèle, pour leur patronne, pour leur mère; ces heureuses dispositions se manifestèrent d*abord àAurillac, puis dans la Haute-An vergue, surtout dans cette partie du diocèse de Saint- Flour qui est séparée de cette ville par les montagnes du Cantal. L'expérience a prouvé que l'esprit de Dieu avait présidé à cet établissement, soit par la multitude de filles qui en sont membres, soit par les exemples édifiants qu'elles n'ont cessé de donner et dont le parfum se répand toujours davantage, soit par les services au'elles rendent au public, par les soins quelles prodiguent, dans les principales villes, aux malades et aux prisonniers, par l'éducation solide et chrétienne qu'elles donnentà un grand nombre de jeunes enfants dans les paroisses où existent ces établisstMnents.

Ces institutions si propres à procurer la

f;loire do Dieu et l'édification du prochain uient de tout tem[>s pour les saints une occasion féconde qui excita et qui exerça leur zèle. Saint Ambroise, ce glorieux docteur de l'Eglise, ne dédaigna pas de s'occuper de l'institut de Sainte-Agnès. Son exemple fut suivi par saint Charles Borromée, son digne successeur, tant de f^iècles après. L'un et l'autre de ces deux grands pontites prirent un soin tout particulier de ces assemblées, qui, depuis le IV siècle de l'Eglise et pendant les siècles suivants, n'avaient cessé d'imiter, au milieu du monde, le mépris que

AGN

AGN

sainte Agnès en avait fait, son courage dans les soiilfrances, et à faire, à Teioinple de relie héroïque vierge et martyre, une glorieuse profession de la virginité. Ils regar- (iaient même comme un des principaux devoirs de leur sollicitude pastorale de les former à toutes les vertus propres à leur état, el de leur donner des règles de vie qui pussent les armer et les défendre contre ran)our du monde , contre les passions, et les garantir des pièges que la séduction tend incessamment à leur innocence.

C'est à ce zèle ardent pour conserver intacte et pour augmenter celte troupe de vierges, t^ui ont donné de tout temps lani 4l'éclat à 1 Kglise, qu'il faut attribuer ces livres admirables qu'a composés saint Amliroise sur la virginité, et où il trace le plan de cette vie toute céleste pour les filles qui veulent vivre, dans le monde, tians la profession de celle angélique vertu. Tel était le but (jne se profiosail le grand cardinal saint iJiarles Borromée, dans les instructions salutaires qu'il leur adressait, malgré Ihs immenses travaux dont Taccabiaii Taduiinisiration de son vaste diocèse.

Aussi la pieuse jeunesse répondait-eile à un zèle si ardent par les fruits (ju'elle en relirait, par son empressement el par la générosité de ses vertus. Une multitude de vierges venaientde toutes parts puiser au[>rès de ce digne directeur Tespril de la virginité, et on vit leur nombre s'élever par ses soins jusqu'à 4.,000.

Les tilles de la société de Sainte- Agnès se consacrent au soin des malades, à l'éducation de la jeunesse, au service même des personnes du monde. On en voit même demeurer dans leur famille, dont elles sont l'ornement et où, par leurs bons exemples elles [>er[>étueiit la piété, et où elles sont pour tous la bonne odeur de Jésus-Christ, Chaque paroisse dans !e diocèse de Saint-Flour compte un certain nombrede til les de Sainte-Agnès; elles répondent toutes, en général, à l'esprit de l'institut, se livrent à la pratique de toutes sortes de bonnes œuvres, à tout ce qui peut contribuer à la gloire de Dieu et de son Église, et aux œuvres de miséricorde S[)irituelles et <:orj)oreHes du prochain.

Les devoirs des|tilles (Je Sainte- Agnès sont <le deux sortes, les devoirs spirituels el les devoirs temporels; les premiers consistent dans les venus qu'elles doivent pratiquer, et surtout celles /jui leur sont propres; les autres dans les fondions pureiuenl temporelles qu'elles doivent reniplir.

Leurs principales vertus doivent être une tendre piété, une modestie exemplaire, une charité inépuisable entre elles, une morliti- (;alion prudente, une obéissance absolue el prompte, un zèle ardent, mais discret, pour le salut du prochain; un zèle généreux de leur propre perfection, un sincère attachement au progrès el au bien spirituel de leur congrégation. Tout cela est traité longuement dans le livre qui contient leurs régies.

Le nombre des oflîcières est ordinairement de treize, savoir : la supérieure, las-

(I) Voy, à la fin du vol., n" 4.

sistante, la trésorière, la maîtresj?e des novices et la sons-maîtresse, deux sacrisi i nés el>i>: CQnseillères. La supérieure est choisie pai* le directeur seul; il en est de môme de Tas— sistante et de la maîtresse des novices. Les autres choix se font par l'intermédiaire des trois [)ersonnes susnommées. La supérieure conserve sa charge tout le temps que le directeur le trouve convenable; quant aux antres, leur changement peut avoir lieu tous les trois ans.

Nota. - La bulle du souverain pontife Clément Xlcpii accorde les indulgences fdénières aux filles de Sainte-Agnès qui remplissent les conditions prescrites, a élédruinée, h Home, à Sainte-Marie-Majeure, sous l'anneau du pêcheur, le 30 se|»t. 1707.(1)

ACNÉS (SoKiiRs DE Saintk-K maison mêre^ à Arras, Pas-de-Calais,

La véritable Eglise peut, avec une égale confiance, montrera ses amiselàsesennemis les pieux personnages qu'elle enfante sans cesve h Jésus-Christ: aux premiers, pour les édifier; aux seconds, pour les confondre el leur fermer la bouche. Dans chacun d'eux , Dieu <c montre admirable; en les faisant connaître, on glorilic Dieu et son Eglise, el on sauve de l'oubli la mémoire des serviteurs ou servantes de Dieu, qui méritent de passer à la postérité, et de devenir les modèles de nos descendants.

Jeanne Biscot, que Ton peut, avec raison, regarder comme un modèle de charité chrétienne, naquit à Arras, en l'année 1601, de Jean et d'Isabelle Vasseur, riches marchandi», qui se faisaient remarquer par leur droiture el par leurs sentiments chrétiens. Elle se donna h Dieu dès sa première enfance, lorsqu'elle fut caf)able de le connaître. Douée d'un excellent naturel, d'un esf)rit vif, d'un jugement solide, avec des agiéinents extérieurs, elle ra|>porla l'usage de ces dons à la gloire de Celui de qui elle les avait reçus.

Son goûl la portail vers la soliUnie. \ji piété de celle vertueuse enfant croissait avec son âge. Elle avait surtout une tendre dévotion [»our la saillie Vierge, dont elle imita la pureté, dans un lemps où !a guerre, gui désolait l'Artois, exer(;ail une inlhience lunesle sur les mœurs publicjues. A l'amour de la retraite, au mé[»ris des vanités, à la praii(|ue de l'oraison, elle joignait, qur)i<jue jeune encore, le soin des malades, le soulagement «les pauvres, l'inslruclion des orphelines, et généralenjent tout le bien cpie l'amour divin ins|)ire à un cœur (jui en est rempli.

A l'Age de quatorze ans, ceUe jeune servante (ie DitMi rompit entièrement avec, le siècle, s'habilla de noir, et d'une élolfe commune, he l'avis de son confesseur, elle til vœu de chasteté perf»étueiie, el marcha avec une nouvelle ferveur dans les sentiers de la perfection. Plus heureuse que d'autres jeunes personnes, qui ne peuvent servir Dieu qu'au milieu des dilllcullés ^ans nombre que leur suscitent leurs parents, elle pouvait vacjuer sans contrainte à ses exercices de picoté et à la pratique des bonnes œuvres.

AG

DES ORDRES RELIGIEUX

AGN

Celle Tenoeuse fille, ayant perda sa mère, M IroaTat par cette mort et le mariage de sa SQBur, è la lète de la maison, du commerce, et de ia foitone de son père. Le désir de OMoer une Tîe plus parfaite inspira bientôt i Jeanne le projet de se retirer dffns un lieu où elle serait cachée aux créatures : c'était vue cellule, où elle vivrait comme une re* diise. Un saiol religieux, dont elle estimait beaucoup la sainteté, et qu*elle écoutait comme un aoge, parvint è la faire renoncer à ses iirojels, en lui persuadant qu*il valait mieux joindre Taclion de Marthe au recueiU lemeai de Marie.

Le père de Jeanne avançait en âge, et ré* clanmil des soins qu*il ne pouvait recevoir <|iie d*elle. Malgré sa répugnance, elle se lina au oonninerce et aux affaires tem^iorel* les, dont elle s'acquitta avec une facilité et me inletligeoce admirables, — tantil est vrai qne la piélé est utile h tout,— et elle prodigua i son père les soins les plus affectueux et les plus dévoués. Ses nouvelles occupations ne Dttisaienl pas h ses exercices spirituels. £lle Mvait distribuer son temps pour satisfaire à ses différents devoirs. Son père approuvait, trecooe merveilleuse bonté, toutes les œuvres de charité qu'elle embrassait, la laissant libre de faire l*aumône k qui elle voulait; el, pour dernière marque de sa conflance, il loi confia Padministration de tous ses biens par oa acte public du 4 décembre 1636.

Si elle conduisait avec succès et prospérité tes affaires temporelles de son père, elleaiootrait plus d*habileté encore dans les choses spirituelles, et on lui renvoyait les fidèltt aai se trouvaient dans <][uelques ero«* huras de conscience et des peines d*esprit, et aaxquels elle donnait des conseils avec Qoe sagesse remarquable. Le P. Uucbette, Jésuite, disait : « Je n'entretiens jamais cette fille sans en recevoir beaucoup de lumière; qnaod je i*éooute, il me semble que j^écoute sae sainte. •

Las relations que la servante de Dieu en- Ireletiait avec toutes sortes de personnes lui firent connaître une foule de misères. Le cœur de Jeanne, si porté à la compassion, fat toorJié de tant de maux, qu*elle déeoavnl successivement, et elle prit la résolution de n*en laisser aucun sans secours. LArtois, alors sous la domination espagnole, étaii depuis longtemps le théâtre de la guerre, ei éprouvait toutes les calamités que ce fléau traîne h sa suite. Les pauvres, les malades, les pestiférés, les filles débauchées, les femmes des soldats délaissées, les militaires abandonnés, les pauvres villageois réfttgiéi^ les petites orpnelines exposées, les jeenes garçons vagabonds trouvèrent en la personne de Jeanne une mère pleine de tendresse, qui pourvoyait è leurs nombreux besoins, des exemples et ses discours furent assex puissants pour engager son père, sa •eor, des femmes et des filles pieuses, des religieuses et des ecclésiastiques, à prendre |ian à ses œuvres de charité.

Ce fut surtout en 16â6 que l'admirable charité de Jeanne éclaia* La guerre exposa

DfCTioi«:r. DBS Ordres rblio. IV.

le pays aux pius affreuses calamités. Un grand nombre de filles et de femmes alie-^ mandes se trouvaient en proie à tous les besoins, et accablées de maux. Leur position était d^auiant plus affreuse, qu'elles ne con-* naissaient pas la langue française. I^ misère qu'elles éprouvaient en portaient plusieurs à se livrer au désordre. Voyant à quelle extrémité elles étaient réduites, la servante de Dieu lou£( une maison |)Our servir d'asile h ces infortunées, et chargea trois filles de ses amiesd'allervisitersuccessivementoes étrangères, qui reçurent, pendant cinq mois, tous les services de la charité la plus empressée et la plus généreuse, jusqu'à es cfue ces femmes fussent placées, et pussent pourvoir, par leur travail, à tous leurs besoins.

Ce n'était pas la seule bonne œuvre è laquelle Jeanne s'intéressAt. La guerre avait rendu un grand nombre de petites filles or<pbelines, et ces pauvres enfants, abandonnées, couraient, pour leurs moeurs, les plus grands dangers. Souvent même de grands désordres ne lui prouvaient que trop cooh bien ses craintes étaient fondées. De concert avec la mère d'une de ses amies, mademoiselle Jeanne de Citey, elle réunit, et recueillit, dans cette maison, sept de ces petites filles, afin de les préserver de la corruption, de les élever, de les instruire, de les former à la vertu. Ce fut le jour de Saint- Joseph 1636, que, sous la protection de ce grand saint, elles ouvrirent cet asile à 1 indigence. £lles mirent à la tôte de cet établissement une fiUe d'Anvers, appelée Michel Dieu-y-soit, et bientôt, le nombre des filles augmentant, elles lui en joignirent une autre, qui, plus tard, devint supérieure de la maison d Arras, connue sous le nom de Sainte-Agnès.

De nouvelles œuvres de charité vinrent occuper Jeanne, sans lui faire abandonner celle des orphelines, dont rétablissement prit le nom di^ Sainte-Famille. La guerre continuait de ravager le pays, et la ville d'Arras se trouvait encombrée de paysans jeunes et vieux, qui venaient y chercher un refuge. Les uns étaient à demi morts de besoin, d'autres étaient couverts de blessures, ou rongés de maladies de la peau. On les trouvait étendus dans les rues, ou sur du fumier. Tant de maux touchèrent vivement le cœur de la servante de Dieu. Elle reçut d'abord les plus jeunes dans une maison, pansa leurs plaies, leur procura des remèdes et des aliments, et surtout les fit instruire des vérités du salut. Quand ils furent guéris, elle les plaça en apprentissage, afin de pouvoir recevoir, dans la même maison, d'autres malheureux qui avaient également besoin de ses soins et de ses secours. Elle n'oubliait pas les petits garçons qu*elle avait recueillis : il fallait les nourrir, et payer leurs maîtres. Son zèle pourvut à tout. Elle les rCunissait, le soir, pour apprendre le catéchisme, et particurièrement la manière de s'approcher dignement des sacrements de pénitence et d'Eucharistie. Elle s*était personnellement chargée de blanchir leur linge

AGN

AGN

Qui n*eûl cru que sa charité n*oûl été épaisée par tant de solliciludes? Mais non. Il se présenta rocr4isiou de se vouer è des œuvres plus pénibles encore. Louis XllI ayant pris la résolution de conquérir l'Artois, une armée vint camper près des murs d'Arras. Elle fui bientôt en proie à une maladie contagieuse. Chaque matin, on en trouvait un ^and nombre qui avaient succombé, sans qu'ils eussent pu recevoir aucun secours spirituel ou corporel : c'était près des portes de la ville qu on rencontrait ces malheureuses victimes de la contagion.

Jeanne Biscot fut émue d'un spectacle si af« fligeant, et sa compassion ne fut pas stérile.

Sa sœur et de pieuses femmes se partageaient les divers quartiers de la ville, et ch/reune d'elles donnait ses soins aux soldats

2 ni se trouvaient dans celui gui lui était chu. Ou les voyait avec admiration, les unes, porter la marmite de bouillons; les autres, deJa paille, pour coucher ces pauvres mili* taires, qui n avaient que le pavé; d'autres, enfin, munies de linges, de cnarpie et d'on-

Suent pour panser leurs plaies. Le nombre es blessés était si çrand que les soins duraient quelquefois jusqu'à onze heures et minuit.

La guerre continuant avec tous les maux qu'elle traîne à sa suite, Arras devint une vaste inflpmerie. Ces dames tinrent conseil €t résolurent de louer deux maisons où elles flrent transporter les plus malades et les plus accablés de misères. Les sœurs directrices de la communauté des orphelins, établies ipar Jeanne Biscot, allaient tour à tour rendre aux malades les services dont ils avaient tesoin. Le P. Parmentier, religieux dominicain» qui donnait dans la paroisse de Saint-Géry la station du Carême, s'empressa de remettre à Jeanne toutes les aumônes qu'il put ramasser. Ce fut dans ces circonstances qu'ayant demandé aux magistrats un édifice qui servait autrefois à loger les passants, mais f)ui n'avait plus cette destination, les habitants du voisinage, apprenant qu'oa le réparait {K>ur en faire un hôpital, diargèrent d'injures ces femmes charitables, 6t surtout Jeanne Biscot, de laquelle ils disaient tout le mal que la colère et l'indignation pouvaient leur suggérer; mais cette fille forte et généreuse, loin d'être émue de ces injures, continua tranauillement son entreprise. En peu d'heures le lieu fut nettoyé, et les malades trouvèrent un abri dans cet asile que la charité leur avait ouvert. Comme la plupart de ces malheureux étaient Allemands et que les confesseurs de la ville ne pouvaient les entendre, elle recevait tous les jours chez elle un soldat «nommé Paul, d'une piété remarquable, qui parlait parfaitement 4e français et l'allemand, atin qu'il servit d'interprète aux malades pour se confesser; ce soldat devint ainsi pour un grand ix>mbre d'entre eux l'instrument de la miséficorde divine jusqu'au moment où un Père Jésuite vint desservir l'hôpital.

«Ces femmes admirables portaient ellesuêmes .les^corps, à leur dernière demeure.

Une d'entre 'elles marchait en têle du convoi, tenant la croix et accompagnée de deux autres, qui avaient des cierges. Elles traversaient ainsi les rues sans s'inquiéter de Teffet que pouvait produire la nouveauté de ce spectacle. Elles continuèrent cette œuvre de miséricorde pendant les neuf mois qne dura la contagion. Un autre fléau plus terribie encore que le premier vint donner un nouvel éclat à la charité de Jeanne Biscot : la peste se déclara dans son hôpital, et les magistrats effrayés obligèrent tous les malades d'en sortir et de se retirer dans un lieu hors de la ville, où on leur avait construit des cabanes séparées, dans lesquelles ils étaieitt renfermés. Rien ne put arrêter la charitablo fille, elle allait assidûment visiter ces malheureux et leur porter les secours dont ils avaient besoin.

Une autre circonstance déplorable lui fournit un nouveau moyen de manifester son inépuisable charité pour le prochain. La guerre en fut l'occasion. En 165^, Arras eut à soutenir un siège qui dura une partie de l'année. 11 avait été entrepris par le prince de Condé, alors révolté contre la France, et par les Espagnols, qui à cette époque étaient mflttres de la Belgique. La belle défense du gouverneur de la place et le secours aue lui donna le célèbre Turenne forcèrent les ennemis à lever le siège dans la nuit du 24 ou 25 août, et nos troupes firent d'eux un horrible carnage. L'armée française demeura lo reste de l'année dans les environs de cette ville. Elle comptait dans ses rangs beaucoup de malades et de blessés tant a Arras que dans le. voisinage. Les religieuses de Tabbaye d'Avesnes avaient cédé leur monastère pour recevoir ces malheureux et on y avait établi un hôpital ; mais tous les soldats n'avaient pu y trouver place, plusieurs demeuraient dans les champs, dénués de tout et exposés à toutes les intempéries de l'air, attaqu<^s do la dyssenterie, ils étaient privés de nourriture, de remèdes et de secours.

Les religieuses d'Avesnes s'étaient retirées è Arras;, mais leur aumônier, le P. Come dejMantes, Capucin, était resté dans l'abbaye pour donner les secours de son ministère aux malades. Ayant fait è Jeanne un tableau touchant de leur triste situation, son cœur charitable en fut si ému, qu'à finstant elle consacra à ces infortunés ses soins et ceux de ses sœurs. Elle obtint d'un des nouveaux prêtres de s'adjoindre au P. Come ; d'un bon chirurgien, homme de bien, qu'il donnerait gratuitement ses soins aux pauvres soldats. Quant è la vertueuse fille, elle partait de la maison de Sainte-Agnès avec plusieurs de ses compagnes pour aller les soulager. Toutes étaient chargées de gros paquets contenant du linge, de la charpie, du pain, de la viande, des fruits et d'autres douceurs. On ne saurait exprimer toute la joie que manifestaient les soldats, lorsqu'ils voyaient venir de loin ces charitables bospi» talières qui, pour distribuer ces provisions, se partageaient les différents quartiers des cours et des jardins de l'abbaye. Pour no

AGN

DES ORDRES RELIGIEUX

AGN

G S laisser la nuil ces malades sans secours, Bone fit piQs encore, elle prit à gages quelques femmes qui s'obligèrent àlesyciller, avec deux de ses filles qu'elle leur envoyait, et qui s'acquittaient parfaitement de ce pénible emploi.

Le courage de ces héroïques fliles était si grand, que parcourant les rangs des malades la nuit et le jour, elles enlevaient les morts qu'elles trouvaient parmi les moribonds, les ensevelissaient dans des draps qu'elles avaient apportés, tt leur donnaient elles-mêmes la sépulture. Leur provision de draps s*étant épuisée, elles y suppléèrent par de la paille et du foin, puis* elles les portaient en terre. Un jour que Jeanne était occupée dans Tabbaye à surveiller les charitables travaux auxquels ses sœurs se li- Traieôt pour le soulagement des malades, one femme vint l'avertir que plus de 50 soldats, couchés sur le fiavé au bord de la rivière, se mouraient. Sans balancer un moment, elle prend une de ses filles afin de voir par quels moyens on pourrait assister ces soldats abandonnés. Ils n'avaient pas même une poignée de paille pour se reposer. Jeanne en fit apporter une quantité suffisante pour tous ces malades qui étaient atteints de la dvssenterie et croupissaient dans l'ordure. Avec sa sœur et son beaufrère, elle lève du milieu de la fange ces corps à demi pourris et les couche sur de la paille fraîche; elle donna une somme suffisante ponr fournir à tous leurs besoins aux personnes qu'elle chargea de les veiller en recommandant de veiller la nuit ceux qui étaient en danger et d'aller l'en informer afin qu*elle pût leur procurer le secours des sacrements, ce qui était l'objet constant de ses sollicitudes.

Chaque jour cette admirable fille partait de grand matin avec deux de ses sœurs et allait changer la litière de ces malheureux soldats, elle joignait l'aumône spirituelle aux soins corporels, elle les exhortait à la patience et les engageait à recourir à Dieu. Un dimanche, après avoir entendu la Messe, elle eut la pensée d'aller réitérer la visite qu'elle avait déjè faite h ses pauvres soldats, allant de rang en rang, suivant sa coutume, et adressant à chacun d*eux des paroles d'encouragement. S'apercevant qu'un de ses malades ne lui répondait pas, elle le prit par la main et s'assura qu'il était mort; il avait succombé à une fièvre pernicieuse. Cet incident la jeta dans une crande perplexité, parce qu*elle craignait de porter la contagion à Sainte- Agnès. Elle passa la journée dans l'indécision, puis elle se décida à rentrer dans la maison. Dieu bénit des intentions si pures. Sa maison fut entièrement préservée de la contagion et cependant la charité y exposa souvent les sœurs, car outra les soins fiersonnels qu'elles donnaient aux soldats malades, elles blanchissaient chex elles le linge infect de ces malheureux et le raccommodaient, sans qu'aux cune des sœurs se refusât h leur rendre ce «ervjc^y tant elles avaient|à l'exemple de leur

digne supérieure, d*affedtion et d'ardeur pour les pauvres.

Ce ne fut pas la seule occasion où Jeanne Biscot montra de la compassion pour les soldats malades ou soutirants. Arras ayant alors une nombreuse garnison, lorsqu'elle rencontrait quelaues soldats languissants ou sortant de maladie, elle les faisait venir à la porte de la maison de Sainte-Agnès et leur faisait servir à dtnerou leur donnant dans la rue uqe abondante aumône.

Le siège que soutint Arras avait fait autant de malheureux parmi les habitants qu'on en comptait dans la garnison. Ses infortunés compatriotes n'échappèrent pas plus que le« soldats à l'active charité de la vertueuse fille. £lle savait oit trouver les pauvres qui avaient le plus besoin de secours; sa compassion la conduisait, accompagnée de ses sœurs, dans les lieux les plus misérables pour y chercher des veuves délaissées, des vieillards infirmes, afin de leur rendre les plus humbles services et d'adoucir ainsi les rigueurs de l'indigence, mais ces œuvres de miséricorde ne troublaient en rien Tordre de la maison. Elle savait si bien calculer ses démarches et mettre à profit ses moments, qu'elle trouvait du temps pour remplir les fonctions de supérieure et donner des soins aux nombreux pauvres, et les filles qui la suivaient dans ses excursions charitables, revenaient ensuite à la maison reprendre avec plus d'ardeur leurs occupations ordinaires.

Tant de bonnes œuvres ne pouvaient se faire sans des dépenses considérables, mais Jeanne Biscot cherchait avant tout le royaume de Dieu et la justice, et attendait le reste comme par surcroît. Elle redoutait plus les biens de la terre qu'elle ne les aésirait. Aussi quand il s'agissait des filles dans la communauté de Saint-Agnès, elle regardait surtout leurs bonnes dispositions, c'étaient souvent des orphelines de la maison qui s'y fixaient et qui devenaient ainsi ses compagnes, après avoir été ses enfants. Et comme elles étaient sans fortune, elles n'avaient à offrir à la maison que leurs vertus, leur bonne volonté et leur travail. Ce ne fut qu'en 1660 c^ue se présenta la première postulante qui put payer une dot. Si Dieu nous donne en abondance, disait-elle à ses sœurs» que ce ioit pour en faire piue de bien aux pauvres, car tout ce qu'il y a dans la communauté est le patrimoine du petit Jésu9.

A l'époque où elle opérait tant de merveilles de charité à Arras, elle entendit parler des religieux, des religieuses, des séculiers qui quittaient généreusement leur patrie pour aller répandre parmi les sauvages du Canada la connaissance du vrai Dieu. Elle prépara tout pour son départ tam èHe aimait à fuir l'éclat, i mener une vie cachée et à chercher l'occasion de se dévouer au prochain, quand la peste ayant cessé à Arras et les douceurs de la paix ayant succédé aux horreurs de la guerre, elle ne trouvait plus les mêmes occasions de se vouer aux bonnes œuvres. Mais deux prè-

TV

AGN

AGN

SO

très s*étant fortement opposés è ce dessein, elle V renonça pour se consacrer au soin et h ^éducation des pauvres enfants, dont elle était devenue la seconde mère. Ces deux vertueuses filles, Jeanne et Mlle de Ix)itey, son amie, sollicitèrent des religieux de Saint-Vaasties bâtiments de Sainte-Agnès;

Juoiqu'elles rencontrassent partout des difcultés, elles réussirent h les vaincre; elles obtinrent même des lettres patentes de Louis XIV en faveur de leur établissement par Tentremise de saint Vincent de Paul. La première orpheline qu'elles adoptèrent fut la Site d*un soldat, par lui abandonnée, toute nue, enveloppée seulement d*un peu de paille, couverte de vermine et d'infirmités dégoûtantes. Une autre qu'elle rencontra sur la place avait perdu les orteils, tellement elle avait souffert du froid. Ce furent les éléments de la nouvelle communauté»

qui s'ouvrit le 7 décembre 16V5. Le nombre des orphelines s'accrut bientôt jusqu'à 18, et dans Tespace de k6 ans la maison de Sainte- Agnès en reçut 86 avec un nombre presque aussi grand d'externes, qui fré* qoentaient les classes. Cinq filles pieuses vinrent s'adjoindre h elles p'our partager leurs soins et leurs sollicitudes.

C'est le propre des œuvres de Dieu d'é-

Erouver de la contradiction de la part des ommes; il faut qu'elles soient marquées du sr^au de la croix. La communauté de Sainte-Agnès n'en fut pas exempte. Le curé mftme de Saint-Etienne, qui n'était séparé

Îue par une rue de la communauté de Saintegnès, en devint lui-même l'ennemi et finit par dénoncer Jeanne aux supérieurs ecclésiastiques comme une personne d'une doctrine suspecte. Elle eut h se justifier sur le catéchisme qu'elle enseignait aux enfants, sur les cinq psaumes qu'elle leur apprenait et sur les cantiques qu'elle leur faisait chanter. Sa justification fut facile. Elle prouva Îu'elle ne se servait que du catéchisme du iocèse, que sou seul but était d'apprendre aux enfants h louer Dieu et è les préserver des chansons déshonnêtes. Plus équitable à leur égard, le chanoine écolâire de la raihé- •drale uArras, qui avait été chargé d'aller dans la maison pour examiner la doctrine qu'on y enseignait, dit à voix basse à M. le curé» mais cependant de manière h être entendu de plusieurs des assistants : a Vous devriez. Monsieur, être mieux inîformé avant de faire vos plaintes contre ces personnes, » ensuite se tournant vers la supérieure, il l'encouragea et l'exhorta h continuer, lui représentant l'exemple do Notre-Seigneur Jésus-Christ, des apôtres, des saints, qui avaient souffert des contradictions dans leurs utiles entreprises, ajoutant qu*un arnre s'afi'ermit et pousse de plus profondes racines lorsqu*il est battu des vents et que Notre-Seigneur prendrait leur rause en main. En effet, cette épreuve servit à faire mieux connaître la sainteté et l'utilité de cet établissement.

Après avoir solidement établi cette communautéi Jeanne voulut y perpétuer le bien

qu'elle avait commencé en lui donnant des règlements, ce qu'elle ne fit qu'après avoir consulté Dieu dans la prière.

La maison était composée de sœurs qui se consacraient h Dieu par des vœux de religion et qui étaient chargées de tous les emplois, selon le bon plaisir de la supérieure, ensuite d'orphelines qu'on afoenait ou que les sœurs allaient elles-mêmes recueillir dans les rues. On les élevait et on les gardait jusqu'au moment où elles pouvaient g'tgner honorablement leur vie. San^i revenus fixes, la communauté ne subsistait que du casuel, des aumênes et du produit du travail. Les religieux de Saint- Vaast leur faisaient régulièrement des aumênes. D'autres habitants les secouraient également; M^r de Sère, évêque d'Arras, portait tant d'intérêt à cette maison, qu'il disait qu'il aurait plutôt vendu ses tanisseries et sa vaisselle d'argent que de laisser les orphelines man(]uer de pain. Une autre ressource était le voyage que deux sœurs disaient chaque année à Paris pour y recueillir des aumônes. Elles y avaient des protectrices aussi puissantes que généreuses, qui plus d'une fois leur rendirent d'importants services. On cite surtout les familles Seschosier et de Sarinvilliers et la fameuse duchesse de Montespan , qui ne se contenta pas de leur faire l'aumône, mais qui en obtint encore pour elles de Louis XIV lui-même.

La maison deSaînte-Agnèsavaitété établie dans un triple but : d'élever les orphelines, de les instruire et de leur apprendre k travailler; elle ménageait si bien les divers intérêts dans les règles et les pratiques qu'elle prescrivit pour toutes choses, ^u'ofi peut y reconnaître , dit son historien, son admirable charité , $a prudence extraordi^ natre, ton expérience et la pénétration <fa ion eiprit que Dieu lui avait communiqué.

La charité qui avait dicté les statuts et les règlements avait prévu tous les besoins corporels et spirituels des enfants qu'elle avait adoptés pourles former à la vertu en leur ins-

tnrant la crainte de Dieu et en leur donnant es habitudes de la piété chrétienne ; enfin » pour en faire des membres utiles k la société, capables de sesufltre h elles-mêmes par une vie laborieuse. Après s'être occupée de ses chères orphelines, elle crut devoir donner une règle à sa communauté naissante: elle la composa avec tant de prudenoo et de discrétion que la vie intérieure ne nuisait pas aux œuvres de la charité, et que celles-ci n'empêchaient pas le dévelopi>e<» ment et le periectionnement de la vie intérieure. Les aspirantes devaient avoir dixhuit ans et ne pas dépasser vingt-cinq ans ; elles étaient éprouvées par une année de postulat , et deux de noviciat. Après le^i vœux simples, mais perpétuels, la supérieure les appliquait, soit h faire la classe aux internes et aux externes, car les sœurs avaient aussi une école |K>ur instruire le» petites filles du quartier, soit k montrer les ouvrages I et surtout la dentelle qui était le

AGN

DES ORDRES REUGIEUX.

AG

trarail le plus ordinaire des orphelines, soit enfin à remplir les autres emplois de la maison , qui sont communs à toutes les communautés.

^ Dieu avait appelé à lui sa vertueuse amie, c*est pourquoi Jeanne Biscol qui n'avait différéd*établirunemai$ond*orpheIinesàDouai, que par déférence pour elle, voulut exécuter >on dessein en 1659; mais elle rencontra d'abord Topposition la plus prononcée delà part de la communauté; en 1660, ayant éprouvé une maladie qui la conduisit aux portes du tombeaux, elle promit au Seigneur de réaliser son projet , si la santé lui était rendue. Âjant obtenu cette grâce , Jeanne demanda ie consentement à la communauté d'une manière si pressante et si humble que toutes les filles le lui donnèrent en pleurant, parce qu'elles craignaient de perdre pour toujours une si bonne mère. La supérieure lit partir aussitôt, pour Douai , deux des sœurs de Sainte-Agnès, Anne Lemaire et Catherine Pottier , pour aller jeter les fondenaents de cette nouvelle maison. Jeanne s y rendit elle-même avec une de ses compagnes et deux petites orphelines. Elle ût plusieurs voyages h pied, pendant Thiver et par des chemins que la saison rendait impraticables. Disciple fidèle du divin Maître qui disait l ses apôtres : Ma notirrtiure est de faire la volonté de mon Pire. {Jaan. iy, 34.) Elle ne s'occupait que de son CBUvre et des moyens de la faire réussir. Comme elle ne songeait même paj à prendre sa nourriture, si on lui faisait quelque observation sur son imprudence, elle répondait aussitôt y tout pour Dieu^ tout pour Dieu ! Elle rencontra surtout beaucoup de difficultés de la part de plusieurs établissements qui semblaient se proposer le même but qu'elle, et qui redoutaient la concurrence. La charitable les rassura en leur disant qu'elle ne venait recueillir que les enfants dont les

Ïiareots n'avaient pas les moyens de payer eurs mois d'école. Elle nomma des sœurs, désigna une supérieure, pour devenir la seeonde, et prit des mesures pour maintenir la régularité dans cette communauté.

Ses tilles <]ui, à son^relour, avaient fait éclater leur joie, fondirent en larmes lorsqu'elles la virent sur le point de retourner à lionat.Elle ne put les consoler qu'en leur promettant d'être supérieure des deux maisons. Mais la Providence en ordonna autrement, et Douai la posséda pendant les quatre années qu'elle vécut encore. Le nombre des enfants s'accrut bientôt jusqu*à 30, avec la permission des magistrats; elle donna un costume è ces petites orphelines le 5 septembre 1672. Cette uniformité de costume fit que les habitants de Douai appelèrent les orphelines de Jeanne, les filles de l'Enfant-Jésus, dont la statue était au-dessus de la porte dentrée ; et les sœurs qui les gouvernaient, les filles de la Sainte-Famille, nom qu'elles ont conservé dans cette ville, tant que leur eofflmunauté y a subsisté.

Le nombre des enfants ayant beaucoup augmenté, la maison qu*elles habitaient fut

bientôt trop petite ; on fut obligé d^en louer une autre. Enfin , Jeanne en acheta une dans laquelle son établissement put être fixé d'une manière durable.

Si les œuvres de Jeanne Biscot furent si admirables, elles ne purent être que les fruits des vertus dont elle possédait un riche trésor, et qu'elle cultivait sans cesse dans son cœur.

La foi, qui est la première et le fondement de toutes les vertus, futdes plus fermes et des plus vives dans Jeanne Biscot. C'est elle qui lui inspira tant d'œuvres admirables. Car si elle n'avait pas cru à ces paroles de l'Evangile : Tout ce que vous faites au moindre des miens^ c'est à moi que vous le faites {Màtth'. xxv,&.0); si elle n'avait pas vu Jésus-Christ dans la personne des pauvresetde tous lesafiligés, elle n'eût pas eu certainement ce dévouement qu'on admire dans toute sa conduite. C'était sa foi (]ui donnait à cette vertueuse fille la vénération profonde qu'elle avait pour les mystères de notre religion, et la méditation de eus mystères fut l'occupation de sa jeunesse et de toute sa vie. Elle se rappelait surtout souvent la naissance, la circoncision, l'enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ; ce fut par dévotion à la sainte enfance qu*elle se dévoua si généreusement à l'éducation des orphelins et qu'elle adopta une couleur fixe pour leurs vêtements.

Jésus-Christ, caché dans le sacrement de son amour, était aussi pour Jeanne l'objet du respect le plus profond. Ce fut pour répandre partout la connaissance de Dieu et de son adorable Sauveur qu'elle consacra la plus grande partie de sa vie et de celle de ses sœurs à l'instruction chrétienne, à instruire sur les devoirs de son état et sur la réception des sacrements.

Si la foi est nécessaire à la sanctification de l'homme, l'espérance ne l'est pas moins pour assurer son salut. Jeanne Biscot posséda cette vertu dans un degré éminent. Cette espérance qu'elle avait en la bonté divine relativement aux choses qui regardent le* salut, était aussi profondément affermie dans son cœur, lorsqu'il s'agissait de besoins temporels. On peut dire que toute la vie de cette vertueuse fille a été une preuve perpétuelle de son éminente confiance en Dieu. Elle eut besoin d'être continuellement pénétrée de ce sentiment , pour entreprendre et soutenir ces nombreuses œuvres de charité qui lui durent rexistenc«; elle disait comme l'Apôtre : Je puis tout en celui qui me fortifie {Philip, iv, 13);- sa maxime était que dans les bonnes œuvres, il faut aller en aveugle et que nous devons ne nous considérer que comme des instruments; aussi sa communauté éprouva, dans une foule d'occasions, les effets visibles de celte grande confiance dans la Providence. Une simple écuelle de bois nommée le plat de TEnfant-Jésus lui servait de caisse. Elle V déposait Targent qu'elle recevait et y puisait pour tous ses besoins. Jamais cette écuelle ne fut vide.

La charité tirant son origine de Dieu mêmet

fis

AGN

DICTIONNAlRe

AGN

elle en reçoit une admirable fécondité, que ne peuvent aroir les œuvres purement humaines. A la charité seule appartiennent les motifs purs et élevés» la compassion universelle, le zèle que rien ne rebute, la patience invincible et la persévérance qui ne se lasse point. C'était celle belle vertu qui était le mobile de sa conduite et qui lui inspirait ces actions généreuses dont sa carrière fut remplie. C*est parce qu'elle aimait beaucoup Dieu qu*elle aimait beaucoup son prochain, qui en est l'image. Attentive è sanctlGer toutes ses œuvres, elle avait souvent ces paroles k la bouche : tout pour Dieu. Quelle tendresse ne montrait-elle pas pour les orpheMnes; lorsqu'elle en avait rencontré ouelques-unes, ou qu'on lui en amenait qui étaient presque nues, sales et pleines de vermine, elle prenait aussitôt chacune d'elles par la main, l'embrassait et l'accueillait avec autant de tendresse qu'une mère qui retrouve son enfant après l'avoir perdue : Venex^mon enfant^ lui disait-elle; avex-vout envie d^élre la fille du petit Jésus et de sainte Agnès? Si cela est^ venex^ ma fille! Avec quel respect devons-nous servir les enfants^ disait-elle h ses sœurs, si nous regardons Vimage de Jésus sous ces visages défigurés et sous ces habits déchirés! Sa conduite répondait k ses paroles; ne voyant que Jésus- Christ dans la personne des pauvres enfants, elle leur donnn constamment la préférence et s'opposa fortement è ce qu'on reçût, dans la maison, des enfants appartenant a des parents aisés. £n vain on chercha à vaincre sa résistance sur ce point, elle leur répondait que la maison n'était établie que pour les plus pauvres et les plus abandonnées. Pleine de douceur et d'indulgence, elle voulait que ce fût cet esprit qui animât ses compagnes dans leurs rapports avec les enfants.

Cette charité de la vertueuse fille pour les orphelins, toujours si affectueuse, augmentait encore lorsqu'elles étaient malades. Non contente de s'occuper elle-mdme avec sollicitude de leur état, elle les recommandait à rinfirmière et aux autres ollicières. Je m'en décharge sur vous^ leur disait-elle ; je veux que rien ne leur manque, ce sont tes membres affligés du petit Jésus^ regardex-les dans cet esprit t el, par ce moyen, vous leur rendrez une parfaite charité. Une petite fille de 10 ans avait une fluxion de poitrine et était en danger. Le médecin ne promettait sa guérison qu'autant qu'elle expectorerait beaucoup. La bonne supérieure, qui savait que cette enfant aimait l'argent, lui promit une pièce de monnaie pour chaque crachat qu'elle jetterait. L'appAt du gain fit faire tant d'efforts incroyables à cette enfant, qu'elle expectorât abondamment, et pût ainsi échapper à la mort qui la menaçait.

Quand elles étaient convalescentes, elles éprouvaient les effets particuliers de la cnaritéde la tendre supérieure. Elle voulait qu'on leur donnât tout ce qu'il y avait de meilleur. Si elles étaient en danger de mort, la bonne mère ne les quittait plus. Lorsqu'elles avaient rendu le dernier soupiri elle

les pleurait amèrement comme si elle leur eût donné le jour.

La sollicitude de Jeanne ne finissait pas avec leur éducation. Leur placement h la sortie de la maison était pour elle un grave sujet d'inquiétude; aussi, moins une enfant lui inspirait de confiance, plus elle cherchait è prolonger son séjour dans la maison. Une orpheline placée chez de mauvais maîtres, s*y trouva en grand danger pour son salut. Dieu le fit connaître aussitôt A la bonne supérieure qui en versa des larmes abondan* tes; elle envoya quelqu'un pour la faire sortir de la maison et la ramener dans celle de Sainte- Agnès; le retour de cette fille lui causa une joie sensible. Elle rendit mille actions de grAces au Seigneur de ce qu'elle avait pu retirer cette pauvre brebis de la gueule du loup, et elle la garda encore Quatre ans, tant elle avait h cœur que ses chères orphelines conservassent les fruits de l'éducation chrétienne qu'elles avaient reçue.

Ses compagnes oui la secondaient dans sa bonne œuvre lui étaient aussi très-chères, et elle leur donnait des preuves continuelles de l'estime qu'elle leur portait. Mais si la sollicitude de Jeanne était si grande pour rétablir et conserver leur santé, elle 1 était bien davantage pour leurs besoins spirituels et pour leur avancement dans la perfection religieuse. Elle les instruisait par de fréquentes conférences. L'union des cœurs lui paraissait avec raison un des biens les plus précieux que puisse posséder une communauté, aussi la leur recommandait-elle constamment. Que ne faisait-elle pas pour pénétrer et embraser du feu de sa charité les cœurs de ses compa{;nes. Celle qui d'entre vont, leur disait-elle, dit qu'elle aime Dieu, est une menteuse^ si elle n'aime pas sa sceur. Ces deux amours sont les chaînons d'une même chaîne, ils ne peuvent subsister fun sans l'autre ; faites les uns pour les autres ce que vous m'avez vu faire, disait iValre-5f igneur. après avoir lavé les pieds à ses opdtres. Le nom de Dieu est charité^ Dieu e est romotir, et qui demeure en charité demeure en Dieu. Elle parla^i dans ses conférences de cet amour de Dieu et du prochain avec tant d'énergie, avec tant de feu, qu'elle était (juelquefois obligée de Aire : « Mes scears, je me suis trop emportée; »en effet, cette charitable fille était hors d'elle-même et faisait partager son émotion k ses compagnes, puis étendant ses bras, elle se mettait è genoux, elle leur disait : Tenez^ mes pauvres sesurs ; puis les embralssant toutes elle les pressait sur son cœur et leur disait : Qui pourra nous séparer n'ayant quun cesur din$ tous ces corps Y S*apercevait-elle de quelque froideur entre ses sœurs ou les enfants , elle les appelait, les écoutant attentivement; puis elle olâmait la coupable, lui imposait une pénitence et les obligeait k s'embrasser; alors, les serrant dans ses bras, elle leur di« sait : Voici comment il nous faut être unies l'une avec l'autre, et nous transporterons des montagnes.

Non-seuTemcQt la sage supérieure »*âo-

AGN

AGN

p|j(iaaît à étouffer tous les germes de division qu'elle îjécouvrait entre ses tilles, mais elle faisait aussi de sérieux efforts pour leur procurer la paix de TAme. Quand elle apercevait quelque nuage dans quelqu une d'elles, aun air bienveillant et d'une manière agréable, elle obtenait qu'elle lui fit connaître sa peine; à l'instant elle se sentait soulagée. Personne ne s'adressait è cette vertueuse fille sans en recevoir des consolations, aussi bien ses sœurs auraient souhaité, si la chose eût été permise, d'avoir souvent des besoins spirituels et des blessures dans l'âme pour avoir le plaisir d'être guéries p»r une main si charitable. Jeanne devinait quand quelqu'une de ses compagnes avait quel<|ue peine; alors elle la prenait en particulier et lui disait : Venez ici auprès de moi; asseyez-vous là; qu'est-ce çti'ti y a? que du le bon Jésus à voire dme? en est-il le maître? découvrez-moi votre pauvre coeur, car je ne saurais le voir triste. Quand il est dans le trouble^ venez me voir sans différer^ quand ce serait minuit. Dieu avait favorisé cette digne supérieure du don de discernement; elle le ()Osséda, ainsi que la direction des âmes, dès sa première jeunesse.

Tout dans la conduite de Jeanne prouvait l'amour de la pauvreté qu'elle ne cessait de recommander h ses sœurs. Sa devise était : Misère^ douleur^ pauvreté. Son costume était aussi simple que possible, dès l'âge de ih ans; cependant elle aurait pu trouver du plaisir à se parer et l'aurait fait avec succès, car elle possédait beaucoup d'agréments natoreis. Elle était d'une taille élevée, avait le teint délicat, les traits de la figure réguliers, la démarche noble et distinguée ; mais persuadée de bonne heure de la vanité de ces frivoles avantages, elle ne chercha jamais à orner un corps qu'elle savait devoir être la )iâture des vers. Elle ne porta jamais que des vêtements usés; quand on voulait lui en donner de neufs, elle obligeait quelquesunes de ses sœurs ou des orphelines a les forter. La forme et la qualité de V étoffe, disait-elle un iour, nt sont que des accessoires, on fi*a des nabits que pour se couvrir; elle cherchait à inspirer les mêmes sentiments à ses filles. Tout dans la maison respirait la simplicité et la pauvreté. Il faut être pauvre, disait-elle, puisque Jésus a tant aimé la pauvreté. Elle estimait tellement cette vertu qu'elle disait sans cesse : Mes pauvres sœurs, pauvreté, mépris^ douleur, voilà les trois vertus que Jésus-Christ a pratiquées jusqu'à sa mort. Une âme si éclairée dans les voies de la perfection, connaissait trop bien la misère de l'homme pour s'élever elle-même, aussi était-elle aussi humble gue détachée des biens de la terre. Elle désirait être rassasiée d'opprobres à l'exemple de son divin IMattre. Jeanne cherchait aussi à en pénétrer ses filles. Elle disait souvent de vive voix et dans ses lettres : Il faut mourir à nous-mêmes ; il ne faut être rien, rien, rien dttia notre esprit, dans nos paroles, dans notre conduite.,. Pour Dieu seul, mes filles, pour Dieu seul. Une de ses filles, qui vécut

pendant dix ans dans sa compagnie,' a as* snré qu'elle ne lui a jamais entendu dire un mot à sa louange; qu'elle cachait soigneusement les grâces qu'elle recevait de Dieu, et qu'elle écoutait les choses qu'elle savait, comme si elle les eût apprises à l'instant même. Rien ne lui coûtait lorsqu'il se présentait quelque occasion de |s'humilier; elle choisissait dans sa maison les travaux les plus obscurs et les plus abjects. Enlever les immondices était ses occupations les plus ordinaires. Il n'y avait pas de services qu elle ne rendît aux orphelines; lors(]u'eire les avait chaussées, sa coutume était de leur baiser les pieds, les regardant comme les maîtresses et comme les princesses de la cour de Jésus-Christ. Quand elle était obligée d'aller chez M. de la Tour, gouverneur d'Arras,elle se tenait toujourséioignéedesâutres personnes, qui, comme elle, attendaient audience. Sa place était alors dans un coin ou derrière une porte. Mais M. de la Tour, qui avait su apprécier, ainsi que son épouse, ses belles qualités, allait au-devant d'elle aussitôt qu'elle l'apercevait. Madame la faisait asseoir auprès d'elle et témoignait à tout le monde la joie qu'elle éprouvait lo.'*squ'elle jouissait de sa conversation ; Dieu se plaisait ainsi à honorer sa servante à proportion qu'elle cherchait à s*humilier. Cette vertueuse tille voulut que la simplicité fût une des vertus fondamentales de la communauté de Sainte-Agnès, parce que la simplicité est la compagne inséparable de l'humiélit; tout son soin était d'en inspirer l'amour à ses filles. Tout pour Dieu, tout pour Dieu^ répétait-elle souvent à ses compagnes.

Jeanne, instruite des vérités de l'Evangile, ne se contenta pas de pratiquer et de commander la vertu de simplicité, elle savait que si Jésus-Christ a recommandé h ses^ disciples d'être simples comme des colombes, il leur dit aussi d'imiter la prudence du serpent. Elle ne perdit jamais de vue cette leçon du souverain Maître; mais ^ prudence fut toute chrétienne, et elle se garda bien d'écouter la chair et le sang; ainsi on ne la vit jamais dans cette inquiétude qui tourmente si souvent les prudents du siècle. Les affaires ne troublaient jamais la paix de son cG9ur et le calme de son esprit se peignait sur son visage.

Cette âme véritablement prudente fut toute sa vie soigneuse d'imiter les vierges sagesdont il est parlé dans l'Evangile et de conserver le feu de la divine charité. Elle avait le don de discernement des esprits, et ce don la guidait dans le choix des sujets qui se présentaient pour entrer dans sa communauté. Sa prudence se manifesta dans l'éducation qu'elle donna aux orphelines dont elle était chargée. Elle les accoutuma de bonne heure à l'amour du travail, k devenir laborieuses et è bien servir Dieu. Elle lui fit prendre toutes les précautions pour assurer l'affermissement et la conservation de la maison de Sainte-Agnès. Elle s'frt)pliqua en toutes choses à mener une vie commune; elle corrigeait tous les abus, réglait tous les devoirs

AGN

WCTIONNAIKE

d'-t ^(;s i:fjui\)'i'jiïi(i^ relûiivciuent à leur saoct.fi'j'jti^^i ; rie leur f/eriueitant rien d'extraor- (Uumri: (/ôr racpoit «'iux austérités, et tandis (jij*ell«î vn pr<jii(jiiail eile-ménjo de tres-ri- ^',\ni'ii-("-, elhr k'S exhortait à se inortilier j/.ij -. «j'f'^pril que d<^ corj^s.

Oiilfo h's j«'Ufies (*r(.'-<Mts [»ar l'K^ilisf^ on j«'(jij,'jil <'ij( (>n) (j.iii-j \ii rnai-(jn la veille de louh's les lêl«*s <i<* la N'km;^*; , de sairil(î A}.Mi("», î<-h; d<' la coinmuiiaulé, Ujs vendr(MJis l'I 'afi.»"]!-» «-oir i-n inéiiujire de la l^assion du J<''.ijs MiM^l <*t lii'^ dou!<Mjrs do Maric^; ni'Hs •Ml* ('MX' an «ju'on ohsjîrvAt lu silence, • ;ii lin NiailMt dr l/i vin spintuelh; appelle le I onsci vahur dr l'/nnour divin et le conipa- ^jion iiiNépaial»ir d(< la niortilication. Juanin; jwiilail peu, ne le faisait (pi'aveo modestie t'A ii'.civr; l'Ilr ('vilaildn loniîr wi ecnnnnjnauli'; i'i dr lane valoii les scîrviees (ju'un y M'iidail an proi li/nn.

(jlln lilln vnhHMjsn puisait l(îs ri^'K^'S d(; ha MHiduih* dan*) ^(Ui unnui iniinie avre iMrii cl dairi rouiiMiji i|Ui élait sa nouiriliiMi ]'/ii lu ulirid. A la pnèrc tdln jm^uaii la niiti lilli aliiMi. (hiohpin il'une taille Irès-élcv(^r, idlit iiiaiiunjiit si p(*ii i|u'on ne coniprenaii pa-1 (|n'nlle pOl Mihsisler. I)e> lierhes (Mi des l< ^iiiiHi l\ iiMUlii^ ruil^, un peu de naladn mu du lait IVoid l'aisanuit lotUn sa liMUtiliiiir, idln n'u^ail jamais di' viande ni tic litMillliiii, iiu>iiic pendant no pUisi^randcs maladies Sa Imm^nou n'tUail (pji* dt* Veau ou dit la hctild liicic. la pai\ et la pureté de •non Mmn Ml irlloiaient Mir son Msaj^»» (Uii

n'iui dcNciiail ipic plus ImmUi «oiuiik* la (idé- IiUmIu jciiiio haiiiel et dt* srs Miuipa^^uons a la lui dn Dieu les rendit plus lieaux et plus viKouieuv ipi(^ les autres (Mitants, (lui, , .INI «pi'eux, êlauMit eUues dans le palais iiii lui i\{\ llaltN Inné.

(!ctte adiuiiaMe lllle lut iiiliiuu^ peuuaiit plusieurs aiiiUMvs, ri eepondant (luelnuc* ^jaiules Min« l'us>rnl st^s intiriuites, tdie lia vaillait iilus (pir los personnes (pu jouis •wiieiil (ruiie t»\eidlente sauté, ijuand elli» avait lali^;ué extraordiiiaueiuenl, el »|u\>n t'insail «piVlit^ prenait «pud^pie répits, on la tmuNait al>sj»rhéo en Dieu dans la piiéie. Dés rA|;o de l'ia 1.1 ans, elle luupUMa nlusieui's lieiues {\[\ jour et de la nuit a la eiuiliMiiplation ; allu d\\ vatpuu' [dus lon^temps, ollr \\{) diMiuail presipu» pas et hu's ipu' le siMumeil la pu^sNail, elle \ résistait eu diMiicuiant les ^eiumv nus sur li* pavé v{ eu Si» sorvant d'aïUies pieusivs mdustrii's piMii lit Naiiii re ; tdl(« voulait «pio ti)us li\s «uiln*licir. (U^ si<> siruis tussnii do Dieu ou au mollis «1rs i liosi'> nOi'es.saires piuir se l»i(Ui tiimluire ilaiis liMUs emplois, ('elle .sa,-\i' Mipi^i li'Ui e iléli'ndail evpi i*s>»^ineul au\ poitieie-. el à eidU^s ipn OlauMil idtligoes iia\(Ui d« s lidalioiiH aNi'i' les per>i>nnes ilu il el loi s, iii' laui' auiuu lappiH t île t e «pTelles avaient entendu, et \p'anvl «pieLpTun par Uiej;arile ilmuiail «pieKpie nouvelle. Jeanm» î"^ii imposait auNsiuM siU'iu'i\ i^i lut ilisanl : Lai. >if ;-/>>• ^^\ /(-^ /m.".}//!-!!' \ de* rue: Inisscz

L'.»:- pj\llc ahvudaît qiud.pTune v^o >o^ til-

les : Etii'i.uz * i-. „. -■ • .. 1'^ ..'.r^' *c^uf,

leur diï8.i-*r b i^- ' I^'if -.-i muet dan$ votrt coru"' .^' i t - -. : .?. Cfiif*dtux'f — -4yffit.- 'i •'.••. L. : ♦•.;im»ûV

notre C'y UT, ^.'.i — • t — •- i. ,r:--.a:^f Camour d tf. f^i '-». z- nr • t :• '- a'T m confiancf: d .-f*. ' :> u •• ; nr • •»- " ^.s ut^t le resfjf'ri dur. m • :->'ir - •' ' a**, ic. crainte d vu r'' r w j'-'i.' .wj ^ .

Non çoM'.r.-c . : l .l.-^' . i ^l u:.H:;Lt la né':ç>^îi'; -- ."i ' 'î. .•• i.: : r -: • t:-f •- ^:nait )a ,'.rût ; .^ i i : ,* . i --- .--.'? -; i*L\ uiilarit>. L'i P = — . : t . -• Li— ^ - t^.c : .t sujet qu'e j^ ' ' - --t - t : •- r"-: - <t nj'ilhoj*- •L'j : - :. -.--.' .1 * ..-.'•:::♦,

(jUe l<-'Ul< ï ' <r -^ 'r^.t'i -:. t- <f' «::>

en élaicnt t:"^ :- Z .. t--'- . -. :: a. t^:t'

dan^ la \i*: ? .' ..- *: * fT-r u.» f frdures, a p*^'t t-' . *t .-r - ^^ jciitenif)'» ; ^i Q 'fj * '. :.' -/:;.» . t. i ; ;♦ •n; c/r fruits sur (.t^i '^^\''* '. j^' :'. ^' ft. rr-.-^iû'^o-

f/aapparf^fitf.t , y-' *.-..,* f* r^: .f^?.i;-û-:->/ />our iùtruKtt r î'..T::-t *• -e* im::* véreux, e!l'- en ; TtL: - : -^ :-£>-u":i' jaûs sa main, le> .^^r '- : — * :. c': J.>fcr/i : Soyez, meH fiffun, r . . 1 rr ;-f ^3** f»f*/rf amour propre: i^ r /V.,*., *: ^ in l: u* .tt fruits de nos meiUeures acti:^r.$.

Le renoncemerii à '.vu.ef 5:-: ffriîlons oes sens élait si partait cr.'^z e - :-.'e. c ti:^::;»ar ne plus pouvoir sUj-forter .r> 5 .Xr:..5 ies plus ordinaires dont ei.»r s-'cir i îi-ï^ieLue ilepuis longtemps, et i:'e^l '.e j-i*:r e;'rjjva toujours pendant la v.tf ju: irf.c-ùasa mi>rt. Une vie si pure el si fc. ' :. ^c en 1» «niies iinivres devait être f Of^r»: mce ;.c.r ulc saintiMuoit.Dieu 1 ui accorda L'.-ii-fj^rur iDe>ti maille. Klle mourut à Douai, f\i e. ea\8ii loiule une maison de cliariié, le 27 juin 166i, a l'A^e di^ 03 ans. Sa mort fut si oouce uu a peine ptit-on s'a|)ereevoir qu'elle expirait. SiMi ei»r[>s fut transporté à Arras el innuQjô ilaus l'e^lise Saint-Ktienne près de ia:;iel SainiAndié, l'n monument en marbre fut olevé sm* sa tombe.

I.'al>ha\e do Saint-Vaast accorda toujours une prtUÔition particulière à lacoDûmunauté ilo Samic-.Vi;m'^s.l^llc lui donna une Djaison Ciuiti^uo i\ iVl établissement, afin que les orphelines fussent plus comraodéraeni logées. r.'est tMi reionnaissanee de ee bienfait q'Je les Ai;uOtiemu^s faisaient chaque année, le jour de .sainte A^nés, un hommage à l'abbé ilo Saml N aast. Ce prélat, son grand j r eur iUï un depulo ile leur [>art célébrait la Messe ce jiMir-L^ ilans leur chapelle; à roiferioir^ la Vuporienre el la maîtresse conduisaient i!iMi\ jiMiUi's iuphelines, ([ui après avoir réiiie ipichpies vers, oiVraient à l'ofticiant six aunes di^ dentelles.

la ciMnimuiauio ile Sainte- Agnès s'acquit unetelliM'Opulaiii>iU|ue les villes de Langres. ile PeiiMine. vie l>ijiuu voulurent se procurer un oialdissomenl ilo i'e genre.

V l'opoque vie la révolution la terapôtepu- Mhpie ipn nul i'u pi>ussicre tant de maisons te'i;.;icuses n anéantit f\is cniièremenl lûf^^û-

AGN

DES ORDRES REUGIEUX.

AG

dation de Jeanne Biscot Cette communanté, qai avait continué de prospérer en donnant les plus beaux exemples ae charité et en rendant les plus eminents services, fut conservée par la Convention nationale, parce qVelle servait pour l'éducation des enfants trouvés etatNindonnés. Lebon, devenu représentant du peuple dans cette ville, ayant exigé des religieuses le serment» pour qu'elles continuassent à rester dans leur maison, cellps-ci refusèrent de le prêter et furent contraintes de s'éloigner. Voici en quels termes la supérieure rend compte de cet événement.

€ Lebon est venu plusieurs fois chez nous pour nous engager, et même en quelquesorte nous forcer par de bel les promesses et de grandes récompenses. Nous lui avons toujours répondu avec une grande fermeté que nous resterions dans la communauté si Ton n'exigeait pas de nous le serment, mais que nous voulions sauver nos Ames è quelque prix que ce fAt. Voyant qu'il ne pouvait rien obtenir par promesses, il nous fit de grandes iDenaces, si nous nous obstinions à refuser ce qu'il demandait de nous, llien ne put ébranler notre fui, ni la perte des biens tem-

Eirels, ni la prison, ni la crainte de réchaud.

c Après six semaines de souffrances et d'oppressions (car les satellites de Lebon venaient chaque jour nous presser de chan-

5er d*opinion),on vint mettre le scellé partout ans la maison, excepté dans les chambres. On plaça un corps de garde dans l'école externe, et deux sergents de police stationnèrent au parloir.

a Enfin le 5 novembre 1792, il nous fallut sortir à dix heures du matin de la communauté; nous fûmes remplacées ce jour-là même par des femmes laïques qui mangèrent le pain et la soupe que nous avions cuits pour ce jour-là; on nous fit sortir isolément par prudence, et nous allâmes chez des parents ou des amis qui nous reçurent avec bonté.

« Mais le chagrin d'avoir perdu notre état et abandonné les pauvres enfants oue la divine Providence nous avait confiées, nous rendaient inconsolables, car nous savions en quelles mains ces tendres enfants étaient malheureusement tombées.

•Notre situation d'ailleurs, au milieu d'un monde aussi corrompu qu'il était alors, et aussi déchaîné cpntre notre sainte religion, contre ^s ministres et contre nous, ne faisait qu'augmenter nos peines. Une partie de la communauté quitta la France pour aller en Allemagne et en Belgique.

ic En 1800. M. Vatelet, nommé sous le consulat maire de la ville, ne tarda pas à remarquer que la maison de Sainte-Açnès ne pouvait être plus longtemps dirigée par des femmes sans foi ni loi ; elles en avaient compromis les intérêts même temporels; les enfants manquaient de tout. Ce respectable magistrat fut touché de tant de misères. Il usa de toute son influence auprès du conseil municij)iil et de Tautorité supérieure, pour ob-

tenir que cette maison nous fût rendue. L'entreprise était d'autant plus difiTicile que le temps était encore mauvais. Dieu lui vint en aide, et il obtint notre rentrée après sept ans et demi d'absence...

« Il nous fit appeler, nous le connaissions d'autant mieux qu'il était, ainsi que ces vertueux ancêtres, notre bienfaiteur avant la révolution. Il nous ouvrit la communauté le 18 mai 1800. On ne saurait exprimer la joie dont nous fûmes toutes transportées , en nous retrouvant dans la maison où nous avions prononcé nos vœux, et au milieu de nos pauvres enfants que nous n'avions abandonnées que pour conserver notre foi et ne ))as blesser nos consciences par le serment. }»

Napoléon ne tarda pas à autoriser le rétablisseroent d'une communauté qui avait rendu tant de services eten promettait de si grands encore. D'abord il lui accorda, le 19 septembre 1807, une autorisation provisoire, et le ii mai 1810 il en approuva définitivement les nouveaux statuts qui diffèrent des anciens sous plusieurs rapports; on y admet même jusqu'à des enfants de six ans. Elles sortent de la maison lorsqu'elles sont assez instruites pour suffire à leurs besoins ; on les garde même jusqu'à l'âge de 20 et 23 ans, quoique le règlement porte 18 ans. Au reste la nourriture y est excellente, l'administration de? hospices dont la communauté dépend, leur donne de bons lits et se charge du blanchissage du linge. En compensation les religieuses et les orphelines font tous les ouvrages de couture en draps et en linge, nonseulement pour la maison, mais encore pour celle des orphelins et des vieillards des deux sexes, au nombre de 170, ainsi que pour les enfants qu'on doit placer à la campagne. L'aministration cependant leur cède le tiers de ce €|u'elles gagnent, ce qui leur forme une

{)etite somme qu'elles emportent en quittant a maison.

Dans leurs indispositions elles sont soignées à Tinfirmerie ; mais si la maladie devient grave, on les conduit à l'hôpital. Les religieuses, au nombre de 16, tiennent comme avant la révolution, deux écoles, l'une pour les orphelinesi l'autre pour les externes; ces deux classes d'enfants n'ont aucun rapport entre elles. On leur donne un enseignement tout à fait distinct ; l'externat qui se bornait autrefois à la paroisse Saint-Etienne, s'étend aujourd'hui à toute la ville et se compose de 110 à 115 élèves. Les orphelins sont aussi confiés aux dames de Sainte-Agnès qui dirigent également plusieurs salles d'asile.

La chanté héroïque qui animait Jeanne Biscot vivait encore il y a peu d'années à Arras, dans Tune de ses arrière-parentes. Mlle Hazart, touchée du danger auquel sont exposées les orphelines qui sortent de la maison de Sainte-Agnès à TAge de 17 ans. fonda une maison où elle les plaça pour y demeurer jusqu'à celui de 25 ans.

IÇlle s'entendit pour cette œuvre avec M. Lallard de Lebusquière, doyen et prévôt du chapitre d' Arras. 11 mit à sa disposition u&

tl

Page 1