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<hibUer ses projets, a?ec son esprit pénétrant, Jeanne avait saisi le but que sa famUle se proposait ; Me ne parut pas cependant ravoir soupj^nné; le séjour de la capitale« au contraire* ne fit que la confirmer dans ses premiers sentiments. A son retour h Charleville* ayant atteint TAge de majoritét on procéda au partage ; la maison (»atemelle ayant fait partie de son lot, elle regarda cet événement comme une preuve de la volonté de Dieu qui lui donnait les moyens de former rétablissement projeté et de réunir les orphelines dans le même lieu.
Quand son dessein fut bien connu, il n*est sorte de diflieultés qu*on n*apportAt à son exécution. Pour ménager la résistance qu'elle s'attendait à rencontrer dans la famille; elle mit d'abord sa cousine à la tête de sa petite communauté, dont elle était elle-même l'Ame, elle la dirigeait dans ses pratiques et dans ses travaux par sa présence, ses soins et ses exemples, mais quand elle fut décidée h rompre entièrement avec le monde, à se séparer de sa sœur, à se mettre à la tête des jeunes personnes qu'elle avait'réunies, qu elle voulut se revêtir de Tbabit humble et pauvre qui allait devenir le costume de cette congrégation naissante, qu'elle eut A soutenir les plus terribles luttes, à supporter les amers reproches de la (uirt de ses imrents, de ses amis et du monde; il lui fallut déployer tout ce que la foi et le désir de suivre sa vocation lui inspiraient d'énergie oour ne pas se laisser ébranler dans sa résolution. liOngtemps on essaya de tous li*s moj^ens, on usa de tous les stratagèmes |)Our lui faire abandonner son entreprise, jusqu'à ce qu'enfin on fut convaincu qu'elle remplissait une mission que le ciel lui avait confiée. Les fruits abondants que les orphelines retiraient de leur séjour dans cette maison ; le changement quon obsenrait dans toutes celles qui en sortaient, leur solide piété, leur instruction, ne laissaient plus de doutes sur les vues de la Providence.
Mme de Horel s'appliquait surtout à former ses orphelines a la vertu, au travail, à l'amour de Tordre, et A leur faire acquérir toutes les qualités de leur sexe. Dès Tannée 1683, une autre de ses cousines et une demoiselle remplies de talents, et du ?if désir de se vouer a cette œuvre, venaient joindre leurs efforts à c«ux de la fondatrice.
Sur ces entrefaites, M. Roj^ier, chanoine théologal de Reims, vint visiter la communauté ûes orphelines à Charleville. Souvent il avait eu k gémir des graves inconvénients
3ui résultaient du mélange des enfants des eux sexes dans une même école, partout où ce déplorable usage exislalt. Il pouvait juger du changement neureux et dus avantages précieux que la jeunesse retirait de la communauté de TEnlant-Jésus , qu'avait établie M. Nicolas Roubaud, son prédécesseur, et dont le bienfait s'était bientôt répandu dans toutes les campagnes , et ne pouvait qu'être frappé des bénédictions
que Dieu répandait sur les écoim roar les garçons, qu'avait formées le vénén* ble Baptiste de la Salle depuis 1619. Kdi6é du bon esprit qui animait la communaQié des orphelines» touché du zèle qui embrasait celles qui étaient vouées à cette bonne œuvre, et surtout la fondatrice, il comprit
3nel bien immense produirait la création 'écoles gratuites exclusivement destinées aux filles. Il ne lui fut pas difficile de convaincre Mme de Morel des fruits aboodanls qu'elles produiraient è Charleville, si elle voulait donner cette extension à son (Barre et contribuer ainsi è sanctifier les jeunes personnes, en les éloignant des dangers auxquels elles étaient exposées dans leurs plus tendres années. La fondatrice ayant obtenu le consentement des associées, et les magistrats de la ville étant disposé à aeconder ce projet, dont on se promettait un si grand bien, M. Rogier, accompagné de quelques prêtres de la congrégation de 8aint-Lazare« tint faire ToQverture de ces écoles en 1686. Elle eut lieu avec beaucoup d'édification; on fit défendre aux maîtres laïques, de recevoir des filles dans les écoles de garçons. Bientôt une demoiselle de distinction de la famille de Beumonville vint se dévouer à l'œuvre de Téducation de la jeunesse et augmenter la petite commu* nauté. Dès le début, l'établissement des écoles gratuites inspira la plus grande confiance et excita une joie générale chez les |iareais. Une réunion des dames des premières familles réunissaieht leurs efforts pour les favoriser. La nomination de M. Jacques Doc à la cure de Charleville, contribua aussi à la réussite des écoles gratuites. Son zèle ardent, son discernement, sa prudence aidèrent puissamment Mme de Morel dans Tœuvre difllcile gu^elle avait embrassée.
Notre fondatrice se multipliait par son activité, sa sollicitude et ^a cnariié, brûlant du désir de sanctifier cette nombreuse et in-
compte
tout; elle visitait les classes; elle assisuit aux leçons et aux instructions des niaitresses, et les encourageait, et elle témoignait le plus vif intérêt, la plus touchante tendresse aux enfants. Klle veillait suftoat à leur instruction religieuse. Le public re marquait, et admirait la piété, la modestie, la retenue, qui distinguaient les jeunes Btle» qui fréquentaient les écoles gratuites, H elles avaient aussi beaucoup plus d instro^ tion. C'est pourquoi Mme de Morel, et M. ^ curé de Charleville, crurent devoir sollir>t«f l'approbation, pour cette communauté de li Providence , de Mgr Tarchetêque de Beims. Sa Grandeur vint s'assurer, par elle-méipe* du bien que produisaient les établi^seoieots des orphelines et des écoles gratuites. La titre d érection leur fut acoordé le S9 septembre leiM^, et M. Rolland, vicaire géoén de Tarcbevêché de Reims, Ait chargé ^^ dresser les Constitutions. Cette mesure a^ssrait Tavenir de ces écoles.
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DES ORDRES RELIGIEUX
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Il ne manquait plus rien h rette commu- Molé pour opérer le bien au*elle était appelée à aerompKr. La main de la Providence D*«f»it pas cessé de la soutenir, de la coodoire, de la protéger» de la faire prospérer, lis divers membres s'étaient dépouillés de tous leurs biens; il ne leur resuii plus qo*è se consacrer à Dieu et à l'œoTre des écoles gratuites par des vœux irrérocables. C*esl ce qui eut lieu le 17 et le 18 octobre <8M entre les mains de M. Rolland, nommé premier supérieur, après qu*on se fût prépare à ce grand acte par une reiriite de nuit jours. Toute la ville vint assister k cette imposante cérémonie. Chacun eo sortit attendri, et plein de reconnaissance pour cette fille héroïque. Toutes les maisons relentissaienl des louanges ei des bénédictions qo*oo lui prodi(;uait, ainsi qu'à ses compagnes. On les vit toutes se présenter irec empressement et avec courage pour s*iamK>ler à Dieu par les vœux de chasteté, d'obéissance, de stabilité, et d'enseigner la jeunesse le reste de ses jours. Il n'y avait
Krsonoe qui n*admirât les merveilles de la oridence dans ce nouvel établissement qoe Dieu avait pris soos sa protection, et qui allait contribuer, plus que jamais, k procorer sa gloire, et k fiiire jouir la ieune^ise des bientaiis de la religion. Mme de Morel «ai la satisfaction de recevoir nombre de personnes qui demandèrent k suivre la même règle, et k se consacrer k l'éducation chrétienne de la jeunesse. Elle avait grandement k cœur de laisser k sa communauté 006 chapelle où on pût célébrer les offices divins, et avoir la consolation de jouir de la présence de Notre -Seigneur Jésus -Christ. Deimis son liercean, les membres qui la ooDuosaient avaient été obligés de fréquenter les offices de l.i paroisse. La fondatrice vint k tK}ut de ses souhaits. La prospérité de M congrégation lui donnait beaucoup de consolations. Sa santé semblait lui promettre encore de longues années de vie, quand une maladie subite vint l'enlever à 1 affection de sa communauté. Elle rendit Rrâces à Dieu, qui n'avait cessé de bénir ['(BUîre qu*il lui avait inspirée; elle consola »e$ chères en&nts, leur donna les avis les plus salutaires; elle demanda elle-même les derniers sacrements, elle récita les prières des agonisants, et rendit tranquillement son toe à son Créateur le 13 septembre 1699.
Une confiance sans bornes en la Providence, la reconnaissance la plus vive pour ses bienfaits, un zèle infatigable k rechercher la gloire de Dieu, procurer le salut des âmes et la sanctification de la jeunesse, une charitable et inépuisable bonté, furent les vertus qui brillèrent dans la vie de Mme de Morel, et qui lui firent fouler aux pieds les espérances, les séductions du oionde, qui la rendirent sourde aux plaintes de la nature, qui la firent résister k tous les <s^ots qui lui furent livrés, et oui la firent se vouer k tant d'actes d*humilité, de mortification, d'abnégation. Elle ne cessa de recommander la pratique de ces vertus k ses
sœurs. Dès sa tendre jeunesse, eue avait senti naître dans son cœur le désir ardent d'étendre l'empire de Jésus-Cbrist, de s'opposer aux ravages du péché. Elle gémissait de ne pouvoir faire tout le bien qu'elle' désirait, de ne pouvoir empêcher tout le mal qu'elle déplorait. Embrasée d'un feu divin, elle était toujours prête k entre* prendre ce qui pouvait tourner k la gloiro de la religion, et au Ix^nbear de ses frères s c'était comme un nouveau Phinée, dont le zèle ne s'allumait que parce que la loi de Dieu était violée. Comme saint Paul, elle se rend faible avec les faibles. Si la grâce de la vocation ne la porta pas aux actions d*éclat, qui ne sont résiervées qu'aux hommes apostoliques, elle travailla avec toute Fardeur dont elle était capable au salut d'une infi* nité de (lersonnes qui se trouveraient per* dues sans elle.
Sa famille, qui, pendant longtemps, n'avait cessé de mettre des entraves à ses projets , dans lespoir de l'jr faire renoncer, s'appli* qoa, après sa mort, k en favoriser le cléveloppement. La volonté de Dieu, qui s'était visiblement manifestée, par une suite d'événements providentiels, l'avait convaincue que leur parente avait été choisie de Dieu
Ë>ur être l'instrument de ses miséricorJes. Ile ne recula pas devant les sacrifices, pour donner k son (Kuvre plus d'extension , en pourvoyant aux dépenses qu'elle nécessitait. Les écoles gratuites et les pensions où on donnait une raucation plus soignée aux demoiselles fortunées se soutinrent dans un état prospère iusqu*k la révolution. Dès les premières opérations de l'assemblée nationale, en 1789, on entrevit l'orage qui menaçait cette communauté. Le 13 novembre 1790 une députation de la municipalité se présenta pour lui apprendre qu'elle était déliée de ses engagements, que d'après les décrets de rassemblée nationale, libres de leurs vœux, tous les membres qui la composaient pouvaient quitter la maison et rentrer dans le monde. Toutes répondirent k l'unanimité que leur résolution bien arrêtée était de rester religieuses. Il leur devenait cepen* dant tous les jours plus difficile de remplir leurs fonctionsd'institutrices catholiques. Le schisme s'établissait, MoiisieurPoulet, doyen de Charleville, éUit remplacé par un intrus dont le peuple recherchait tes bonnes grâces, et les Catholiques étaient exposés k toutes sortes de tracasseries. Le 6 dn mois de mai 1791, k l'occasion d'une procession dite du prince, il y eut une émeute populaire contre cette maison, k cause du refus que fit la communauté de recevoir avec honneur, selon l'usage antique,cette procession. Elles se conlentérent de laisser la porte de TEglise ouverte et la lampe allumée pour ne pas (tarait re donner leur adhésion au schisme. Il n en fallut pas davantage à la partie de la population qui suivait l'intrus pour se livrer k toutes sortes d'excès. Ils brisent, arrachent la grille du chœur, les fenêtres, ils entrent avec fureur, pénètrent jusque dans l'intérieur du monastère, et Dieu sait