‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 4)Chapitre 160 sur 220 · PUR · texte numérisé non relu

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rillcalioti, ei des Vitlimcs du Sai^ré-Cœurdo Jésus.

D.TDs In mystère de la Purification on voit Marie préseritep son fils, et co divin Enfnnt s'ulTrir lui-même à Dieu son Père en liolocall^le cl comme victime d'espialioUi pour ré|>arer les outrages faits h la mnjestii de Dieu et rendre la vie et le salut au monde chargé de crimes. Mario est dans ce (;rand mystère le parfait modèlu do ce que doit fiire une fille de la Purification, victime du Sacré-Cœur de Jésus...

Holocauste et expiation, voilà ce que la foi découvre dans le mystère de la Purifii-atton et dans l'oblation figurative que Marie fil au temple de deui tourterelles...

Holocauste et expiation, c'est l'esprit et la fin du mystère do la Purification, qui eut sou accomplissement sur le Calvaire pour Jésus et pour Marie; c'est aussi l'esprit et la fin des religieuses de la Purification et des victimes du Sacré-Cœur tla Ji^sus...

£i comme depuis le momeJil où le Père céleste eut accepté le sacrifice de son Fils dans le temple, colle viclime adorable ne cessa pas d'accomplir sa grande mission jusqu'à ce qu'elle fût consommée sur le Calvaire... ainsi le sacrifice des filles de la Puribcation est continuel, elles doivent être toujours prêtes à accepter de la main du Père toutes les peines extérieures et intérieures qu'il lui plaira de ICur départir, et elles doivent sans cesse les lui offrir en union aux souffrances de Jésus-Christ pou. réparer les outrages faits è la majesté di vine

Les Keligieuses de la Purification, victimes du Sacré-Cœur de Jésus portent toutes et chacune en particulier le saint nom de Marie pour exprimer la parfaite union qui doit exisiL-r entre elles et leurauguslo Mère... Au nom de Marie qui leur est commun, on ajoute un nom distinclif...

L'tiabit est de couleur blanctie : manteau blanc, au cfjœur dans les cérémonies et pour la communion; rube bleuclie, voile blanc pendant le noviciat (les jeunes professes do chœur portent sur le voile une petite croix noire, ainsi qu'il se voit sur le dessin); guimpe blanche, bandeau blanc, ceinture de peau blanche avec boucle d'argent, chapek't Liane attaché au côté gauche, bas blancs, l'antoulles blanches à talons élevés; enfin, au jour de la profession, crucifix d'argent sur la poitrine.

Ce vêtement est le symbole de la pureté cl de l'innocence dans lesijuelles doivent vivre U's filles de la Purification, etc.

Le chajielet de la congrégation n'est pas celui de cinq dizaines, qui est cependan toujours en usage, mais pour la dévotion du chaque sœur, c'est celui de sept seplaincs

■^ I hoiiiieiir des sept douleurs et des sep presses de Marie...

îs poitulantes ne sont admises il prendre tilt habit que trois mois api es leur eii-

ditii-i la communauté

■us ans après leur entrée les novices ailmises à faire leur profession dans

laquelle elles prononcent les trois Tœm perpétuels de (lauvreté, de chasteté et d'o- Léissanee

La charité est une dans son princiiie.tne dans sa nature : elle émane de Dieu, elle est Dieu lui-mOme. Dans un degré élevé elle voit l'exemple qui lui est montré sur la montagne, et voudrait, en l'iniiiant, s'imnioler et se rendre en quelque sorte mathème pour ses frères, afin de les saurer.

L'institut de la Purification, dans sa fin spéciale renferme cette charité haute, jjénéreuse, héroïque

Pour remplir celte fin particulière de leur institut, pour réjiarer les outrages faits ï la majesté de Dieu, expier les crimes des [lâcheurs, obtenir leur conversion et leur mlut, les Religieuses de la Purification, Tinimes du Sacré-Cœur de Jésus, s'offrent 1 Dieu comme victimes, deux ans après leur profession. Du reste elles prennent des eng.'igements pour les souffrances et non l'our l'objet de leurs nrières, elles restent libres pour demander les grices d'une autre nature, comme la guérison des maladies

Du moment qu'on a prononcé celte offrande de soi-même, comme victime, avec vœu ou ïans vceu, le voile blanc esl cliaiii;^ en voile noir, en mémoire de la PassionJe Jésus-Christ, et de la compassion de la irèisainle Vierge, en signe de mort è soi-iofine, en signe de consommation parfaite ei Je parfaite soumission li la règle de la Purilication.

Les sœurs converses, au lieu du Tnite noir, portent sur le sommet de la têle um croix noire plus longue et plus large que celle qui est sur la devant du voile ile^ jeunes proi'esses.

Les constitutions suivantes prescrivent et facilitent la pratique des vertus, et particulièrement celles qui constituent une véritable Fille de la Purification, etc., tellesquel» charité, l'humilité, le silence, le coaipiede conscience h la supérieure, les coul|ies en public, l'esprit de communauté, la dr lure, etc.

L'intention du respectable fondateur étant que les personnes d un faible tempérament ne fussent point exclues de sa congrégation, il n'a point prescrit d'austérités, laissants la discrétion des supérieures de régler le zèle de chacune sur ce point. Ainsi il n' prescrit que quelques jeûnes ensusdeceui ordonnés paria sainte Eglise, et riibsiitn.'n'e du mercredi. Les sœurs usent de linge; cependant elles ont pour lit une paillasscelcour couchette trois plimches sur deux In-iejui.

L'Office est celui de la sainte Vierge.

Les sœurs, autant qu'elles le peinent, gagnent leur vie en travaillant de leurs mains, recevant les ouvrages qu'on leur ajiporte du dehors.

Le dîner et le souper sout suivis d'onj heure de récréation; dans le cours de la journée il esl permis de parler (W les choses utiles, après en avoir obtenu I» |;eruiissiou. Un grand silence est ordo""iî de une heure à deux heures, et dc['uii li""

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liettres da soir jasqo'aa lendemain après luraison.

La confession est hebdomadaire , et le nombre des communions est réglé poiirchaqae degré; par exemple, les postulantes, une fois chaque semaine; les novices deux fois; les professes du premier degré trois fois, et celles du second quatre fois.

En outre* chaque jour, suivant le nombre des sujets, il v a deux ou quatre communiantes» dont le sort décide.

11 est permis aux sœurs tant novices que professes de voir leurs pères, mères, frères et soours, oncles et tautes k visage découvert; mais pour les autres parents elles ne peuvent les voir qu*avec leur grand voile. Ce voile coavre la personne entièrement.

Lb$ sœurs se lèvent tous les jours à cinq heures.

A cinq heures et un quart elles se rendent au chœur» récitent en commun les litanies du saint nom de Jésus» et font oraison jusqu'à six heures et un quart.

A six heures et un quart» temps libre jusqu'à six heures et demie.

A six heures et demie» Prime,Tierce, Sexte ei None.

A sept heures précises, la Messe conventuelle. Après la Messe elles se retirent k leurs occupations : celles qui ont communié font leur action de grâces jusqu'à huit heures.

A huit heures, le déjeuner en commun.

Oo ne mange point hors du réfectoire, à moins qu'on ne soit retenu à l'infirmerie.

Après le déjeuner chacune retourne à son travail.

A onze heures vingt minutes on se rend au chœur pour l'examen particulier.

A onze heures et demie, le dlaer suivi d'une heure de récréation.

A une heure grand silence.

A deux heures. Vêpres, qui sont suivies de la récitation des litanies de la sainte Vierge et du chapelet de Notre-Dame des sept Douleurs; ensuite la lecture en commun, après quoi chacune retourne à son travail.

A cinq heures et un quart ont lieu ComplieSy qui sont suivies de t'amende honora-

ble ; ensuite oraison jusqu'à six heures et demie.

A six heures et demie, on se rend au réfectoire en récitant le premier psaume de la Séniteoce (en s'en allant dîner on récite le fjserere), on y fait la lecture pendant les deux principaux repas. Après le souper on se rend à la récréation en récitant le De profundiSf ainsi qu'après le dîner. La récréation dure jusqu'à huit heures.

A huit heures, temps libre pour prier, etc. Grand silence.

A huit heures et demie,. Matines et Laudes suivies d'un demi quart d'heure d'examen de conscience et de la lecture du sujet de la méditation pour le lendemain, puis on se retire dans ses cellules. Un quart d'heure après on doit être couché et toutes les lumières éteintes.

La seconde partie des Constitutions traite du gouvernement et des devoirs particuliers

La supérieure est triennale et peut être réélue. Elle seule et son assistante portent le nom de Mère.

Cette maison est encore la seule de l'institut. Quant au personnel il n'est pas déterminé et la maison compte actuellement vingt-deux sujets, y compris les sœurs tourières. Déjà douze d'entre elles, après avoir édifié la communauté par la pratique constante des solides vertus, sont allées recevoir des mains de Jésus le prix de leur amour et de leurs sacrifices.

La fin spéciale de cet institut étant la réparation, tous les jours le saint sacrifice est offert dans Tintention de réparer les outra-

6 es faits à Jésus au très-saint Sacrement, ne fondation à perpétuité existe dans ce but. Do plus l'intention du respectable fondateur était d'établir l'adoration perpétuelle* Jusqu'ici son désir n'a pu être réalisé; mais on espère que le bon Dieu levant les obstacles, on pourra jouir de cette précieuse faveur.

Chaque jour, à la suite des Compiles, a lieu Tamcnde honorable au sacré cœur de Jésus : les dimanches et toutes les fois qu'il y a salut, elle précède la bénédiction.

Chaque jour aussi le Salve Begina est chanté après Compiles.

REDEMPTORISTES (ou LIGUORIENS).

Congréaation du Trè^-Saint Rédempteur^ fondée par saint Alphonse de Liguori.

Parmi toutes les gloires dont est entouré lans TEglise le nom béni de saint Alphonse de Liguori, une des plus pures et| des plus ç'andes, sans doute, est d'avoir donné à r£pouse de Jésus-Christ une nouvelle famille, un nouvel ordre religieux. Les Souverains Pontifes se sont plu à proclamer cette gloire du grand saint des derniers temps. « Parmi

les familles religieuses qui ornent aiqourd'hui l'Eglise de Jésus-Christ, » nous dit Léon XII, * « on ne doit pas mettre au dernier rang la con- Krégation du Très-Saint Rédempteur, fondée par le bienheiu*cux Alphonse-Marie de Liguori.» (Bref du 11 mars 1828.) Et Pie Vni, dans un décret du 31 juillet 1830^ déclare à son tour que, « pour Tomement de l*Eglisd militante et Tutilité des fidèles , est venue s'adjoindre aux autres ordres religieux la congrégation du Très-Saint Rédempteur. »

Ces témoignages, et d'autres encore, en é^

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Tant faint Alphonse à la dignité de fondaUsur d'ordre, déterminent en même temps quelle était la nature de son œuvre.

Avant de commencer l'histoire de cette œuvre divine, une réflexion, mise ici en avant et tirée des faits eux-mêmes, jettera sur tout le récit une lumière dont il a besoin. Enfants de TEglise, les ordres religieux ressemblent tous à leur Mère, et tous leurs fondateurs sont des images vivantes de Jésus-Christ. Mais, outre leur commune similitude, chacune de ces corporations saintes a en soi un trait particulier de ressemblance, que les autrès n'ont pas, du moins au même degré. C'est ainsi qu'on admire dans la famille de saint Bruno, quelque chose de l'immutabilité de TEglise ; dans celle de saint François, une image de sa prompte fécondité ; dans celle de saint Ignace, quelque chose de son universalité. L'ordre clés Rédemptoristes a donc reçu, lui aussi, son cachet ai vin, sa marque distinctive. Nous croyons la découvrir dans une analogie frappante gui se trouve entre l'Eglise et lui, sous le pomt de vue des difficultés de sa formation primitive. L'Eglise en effet, quoique tout entière conçue, vivante et formée dans le cœur de Jésus, a dû néanmoins attendre la mort de son auteur pour paraître au grand jour, et elle n'est arrivée que lentement à la pleine possession de sa grandeur parfaite. La congrégation du Très- Saint Rédempteur, sous ce rapport,ressemb]e {parfaitement à sa Mère. Elle aussi a été, dans e cœur de saint Alphonse, conçue et formée tout entière. Mais il a fallu que le fondateur mourût, avant qu'elle pût sortir de ses lan-

f5es et arriver à cet état de corps parfait, pour equel elle était née. Le même phénomène se reproduisit dans la personne de celui qui fut le principal propagateur de l'ordre. Le P. Hoffbauer (c'était son nom), à l'exemple de son çlorieux père et maître, travailla trente ans dans la douleur et les larmes, et mourut, lui aussi, sans avoir achevé , mais en prédisant comme Alphonse que l'heure de sa mort serait le signal des bénédictions divines. Et c'est ainsi, nous le répétons, que la congrégation a reçu de Jésus-Christ le glorieux privilège de n'arriver à ses fins que par de longues souffrances, mais avec cette sûreté et cette solidité divines, qui caractérisent les œuvres crucifiées.

Eclairés par cette lumière, abordons les faits. Nous les diviserons en trois parties, parce que l'histoire de la congrégation nous offre trois tableaux distincts: dans le premier c'est saint Alphonse lui-même, c'est sa vie, et avec lui la vie primitive de l'ordre ; dans le second, c'est la congrégation travaillant h se poser, là où elle devait être , c'est-à-dire dans les différentes parties du monde catholique. Ici, tout se rattache encore à une personnalité, à la vie du grand serviteur de Dieu, le P. Clément Marie Uoffbauer. Le troisième tableau nous montre la congrégation se fixant, se propageant, se consolidant, et arrivant enfin à sa position définitive, par l'établissement de la maison généralice et du gé-

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néral de l'ordre au centre mime de laeilholicité, à Rome.

§ L Saint Alphome: $a vocation €tk tnpb appel de Dieu ; eommeneemeni de la eoRgrégation; $e$dévetoppement$ intériewê; la nalure intime ; épreuve$ terriblet, L Saint Alphonse; $a vocation; h Irtpb appel de Dieu. — Faire Fbisloire d'unorare religieux, .sans la commencer parla vie de son fondateur serait, sans nul doute, uoe étrange aberration; puisoue la Providcooe, quand elle veut donner à l'Eglise une bmille religieuse, commence par déposer dans celui au'elle choisit pour chef la plénitude de 1 esprit qu'elle veut y voir résper, de focoa que tout fondateur est essentiellement modèle et type idéal de son ordre ; et c'est en lui que l'on trouve la plus parfaite personnification de l'œuvre. Etudions donc saint Alphonse, si nous voulons comprendre les Rédemptoristes. Mais, comme la vie de ce grand saint est à elle seule une réunion de plusieurs vies; comme il est tout à la fois év6que, docteur, prêtre séculier, religieux et fondateur, sachons nous borner; et ne prenons dans cette immense carrière que ce qui se rapporte directement à notre sujet, laissant aux biographes .proprement dits le soiit d'édifier les fidèles par l'histoire complète de cet admirable saint. Né à Naples, le 27 septembre 1696, Alphonse -Marie de Liguori reçut le jour de parents illustres par leur naissance et leur piété. Son père, don Joseph, quoique trèssensible à I honneur et aux avantages tempo* rels de sa famille, était néanmoins le mooèie d'un bon Chrétien ; sa mère, dona Anna, A la noble famille des Cavalieri de Brindet, faisait revivre en elle le souvenir de ces illustres et saintes femmes dont parle l'histoire des saints. Encore au berceau, Alphonse fut l'objet d'une prophétie mysténeuse. lu saint, le P. François de Hieronymo, l'ayant un jour reçu dans ses bras des maios de sa mère qui demandait pour lui une bénédiction , s'était écrié en le bénissant : « Cet eniant parviendra à une grande vieillesse ; il verra sa quatre-vingt-dizième année, il sera évèque, et Jésus-Christ se servira de lui pour opérer de grandes choses. ■ Bientôt Alphonse, prévenu des dons de la grâce et comblé de ceux de la nature, commença à réaliser ces prophétiques paroles^ Son enfance et sa première jeunesse ne furent qu io* nocence, piété, horreur du péché et tendrt vnour pour Dieu; et chez lui la science elK> oelles-lettres marchant de pair avec les verius firent bientôt du saint jeune homme 'es délii^^ du ciel et l'admiration de la terre. Reçu li <* teuren droit avant la fin de sa dix-septiiKi' année, réunissant en lui la connaissance (ici langues grecque, latine et française, la scient < des inathématiques et de la philosophie, (a poésie, la rhétorique, la peinture, l'art hitrclure et la musique, Alphonse vovait s'uumr devant lui toutes les carrières à fa fois. Pour plaire à ses parents, il choisit celle du bamiau; et tout promettait en lui un de ces aveoics qui le monde appelle brillants et heureui. D^ Joseph, son père, était au comble du iM*

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Ii3ur, car îl voyait en cet enfant bien -aimé la gloire de sa famille ; et, pour consacrer ses espérances, il ne larda pas à chercher une épouse digne d'un tel fiJe. Les charmes du jeune homme flrent accueillir avec empressement les propositions du père ; et tout se disposait pour fixer Alphonse dans le monde. Ce lut en ce moment que Dieu, qui avait sur son serviteur des desseins plus élevés, frappa son premier coup, dt son premier appel. Le Seigneur aime à atteindre ses fins lentement et comme par degrés. Il voulait Alphonse Rédemptonste et fondateur; le premier coup de sa grilce sera de le détacher du monde, mais sans le séparer encore. Pour opérer ce détachement; Dieu seservit du glaive de l'humiliation. En 1723, Alphonse, âgé de 26 ans, et déjà célèbre ayocat, entreprit de défendre la cause d'un prince napolitain, dans un procès fameux qui attirait l'attention de toute la capitale. Cette cause lui paraissait juste ; il en étudia toutes les phases, en approfondit toutes les parties, en examina toutes les pièces avec la plus consciencieuse sollicitude. Mais Dieu, oui voulait l'humilier, l'aveugla dans ces recnerches. Il permit, car ce n'est que par une permission divine aue l'on peut expliquer un fait si étrange, u permit qu'Alphonle, en voyant et revoyant toutes les pièces, laissât toqjours passer inaperçue une circonstance essentielle et patente , qui détruisait par son principe la justice de sa cause. Le jour fixé pour l'audience arrive ; le jeune avocat sûr de son fait soutient son droit 8?ec toutes les richesses de l'éloquence. On applaudit^ tout lui promet la victoire ; mais quand il arrive à la conclusion de son discours : « Don Alphonse, lui dit froidement son adversaire, les choses ne sont pas telTes

Sue vous les &ites : veuillez revoir les pièces u procès ; vous y verrez un document qui TOUS prouvera précisément le contraire de ce que vous venez d'établir. » « Volontiers I » reprit Alphonse, avec toute l'ardeur et le feu d'un vainqueur. Le document désigné lui est présenté ; il le lit, et stupéfait, il voit qu'en effet toutes ses preuves sont renversées d'un seul coup par une clause qu'il avait jusque-là ignorée. Des lors sa conscience ne lui permettait plus depoursuivre la défense : « Oui,» ditjil en pliant le papier, » j'ai tort, je me suis trompé. > Et ses traits exprimaient d'upe manière visible son trouble et sa confusion, ^n même temps la grâce saisissant le moment opportun, se mit a agir puissamment sur son âme. I)'une iiart eue lui découvrit la profondeur de riiumiJiation, le haut rang des deux partis, Timportance de la cause, les intérêts de plusieurs srandes familles en jeu dans cette affaire, l'attention publique, et sa propre inadvertance humainement inexcusable. D autre part elle lui montra, dans cette humiliation même, la fausseté du monde, la vanité du point d'honneur, et le néant de tout ce gui n'est pas Dieu. Alphonse vit tout en uu chn d'œil, car la grâce, dans ses moments choisis, agit vite et puissamment ; et wVheure même, aussitôt après avoir dit celle première parole : a Je me suis trompé,»

il ajouta : « Oh 1 monde , je te eonnais I tu n'est plus pour moi ! Tribunaux, vous ne me reverrez plus !» Et il se retira. Le coup était porté: le jeune avocat était désabusé, détaché.

Rentré chez lui, il se renferma dans son appartement, versant un torrent de larmes et rerusant toute nourriture; trois jours suffirent à peine pour apaiser la tempête de son âme. Des lors s'inaugura pour lui le commencement d'une vie nouvelle : vie de solitude, da prières , de larmes et d'un profond mépris

f)Our le monde ; vie d'une âme détachée par a grâce, mais qui ne sait pas encore où Dieu veut la conduire. Le Seigneur ne tarda pas à frapper de nouveau à la porte de son cœur, et ce second appel fut plus clair et plus pressant gue le premier. Il s'agissait, non plus de détacher mtérieurement, mais de séparer effectivement Alphonse d'avec le monde, et de l'engager dans la vie sacerdotale, pour l'amener par là à la vie religieuse. Un jour donc gue le jeune avocat était, selon ses nouvelles habitudes, appliqué au soin des malades dans un hôpital, tout à coup il se vit entouré d'une lumière vive et éblouissante ; la maison lui sembla chanceler * et crouler sous ses pas, et il entendit une voix qui lui disait : « Laisse là le monde, et donne-toi tout entier à moi. » Troublé et hors de lui, son premier soin fut d'interroger des yeux tout ce qui l'entourait; s'apercevant que la merveille, la lumière et la voix n'avaient été que pour lui seul, il maîtrisa son émotion, et continua son œuvre de charité. Hais lorsque, sortant de l'hôpital, il fut arrivé au milieu do Tescalier, le tremblement de l'édifice se renouvela, et une seconde fois la voix mystérieuse se fit entendre en répétant : « Laisse-là le monde, et donne-'toi tout à moi.» Alphonse comprit alors que le Ciel lui parlait, et, fidèle à cette seconde vocation comme il l'avait été à sa première épreuve, il s'écria en pleurant: « Seigneur, je n ai que trop longtemps résisté « à votre grâce I me voici, faites de moi ce « qu'il vous plaira. » A peine eut-il prononcé ces paroles, qu'il se sentit le cœur soulagé ; puis aussitôt, entrant dans une sorte d^extase, et poussé par une force intérieure, il alla droit à l'église de N.-D. de la Rédemption des captifs. La, se prosternant devant 1 autel de Marie, il pria avec effusion de cœur ; puis enfin , la lumière et l'inspiration de la grâce croissant d'instants en instants, il se décida, fit l'offrande de lui-même, promit de renoncer au monde, de se vouer au service des autels, et d'entrer dans la con^égation de Saint-Philippe de Néri; et , en témoignage de sa promesse, détachant aussitôt son épée de gentilhomme qu'il portait au côté, il alla la dé- Eoser sur l'autel aux pieds de sa divine mère, e ce pas, il courut verser son âme dans celle de son directeur, le P. Thomas Pa^ano, de la congrégation de l'Oratoire. Celm^ci, par une secrète disposition de la Providence, tout en approuvant qu'Alphonse embrassât l'état ecclésiastigue, ne voulut pas néanmoins gu'il demandât immédiatement son admission dans l'Oratoire. Alphonse obéit, et il fut dès lors

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déci(ié qif il qnUlerait le monde pour embrasser la vie cléricale. Wais il convenait (|uc don Josvph, son pèie, y consentît ; et ici, (juc d'obstacles à vaincre, que d'afleclions à brisc,v\ Al[>honse ne recula pas ; grâce à ses généreux elforlsetàla protection de quelques pieux parents, il eut bientôt triomphé des alarmes d'un père déçu dans ses espérances ; et» le 27 octobre 1723, h l'âge de 27 ans, après avoir renoncé à son droit de primogéniture, ■il déposa les livrées du monde et rcvélit l'habit ecclésiasti(|iie.

Mais cette carrière nouvelle n'était pas encore le terme délinilif où l'attendait la Providence. Diju le voulait religieux et fondateur d'ordre. Neuf ans de vie sacerdotale dans le siècle furent consacrés à le préparer à cette haute vocation. On peut dire en effet que ces neuf années de la vie d'Alphonse, prêtre séculier, furent un vrai noviciat où, h l'école du céleste Maître lui-même, il acquit, nourrit et consomma dans son âme, cet esprit du parfait RéJeraploriste, dont nous le verrons rempli dès les premiers jours de sa vie religieuse. Successivement tonsuré, minoré et sous-diacre en 1724, diacre et prêtre en 1726, il se livra jusqu'en 1727, c'est-à-dire pendant quatre ans, h ces fortes éludes ecclésiastiques qui firent de lui la lumière de son siècle. Agrégé, dès son sous-diaconat, à la congrégation des missionnaires de Naples ; entré, en 1729, dans la maison des Pères de la sainte famille dite des Chinois, il préluda dans ces différentes positions aux entreprises sacrées que le ciel lui réservait ; et, tandis qu'au dehors il se livrait au ministère de la parole et aux saintes fonctions du sacré tribunal, tandis qu'il devenait par son zèle, ses talents, sa sainteté et ses succès l'apôtre et la gloire de Naples ; au dedans, l'esprit de Dieu, travaillant et fagonnant sa grande Ame, fr!)rmait peu h peu l'imitateur parfait de Jésus-Glirist, le Rédemptoriste. Ce fut «dors surtout, durant ces neuf ans d'une sainte prépatation, qu'il conçut ce zèle brillant des Ames, celte connaissance et cet amour de la grande œuvre des missions, cette ardeur sacrée pour le ministère du confessionnal et pour la simplicité de la prédication évangélique, cette intelligence profonde des mystères de Jésus-Christ, celte tendresse pourries Ames abandonnées, cet amour pour la croix, cet esprit d'humihté, de pauvnitéet de simplicité religieuses, c<!t ensemble, en un mot, de lumières et de saintes ardeurs qui formèrent plus tard la substance des règles de son ordre. Fidèle aux leçons de son Maître intérieur, il ne cessa durant ce temps de coopérer, avec une générosité parfaite , aux exigences de la grAce. Prières, pénitences et austérités etlVayantes, il n'é- ])argna rien pour se préparer, sans qu'il le sût lui-même, au rôle sublime que lui réservait le Rédempteur,

Enfin, lorsque l'apôtre fut jugé suffisamment préparé, le Seigneur se mil à l'œuvre et songea à faire son troisième et définitif appel. Cette fois, ce ne furent plus les salutaires avertissements d'une humiliation sévère, ni les saintes révélations d'une extase, qui éclai-

rèrent Alphonse. La Providence, qui aime h varier ses industries, employa, pour appeler son serviteur , le concours caché de circonstances en apparence fortuites, et l'humble voix d'une sainte religieuse ignnKe du monde et connue de Dieu seul. Au moii de mai de l'an 1731 , Alphonse , étant n*venu des missions , épuisé de fatigue, dut, pour complaire à ses amis, songer à se retirer dans quelque campagne solitaire pour prendre du repos. On choisit un ermitage près la ville d'Amalfi. Mais le Seigneur, qui voulait Alphonse ailleurs pour fra[)|MT son coup, fit en sorte que, par un hasard apparent, les nouveaux solitaires d'Amalfi tis sent la rencontre du grand vicaire de Scala. Ctîlui-cileur offrit, avec une gracieuse bienveillance, un aulre ermitage plus spacieux, dit de Sainte-Marie-des-Monts , et situé sur une montagne dont Scala n'était pas éloignée. 11 ajouta, pour les décider, qu'ils trouveraient là des familles de pâtres abandonnées, auxquelles ils pourraient faire quelque bien. C'en était assez; la proposition fui accueillie avec empressement , surtout par Alphonse. On se rendit donc sans tarder à Sainle-Marie-des-Monts. La chapelle , annexée à l'ermitage, fut ornée; on obtint de l'évôipie la permission d'y exposer le trèssaint Sacrement ; les pâtres de la montagne accoururent en foule; Alphonse, doublement heureux de posséder son Jésus et les pauvres, se livra avec délices aux élans de son zèle ; il évangélisa ces âmes abandonnées, et le Seigneur voulut qu'il ressentit en son caur un bonheur jusque-là inconnu pour lui. Sa grande réputation portèrent aussi l'évoque de Scala à lui demander quelques paroles pour son peuple. Alphonse se rendit à ses désirs ; et un seul sermon qu'il fil dan-^ l'église cathédrale suffit pour produire des merveilles de grâces. Les religieuses duTrè?- Sainl- Sauveur obtinrent de même quelquesunes de ces paroles bénies, dont il était saintement prodigue. En un mol, le repos de l'ermitage se convertit en un apostolat laborieui et fécond. Alphonse quitta sa retraite avec la joie dans l'âme, et en laissant aux heureiii habitants la promesse de les revoir au mois de septembre suivant. Mais en les quillanl, il cmporlaitdansson C(Purplus que de la joie; son séjour à Sainte-Marie-des-Monts avait déposé en lui un germe, une idée, qui fiv.l le commencement de la grande œuvre, l'idée de se vouer au salut des pauvres âmes abandonnées. Cette lumière divine le suivit et ne le quitta plus; et, trois mois après, quand u revint à Scala , la pensée secrète n'a?ait \^s disparu; le moment de la vocation tfMii enlin venu. Tarmi les religieuses du Saint- Sauveur se trouvait une sœur , que Dieu favorisait de révélations et de dons surnaturels. Sa vertu reconnue , et les épreuu>s nombreuses que des maîtres habiles dans la direction des âmes lui avaient fait subir, ivi laissaient aucun doute sur la vérilé de ses faveurs célestes. Son nom était Marie-Wlestine Castarosa. Ignorant complètement ce qu'Alphonse avait éprouvé et coiDi>n5 â

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Sainte*Harie-des*Monts » ello eut un jour (c'était le 3 octol»re 1731) une vision dans laquelle il lui fut montré une congrégation Dourelle de prêtres , qui , ayant h leur léte Alphonse de Liguori , se dévouaient à donoer des missions aux pauvres de la campagne. En même temps elle entendit une Toix aui lui disait : « Voici celui que je me suis choisi pour cette grande œuvre. » Quelques jours après , dans une entrevue qu'elle put avoir avec Alphonse , elle découvrit au saint la vision qu' elle avait eue à son sujet, et hii déclara ce que Dieu demandait de lui. Alphonse demeura frappé de la conforaiite de cette vision avec les pensées dont il était lui-même rempli. Néanmoins il fut toio d*adbérer sans réserve à cette première révélation ; et répondant à la religieuse cfue ce qu elle avait vu était le pur effet d'une imagination exaltée , il lui ordonna de n'en bire aucun cas. Celle-ci , au contraire, persista à dire que Dieu l'avait choisi et demandait de lui cette œuvre. Alphonse, de retour dans son appartement , voulut , mais en vain, comprimer et cacher le trouble secret qui remplissait son Ame. Il a^ait avec lui un ami intime , le prêtre don Mazzini ; celui-ci remarquant son agitation , lui en demanda la cause. Alphonse lui découvrit tout, bien assuré qu'un homme prudent tel que son ami ne manquerait pas d'approuver la réponse qu'il venait de donner à la religieuse. Mais, à sa grande surprise, donMazzini g rit parti contre lui, en laveur de ce que ieu venait de dire ; et il parla avec tant de force, qu'Alphonse, ébranlé de tous cêtés, et poussé intérieurement par la grAce , se décida ; non pas à entreprendre l'œuvre, car sa prudence et son humilité n'avaient pas coutufflo d'user d'une telle précipitation, mais au moins à donner suiteà ses pensées en consultant la volonté de Dieu par toutes les voies possibles. Il se mit donc a conjurer le ciel par ses prières , ses larmes et ses pénitences ; il prit conseil des personnages les plus saints et les plus doctes ; de Mgr Falcoja , évêque de Castellamare; de Mgr Santoro, évêque de Scala ; du Père Pagano , son directeur ; du l^re Manulio , illustre et saint religieux de ^ compagnie de Jésus ; du Père Vincent Cutica, supérieur des Lazaristes, et du Père Fiorillo, célèbre Dominicain ; il eut aussi recours h sa propre raison si droite, et à sa foi si éclairée. Enfin , après avoir épuisé toutes ks ressources de la prudence la plus chrétienne et la plus consommée, voyant que de tous côtés Dieu lui parlait le même langage , sentant l'attrait intérieur, entendant la voix des hommes qui parlaient au nom du ciel, et poursuivi par les divines paroles de la re'.igieuse de Scala, il arriva au point' de ne plus pouvoir se méprendre; et il fut obligé de reconnaître, par tous les signes les plus incontestables de la certitude naturelle et surnaturelle, que sa vocation était véritable , et que Dieu le voulait fondateur d'une nouvelle congrégation religieuse. Aussitôt, obéissant à ce dernier appel , il s'offrit au Seigneur avec la plénitude d'un courage pariait. Lent et prudent

jusqu'alors, il fut désormais invincible et immuable comme Dieu, dont il devenait l'instrument. Bientôt après , le ciel , comme pour récompenser son serviteur, confirma par un miracle la vérité des paroles de la sœur Castarosa ; et ce fut là le complément de Topération divine. Un jour que la servante de Dieu s'entretenait avec ses sœurs, Tune d'elles se permit d'élever des doutes sur la vocation d'Alphonse. Soudain, la sœur Marie-Célestine , dans un transport extatique s'écrie : « Dieu veut cette œuvre, et vous la verrez se réaliser. » « Je le croirai , » reprit la religieuse incrédule , » lorsque la sœur Marie-Madeleine sera guérie. » Cette sœur Marie-Madeleine était depuis de longues années frappée d'aliénation mentale.

Mais à peine ces paroles eurent-elles été prononcées, que Dieu opéra en faveur de son œuvre ; la pauvre aliénée fut instantanément guérie , et la vérité une fois de plus proclamée.

II. Commencements de la congrégeUion, Ce fut en s'appuyant sur ces fondements solides d'une vocation miraculeuse et reconnue, qu'Alphonse déclara et entreprit de réaliser la peD* sée du ciel. Mais aussitôt le démon s'éleva contre lui. A peine sa détermination eut-elle transpiré dans la ville de Naples, qu'un déluge de contradictions, de sarcasmes et d'injures vint fondre sur lui. Amis et ennemis, parents et étrangers, tout conspira pour l'arrêter. Le saint, fort de la volonté de son Dieu et inébranlable dans la foi en sa vocation, sut vaincre ou déjouer tous les obstacles. Le plus grand et le plus terrible était l'amour paternel qu'il fallait saintement mépriser, et l'amour filial qu'il fallait fouler aux pieds. Al« phonse ne balança pas un instant; il sut sou* tenir et vaincre les prières, les larmes, le désespoir et les embrassements d'un père qui, trois heures durant, s'efforça d'ébranler son courage. Cette victoire ajoutée à tant d'autres acheva de briser tous les liens, et le

8 novembre 1732, Alponse quitta Naples et arriva le mêmejour à Scala, suivi dedouzecom-

Eagnons. Le lendemain, 9 novembre, il cèlera la messe du St-£sprit après laquelle on chanta solennellement le Te Deum pour remercier Dieu de toutes les grâces reçues ; et c'est ainsi que naquit la congrégation du Très- Saint Rédempteur, le jour même où l'Kglise célèbre la dédicace de la basilique du Saint- Sauveur, consacrée sous ce titre à Jésus-Christ, chef et modèle des missionnaires. Aussi le

9 novembre 1732 est-il considéré par tous les Rédemptoristes comme le jour de la naissance de leur ordre.

Dès ces premiers commencements, Alphonse, éclairé d'en haut, possédait déjà en substance dans le fond de son Âme tout le plan de son institut, tel qu'il existe aiqourd'hui. Sans doute, ce plan primitif ne contenait pas encore tous les développements ultérieurement ajoutés; mais,quant aux pensées fondamentales, elles y étaient dès lors toutes vivantes et toutes formées. Donner des missions ou des exercices se rapportant aux missions, les donner préférablement aux pauvres gens de la

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DICTIONNÂIRIC

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campiagne, j adopter une manière de prêcher simple, et populaire, y confesser le ^plus possible, avec une sainte indulgence pour le pécheur et une implacable rigueur contre le péché et les occasions du péché; joindre à ces travail! apostoliques le soin de la sanctification personnelle, faire encore servir cette sanctification au salut des Ames ; pratiquer,

Sour soi et pour autrui, l'oraison et les vertus e mortification, d'humilité et d'obéissance, de pauvreté et de simplicité évangélique ; enfin, ramener toutes ces choses à l'imitation de J.-C. rédempteur, mattre et modèle des Rédemptoristes : elles étaient dès lors, telles furent toujours les idées d'Alphonse, et tel est en substance l'esprit de son ordre.

A peine établis à Scala, les nouveaux missionnaires se livrèrent avec une sainte ardeur aux pratiques de leur vocation, c'est-à-dire à Koraison, à la pénitence et à l'apostolat. Alphonse surtout, plein de la pensée delà rédemption, ne cessait de prodiguer ses prières, son sang et ses paroles pour le salut des âmes. Mais bientôt ces heureux commencements furent troublés. La plus grande partie de ses premiers compagnons, prêtres vertueux, mais qui l'avaient suivi plutôt par entraînement de zèle qu'avec un esprit d'abnégation complète, ne tardèrent pas è vouloir introduire dans la congrégation naissante des éléments nouveaux. On voulait surtout adjoindre l'enseignement aux missions ; mais telle n'était pas la pensée qu'Alphonse avait reçue du ciel. Il voulait avant tout lesmissions, et ne voulait avec elles que ce qui appartient au ministère apostolique, dans le sens strict du mot. Ses compagnons s'opinifltrèrent; Alphonse de son côté tint ferme; il eut le courage de se voir, sans chanceler, abandonné de tous, à l'exception du P.Sportelli,a1ors encore laïque, et d'un frère lai nommé Vitus Curzius. L'épreuve était sensible: se voir seul moins de trois mois après la fondation d'un ordre ! se voir en butte de nouveau et plus que jamais aux sarcasmes d'un monde acharné contre le bien! se voir abandonné môme des plus fidèles amis I être réduit à se demander un instant si Dieu soutiendrait l'œuvre et s'il la voulait I Cependant le généreux athlète en sortit victorieux : et même, inébranlable dans la foi en sa mission divine, il poussa l'héroïsme jusqu'à promettre par vœu que, dût-il rester seul, il se consacrerait jusqu'à la mort à l'accomplissement de son œuvre, aux missions parmi les pauvres et les abandonnés I Cet acte toucha le Seigneur, et bientôt après, Alphonse vit venir à lui ceux que le ciel lui avait vraiment destinés,ceux qui devaient former les éléments naturels de son ordre, et en être avec lui les premières colonnes; et alors la congrégation fut formée pour ne plus se dissoudre, quoiqu' il lui fut réservé de passer encore par des crises bien étranges et bien terribles, ainsi qu'on le verra plus bas.

La première pensée d'Alphonse et de ses compagnons fut de réaliser sans tarder le but de leur institut. On se livra donc aux missions, et en même temps on s'appliqua avec un

saint zèle à ! œuvre de la sanctiflcation per* sonnelle. D'autre part la Pro?idence, envoyant à Alphonse des sigets assez nombreux Eour multiplier les maisons , il parvint k se xer définitivement dans quatre résidences, qui furent Ciorani , Nocéra, Uiceto et Ca* posèle. Scala avait dû être abandonnée par suite de circonstances fâcheuses. Ces quatre fondations se firent toutes dans l'espace de quelques années, entre i733 et 1746. Hais les travaux apostoliques et les fondations, quoique Dieu leur accordât ses plus amples bénédictions, ne furent pas l'œuvre prin* cipale de ces temps primitifs. Ce qui importait

{)lus encore, c'était la constitution intime de 'ordre, c'était la formation et le développe* ment de sa règle. Tel fut aussi le grand ré* sultat obtenu dans cette première période, et la Providence voulut mi* Alphonse y em* ployflt 32 ans, depuis 1732 jusqu'en 1764.

nr. Développementi intérieure de Vorètt,-^ Que si l'on étudie sous ce point de vue l'histoire de ces 32 années, on ae peut s'empêcher d*admirer par quelles voies notre srintarrin graduellement à la complète réalisation de ses vues. Arrivé à Scala, avec l'Ame remplie des grandes et fondamentales pensées de son œuvre, il commença, ainsi aue l'ont fait la plupart des fondateurs, par faire pratiquer, comme usages primitifs, ce qu'il voulait un jour imposer comme règle écrite. Sous ses yeux et par l'exemple de sa vie, qui était Vî* déal personnifié, tes saintes coutumes s'établirent, les habitudes de vie religieuse se fixèrent et se dessinèrent,d'une manière tou* jours conforme à l'esprit de l'institut, k'9 grandes lois fondamentales se fortifièrent et s'enracinèrent. D'autre part, Alphonse ne tarda pas à mettre par écrit les pensées de son Ame. Il commença d'abord par tracer un nlao primitif que nous avons encore, puis il écri* vit lentement, et en pesant chacune des paroles au poids du sanctuaire, le texte de la règle définitive. Lorsque ce saint travail fut achevé, et ce ne fut que dix aus après la fon* dation, en 1742, il le proposa à ses enlanls. Ceux-ci, charmés d'avoir par écrit ce qu ils avaient si longtemps pratiqué et ce qu'ils avaient vu briller avec tant d'éclat dans la conduite de leur maître, accueillirent atee amour le bienfait d'une règle; le 22 juillet 1742, jour de la f%te de sainte Hagdeleine,les fervents religieux,tous réunispar leurPèreaui

Eieds des autels, s'engagèrent avec bonheur l'observation perpétuelle de cette r^^ bénie ; et, prononçant les vœux ordinaires de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, auxqu^l^^ ils ajoutèrent le vœu et le serment de pcrs^ vérance, ils se vouèrent par là irrévocablement au service du divin Rédempteur dans» congrégation. Parmi ces premiers enliots d'Alphonse, on remarquait surtout les P. P^ Sportelli, Sarnelli, Hazzini, Rossi, VilUni et Cafora, qui doivent être regardés comoe ses principaux compagnons. Cette accep* tation de la règle et cette union des stgcts par le lien sacré des vœux furent sans douta une mesure bien décisive et bien importante Toutefois, elle était loin de suiBra, tt, pour

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DES ORDRES RELICIEUX.

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donner è la congrégation la eonsislance d'un ^ inslilul religieux, il fallait surtout que la règle fût confirmée par la Solennelle et authentique approbation de l'Eglise. Alphonse le conaprit; et aussitôt après la réunion de 1742, il songea è Taire ce second pas. Toutefois quatre ans encore se passèrent avant qu'il entamftt à ce lujet aucune négociation, et il envploya ces aimées à mûrir le projet dans son âme. En même temps, sans doute, le travail des missions, la composition des ouvrages, et la pratique des plus héroïques vertus se partageaient la vie du saint. En même temps aussi la congrégation marchait dans sa voie ; elle travaillait, évangélisait, se sanctifiait selon l'observance régulière. Mais au fond de cette acliTité apostolique, le principal soin d'Alphonse était le sérieux travail de fondateur. Enfin, toutes choses étant préparées, il se décida en 1748 è demander TapprobalioD. Dan^ ce but , il envoya le P. Villani à Rome, en le chargeant du texte précieux auquel il s'agissait de conférer une autorité suprême. Son livre avait pour titre : Constitutions et Règles, non pasqu'il contint des constitutions annexées aux règles , mais parce qu'Alphonse avait voulu suivre en cela 1 exemple de quelques autres fondateurs. En même temps que le P. Villani partit pour sa grande mission, le saint et tous ses enfants se mirent en devoir d'attirer la bénédiction divine sur cette démarche si décisive. On pria, on ieûna, on multiplia les saints sacrifices, les pénitences et les bonnes œuvres ; on intéressa à la cause une foule de saintes Ames et de saints monastères, on s'adressa surtout à Marie, mère de la congrégation. Alphonse, plus que tous les autres , dans Tarueur de son zèle et de ses désirs, faisait des prodiges de sainteté et d'amour. A ces moyens surnaturels, il joignit ceux de la prudence chrétienne, et toutes les recommandations nécessaires furent soUicitées et obtenues ; puis chacun se mit à attendre en silence le salut de Dieu. Le P. Villani arriva à Rome, dans le mois de novembre 1748; le démon y avait préparé, ('omme partout, des obstacles à l'œuvre du ^«igneur, mais la Providence avait décidé qu'elle s'achèverait. Les cardinaux chargés de Tciamen de la cause furent ravis de la sagesse toute divine qui respirait dans la règle d Alphonse ; ils firent partager leur admiration parleurs collègues ; le Souverain Pontife reconnut lui-même l'excellence de l'institut. On comprit à Rome qu'il s'agissait d'une grande œuvre, d'une œuvre qui pouvait et devait devenir universelle. Le cardinal Bisozzi, rapporteur de la cause, avait répondu dans ce sens èune interprétation malveillante qui voulait que l'approDatioD ne fût donnée que pour te royaume des Deux-Siciles. Enfin, toutes les négociations étant heureusement terminées, le 25 février 1749, Benoit XIV donna le bref « Ad pastoralis dignitatis fastigium , » par lequel il approuva et confirma de son autorité ^stolique la congrégation et la rè^le du Três-Saiat Rédempteur; et dès lors, l'institut fut mis au nombre des ordres religieux reconnus dans l'Eglise. Quelques jours après, un

, courrier, envoyé par le P. Villani, arrivait h Nocera où se trouvait ^phonse. Le saint fondateur ouvre en tremblant le message décisif. Il n'ose lelire que peuapeu; lespremiersmots qu'il découvre sont ceux-ci : Gloria Patri I ... il continue et il lit : Gloria Patri I la règle est approuvée 1 aussitôt, tombant à genoux et versant des larmes de reconnaissance et de bonheur, il remercie son Dieu, son Jésus et sa mère Marie. Puis, rassemblant la communauté, il verse sa joie dans le cœur de ses frères en s*écriant : Visita, Domine^vineàmistam^et perfia eam qiuim plantavit dextera tua ; et enfin, tous entonnent avec transport le chant du Tê Deum. Bientdtla nouvelle oe cette approbation se répandit de tous côtés,et elle fut pour la congrégation le signal et le principe d une grande prospérité. Cependant Alphonse, en exécution du bref apostolique et pour donner à son ordre la constitution canonique déterminée dans la règle, assembla au mois d'oc* tobre 1749, dans la maison de Ciorani, un chapitre général. Les premières séances furent consacrées à la lecture de la règle, qui fut solennellement acceptée ; on renouvella avec bonheur les vœux de pauvreté, de charité, d'obéissance et de persévérance ; et ensuite, après 3 jours de retraite et de prières, on procéda à Télection du supérieur général, nommé dans l'ordre, Recteur Majeur. Le choix ne pouvait être douteux. Il n'y eut qu'un cœur et qu'une voix pour proclamer qu'Alphonse devait être le père et le chef de tous, et malgré les efforts aeson humilité, il dut baisser la tête et accepter le joug..

Tout dès lors paraissait organisé, et il semblait qu'il ne restât plus désormais qu'à se livrer avec confiance aux travaux pour lesqoela l'institut venait d'être approuvé et constitué. Sans doute, il en fut ainsi, et la Congrégation, à cette époque, nous présente le spectacle d'un ordre dans toute sa ferveur, et comblé des bénédictions divines. Les missions étaient nombreuses et toujours couronnées des plus heureux succès. Les maisons étaient remplies des sujets exemplaires; de nouvelles vocations venaient à chaque instant accroître la famille ; l'observance régulière était florissante; ^(e nombre des saints Redemptoristes était grand. A leur tête marchait Je glorieux fonoateur, dans lequel on admirait une perfection chaque jour plus consommée. Il voyait près de lui, un P. Sarnelli, qui devint bientôt Tapûtre de Naples, et dont les vertus furent telles que l'on n*a pas perdu l'espérance de le voir un jour honoré sur les autels; un P. Sportelli; un P. Alexandre de Meo, dont les tombeaux furent illustrés par beaucoup de miracles; un P. Cafora, dont Alphonse lui même, dans ses ouvrages, proclame la haute sainteté; un F. Blasucci, qui, simple scolastique, faisait revivre en sa personne, le souvenir et l'image de saint Louis de Gonzague; et par-dessus tous les autres, le vénérable frère Gérard Majella , dont les vertus ont été déclarées héroïques , et dont on espère prochainement la béatification. Dans la modeste position de frère laïque» ce saint religieux sut parvenir aux plus étonnantes vertus .prodige de pénitence, véritable

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tbaulûaturçe par le nombre et lagrandeurde ses miracles , il est, après Alphonse, la plus grande et la plus pure gloire de la congrégation. Telle était à cette époque la prospérité spirituelle du nouvel institut, et il semblait, nous le répétons, qu'il n'y eût plus qu'à marcher dans la voie, sans qu'il restât rien à ajouter au perfectionnement de l'ordre. Mais Alphonse ne pensait pas ainsi. Il ne jugeait pas encore son œuvre suffisamment assise ; et il voulait, au bienfait d'une règle approuvée, ajouter un ensemble de constitutions authentiques.

Tout ordre religieui, bien constitué, a ses règles ; il a aussi ses constitutions. Les règles sont l'abrégé substantiel et succinct de tout ce qui est essentiel à Tordre; il n'y a que cet abrégé seul qui reçoive du Saint-Siège une approbation et une confirmation formelle, et lui seul doit être considéré comme la loi fondamentale, h laquelle ne peuvent toucher ni le supérieur général, ni les chapitres généraux. Les constitutions, au contraire, sont les lois que l'ordre se donne à lui-même dans ses reunions générales , et dont le but est d'expliquer, de déterminer en détail, et de compléter la règle, afin de la laire pratiquer dans tous les^ points. D'après ces notions, on voit qu'elles sont un complément nécessaire, et l'on comprend qu'Alphonse ait voulu donner à son institut ce dernier perfectionnement. Il n*attendit pas, pour s'appliquer à ce travail, que la congrégation fût approuvée; mais, dès les premières années, il avait songé à ses constitutions eu même temps qu'à ses règles. Pour se diriger dans le choix des prescriptions, ce ne furent nil'arbitraire ni laspéculation qu'il prit pour fondement. Se réglant en tout sur fes pratiques traditionnelles et [primitives de l'institut, il voulut que les constitutions n'en fussent que l'expression exacte et fidèle. Durant l'espace de trente-deux ans, de 1732 à 1764, il poursuivit lentement et avec une sagesse céleste cet important travail. Dès 1749, dans le chapitre réuni pour l'acceptation de la règle, on rédigea quelques constitutions. Dans le chapitre de 1756, on y en ajouta quelques autres. Mais ces rédactions partielles et morcelées ne rendant pas tdUte sa pensée, le saint fondateur conçut le projet de composerlui-même un recueil complet, et de le faire sanctionner par le prochain chapitre général, qui, d'après la règle, devait s'assembler tous les neuf ans. Il s'en occupa incontinent, et avec son zèle accoutume. Outre que Dieu donna sa bénédiction à cet ouvrage, comme à tous ceux dont s'occupait le samt, les conjonctures étaient on ne peut plus favorables à l'accomplissement d'un travail de cette nature. Car la congrégation, à cette époque, se trouvait, comme nous l'avons dit, a l'apogée de l'observance régulière, et il était facile de constater les traditions. Alphonse était donc occupé de ce travail, et nous avons tout lieu de croire qu'il était près de l'avoir achevé, lorsqu'il fut inopinément nommé évèque de Sainte-Agathe des Goths. Cet événement fut un martyre pour l'humilité et la conscience délicate du saint; fut une bénédiction pour l'Eglise, enri-

chie par là d'un modèle des êvêques d'am^nl plus parfait qu'il était plus rapproché: fut un trait de la Providence pour autoriser dans le monde la salutaire doctrine du grand théologien ; et il ne fut pas un malheur pouria congrégation ; car il n altéra en rien les rapports du fondateur avec son ordre. Avec l'autorisation du Saint-Siège et sur la demande de ses enfants, Alphonse continua à exercer la charge de Recteur-Majeur; et il le fut, non-seulement de nom, mais encore de fait; il continua à gouverner, se résenrant toutes les affaires importantes, et n'abandonnant au P. Villani, nommé vicaire général de l'ord re, que les choses de moindre importance. Continuant ainsi à diriger son œuvre, il se garda bien, on peut le penser aisément, d'oublier la grande question des constitutions. Il l'eut au contraire plus à cœur que jamais. Entré <iu'il était dans sa 66* année, d'une santé affaiblie, il n'avait plus à attendre, humainement parlant, que quelques années de vie, sans espoir de rentrer jamais dans le sein de sa chère congrégation. Ces motifs réunis le

1)ressèrent de compléter l'héritage qu'il vouait laisser, comme fondateur, à ses enfants spirituels; héritage bien précieux sans doute, puisqu'il n'était que l'ensemlile de ses lumières et de ses espérances, et qu'il renfermait l'expression la plus explicite et la p\us nette de son esprit et de ses sentiments. Quand l'œuvre fut achevée, il convoqua, en 1764, un chapitregénéral àNocera;là,soussa présidence et Clans toutes les formes canoniques prescrites, l'assemblée s'ouvrit le 3 septembre. On y sanctionna les constitutions proposées par le père commun; elles furent rendues obligatoires pour toutes les maisons et pour tous les sujets de la congrégation; et après avoir consommé cette œuvi*e de bénédiction, le chapitre fit sa séance de clôture^ le 15 octobre, ]our de la fête de sainte Thérèse, grande patrone de l'institut. — A partir de ce moment le travail de fondation proprement dit était achevé ; l'ordre était constitué sur ses ba>e$ délinitives, la règle approuvée, le gouvernement régularisé, les constitutions sanctionnées; et tout était l'œuvre d'Alphonse; la règle était son œuvre, la fondation était son œuvre; quant aux constitutions, elles ont aussi l'inappréciable mérite d'être toutes l'expression de sa pensée personnelle, et d'avoir été pour la plupart composées et rédigées parlui-môme. Un particulier, toutes celli? qui traitent de la perfection religieuse sont spécialement de lui. Partout on remarqueson style, son onction, sa clarté, son tact pratiqm^. et l'on y retrouve môme des passages oôi/ parle en son propre nom.

IV. Nature intime de Vordre. —C'est m le lieu d'intercaler quelques notions sur ^t constitution intime, l'esprit, le but et \9S pr^ tiques de l'ordre. Ces matières nesonlaut^*> que le siiiet même des règles et des constitutions. En voici la substance : L*institut k Eropose une grande fin, qui est la re^i^'î»' lance avec Jésus-Christ Rédempteur. IV ♦ «t suprême se subdivise eu deux Qns essentu i '-$ et (li:»tinctes qui sont : la sanctiOcation r^

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DES OROaES RELIGIEUX.

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^onoeileella sanctification du peuple. Quant i l'œurre de leur sanctification personnelle, les Rédemptoristes ont pour obligation de tendre de toutes leurs forces à faire vivre en eui Jésifts-Christ crucifié , par la pratique d'uoe imitation fidèle l't d'une union étroite arec lui. Pour arriver à cette union, ils doireot fitire profession d'être de parfaits serviteurs et de vrais enfants de Marie ; et les )>riDcipaux moyens dont ils disposent sont premieremeni les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Par le vœu de pauvreté, ils s'engagent, tout en conservant la propriété de leurs biens, à n*user d'aucune chose temporelle eoninie d'une chose qui leur appartienne en propre. Ils sont obligés à une ne absolument commune, sans au il y ait, soit pour la nourriture, soit pour l'étone des Tétements, soit pour le logement, soit pour quelgu'âutre chose matérielle, aucune distiQction entre les P^^res et les Frères laïques); lacooifflunauté parfaite s'étend jusqu'aux récréations, que tous. Pères et Frères, doivent passer ensmible. La pauvreté les oblige encore à n'aToir qu'un vêlement simple, mais kooDète : il consiste en une soutane de drap commun, ouTerte et croisée sur le devant, et surmontée d*un collet blanc. Les Frères Laïques seuls ne portent pas ce collet. La sour laneest fermée par une ceinture en laine, et à cette ceinture est suspendu, sur le côté, un rosaire avec une médaille. Tous les sujets portent sur la poitrine un crucifix en cuivre, Qu'ils gardent sous la soutane. La coiffure des Pères consiste en une barrette noire à trois cornes. Hors de la maison , ils ont un naoteau et portent le chapeau ordinaire. Outre la simplicité du vêtement, ils sont tenus aussi è n'avoir qu'une nourriture simple, mais suffisante et saine. Passant à un autre objet, b pauvreté leur défend enfin de prétendre à aucune dignité ecclésiastique, et leur ordonne même de les refiiser, à moins que le Souve* nio Pontife n'exige qu'ils les acceptent. Par le vœu de chasteté, ils s'en^^agent a une pureté sans tache» et à l'emploi des moyens nécessaires pour sa conservation. Le vœu ^obéissance les oblige h se s<iumettre aux ordinaires des lieux où ils se trouvent, pour tout ce qui concerne leurs travaux et ce qui n*est pomt défendu par leurs constitutions ;

rb ils doivent la soumission la plus parfaite tears règles et à leurs supérieurs ; l'abnéption avec le dépouillement absolu de toute volonté propre est une de leurs principales obligations. Outre ces trois vœux ordinaires, les Rédemptoristes ont encore le vœu et le serment de persévérance, en vertu desquels, (lune part, les sujets s'engagent devant Dieu ft devant la congrégation, par religion et par justice, h persévérer dans l'institut et à le ser- ^r jusqu'à la mort, à moins que, en certains cas très-rares , ils ne puissent légitimement en être dispensés ; et , d'autre part , la conp&gation s'oblige h ne pas renvoyer les sujets, h moins qu'elle n'y soit autorisée par des motifs suffisamment graves. Ainsi lié par ws vœux, le Rédemptoriste doit selivrer à l'oraison, iaire, en vertu de la règle, trois médi-

DICT10H5. DBS Ordres aelig. IV.

tatioDS chaque jour, dont chacune dure une demi-heure ; puis, les examens de conscience, la lecture spirituelle, la visite au SaintnSacrement et à la très-sainte Vierge, la récitation quotidienne du chapelet, les retraites annuelles et mensuelles. Il doit aimer et prati- Îuer l'humilité, laver la vaisselle, servir ses rères à table , veiller lui-même à Tentretien de sa chambre, pratiquer le silence, surtout à certaines heures du jour ; exercer la mortifia cation et aimer la souffrance; prendre la dis* cipline deux fois la semaine, coucher surine simple paillasse, faire abstinence pencar.t rAvent et les neuf jours qui précèdent fa Pentecôte ; jeûner la veille des principales fêtes de Marie, s'abstenir de toutes sortes de jeux, et ne retourner jamais cbe; ses parents, sauf le cas de maladie grave d*un père ou d'une mère, ou de quelque urgente nécessité, et avec la permission des supérieurs. Enfin il doit entretenir avec ses Frères la plus étroite union fraternelle, et dévoiler au supérieur l'intérieur de son flme avec une parfaite ouverture de cœur. Quant à leur seconde fin, qui est la sanctification des peuples, les Rédemptoristes , quoiqu'ils doivent se rendre aptes à servir l'Église dans toute espèce de conjonctures, sont néanmoins spécialement destinés à travailler au salut des Ames les plus abandon* nées, et particulièrement des pauvres de la campagne. Ils doivent, dans la recherche de cette fin, comme dans l'œuvre de leur sanctification persounelle,preBdrepourmodèleJésus- Christ rédempteur, et pour patronnc.Marie, sa Hère et la leur. Continuer avec et comme Jésus-Christ l'œuvre de la rédemption sur la terre : telle doit être la vie de leur i)me, afin qu'ils portent avec vérité ie nom de Rédemptoristes. Les moyens dont ils doivent user pour une si noble fin sont : la sainteté, dont il est parlé plus haut; la science, qu'ils doivent posséder a un haut degré, mais d'une manière conforme à la science évangélique et simple de Jésus-Christ et des apôtres ; et enfin les travaux apostoliques proprement dits. Leurs principaux travaux, et ceux qui doivent passer avant tous les autres, sont les missions, et à leur occasion les retraites aux différentes classes de fidèles; puis les renouvellements qu'ils ont coutume de faire cinq ou six mois après les missions proprement dites ; puis les retraites ecclésiastiques, les conférences, les associations et les neuvaines. Us doivent également exercer le ministère apostolique dans les églises de leurs propres maisons. Il leur est interdit d'assister aux processions et cérémonies publiques, de diriger les séminaires et les communautés religieuses, d'avoir des cures et de prêcher les stations de Carême. Dans tous leurs travaux apostoliques, les deux fonctions auxquelles ils doivent s'appliquer avec prédilection sont la prédication, et, plus encore, Tadministrationou sacrement de pénitence. Dans la prédication , il leur est ordonné de la manière la plus stricte d'être toujours simples, populaires, pratiques, de manière à être pour ainsi dire nécessairement compris. Au confessionnal leur principal devoir est d'être bonsenversles pécheurs,

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mais impitoyables pour réloignement des occasiODS du péché, qu'ils doivent, autant que possible, avoir écartées avant d'absoudre Je pénitent. — Pour ce ({ui touche au gouvernement, la congrégation est régie par un supérieur général, nommé Recteur Majeur, lequel est élu par un chapitre général; il est nommé à vie, et assisté de six consulteurs. L'autorité de ces derniers n'expire qu'avec eelle du Recteur Majeur. Tout l'ordre est divisa en provinces, et les provinces se composent d'un certain nombre de maisons.

Chaque province a pour supérieur un provincial, et chaque maison un recteur.

Tel est le tableau succinct et substantiel de l'institut, et telle était l'œuvre d'Alphonse en l'année 1764 , 32 ans après sa fondation. Il semblait qu'alors le saint patriarche dût s'attendre h la consolation aont ont joui presque tous les fondateurs, qui, pour Ta plupart, ont eu de leur vivant le bonheur de voir leur ordre s'étendre et s'implanter dans toute l'Eglise. La congrégation en effet était toute prête à prendre son essor; et jamais il n'était entré dansla pensée d'Alphonse d'en faire une œuvre particulière , restreinte au royaume de Naples. Outre la preuve oue nous en avons dans les constitutions de 1764, où l'on parle de la division de Tordre en provinces, et de sa diffusion dans les différentes parties du monde , il nous reste d'autres témoignages dans lesauels le saint manifeste ouvertement sa pensée à ce sinet; entre autres ces paroles si frappantes : Si la eonaréaatian ne se propage pas nors du royaume de Naples^ *tlle ne formera jamais une vraie congréga-- :*tion. Le moment était venu où il pouvait s'attendre à voir se réaliser cette espérance et . ce désir. Mais c'est précisément ici que les ' choses vont changer, et que va commencer pour son ordre une nouvelle histoire , avec

• ee caractère pénible et mystérieux dont nous ^ pariions au commencement.

V. Epreuves terribles. — Arrivée , à la fin 'de Tannée 1764 , au terme de sa plus vigour reuse jeunesse., la congrégation va maintenant » comme s'affaisser , sans perdre néanmoins son être essentiel, je veux dire sa règle et son esprit. Elle s'affaisse, dis-je, elle semble se dissoudre, n*es6aie que lanternent et péniblement de se .former sur divers points de la chrétienté ; elle travaille , gémit , toujours fidèle h garder le dépôt de sa règle, toujours vivante de sa vie naturelle et primitive, toujours féconde et laborieuse, mais néanmoins

* toi^jours souffrante, et il faut près d'un siècle pour la faire parvenir enfin è sa position stable et normale. Cette énigme n'en est plus une, quand on a étudié les faits et compris 'l'époque ; et, du spectacle de cet ordre religieux toujours fidèle et toujours battu par les orages, il ne reste dans Tâme gu'un sentiment d'admiration et de reconnaissance pour la Providence divine. C'est ce que nous allons voir, en reprenant l'histoire.

Un. concours malheureux d*ujie Xoule de f:irconstances politiques et d'incidents huioains, auxquels Dieu permit d'inUucr sur

les destinées do la congrégation, d'eotniTef sa marche et de gêner sa vie sociale, Uxit en leur interdisant de compromettre jamais » vie religieuse : telle est au fond la cause première et unique des g[randes souffraMcs que nous allons décrire . L'époque oà naquit la congrégatrion était certes une des plus malheureuses et des plus contraires \ tout établissement religieux. Dieu le Toutut sans doute ainsi, pour faire éclater sa sagesse et sa puissance, en faisant nattre un noarel institut, au moment même où les anciens allaient pour un instant succomber. Au dithuitième siècle, les ordres reliçeux ne pouvaient pas, comme aujourd'hui, se former et vivre à l'ombre d'un gouvernement donnant à tous le bénéfice de l'indifférence ou de la liberté. La puissance séculière avait, plus que jamais, la manie de s'immiscer dans les choses de Dieu, et certes ce n'était |ms pow les favoriser. Alphonse comprit de suite qu'il n'y avait d'existence possible pour sa congrégation qu'autant que le gouvememeot fe voudrait oien. Il savait bien stm doute ^ la puissance des princes ne peut ni Mre ni défaire un ordre religieux en tant que reli-

Bieux; mais il n'ignorait pas non plus que ieu subordonne toujours plus ou mous l'existence sociale de sesenfSuits aux caprices des puissants de la terre. C'est pourcpioi , eo même temps qu'il s'appliqua, avec cette sagesse que nous avons admirée, à la constitution domestique et religieuse de son onifc, il chercha aussi à lui donner le bienlùt, pour lors nécessaire, d'une existence civile et légale. Mais s'il réussit dans la première de ses entreprises, il échoua dans la seconde ; et il advint alors que sa congrégation fut saisie, et cependant gravement compromise dans son existence. Dès Tannée 1747 il avait demandé, mais sans succès, Tapprobationroyale. En 1752, il renouvela ses sollicitations, et. malgré les bonnes dispositions personnelles du roi, il n'obtint qiTun décret, qui, sous l'apparence de quelques clauses indulgentes, était meurtrier i)our la congrégation. Car, outre qu'il refusait de la reconnaître comm institut religieux, il défendait aussi à Alphoose d'établir d'autres résidences que les quatre maisons actuellement existantes. C'était touper le germe de l'arbre au moment de 9 croissance. De (ait, il n'y eut plus d'autres maisons établies dans le royaume de N«p'^ du vivant d'Alphonse. Ce fut k dater de <t moment surtout que le saint porta ses mes hors du royaume ; il établit une mai^oo i Girgenti , en Sicile , grâce à la législatif particulière qui régissait ce pays ; il bodi. et il fonda avec bonheur, trois maisons àss^ les Etats pontificaux ; celle de BéoeTent « 1755, et plus tard celles de Scifelli ei àt Frosioone, la première en 1773, la seconde « 1776. Ces fondations lui paraissaient un tvfuge et une ressource pour Tavenir de lacon* grégation : tant il prévoyait claireoient b ravages de la politique dans le rojaiuoe » Naples. Plus tard encore il apprit avec fi^ que deux allemAuds, le P. BoBnauer et «^ compagnon, étaient entrés dans le oo«aji

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DES ORDRES RELIGIEUX

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(te Rome. A cette oeeasion et ^dans beaucoup d'iutres encore, il laissa échapper le fond de SA pensée sur Teitension luture de son ordre iiors de ritalie.

Quoi qu'il en soit, depuis le triste décret de i:5i jusqu'en Tannée 1767, les choses restémi stationnaires ; mais alors, une terrible tempête s'éleva contre la congrégation. Trois sortes d'ennemis, les uns, impies déguisés ou jansénistes cachés, les autres bléss«5 par le zèle des missionnaires qui contrariiieQi leurs passions; d'autres enûn, poussés par UD vil intérêt, entreprirent de la renverser de fond en comble. On accusa les Réduaptoristes de s'être constitués en corps religieux, et d'observer à la lettre la règle de Benoll XIV. Ce grief était vrai, mais n'était ni QQ erâae, ni une illégalité . On ajouta à celte accusation capitale, celles d'ambition, de cupidité, de morale relAchée, de fomen-» \àm de discordes, et beaucoup d'autres enfoit. Les intrigue^ les menées de toute espèce furent mises en jeu ; et elles ne rencontrèrent ^etrop de correspondance de la part des ministres gouvernants, presque tous imbos des fausses doctrines parlementaires du tesups. L'acharnement fut long et implacable. Il dura douze ans entiers, de 1767 à 1779. Ptodaot ces douze années de lutte, Alphonse ft l'admiration du ciel et de la terre. Cassé Je rieillesse, accablé des infirmités les plus cruelles, en proie à mille chagrins^ chargé d un diocèse qu'il gouvemaiLjusque dans les iDouHires détads, obligé de lutter contre des ^ nombreux, ajoutant h tant de souffranf^ de continuelles austérités, appliqué à la composition d'une foule d'ouvrages théologiques et ascétiques, donnant chaque jour de loogues heures à la prière, l'héroïque viciliim trouvait encore du courage et du temps pour gouverner son ordre, et pour lutter f^ec persévérance. Parmi tant de tribulations, il eut en 1775 la consolation de pouvoir quitter son évêché pour rentrer à Nocera , et )(JOger k mourir en paix. Hélas! il devait vi- «re encore et d'une vie bien amère. Il est vrai qu'en 1779 la grande lutte de douze ans se ^noina par un triomphe ; mais la paix ne dura que bien peu de temps, et iit place tieQtôl à de lamentables désastres.

Entamons le douloureux récit de ces catastrophes. L'heureuse issue du long combat ^nqioé en 1779 était due en grande partie à Iliabileté du P. Majone, consulteur général, l^el avait été chargé de représenter la con- ^gation à Naples. Le P. Maione était un homme plein de dextérité dans les affaires, et <i une vie jusqu'alors régulière. Mais & un religieux, quand il est haut placé, le? vertus ordinaires ne suffisent pas, il lui en faut d'extf^ordinaires ; l'humilité surtout lui est néc^-ssaire, et une humilité profonde. Le P. Hajone ne l'avait pas. Il se laissa enfler par son ^ccès et donna entrée dans son âme à la présomption et à la vanité. Plein de luiïDême, sans le savoir encore peut-être, il proposa à Alphonse une nouvelle tentative pour obtenir l'approbation formelle et difv^cte de la règle de Benoit XIV, et igouta

qu'il répondait du succès. Alphonse, avant de consentir, voulut que l'on consultât des amis prudents. Sur leur avis, il se décida; et les négociations furent confiées au P. Majone. Celui-ci en acceptant, exisea, par motif de prudence, c[u'Âlphonse et les autres consulteurs promissent par serment un inviolable secret. Le serment fut prêté. Alphonse, toutefois, déclara à plusieurs reprises et trèsénergiquement au'il ne permettait aucune dérogation aux règles, si ce n'est pour un article consigné dans le décret de 1752, lequel article, nécessité par les circonstances, n'altérait en rien la substance et l'esprit de l'ordre. Le P. Majone partit avec ces instructions, et alors s'entama la fatale négociation. Pour comprendre le martyre d'Alphonse, que l'onse figure un instant l'amour et l'amour souverain que le saint devait porter k son ordre. Tout ordre religieux est pour son fondateur un enfant de douleurs, un gage de prédestination éternelle, une entreprise identifiée avec la vie tout entière, une œuvre mille fois précieuse pour le ciel et la terre, un objet en un mot essentiellement aimable. Alphonse aimait donc la congrégation, il l'aimait du fond de son cœur, moins sans doute que la volonté de Dieu, mais incomparablement plus que lui-même ; ou plutêt, sa congrégation, c'était lui-même, c'était sa vie, c'était son être. Et il fut oblijgé d'assister à une catastrophe gui, humainement parlant, devait en être la rume; d'y assister sans avoir le temps d'jr porter remède ; d'j assister sans pouvoir agir, cloué qu'il était sur sa chaise roulante, paralysé, le corps tout brisé, incapable de faire aucune démarche, d'écrire même une seule lettre; et il fut réduit à se voir tombé dans la disgrâce du Pape, lui qui aurait donné mille fois son sang pour l'honneur du Saint-Siège ; et ce fût de quelques-uns de ses propres enfants qu'il dut endurer ces tourments. Mais reprenons les faits. Le P. Majone partit donc à Naples avec la promesse du secret. En même temps IHeu permettait qu'à Frosinone, dans les Etats pontificaux, un autre Père se fît per- ^sécuteur d^Alphonse. Il se nommait Isidore Leggio. Homme souple, poli, et cachant sous un calme apparent une âme passionnée, Leggio était un de ces sujets murmurateurs, tels qu'il s'en trouve toujours dans toutes les rehgpons, par une adorable permission de celui qui voulut un Judas parmi les douze apôtres, et qui permet des dissensions jusque dans son Eglise. Transféré de maisons en maisons à cause de son influence dangereuse, il avait été finalement fixé à Frosinone ; ce fui là que, concevant une haine secrète contre Alphonse, il forma le projet de secouer son autorité, de séparer d avec les maisons de Naples celles des Etats pontificaux, et de déchirer ainsi le sein de sa mère. Il fut assez adroit pour infiltrer, sans apparence de mal, ses funestes pensées dans l'esprit de phisieurs de ses confrères. Les choses en étaient là au moment où Majone arrivait à Naples. Celui-ci, loin d'obtenir l'approbation qu'il s'était engagé à procurer, ne tarda pas à voir que ,; vu les dispositions de la cour,

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)'.' «-iicccs r Ic'iit ifûfïO^silj'.'j. li rj'ir -il ili^ des Jors n:loijrrior à Noc^^ra, <.l ,:iV'.'ii.;r i|u'ii i*ét;jil trompé: i'huruililt- lui tiî dtlatit : il u\:n eut ]»,'j.s !♦:; coîjncro. Alors que fil-ii ? E-r.'ULp'jr IVirnour de lui-uiL-rne et de >a rcffUi^Son, il se liiil à ryjuper et à retr<'ir.<"h».T d»,- In r».^gle tout ce qui n'él.'iil \ifi< du-:oût des iuini>tres. Les vœux furent irii[)!îoynl>lL'iuent al«olis ;ceux de chasteté et d'obéissance furent renj[dacé5 jjâr des sernients, celui de pau\relé par quelques sinj|»I^-> promesses. Mal::ré les etlorts ne Majone j)Our tenir sa pré\aiic^lion secrète, il en transpira quehjue chose. Les sujets alannés, parce qu'ils aimaient la re.:^lc, en écrivirent de tous cotés à Ali»honse. Le hon vieillard, ne pouvant soup<.onner une trahison de cette nature, et retenu par son serment, rassurait de tous côtés ses enfants par des déclarations générales, dans lesquelles il protestait qu'on ne ferait aucun changement à la règle. Toutefois, par prudence, il en écrivit au P. Majone; celui-ci répondit par les protestations les plus solennelles ; et bientôt après il eut l'audace de venir en personne à Nocera. Là , le traître présenta au saint J*œuvre d'iniquité, écrite de sa main, en lui protestant avec une inconcevable impudence, qu'elle était en tout conforme à la règle... C'était une pièce assez longue, d'une écriture très-petite, et prescjuc indéchiffrable. L'auteur sans doute était convaincu qu'Alphonse ne pourrait pas la lire par lui-même ; et, de fait, le saint vieillard l'ayant examinée quelques instants, ne se sentit pas en état d'en prendre connaissance. Il la confia donc au P. Villani, son vicaire général. Celui-ci, lorsqu'il en vit le contenu, en fut stupéfait et interdit, et alla en demander compte au P. Majone. Il ne reçut poar réponse que des termes injurieux et violents. Majone lui dit que le roi ne voulait absolument rien entendre*, au sujet des vœux, qu'il n'appartenait pa.s à la congrégation de faire la loi, qu'au reste la règle était conservée , et'n'avait subi que des modifications de peu de conséquence. Le P. Villani crut pouvoir se persuader alors que les affaires étaient trop avancées ; privé de l'appui des autres consulteurs, qui étaient absents, il eut, malgré sa vertu, la faiblesse de cacher au pauvre vieillard le véritable état des choses, et de lui dire que tout allait bien. Le P. Majone put alors retourner triomphant à Xaples et v consommer son œuvre; et, le 20 janvier 1780, le roi apposa sa signature à un décret par lequel il approuvait la nouvelle règle sous le nom de Règlement. Cette pièce fatale ne fut expédiée à Nocera qu'un mois plus tard, le 27 février. Elle arriva dans l'après-dîner, précisément à un moment oij Alphcmse était trèssouffrant. En attendant qu'on la lui présentât, toute la maison en prit coimaissance et ce fut une explosion de murmures.

Dès le lendemain avant le jour, on se porta en foule h la chambre d'Alphonse pour éclater en plaintes et en réclamations. Il demande alors les pages fatales : on les lui présente. Le pauvre vieillard les parcourt de ses yeux affaiblis, et la douleur dans l'âme, il

séorie : • C-!a ne se peut, cela w se peut. î'uis sa iressantauP.Villani,il lui dit : « Dr Auviré, je ne m'attendais pas à cela de vot p.'ift; >' et a-ors se tournant versla cotnnit r.aulé, ii ajouta, les larmes aux yeux, que c'^ tait lui qui méritait la plus grande punîlin puisqu'on sa qualité de supérieur gcnfr; il aurait dû prendre par Jui-mômeconnni: sance de ratldire. Eniin, jetant les yeux si î^on crucifix: « Mon Jésus, s'écria-t-il, je n suis fié h mon confesseur, sur qui pouvaismit'ux me reposer? » Et, versant un torre de larmes, il passa toute la matinée dans i silence et un accablement profonds. — R venu de ce coup de foudre, sa premiê pensée se f»orla sur le P. Majone, et ce î pour lui pardonner et lâcher de le sauver lui écrivit une lettre pleine de douceur, dsi laquelle, après l'avoir engagé à rentrer àCi( rani,ou dans toute autre maisoaàson choix, lui promettait d'oublier le passé, de défendi partout sa réputation et de l'aimer toujou comme un fils. Mais le malheureux demeui insensible et quitta la congrégation. Le m était fait, comment le réparer î On se décida convoquer à Nocera une assemblée général Elle s'ouvrit le 12 mai 1780. Tous, ou prêt que tous les Pères qui en firent partie, étaiei zélés pour la règle. Mais c'était prccisémci ce zèle qui les rendait, pour le moment, plu accessibles à des passions mauvaises, cachée sous le masque du bien. Pour tout raeltre ei feu, il ne fallait qu'un agitateur et un mau vais esprit. Ce mauvais esprit se rencontra : c fut le P. Leggio, présent au chapitre, comni député de Frosinone. L'assemblée fut do» ce qu'on pouvait attendre d'une réunion é beaucoup de bonnes volontés, égarées pardej intrigues. On éclata en plaintes contre leP Majone, contre les consuitcurs, contre Klphonse lui-même; on alla jusqu'à luirepro^ cher en face d'avoir d<^truil la congrégaiiuo On le somma de donner sa démission pour procéder à l'élection d'un nouveau Recleui Majeur. 11 céda sans difficulté ; mais comiM la plupart des capitulaires, malgré leur égarement momentané, étaient de bons religiétu qu'aveuglait, non pas une passion conim Alphonse, mais un zèle trop naturel pour I* règle, le saint fondateur fut réélu ; et la dernière conclusion du chapitre fut qu'on présenterait une supplique au roi pour obie/iîr qu'il retirât le Règlement; ce qui fut esécuti'. mais sans succès.

Cependant la série des tribulations était loin d'être terminée pour Alphonse. De Nocera, le P. Leggio se rendit directemenlàRoffl^ où, par sa profonde hypocrisie, et par un concours de circonstances telles que la calomnie parut revêtues des apparences d'une vérité presque évidente, il sut tromper le Pape Pie VI, sans qu'il y eût de la part (tu Saint-Siège aucune imprudence, ni aucunecrédulité. Il sut lui persuader qu'Ai phonse et routes les maisons du royaume de Naples aTaienl prévariqué en acceptant le Règlement et en renonçant à la règle de Benoit XIV, ce qui était un insigne mengonge ; puis, p'*sant plus loin son acharnement, il par>uîi à

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obtenir que le Pape, toiyours abusé, et ne pourant guère nepasTétre, publiât un décret )»8r lequel il déclara, que les maisons du Mjaume de Naples, et Alphonse à leur \i% ajant quitté leur règle primitive, iraient cessé d'appartenir à la congrégation ilu Très-Saint Rédempteur; que les maisons des Etats pontificaux constituaient seules tout i ustitut, el qu'elles auraient un supérieur gé* oéral^qui fut le P. François de Paule. Tout (da fut exécuté et promulgué le 22 septembre 1780, et ni Alphonse, ni ses enfants calomuês ne purent trouver mo^en de faire parleoir la vérité jusqu'au Samt-Siége ; le gou- Tcmement napolitain et sa déplorable politique rendant presque impossible toute communication avec Rome. Quand on vint an- Dooeer au saint ces lamentables nouvelles, il K préparait à entendre la sainte Messe et i ivcevoir la sainte communion. Le P. Villani cotra dans sa chambre et lui lut le décret do sa déposition et de son exclusion de la con^gation. Inclinant la tète, il dit : « Je ne Ttuxet ne cherche que Dieu seul, et il me wtiit que la grflce ne me manque pas ; le S^ot-Père le veut ainsi, que Dieu soit loué. » ic fut \h tout ce qu'on lui entendit dire ; puis il continua tranquillement sa préparation li communia ; et jamais, dans la suUe, il ne

rféra uoe parole qui ressentit tant soit peu manque de soumission. « La volonté du fape^cest la volonté de Dieu, j» répétait-il HiUTeQl. — Toutefois cette héroïque résigna- M n'empêchait pas qu'il ne ressentit la plus Tive douleur en voyant la destruction de s<« ordre. Cette destruction lui paraissait son wfre et la punition de ses péchés. Le plus ^vent sa tristesse était profonde et sans «ioucissement ; quelquefois aussi, par interfaU«, une lumière prophétique l'éclairant» il voyait J'avenir de la congrégation et il préfiisait qu'elle étendrait ses ailes, se répan* M dans toutes les parties du monde et du- ^fait jusqu'au jour du jugement. Mais ces ■toments de consolation n'étaient que passeurs et bientôt il retombait dans ses angoisses i^riiiiiaires. Toutefois, malgré l'accablement de Mdouleurel sa vieillesse extrême, il sut encore ^w dans son amour assez de force pour 'Isoler sans relAche de nouvelles démarches, ^^ l'ei^pérance de çuérir le mal. Il crut *i abord pouvoir concilier Naples et Rome en 'ji^tenant de Ferdinand IV queloue accommodaient oui sauvegardAt la règle ; il imagina -^te oe proposer la division de la congréifaiioa en deux provinces, l'une napolitaine ^iaalre romaine; mais tout fut inutile. Le ^' l^eggio déjoua tous ses efforts* Pour se l^assurer, l'admirable vieillard s'était soumis, ^ le principe, au Père François de Paule, ^me un sujet à son supérieur, et il se contait en pensant que celui-ci le reconnais- *w comme membre de la congrégation.

Upendant.en 1783, la position d^Alphonse *^ ses Frères du royaume de Naples reçut ^Nqueadoucissement. Un grand nombre cTé- ?^es ayant présenté pour eux au Pape des JJtetificaUoDs très-énergiques et très-fondées, >^ n en tut profondément impressionné, et

il leur aurait peut-être rendu toutes ses faveurs, si des considérations plus élevées, relatives au bien général du royaume de Naples, ne l'en eussent empêché. Mais il leur accorda du moins communication de tous les privilèges dont jouissaient les maisons des Etats pontiûcaux, avec permission d'en user, eux el ceux qui entreraient chez eux dans la suite. Cette dernière clause était une reconnaissance au moins indirecte de la congrégation dans le royaume, non pas précisément comme institut du T.-S. Rédempteur, mais comme un corps de missionnaires di^e des faveurs du Samt-Siége. Cette demi - approbation adoucit un peu les peines du saint fondateur et de ses Frères ; mais ce fut tout ce qu'il obtint jusqu'à sa moil.

Quatre ans encore devaient le séparer de ce terme si désiré ; et , qui le croirait I u.n calice , plus amer encore peut-être que celui qu'il venait d'épuiser, lui était réservé. Jusque-là Alphonse, parmi toutes ses peines, avait au moins conservé la sérénité de la conscience. Duraut ses deux dernières années , Dieu , qui voulait en faire un miracle de patience, lui fit souffrir une soustraction de lumières et de srAces sensibles, mille fois plus pénible que la mort. Alphonse tomba dans une tristesse profonde , dans une obscu* rite entière, et la pensée, la pensée affreuse pour lui, qu'il déplaisait à Dieu, qu'il l'offen* sait en tout et quil ne se sauverait pas , s'attacha à son Ame pour la torturer, et lui faire endurer, selon ses expressions, les tourments de l'enfer. Enfin, après deux ans, le Seigneur jugea que son serviteur avait assez souffert. Le 19 juillet 1787, Alphonse fut attaqué d'une fièvre ardente, Iqui rut lavant-coureur de sa mort. Aussitôt les peines intérieures disparurent, et le calme rentra dais son âme. L'heureux vieillard put alors penser que le temps de son exil allait finir, el que la patrie allait s'ouvrir pour* lui. A la première nouvelle d'un danger imminent , ses' enfants, aui n'avaient pas cessé de l'aimer et d'être ignés de lui, accoururent de tous côtés, pour recueillir sa dernière bénédiction. Dans la nuit du 31 juillet, l'agonie commença; mais une agome douce et sans trouble. De-

Imis lors jusqu'au dernier soupir, ce fut dans e saint patriarche une union continuelle avec Dieu, avec Jésus, Marie et Joseph; tes colloques les plus tendres, la paix la plus céleste adoucirent et préparèrent son dernier passage ; enfin, le 1" août 1787, vers midi, au moment même où l'on sonnait VAngeluê , il expira doucement en produisant un dernier acte d'amour. Jésus-Christ, Rédempteur, reçut sa sainte Âme et couronna son serviteur : TKgUse ne tarda pas à glorifier sa mémoire; le nom de saint Alphonse-Marie de Liguori devint bientôt un nom chéri et vénéré ; on reconnut et on honora en lui le saint, l'évêque, l'apôtre, et la lumière de sou siècle.

Quant à la congrégation , son œuvre et sa fille chérie, elle recueillit avec son dernier soupir l'héritage de la paix. Bientôt après la mon du saint , toutes tes difficultés s'aplani-

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rent ; le roi Ferdioand IV approuva enfin la règle de Benoit XIV; Pie VI permit la convocation d'un chapitre général dans le but d'élire un Recteur Majeur pour toute la congrégation» et, le 11 mars 1798, fut élu le P. Fierrc Blasucci. Le P. François de Paule renonça à sa chaîne, et la congrégation, si ballottée 9 se replaça enfin sur ses bases naturelles, pour entrer dans une nouvelle période , que nous allons rapidement parcounr.

1 1. — Le Père Hoffbauer, sa vocation. Etablissement de la congrégation hors de l'italie. Epreuves,

I. — Vocation du P. Hoffbauer. — Ainsi que nous l'avons vu, saint Alphonse avait dit qu'après sa mort la congrégation commencerail a s'étendre. Voici sur ce sujet une prophétie bien remarquable du saint Patriarche, aue nous a conservée son confesseur le P. volpicelli : s'entretenant un jour avec quelques Pères sur la triste situation dans laauelle se trouvait l'institut (c'était au tem|)S e la séparation mentionnée plus haut), le saint leur dit : « N'en doutez pas ; la congrégation « continuera à subsister jusqu'au jour du ju- « gement, car elle n'est pas mon œuvre, mais « elle est l'œuvre de Dieu. Tant que je vivrai < elle restera dans Thumilité et dans l'hu- « miliation ; mais après ma mort elle ne tar- « dera pas à étendre les ailes, et à se répandre, t surtout dans les contrées du Nord. » Le moment était venu où cette prophétie allait commencer à se réaliser. Mais quoique, d'à-

Jrès la parole du saint , cette propagation dût tre plus rapide que la première fondation, elle n'en fut pas moins également pénible, et soumise à oien des difficultés. Pouvait-il en être autrement , à moins que le Ciel n'ait voulu opérer an miracle permanent? On était alors à la fin du xvin' siècle. Quel temps pour propager un ordre religieux I L'incrédulité en France , le joséphisme en Autriche, la diplomatie tracassière partout I BientAt le feu ae la révolution en France et dans toute l'Europe, puis les guerres de l'empire I et établir une cité de paix parmi tant de bouleversements ! Néanmoins l'œuvre de Dieu s'accomplit.

Un jour de l'année 1784, deux pèlerins aU iemands arrivaient dansia ville de Rome. L'un se nommait Clément Marie Hoffbauer ; l'autre Thadée Hiibl. Le premier, âgé de 33 ans, était fils d'un simple laboureur oes campâmes de Moravie. Comme Dieu ne consulte pas la nais* sancè pour dispenser ses dons. Clément avait reçu de lui un beau naturel, dans lequel dominaient la force, l'énergie et la constance ; et son Ame était ornée dés plus précieuses fa-^ reurs de la grâce, d'une foi vive, et d'une piété solide. Il avait jusqu'alors passé sa vie à chercher la volonté de Dieu qu'il ne connais* sait pas. Thadée son compagnon était plus jeune de dix ans, et aussi pieux que lui. Tous deux faisaient le pèlerinage deRome pour connaître enfin quels desseins le Seigneur avait sur eux. En entrant dans la ville étemelle, ils se recommandèrent au Ciel avec une grande fer* veur; el, comme ils n'avaient ni plan arrêté, ni asile déterminé , ils convinrent ensemble

qu'ils regarderaient comme la voix de Diealt première cloche qui, le lendemain k leur réveil, se ferait entendre à eux. La nuit était à f)eine écoulée , qu'un son aigu vint frapper eurs oreilles. Ce son descendait des turutetirs du mont Esquilin. Sans perdre un instant, les deux fervents jeunes gens s'avancent dans cette direction, et bientôt trouvent une petite église. Ils y entrent et aperçoivent quelques prêtres h genoux, en méditation. C'était l'église de Saint -Julien , qui, un an aupararant, avait été cédée au P. François de Paule, supérieur général des Rédemptoristes dans les Etats pontificaux. Nos deux pèlerins y prièrent quelques temps avec ferveur. En sortant ils trouvèrent à la porte un jeune enfant. Dément lui demanda à qui appartenait celte Eglise : « Elle appartient, » répondit l'enfant, « auxPèresduTrès-SaintRédempteur,etTous, Monsieur, ajouta-t-il , vous serez un jour des leurs, v Dieu avait parlé par sa bouche. Clément frappé et touché de la grâce se sentit un attrait. Il demanda à parler au supérieur. Le nom d'Alphonse de Liguori déjà connu de lui, redoubla son désir; non content de sentir la vocation dans son Ame , il pria toute une nuit et l'obtint pour son ami Hùbl; et quelques jours après, tous deux commençaieDl leur noviciat a Saint-Julien même. Alphonse. à gui l'on fit part de ces particularités s'écria dans une joie extrême : « Dieu ne man* quera pas de procurer sa gloire par leur mofen dans If^s pays du Nord. «Dès son non* ciat, en effet. Clément se sentit un ardent désir de retourner comme missionnaire en Allemagne et d'y établir la congrégation ; il s'en ouvrit à ses supérieurs qui furent loin de rejeter ses pensées. Admis à l'oblation à^ vœux le 19 mars 1785, HoBbaueret Hiibl. quutèrent Saint-Julien , et se rendirent à Fm>inoneoù ils firent leurs études théologÀqnes; ils furent ordonnés prêtres en 1788 , et itumëdiatemeni renvoyés en Allemagne pour t fonder une maison et y exercer le saint ni'nistère. Quelques années plus tard, en T'^^ le P. Hoffbauer, qui n'avait été jusquc-li (j^r* simple supérieur, fut nommé vicaire génén^

f)our toutes les maisons de l'ordre bor^ ai 'Italie ; et reçut avec cette dignité tnu* i'^ pouvoirs du Recteur Majeur, h T'exception »!•

auelques cas seulement, tels que l'éreciï n e nouvelles fondations, la dispense dos tcp^i et le renvoi des sujets. La création de f <•• ' dignité fut encore une nécessité pro^^*"^'; des circonstances politiques ; elle n'en ijî pas moins favorable à la congrégation. ;« acquit par là hors de l'Italie un seco»! f" dateur, digne en tous points d*être ajff'c ** coopérateur de saint Alphonse, el lef'"^' nuateur de son œuvre. Adorable Pronô'^ qui cherche et qui produit ses instnnn'' *

Iiar des voies toiijours admiralries et sa^ç^ ; allait un propagateur lélé, un autre At* {)honse qui fit en Europe cequele«int»^«' ait en Italie. Dieu choisit le fils d'un UN^' reur, le conduit par la main, le façonna même* et dirige ses pas jusqu>u tenne ^ • - II. — Établissement de la €om§ftVj ' hors de lltatie. — Voyons maintenioi «'•

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DES ORDRES RBU61EUX

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biueràrœuyre. Ce fût à Vienne qu'il alla sd fixer en sortant dltalie. Mais il ne tarda pas à comprendre que Ie^gouvem%ment de Joseph u rendait impossible l'établissement dune maison religieuse dans cette ville. Après donc qu'il eût parcouru en esprit toute rkorope pour y trouver un asile où il rencontrit encore quelques restes de liberté, il sa décida i)our la Pologne, qui, quoique travaillée aussi par des passions ennemies, permettait encore néanmoins la libre expansion des ordres religieux. 11 alla donc se fixer à Varsovie, avec le P. Hûbl son confrère, et un de ses anciens amis, nommé Emmanuel Kuntzmann, qui le suivit comme frère Laique, Le nonce apostolic|ue leur assigna l'église et le monastère de Samt-Bennon. Bient6t le seigneur commença à répandi*e ses bénédictions sur la fondation naissante. La grflce sut aller chercher quelques élus, et les amener à Hoffbauer, pour qu'ils devinssent ses enfints. Elle les réunit des diflérents points de l'Europe, pour préparer ainsi è la congrégation des éléments d'universalité. Un noviciat sourrit à Varsovie. Parmi les novices se fit remarquer surtout le P. Passerat, qui plus tard succéda au P. HofiTbauer dans la charse de vicaire général. Joseph Passerat était néje 30 avril 1772, à Joinville en Champagne; séminariste à ChAlons-sur-Mame lors de la ré- Tolntion, obligé de fuir comme tant d'autres devaftt les armées révolutionnaires , et poussé tmiiours en avant par la main de Dieu, ce fut à Varsovie qu'il trouva le lieu de son repos. Ses vertus, ses talents, ses travaux et ses succès ont fait de lui la troisième grande per» sonnalité de la congrégation. Cependant la maison de Varsovie, en môme temps qu'elle i: peuplait de bons sujets, se livrait ausn aux travaux apostoliques avec les plus heureux résultats. Les Réderaploristes ne tardèrent pas à 6tre les ap6tres de la ville et de toute la contrée. Leur église devint le théâtre d'une mission continuelle, et l'on y voyait affluer ans relAche une foule innombrable de fidèles. Plusieurs Messes solennelles chaque jour, phi^eurs sermons en plusieurs langues, des usociations» des confessions sans nombre, et, kcété de celte étonnante activité, une admirable ferveur : tel était le spectacle que présentait Saint-Bennon. Aussi Pie YI, en apprenant tant de merveilles» s'était-il écrie : « On voit que le zèle du fondateur « s'est transmis dans ses enfants. Jt A cet éclatant témoignage, vinrent s'en joindre bien d'autres encore. Hgr Saluzzo, nonce apostolique écrivait au Recteur Majeur en 1)93 : c Je puis vous assurer , pour votre « grande consolation, que, parmi les religieux « existant dans ce pays, les sujets de votre « congrégation brillent autant par leur zèle •que par leur vie exemplaire. » Après lui, M^Litta, plus tard cardinal, écrivait en ces termes : « j*ai vu à Varsovie que la maison du « Très-Saint Rédempteur y devient de jour en

• Jour plus florissante par l'acquisition de < nombreux siqets, par le concours du peu-

* pi€, et par les fruits les plus admirables. «Les fidèles affluent dans leur église sans

« discontinuer; on n'y fait que prêcher, con- « fesser, donner la bénédiction du T.-S^ Sa- « crement.» A des témoignages si g;Iorieux, il est facile de reconnaître coknbien £neu ché • rissait l'œuvre d'Alphonse. Bient6t on put songer à de nouvelles fondations ; deux autres maisons forent fondées en Pologne, et une troisième en Courlande. En même temps ta Providence offrit au P. Hoffbauer sur les confins de la Suisse, à Yestetten, un ancien monastère situé sur une montagne appelée le mont Thabor. Il y envoya, en 1803, une petite colonie à laquelle U donna pour supérieur, le P. Passerat. En 1804, une nouvelle fondation se fit à Triberg, petite ville située dans, la Forét-Noire. Là, comme au Thabor, ce forent, pour les Rédemptoristes, travaux et sacrifices bénis de Dieu.

m. — Epreuves. — Mais il entrait dans les destinées de la congrégation que tout, pour ejle, s'accomplit à travers mille entraves. Des circonstances malheureuses forcèrent le P. Hofibauer à abandonner en 1805 les deui^ fondations du mont Thabor et de Triberg; et. on alla se fixer à Babenhausen, dans le diocèse d'Ausbourg. Ce ne fut encore que pour un instant. Les troubles des guerres en 180& dispersa la fondation. U fallut alors songer h se retirer dans la Suisse ; les religieux fogitifs y obtinrent le couvent de Saint Lucien près de Coire. La persécution les en chassa de nouveau. Le P. Passerat partit avec ses enfants, et traversant les Alpes au péril de sa vie, il arriva sain et sauf pans le Valais, où la Providence, oui les voulait toujours fugitifs, mais jamais anéantis, leurprocura unasileà Viéges. Ils s*y établirent le 1" décembre 1807. Les choses en étaient là, quand ailleurs un coup plus terrible encore vint frapper la congrégation, comme autrefois du temps d'Alphonse, au moment où elle allait se fixer. La communauté de Varsovie, centre et vie de toutes les autres, fut détruite , anéantie, par l'effort simultané des passions politiques et des troubles de la guerre. Ce déplorable événement arriva en 1808. La perte de Saint-Bcnnon entraîna avec elle celle des autres maisonsde la Pologne et de la Courlande. Dès lors la vie du P. Hoffl)auer devint semblable à celled'Alphonse, vie d'épreuve et d'attente. , avec la perspective que sa mort serait le signal d'un chan^ment, dont lui-même ne serait pas le témom sur la terre. N'ayant donc plus à lui que la chère, mais bien chétive colonie de la Suisse, avec son digne supérieur le P. Passerat, il comprit, comme Alphonse Tavait fait autrefois, que jamais la congrégation ne pourrait s'établir en des temps si funestes, qu'avec l'appui d'une grande nation catholique, n n'y avait que TAutriche seule sur laquelle il put alors jeter les yeux. Ce fut donc k Vienne qu'il se retira ; mais seul, sans communauté, sans habit religieux, cachaâft avec soin ce qu'il était; carie joséphisme ne l'aurait pas toléré. Ainsi exilé, le généreux prêtre se constitua, comme Alphonse, martyr pour la congrégation, et attendit en patience le moment marqué par Dieu. A Vienne, il consola son zèlOy ou se livrant à la direction des

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âmes et ûux travaux du ministère ; son inlluence personnelle y fui immense , il devint l'Ame de tout ce qu'il y avait de plus distingué parmi les callioliques d'Autriche, et son action ne fut rien moins qu'étrangère à l'heureuse régénération qui s'opère aujourd'hui dans cet empire. Cependant, que devenait le cher petit troupeau de la Suisse, la seule et dernière ressource de la congrégation hors de l'Italie? Chassé de Yiéges en 181'0,|il fui obligé de se disperser pendant quelque temps, et ce fut là la plus terrible épreuve. Elle dura 7 ans; Dieu eut enfin pitié de ses enfants persécutés, et la congrégation, qui, dispersée, vivait toujours, fut de nouveau réunie en 1817, dans un couvent nommé Valsainte, situé dans le canton de Fribourg. La, sa position devint un peu moins précaire, grAce h l'existence légale que lui accorda le gouvernement cantonal de Fribourg. Vers ce temps le P. Hoffbauer, toujours attentif h ce qui pouvait procurer la gloire de Dieu et le bien de Tordre, eut l'occasion d'envoyer quelques Pères en Valachie pour y fonder une mission ; mais ils en furent bientôt chassés ; et ce fut la dernière tentative que fit le Père hors de l'Autriche ; dès lors il concentra plus que jamais tous ses etforts survienne, où il travailla avec un zèle infatigable à préparer les esprits, et à disposer toutes choses pour obtenir enfin ce qu'il jugeait avec raison nécessaii'e, la reconnaissance de la congrégation dans tout l'empire. 11 allait atteindre ce terme tant désiré, quand la mort vint lui enlever cette couronne de la lerre pour lui donner celle du ciel. LeP.Hoflbauer mourut le 15 mars 1820, à l'âge de 69 ans, comblé de vertus et de mérites devant Dieu et devant les hommes. Il mourutcomme Alphonse, en laissant à ses enfants des paroles prophéticjues... «Ayezpatienceet persévérez,» leur avait-il dit; «j'aurai à peine fermé les yeux, et vous aurez des maisons et des fondations en abondance. »

Durant cette période, la congrégation en Italie eut aussi bien à souffrir des malheurs du temps. On comprend que l'invasion des armées françaises n'était pas de nature à favoriser l'expansion d'un ordre religieux. Sous la restauration, le P. Blasucci recouvra quelques maisons qui avaient été enlevées à l'ordre, et ayant h Rome quitté St.-Julien, il obtint du Pape Pie VII la maison de Sancla- Maria in Monterone, au centre de la ville. Le P. Blasucci mourut à Nocera en 1817, à l'âge de 89 ans, et eut pour successeur le P. Mansione. Ce fut sous son gouvernement que commença j)Our la congrégation la 3' période, celle du dévelop[)ement, tant en Italie, que dans le reste de l'Europe.

§111. — Rapide extension de la congrégation ^ son centre est fixé à Rome, et son organisation définititement obtenue.

Le P. Uoirbauer, amsi qu'il l'avait luimôme prédit, avait à peine quitté la terre, que s'ouvrit pour la congrégation une ère nouvelle.Le temps des promesses était passé; on allait voir maintenant leur réalisation. Moins de deux mois après la mort du saint

homme, le 30 avril 1820, l'empereur d'Autriclie publia un manifeste, par lequel il reconnaissait légalement la congrégation du Très-Saint Rédempteur, et lui assignait une église avec un couvent. Le 20 mai de la môme année, le P. Joseph Passerai reçut du P. Recteur Majeur, Nicolas Mansione, sa nomination h la charge de vicaire général, el il vint se fixer sans délai à Vienne,où une comnmnauté nombreuse ne tarda pas à se foruitr des éléments qu'avait préparés le P. Hoffbauer. Aussitôt on commença les travaux apostoliques, et Ton ne vit plus de tous côtés que de nouvelles fondations. Ce fut d'abord fentréedes Rédemptoristes en France,et leur établissement dans le diocèse de Strasbourg, eu 1820; {mis la translation de la communauté de la Valsainte à St. -Sylvestre, près de Fribourg, et enfin à Fribourg môme ; ensuite, en 1826, l'établissement de la congrégation dans le Portugal, qu'elle dut quitter bientôt par suite des événements de 1823. Tandis qu'en Italie, au P. Nicolas Mansione, succédait en 18i41e P. Célestin Codé, et en 1832 le P.Camille Ripoli, et que sous ces deux Recteurs Majeurs, la congrégation, dans le royaume des Deui- Siciles voyait s'accroître le nombre de ses sujets et de ses maisons, la propagation suivait aussi son cours dans le vicariat général du P. Passerai. Au printemps de Tannée 1833, les Rédernploristcs s'embarquèrent pour^'Amérique, où ils possèdent maintenant, dans les Etals-Unis, une province ilorissanle. L'année 1831, fut celle de rentrée des Pères en Belgique, où ils s'établirent else propagèreu» avec une rapidité merveilleuse. A peu près à la même époque ils pénétrèrent dans le duché de Modène, et en 1832 ils entreprirent une mission dans la Bulgarie, où ils restèrent 8 ans. Parmi toutes ces consolations, la Providence en préparait une, plus précieuse à elle seule que toutes les autres ensemble. Le 26 mai 1839, Alphonse-Marie de Liguori fut solennellement canonisé, et la congrégation jouit dw lors de l'inappréciable avantage d'avoir un saint pour fondatenr. Cette glorieuse féle réunit à Rome des Rédemptoristes de tous les points de l'Europe ; et Ton songea alors à réaliser dans l'instilut toutes les formes de gouvernement qui avaient été indiquées et prévues par le chapitre de 1764. Des députés furent envoyés près du Saint- Siège par le P. Camille Ripoh, et par le P. Passerai. En vertu d'un décret 'de Grégoire XVI, sous la date du 2 juillet 1841, la congrégation fut divisée en un certain mmbn de provinces, et sa position s'organisa étt plus en plus. Néanmoins il ne fut pasp'>5>ibleencore d'abolir la charge temporaire de>> caire général ; il fallait pour cela transférer la résidence du Recleur Majeur à Rome ;elcelte grave affaire était pour lors loin d'être exôculable.Des raisons politiques firent aussi que les dispositions du décret relatives h la création des provinces ne purent pas s'exécuier dans le royaume des Deux-Siciles. En roto temps que la congrégation s'avançait ainsi ptu à peu vers la réalisation définitive de sa constitution naturelle, elle continuait merveilleux-

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