‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 4)Chapitre 167 sur 220 · SACRÉS COEURS DE JÉSUS ET MBARIB · texte numérisé non relu

SACRÉS COEURS DE JÉSUS ET MBARIB

(CoNGBÉGATioN DEs), établit à fabbayé w Saini'Fuscien, près Amiens [Somme], L'origine do cette humble congrégation

SAC

DESORDRES RELIGIEUX

ISOtf

nmoDte ft l*année 1818. M. Lardeur, son supérieur actael , dont Dieu s*est servi pour loi doDoner naissance , n^était alors qn*nn simple laïque eng^agé dans les liens du mariage et père de cinq enfants. Touché d'une grâee particulière, il se sentit appelé è resûorer au sionde et à se consacrer h Dieu

Cr la profession religieuse. Ce ne fut loule* s c)ue d*après la direction de deux ecclésiastiqaes de la plus haute réputation de Terta et de science» qu*il tourna toutes ses Toes ?ers la nouvelle vocation que Dieu lui montrait.

Du consentement de son épouse, il se relira avec elle et ses enfants è Dohem-Hesnil, Tiltago d*Artois, où il avait une terre. Son dessein était d'y ftire ses études ecclésiastiques et d'y consmencer l'éducation de ses enbots, avec l'aide, et sous la direction de Too des eccléjiiastiques dont on vient de parler, qui avait établi là nn petit sémi- Mire.

Le curé-doven de l'endroit était un res-

Cbla vieillard plein de zèle et de vertus. Vu eu, avant la révolution, des rapports iotimes avec M. l'abbé Cossart, prêtre d'un talent et d'un mérite si reconnus, qu'ils lui valurent d'abord l'administration d*une cure importante à laquelle était attaché un bénéfice considérable, et l'appelèrent ensuite, en 1789, h siéger parmi les membres de l'aslemblée constituante. Or, M. Cossart avait cfltrepris à cette époque de fonder dans sa paroisse, située près Boulogne-sur-Mer, une espèce de Séminaire de mailrei éTéeole. Il avait même fait construire une maison à cette Gn ; mais les événements politiques

Ïint pris la direction que Ton sait, il fut ligé de renoncer à son entreprise.

Le curé de Dohem, maintes années plus lard, conservait un vif désir de voir réaliser cette bonne œuvre. 11 eût bien voulu l'entreprendre h sou tour, mais sou grand Age et ses fonctions pastorales ne lui permettaient pas de s'y livrer comme il Teût désiré. 11 jeta les yeux sur H. Lardeur, lui confia ses vues, lui fit comprendre quels fruits une institution de ce genre devrait produire» et il le firia d'y prêter son concours.

11. Lardeur qui n'avait d'autre intention que de se faire ordonner prêtre au plus tôt,

Eur entrer ensuite dans la Compagnie de ios, selon qu'il l'avait concerté avec le P. provincial d'alors et les PP. supérieurs de Saint-Acheul, prit conseil. Ses guides spirituels jugèrent à pro(K)s qu'il donnêt quelques soins k Tœuvre projetée, dans ses moments de loisir, sans déroger en rien au rè(^ement de vie auquel il s était assujetti. Cest ainsi que la divine Providence « qui conduit souvent les choses k ses fins par des voies secrètes, initiait, è son insu, M. Lardeur au ministère (H)ur le^iuel elle l'avait destiné, y faisant concourir indirectement M dessein même de se faire Jésuite; carel'e ^ut bien, dans la suite, mettre des obs'a les insurmontables à son exécution.

^ Une maison fut achetée, on fil connaître rétablissement; un certain nombre d*élèves

se présentèrent, farm! eux se rencontra un jeune homme de dix-huit ans, déjk (outformé, et dont les qualités le rendaient propre k être le moniteur de ses condisciples. On le plaça è leur tête, et sous ïà direction de M. Lardeur, et par les soins du bon curé, cette école normale primaire, la première, croiton, qui ait existé en France, prospéra k souhait. La bonne conduite des sujets qui en sortirent et qui furent répandus dans les

I>aroisses du diocèse d'Arras, fit honneur k 'établissement qui les avait formés; l'Œuvre atteignait son but, et le conseil général lui fit des allocations en titre d'encouragement.

Ce premier succès inspira k M. Lardeur le désir d'étendre le bienfait de l'éducation chrétienne, que les enfants de la campagne aflaient recevoir par l'entremise des maîtres qu'il leur formait, aux jeunes gens appartenant aux classes intermédiaires delà société: ces classes si nombreuses, et si dignes d'intérêt, et que les institutions ecclésiastiques et religieuses semblaient négliger complètement pour ne s'occuper que des classes extrêmes. Pour combler cette lacune, du moins autant qu'il était en son pouvoir, il admit k l'école de Dohem, des jeunesf^ens qui se destinaient aux professions agricoles, commerciales et industrielles.

Mais cette école était purement laïque, et M. Lardeur sentait que pour perpétuer Tinstitutionet opérer le bien qu'il souhaitait, il serait avantageux, nécessaire même, qu'elle fût dirigée par des religieux. Une circonstance imprévue devait lui offrir les moyens de réaliser cette pensée. Des raisons personnelles l'ayant porté k aller prendre k Amiens les avis d'un P. Jésuite, connu par son zèle et ses vertus, il se rencontra que Mgr de Chabons méditait alors l'érection d'une congrégation religieuse, pour la tenue des écoles paroissiales de son diocèse. Il avait obtenu du roi Louis XVIll, une ordonnance qui en autorisait la formation. Le religieux consulté n'eut pas plutôt connaissance de ce que faisait H. Lardeur k Dohem, qu'il se bêta d'en parler k Monseigneur. On entama une négociation k l'effet d'obtenir que H. Lardeur voulût bien prêter son concours k l'Œuvre, et en diriger au moins les commencements. On lui confia d'abord un homme d'un Age mûr, sur oui on avait jeté les veux, pour remplir dans le noviciat futur les 'fonctions d'administrateur. Il demeura quelque temps k Dohem pour s'y former, sous les yeux de M. Lardeur, au nouveau genre de vie qu'il allait embrasser. Mgr annonça par un Mandement la fondation de la nouvelle congrégation, et le 2 février IflSfc, il fit lui-même la cérémonie de l'ouverture k Longueau près Amiens, où Ton avait éta« bli provisoirement les premiers postulant».

Au bout d'un an le noviciat était établi, et le 19 mars 1825, fête de saint Joseph, six postulants recevaient solennellement Tbabit religieux dans la cathédrale» des mains de Mgrde Chabons. Un mois plus tard une nouvelle prise d*hahit avait lieu, et de nouveaux sujets continuaient k se présenter.

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DICTIO.NMAIRE

Oii avait hâte de voir les nouveaux instiluieurs à Tœuvre; mais les fondateurs redoniaient les suites d*nno trop grande précipitation; néanmoins cédant aux instances de personnes aux sentiments desquelles ils croyaient devoir déférer, ils consentirent à installer les frères de Saint-Joseph dans les paroisses qui avaient la faculté d'en cntreteiiir deux. Là, ils remplissaient les fonctions de maîtres d^école et de chantres. Les enfants de la campagne, tout en recevant auprès de ces religieux rinslruction élémentaire dont ils avaient besoin, étaient en môme temps imbus des précejites de la morale chrétienne, et accoutumés de bonne lieure à la pratique des devoirs religieux. L'installation seulcde cesquelques religieux était déjà une amélioration sensible; car elle excita rémulalion parmi les instituteurs du pays, et (ut l'occasion d'une réforme avantageuse dans la tenue de leurs écoles. On songea alors à procurer à la congrégation naissante un domicile stable, car la maison qu'elle occupait à Longueau n'avait été prise (ju'en location. M. Lardeur lit l'acquisition de l'ancienne abbaye de Saint-Fuscien, par le moyen d'un legs considérable qu'un ecclésiastique venait de lui faire, uniquement en vue de l'Œuvre, sans détermination néanmoins de temps ni de lieu (Ij. Quant aux premiers frais d'instruction et d'entretien des novices, ils furent couverts, partie par le revenu d'une quête que Mgr ordonna dans tout le diocèse, partie par quelques allocations du conseil général.

La bj^nédiction de la maison et l'installation des religieux et des novices eut lieu en novembre 1825. M. Tabbé Dozé, vicaire général du diocèse, nommé quelques mois plus tard évoque de Nevcrs, fut chargé i^ar M^^r de faire cette cérémonie, que xM. l'abbé Atfre, le martyr de la charité, le K. \\ Lori(}uet, supérieur de Saint-Acheul, et [»^usieurs autres ecclésiastiques de mérite,honorèrent do leur présence. La bénédiction fut suivie dune troisième prise d'habit.

M. Lardeur, selon aes vues louchant l'éducation des enfants de la classe moyenne, proposa l'adjonction d'un pensionnat professionnel au noviciat. Mgr de Chabons, qui voyait dans cet établissement un moyen de ressources temporelles pour la congrégation, entra facilement dans le projet.

Ce qui restait des bâtiments do l'ancienne abbaye ne consistait qu'en un corps de logis assez vaste, et en d'autres petites constructions im|)ropres à l'habitation. 11 fallut donc élever un nouveau bâtiment : M. Lardeur en fit les frais de ses propres deniers (2}. Mgr voulut encore donner une certaine solennité à la pose de la première pierre. Le bâtiment fut bientôt élevé, et l'année suivante on put recevoir des élèves.

L'entreprise des deux œuvres distinctes nécessita la division des membres de la nou-»

(1) 1^6 sorle que M. Lanlcur cAl pu on disposer autbi l)irii eu laveur de la maison de Dulieni <pie de tpjlo. du diocèse d'Amiens, cl même la Téit'r>er p<3Ui un leni]»- à vi iiir.

velle congrégation en deux catégories. Ceux qu'on destinait à i)rofesser dans le pensionnat professionnel devaient nécessairement posséder des connaissances plus éteniiiies que leurs confrères destinés à enseigner dans les campagnes. Il fut même jugé à propos que plusieurs des premiers élèves fussent élevés au sacerdoce, afin que les eierci«es religieux pussent se faire coraraodémeni dans l'intérieur de l'établissement. La Providence pourvut à ce nouveau besoin, en envoyant plusieurs sujets qui avai»^ntfail leurs humanités et qui furent bientAt préparés à la prêtrise.

Le pensionnat prenait peu è peu du développement; on voyait avec bonheur le bien s'opérer par ces deux entreprises, de la réunion desquelles on espérait les meilleurs résultats. Mais ta révolution de juillet 1830 vint entraver l'Œuvre corn [îiencée sous d'heureux auspices. Cette révolution était, en effet, de nature à inspirer les craintes les plus sérieuses à la nouvelle congrégation. Ses membres n'étaient pas plus à l'abri des vexations que le clergé. Des corps de i^ardc furent établis dans les maisons qu'occuf)aient les frères; eux-mêmes furent contraints de faire à leur tour la ronde noclurne; ceux de Saint-Fuscien furent assujettis à la même loi.

Mgr de Chaoons, consulté sur ce qu'il serait prudent de faire, jugea qu'il serait avantageux, dans ces fâcheuses conjonctures, d'accepter l'offre plusieurs fois réitérée d'nn établissement en Belgique , ajoutant qu'il importait à la conservaiion de la petite société, qu'elle eût un asile hors du royaume, en cas d'événements semblables à ceux qui agitaient l'Etat.

Il faut dire que parmi les élèves du pensionnat se trouvait un certain nonabre de jeunes belges que leurs familles, pour cause de religion, envoyaient en France faire leurs études. Ces familles, la plupart d'une condition élevée, satisfaites de la manière dont on formait leurs enfants à Saint-Fuscien, sollicitèrent vivement, lors de la révolulion des Pays-Bas ("postérieure de quelques mois seulementà celle de la France) rétablissement d'une maison de l'institut en Belgique, assurant l'accueil le plus sympatSiique et lo succès le plus certain. L'archevêque deMalines, aujourd'hui cardinal, (lui connaissait M. Lardeur, joignit ses instances aux leurs; mais la révolution de juillet plaida plus élaquemment en leur faveur que toutes leurs démarches.

On rappela la plupart des frères places dans les paroisses; on en congédia quelquer uns dont on avait eu à se plaindre; un peut nombre fut laissé à Saint-Fuscien, et b reste se dirigea vers la Belgique. L'archevôquo de Malines s'était mis à la recherche d'une maison convenable, et l'on avait trouve

(2) On menlionne ces circonstances, parreqiw a clii relié à susciter des embarras au &i»ji*' ''*' *■' * ac-pùsiiiuns cl rou:»trunious.

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DS8 ORDRES R£UGIE(JX.

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I Denrne, dans le Brabaût septentrional, ce qa'oo désirait.

Sur cette terre d'exil» il n*était pas loisible à la Congrégation de se renfurraer dans sts attributions primitives. Les élètes qu'on loi présentait appartenaient pour la plupart è la noblesse et nu haut commerce, et il fallaii leur offrir une éducation assortie à leur fins. L'admission qu'on avait faite depuis quelques années de plusieurs sujets qui , comme on l*a dit plus haut» avaient fait leurs hamanttéSy en donnait les moyens. On les mit à l'œuvre, et dès le début, l'établissement olitint un succès inouï» pourrait-on dire. En deux on trois années, il s*acquit uoe telle réputation dans le pa/s, que le nombre des élèves s'éleva à cent cinquante. Mgr rarchevApue pressa alors H. Lardeur de dresser les Constitutions de la congrégation. Sa Grandeur lui donnait bien Tassurance de sa protection perpétuelle; mais de peur que ses successeurs ne portassent pas le même intérêt à l'œuvre, il jugeait cette mesure nécessaire h sa conservaiion. M. Lardeur suivit ce conseil, et Sa Grandeur revêtit les Constitutions delà plus bienveillante approbation.

Ce fut vers le même temps que M. Lardeur reçut les ordres sacrés. On a vu qu'il afait été tellement impliqué dans les affaires de la Congrégation qu'il ne lui était plus liossible de s'en dégager pour suivre son iirojet d'entrer dans la Compagnie de Jésus. Lui faire embrasser les intérêts spirituels aussi bien que matériels de la petite société était, selon Tavis des prélats et des directeurs qu il consultait, le terme où la divine Providence avait voulu le conduire.

En conséquence, un saint prêtre, religieux, connu de tout le clergé français par ses nombreuses et fructueuses retraites ecclésiastiques, le P. Maxime Debussy, mort en odeur de sainteté, qui avait dirigé longtemps H. Lardeur, fut chargé par Mgr de Cbabons, de demander h Rome les dispenses nécessaires pour l'ordination de M. Lardeur; car son épouse était encore en vie. Sa Sainteté, Léon XII. les accorda avec des faveurs toutes particulières, approuvant ainsi (indirectement , il est vrai ) la Congrégation ; puisque c*était surtout en sa considération qu^elle accordait les dispenses demandées, comme elle le témoignait dans le bref expédié à cet effet. Mgr de Cbabons, è qui rage et les infirmités ne permettaient plus défaire d'ordination, voulut au moins conférer la tonsure à H. Lardeur, qui reçut tous les autres ordres dans l'espace de quelques

S' urs des mains de Mgr l'arcbevêque de alines.

L'établissement de Belgique continuait h marcher dans une voie de prospérité qu'on n*aurait jamais osé espérer; mais la mesure des épreuves par lesquelles les œuvres de Dieu ne manquent jamais de passer n'était

Cs remplie, les plus rudes allaient arriver. I Belgique venait de se soustraire è la iiorainatiou du roi Guillaume d'Orange.

Mal|;ré la proclamation de rindépf.*ndanco

belge, le roi de Hollande comptait encore des (lartisans qu'on nommait oransistes.

Comme les enfants embrassent d^rdinaire les opinions de leurs parents , il se forma, parmi les élèves de la maison de Deurne, deux partis qui avaient entre eux de vives altercations, malgré les précautions qu'on prit pour les éviter, soit en empêchant tout journal de pénétrer dans le collège, soit en usant d'autres mesures que suggérait la prudence ; mais les patriotes qui avaient eu le dessus dans le pays, voulaient aussi l'emporter dans le collése. Les parents soutin<^ rent la querelle de leurs enfants, et les patriotes, a qui l'établissement devait en partie sa fondation et sa prospérité, prétendirent lui imposer de résister au parti orangi.<:te, menaçant de faire tomber la maison si l'on ne se déclarait pas ouvertement pour leurs opinions. La chose était facile dans un pays où tout le monde presque se livre aux spéculations de bourse : nn simple bruit répandu suffisait quelquefois pour occasionner une ruine complète. Dans cette situation critique, il fallait prendre un parti; d'un côté comme de l'autre, on allait se créer des ennemis. On crut que le plus sage était de songer è rentrer en France où les troubles étaient calmés, et où l'on concevait l'espoir de se rétal)lir d'une manière stable. Mgr l'archevêque apprit avec une sensible peine cette résolution; il regrettait vivement que le bien, si heureusement commencé par la Congrégation, ne put so continuer. On lui représenta qu'il y avait alors assez d'institutions dans te diocèse pour l'opérer; que celles que les PP. Jésuites avaient récemment établies offraient toutes les ressources désirables, et que d'ailleurs, on avait observé que le caractère belge sympathisait peu avec le caractère français.

On aurait pu se fixer k Saint-Fuscien qui subsistait toujours; mais le personnel était trop nombreux pour s'y rendre utile, et cette maison souffrait alors de l'opposition d'une autorité imposante. Tandis qu'on était en délibération 5 ce sujet, la vénérable sœur Rosalie, celte sainte fille, coopératrice de tant de bonnes œuvres, qui rendait k M. Lardeur tous les services qui étaient en son pouvoir, et que lui-même se plaisait à obliger en toute occasion, la sœur Ro<:alie donn proposa l'acquisition d'une institution située a Gien, dans l'Orléanais, dont le directeur voulait se déposséder. Cette proposition faite dans une circonstance si opportune paraissait tout naturellement ménagée par la divine Providence. M. Lardeur se rendit h Gien, il y trouva les autorités assez bien disposées en sa faveur; il traita avec le chef de l'institution, et avec le concours des notabilités de la rx)ntrée, M. Lardeur fit l'acquisition de l'établissement. Là, au moins, quoi qu'il pût arriver de Saint-Fuscien, la petite congrégation trouverait a»ile et subsistance; peut-être* aussi multiplication de vocations, trop rares en Picardie.

Pendant quou s'éiabKssait i Glen, Its

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On êTail bâle de Toir les noureaux instituteurs k Tœuvre; mais les fondateurs re* doutaient les suites d*une trop grande précipitation; néanmoins cédant aux instances de personnes aux sentiments desquelles ils croyaient devoir déférer» ils consentirent k installer les frères de Saint-Joseph dans les paroisses qui avaient la faculté d*en entretenir deux* Là, ils remplissaient les fonctions de maîtres d*école et de chantres. Les enfants de la campagne, tout en recevant au* près de ces religieux Tinstruction élémentaire dont ils avaient besoin, étaient en même temps imbus des préceptes de la morale chrétienne , et accoutumés de bonne heure à la pratique des devoirs religieux. L'installation seule de ces quelques religieux était déjà une amélioration sensible; car elle excita 1 émulation parmi les instituteurs du pays, et (ut Toccasion d'une réforme avantageuse dans la tenue de leurs écoles. On songea alors à procurer à la congrégation naissante un domicile stable, car la maison qu'elle occupait à Longueau n'avait été ()rise fiu'en location. M. Lardeur lit l'acquisition de Tancienne abbaye de Saint-Fuscien, par le moyen d'un legs considérable qu'un ecclésiastique venait de lui faire, uniquement en vue ae l'Œuvre, sans détermination néanmoins de temps ni de lieu (1). Quant aux premiers frais d'instruction et d'entretien des novices, ils furent couverts, partie par le revenu d'une quête que Mgr ordonna dans tout le diocèse, partie par quelques allocations du conseil général.

La biMiédiction de la maison et l'installation des religieux et des novices eut lieu en novembre 1825. M. l'abbé Dozé, vicaire général du diocèse, nommé quelques mois plus tard évoque de Nevers, fut chargé par M^r de faire cette cérémonie, que M. l'abbé Atfre, le martyr de la charité, le K. l\ Loriquet, supérieur de Saint-Acheul, et plusieurs autres ecclésiastiques de mérite, honorèrent do leur présence. La bénédiction fut suivie dune troisième prise dhabit.

M. Lardeur, selon ses vues touchant l'éducation des enfaota de la classe moyenne, i)roposa l'adjonction d'un pensionnat proéssionnel au noviciat. Mgr de Cbabons, qui ▼oyait dans cet •établissement un moyen de ressources temporelles pour la congrégation» tintra fiscilement dans le projet.

Ce qui restait des bâtiments de l'ancienne abbaye ne consistait qu'en un corps de logis assez vaste, et en d'autres petites constructions impropres à l'habitation. 11 fallut donc élever un nouveau bAtiment : M. Lardeur en fit les frais de ses propres deniers (2). Mgr voulut encore donner une certaine solennité à la pose de la première pierre. Le bÂtiment fat bienl6t élevé, et Tannée suivante un put recevoir des élèves.

L'entreprise des deux œuvres distinctes nécessita la division des membres de la non-*

(t) î^ sorte que M. Lardeiir cftt pu en disposer aut&i bien en faveur de la maison tic Dotent que de relie du diiKc^ é*Amions, cl niOnic U Tcscr\cr poui un lenip> à venir.

velle congrégation en deux catégories. Ceux qu'on destinait à professer dans te pensionnat professionnel devaient nécessairement posséder des connaissances plus étendues que leurs confrères destinés è enseigner dans les campagnes. Il fut même jugé àpro)ios que plusieurs des premiers élèves tussent élevés au sacerdoce, afin que les eierci4:es religieux pussent se faire commodément dans l'intérieur de l'établissement. La Providence pourvut à ce nouveau besoin, en envoyant plusieurs sujets qui avait'ntbil leurs humanités et qui furent bieotAt préparés à la prêtrise.

Le pensionnat prenait peu h peu do défsloppement; on voyait avec bonheur lebiea s'opérer par ces deux entreprises» de la réunion desquelles on espérait les meil« leurs résultats. Mais la révolution de juillet 1830 vint entraver TŒuvre comipeDcéesous d'heureux auspices. Cette révolution étaiti en effelt de nature à inspirer les craintes les plus sérieuses à la nouvelle congrégation. Ses membres n'étaient pas plus h Tabri éas vexations que le clergé. Des corps de garde furent établis dans les maisons qu'occupaient les frères; eux-mtmes furent con* traints de faire à leur tour la ronde nocturne; ceux de Saint-Fuscien furent assujettis à U même loi.

Mgr de CbaDons, consulté sur ce qu'il serait prudent de faire, jugea qu'il serait avantageux, dans ces fâcheuses conjonctures, d'accepter l'offre plusieurs fois réitérée d'un établissement en Belgique, ajoutant qu'il importait è la conservaiion de la petite so* ciétéy qu'elle eût un asile hors du royaume, en cas d'événements semblables è ceux qui agitaient l'Etat.

U faut dire que parmi les élèves du pensionnat se trouvait un certain nombre de jeunes belges que leurs familles, [lour cause de religion, envoyaient en France faire leurs études. Ces familles, la plupart d'une condition élevée, satisfaites de la manière dont on formait leurs enfants à Saint-Fuscien. sollicitèrent vivement, lors de la révolution des Pays-Bas (postérieure de quelques mois seulementàceile de la France) rétablissement d'une maison de l'institut en Belgique, assurant l'accueil le plus sympat'itquc et to succès le plus certain. L'archevêque <le M»- Unes, aujourd'hui cardinal, qui connaissait M. Lardeur, joignit ses instances aux !eur>; mais la révolution de juillet plaida plus élo-

auemment en leur faveur que toutes leur> émarches.

On rappela la plupart des frères i»lai'»< dans les paroisses, on eu coni^édia quelquev uns dont on avait eu à se plaindre ; uo r^t ^ nombre fut laissé à Saint-Fuscien, rt i« reste se dirigea vers la Belgique. L'arcbr^^ que de Matines s'était mis à la recben- * d'une maison convenable, et l'on avait trouw

(2) On mentionne ces clroonsunees* pavtv^***

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Sar cette terre d*exil, il n*étaît pas loisible à la Congrégation de se renfurroer dans ses attributions primitives. Les élèves qu'on loi présentait appartenaient pour la plupart ï la noblesse et nu haut commerce, et il fallait leur ofTrir une éducation assortie à leur rans. L*admission qu'on avait faite depuis quelques années de plusieurs sujets qui , connue on Va dit plus haut» avaient fait leurs humanités, en donnait les moyens. On les mitkrœuvre, et dès le début, rétablissement obtint un succès inouï, pourrait-on dire. En deux on trois années» il s'acquit une telle réputation dans le pa/s, que le nombre des élèves s'éleva à cent cinquante. Mgr rarcheTA[)ue pressa alors M. Lardeur de dresser les Constitutions de la congrégation. Sa Grandeur lui donnait bien l'assurance de sa protection perpétuelle; mais de peur que ses successeurs ne porti<i5ent piias le même intérêt à l'œuvre, il jugeait cette mesure nécessaire à sa conservation. Ai. Lardeur suivit ce conseil, et Sa Grandeur revêtit les Constitutions de la pitis bienveillante approbation.

Ce fut vers le même temps que M. Lardeur reçut les ordres sacrés. On a vu qu'il avait été tellement impliqué dans les affaires de la Congrégation qu'il ne lui était plus |<o$sible de s'en dégager pour suivre son jirojet d'entrer dans la Compagnie de Jésus. LUI faire embrasser les intérêts spirituels aussi bien que matériels de la petite socûélé était, selon Tavis des prélats et des directeurs qu'il coiisullait, le terme où la divine Providence avait voulu le conduire.

£n conséquence, un saint prêtre, religieux, conna de tout le clergé français par ses Dombreuses et fructueuses retraites ecclésiastiques, le P. Maxime Debussy, mort en odeur de sainteté, qui avait dirigé longtemps M. Lardeur, fut chargé par Mgr de Cbabons, de demander h Kome les dispenses nécessaires pour Tordinalion de M. Lardeur; car son épouse était encore en vie. Sa Sainteté, Léon XII, les accorda avec des faveurs toutes particulières, approuvant ainsi (indirectement , il est vrai ) la Congrégation ; puisque c*était surtout en sa considération quelle accordait les dispenses demandées, comme elle le témoignait dans le bref expédié à cet effet. Blgr de Chabons, à qui Tâge et les infirmités ne permettaient plus de faire d*ordination, voulut au moins conférer la tonsure à M. Lardeur, qui reçut tous les autres ordres dans Tespace de quelques jours des mains de Mgr l'archevêque de Malines.

L'établissement de Belgique continuait à marcher dans une voie de prospérité qu'on n'aurait jamais osé espérer; mais la mesure des épreuves par lesquelles les œuvres de Dieu ne manquent jamais de passer n'était

Csremplie« les plus rudes allaient arriver. I Belgique venait de se soustraire è la domimitiou du roi Guillaume d'Orange.

Ual^iô la proslamalioD de l'indépendance

belge, le roi de Hollande comptait encore des (artisans qu'on nommait orangistes.

Comme les enfants embrassent d^rdinaire les opinions de leurs parents , il se forma, parmi les élèves de la maison de Deurne, deux partis qui avaient entre eux de vives altercations, malgré les précautions qu'on prit pour les éviter, soit en empêchant tout journal de pénétrer dans le collège, soit en usant d'autres mesures que suggérait la prudence; mais les patriotes qui avaient eu le dessus dans le pays, voulaient aussi l'emporter dans le collège. Les parents soutin* rent la querelle de leurs enfants, et les patriotes, à qui l'établissement devait en partie sa fondation et sa prospérité, prétendirent lui imposer de résister au parti orangi^te, menaçant de faire tomber la maison si l'on ne se déclarait pas ouvertement pour leurs opinions. La chose était facile dans un pays où tout le monde presque se livre aux spéculations de bourse : un simple bruit répandu suffisait quelquefois |>our occasionner une ruine complète. Dans cette situation critique, il fallait prendre un parti; d'un côté comme de l'autre, on allait se créer des ennemis. On crut que le plus sage était de songer à rentrer en France où les troubles étaient calmés, et où l'on concevait l'espoir de se rétablir d'une manière stable. Mgr l'archevêque apprit avec une sensible peine cette résolution; il regrettait vivement que le bien, si heureusement commencé par la Congrégation, ne pût se continuer. On lui représenta qu'il y avait alors assez d'institutions dans le diocèse pour l'opérer; que celles que les PP. Jésuites avaient récemment établies offraient toutes les ressources désirables, et que d'ailleurs, on avait observé que le caractère belge sympathisait peu avec le caraclère français.

On aurait pu se fixera Saint-Fuscien qui subsistait toujours; mais le personnel était trop nombreux pour s'y rendre utile, et cette maison souffrait alors de l'opposition d'une autorité imposante. Tandis qu on était en délibération à ce sujet, la vénérable sœur Hosalie, celte sainte fille, coopératrice de tant de bonnes œuvres, qui rendait à M. Lardeur tous les services qui étaient en son pouvoir, et que lui-même se plaisait h obliger en toute occasion, la sœur Ro'^alie donc proposa l'acquisition d'une institution située a Gien, dans l'Orléanais, dont le directeur voulait se déposséder. Cette proposition faite dans une circonstance si opportune paraissait tout naturellement ménagée par ta divine Providence. M. Lardeur se rendit h Gien, il y trouva les autorités assez bien disposées en sa faveur; il traita avecle chef de l'institution, et avec le concours des notabilités de la contrée, M. Lardeur fit l'acquisition de l'établissement. Là, au moins, quoi qu'il pût arriver de Sainl-Fuscien, la petite congrégation trouverait asile et subsistance; peut-être* aussi multiplication de

vocations, Irop rares en Picardie.

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affaires de Belgique prenaient la direction la plus fâcheuse. Les patriotes persistaient dans leurs eiigeuces. Déjà par l'effet du discrédit qu'ils commençaient h jeter sur rétablissement, le nombre des élèves était diminué. On en conservait cependant encore assez pour se maintenir sur un pied honorable; mais la détermination était prise de quitter la Belgique, et Ton fit connaître Tintention où l*on était de fermer bientôt le collège. A cette nouvelle, à laquelle les ennemis de la Congrégation donnèrent de fausses interprétations, tous les fournisseurs s'empressèrent de réclamer ce qui leur était dû. M. Lardeur croyait pouvoir aisément les .«satisfaire; car, selon les bilans que le pro« fureur lui présentait ))lusieurs fois Tannée, il restait à sa disposition, toute dette acquittée, un actif très-considérable. Il ne lui était jamais venu à Tesprit aucun doute sur la loyauté du procureur, car celui-ci avait donné, jusque-là, des preuves d*un dévouement sur lequel la congrégation entière comptait; et sa capacité était aussi généralement reconnue au dehors qu*à l'intérieur de rétablissement; mais le malheureux avait abusé de la confiance dont on Tavait revêtu : il avait commis de graves omissions dans la tenue de ses livres, et avait trompé son supérieur sur le véritable état des affaires de la maison ; de sorte que la confrontation de ses livres avec les mémoires des fournisseurs fut pour Tun et pour Tautre le sujet d'une étrange déception.

Les ennemis de M. Lardeur profitèrent de ce mécompte pour le perdre de réputation dans l'esprit même de ses meilleurs amis; le procureur, que le dépit poussait à la destruction de la Société, s'efforga de rejeter sur lui tout l'odieui de sa conduite, et l'on ne sanraitdire les ingratitudes, les violences qu'e M. Lardeur eut à endurer de la part de personnes mômes qu'il avait obligées. Ce fut au milieu de ces traverses qu'il quitta le sol de la Belgique, emportant pour seule consolation les reffrets et la reconnaissance du Yénérable archevêque de Halines, qui avait fait toutes les instances et les promesses imaginables pour le retenir, et qui, contraint de céder, lui assura, en s'en sé(>aranl, que iamais il n'oublierait le bien qu'il avait fait dans son diocèse.

Arrivé à Saint-Fuscien » M. Lardeur y rencontra de nouvelles peines. L*épreuve avait ébranlé la vocation de quelques sujets, et à la fin de la première année scolaire, il eut à déplorer plusieurs défections. Les ennemis de cet établissement continuaient leurs tracasseries, sans que Mgr de Cha* bons, alors accablé de vieillesse, pût s*y opposer.

Quanta la maison deGien, après s'être établie assez péniblement, elle commençait à prospérer, lorsaue les vues d'élévation et d'indépendance du supérieur que M. Lardeur Y avait placé, le poussèrent peu à peu hors des voies de robéissanco. L'éloignenientdela maison mère et ladiflicultédes communications étaient bien propres à favoriser

ces mauvaises aispositions; aussi, de degré en degré, les choses arrivèrent à ud point où une séparation décisive devint at)solument nécessaire. Elle s*opéra en 18U d'une manière affligeante pour H. Lardeur, mais fort humiliante pour le supérieur réfracs taire. Les membres qui étaient restés allachés au premier revinrent à Saint-Fuscien; plusieurs autres, que le second avait entraînés dans son schisme, ne tardèrent pas i s'en séparer et à se disperser. Trois, et loimeme, supplièrent dans la suite M. Lardeur de leur permettre de rentrer dans ta congrégation, ce qu'il ne crut pas devoir leur accorder.

La maison de Saint-Fuscien, protégée sans doute par le sang des martyrs qui coula dans son enceinte, résistait seule aui orages qui agitaient continuellement la petite congrégation; mais elle ne pouvait plus envoyer de frères dans les campagnes, ni même former des instituteurs laïques comme elle avaitfait à Dohem; la création des écoles normales primaires officielles y mettant obstacle. Le ministre de Tinstruction publique avait bien offert à M. Lardeur, la direo tion de celle du département de la Somme, à l'époque de sa création ; mais Mgr de Chabons avait toujours montré de la répugnance pour cette entreprise, et M. Lardeur, quelque grand que fût son désir d'accepter, aevait déférer aux intentions de celui que la congrégation regardait comme son principal fondateur. Force lui fut donc de borner son action, bien entravée encore, à la conduite du pensionnat professionnel qu'il 4 dirigé jusqu'aujourd'hui.

Le successeur de Mgr de Chabons, Mgr Hiolaod, depuis archevêque de Toulouse, avait reçu, à son arrivée dans le diocèse, des impressions peu favorables à rinstitut; mais les éclaircissements qu'il prit les dissipèrent bientôt, et pour lui donner un témoignage de ses bons sentiments et calmer toutes les inquiétudes, il voulut honorer la maison da Saint-Fuscien d'une visite pastorale, selon toutes les formes canoniques.

Dans cette circonstance solennelle , après .nvoir adressé des paroles d'encouragement aux membres de la congrégation, en présence d'un certain nombre d'ecclésiastiques du voisinage et des élèves , « Cette œuvre,* dit -il en terminant, « sera comme le grain de sénevé de rEvangiloi qu^un homme pni et sema dans son champ; ce grain crottri n deviendra on grand arbre, et lesoiseaoïdo ciel viandront se reposer sur ses branchas.» {Lu€. XIII, 19 0 Depuis, et durant les on» années que ce vertueux prélat administi^^l^' diocèse d'Amiens, c*esl-à-dîre josau*eM laW» la petite société reçut de lui de iréçiueotc^ visites et mille marques de la plus bienreillaute sollicitude. Cependant, elle ne P"| prendre d'accroissement : la législation était con trai re

La loi du 15 mars 1850 rinviteit I reo^ dans ses attributions primitives, et '«WJ^ cor de remplir la On de son institittioo. n^* premières vues se portaient sur Técole »?f

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DES Or.DRES

maie départementale dont oo lui avait fait espérer qu*il obtiendrait la direction. Sur avis qii*on crat de bon augure, on pourvut h l'agrandissement du locaU en faisant élever h grands frais un vaste bâtiment approprié aux vnes qui avaient déterminé sa construction, n ne fallait plus que le concours et lappui de certaines autorités ; cet aopui fit défaut, et Tinstitut de Saint-Fuscien fut contraint des*en tenir à son pensionnat professionnel , et à l'ouverture d'une école normale libre, qui, on le sent assez , ne saurait rivaliser avec l'école officielle.

C*esl dans cet état de choses qu'il altend , avec soumission et patience, les jours meitleors que lui ménage sans doute celte sage et maternelle Providence qui a présidé à sa création , et qui l'a maintenu pendant près de quarante années» au milieu d'épreuves et de traverses de toute espèce.

Court €xposé des Règles ei des CamiUuiionê.

Comme on a pu le voir dans la notice précédente, ce fut sur l'invitation de Mgr rarchevèc|ue deMalines que furent dressées les Constitutions définitives de la Congrégation. Jusque-lk, elle n'avait eu aue des Règlements provisoires. Voici en suDstance les princijiaui points que contiennent ces Constitutions, revêtues des apnrobations de six pontifes, dont quatre sont a présent archevêques, |)armi lesquels deux cardinaux.

Outre la On commune de toutes les associations religieuses, savoir : la gloire de Dieu et le salut des âmes, la Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie se propose pour fin particulière l'éducation chrétienne de la jeunesse (1 ). Pour s'attirer Qoe plus grande abondance de grâces, elle (6 consacre d'une manière toute spéciale aux sacrés oœurs de Jésus et de Marie, et honore aussi d*un culte 8ing[uiier le glorieux saint Joseph , dont elle avait primitivement porté la nom; mais qu'elle a changé pour des raisons importantes , sans toutefois cesser de le regarder comme son principal protecteur.

L'esprit de simplicité, d obéissance et de pauvreté, doit fiiire le caractère et le princi- |ial objet des soins de ceux qui entrent dans cette petite société.

Les autres moyens surnaturels (]oe la congrégation emploie pour parvenir k sa fin sout, en premier lieu, les trois vœux de pauvreté, d'obéissance et de chasteté, auxquels elle en ajoute un quatrième par lequel chaque membre s'oblige formellement k étendre de tout son pouvoir le culte des très-saints coours de Jésus et de Marie, surtout en se livrant à l'éducation de la jeunesse. Vn second lien, elle recommande l'exercice des vertus solides, principalement la foi, la charité, rbumîlité, la simplicité, l'abnégation, le xèle du salut des âmes , l'a-

(I) Les Coûsliiulions ne spécifient pas les roodiicauoos que peut recevoir cette un particulière, peree qu^elles ont été rédigées dans un leinps aeiil pendant lequel il fallait, de tonte nécessite, le restreindra à ce qoe les clrconsunces pennetlaieat delaire. Oa a va dans li notice que la Con-

RELIGIEUX. SAC I3!i

mour de Toraison et Timitation de la vio cachée de Jésus- Christ, se proposant en tout pour modèles les saints cœurs de Jésus et de Marie. En troisième lieu, elle prescrit l'oraison d*uQc heure le matin et d'une demi « heure le soir, Tassistaoce journalière h la sainte Messe, l'examen deux fois le jour, le chapelet, la lecture spirituelle, la prière du soir et la préparation de la méditation du lendemain, la confession hebdomadaire, la communion les dimanches, les fêtes solennelles et d'autres jours déterminés, la récitation du petit OiEce de la sainte Vierge chaque semaine, la récollection d'un jour chaque mois, la reddition du compte de conscience deux fois Tan et chaque fois que le supérieur l'exige; enQn la retraite de huit jours chaque année.

Parmi les membres de la Congrégation , les uns sont appliqués aux sciences et à l'instruction de la jeunesse; plusieurs sont élevés à la dignité du sacerdoce; les autres^ appelés frères coadjuteurs, sont destinés aux travaux manuels. Les uns et les autres portent le môme habit religieux.

Pour son gouvernement, la Congrégation doit avoir un supérieur général élu pour la vie, par un conseil composé de dix-huit des principaux membres. Il est aidé de trois as-* sistants désignés par le conseil.

Chaque maison doit avoir un supérieur pnrticulier, assisté de plusieurs conseillers, d'un ministre, d*un moniteur, d'un préfet des choses spirituelles et des études, des professeurs, tous nommés par le supérieur généraU

La Société doit toujours rester d*une manière spéciale sous la dépendance des évoques, alors môme qu'elle serait approuvée par le Saint-Siège.

Le genre de vie est simple et commun»

sans austérités de rigueur autres que celles prescrites par l'Eglise. L'habit consiste en une soutane de drap commun, fermée |»ar des agrafes, en un cordpn do laine noire

f^our ceinture, en un petit manteau et un ricorne.(l)

SACREMENT ( CoHaaiaATioa dcs Faftraas

MissiOMNAiats ou ÏRËS-AAINT-), à Jto-

Quelque disposé que l'on soit d'ordinatre è juger trop favorabfement des inclinations du premier ftge, il faut convenir cependant que Ton remarque quelquefois dans la conduite des enfants des traits caractéristiques qui décèlent en quelque sorte ce qu*ils se>* ront un jour. On peut mettre au nombi e de ces heureux présages la dévotion que Christophe d'Authur de Sisgaud eut, dès sa plus tendre jeunesse, pour Fadorable sacrement de nos autels. Né à Charleville, le 6 avril 1609, d*une famille noble et pieuse, cet enfiint de bénédictions avait è peine commencé

sréaatioa a louiours en poer in : 1* de fonner des Misututeurs rehgiem om lai9ues pour la tcaue d« écoles paroissiales ; 2* de tenir des pensionHais pro« fessionneis pour Téducaiion cliréiieone des eiiianta de la classe moyenne de la société.

(1) Yoy. à la in da vol., n»* 219, 2i0.

SAC

DlCTIONiNAIRE

SàC

ses étiides au collège des Jésuites d'Aiï» qu'il se sentit pénétré d'un esprit extraordinaire pour Taugusto mystère de TEucharislie. La pensée de la présence de Jésus-Christ dans nos saints tabernacles le remplissait de bonheur, il en parlait sans cesse à ses condisciples et les conduisait souvent au pied des autels pour y prier avec eux ; acte de dévotion dont il s'acquittait avec tant de recueillement que ceux-ci aimaient à se tenir à genoux auprès de lui, comme s'il eût dû les forcer à la piélé f)ar la double influence de ses leçons et de ses bons exemples.

Celte ferveur augmentant de jour en jour, Christophe conçut bientôt le dessein d'instituer une congrégation spécialement destinée à honorer Jésus-Christ dans le trèssaint Sacrement. 11 avait alors terminé son cours de philosophie dans le collège d'Avignon et se livrait à l'étude de la théologie avec un zèle qui n'était é^alé que par celui qu'il mettait à be perfectionner dans la pratique de toutes les vertus. Un jour qu'il priait dans l'église des religieuses de Sainte- Claire, il conjura le Seigneur de lui faire connaître sa volonté sur le projet qu'il avait conçu. C'était le 25 mars de Tannée 1631, 8)irès une longue et pieuse méditation, il crut voir clairement que Dieu approuvait son dessein et lui commandait d'instituer un corps d'ecclésiastiques qui, par leur zèle, ^eur dévouement, leurs bons exemples et leur dévotion envers la sainte Eucharistie, pussent travailler de concert avec lui au salut des âmes et à la propagation de la foi, et, comme pour l'affermir dans cette résolulion, le Seigneur lui fit voir en esprit celui cjui devait 6tre son premier collaborateur.

Christophe, qui ne le connaissait pas, fut merveilleusement surpris, le lendemain matin en se rendant en classe, de l'apercevoir dans la cour du collège tel qu'il lui avait été représenté pendant son oraison. Ce jeune homme était alors acconi|)agné de sa mère qui venait prier le préfet de lui procurer une condition où il lui fût permis de continuer ses études,afm qu'il pût arriver au sacerdoce auquel Dieu semblait le destiner. Le prélel, voyant en ce mement entrer le ieune d'Aulhùr, loi demanda s'il n'avait pas besoin d'un domestique, ajoutant que le jeune homme s'offrait h le servir sans autres gages qu'un peu de temps chaque jour pour vaquer ?v l'élude. Christophe, sans laisser paraître l'impression qu'il éprouvait, se borna à remercier le préfet de la bonté qu'il avait eue de penser à lui, et accepta le jeune homme avec empressement, assurant sa mère qu'il en aurait un soin tout particulier.

Il le conduisit ensuite dans sa maison, le présenta à quelques autres jeunes gens qui avaient coutume de s'v réunir tous les jours pour vaquer à la prière, et protita de cette circonstance pour leur communiquer le dessein qu'il avait conçu. Neuf d'entre eux ^'offraient & l'instant même pour partager

ses travaux ; Christophe leur r^ana avec beaucoup de ferveur de retendue et do l'importance des engagements qu'ils allaient contracter, il leur fit entrevoir qu'ils devaient s'engager à le suivre partout, à souffrir toutes les rigueurs de la vie apostolique et à renoncer à tout pour se consacrer entièremont à Dieu, et afin Qu'ils pussent y réGécliir sérieusement, il leur conseilla de latr<» une retraite de quelques jours.

Mais bien loin de se décourager,ce$ pieui jeunes gens éprouvèrent bientôt un tel redoublement de zèle et de ferveur qu'ils no soupiraient plus qu'après l'heureux jour où il leur serait permis de se dévouer pour jamais à la gloire de Dieu et au salut des âmes.

Christophe leur fit néanmoins subir encoro qtielques épreuves,et le jeudi saint, 25 avril 16d2,il les réunit dans la chapelle des Carmes où ils entendirent la Messe et firent la sainte communion, et les appelant ensuite l'un après l'autre devant lui, il reçut le vœu |>ar lequel ils s'engagèrent tous à le reconnaître pour supérieur et à lui obéir pendant toute la durée de sa vie promettant de le suivre partout, de partager toutes ses fatigues et de renoncer aux honneurs, aux richesses, aux dignités, à leurs parents et amis, et généralement h toutes les créatures pour l'aider à accomplir le pieux dessein que le Seigneur lui avait inspiré. (Tic de MgrChriitophe d'Authur de Sisgaud^ évoque de Bethléem, par M. Nicolas Borcly. Lyon, Jean Cate, 1703. — Exordia et institula Congregationis sancti Sacramenii, Gratianopoli, Fremon, 1658; Manuscrits de la préfecture de Valence, conservés en grand nombre da/is les archives du département.).

Telle fut l'origine de la Congrégalion des prêtres missionnaires du Très-Saint-Sacrement. On y remarquera sans doute quelque chose d'assez extraordinaire; aussi le public bientôt informé de ce qui venait de ^ passer aux Carmes ne manqua pas de blâmer Christophe et de taxer son zèle de fanatisme; on calomnia ses intentions, on le noircit auprès de ses supérieurs, on persécuta ses pieux disciplesqui furent coDlraiois de s'éloigner de lui.

Cet orage n'étonna point M. d'Authur, il savait que les œuvres île Dieu souffreotcontradiction,et il endura toutavec une patience inaltérable; son cours de théologie achevé, il reçut les saints ordres et dit sa première Messe le 10 juin 1633, et partit aussitôt \mT Rome afin de soumettre au jugeaient du Saint-SiégH le dessein de sa Congrégation. Le Pape Urbain Vlii en fut très-satisfait. H exhorta le vertueux prêtre à ne passe laisser décourager par les obstacles, et lai recommanda spécialement de se consacrer lui et ses disciples à l'œuvre des missioos et à la direction des séminaires, en atteudant que l'Eglise, mieux informée des motifs et de Torganisation de l'institut, trouvât bon de l'honorer d'une approbalioa solennelle. L'abbé d'Authur, désespérant de pouvoir obtenir davantage partit sans dé'aj ^

SAC

DES OADABS RELIGIEUX.

lioiDt ol revint en ProTenee oii il fut reçu jter Louis de Breiet^ archevêque d*Aiz, qui, informé de son mérite, le retint dans son diocèse pour remployer h la réforme de son clergé et à la conversion de ses ouailles. Ses compagnons, qui attendaient son retour avec impatience, ne tardèrent uas de se rendre auprès de lui et lui amenèrent de noufeaux disciples qu'ils avaient gagnés à Dieu >ar leurs bons eiiemples et qui furent reçus bras oaverts. Christophe les établit dans une maison voisine d*une chapelle que Parcbevéque lui donna et où commencèrent, avec une parfaite ré||[ularité, les exercices de rinstitut. Quelques jours après il alla avec

3uelques-ttns d entre eux au village de Caenet, ouvrir le cours de ses missions suivant l*ordre qu'il en avait reçu du Saint- Père. Ils parcoururent tout le diocèse d'Aix et fondèrent un second établissement dans la ville de Briguoies auprès d*uue chapelle dédiée à la très-sainte Vierge. Ce fut là que Tabbé d'Authur revint après ses missions pour former à la piété et à Texercice du ministère apostolique ceux que le Seigneur appelait fc son institut. Il consacra deux ans à ces importantes fonctions qu'il interrompit néanmoins quelques jours i)our aller évangéiiser la ville de Marseille où il fonda uu troisième établissement. C'est assez dire les bénédictions que Dieu se plaisait à réliandre sur TŒuvre qu'il avait inspirée. Le nombre des missionnaires allait tous les jours augmentant, comme leur zèle et leur ferveur, et en dépit de tous les obstacles, Cbristophe avait déjà fondé trois maisons sans antres ressourc-es que sa confiance en Dieu et rinallérable docilité de ses collaborateurs.

Ces heureux succès firent tant de bruit en Provence qu'on ne tarda pas d'en parler jusque dans la capitale du royaume. 11 j aTaii alors à la cour un des personnages les plus célèbres de ré|K>que, François Le Clere de Tremblay, si connu, Jans la suite, sous le nom de Père Joseph qu'il prit en se faisant Cai;ucin. Cet homme extraordinaire ayant appris les grands biens que rétablissement, fondé à Marseille par l'abbé d'Authur, opérait dans toute la Provence, pensa dans Tiutérèt de la religion qu'un établissement de ce genre ne serait pas moins utile à Paris, et sur le rapport avantageux qu'il en fit au cardinal Richelieu, le ministre résolut d'appeler Christophe auprès de lui et de lui donner le collège de Bourgogne avec les revenus nécessaires à l'entretien de vingtrquatre prêtres dont les uns seraient employés aux missions et les autres à i'instruotion du clergé.

Peu de jours après^ c'est-à-dire au com* mencement de décembre 1638, l'abbé d'Authur rejjut du cardinal-ministre l'invitatioA de partir de suite do Marseille pour se rendre à Paris, 11 se mit donc en route vers la fin du même mois avec vingt de ses missioiH naires, mais arrivé à Valence, il apprit que le puissant protecteur duquel dépiendait le soecès de son établissement dans la capi*

taie venait de mourir. Le P. Joseph, en effet* fut frappé d'une attaque d'apoplexie le 18 décembre 1638.

Dans cette fâcheuse conjoncture Tabbé d'Authur jugea qu*il était inutile de poursuivre son chemin et résolut de retournera Marseille ; mais le Seigneur qui dans les desseins de son admirable providence destinaii ce vertueux prêtre à renouveler la face des diocèses de Valence et de Die, en ordonna autrement. Avant de se mettre en route, Christophe se sentit intérieurement pressé d'aller offrir ses hommages à Mgr Jacques de Leberon, évéque de Valence qu'il n'avait pas l'honneur de connaître, et si vif était ce désir que malgré les instances de ses compagnons qui voulaient le détourner de ce (iessein, il ne put résister à la voix intérieure qui lui disait de l'accomplir.

D*un autre côté, le Seigneur qui avait suggéré cette pensée au vertueux prôtre afin de le retenir à Valence, fit voir au prélat, pendant son sommeil, l'intérieur de la cathédrale éclairée par un grand nombre de flambeaux et le chœur rempli d'ecclésiasli-

aues d'une éminente sainteté, ce qui Tétonna autant plus que depuis longtemps il gémissait sur les désordres que 1 hérésie avait occasionnés dans son diocèse et qu'il priait instamment le Seigneur de lui envoyer des ouvriers évangéliques capables d*y remédier en le secondant efficacement ; le prélat était encore tout préoccupé de ce qu'il venait de voir, quand l'abbé d Authur et ses missionnaires entrèrent dans la cour du palais épiscopai. Dès qu'il les eut aperçus Leberon ne douta plus de la vérité du songe qu'il interpréta aussitôt en leur faveur, mais il ne voulut s'en exoliquer qu'après avoir pris connaissance des motifs de leur voyage et des raisons qui avaient pu les forcer a lui rendre visite.

Quand l'abbé d'Authur eut fidt part an

f>rélatde ce qui venait d'arriver, celui-ci prit a parole et leur dit que c'était dans des vues particulières que la Providence avait permis leur départ de Marseille, qu'elle voulait les fixer à Valence où elle les destinait à opérer ia réforme de deux diocèses et à prendre la direction d'un séminaire dont il projetait la fondation depuis longtemps. Leur ouvrant alors son âme tout entière, il leur exposa ce que son xèle voulait entreprendre pour le salut de son troupeau, et il les exhorta dans les termes les plus affectueux à rester auprès de lui, afin de partager sa sollicitude et ses travaux, ajoutant que, puisqu'ils ne pouvaient s'établir à Pans, ils fonderaient .une maison à Valence, et que cet établisse* ment, quoique moins considérable qne celui qu ils avaient projeté, n'en serait pas moins utile àl'Bgliseni moins agréable au Seigneur qui ne dit acception de personnes et auquel toutes les âmes sont également chères.

La nature de cette proposition et les termes dans lesquels elle était conçue touchèrent profondément l'abbé d'Authur qui s'empressa de se mettre entièrement h

SAC

DIGTIONNAIRB

h disposition de réfèqne, lui et toute sa pieuse colonie. Le prélat leur dit alors ce : qu*il avait vu la nuit précédente durant son sommeil» et les embrassa tendrement, puis il ordonna à un de ses officiers de leur préparer de suite une maison auprès de la cathédrale et de leur fournir tout ce qui serait nécessaire à leur eutretien.

L*évèque de Valence, convaincu que la réforme du troupeau devait commencer par celle des pasteurs, s'occupa sans retard des préparatifs nécessaires pour la fondation (fun séminaire. Quinze jours s^étaient à

feine écoulés qu'il publia un Mandement, cette occasion, pour annoncer à ses diocésains Touverture de ce premier établissement.

Après avoir parié des devoirs que les pasteurs sont tenus de remplir envers leurs troupeaux, de l'état déplorable où Thérésie et le malheur des temps avaient réduit son diocèse, ainsi que des efforts qu'il n'avait cessé de faire pour raviver la piété et la foi au sein des populations confiées à sa sollicitude, le prélat dit avec bonheur que la congrégation du Très-Saint-Sacrement fondée par M. d'Authur remplira d'autant mieux ses intentions, qu'indépendamment des prédications et des missions, elle se propose surtout d'ériger des séminaires ou les aspirants au sacerdoce, élevés dans les sciences ecclésiastiques et l'esprit de leur état, puissent devenir de saints prêtres et consoler TEglise des malheurs qui la désolent depuis longues années. Il ajoute qu'exactement informé de la bonne réputation dont ctft institut s'est acquise dans les diocèses d'Aix et de Marseille, il a conçu le dessein de le fixer h) Valence; qu'il a été édifié de la lecture de «es règles manilestement inspirées, dit-il, par l'esprit de Dieu et très-propres à atteindre le but que M. d'Authur se propose, et qu'en conséctuence il lui donne la direction spirituelle du séminaire de sa ville épiscopale,ordonnant à tous les jeunes ecclésiastiques de s'y rendre sans délai.

Cette lettre pastorale était datée du 16 janvier 1639. Quelques jours après, Tabbé d'Authur^ fit l'ouverture des exercices du séminaire dans une maison de location, eu attendant que la Providence v eût pourvu d'une manière plus convenable. Les jeunes clercs s'y rendaient de toutes les parties du diocèse. Plusieurs y accoururent des diocèses limitrophes, et le nonibre en fut bientôt si grand qu'on fut contraint d'en renvoyer plusieurs dans leurs familles.

Un vénérable ecclésiastique de Saint- Sulpice a publié en 184^1 une Vie de M. Olier dans laquelle il soutient que rétablissement de Yaugirard est le premier séminaire qui ait été fondé dans le royaume, ^t ii.ajoute ({ue les auteurs qui ont dit que le séminaire de Valence est la première institution de ce genre ont émis une assertion démentie |iar les monuments contemporains. (Ft« de M. Olier ^ fondateur du emi» naire de Saini-Sulpice, t. I'% p. ;U)8. Paris, idi^l.) « Les renseignements que Ton

nous a donnés à Valence même, dit-il, semblent supposer que le séminaire de retle Tille ne fut d'abord qu'un séminaire^olIfKe, comme tous ceux que dirigeaient alors Tes Oratoriens. »

En énonçant une opinion aussi affirmatife le savant sulpicien a été mal servi par ses souvenirs ou bien a puisé k des sonrces qoi n'étaient pas authentiques. Borcly, qQ'il traite d'auteur trop récent, avait été életâ dans la congrégation de M. d'Authnr, par le ministère duquel Dieu l'avait retiré du siècle; cet auteur, dans la vie qu*n nous a laissée de ce vénérable prélat, ne dit etn'af* firme rien sur l'établissement du séminaire de Valence, qu'il n'ait vu de ses propres yeux, ou qu*ii n'ait appris de témoins qui avaient connu M. d'Authur dès sa plus tendre jeunesse ; consacré, toute sa fie, \w état, k l'instruction des aspirants au sacerdoce, il devait savoir jusqu'à quel point on avait négligé en France de se conforBier aux sages règlements du concile de Trente, il connaissait sans doute les institutions de Saint-Vincent de Paul de M. Olier et des Oratoriens. llaffirmetoutefoisfu«/ejcîNhi«re de Valence a été le premier qu*on a érigé d< la sorte dans le royaume, (Vie de Jf . aÂulAur, p. 72 ; Fte du P. Eudee, par le P. Martigny, p. 110.

Pour s'en conraincre il n'y qo'ft jeter un coup d'œil sur l'histoire. Le séminaire de Saint-Sulpice ne fut fondé qu'en 16U et ne fut définitivement constitué qu*eo 16t8 ou 16M. Ceux de Riiodez et de Limons en 16^7; celui de Nantes en 1618, celui d'Aix en 16S0; ceux de Viviers et de Lyon en 1651 : celui d'Avignon en 16S1; ceux du Pu/ et de Clermont en 1653.

Saint Vincent de Paul ne fonda celui de Saint-Charles, près de Saint-Lazare, qu'en 1642. P. Budes établit celui de Caen en i6U, et celui de Saint-Nicolas-Hla-Chardonuet, à Paris, en 165ib.

11 est donc manifeste que le séminaire de Valence a l'honneur d^avoir précédé tous les autres établissements de ce genre, puisqu'il fut fondé en 1639. Mais, dit-on, ce ne fui

au'un séminaire^collége, du moins le collège e Valence, ayant été établi en 16U, fut annexé à perpétuité au séminaire el fixé dan) la même maison. (Vie de M. Olier f fondeteer du iéminaire de Saint-Sulpiee. t. 1", p. M6; Paris, IMl.)

Ces doux assertions sont également faa^ ses : d'abord le séminaire ne fut pas, dès Tépoque de sa fondation, un séminaire-<i>l« lèse comme ceux des Oratoriens, poisque 'e collège de Valence ne fut établi qu'en l6U: d'ailleurs la teneur des lettres de Jacques del^beron ne permet pas de soupçonner que le séminaire pût avoir d'antre desiiaaifoo

3 ne l'enseignement de la théologie en bveor es jeunes clercs du diocèse. On n'y trouve pas un mot qui décèle un autre bat, pasaoe seule allusion aux soins destinés aot élèves qu'on réunissait alors dans les colley* ^ ce n*est là une preuve irréfragable eest an moins une présomption qui fortifie siup-

ISil

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DEb ORDRCS RELIGIEUX.

SAG

lièr^fflêAi notre opinion sur la destinalion exclusive da séminaire de Valence. En se* rond lien, Taotenr de la Vie de M. Olier s*est encore trompé lorsqu'il a dit que le col* lége fut annexé au séminaire et fixé dans la même maison. A la vérité la direction du collège fut confiée aux missionnaires du SainKSaerement, le ik octobre iShS; mais on lit dans le procès-verbal de sa fondation, pike authentique aoe nous avons sous les Tenx, qu'il fut établi dans un local tout h (lit séparé de celui qui était destiné aux exercices des pieux ecclésiastiques, et qu'il reçat une destination toute spéciale que MUS croyons n'avoir jamais été adoptée dans les séminaires-collèges, celle de recevoir les jeones gens de diverses religions. [Exordia HimiituiQ Canaregatianii Sancii SacramenlU p. 94, 95 Proeiê'Verbal de la fandaiion du t9Uég$ d€ Valence: archivée de ea préfecture.

Msqne leséminaire de Valence eut étédé- Ontlivement organisé, l'évèque pria M. d'Au- Ibar de commencer les eiercices d'une mis* sion générale dans tout le diocèse. Le vertueax prêtre se mit en route avec les missloonaires vers la fin du mois do décembre, etsonièle produisit partout des fruits admirables de conversion. Il évangélisa ensuite les diocèses de Viviers, d'Orange, d*Usez et de Saint-Paul Trois Châteaux. Ce fut après ses travaux apostoliques qu'il fut nommé par le Saint-Siège préfet des missions de France, puis recteur des deux collèges d'Afignon.

Cette bienveillante attention du Souverain Pontife fit espérer à M. d'Autbiir qu'il en oMiendrait aisément la confirmation de son pieui institut.

Jusqu'alors le Saint-Siège avait cru plus contenable de perfectionner les anciennes coQgrègations'que d'en approuver de nouîelies; mais les avantases signalés que l'Eglise retirait de celui dos Missionnaires du Très-Saiut-Sacrement déterminèrent le Pape Innocent X à la confirmer par un décret solenoel. II nomma d'abord une commission de cardinaux qui en soumirent les Statuts à UQ eiameu rigoureux. Tons jugèrent d'un commun avis que cette Œuvre méritait l'approbation du Saint-Siège, et sur le rapport qiHIs en firent, le Papo fit expédfer, le M septembre 1647, la bulle de confirmation qui érigeait l'institut en ooogrégatioo ec^lé* siasliqiie.

L'abbé d'Autbur obtint cette bulle sans argent, sans amis, sans fiiveur, sans intrigues. Ce succès qu'il n'avait osé jusqu'alors se promettre le surprit tellement qu'il ne put s'empêcher d'y voir un signe manifeste (le la protection que le Ciel accordait à son œurre; c*est lui-même qui nous l'apprend dans une lettre qu'il écrivit à toutes ses communautés pour les exhorter à en remerc»er II- Seigneur.

Après (quelques détails sur le but de la Uinj^ré^ation qui est d'honorer d'un culte particulier l'auguate Sacrement de TEucharistie, la bulle énumère les moyens que les uisciples de M. d'Autbur devront mettre en

DicTiona. des Ororbs rblig. IV.

œuvre pour atteindre la fin qu'ils se proposent. Ces moyens sont : 1* la direction des séminaires, soit pour les jeunes ecclésiasti-

3ues, soit pour les prêtres qui ?^^y rendront e leur propre mouvement ou y seront envoyés par leurs évêques pour se retremper dans l'esprit du sacerdoce ; 2* les missions dans les pays des hérétiques ou des infidèles; 3* le soin des OEuvres dans le gouvernement des paroisses qui leur seront confiées. La bulle veut de plus que la Congrégation possède dans cbnque province ecclésiastique une maison de solitude destinée à former à la science et è la vertu les jeunes clercs qui demanderont à y être affrégés. Elle la déclare ensuite apte à posséder des rentes et des bénéfices et à jouir des autres privilèges du clersé. C'est pourquoi elle l'assujettit à la juridiction des évêques pour tout ce qui regarde la correction des mœurs, la discipline canonique, l'administration des sacrements et la conduite des âmes, mais elle laisse à l'entière disposition de ses supérieurs le gouvernement temporel des communautés, la gestion de leurs revenus, l'observation de la Règle, la réception ou l'exclusion des sujets, etc. Elle change enfin le nom de Con^r/oan'on dee Miieionnaireidu clergé en celui deCongrégation du Trie-Sainl- Sacrement pour lee miaione et la direction des êéminairee. Dans la suite on la déf igna sous le nom de Congrégation dee Prélree mieeionnairee du TrèM-Sainl-Sacrement.

La pièce originale de la bulle d'fnnoceûtX confirmée par lettres patentes de la cour, en I6&8, éveilla la susceptibilité de quelques évêques; c'est pourquoi,au lieu d'être remise au fondateur, elle resta dans les archives de la cour et fut oubliée assez longtemps. Enfin elle fut envoyée à la maison de Valence par le I*.Lachaise, par ordre de LouisXIV. H. d'Autbur était religieux de Saint-Victor de Marseille.Ce titre lâCfut pas un obstacle à la confirmation de son institut, mais il empêcha néanmoins qu'on nommât dans sa bulle un directeur général qu'on avait demandé pour son gouvernement, parce aue le Saint-Siège ne jugea pas convenable de mettre un religieux profès à la tête d'une congrégation ecclé^îtHique. Cependant en considération de Teicellence de l'OEuvre et da mérite de son fondateur, il permit aux membres de l'institut de s'élire un supérieur en temps 0|)portun; ce qu'ils ne manquèrent pas de faire en nommant M. d'Autbur, dès qu'il eut été élevé h la dignité épiscoiiale. Sacré à Rome, le 86 mars 1651, M. d'Autbur revint bientôt en France et prêta entre les mains du roi serment de fidélité pour la chapelle dp Pantenot-les-Clamccv,appelée Notre-Dame de Bethléem, dans le oucne de Nevers; chapelle que Guillaume III, duc de Nevers et d'Auxerre, unit, en 1U7, à son retour de la croisade, k Tévêché de Bethléem en Pales* tine, pour servir de cathédrale à Raynaud, évêque de celte ville, chassé de son siéce par les Sarrazins. Depuis lors, on établit dans la petite ville de Clamecy, auiourd'bui sous-prt'focture du département de la Nièf re^

SAC

DICT10NNA:ftE

SAC

Qb tifre trivèque de Bethléem, k la Domination des comtes et ducs de Nevers qui a subsisté jttsqa*è la réTolution.

Le nouveau prélat, depuis son retour en France, ne s'ocf'Qpait pins que de sa Congre* gation, lorsqu'une affaire importante l'obligea de retourner ft "Rome pour la troisième fois ; mais k peine fut il revenu qu*it rentra sn séminaire de Vatenœ pour reprendre ses premiers travaux et former, pour les missions, de nouveaux ouvriers dont il avait besoin.

Il profita de ce temps pour mettre la dernière main h la Règle de sa Congrégation. Rien de plus mûrement réfléchi et de plus sage que tes Statuts qu'il avait donnés à ses disciples -et qu'il crut devoir perfectionner encore h l 'époque dont nous parlons. Il les caractérisait lui-même d'une façon bien éner|;ique, lorsqo'en les expliquant à ses missionnaires, il leur disait t « Autant d'articles de notre Bègle, autant de coups mortels que reçoit le vieil homme pour l'obliger h céder sa place au nouveau. En effet, la Règle des Missionnaires du Saint-Sacrement n*élait qu'une continuelle exhortation à la pratique de l'obéissance et &a dépouillement évangélique. On n'y apprenait qu à rompre sa volonté pour accomplir uniquement celle de Dieu, et à bannir de son âme tout intérêt, tout amour-propre, toute attache naturelle, tout désir déréglé qui n'auraient pu compatir avec le pur amour de Dieu et la parfaite conflance en la Providence, vertus si nécessaires aux hommes apostoliques.

Le pieux fondateur était si convaincu de l'importance de cette vie de renoncement, que s'il eût prévu, disait-il, qu'après sa mort on dût modifler la Règle à cet éffard,il eût mieux aimé la réduire en cendres et anéantir entièrement la Congrégation.

Il inspirait à ses prêtres ces pieuses maximes de la perfection sacerdotale, quand les consuls de Thiers en Auvergne lui écrivirent pour lui demander un établissement de ses missionnaires dans leur ville. Toujours plein de conflance en Dieu, il accueillit cette requête avec empressement et fonda en effet une nouvelle maison à Thiers du* rnnt le cours de l'année 1657. II revint ensuite h Valence, sa demeure ordinaire et j resta jusqu'en 1659, époque où il commença h donner des retraites ecclésiastiques, qui affaiblirent peu à peu sa santé et lifltèrent le jour de sa mort arrivée à Valence en

Avant de mourir, le vénérable fondateur ne la Congrégation du Saint-Sacrement ayant aperçu auprès de lui les. directeurs du séminaire qui fondaient en larmes les exhorta pour la dernière fois h persévérer dans la ferveur et k travailler avec zèle h l'affermissement de la Congrégation. « Hélas I » dit-il, «J'ai bien du regret d*8 voir fait si peu pour elle, mais j'ai cette conflance en Dieu

3ue s'il agrée notre Œuvre et qu'on soit flèle h le servir, il en sera le protecteur et il lui fera part de ses grflces. Qu'on prenne garde seulement, ajouta-t-it^ d'y conserver

l'union et d'élever les novices dans Toliéissanco et le détachement recommandéi pir la règle, c'est l'unique moyen de la maintenir et de la rendre agréable aux yeax de sa divine majesté. »

Ces dernières [laroles résumaient tontes les exhortations qu'il avait adressées i ses cber« enfants depuis la fondation de rinstitul. Ceux-ci les accueillirent avec nn préfond respect el on peut dire qu'ils en ont fait constamment ia Règle de leur coadoilè.

Le séminaire de Vatence et touslesaulres établissements que la Congrégation avait fondés ou fonda dans la suite, en grtod nomt>re, produisirent on bien immense dans l'Eglise durant tout le cours du xvin' siècle. Ils florissaient encore el semblaieni s'affermir tous les jours davantage, qaand la tempête révolutionnaire vint les ébranler jusque dans leurs fondements. Les prêtres missionnaires furent dispersés, leors aiaisons vendues, leurs biens confisquée, et la Congrégation du Saint-Sacrement disperot sans retour au milieu de cette horrible tou^ mente

SACREMENT (ConaRioiTiON ks Sobcis m SAINT-}, maison mire à Autun (Saôn^ei'Loire).

L'institut des Sœurs du Saint-Sacremtnt, nommées dans le Midi Scmrs de JMcoa, doit son existence au xèle d'un saint prêtre, dont la mémoire sera longtemps bénie dans cette ville, berceau de la Congrégation.

M. Louis Agut naquit dans cette ville en IMS. Doué (Tuné constitution forte et vigoureuse» d'un esprit sérieux, d*0D oeor généreux et du plus heureux caractère, il montra, dès ses \ilu$ jeunes années, des dispositions singulières pour l'étude et |)oor la piété. Son père, honnête artisan, ne pouvait, sans s'imposer de grands sacrifices,lui procurer les avantages dune éducation soi-

fnée. Le jeune Agut n'bésîta pas nétomoins solliciter ce bienfait, persuadé, disaii-ii, que Dieu pourvoirait à ce que ses pareats ne pourraient faire eux-mêmes. Admis au collège, il ne cessa d'édifier ses oondiseiples par sa ferveur et son application. Des succès constants furent la récompense de ses efltrts.

Docile aux impressions de la ffrâee, il sol distinguer de bonne heure quelles élaieat i son égard les volontés du Seigneur; et m

Jeunesse entière fut-une préparation ierveofe I la réception des saints ordres. En ll30i i) était prêtre, exerçant les fonctions de sso ministère dans l'eiclise collégiale de Seiat- Pierre.

Dieu, qui appelait M. Affut è de btotes vertus et aux œuvres du sèle, voulut éprou* ver sa constance en permettant qu'il eêi à supporter d'amères tribulations.

Le petit séminaire de Màeon était do p^ti^ nombre de ceux où l'on enseignait les doctrines condamnées par la bulTe TiiifMlvi* M. Agut avait été élevé dans cette osi^on et avait soutenu de bonne foi,dans une tb^t publique» les opinions tbéologiqucs de se*

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