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On con,| rend aisément avec quelle ardeui celle vénérabie fondatrice, arrivée à la fir 08 ^^ longue carrière, soupirait après \i bienheureuse éternité. A I âge de 79 aiM elle é[*rou\a une maladie grave : la saoU lui fut rendue. Cependant elle se plaigoil agréablement à ses sœurs de ce que, pai leurs soins et leurs prières elles avaient prolongé la durée de son exil; maisajanl appris, le 31 décembre 1699, que la scror Saint-Charles ou Sainl-Ange était daogcreusèment malade, elleolTril à Dieu lesacnûct de sa vie pour conserver celle de sa sœor qui était à toute extrémité. A rinslant môi^c le bon Dieu Texauça, la malade se trouva mieux et fut hors ue danger, tandis que, le soir du môme jour, la sœur BoQrgeovs» auparavant pleine de santé, malgré son grand âge, lui atteinte d'une grosse fièvre, accompagnée de douleurs très-aiguës, 9"' ne lui laissèrent aucun relâche penJaci les douze jours qu'elle vécut encore. Aïo^ elle finit une si sainte vie par au acte de charité héroïque; elle rendit paisibleoieci
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DES OUVRES RfcLiClEUl.
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«on Ime àsoQ Créatour, le 12 janvier 1700» b aaarante-septîtâme année de son arrivée ) Tmemarie» de son âge la quatre-vingtième. Cle n*eui pas plutôt rendu le dernier sou* pir qae son visage, jusqu'alors eilraordioaireuieot altéré, par I excès des souffrances de celte dernière maladie, et par ses austérités habituelles, brilla tout )^ coup d'un k-êi qu'on prit avec raison pour une marque de la gloire dont son âme jouissait dans lecieL Le concours des fidèles fut extraordinaire h ses obsèques. Un ecclésiastique qui j assistait se faisait l'interprète de tous qoiod il disait : « Si les saints se canonioieit comme autrefois, on dirait demain la Messe de sainte Marguerite du Canada. » Son corps foi enseveli dans la chapelle de rEofant-Jésus de la paroisse, où un caveau était destiné aux soBiirs de ta Congrégation ; m cœur lot embaumé et déposé dans leur éapelle : des oraisons funèbres furent pro- Maries et on ne craignit pas de lui appliqoer ces paroles de saint Paul : Soyez mes UDttatrioeSy comme je l'ai été de Jésus- CkrisU De toutes les filles formées par la sœur loorgeoys, aucune ne l'imita plus parfaitefi»nt, et ne se remplit plus abondamment de MO esprit, que la soour Barbier, qui lui avait saccédé depuis quelques années dans ia plsce de supérieure. Dans une multitude d'occasions Dieu récompensa son étonnante çiéié, sa simplicité et sa grande confiance à ^'Enbot-Jésus, par des grâces extraordinai- ^set miraculeuses; elle se voua comme victime pour ia Congrégation : ce désir lui Iti embrasser, dès qu'elle fût élue snpé« neore, des mortifications effrayantes, dont ^e récit devrait passer pour incroyable, s'il ttiTsit été attesté par des témoins oculaires tbot à tait dignes de foi. Toutes ces épreuves la conduisirent h une sublime perfection. Atteinte d'un cancer au sein depuis UKz longtemps, elle fut à Québec, par obéisssQce, pour subir l'opération, l'année n^me de la mort de la sœur Bourgeoys ; elle eo reTint parfaitement guérie. Un peu plus <vd, de nouveaux symptômes semblaient la mtoacer; elle demanda sa çuérison à la Sainte Vierge, et promit de faire un pèleri- ^: le jour mième elle les vit dispa^ rtlire pour toujours, et elle vécut encore 99 ans.
Us sœurs missionuaires vouées h l'ins- Inictioo, en 1701, étaient au nombre de ^8^. Dans les buit missions, elles ensei- P^ient gratuitement les enfants, et vivaient ^^ travail de leurs mains.; il arrivait de là <iu«t dians les lieux pauvres où le travail manquait, elles étaient obligées de s*impo- ^ de durs et continuels sacrifices.
Sons la supériorité de la sœur le Hoine, M Congrégation fonda deux nouvelles malins kBoacherville et h la prairie de la Madeleine oit les sœurs rendirent les plus P«nds services.
ta communauté de Yillemarie se composait en l*roi de cinquante-quatre sœurs, dont qoarante-six professes; ce nombre fut di-
minué en 170S, à la suite d'une violente épidémie qui enleva aussi un grand nombre de sauvages.
La communauté de Villemarie ne pourvoyait pas seulement au personnel ne ses missions, mais elle s'imposait encore beaucoup de sacrifices pour aider les sœurs k suL^ sisteret pour ta construction des écoles; on a de la peine à comprendre comment, ne retirant rien de ces divers établissements, elle pouvait suffire à toutes ses charges, sur<tout après l'incendie qu'elle avait essuyée, et les efforts qu'elle avait été obligée de faire pour reconstruire la maison; et cependant, en 1691, elle avait déjà fourni S à 6,000 fr.
Jour le soutien des missions. Ce ne pouvait tre que par les bénédictions' que Dieu ré* [mandait sur le travail de leurs mains et par a miraculeuse protection de sa providence. La guerre ayant été déclarée entre la France et rAngleterre, la prise de ta Seine et de plusieurs autres bâtiments, oui étaient chargés d'objets de première nécessité pour le Canada, plongea le pays dans le deuil; Mgr de Saint-vallier et dix-huit ecclésiasti-
Îues furent faits prisonniers et détenus en ngleterre jusqu'à la conclusion de la paix. Dans cette calamité publique, pour subvenir à leurs pressants besoins, et pour former leurs élèves à pourvoir aux leurs, les sœurs établirent des métiers dans leur maison et fabriquèrent de l'étamine noire pour leurs robes. Plusieurs imitèrent leur exemple, et en peu de temps il y eut à Villemarie vingtcinq métiers de toile ou d'étoffes et bientôt , les sœurs de la Congrégation fabriquèrent leur étamine avec tant de perfection quVlle ne laissait rien à désirer; c'est le. témoî* gnaçe que leur rendait l'intendant du Canada en écrivant au ministre de la uiarine. Le gouverneur général, comme l'intendant, ne manquaient jamais de faire l'éloge de celte communauté, et d'exalter les immenses services qu'elle rendait à la colonie, c'était le sujet constant de leurs rapports.
Après avoir gouverné dix ans, la sœur du Saint-Esprit, Marguerite le Moine, se démit de sa charge et fut remplacée par la sœur Catherine Charly, qui avait pris le nom de sœur du Saint-Sacrement, en vénération de la sœur Bourgeoys et en reconnaissance de ce qu'elle avait obtenu de Dieu son retour à la santé en sacrifiant sa propre vie. Elle était à peine placée à la tête de la Congrégation qu'une violente tempête s*éleva contre elle par la défense que fit Louis Xi Va cette Congrégation de faire des vœux, parce qu'on lui avait persuadé qu'ils nuiraient au but de leur vocation, il leur fallut lutter longtemps pour obtenir qu'il leur fût permis de continuer à se lier par des vœux à leur institut; il fallut attendre la mort du roi et le changement du ministre de Pontchartrain, qui, par prévention contre Mgr Alliez, avait provoqué cette mesure.
Kn 1711 les Anglais méditaient la conquête du Canada; ils firent un grand armement pour attaquer par terre et par mer Villemarie, qui n'était entourée que d*une
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simple palissade. Les Canadiens persuadés qtt*il n y avait de salul dans aucun secours humain , n*espérèrent que dans l'assistance divine. Les prêtres de Saint-Sulpice prêchèrent la pénitence au peuple; nn renouvellement entier s*opéra dans la ville; on vit se renouveler les prodiges de Ninive; on fit vœu de bâtir une chapelle en Tbonoeur de Moire -Dame de la Victoire. La personne chargée de porter la nourriture à Mlle le Ber rayant informée du danger qui les menaçait tous, la sainte, après s*6tre recueillie quelques instants, assura qu'on n'avait rien à craindre. La population avait la plus grande confiance en ses firières. Cependant i armée et la tlotle approchaient. M. de Longueil, gouverneur de la ville, surnommé le Machabée de Montréal» fut les attaquer avec une poignée de monde, ne comptant que sur la protection de Marie; il s^avança à leur rencontre armé d*un étendard, sur lequel fut peint Timafte de la sainte Vierge, et au* tour de laquelle Mlle le Bcr avait tracé la prière suivante : « Nos ennemis mettent toute leur confiance dans leurs armes; mais nous mettons la nôtre dans le nom de la Reine des anges, que nous invor]uoAS. Elle est terrible comme une armée rangée en bataille. Sous sa protection nous espérons vaincre nos ennemis. » La confiance de ce vaillant capitaine ne fut pas trompée: pen^ dant la nuit du 2 au 3 septembre, dans une demi heure, sept des plus gros vaisseaux se brisèrent sur les rochers avec une violence épouvantable, la foudre tomba sur un des vaisseaux, le fit sauter et le réduisit en tnor* cenux; ou trouva sur le rivage trois mille cadavres parmi lesquels on reconnut deux compagnies eAtières des gardes de la reine d'Angleterre. L'amiral anglais retourfiA droit è Londres, et n*osant se présenter devant la reine, quand il fut dans \k Tamise, tout près du port, il fit sauter son navire, où il périt avec tout son équipage; Tarmée de terre, apprenant la défaite de la flotte, rebroussa chemin. Le vent et les flots poussèrent sur le rivage une grande quantité de dépouilles qui enrichirent le pavs. Aussi l'auteur de la Vie de Mlle le Ber n a pas craint de comparer cette défaite è celle des ^yotiens dans la mer Rouge, et de dire que la mère do Dieu obtint en faveur des Canadiens le plus grand miracle qui fût arrivé depuis le temps de Moïse.
^ Villemarie exécuta son vœu en faisant bA* tir une chapelle en l'honneur de la sainte Vierge sous le titre de N.-D. des Victoires, ce qui augmenta la dévotion envers cette puissante protectrice, fit prendre une nouvelle forme à la Congrégation externe, et fut une source perpétuelle de bénédictions pour la ville. Pour donner un nouvel élan au zèle et k la ferveur de ces pieuses congréganistes, le Souverain Pontife, Benott XIII, daigna leur accorder un grand nombre do faveurs spirituelles.
Non contente d'offrir à Dieu pour les sœurs de la Congrégation, ses austérités, ses prières, sa vie angélique, Mlle le Ber, pour
attirer de plus en plus les griees de Noire» Seigneur sur cette maison, y établit raoih ration perpétuelle du très-saint Sacrement pour toutes les heures do jour, eo sorto qu'en tout temps il y eut une sorar en ad<K ration devant le saint Sacrement au Dom de toute la communauté. Elle assigna pour celle fondation une somme de 3,000 fr. après la mort de son père, elle se dépouilla de tout en faveur des soours de la Congrégation, ce
3ui lear permit d'exécuter les reeooDmaB* ations que la sœur Boorgeojs leur aTail faites avant de mourir, d'augmenter les bâtiments de leur maisott pour augmenter le bien qu'elles faisaient par l'éducation des filtes. Des prodiges eurent lieu dans cette construction de l'église qu'on consarra ï Notre-Dame des Anges. Elle disposa ensuite de tout ce qui lui restait pour fonder des places gratuites dans le pensionnat qu'on venait de bâtir. Elle mourut en odeur de sainteté le 3 octobre illii Elle avaU été re> cluse pendant quinze ans dans la maison de son père et vingt ans dans la rtlraite qn^elle avait choisie dans la maison de la Coogri* gation.
La Congrégation de Notre-Dame était oo« verte aux filles de loas les états et de toates les eondittons; toutes s'estimaient heureuses die se consacrer aux œuvres de zèle seos les auspices de Marie. Les fitmilles de Haut* mesnil, d'Ailleboust, de Langloiseriet de Lacorne , etc. , se tinrent honorées de voir leurs filles entrer dans cet institut. Ce qui attirait un si grand nombre de sujets c*é(ait le désir de participer à la grâce de ceue sainte communauté, qui se répandait au loin dans la colonie, comme un parfum des plus précieuses vertus avec Fesprit de la fondatrice, qui avait laissé à ses filles tei m* tus et son esprit qu eVies eonsorvent iiiiis précieusement que les plus riches sacces* sions.
Vers la fin de 1720, deux sceurs missioonaires allèrenC s'élablir aux bords do lae des deux montagnes avoc leurs élèves iro* quoises, burones et algonquines. Pendant plusieurs années elles furent logées dani des cabanes d'écorce. Les autres établissements de la Congrégation oontimiaicfit i édifier la colonie par Te zèle pur et désintéressé des scaurs : elles enduraient avK joie les privations; et une conduite si apostolique attirait de plus eo plus les bénéoctiens du bon Dieu sur leurs trataai* to vojrageur célèbre, le Père Charlevoii« QW les visita en 1721, fut si édifié et si tnfV^ des fruits que produisait partout cet ia^^^* tut, qu'il en fit un grand éloge dans son journal historique et dans son histoire de la Nouvelle France. Cette mftme année Pi^ préserva miraculeusement rétabiisseaentd^t Villemarie d'un affreux incendie, qai «^"* suma presque la moitié de la ville, les s«or< s*adressèrent au cœur îDimaculé de Han^ dont elles célébraient la fête depuis qud* ques années, et comme si IMeo avait vool° autoriser cette dévotion nouvelle par n" signe visible de sa protection, le veut cban-
NOT
DES ORDRES RELICIEUI.
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isea lout è coup, et les flammes prireiU one lutre direction, filles reodireot pendant une aonée entière des actions de srâce d'une pareille proteotionp et en déposèrent le récit dans leurs arcbives* afin dé conserfer U mémoire d'une assistance si providentielle. Après que la sœur Lemoine eut i^befé ks six ans de sa supériorité» la saur Mirgoerite Trot lier lui suceéda.
Lorsque la paix fut conclue entre la France cl TAngielerre, en 1713, les sœurs de la Congré^tion formèrent une mission h Louis* UKirg, cbef-lîeu d'une nouvelle colonie t Diis Ugr de Saioi-Valiier ajant envoyé une MNf contre le gré de la cooMnunauté qui M la jugeait pais propre è cette fondation» lUe resta, dans un état de grande souffrance jKsqa'è ce qne» en 1729, après la mort de soQseigneur, la s<Bur de la Conception fut ftp{ielée au Canada et qu^elle fui remplacée (HT des soMirs capables de diriger cette uison, mais «Iles eurent à souffrir longletops des dettes énormes qu'elle leur avait abées.
Eo 1725, la congrégation des missions (LnDgères étant sur le point de se dissou- Jre, per délaut de sujets, M. le Pelletier coQseatit à céder quelques-uns de ses meiU •fors prêtres pour soutenir cette société ; U. Dosquet, qui avait dirigé pendant longtemps et avec la satisfaction générale la com- Buuuté de ViUemarie, fut un de ceux qui hreot désignés ; mais quelques années ^ris il fut nommé lui-même coadjuteuf de i'étèqoD de Québec. 11 donna des jnarques f«rticulières de sa sollicitude envers iei >«ir$de la Congrégation; il les visita en lao et 1731 , et leur laissa un témoignage P«rpémel de son zèle pour leur avancement «ittu ia ()erfectioB, en leur donnant sous la farme d'un mandement, les plus salutaires iTis. Les KBors possédaient alors plus de viDgt élabiisseraeiits. En 1733, la sœur Marie ^uiitet.dite de Saiate*Barbe , succéda à la HMr limoine et occupa cette place jusqu^à ^ mort qui arriva huit ans après.
L'étabiissemeui de LMiisboarg, dont les ^nices étaient bien appréciés par H. de Forant, gouvernoar distingué par ses i^ioaes qualités» reçut, en t7M, une marque "!« sa générosité qui devait le consolider '^ cette colonie ; mais en 17tô, la guerre ^>ant encore éclaté entre la France et l'An- Sieierre, la ville fut assiégée par les colonies <^ capitula; ces nouveaux maîtres, après ^m tout pillé, mirent les soeurs de la Gon- ^tioaei. leurs élèves sur des navires, et ^ traosporièrent en Franee, où elles eurent ^Qcoap à souffrir, malgré les ordres réi- ^ de la eour pour leur envoyer des se* ^rs. La paix ayant été de nouveau con- 'iae par le traité d'Aix-la-Cbapelle, en '^f les sceors purent retoorner è l'Ile royale; mais elles trouvèrent leur maison jKimite ; malgré d'incessantes démarches , ^les ne pouvaient rien obtenir du gouver- B«nem, et peu de temps après, comme elles *nieiit cemmeneé de. la reconstruire, à ^ suite d*une deuxième révolution, elles
furent transportées de nouTcau en France en 1757.
On craignit pour le Canada les désastres que venait d'éprouver l,ouisbourg ; ses crain* tes ne furent que trop justifiées par Tévénement. Cette même année les Anglais minèrent Québec ; les sœurs, dont la maison fut incendiée par le feu de l'artillerie, avaient quitté la ville; plusieurs autres abandonnèrent leurs missions où elles n'étaient |«as en sûreté. Mgr de Pontbriand s'était retiré è Villet^arie, ainsi qu'un grand nombre de fugitifs. Il y mourut Tannée suivante, 1761. La crainte de la domination britannique plongeait tous les coours dans la plus amère douleur, nar la crainte surtout de voir s'éteindre la religion eathcJique. « Pleures, infortunée colonie, » lit-on dans l'oraison funèbre de Mgr Pontbriand, « pleurez, parce que le (visteur frappé, voni avez tout lieu de craindre de voir bientèt le troupeau dispersé, et d'être commodes brebis errantes, sans pasteur et sans guide, ex>g)séesè la fureur des loups. Pleurez, terre Gonde en fruits de çréce et de salut, pleurez, dans la crainte de voir bientôt le froment des élus ravagé par la fureur des méchants, ou étouffé par l'ivraie que l'homme ennemi y fera croître en abondance. Pleurex, vierges sages, consacrées è Dieu, i^eurez la perte de la vigne, qui donnait k vos âmes ce vin délicieui, qui entretenait la ferveur parpii vous et j faisait germer la ferveur et la pureté virginale. v> Enfin, comme on l'avait craint, la ville de Montréal fut investie (Uir les troupes anglaises et se vit contrainte de se rendre le 6 septembre 1760.
Cette révolution qui fit passer le Canada^ sous la domination de l'Angleterre, n'eut pas cependant pour la reûgton les suites qu'on redoutait; elle sembla n'avoir servi qu'à rendre les habitants plus attachés k leur foi. Les soeurs de la congrégation purent diriger leurs missions et en fonder de nouvelles.
En 175'4^, un furieux incendie avait consumé la maison de la congrégation et la cha* pelle de Bon-Secours, sans que les malheurs de la guerre eussent permis de les relever. En 1768, une semblable catastrophe consuma tout ce qui restait de bâtiments et de meubles, ainsi que la chapelle de Notre- Dame de la Victoire. Elle fut réduite au plus entier dén&ment qui leur avait été prédit par la sceor Sainte-Agathe qui était en odeur de sainteté. Cette perte les exposa è toutes sortes de privations et k des souffrances inouïes, et jamais le dévouement et le courage des membres ne parurent d*une manière plus éclatante.
La sœur Marie-Joseph Maugue avait succédé k la smur Piot de la Lanxloiserie; elle avait obtenu de Mgr Montgolfier, supérieiir du séminaire, que le corps de la vénérable Mère Boorgeoys fut transféré dans leur chapelle. Un prodige s'opéra pendant l'incendie qui avait eu lieu k la partie du mur où avait été placé le cœur de la sainte;
c'était du sang qui coulait le long de ce mur.
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MGTlONNAlRfi
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Prévenus d^an évéDemenl si extraordinaire, des ecclésiastiques vinrent recueillir des rendres teints de ce sang. On tes renferma dans une boite d'argent qu^on conserve encore aujourd'hui.
Par la générosité de M. le supérieur et d'un grand nombre de personnes pieuses, avec les secours des autres missions, qui li'élevèrent à environ 50,000 fr., les sœurs purent reconstruire leur maison et les cba* pelles sur un plus vaste plan. Jamais évé** nement ne prouva mieui l'intérêt qu'inspi* rait la Congrégation et la protection divine ffui ne lui Ot jamais défaut. L'année suivante, 1769, eHft pat même acquérir le reste de Tile Saint-Paul, qui n'a cessé jusqu'à ce jour de lui appartenir; et rétablir la maison de Québec, qui avait été démolie pendant le siège, et dont la mission était interrom-
fme depuis dix ans. Les amis de la maison, es prêtres de Saint-Su>pice donnèrent dans toutes les occasions des preuves d^une générosité sans exemple.
En 1772, on élut pour supérieure la sœur Véronique, dite Sainte-Rose, et on eut la sa* tisfaction peu de temps après de voir rétablir par Mgr Briant les rèi$Ies primitives auxqueUes les deux évéques précédents avaient cru devoir introduire auefgues changements an admettant surtout ae l'inégalité dans les 'Sœurs.
La Congrégation n'eut rien à souffrir de >a guerre de l'indépendance des Etats-Unis, qui eut lieu en 1775, si l'on excepte la mission de la Pointe-aux-Trembles, dont un Riur fut renversé par l'artillerie, mais la sœur Sainte-Hélène, qui avait lui avec ses élèves, k rapproche des ennemis, revint bientôt rétablir celte maison par les dons que firent les habitants, heureux de voir se rouvrir les classes qui assuraient à leurs enfants une éducation catholique.
La sœur Raizenne, ou de âainte-Ignace, fut élue treizième supérieure en 1778, et occupa cette place douze ans; elle forma deux nouveaux établissements, celui de Saint-Denis et de la Pointe-Claire. Une perte qui avait été justement sensible à toutes les 6(Bars, ce fut la mort de Mgr Favard, qui était chargé de leur conduite depuis quarante-quatre ans, pendant lesquels il avait travaillé avec tant de zèle à leur perfection. Il mourut en 1774. Depuis la conquête, le gouvernement anglais n'ayant pas voulu permettre aux prêtres européens d'aller fxercer le saint ministère au Canada, on était à la veille de voir la religion s'éteindre, à mesure que les anciens prêtres venaient h mourir. En 1787, Mgr Montgolfier se vit hors d'état do diriger la congrégation. De tpiarante ecclésiastiques de Saint-Sulpice i]u'on y avait vus avant la conquête, il n*en loslait nlus que deux, M. Brassier qui était naralyttque, et&L Poncier, chargé seul de rhêpital générai. A la sœur Raizenne sucl'éiia, en 1792, la sœur Louise Compain, dite Baint-Augiistin, qui dirigea la Congrégation pf ndant dix-sept ans, et sut allier dans un d( j^ré remarquable la fermeté à la douceur.
Sa maxime favorite était : 911e, tonqu'&nttt dans son devoir^ il faut faire el (aùier dire. En 179<^, ies sœurs de la Congrégatioo eurent la consolation de voir exaaeer lears vœux ardents; douse ecclésiastiques de Saint-Sulpice, exilés de leur patrie poor leur attachement k la religion, arritèrenik ViDemarie; l'un d'eux, M. Rouve, oui remplaça M. Marchand, chargé de la direction spirituelle de la communauté, fit rerirre pendant vingt*buitansles exemples de zèle« de piété et de sagesse qu'avaient oft^rts te»
{^lus saints directeurs der«tte commooauté. 1 lui fit même des dons considérables. Ce fut d'après son avis que les sœurs se déci* dèrent k enseigner dans leurs classes ledessein, la peinture et divers genres de broderie, puis la langue anglaise, qui n'étaieot point entrées jusqu'alors dans le plan de leur instruction ; ce fut pour empêcher les parents catholiques d'envoyer leurs eobots dans des pensions dirigées par des maltresses protestantes. Mais leur, objet priacipal fut toujours d'imprimer dans l'esprit et le cœur dfo la jeunesse la connaissance de la religion, l'amour de Dieu et la pratique de vertus propres à leur position société.
En 1809on fonda deux nouvelles missions, une dans la paroisse de la Rivière-Ouelle, l'autre dans celle de Saint-Hjacinthe de Ya* maska. Les sœurs de la CongrégatioQ cd commencèrent une autre en 1823 dans la
Eroisse de Sainte-Marie de la Nouvelleauce, une en ISâS, dans la paroisse do Berthier, une autre en Ifôft dans celle de Terre-Bonne. Ces divers établissements se formaient par les soins, le zèle et les sacnflces de MM. les curés qui gouvernaient ces paroisses.
La Congrégation contribua aussi k rétablissement des sœurs Trappisiines, de Tro* Cad le, dans la Nouvelle-Ecosse, pour Tinstruction des jeunes filles. La sœur Victoire Beaudrj, dite Sainte-Croix, après afoir exercé pendant six ans les fonctions de so-
Sérienre, fut remplacée en 1828 par la saur ime Catherine Huot, dite Sainte-Madeleioe: elle occupa cette charge jusqu'en 18M, où on élut pour lui succéder la sœur Fraoçooe Huot, dite deSainte-Gertrudo, qui fut remplacée en iSM parla sœur Sainte-Madeleine; celle-ci par la sœur Marie-Louise PorvaJ* dite de Sainte-Elisabeth.
La ville de Villemarie s*étendait déjà au loin; plusieurs faubourgs avaient été ofttis. MM. les prêtres de Saini-Sulpice sentirent le besoin d'y fonder des écoles spéciale» pour les jeunes personnes, dont elles pro* posèrent la direction aux sœurs de la congrégation; elles acceptèrent axec empressement une uroposition si conforme à leur attrait et k leur institul, «t ouvrirent soc* çessivement un grand nombre de classes : trois au faubourg Saint-Laorent; six au lae* bourg de Québec; trois au faubourg Sa\ot- Antoine; trois autres au faubourg Sami- Joseph; deux aux Récolleis« Le séminaire à qui appartienneut ces diverses écoles, m charge de fpurnir les oieublcs» de les ctia-i*
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DES CADRES RELIGIEUX
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diso
fer^delesenirelenfr; de faire conduire eu ^oitare les sams missionnafres dans leurs ^.-oles respectives le matin et de les ramener le soir à ta communauté. Environ l^SOO enfants sont instruites et élevées gratuiteloeotdaos toutes ces écoles. En outre les sœurs de la Congrégation ont trois établissemeois dans leur propre maison : le pensloQûai, qoi se compose de six classes; la graaJe école qui a trois classes et la petite, qoi eo a deux.
Le noviciat de la Congrégation, devenu pins nombreux è mesure que la population du pavs augmentait, mit les sœurs en état d*ét;iblir plusieurs nouvelles missions. En t833, Al. Pasquin obtint deux sœurs mis- «ionoaires pour la paroisse de Saint-Eusiicbe, dont il était curé. Interrompue ensuite
I Toccasion d'un incendie^ elle fut reprise ),lus tard»
Mgr Bourget, qui occupe si dignement le AJége épiscopal de Villemarie, engagea ^cacement les sœurs de la Congrégation à iormer plusieurs autres établissements de Dissions, dans les endroits où ils paraissaient être le plus nécessaires, soit dans son propre diocèse, soit dans plusieurs autres diocèses voisin.s. KiDRston, dans le Haut- Caoada, érigé en év6ché, en 1826, était entore dé|H)urvu de tout établissement cathoiiqae. Une chapelle y servait de cathédrale,
II l'évéque, Mgr Alexandre Mac-Donell, avec KU secrétaire, qui était aussi curé du lieu, co(DfH>saient tout le clergé de Kingston. Hgr désira ardemment d'y attirer les sœurs it la Congrégation. Son successeur, Mgr (îaallin, s'adressa h Tévéque de Villemarie, fm entra avec zèle dans ses vues. Mais il ^'j avait aucune espèce de ressource ; néan- (boins, après avoir consulté Dieu par do ferreiites prières, les sœurs de la Congrégation entrèrent généreusement dans les vues <Ja |)rélat; deux sœurs missionnaires se r^odirent en 18^1 h Kingston, s'installèrent «^$ un lieu qui leur rappelait Tétable où la sœur Bourgeoys avait commencé ses écoles à Villemarie, et pour imiter plus parbiiement la sainte fondatrice, elles touIu* r«ot y ouvrir leurs classesi le jour de sainte Catherine, à pareil jour où elle avait commencé les siennes en 1657. Dans ce pauvre réduit elles eurent à souffrir tout ce qu'on P«ul imaginer de privations, de gêne, d'incommodités. Mais en 18V6 elles purent occuper la maison épiscopale que leur avait %»ée Ifgr Mac-Donell.
A cette époque, 18^2, Mgr Bourget adressa aoi s<Burs de la Congrégation un Mandeinent pour leur annoncer sa première visite pastorale. < Depuis que nous connaissons votre institut, » leur disait ce prélat, < nous l<ii atons porté le plus vif intérêt. L'œuvre sublime que tous a confiée la Providence, et que vous remplisses^ avec tant de zèle, ^ous est tellement chère, que nous ne cessons de bénir le Seigneur, de ce qu'il lui a P|ude choisir cette ville pour en être le *<«îeaQ. La régularité qui n'a cessé de régner dans TOtre communauté, prouve que
TOUS n*8vez pas. été infidèles à Dieu, qpi vous a* placées à Villemarie pour honorer son auguste Mère et imiter ses vertus. Les succès toujours croissants qu'obtiennent vos travaux montrent aussi que le Seigneur est avec vous, pour vous assister dans tos pénibles fonctions. Aussi faites-TOus noire gloire comme Ttin des plus beaux ornements de notre diocèse. »
L'année 1844 fut marquée f)ar rétablissement de la mission de Chflteauguay, qu'on dut au zèle de M. Bourassa» curé de cette paroisse, et par le rétablissement de. deux, autres missions qui avaient été interrompues depuis peu.
A Villemarie, la nécessité d'une maison pins spacieuse se faisait sentir depuis plusiciurs années. On démolit l'ancien bâtiment et on donna au nouvel édifice trois cents
[>ieds de longueur sur cinquanle-sept de argeur; elles en prirent possession. Tannée 1845. Cette xirconstance ayant coïncidé avec la retraite, il y eut la réunion la plus nombreuse qu'on eât jamais vue.
L'année suivante, 1846. M. Quiblier, s'étant démis de la charge de supérieur du séminaire et de celle de curé de la paroisse, leur écrivit, avant son départ pour la France, une lettre d'adieux, qui fut un beau témoi-
5 nage du zèle, de la piété et de la ferveur ont elles lui avaient constamment donné des marques. « Je vous remercie, » leur disait-il, « de l'édification si soutenue que vous avez donnée à la paroisse; de l'instruction si éminemment chrétienne qu'à ma demande vous avez gratuitement donnée à desmilliers dé ieunes filles ; de la part que vous avez prise a ma sollicitude pastorale, eu vous associant par vos prières ou par votre coopération à toutes les œuvres que j'avais à entreprendre ou à soutenir pour le salut du nombreux troupeau confié a vos soins... J*ai toujours admiré la simplicité et la docilité évangéliques avec lesquelles vous avez reçu mes conseils et mes avis. Vos vertus et votre zèle apostolique portaient la joie et l'édification dans mon Ame; l'accroissement de votre communauté, la confiance Srui l'entoure, ses progrès, ses succès, ont ait mon bonheur. »
Sous la supériorité de Mgr Bourget» évèr que de Villemarie, la Congrégation augmenta bientôt le nombre de ses missions. Celle de l'assomption, rivière de Sachigan, fut établie en 1847. La même année on en foiida deux autres : une à Sainte-Thérèse, une à Saint-Jean Dorcbester. L'année ^ivanlje on fonda un pareil établissement h la. baie de Saint-Paul, en 1849 à Sainte-Croix, en 1853 une autre è Sainte-Anne d'Yamacbicbe, au diocèse des Trois-Rivières. '
Les sœurs séculières de la CongçégaliOQ de Notre-Dame ne font que des vœux simples de chasteté, de pauvreté et. d'obéissance, et pratiquent tous les exercices do t'a vie religieuse, sous la protection de la reine des Apôtres,, leqr chef et leur modèle. Leur habit est. très-simple : la robe de serge noire descend jusqu'aux talons, et est toute fer-
DICTIO^iNAIftE
NOT
mée sur le devant. La ceiiiluro est do laine noire et fait deu-x tours : le tablier, d'une éiamine noire; le mouchoir du cou et la coiffure, de toile de Rouen; la coitTe d'élaîuine à voile. Elles portent une croii d'argent sur la poitrine.
La Congrégation offre une preuve irrécusable de l'action de la divine Pravidence dans les diverses sociétés au'il forme pour l'utilité et l'ornement de l'Eglise, par son établissement au milieu de tant d'obstacles qui auraient dû la ruiner^ et par sa durée constante, malgré les guerres et les persécutions. Son établissement et sa conservation sont une preuve manifeste et une démonstration irrécusable du dessein de Dieu dans l'établissement de la colonie de Villemarie.
A la fin de l'année 1853, on comptait cent quarante-neuf professes et quarante-huit novices ou postulantes, reparties entre la maison mère de Montréal, et vingt-cinq missions de ce nombre. Treize missions sont dans le diocèse de Montréal, huit dans le diocèse de Québec, deui dans le diocèse de Saint-Hyacinthe, une dans celui des Trois- Rivières et une à Kingston. Elles font l'éducation de près de six mille jeunes filles; sur ce nombre, mille cent sont pensionnaires, deux cents demi-pensionnaires; les autres sont externes ou quarts de pensionnaires. Environ mille cinq cents deccs intéressantes élèves suivent tous les cours d'une instruction fort étendue.
Le noviciat de cette congrégation de filles séculières et paroissiales a toujours été à Montréal, et l'œuvre de la sœur Bourgeoys, œuvre indigène au Canada, y réalise depuis deux siècles un bien infini. *
On compte aujourd'hui, septembre 185(>, quatre-vingt professes, soixante novices, deux cents pensionnaires ou demi-pensionnaires.
NOTRE-DAME ( Co^îgiiégation des Filles )
à Bordeaux,
Notice sur la vénérable Mère de Lestonac^ fondatrice de cet ordre.
Au xvi* siècle, l'hérésie de Luther et d<3 Calvin désolait la France et les provinces au delà de la Loire. Chaque jour les cloîtres se dépeuplaient par les soins que prenaient les hérétiques d'y glisser leur venin; la jeunesse no trouvait plus d'asile contre l'erreur; mais Dieu qui veille toujours sur son Eglise, suscita, contre ses dangers, une femme forte dans le sein même de l'hérésie, pour faire retieurir la solitude et donner un abri à rinnocenoe et à la vertu.
Cette âme choisie fut la vénérable Mère Jeanne de Lestonac. Elle naquit à Bordeaux en 1556. Son père, Richard de Lestonac, conseiller au parlement, était aussi remarquable par sa naissance quo par sa foi et sa piété. Sa mère, Jeanne d'Evquem de Montaigne, avait embrassé la nouvelle religion. Elle se montra aussi ardente pour le calvinisme que son mari était zélé pour la foi catholique. Ou peut juger par là de l'édu-
cation qu'elle tâcha de donner à sa Gli N'osant trop ouvertement lui inspirer s sentiments par la crainte de son époux, q s\ serait jfortoment opposé, elle cou Jeanne à une de ses tantes qui (trofess. secrètement l'hérésie. L'une et l'autre ei ployèrent tous les genres de séductioo \)0 corrompre la foi de cette jeune enlaot;m< tout fut inutile. Dieu, qui avait pris u entière possession de son c(Bur, lagarao du [)érii par une grâce spéciale : Jean conserva sa foi toujours pure et intacleJ fut par ces victoires qu'elle prélu<ia ii grandes conquêtes qu'elle devait faire i jour de plusieurs manières sur les euoeu] de l'Eglise.
Aux lumières d'une jgrâce prématurée, un grand fonds de raison et de sagesM Dieu ajouta un secours qui ne serrit f< peu à fortifier sa foi naissante. Son jeut frère François de Lestonac étudiait aaro lége des Jésuites de Bordeaux. Il sefaisa un devoir de charité de répéter h sa s<£i les instructions qu'il recevait de sesoMbrt sur les points controversés. Ces enseigne ments furent fort utiles à Jeanne, et lui sei virent à lui-môme d'essai iK)ur les (onction de lèle qu'il exerça plus tard aveclanid fruit dans la Compagnie de Jésus, où il en tra fort jeune. 11 réassit si bien auprès di sa sœur qu'elle se sentit assez de force et di courage pour essayer d*éclairer s^ fflèrc Mais son zèle ne servit qu'à loi attirer »oi inimitié^ au point d'étout$èr dans soBcmu les sentiments de la tendresse maternelle Que n'eut pas alors à soutirir cette héroïque enfant l Mais rien ne put jamais altérct dans son âme le respect et l'anoour qu'eile devait à sa mère. Elle lui fut tiMijours soumise en tout ce qui n'intéressait \^s sa nonscience, et complaisante h ses moindres vulontés sans jamais déplaire à san Dieu.
Sa fidélité au milieu de tant de pié{:e<. de [)ersécutions dans un âge si lendro, lu» mérita les faveurs de Dieu et ses comiuiinicalions les plus intimes. Dès l'Agodedojie ans, elle reçut un don d'Oraison qui lui in faire de rapides progrès dans la venu. U sainte Vierge, qui l'avait clioisie pour fonder un ordre qui lui serait consacré, loi iû^pirait déjà de grands aitrails pour l.i ^'* religieuse; mais l'hérésie qui avait pénfUi' dans les monaî^tères, ne lui permit ji^^u'e suivre ses désirs. Elle n'osa môme les m»niiesler à son père. Dieu ne lui donna ce> forts mouvements de retraite, qu'afui de h' rattacher plus étroitement par la praii<J''^ de toutes ïes vertus, et de la disj)0seraux grands desseins qu'il avait sur elle. H'»' donna môme des vues confuses de ce que»? serait un jour. L'exemple de Thérèse en Espagne, alluma les premières éiiflW^^'* de ce zèle qui devait un jour produire de si grands fruits. Le temps en était emure bien éloigné. Dieu TappelaU aupararanij un genre de vie tout opposé; et, mi^'^T^^ répugnances, elle céda aux volontés de><jD père, qui Tunit, à Tâge de llaïusàtoit'^»
ROT
DES ORDRES REUGIEUX.
NOT
marquis de Moniferrant, descendu des prenters barons de Gulenne.
La jeune marquise se comporta dans son itoarel état comme dans le premier* dont elfe ne retrancha que ce qui était absolument incomjiatible avec les engagements qu'elh Tmatt de contracter. Elle eut sept enfants» dont trois moururent fort jeunes. BDe perdit son époux après vingt-quatre iQsdooion : c'était, ce semble, le plus rude coup dont Dieu pût le frapper» et elle y fut très-sensible, mais sans se laisser abattre. Au contraire, Dieu aj^ant rompu ses liens, eift reprit sa première résolution de se consacrer au Seigneur, attendant toutefois, pour Taccomplir, que ses devoirs de mère 06 la retinssent plus au milieu du monde. Dieu prit soin de lui rendre sa liberté. Deux de ses filles se firent religieuses Annonciades. Elle envoya son QIs à Rome pour y achever ses études. Il ne resta près d'elle que la plus jeune de ses QMes.
La marquise ayant formé son plan de vie, devint le plus parfait modèle des veuves cbi'étiennes. Elle partagea son temps entre la prière et les bonnes œuvres. Elle s'interdit toute visite inutile , et jamais elle ne parut en public qu*avec l'extérieur le plus modeste. On voyait à Bordeaux une femme de la première qualité, chercher à voiler, soDs les dehors les plus simples, un air de grandeur qui se répandait malgré elle dans toute sa personne. Après six années passées ainsi, elle crut pouvoir suivre Tattrait qu'elle avait toujours nourri dans son cœur. Le célèbre couvent des Feuillantines de Toulouse jouissait d'une haute réputation du uioieté. Son âme généreuse crut que la vie austère et pénitente qu'on y pratiquait, était Tupique moyen de s'atlacner à la croix qu'elle avait toujours aimée avec prédilecnon. Elle forma donc le dessein dy entrer. Son fils était revenu de Rome, et pouvait dès lors se suffire à lui-même. Quand elle eut réglé toutes ses affaires, elle lui fit part de sa daermination, et lui confia sa jeune ^ur pour qu'il lui tint lieu de père. La tendresse que le marquis avait pour sa mère le porta à employer, pour la détourner de son dessein, toutes les raisons que la nature et sa douleur lui suggérèrent. L'attaque fut vive aussi de la paît de sa fille , qui n'apprit la résolution de la marquise que |>ar les cris des domestiques dont toute la Biaison retentissait après son départ. Sui<* rant les premiers mouvements de sa tendresse pour cette chère mère qui la fuyait» Hlesort tout en désordre, elle court vers le nvage sans être accompagnée de personne, et va se jeter à sos pieds, l'inondant de ses pleurs et la conj[urant par sa tendresse ma- Urnelle de ne point l'abandonner. Le courago de la marquise en est ébranlé, vile accorde à la nature un regard, une parole, uae lirme ; mais la grAce la rendant victorieuse de son propre cœur, elle ordonne le déparu
La même scàfie se renouvelle à Toulouse « la forte du monastère» vis-à-vis de son
fils qui l'y avait précédée. Les 0rirn^ les plus précis desa mère n'avaient pulerelenir ^ il rouvrit une plaie qui saignait eneore. Tout ce que l'esprit et la tendresse h pins ingénieuse peut imaginer fut rais en œuvre pour engager la marquise à abandonner son entreprise, liais sa présence et ses discours furent une nouvelle matière aux triomphes de celte femme forte; elle sacrifia, jusqu'avx portes de la maison de Dieu, ce qu elle avait de plus cher au monde. Elle entra dans le couvent des Feuillantines et y prit l'habit de Saint-Bernard, le 11 juin 1603.
Par son humilité, son exactitude, sa ferveur, elle servit de modèle aux novices et d'exemple à toute la communauté; mais ses forces, ne répondant pas à son courage, se trouvèrent épuisées au bout de six mois ; et elle se vit contrainte de quitter sa chère solitude.Dieu n'avait voulu la cacher quelque temps au monde que pour la produire dans la suite par les fondions du zèle, et la faire travailler à lui gagner des Ames. Mais il fallait, pour la renare propre h un si haut ministère , qu'elle jetAt des fondements solides de la vie spirituelle, qu'elle apprit à oublier le monde pour firendre l'esprit de Jésus-Christ par la pratique de toutes les vertus religieuses. La fervente novice ignorait tout cela; elle ne désirait que mourir sur la croix oik Dieu l'avait attachée. La déclaration du médecin et des supérieurs sur la nécessité de sa sortie la plongea dans la plus vive douleur. Elle obéit cependant, et no chercha de souUgemeut à sa peine que dans la prière. La consolation ne se fit pas attendre. Le Seigneur qui la conduisait lui manifesta plus clairement ses desseins. 11 lui fit voir un grand nombre d'âmes sur le penchant de l'abîme en grand danger d'y tomber si elles n'étaient promptement secourues. Il lui fit comprendre en mAme temps qu'il l'avait choisie pour leur tendre la main. L'idée d'un ordre de religieuses qui s'emploieraient à l'éducation des jeunes ^rsonnes, sous la protection et à rimitation de la sainte Vierge, lui fut imprimée dans l'esprit. Klle vit qu'elle réparerait dans cet ordre toutes les iivjures que les hérétiques ont faites à cette divine Mère, pieu fui représenta en même temps une image des grandeurs et des vertus ae cette reine des anges et des hommes.
Cette vision porta dans son cœnr la \mi^ la joie et un ardent désir d'exécuter la volonté de Dieu. Cette faveur céleste fut comme l'époque du grand ouvrage qui devait s'opérer par son moyen dans la Compagnie de Notre-Dame. Aussitêt qu'elle eut quittd l'habit des Feuillantines, elle fut parfaitement guérie et rétablie dans sa première vigueur. Elle revint à Bordeaux, emportant les regrets de toutes les religieuses que ses grandes vertus et ses brillantes (qualités avaient charmées. On avait une si haute idée de sa sagesse, que sa sortie ne diminua rien do I estime qu'on avait pour elle. Chacun s'empressait de venir lui rendre hommage, heureux de retrouver en elle une
NOT
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conOdente, un conseil, une amie, un modèle.
A peine eul-elle satisfait à tous les devoirs de bienséance, qu'elle songea de nouveau à se retirer du monde. Mais d'abord elle voulut lever un obstacle qui aurait pu relarder Texéculion de son projet et troubler ensuite son repos. Elle unit sa fille au baron d'Arpaillant, gentilhomme du Périgord. La marquise alla rétablir elle-même dans sa maison. Dieu avait ménagé ce voyage pour le salul et la sanctification de plusieurs ieunes personnes de qualité qu'elle arracha à rhérésie, et qui devinrent, plus lard, ses plus fidèles coopératrires dans Texécution des œuvres de Dieu. C'étaient les filles des seigneurs de Briançon et de Puyferrat.
Libre désormais de tout soin, la marquise put suivre son «tirait pour la solitude. Elle choisit sa terre de Lamothe, et y passa deux ans. C'est là que, dégagée de tout embarras, de toute sollicitude, elle forma le plan de la société qu'elle se prof)Osail de fonder |)Our venir au secours des jeunes personnes, toujours exposées au milieu du monde, et pourjiuivies alors par Tesprit de mensonge et d'erreur. Dans les étroites communications qu'elle eut avec Dieu, elle le conjurait de lui manifester ses divines volontés. Pour obtenir les lumières d'en haut, elle se livra tout entière à sa ferveur, en pratiquant les liantes vertus du cloître et s'adonnant h toutes les i)Onnes œuvres. Dieu ne tarda pas à Texaucer; et le môme esprit qui l'avait conduite dans la solitude l'en fil sortir, afin (ju'elle ponât plus loin le feu qui l'embra- ^ait, et qu'elle le communiquât à toutes les personnes qui devaient suivre ses exemples ou Ci»ncourir à >on dessein. La divine Providence lui avait ménagé plusieurs secours. Les Jésuites venaient d'être rétablis en France. Comme son projet avait beaucoup cJe ra|)port avec le [principal objet de leur in^^titul, elle revint à Bordeaux pour les consulter. Elle s'adressa à quelques Pères lie cette compagnie. Ils jugèrent bien qu'elle était prévenue de quelque grâce extraordinaire, mais ils ne donnèrent pas dans son sentiment touchant la fondation qu'elle projetait. Pondant ce tem[)s d'épreuves, elle redoublait ses prières et ses bonnes œuvres. Déjà [ilusieurs jeunes personnes, attirées j^ar l'éclat de ses vertus et les charmes de ses entretiens, s'aUa<:hèrent à elle , sans autre dessein que de seconder sa charité et de se former par ses conseils et ses exemples; mais la Providence avait d'autres vues, et les destinait à être les premières pierres vivantes do cet édilice spirituel qui devait bientôt s'élever à la gloire de Dieu.
Un jour, les ayant assemblées et se regardant comme leur mère, par le seul mouvenanl du Saint-Esprit, qui sait donner de l'dutorité aux grandes âmes qu'il anime, elle leur fit un discours plein de feu sur les vues que le Seigneur lui avait inspirées, et elle Ht passer dans leur cœur le zèle qui la pressait fortement de les accomplir. Mais, afin yu'il [)arût que ce ne sciait pas un ouvrai^e
de la sagesse et de l'industrie humaines, Dieu voulut faire concourir les prodiges i Texéculion de ce grand dessein. Il y a\ait alors au collège de Bordeaux deux Jésuites d'une grande vertu : les PP. de Bordes et Raymond. Tous les deux gémissaient depuis longtemps sur les maux que Thérésio causait à leur patrie, et ils faisaient d'instantes prières pour obtenir une femme forte qui fîl près des jeunes filles, ce que les Jésuites faisaient avec tant de succès daiis leurs collèges. Dieu exauça leurs vœux el les éclaira de ses divines lumières. Le même jour, fête de sainte Thècle, 23 septembre 1605, comme ils célébraient les saints mystères, ils conçurent l'idée d'un ordre 'de religieuses sur le modèle de la Compagnie de Jésus, dont elles imiteraient la fin et les pratiques de la manière qu'elles en seraient capables, et conformément à leur état. Mais ils ne connurent pas encore celle que Dieu avait choisie; et, quoiqu'elle ne fût [^i aussi éloignée d'eux qu'ils le pensaient, ils ne la rencontrèrent pas d'abord.
Après plusieurs essais inutiles, el continuant toujours de prier, ils entendirent parler de la marquise. On la leur dépeignit comme une femme d'un rare mérite, d'une vertu éminenle, d'une sagesse el d'oncoarage bien au-dessus de son sexe. Les PP. coin()rirenl que cette dame était sans doute celle que Dieu avait formée lui-môme pour celle entrej)rise, et cherchèrent loccasioa de lui parler. Ils prièrent le P. deLPSlODiic. (pji était dans le môme collège, de leur ménager une entrevue avec sa mère. L'ayaol obtenue, ils en insinuèrent bientôt le i'riocipal motif. Elle ne leur parut pas aussi surprise qu'ils s'y étaient attendus. La joie qu'elle senlait secrètement de voir les effeis de ses visions se réaliser, se répandait malgré elle sur son visage et dans ses discours, (juelles que fussent les précautions de sou humilité. Cef)endanl on ne conclut rien dans cette première >isile. Le délai ne fuijfls long, car Dieu qui condui^ait l'ouvrage, voulut bien s'expliquer par un second prodige sur le choix auijuel il fallait sedéiernnner. Peu de jours après, le P. de Bordes disant la messe à laquelle la pieuse veuTe assistait, saint Pierre lui apparut, et )ui monlra de la main droite la marquise, agenouillée à un bout du balustre. Elle, de>on rùté, se sentit comme investie d'une lumière céleste, et entendit une voix intérieure qui lui ordonnait d'acquiescer au choix donloa voulait l'honorer.
Dieu traita la fondatrice de laCompapie de Notre-Dame de la môme tûBuière qu'il avait traité le fondateur delà Conapagniede Jésus ; car le prince des apôtres s'est rendu visible è l'un et à l'autre, sans doute pour marquer la part qu'il l'renait en qualité de chef de l'Eglise au zèle avec lequel ils devaient la défendre el la soutenir. Cep^nd;int le P. de Bordes ignorait queM'ieae iMonlferrant eûi d'aussi fortes preuvesque lui de sa vocation, el un ordre exprès an la remplir. Il crut donc devoir agir icirnPi'r.
NOT
D£S OEDRES RELIGIEUX,
MOT
Il loi rradil aiie seconde visite dans laquelle 00 ceocittt qa'il fallail agir.
Quelle fut la joie de Mme de Montferrant lorsqu'elle ?it un chemin ouvert à son zèle 1 Quelle consolation elle éprouva surtout» de iroufer du secours dans une compagnie qo'elle voulait prendre pour modèle 1 Elle liiisa au P. de Bordes toute la conduite de IVotreprise aussi bien que de sa conscience, et elle le regarda comme un guide que le del lai avait donné pour le dessein de sa fondation. Us s*en Grent Tun et Taulre une libire commune. La marquise s'était associée plusieurs jeunes personnes de familles distio^ées, el d'une grande vertu» qnî partanaieoten tout ses vues el ses sentiments. Eues fe mirent également sous la conduite du P. de Bordes, qui leur fit faire les ezerrioes de saini Ignace. Elles étaient au nombre de dix. Tels furent les faibles commencéments de la Compagnie de Notre-Dame.
Il oe suffisait pas d'avoir rassemblé un cerlaio nombre cle sujets propres à s'emplover 10 ministère de Tapostolat» il fallait les former è la vertu avant de les instruire du dessein one Ton méditait. La fondatrice, qu*eUes référaient déjà et chérissaient comiM leur mère, les rassemblait très-souvent |K>Qr les unir étroitement ensemble, et leur doooer les instructions propres à leur avancement spirituel.
Après les exercices de la retraite, elle jugea qu'elle ne devait plus user de réserve. Us ayant réunies, elle leur développa Tes** prii du nouvel institut. Elle leur dit qu'il serait une imitation de la Compagnie de Jém; que, comme cette Compagnie avait le fils de Dieu pour chef, elles auraient sa Mère pour patroune et pour modèle; qu'elles feraient une profession particulière d'éleodre son culte, d'honorer ses grandeurs tt d*imiter ses vertus ; que les deux ordres saraient pour objet commun d*ètre tout è l>ieu et au prochain, et d'unir l'action à la ^ioiemplation ; que la différence qu'il y aurait entre eux, c'est que l'un exerçait son ùle sur les personnes de tout état, de tout
Cjs, de tout âge, au lieu que l'autre se rnerait à former les jeunes personnes par 1 instruction et par Texemple.
Taodis que la fondatrice préparait ainsi
ses Glles avec la sagesse que le Saint-Esprit
répandait en elle, le P. de Bordes les as-
s«mbltii «ouveut aussi dans le même but, et
i^Taillait, de concert avec la fondatrice, les
règles du nouvel institut, sur le modèle des
coosiiiutions de Saint-Ignace, dont ils pri-
rcm la fin, l'esprit et les pratiques autant
Moelles pouvaient convenir à des religieu-
^^* Les règles étant rédigées, la fondatrice
les présenta, le 7 mars 1606, au cardinal de
ourdis, alors archevêque derfk>rdeaux, pour
<iu 11 daignât les autoriser. Ce prélat qui la
^naissait déjà de réputation, la reçut avec
p>nté, approuva son dessein et lui promit de
ieisfûriserde tout son pouvoir auprès du
^P^i dont raulorisation était nécessaire
pour ériger sa congrégation en ordre reli-
Wui, Il en conféra avec son conseil qui ap*
prouva le nouvel institut. L*acte d'approbation fut signé le 25 mars t606.
Une affaire conduite sous les auspices de la sainte Vierge et pour sa notoire, et è la-
3uelle le jour de l'Annonciation avait servi *un heureux présage, ne pouvait manquer de réussir à Rome. Le député choisi par la fondatrice et approuvé par le cardinal, partit de Bordeaux, le k août 1606, chargé de lettres pour Sa sainleté et pour plusieurs cardinaux. Ayant trouvé de fortes protections dans les cardinaux Bellarmin et Baronios, il eut une audience favorable du Pape Paul Y, qui, après avoir entendu le rapport de la congréi^ation établie pour les affaires des réguliers, examina lui-même les règles et constitutions, y ajouta de son propre mouvement quelques points importants, les honora de ses louanges et confirma cet institut par un bref qui fut expédié le 7 avril 1607.
Pendant que l'afibire se traitait à Rome, la fondatrice redoubla ses jeûnes et ses prières pour son heureux succès. Le Seigneur dai-
5na exaucer sa fidèle servante, et lui en onna même l'assurance le jour de l'expédition du bref, par une vision eitraordinaire. Etant en oraison, elle se vit tout à coup environnée d'une grande lumière, au milieu de lacjuelle parut le disciple bieoaimé, qui lui fit entendre sensiblement sa voix, et lui dit que le bref venait d'être ao* cordé par le vicaire de Jésus-Christ. Cette faveur augmenta la dévotion que la vénérable fondatrice avait eue depuis son enfance pour ce grand saint. Elle le regarda dès ce moment comme le protecteur de son ordre, qui continue toujours de Thonorer d'une manière spéciale,
Le député partit de Rome après avoir reçu la bénédiction de Sa Sainteté qui lui dit : « Je mourrai content après avoir établi un ordre do religieuses dont la fin est le salut des âmes. »
11 ne s'agissait plus que de trouver un lo^ cal pour la nouvelle communauté. Le cardinal ayant fait don de la chapelle du Saint- Esprit, la fondatrice acheta quelques bâtiments voisins. Comme le bref de PaulV prescrivait l'agrégation du nouvel institut h l'un des quatre anciens ordres, le cardinal J*unit à celui de Saint-Bcnolt, le 9 janvier 1608.
Toutes les formalités étant remplies» il ne restait plus qu'à donner l'habit à la vertueuse londatrice et è ses filles. Le cardinal voulut y donner un grand éclat pour l'édification des fidèles et la confusion des hérétiques. Ce grand prélat les avait déjà humiliés le jour de son élévation à l'archiépiscopat par une proc<;si>ion générale où il porta le très-saint Sacrement avec une
I)ompe eitraordinaire, pour faire connaître e trAne de Jésus-Christ en lui soumettant le sien. Le même zèle qui le portait à honorer le Fils, Texcita à prendre les intérêts de la Mère par une action d'éclat. Un jour de grande solennité, il fit faire une lecture publique du bref d'institution de l'ordre de Notre-Dame. 11 en prit occasion de relever
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NOT
DK;TIONNAIftR
MOT
la gloire de la sainte Vierge ei le mérite de la virginité aveo une éloquence digne des saints PP. 11 termina par une magnifique exhortation sur Tamour de$ conseils évan- ^éliques, et sur Testime de la véritable religion qui ins{)ire et produit des vertus si héroïques. 11 indiqua enfin le lieu de la prise de voile, en invitant son peuple à y assister.
Ce digne pontife fit lui-mâme la cérémonie» le 1" mai 1608. La fondatrice reçut le voile noir et fut établie supérieure de cette première maison. Ce jour mémorable entre cous tes autres est célébré chaque année avec beaucoup de solennité dans toute la Compagnie de Notre-Dame. La mère de Lestonac était alors Agée deciuquaute-cinq ans; mais elle n*avait rien perdu de ses lorces pb^vsiques; la joie sensible uu*elle eut de se voir au terme de se-^ désirs 1 enflamma d'une sainte ardeur pour travailler à la gloire de l)iea et de sa sainte Mère.
Les œuvres de Die\i sont toujours traver<sies. L'ordre de la sainte Vierge devait aussi avoir ce cachet. Dès son commencement, il fut tout à coup assailli d'une furieuse tempête. Il devint un objet de censure dans toute la ville. Durant cet orage, la mère de Lestonac n'opposa que la prière. Son silence, sa douceur et sa sagesse lui attirèrent l'admiration de ses adversaires mêmes qui changèrent de langage. Celte bonne mère, persuadée que tout le bien d'une maison religieuse dépend de la régularité, commença par l'établir dans sa commnnaulé sous la direction des PP. de la compagnie de Jésus. Le Provincial de Guienne lui désigna en particulier son ancien directeur comme le plus propre k cet emploi. Sous une sage direction, la vie religieuse semblait renaître à Bordeaux dans la maison du Saint-Esprit. La plus grande ferveur y régnait. On y.commença dès lors è exercer le but de l'institut près d'un nombreuse jeunesse. La supérieure s'y employait elle-même, et était la |)remière h tout. La iéte de l'Immaculée Conception fut choisie pour une seconde cérémonie. Cinq novices reçurent le voile des mains du cardinal. La mère de Lestonac choisit ce jour pour consacrer son ordre à la très-sainte- vierge, et le mettre, pour toujours sous sa protection.
Benri IV avant accordé des lettres-(>aten^ tes à l'ordre de Notre-Dame, au mois de mars 1609, et le temps d'épreuves des pre<^ mières novices étant près d*expirer, la mère de Lestonac fit prier le cardinal de les admettre è la profession solennelle. Le prélat, qui déjà avait voulu confondre ce nouvel institut avec celui de Sainte-Ursule, revint à ce projet. Oubliant tout ce qu*il avait fait jusqu'alors pour cette communauté, il se contenta de répondre qu'il y penserait. Une réponse si sèche et si peu conforme aux manières gracieuses qu'il avait eues jusqu'alors, donna beaucoup à penser à la su^ périeure; mais elle n'entrevit encore qu'une partie du malheur qui la menaçaiti et elle
n'aurait jamais supposé que le proleeleur déclaré du nouvel institut s'arrikat à une idée qui en devait procurer la rurne. Le cardinal la laissa longtemps dans la plus cruelle perplexité. Il vint enfin, et la supérieure lui ayant renouvelé sa demande, il lui répondit qu'il n'y accéderait que quand elle et sos filles se seraient soumises h ce qu'il désirait. La mère de Lestooae lui répondit respectueusement qu'elles ne pouvaient changer d'état sans se montrer infidèles à Dieu, et oue le bref du Pape, las lettres du roi, l'agré^tion è l'ordre de Saint- Benott, ne leur laissaient plus la liberté du changement. Le cardinal s'offensa du discours de la mère de Lestonac et la quitta an lui disant que sà résolution était prisa» et qu'il ne changerait jamais.
Sentant toute l'amertume de sa sitaatian, celte bonne mère alla dé()oser ses peinas dans le sein de celui qui la sou mettait à une si rude épreuve. Dieu ne délaissa jamais ceux oui se confient en lui. 11 inspira à la mère qe Lestonac un courage proporlionoé à l'épreuve où elle était, et une foi qui lui fit espérer contre toute espéranee. Elle exhorta ses chères filles à mettre toute laor confiance en Dieu. Les ferventes noviaes n'avaient pas besoin d'être exhortées k la persévérance. Dieu avait tellement affermi leur cœur contre cet orage, qu'elles n'en furent point ébranlées. Elles promirent de ne jamais se séparer de leur mère. < Nous n'en serons pas moins k Dieu, disaiant-elies; nous ne ferons point de vœux, puisqu'on ne veut pas les recevoir, mais nous le^ garderons comme si nous les avions faits. » Plusieurs personnes puissantes s'intéressàreot pour elles; mais le eardinal demeura inflexible. Le ciel s'était réservé la gloire d*on changement qu'il pouvait seul opérer» ai qui effectivement lui coûta un miracle.
Monseigneur de Sourdis devait partir pour Rome. Mais au^^aravant, pour justifier sa conduite, il fit faire une seconde sommation à la mère de Lestonac. Cette nouvelle leotative n'ayant pas réussi, iLprit la parti de se mettre en route. Il se rendit à son chfttanu de Lormont et y fit quelque séjour. Un jour, pendant qu'il était en prières, une lumière extraordinaire l'éclairé tout à coup s«r Tirrégularité de Tunion projeléa entre les deux ordres. 11 envisage cette affaire sons un tont autre aspect : ce qu'il avait cru raisonnable ne lui parait plus qu'une illusion. Convaincu qu'il avait eu tort, et qu'il allait eon* tre la voionlé de Dieu, il n'hésite poiat ft se aoumettre,etiiditoommeSaul:«Saignaur,qiia voulez-vous que je fasse? > Au même instant son cceur est changé. 11 prend la résolniion de contenter au plus t6t calias qu'il a si vivement contrisiées. Une soumission si prompte est récompensée au momanl même.
La sainte Vierge lui apparaît environnée de gloire; et, sans lui adresser aucna reprodie sur le traitement qu'il avait finit aux filles de son ordre, elle se contente de les lai reeommander, et lui inspire pour elles les sentiments d'une affection toute particulière. En
rei
Nor
DES ORDRES RELIGIEUX
NOT
même temps olle loi siil an cou une riehe éiole. A rheure mêiM», il reloarne à Bordcâoc. Dès le Idodemaîn il se rend à la oom- Donaoté de Nolre^Dame, et demande llioe de Leslonac. Gelle*ci se préseotet ne Mchani si elle doit s'attrister ou se réjouir. Du plus loia qa*il l'aperçoit : « Ma mère, » lai dit-il aree un air plein de douceur et d*affabililé, « ie Tiens recevoir vos vœux et ceax de vos cbères sœurs. Dieu veut que je vous aeedrde cette grice» et il ne m'est plus possible de toos refuser. Préparez-vous à votre saeriBee. Je me rendrai demain dans lotre chapelle pour y dire la sainte Messe M attirer sur vous les bénédictions célestes, j»
Celte eéréoKHiie se Ot en effet le lendeouint jour de la fête de la Conception de la uinte Vierge, ea l'année 1610. Ainsi s'éta- Uii parmi tani de contradictions le saint ordre de la Compagnie de Notre-Dame. Les secours bonains n'y contribuèrent en rien. Dieu seul conduisit l'ouvrage, et de prodiges en prodiges le mena à sa Un.
Celte comaiananté fit des progrès rapides; OB grand norabre de sujets se présentèrent. Les lieux filles de Mme de I^estonac, qui «taieni depuis vingt ans dans le couvent des Annoociades, demandèrent leur translation dans le couvent de Notre-Dame et l'obtinreol. Ce fui une consolation bien sensible pour ta fondatrice et une grande joie pour iooies les religieuses, car il leur semblait qne ces deux nouvelles plantes ne changeajeut de sol et de culture, que pour faire virre plus longtemps les vertus et le nom de leur mère, et pour succéder k son rang et à ses emplois, particulièrement la ^lus jeane, que ses brillantes qualités faisaient considérer comme une seconde colonne de ii religion.
La réputation de cet ordre naissant se répaadtl Dieetôl au loin. L'opinion qu'on avail des éminentes qualités et de la sainte de la fondatrice contribua beaucoup à sa fécondité. Bile eut la consolation de voir pendant se vie pkis de trente maisons de son Mre. Bile en fonda nenf elle«méme, outre Bordeaux, à savoir : Béliers, Poitiers, le fojf Toulouse, Périgueux, Agen, Riom, Saintes et Pau.
Sa longue carrière fut un modèle parfait uâ toutes les vertus. Son cœur était embrasé du zèle de la gloire de Dieu et du satut des Imes* Elle ne se proposait dans toutes ^^ actions que l'honneur de la Majesté divine. Sa devise était : A la plus grande t'otre de Dieu.
Cbt esprit de zèle lui faisait désirer de pouToircoocourir à la conversion des infidèles, et elle se plaignait de la condition Jje son sexe qui rempèchait d*aller prêcher J Kvangile au delà des mers. On l'entendit ^n jour s'écrier : « Que ne m'est-il permis, ^îin Jésus, d'aller partout l'univers pour Persuader votre amourè tous leshommes !» **J« J suppléait en priant pour les prédi- ^jeqrs de TEvangile, et en communiquant * *^lsoa ordre cet esprit apostolique dont
elle était animée, et qui était se vertu dominante. Bile-même, en effet, en donnait des preuves admirables. Tout Bordeaux fui charmé de voir la veuve de son i^ouvemeur dans la pousaière des classes, faire des catéchismes à des petites filles pauvres. Les douceurs mêmes de l'oraison la faisaient souffrir si elles traversaient sesentrepriaes; et, comme saint Paul, elle comptaitau nombre de ses tribulations ses extases et ses ravisseaients, parce que Dieu même Tem* péchait de travailler |)onr Dieu. Soeventon l'a vue à son oratoire élever les bras <H>mme Moïse pour le salut du peuple. Quand on lui demandait la cause des soupirs qui lui échappaient cjuelquelbis : « Hélas I • répondait-elle, « si vous saviez, mes chères filles, combien une seule ême coûte à Dieu, vous seriez ravies de donner vos industriest vos talents, votre vie même pour ce divin em-
Eloi. D'autres fois elle disait : Ah l que le ien d'une ftme est d'un srand prix 1 J'en suis affamée. » Ce grand zèle était la source de cette force chrétienne qui la rendait intrépide au milieu des contradictions dont sa vie fut mêlée. Quand elle avait entrepris quelque chose i)our la gloire de Dieu, les difficultés qu'elle rencontrait dans Texécution ne la rebutaient jamais. L'histoire de ses fondations le montre à chaque page.
La vénérable Mère de Lestonao sut admirablement allier la vie cachée à la vie publijque. Elle a donné un exemple parfait de l'une et de Tauire. La foi la plus vive fut le fondement de sa vie intérieure. Cette yertu parlait si fortement à cette Ame privilégiée
Su'elle éclatait jusque sur son visage et ans tout son extérieur. Elle s'était fait une si grande habitude d'agir dans l'esprit de la foi, qu'elle re{;ardail toutes choses au travers de sa lumière. Elle voyait Dieu continuellement comme un flambeau qui l'dclairait et comme un témoin qui l'observait dans toutes ses actions. Celte foi éclata d'une manière héroïque dans sa parfaite conformité à la volonté de Dieu au milieudes événements les plus fâcheux. En apprenant la mort de son fils qui n'était encore qu'à la fleur de son fige, elle ne dit que ces paroles ; « Dieu me l!avait donné, Dieu me l'a ôié ; que son saint nom soit béni. » Elle vit avec une pareille tranquillité mourir presque toutes les personnes de sa famille, malgré les circonstances douloureuses dont quelques-unes de ces morts furent ac<»mpagnees. Une vertu moins parf.iite que la sienne eût succombé è de si cruelles épreuves. Elle était arrivée è cet état où rien ne vit plus en nous que Jésus-Christ et sa divine grAce.
Cependant le plus amer de tous les calices lui était encore réservé : la mort de sa mère, que rien ne put jamais détacher du calvinisme. Cette nouvellefot bien terrible pour une fille remplie des plus hauts sentiments de sa religion, et qui n'avait pu vaincre dans l'esprit de sa mère l'erreur qu'elle combattait si heureusement ailleurs.
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DKTfONNAIRB
NOT
liais son ciBur s'élevant a a-dessus des sentiments de la nature et n'écoutant que sa foi, elle adora par un humble silence la profondeur des jugements de Dieu. ISle n'était parvenue à ce grand at)andon d*elle« même et à cette héroïque résignation» que l>ar une mortification continuelle, car son naturel était vif et ardent.
Une vie si pleine de mérites et de yertus devait être récompensée. La Mdre de Lestonac avait achevé ce grand ouvrage pour lequel le Seigneur Tavait choisie. La fête de la Purification approchait. Depuis longtemps elle sollicitait la grâce de mourir ce jour-lè, et Dieu lui en avait donné de forts pressentiments.
Plus elle voyait le temps s*nvancer, pfus il lui était cher. EUe retrancha de ses occupations tout ce qui ne regardait pas directement le service de Dieu, ne voulant plus penser qu*à Celui qu'elle était è la veille de posséder. Comme un flambeau qui, sur le point de s'éteindre, brille d'un plus vif éclat, son esprit recevait un nouvel accroissement de Tardeur de sa charité à mesure que ses forces diminuaient. Le jour du Seigneur vint enfin ; mais il vint sans bruit et sans s'annoncer; il ne fut précédé par aucune maladie*
Le vingt-neuf janvier, la communauté commençait la retraite qui précède la rénovation de la Purification. La vénérable Mère qui depuis longtemps n'exerçait plus les fonctions du supériorat, réveilla toute sa ferveur pour s'aquitter dignement de ce
Eieux devoir. Le 30, au soir, elle remercia ^ieu de lui avoir donné la force de faire tous ses exercices. Ensuite elle pria la sœur qui la visitait chaque nuit, pour lui apporter quelque soulagement h cause de son grand âge, de la laisser reposer. Malgré celte défense, la sœur vint selon sa coutume ; mais elle la trouva sans mouvement et sans parole. Alors elle appelle les religieuses voisines. La supérieure accourt aussitôt et fait appeler le médecin qui déclare que la malade est ati/iquée d'une apoplexie. Elle donna par intervalles quelques signes de connaissance dont on profita pour lui conférer l'Extréme-Onction. Elle demeura dans cet état un jour et deux nuits, et fut assistée par le confesseur. ordinaire, et treize Pères delà Compagnie de Jésus qui se re^ levaient successivement. Après l'action de grâces, toutes les reli-
{(leuses se rendirent promptement auprès dé eur bien-aimée Mère. Le Père qui avait dit la Messe arriva le premier, et, montrant de la main à la mourante la communauté entière qui entrait dans sa chambre, lui dit : « Voici toutes vos chères filles qui viennent assister & votre dernier passage pour vous marquer leur attachement et leur reconnaissance» Elles vous prient, ma chère Mère, d'ajouter à tant a'autres grâces qu'elles ont reçues de vous, celle de votre dernière bénédiction. » Elles répondit par un signe des yeux qu'elle tourna affectueusement vers ses chères filles, qu'elle regardait les
unes après les autees à mesura qu'elles entraient, suspendant ainsi son dernier sûupir jusqu'à ce qu'elles fussent toutes assembliées. Après quoi el!e rendit doo* cément son esprit a son Créateur dans la pratique de l'obéissance et dans l'amour de ses chères Pilles, le jeudi 3 février 16M, âgée de.quatre-vingl*qu8tre ans. Ainsi mourut, pleine de joors et de mérites, et trente-deux ans après la fondation de son ordre, la vénérable Mère Jeanne do Lectonac, fondatrice et première relieiense de la Compagnie de Notre-Dame, illustre par ses émmentes vertus, par un xèle ardentet infatigable de la gloire de|Dieu, favorisée de plusieurs dons célestes, exacte observatrice des règles dont elle porta la pratique jusqu'au dernier soupir. On laissa cinq jours son corps exposé dans une cha-
Eelle ardente pour satisfaire la dévotion pulique. Il exhalait une odeur très-agréable qui se faisait sentir au loin et parfumait tout le lieu où il était exposé. La cérémonie de ses funérailles eut plus l'air d'un triomphe que d'une pompe funèbre. La Messe lut chantée en musique et le P. Champeîls prononça son oraison fiinèbre.,On fut obligé de distribuer comme reliques tout ce qui avait appartenu k cette vénérable Mère. Le bruit des miracles qui s'opérèrent en divers lieux par son Intercession ne contribua pas peu à augmenter sa réputation de sainteté, que le temps n'a point affaiblie, surtout à Bordeaux.
Le Ciel a daignéhonorersa servanted*one faveur qui n'a été accordée qu'à un petit nombre de saints : c'est celle de Tincorruptibilitédesoncorps. Il s'est conservé jusqu'à la révolution de 93.
En 1680, quarante ans après son iobomation, ce bienheureux corps fut trouvé tel qu'il était au moment de la sépulture. Chaque année, le 1" mai, on cbangeaii aon vestiaire pour satisfaire à la piété dea communautés de l'ordre et à celle dea fidèles qui réclamaient ces précieuses dépouillas^ lesquelles ont souvent produit dea gaérisons surprenantes.
Au moment de la tourmente révolutionnaire, les religieuses de Notre-Dame, avant que la force armée ne les arrachât d« leur saint asile, voulurent soustraire leur vénérable Mère à la persécution. Elles la déposèrent chez M. de Galethau, son parent ; mais celui-ci fut mis en arrestatior. Les sentinelles s'aperçurent qn*ane caisse était cachée chez lui, avec ce titre : D^pôt des religieuêûê de Notre- Dame^rue du Hd. Ils dénoncent cette découverte h la Comrounr, qui fait transporter la caisse sous bonne escortée la mairie. Cette grande aflhire cm renvoyée par Isabeau, représentant du peuple, au comité de surveillance. Ils soDtemnarrassés de leur prise sacrilège, et dans le long espace de leurs délibérations, ils U laissent, sans s'en douter, è la Téoération publique. On accourt de toutes parts à ce cri : « Allons voir la sainte ; » chacun
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DES ORDRES RBUGIEUX
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veot des reliques. A peine lui laisse^-t-oa de qaoi la eoof rir.
Pour arrêter ee mouvemeot qui fat qualiié de liiDalismet on décida qu'on jetterait le squelette de la ei-devant religieuse dans une fosse que Ton 6t creuser dans le jardin de la Commone. Pour en faire perdre jusqu'au sooîeoir» on ordonna qu'uo cheval serait jeté ensemble dans la môme fosse; mais Dieu penuil que ce sacrilège ne fût point consommé, et le corps de sa servante fut tDierré séparément, et à plus de huit pieds do distance,
Vingt-buit ans s'étaient écoulés, lorsqu'on 1822, ses Filles, qui tenaieot de se réunir, lournèreot leurs regards vers le tombeau de leur mère, et obtinrent que Ton fit des fouilles pour rechercher le précieux corps. Les aolofiiés iacilitèrent les travaux qui durèrent dix jours. Pendant tout ce temps, une multitude innombrable assiège les travailleurs et veut avoir des reliques de la satiiie. Les soldats animés d'un pieux respect disaient qu'ils donneraient une portion de kor {iolde pour la découvrir. Celui qui avait été chargé de l'enfouir et qui, pour avoir ^rdifues, avait gardé son voile, donne des iodications. Bientôt le squelette du cheval annonce que le précieux dépôt n'est pas éioigoé. On le trouve enGn; mais tout fait craindre qu'à cause du laps de temps et de rhamidité du lieu, les restes de la servante de Dieu ne soient réduits en poudre. On continue avec précaution le travail, on aper« {Oit le corps enveloppé comme dans un drap de terre qui le dérobe encore aux yeux. Il se Iiit un religieux silence. Deux de ses Filles qui président les travaux tombent à Keooui. Un prAlre qui était accouru suit leor exemple. Toute fa foule parait émue et chacun implore la Mainte. Malgré les précaution^ prises pour retirer en entier le saint corps, il fut beaucoup endommagé.
Par ordonnance de Mgr Oaviau, arehevêqne de Bordeaux, une commission d'enquête procéda k la reconnaissance de l'identité des restes de la fondatrice.
Le procès«verbal de la commission d'enqntte terminé. Monseigneur, assisté de MM, Desèze et Barrés, vicaires généraux, se transporta k Tbôtel de la mairie, pour apposer son sceau sur la caisse qui contenait les ossements de la vénérable Mère.
Le 28 décembre 1832, jour indiqué pour la translation de sa respectable dépouille, loot le clergé de la ville, plusieurs membres des communautés non clottrées, auxquels M joignirent les autorités civiles et les personnes les plus distinguées de la ville, se rendirent à la maison commune, sur finvi* |stion de Mgr Tarcbevéque de Bordeaux; noU religieuses de Tordre de Notre-Dame *7 4rouvèrei*t aussi pour avoir l'honneur de porter le corps de leur vénérable fonda* Irice; une immense population y accourut paiement. Au moment du départ,M Je curé ûe Saint-Kloi (dans la paroisse duquel la Vénérable avait été trouvée) fit les cérémoi^ies religieuses d'usage. Le cortège se mit
en marche vers la métropole; le elergé pré» cédait, avant en tète les croix des douce pa** roisses ae la ville; les personnes invitées suivaient le cercueil , qui était entouré do huit religieuses, dont quatre le portaient aU ternativement, les autres portaient des cier*
Ses; quatre demoiselles de la famille de [me de Lestonac tenaient les glands.
Le Benedietus fut chanté dans toute la route. Lorsque le cortège arriva è la porte de l'église, le vénérable prélat, qui 1 y attendait, apercevant le cercueil, le bénit, leva les yeux au ciel, et sembla plutôt invoquer celle qui y était renfermée que prier Dieu pour elle. Il l'accompagna jusqu au milieu de l'église, où il fut placé sur un catafalque préparé à cet effet. Los prières d'usage étant terminées, on reprit la marche dans le même ordre, le digne prélat se joignit à son clergé juscju'à la nouvelle communauté. Le peuple avait toujours suivi dans le même recueil* lement, le silence n'étant interrompu que par ces mots : On porte une sainu.
Quand le cortège arriva à la porte du couvent où des gardes à cheval étaient placés pour écarter la foule qui voulait entrer, il fallut donner l'espoir au peuple qu'il cou* tenterait sa dévotion lorsque le clergé et les personnes invitées seraient sorties. L'entrée et le cloître étaient tapissés en blanc, avec le chiffre de Tordre (un Maria sur un fond bleu de ciel entouré de noir). Ces couleurs étaient le symbole de l'innocence et de la fidélité à la grftce, vertus qui furent toujours reconnues dans celle qui faisait le sujet de la solennité. Son précieux corps fut mis dans un lieu préparé au milieu de la chapelle, et Monseigneur fit les aspersions et les prières accoutumées. Le clergé s'étant retiré, fit place au peuple, impatient de faire toucher des chapelets, des croix, des médailles et autres objets précieux, tant le récit de sa vie donnait la confiance qu'elle jouissait de la gloire. Ce concours dura quatre ou cinq jours; il eût été d'une plus longue durée, si la régularité de la clôture l'eût permis.
Ses pieuses filles l'ont placée d'abord dans leur sacristie, où elles ont la consolation d'aller puiser dans le souvenir de sa sainte vie, et dans les grands exemples quelle leur a donnés, les vertus propres de leur état, en attendant le bonheur, dont elles conservent l'espérance, de la voir un jour honorée sur les saints autels.
En 1826, Monseigneur ordonna qu'on fit un double procès sur le non-culte et sur l'opinion de sainteté. Plus de quarante témoins furent enleudus. Ces deux questions restent prouvées et légalement constatées.
Mgr Daviau-Dobois de Sanzay, arcbevé* que de Bordeaux, par une lettre en date du 9 juillet 1826, conjure le Souverain Pontife Léon XII, d'exaucer ses désirs et ceux de son diocèse en offrant h la vénération de l'Eglise la servante de Dieu Jeanne de Les* tooac.
Le successeur de ce saint prélat, Mgr de Cheverus, s'unit à S. Km. le cardinal de Clermont- Tonnerre, archevêque de Toa^
NOT
DtCYtONl^iblIte
tottze ; Mgr de Qiiékn« archet Aqa« de Paris ; Mgr BrauTt, archevêque d'Alby; NN. S8. les éYéqued d*Aire« de Fréjos, d'Agen, de Fa^ fliiers, pour solliciter cette fàreur.
Leurs vœui reçurent an commencenient d^eiéctttion; la irès^éTéreode mère Jeanne de Lestonac. a été déclarée Yénérable le 6 septembre 18Sk
Plan de Finstitut.
La Compagnie de Notre-Dame est on eorps de religion approuvé du Saint-Siège et confirmé par dix Brefs qui ont beaucoup servi è sa gloire et à soii affermissement.
Cette société, approuvée par le Pape Paul V le 7 avril 1607, fut agrégée à Tordre de Saint- Benoit , le 29 janvier 1606, par le Cardinal de Sourdis qui en avait reçu commission de Sa Sainteté. Cet acte d aj^ré^atioo ne la sou* met pas a\ix Bénédictins, il ne la met pas non plus de leur ordre; mais il la rend par-» ticipantede leurs privilèges; et il fut néces-* saire à sa naissance pour mettre la nouvelle Société en droit de former un véritable corps de religion indépendant de tout autre ordre^ et soumis uniquement au Saint-Siège et à la juridiction des évéques.
Quoique les religieuses de Notre-Dame ne sortent d'aucune autre société, elles reconnaissent néanmoins la Compagnie de Jésus pour leur modèle. C'est cette illustre Compagnie qui a aidé Tordre de Notre-Dame de ses lumières et de son crédit, tant dans son origine que dans ses progrès.
Les religieuses de Noire-Dame suivent les constitutions de Saint-Ignace et s'efforcent de prendre l'esprit de ce saint Fondateur. Ainsi, leur institut est une imitationdu sien. Celui-ci combat sous les étendards du Fils, et l'autre sous les étendards de la Mère, tous les deux dans le dessein de procurer la plus (grande gloire de Dieu, en gardant les conseils évangéliques.
C'est celte ressemblance qui donna tant de joie au Pape Paul Y, qu'il se félicita de leu« fondation en disant au R. P. Aquaviva s «Général, je viens de vous donner des sœurs. •^Et qui donc, très-saint Père? » répondit le Général. — « De vertueuses filles qui veulent rendre à T£glise, dans les personnes ue leur sexe, les mêmes services que vous rendez à toute la cbrétienté. -— Nous ne méritons pas qu'on nous prenne pour modèles; mais puisqu'on veut bien nous imiter, nous tâcherons de soutenir cette qualité. »
Son nom est celui de Compagnie deNoir$- Dame ou FUles de Notre-Dame que le Pape leur a donné. Il est le seul qui porte proprement le nom ne la glorieuse Vierge Marie dans toute Tétenduo de ses grandeurs et de ses mvstères«et qui fasse une profession, par ticulière de l'imiter dans toutes ses vertus.
Réparer les maux de l'hérésie, rétablir et étendre le cuite de la Très-Sainte Vierge, tel l'ut le dessein général de cette fondation.
Sa fin particulière est non - seulement que las Religieuses de Noire -Dame travaillent, avec la grAco do Dieu, à leur salut et à leur perfection propre , mais encore s'emploient
de tontes leurs forces , afee la némo grâce , au salut et h la perfection du prochain. Poar atteindre ce double bot, il Cillaii allier la vie active avec la vie contemplative, et en former une troisième où Ton trouverait ioiaia ra« semble les exercices de Tune et de l'autre. C'est ce genre de vie, le pins parfait de tous, que Notre-Seigncur choisit pour liii-mémei qui forma le plan de Tordre de Notre-Dame,
Pour la vie contemplative : Toraisou mentale une heure et demie chaque jour, Texa-» meu général et le particulier, le petit Office de la Sainte Vierge, qu'elles récitent en cboBur, le Rosaire, la lecture spirituelle, la fréquentation des sacrements , Texerrice de la présence de Dieo, la pratique du silence et des vertus intérieures qui consacrent et élè* vent les actions ordinaires, les retraites annuelles et celles de trois jours avant les deux rénovations, et d'autres exercices de piété qui charment la solitude et la sanctifient.
A cette vie intérieure se joignent tous les exercices du zèle qui peuvent contrilHier au salut et à la perfection du prochain, et en particulier Tlnstruction de la jeunesse. Ces deux sortes de vie, jointes ensemble, eunsti* tuent Tordre de Notre-Dame. Quant à Pexté» rieur, la vie est commune et a'u point, par obligation, de mortifications ou austérités» si ce n'est le jeAne tous les samedis de Tannée et la veille des fIBtes de la très -sainte Vierge.
Son esprit consiste princîpalemeol dans Thumilite, Tabnégation el le renoueemeot aux choses du monde et à soi-mAme, une entière et parfaite obéissance, et un zèle ardent pour le salut des ftmes. Pour cifloenier la perfection de cette double vie , les vœux de religion sont le triple lien qui lui donne tout son mérite et toute set gloire.
Quelque oommerce qu'aient avec le prochain les religieuses de Notre-Dame, leur institut met des barrières qui les en séparent et qui les défendent contre les dangereuses attaques du siècle. La'ciéture fsituoe matière spéciale d*engagement dans la for* mule des vœux, comme un moyen de les mieux carder. Cependant, dans des cas extraordinaires, comme Tiadique la règle, Tévèque peut accorder des dispenses particulières dans les maisons qui sont sous su juridiction. Ce vœu n'exclut pas Tunion qui doit réxner dans tout Tordre de Noire-Dame, la Règle prévoit le cas où il serait nécessaire de se prêter un mutuel secours.
Le principal lien est Tamour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère; et, pour le.res* serrer de plus en plus, la déférence dut unes à Tégard des autres, l'uniformité de seotiments, les correspondances fréquentes entre les maisons, sont les moyens employés pour conserver et augmenter cet esprit de paix et d'union qui fait toute la force et la beauté de la Compagnie de Notre-Dame, laquelle, depuis deux siècles et demi , n'a point releoti son zèle à étendre la gloire de Jésus et de sa sainte Mère.
Ce corps se compose de novices, de sœurs* de Mères. Il y a aussi des Sœurs oompmgties
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DES ORDRES RELIGIEUX
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)u (oadjulrices pour les choses temporelles je b maison.
Us novices, après deux années d'épreures, peuvent être admises à la professiony et i^s dis ans de relision, elles passent au Jegré de Mère ; c'est alors que les fonctions les pitts importantes de la maison peuvent leur être confiées.
C'est parmi les Mères que Ton prend la («périeure, qui a aussi le nom de Mère première. Elle exerce les fonctions du supé* norat pendant trois ans. Au bout de ce temps, on procède à une autre élection, et les Mères, qui seules ont voix délibérât! ve, peaveal réélire la même supérieure. Quelque accomplie que soit une supérieure, elle oe p^ut (tas suffire au gouvernement. C'est \mr cela que la règle lui donne une assistante et des officières qui en partagent le poids, quoiqu'elle retienne toute l'autorité. Elle a trois conseillères et une admonitrice qai Vaident de leurs aWs » et qui ont voix dâfis les délit>éralîons secrètes et particulières. Rlles n'ODt droit que de proposer et dédire leur sentiment : le pouvoir de décider appartient à la supérieure.
La supérieure a toute la surintendance de hmaisoe; et,aBn qu'elle Texerce saiutement «i fidèlement» elle a ses règles particutières. Chaque oificière qui agit sous sa conduite, iiassi les siennes, et toutes les religieuses lai sont soumises par la cbarité et par Tol^issaoee.
L'éducation occupant une grande place daos la vie d'une religieuse de Notre-Dame, toates celles que la sainte obéissance y desuoe, doivent traTsiller à se rendre capables de ces nobles fonctions. Pour cela, après les deux années de noyiciat, le principal temps «ies^eanes professes est employé à l'étude, siQS pourtant négliger sa propre perfection. Oq l'a vn, le but de ce saint institut est de tnrailler au saint des âmes. Les religieuses (ites de Notre-Dame s'y dévouent entièreifieoL Leur zèle s'attacne d'abord aux enbotsde la classa aisée de la société qu'elles ^lèTent dans des pensionnats. Là, ces épouses de Jésus-Christ se dépensent continuellelaeQi pour former à la Yortu et à la piété les Jaunes plantes qui leur sont con&ées par • loottr maternel, sans négliger, pour en- ^ dans les vues de leur fondatrice, tout ^«ftti conûient à ufie fille bien née pour mou '««camion.
^is les enfants pauvres ont aussi des «(Des à sauTer. Les religieuses de celte comf^ie n'ont eu garde de les oublier ; toutes !^<^^ maisons ouvrent des classes spéciales t celle portion chérie du Sauveur, et partout 1^ écoles sont fréquentées par de nom- ^oses enfants qui viennent y puiser, sous" lesittspices de la très-sainte Vierge, l'amour '^<i devoir, la crainte de Dieu, la confiance 'î'ï Marie.
^fioi une autre œuvre a été embrassée PJfleur 2èle. Les jeunes Qlles adultes lan- ^^ dans le monde sans conseils , sans insiruciion religieuse, y couvent les plus grands ^*n^ers. Les religieuses de Notre-Dame ont (1) W ï la Sn du vol., n» 176.
DiaiON!!. DES OnURBS RBLIG. IV.
compris quelles devaient leur tendre une main secourable. Chaque dimam^lie, cette jeunesse ouvrière vient puiser à la maison de Notre-Dame les principes religieux, seule sauvegarde de sa vertu. Elle y reçoit aussi de salutaires conseils qui relèvent son courage trop souvent abattu par les difficultés de son Age et de sa position.
Telle est la noble carrière que parcourent les religieuses de Notre-Dame à la suite de leur glorieuse fondatrice. Inspirer h la Jeunesse une solide et tendre dévotion à Çauguste Marie, sera toujours le moyen sur lequel elles compteront le plus pour lui in* culquer l'amour du bon Dieu, sa crainte, l'accomplissement de tous les devoirs qu'impose le christianisme.
L'obéissance tient dans Tordre tous les membres de la compagnie do Notre-Dame, la charité les unit, le zèle les fait agir, la dévotion les nourrit, l'humilité les couserve en paix dans la place que leur assigne l>béissance et les applique uniquement à en remplir les obligations.
Voilà en peu de mots le caractère propre de l'institut de Notre-Dame. Toutes les maisons sont empreintes du même cachet, autant que la diversité du pays peut le permettre.
Cet ordre s'étendit avec rapidité. Il compte aujourd'hui trente-<loux maisons en France, onze en Espagne, trois eu Italie et cinq en Amérique.
A l'exemple de leur vénérable Mère fondatrice, les religieuses de Notre-Dam^ ont pris pour devise : Tout pour la pjtu grande gloire de Dieu et de la trii-sainte Yierget et pour le salut des àmesl
C'est la grande pensée qui anime et fait agir une Fille de Marie. (1)
NOTRE-DAME (CoNoaio atiom des Soburs}»
maiswn mire à Namur ( Belgique).
Mme Blin de Bourdon, d'une famille honorable de Picardie, naquit, le 7 mars 1756, à Gézaincourt. Elle fut élevée chez les Bernardines de Doullens et chez les Ursulines d'Amiens. Elle se livra de bonne heure aux exercices de piété et résolut de renoncer au monde. Elle demeurait chez la baronne de Frouquessoles, sa grand'mère. En 1794 elle fut en prison à Amiens avec sa famille, et n'en sortit qu'après la mort de Robespierre. Sa grand'mère mourut après la terreur.
Madeleine Blin de Bourdon resta au sein de sa famille à Amiens. Elle s'y lia avec une pieuse fille, Julie Billiard, et toutes deux jetèrent à Amiens, en 1797, les fondemenu de l'institut des sœurs de Notre-Dame, qui se consacrent à l'instruction des enfants et surtout des pauvres; elles ouvrirent plusieurs maisons en France, et firent en l807 un établissement à Numur. Mlle Blin de Bourdon, qui avait pris en religion le nom de Mère Joseph, vint diriger la nouvelle maison. Ses vertus et sa prudence lui concilièrent l'estime et l'amitié de M^r de la Garde, évèque de Namur. L'établissement
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prospéra» e^ en 1809, la maison d* Amiens se reunit à celle de Namur.
La Mère Julie Billiard,premièresupérieuro générale/ étant morte en 1816, la Mère Joseph fut appelée d'une Yoix unanime à lui succéder. La congrégation prit sous elle beaucoup d'accroissement. Sa prudence la sauva des dangers et des pièges auxquels elle fut exposée sous le gouvernement bollandais. Ses filles avaient en elle une confiance sans bornes. Malgré son Age, elle était Ja première à tous les exercices. Humble, détachée de tout, elle consacra sa fortune à soutenir son institut, et se félicitait peu avant sa mort de n'avoir plus rien en propre. Préparée à la mort par une telle vie, elle vit approcher sa dernière heure avec un çrand calme. Pendant sa maladie, elle donna l'exemple de toutes les vertus, bénit ses Filles» et mourut le 9 février 1838, au matin, ayant conservé jusqu'à la fin sa présence desprit.
Les Sœurs de Notre-Dame possèdent un très-grand nombre d'établissements. Le cbef- Heu est à Namur, où il y a ordinairement une soixantaine de professes et autant de novices. Leur pensionnat compte plus de centi§lèves. 11 y a de plus trois classes d'externes , comprenant environ cent cinquante élèves, et trois classes pour les enfants pauvres, qui sont au nombre de quatre cent cinquante. Les sœurs ont en outre, en yille, deux classes contenant près de deux cent cinquante enfants pauvres. Les sœurs dirigent une maison d'orphelines, où il y a une centaine d'enfants ; elles ont aussi une classe d'externes pour les enfants appartenant à des familles aisées. Deux d'entre elles ont la direction de l'hôpital Saint-Jacques; quatre autressœurs dirigent l'hospice d'Harscamp, où il ^ a de deux cent cinquante à deux cent soixante vieillards. Enfin la maisou mère tient encore des classes dominicales où plus de deux cents femmes ou filles, de tout flge, de toute condition, se réunissent chaque dimanche en diverses congrégations.
Il y a d'autres établissements de sœurs à Jumet, à Gand, à Thum, à Dinan, à Gembloux,à Liège, à Verviers, à Zèle, à Fleurus, à Andenne, à Saint-Hubert, à Bastogne, à Philippeville, à Hu^.
Jumot est le deuxième établissement des sœurs en Belgique ; elles sont au nombre de vingt-quatre; elles ont un pensionnat de soixante élèves, et quatre classes d*externes pour trois à quatre cents élèves, gratuites et non gratuites. Gand est l'établissement le plus considérable après Namur; il y a cinquante sœurs, un pensionnat de cent cin- Îuante élèves et quatre cents externes, hum a vingt-deux sœurs, un pensionnat d'une soixantaine d'élèves et quatre classes d'externes; Dinan a vingt-trois sœurs, un pensionnat aussi nombreux et quatre cents externes en quatre classes; Gembloux, vingt sœurs, soixante pensionnaires, et ouatre classes d'externes pour trois cents enfants ; Liège, vingt sœurs, quarante pensionnaires,
(I) Voy. k la Bn in vol.» n« 177.
cent soixante externes payantes et trois cenu pauvres. Les assemblées des sœurs le dimanche et le lundi comprennent de (rois cent cinquante à quatre cents iiersonnes de tout âge, de tout rang; à Verviers, vingt et une sœurs et trois maisons, un eitemat ' de soixante élèves et des classes grataiies de sept h huit cents ; à Zèle, seize sœurs, cinquante pensionnaires et plusieurs centaines d'externes; à Fleuras, douze sorors instruisent plus de trois cents enianis de toute condition ; h Andenne, onze «œors, un pensionnat et quatre classes d'externes; à Saint-Hubert et à Bastogne, Sbçt sœurs, un pensionnat et plusieurs centaines d'eiternes ; à Philippeville, six sœors et plus de cent élèves ; h Huy, trois sœurs, dirigeant l'hospice des vieillards.
NOTB£-DAME (fitSTiruT dbsreugieusesdcj, d Barcelone (^Eepagne).
Ces religieuses se consacrent k Tinstruction de lajeuuesse En 1852,unejeunefemm8 de Santader vint, à l'flgede vtngt-anatre ans, consacrer sa grande fortune à l'établissement d'un couvent des religieuses de Notre- Dame de Barcelone pour l'éducation gratuite des jeunes filles de cette ville. Elle sollicita son admission dans la communauté, sous ta condition expresse qu'elle n'en sérail pas supérieure. Bien aue, malgré son pieaidé* sir, elle pût, une lois religieuse, être portée par Tobéissance au rang de supérieure qui, aux yeux de la foi, D%st pas une faveur, mais une charae ; on ne peut qu'admirer ce bel exemple d humilité et de renonceiieot. La maison mère de Barcelone envoya sept sœurs à Santader pour servir de noyau à la nouvelle maison. (1}
NOTRE-DAME DE CHAMBRIAS (Loin^) (CoHGRÉOATiON DBS SocuBS DE)^parinste (fUssonj diociie de Lyon.
La congrégation des Sœurs de Notre-Dame de Ghambrias, comme celle des Sœurs de Saint-Joseph, doit son origine à une réunion de quelques Glles pieuses retirées dans une maison attenante à une chapelle, qu'où dH avoir été l'église paroissiale. Cette chapelle, de style roman, parait dater du xi' siècle. Le but de ces personnes était de se sanciiOer dans la retraite et de se livrer aux bonnes œuvres qui seraient k leur portée. Voyant qu'elles avaient uno maison pro|>ice, une chapelle convenable ; considérant d un autre côte qu'elles pourraient contribuer au s^iut des autres, elles pensèrent à former une congrégation religieuse.
Elles s'associèrent, mirent en cooDua leur avoir, se firent donner un règlement et vécurent en communauté. Le premier acte d'association date de 1132, entre CoHeue
2ard, Catherine Ghanoble, Claudine Kàoc, irie Daurelle. Cet acte est un tesuoeni réciproque passé devant notaire, en présent de M. Rocbette, curé. 11 y est stipulé que leurs biens passeront k celles qui, dans ii suite, entreront dans leur association.
Le costume et les constitutions sont ^
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DES ORDUES RELIGIEUI.
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nitaes qoe celles de là côn^égation de Saiot-Josepb. Elles font les trois vciôut simples de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Le règlement ne diffère de celui de là congrégaiion de Sàlnt-Joseph » qu*en ce qu*il irescrit Tahstinence les mercredis de chaque semaine, et quelques pratiques de piété pour hoijorer la sainte Vierge.
Le règlement et les constitutions furent approuYés» en nUS» par Mgr Le Franc de Pompienan; et dix ans plus lard, par Mgr de GallarJ, éTèque du Puy. Alors la paroisse dXssoQ appartenait au diocèse du Puy,
Le but (les fondatrices était de recueillir lesTeures, les filles à(;ées qui voulaient se retirer du mondé: les jeunes personnes qui foraient les occasions de péché; d'instruire les enfants autquels elles apprenaient la prière, le catéchisme, la lecture, et Tindusirie du pavs, qui, pour leur sexe, est la fabrication de la dentelle. Sous ce triple rapport elles ont fait beaucoup de bien, comme elles font encore.
Au commencement de la révolution, elles éuienl au nombre de dix-huit; elles furent rhassécs de leur maison, dispersées et obligées de quitter l'habit religieux. Leur mai- >oQ défait être vendue, mais un honorable bourgeois, qui avait de l'influence dans la localité, en empêcha la vente. Quand les ifiops devenaient plus calmes, elles se réu-* misaient; elles se dispersaient de nouveau,
Îuand ils devenaient plus orageux. Cepenlot qaatre d'entre elles furent emprisonnées pour leur attachement k leur religion, et les services qu'elles rendaient aux persécaiés, soit prdtres, soit laïques. Une mourut dans la prison, une autre fut guillotinée, et les deux autres» qui avaient été aussi con- (Uouiées, devaient monter sur Téchafaud.
les préparatifs étaient faits lorsque la nouvelle de la mort de Robespierre les arrarba ao glaive révolutiounaire et les rendit k il liberté.
Après la révolution, elles ont continué à bire le bien, en conservant la simplicité primitive, et l'esprit de famille dans toute i'iccaption du mot; cependant elles ont itendu le cercle de leurs connaissances pour se meUre k la hauteur de l'instruction de l^évo^ue. Elles ont ajouté k leur programme l'ens«ignement de la arammaire, du calcul, ^lon le système métrique, l'histoire, la gtejraphie, etc. Elles ont, chaque hiver, de fixante k quatre-vingts élèves.
iusqu'en 1836, la maison d'Dsson est detfieorée seule indépendante sous la direction ioMQédiale du cure et de Mgr Tarchevôque.
£n 1836, une nouvelle maison fut fondée ^Qs la paroisse de Méderot ; en 1837, une ^«conde dans celle d'Aix-les-Fagetles; en 18M Qce troisièmek la Mongie, toutes trois du diocèse de Qermont. Aujourd'hui elles en comptent aoedizainedanscediocèse. L'évéque de Clermont a établi pour maison mère celle <>e la Mongie, où a lieu le noviciat {(énéral. Depuis trois ans, deux autres maisons se
sont foroQées dans le diocèse de Lyon ; une
Poar desservir l'hospice d'Usson, une autre
k Erboin, paroisse nouvelle démembrée de celle de Périgueux. Ces trois communautés sont indépendantes les unes des autres; partout elles sont bien accueillies et bien vues, partout elles opèrent le bien.
NOTRË-DAMR DE CHARTRES (Institut
DES SOBCiRS de).
Le 23 avril 1854^, malgré la rigueur de la température, la petite paroisse de Berchèresl'Evèque, diocèse du Mans, offrait k ia fois un spectacle nouveau et bien touchant, et devenait le berceau de l'institut des Sœurs de Notre-Dame de Chartres, destinées k Tins* truction des jeunes filles de la campagne. Ce diocèse possède déjk la rommunaute do Saint-Paul, nombreuse et florissante, qui toujours prête k écouter la voix et k seconder les désirs du pasteur, offrait déjk de précieuses ressources k ses besoins. Ces filles admirables de vertus et de dévouement ne pouvaient suppléer par leur zèle an nombre, ni nourvoir k tous les besoins, et avaient appelé de différents diocèses les sœurs de Tours, de Ruillé, d'Bvron, et cependant plus de trois cents paroisses étaient encore dépourvues d'écoles de filles, c'est pour cela qu imitant le père de famille qui accueillait tous ceux qui se présentaient pour travailler k sa vigne, il reçut comme un présent du ciel un corps auxiliaire que la Providence lui envoya : les religieuses de Notre-Dame de Chartres, qui se sont établies en quelques mois par une protection manifeste de Dieu. Le jour où la supérieure et une pieuse jeune sœur reçurent les premières le saint habit de la religion, l'église pouvait k peine contenir la foule silencieuse et empressée.
Le nombre des membres de cette famille s'est beaucoup accru, toutes se montrent remplies de l'esprit de l'institut, qui est le dévouement pour les petites filles des cam-
E Ignés et le soulagement des malades, 'exemple qui a été donné par Chartres a été suivi par les autres villes et par les oaroisses considérables du diocèse.
NOTRE-DAME DE LA FLECHE(RBUefBUSE9 de;, maiion mire à la FUehe {Sarihe).
La communauté des Religieuses de Notre- Dame de la Flèche remonte presque au berceau de l'ordre, fondé k Bordeaux par la vénérable Mère de Lestonnac. et approuvé par le Pape Paul Y, en 1607. Il n'y avait que
Îuatre ans que les religieuses de Notrelame étaient établies k Poitiers, quand la Flèche eut connaissance du bien qu'elles y faisaient. Le désir de procurer aux jeunes personnes les mômes avantages que les jeunes gens trouvaient chez les Jésuites, dans le collège fondé par Henri IV, et fréquenté par un très-|;rand nombre d'élèves, engagea la ville k faire une démarche auprès de la supérieure. Elle en chargea Dubieo et Hamelin qui se rendirent k Poitiers. Anne de Guérin gouvernait alors la communauté; elle reçut favorablement leur profiosition, s'engagea k les satisfaire avec un sèle et une confiance qui ne lui permirent pas de pren-
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(ire d*abord les mesures nécessaires^ et de prévenir les difficultés qui surgirent dans la suite. Voulant proGler des bonnes dispositions des habitants de la Flèche» la supérieure envoya dans cette ville inessire Charles de Cournés, prêtre prieur de Nanleily et M' Jean Engueigne, avocat au siège présidial do Poitiers, avec procuration de sa communauté, pour acquérir une maison à la fondation projetée. Ils achetèrent, le 7 ^^uillet 1622, celle de M* Gabriel le Gaigneur» sieur de Ja Hermelière, au prix de 12|000 livres tournois.
Le maire Charles Davoust et les échevins adressèrent ensuite une requAte à MgrMiron, évèque d'Angers, sous la juridiction duquel la Flèche se trouvait alors, pour obtenir Tautorisation d*avoir dans leur ville une communauté de religieuses vouées à Tinstruction dos jeunes Qlles, comme il y en avait une à Poitiers. Le 12 septembre, le prélat lui répondit quMI leur donnerait volontiers son approbation, mais seulement lorsqu'elles seraient pourvues d*un fonds certain et suffisant pour leur entretien , qu'il permettait dès maintenant qu'on les fit venir pour les établir dans leur maison, où elles pourraient y vivre selon leurs règles et leur institut, non sous l'orme de communauté, mais provisoirement sous forme d'hospice.
A ces conditions, Anne de Guérin hésitait k laisser partir se^ GUes; mais les députés lui ayant montré tout le bien qu'elles pouvaient faire dans la ville de la Flèche, ses irrésolutions cessèrent, se voyant surtout pressée fortement par les conseils du frère de la vénérable Mère de Lestonnac, recteur du collège des Jésuites à Poitiers. Malgré le petit nombre de suiets qu'elle avait à sa disposition, elle eut le courage de se priver d'une religieuse qui lui était bien chère, mais qu'il fallait sacrifier comme la plus diçne de la maison, et celle de ses Filles aui possédait plus parfaitement l'esprit de 1 institut.
C'était la Mère Jacquette Chesnel, ffile d'un grand esprit, d'une rare prudence, ' d'une vertu qui relevait la noblesse de la naissance qu elle tirait des seigneurs de la baronnie en Saintonge. Elle avait passé cinq ans dans la maison de Bordeaux, oi!^ elle prononça ses vœux; le progrès qu'elle y fit, aux yeux de la fondatrice, en toutes sortes de venus, lui mérita d'être choisie pour Ui)e de .«es compagnes, quand elle vint ellemême faire la fondation de Poitiers ; à son départ elle la chargea du gouvernement de ' cette maison. Son amour pour la retraite l'avait portée, après quatre ans de gouvernement, à faire procéder à une nouvelle élection. Anne de Guérin, ayant été élue, la Mère Chesnel jouissait avec bonheur du repos de la solitude dans l'exacte observance des règles, quand elle fut nommée supérieure de la fondation de la Flèche. On lui associa les sœurs Anne Audeberl, Marie Maogin et Catherine Engueigne. Elles furent à leur départ de Poitiers les fidèles imitatrices do la sainte Vierge dans ses voyages. La
pauvreté les accompagna, et la psuTrelé tes secourut en arrivant à la Flèche, le 5 octobre, oii elles s'éVablirent dans une maison dépourvue de tout; l'hôpital leur prèu des lits, et une dame de cette ville leur serîitde caution pour des habits d'hiver.
Elles commencèrent aussitôt les classes avec un zèle qui toucha les habitants, et les engagea à faire de nouvelles démarches auprès de l'évêque d'Angers. Le iraire et les échevins réunis au palais royal, en la maison de ville, le 29 octobre, s'engagèrent à nourrir et à entretenir les religieuses sur les deniers de la ville , jusau'a ce qu'elles eussent prouvé à Mgr 1 évèque qu'elles avaient des fonds et des revenus sumsants. On avait meublé leur habitation et établi une sorte de clôture, ce qui engageait plusieurs filles des meilleures familles à quitter le monde pour se vouer avec elles au serrice de Dieu. De concert avec les religieuses, les magistrats supplièrent donc le prélat de vouloir bien leur accorder une autorisation entière. L'évêque leur répondit, le 15 novem* bre, qu'il exigeait qu'on lai prouvit que réellement le lieu oi^ étaient les religieuses leur appartenait; il demandait en outre de voir l'acte par lequel les suppliants s'obligeaient, sur les deniers communs et sur tout autre revenu de la ville, è pourvoir au bâtiment et construction de tous les Ueui réguliers et de la clôture, k l'ameublement nécessaire pour un couvent de huit religieuses au moins, et èSOO livres de rente pour la fondation et dotation dudit couvent, jusqu'à ce qu'on (rouvAt ailleurs des fonds pour lui assurer un revenu de même valeur.
Ces conditions devenaient fort pénibles aux religieuses, qui, ayant mille livres à payer pour leur maison 1e 8 mars prochain, et les sept mille autres avec les intérêts dans deux ans, et no pouvant recevoir de novices, ne savaient cornaient s'en acquitter et pourvoir h leurs besoins. La ville faisait de belles promesses, et cependant les laissait dépourvues des choses nécessaires. Aussi Turent-elles sur le point de retourner à Poitiers. Dieu ne le permit pas, et leur position critique excita les habitants à s'occuper de cette affaire comme de' la leur propre. Ils firent divers voyages à Angers, obtinrent, le 9 mai suivant, de la supérieure de Poitiers et de ses religieuses, un acte notarié, par lequel elles renonçaient è tout droit et sei* gneurie sur la maison de la Flèche que)if> avaient commencé k payer, et s'engageai^'it à la solde complète des sept autres mille francs, avec les intérêts dans le temps près* crit. lis présentèrent en outre un acte, é^ilement passé devant notaire, dans leque' plusieurs notables s*engageaient k faire une rente hypothécaire de MO livres auxdues religieuses; ils assuraient que les iiieoble> de leur maison leur appartenaient, et qu*i^ fourniraient tout ce qui serait néce^ji^ et convenable au futur couvent. Après aro*r vu les documents, Tévèque souscrivit :supplique des religieuses el des lialotaiU' do la Flèche; il fit dresser un décret \^
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DES ORDRES RELlGlIilX.
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Jean de la Barre, prôtre, docteur en droit caQOoiqtte, chanoine de l*église Saint-Maurice d*Angers, conseiller et aumônier ordimire de la reine mère, vicaire généra), tant M $|Hri(oel qa*au temporel, de Higr Charles Miron. Ce décret est du 20 mai 1G23. Ce n'est qu'après a?oir relaté tous ces movens trexistence assurés aux religieuses de la Flèche, qu'il érigea leur maison en monasi^re sous l'invocation de Notre-Dame. Il réserve à Tévéque et à ses successeurs d'eiaminer les postulantes et novices» de les iilmettre à prendre Tbabit religieux, et à faire profession selon nue le prescrit le saint roocilede Trente. Il oblige ceux qui auront Tadministration des biens du monastère à lui en rendre compte tous les ans, ainsi 8u*à la supérieure et au couvent, et à payer chaque année au synode de la fête Saint- Lac, à Tévéqae d'Angers, un écu d'or pour le droit catb^dral et en reconnaissance de sapériorité.
Pour obtenir cette autorisation définitive , les habitants de la Flèche s'étaient montrés )4eios desèle, mais une fois leur but atteint, ilsooblièrent les engagements qu'ils avaient
gis devant leur évèque. Les religieuses reat réduites à leurs propres ressources , (taux dots des jeunes personnes, issues lie* meilleures familles , qui se présentèrent M boa nombre pour embrasser la vie religieuse.
Elles obtinrent aussi l'autorisation du roi, •Ile 17 août suivant elles obtinrent TexempùoD des droits d'achat qu'elles lui devaient ptmr leur maison, en raison de sa baronie <le la Flèche.
Peu de jours après avoir reçu Tapprobalioo canonique , la Mère Chesnel eut la (Oflsolation de donner le voile à sei^t |>ostulaotes. Dieu bénit la confiance avec laquelle elle s'était constamment appuyée sur sa konté.
Elle fit élever les murailles de la clôture, M construire la chapelle. Lorsque les ouvriers rimportunaient [)Our le payement de ■aof travail, ell« les priait d'avoir un peu ^ patience ; puis» ayant recours à l'oraison , elle trouvait bientôt le moyen de les satisfaire par des voies mftme extraordinaires : lio&i la tourrière reçut un jour une somme coosidérable d'argent de la main d'une per- H>one inconnue , qui ne dit ni son nom, ni la raison qui la portait à faire cette libéra-
Les Reli^eases de Notre-Dame, sous la oniiuile si sage» si vigilante, si régulière ^e la supérieure, se concilièrent prompte^ ifieDt Testime et la confiance des babitants ^e la Flèche et des environs. La réputation de leur xèle et le désintéressement qu'elles avaient montré dans leur établissement firent espérer h quelques Catholiques d'Alençon qu elles voudraient bien leur procurer les i&èmes avantages, sans rien exiger pour leur fondation. Cette ville, qui sous la dominatiOQ de la reine Jeanne de Navarre, était i«)mWe au pouvoir lies calvinistes, s'amé- Wait de jour en jour» depuis que le brave
et zélé catholique Matignon, devenu plus tard maréchal de France , T'avait reprise sur les Huguenots : l'hérésie cependant y conservait un grand ascendant, et Tinstruction des jeunes filles n'y était confiée qu'à des maîtresses de la secte de Calvin. Renée Hamelin, demoiselle de la Flèche, qui avait épousé Lenoir» conseiller au présidial d'Alençon, appuya ce dessein et s'offrit pour en faire la proposition à la Mère Cbesnel. Après quelques délibérations, la supérieure, ravie de voir la continuation des Cénédiclions du Ciel sur son ordre, répondit qu'elle et ses sœurs étaient prêtes à paHir, qu'elles sacrifieraient volontiers leur repos, leurs biens et leur personne pourle salut d'une seule Ame, et à plus forte raison pour celui de plusieurs; qu'elles ne demandaient ni récompenses, ni irais do fondation, mais seulement le consentement des habitants et la permission des évoques deSéezetd'Ang^ers.
Julien Pasquiers, curé d'Alençon, s'occupa activement de cette affaire, et décida en faveur do la nouvelle fondation , quatre jeunes personnes qui désiraient se faire religieuses. Mgr Jacques Camus de Pont-Carré» évèaue de Séez, ne voulait point autoriser cet établissement avec les seules assurances que la communauté de la Flèche avait données par un mouvement de charité; il exigeait d'abord une maison achetée, et \xû fonds pour la subsistance des religieuses. La Mère Chesnel trouva bientôt le moyeu de lever cette difficulté, par un traité désintéressé» conclu avec les habitants d'Alençon. Elle fit acheter une maison appartenant à. l'abbé et aux moines de Saint-Martin de Séez. Cette maison était dans une situatioo très-favorable, bornée d'un cftté par un bras de la rivière de Briante» qui forme dans la ville une petite île; le couvent de Sainte- Claire était sur l'autre bord » et près de la maison destinée aux Filles de Notre-Dame était le temple des hérétiques.
L'évèque» alors» accorda très-volontiers l'autorisation demandée; celui d'Angers en fit autant. Les habitants d'Alençon, pour donner de l'éclat à la réception des Filles de Notre-Dame dans leur ville, prièrent la présidente de la Dernière et la conseillère Lenoir , dont Dieu s'était servi pour faire connaître leur institut, d'aller prendre les religieuses à la Flèche. Un des échevins les accompagna. La Mère Chesnel les reçut à leur arrivée, avec des procédés pleins de politesse , les fit saluer de toute la communauté et leur laissa même le choix de celles qu'ils voudraient emmener pour le nouvel établissement. Mais ils le laissèrent à sa prudence. Elle leur donna quatre professes : Marie Pelard, comme supérieure ; Catherine Bi* dault de ftochefbrt, Jeanne fielot et Françoise Touchard. Jeanne Royer se joignit & elles, pour les servir, et pour être reçue en qualité de compagne. Les deux premières revinrent plus tard à la Flèche, ou elles fu-* rent nommées supérieures.
Elles partirent le 28 juillet 1628, et arrivèrent le lendemain à Alenijon , où elles fu-
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DICTIOIfflAmE
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rent reçaes toIenneUemeot par les aalorités ciTÎles et ecclésîastiqaes , aa miliea d*une foule immense qui les attendait. Nous yojons dans Tbisloire de l'ordre des religieuses Filles de Notre-Dame» jusgii^en 1690, comment Dieu bénit r^tte maison. Ce fut dans cette communauté que la Mère Marie de la Mothe d'Ozenne, recueillit les principaux documents qui ont servi à l'histoire de l'ordre. La mort eropècba cette illustre reKgtense d'acherer l'œuvre que son zèle avait entreprise pour la gloire de l'institut ; et la supérieure de Poitiers, à qui ce travail avait été envoyé, le confia au P. Bouzonnier» qui en a dit deux volumes in-4*. Celte maison d'Alençon a subsisté jusqu'k la révolution. Une de ses anciennes religieuses, Françoise Thérèse Dnnoyer, est venue mourir, dans le monastère de la Flèche, où elle a^ait été admise, le 25 juin 1817.
Pendant que la maison d'AIencon se fondait avec tant d'édification, la Mère Chesnel fat sollicitée de faire un nouvel établissement à la Ferté^Bernard , dans le Maine. Marie Heulin, vertueuse veuve du sieur Boisrichard, de cette ville, se voyant privée de son mari et de to.us ses enfants, résolut de fonder une maison de religieuses et de se consacrer entièrement h Notre-Seigneur, Elle découvrit sà pensée h un religieux de Saint-Françoisi et comme elle étaft incertaine dn choix de l'ordre qu'elle devait adop^ ter, le saint homme lui dit qu'il fallait établir une maison des Religieuses de Notre- Dame. Elle obtint, le 6 juin 1691 , de mon-f sieur le duc de Villars Brancas, pair do Franco et seigneur de la Ferté- Bernard, Ja permission de les y établir. Mais Mgr Charles de Beaumanoir de Lavardin,.év6(}ue du Mans, dont elle alla demander le consentement, ne voulut le lui accorder que pour les religieuses de Sainte -Ursule : c était aussi le désir des habitants de la Ferlé. Marie Heulin, qui regardait le conseil du sage Cordelier comme la voix de Dieu, ne put se déterminera abandonner son premier projet. Elle vint se retirer quelque temps dans la communauté de la Flèche, où elle fut si édifiée de l'esprit religieux et de la régularité •qui y régnaient,, au^u bout de cinq mois elle sortit pour aller faire de nouvelles instances auprès du prélat. Cette démarche fut encore inutile. Elle revint à la Flèche avec une de ses amies, pour s'y faire religieuses. Il y avait déjà dix mois qu'elle avait reçu le saint habit; elle ne s^occupait plus que du soin de sa perfection, et elle avait fait généreusement son sacrifice, lorsque Tévèque du Mans, célébrant un jour la sainte Messe, se sentit fort pressé intérieurement de l'Esprit de Dieu, hotxv la fondation projetée ; il envoya k la Flèche le chanoine Corheron, porter le consentement qu'on lui avait autrefois demandé* Ce retour du prélat surprit agréablement la novice. On traita aussitôt avec les habitants de la Ferté, qui changèrent plusieurs fois d'avis. Enfin, quatre religieuses professes, la sœur Heulin et sa compagne, Françoise Gallois, partirent au
commencement de février 1633. Kteat ea route , elles apprirent par deux messases qui leur furent envoyés , qu'on ne TOiuail plus les recevoir; que même on lenr krmerait la porte de la ville, si elles se pri^* sentaient. Les religieuses s'abandeonèrent k la Providence, et continuèrent leor voyage. Le chanoine Corheron, avec deux conseillers de la Flèche» qui les accompagnaient, prirent les devants pour sonder les dispositions et calmer les esprits. Ils furent reças assez froidement: cependant les principatii habitants promirent de veillera la sûreté des religieuses. Elles arrivèrent le premier dimanche de Carême, à petil bruit, looèrenl une maison» où elles demeurèrent six mois, instruisant les enfiints qui leur élaienv confiées. Quelaoes personnes mal intentionnées donnèrent bien de l'exercice k leur patience.
Ce temps écoulé, les dispositions des habitants cnangèrent k leur égard; l'estime succéda k l'indifférence, l'admiration k W nimosité. Elles achetèrent une maison da faubourg Saint-Barthélémy, où elles turent conduites avec une cérémonie toute nouvelle : on y porta en procession le Saint- Sacrement , el les mes furent tendues de blanc en leur honneur^ Ayant ensuita trouvé le lieu humide et matsain, les religieuses achetèrent, en 1636, une aotm maison plus commode, k l'extrémité du même faubourg, dans la paroisse de Cherré. C'est là que le Seigneur les mit k une rode et douloureuse épreuve. Le grand nombre de novices qu'elles avaient reçues, et les religieuses elles-mêmes, furent atteintes de maladies graves, dont la plupart moururent. La maison de la Flèche fut obligée d'envoyer deux nouveaux sujets» pour remplir les fonctions de l'institut. Dieu fut saintement glorifié par les seuffranc^s de ces pieuses filles de Marie. L'histoire de l'ordre raconte leurs saintes dispositions, et leurs nécrologes noua montrent le bien qu'elle» firent dans cette ville , îusqa'k ce que TAssemblée nationale constituante, supprimant les couvents, les força à se disperser. Leur maison fut vendue comme bien national, «t leur chapelle, depuis le rétablissement da culte catholique, a été donnée aux fidèle de la paroisse de Cherré, pour y faire roi&e divin, l'Église paroissiale de Saint-Pierre ayant été détruite.
La dernière supérieure de ce courent a été Mme de Courcelles : depuis iTti , elle avait toujours été réélue; elle vivait encore k la Ferté, l'an 1810. Sa niôce, Mmeveufede la Hustière, morte depuis peu, avait acheta l'aile du couvent, avec une portion asseï vaste du jardin ; elle a donné le lout par te^ tament, a la commune de Cberré, |»oor un établissement de la congrégation d'Evron, & condition que les sœurs feraient gratuitemect récole aux petites filles de Cherré , oooinie le faisaient autrefois les Religieuses de Notre-Dame , qui l'avaient élevée, et qu'eMt^ visiteraient les pauvres malades : ses vol«»otés ont été accomnlies.
D|ns ces deux londalions, la mai&on *it -i
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