‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 4)Chapitre 169 sur 220 · BAI · texte numérisé non relu

BAI

des orores les \A\ïs sévères» sans Dién»^meoi et sans restriction. Les sœurs ne jouissent en aucune façon de revenus patrimooiaux, et ne peuvent avoir Tusage exclusif daucun objet, quelque minime qu^il soit; le linge même est en commun. Toutes les maisons particulières sont tellement unies avec le cheMieu, qu'on n'y connaît absolument qu'un seul intérêt, celui de la coro<i inunauté, qu'une seule action, celle des 5Qpérieurs généraux, en sorte que toutes le> maisons no sont pour ainsi dire que les emplois différents d'une même maison di* rigée par une seule autorité.

Il n'y a qu'un seul noviciat, qui est toujours à la maison mère. Toutes les novices y restent de quinze à dix-huit mois avant (l'être placées dans des maisons; cinq ou six us plus tard, elles y reviennent toutes passer quelques mois, pour se préparer à faire ieor grande profession et leurs vœux perpétuels; enfin, quand l'&ge ou les infirmités les obligent au repos» c'est là encore qu'elles se réunissent de tous les lieux oiji elles éuiient dispersées par l'obéissance.

Jusqu'à présent, la Congrégation de la Sagesse s'est refusée h toutes les soll ici talions qui voulaient l'attirer trop loin de la France. Son esprit si prononcé de centrali- 53iion matérielle et morale ne lui permet guère, en etfet, de placer ses sujets dans des conditions où ils ne pourraient plus tenir aussi parfaitement au centre et en rece-> voir toute leur vie religieuse.

Le chapitre général de la Congrégation se réunit tous les trois ans, et a pour mission principale d'interpréter, au besoin, la règle et les constitutions, puis d'élire la supérieure générale et son conseil. La même sœur peut être maintenue pendant neuf ans dans les fonctions de supérieure générale; mais l'usage est qu'au bout de ce temps, elle soit remplacée. Elle partage avec le su- [>ériear général, qui est toujours le même que celui des Prêtres missionnaires de la Lompagnie de Marie, le gouvernement de toute la Congrégation. Un conseil ordinaire et un conseil extraordinaire les aident dans cette administration si vaste et si importante.

Sept ou huit provinciales sont chargées chacune de la visite d'un certain nombre de maisons. Elles décident sur les lieux les affaires moins graves, et renvoient les autres aux supérieurs majeurs.

Tous les ans, les supérieures locales de chaque province se réunissent pour rendre compte de leur administration et faire les exercices de la retraite spirituelle sous la conduite des supérieurs Kénéraux. De plus, tous les ans aussi, deux frères de la Compa- Knie de Marie sont envoyés ensemble, par le supérieur, dans chaque province^ pour y

(t) Voy. à la fin dn vol., n<» ^i 225.

(i» Sœur Iteuée Barel est décédée au Légué, le ISpin 17iO.

(5| Il est né à Pordie, près Saini-Rrieiic, à h Vjlle-Aiigeuin, ancienne geutilhommière qui existe

donner trois ou quatre retraites, auxquelles se réunissent toutes les sœurs des environs; nouveau moyen d'entretenir dans toutes les Ames le même esprit, dans toutes les maisons les mêmes usages.

Coêtume de$ Mœurs de la Sageâse.

Les sœurs de la Sagesse ont fidèlement conservé le costume primitif de leur institut : c'est celui que le vénérable de Montfort avait donné h la sœur Marie- Louise de Jésus.

Ce costume n'a rien qui se rapproche de celui des personnes du siècle : la toile blanche et la bure le composent tout entier. Les Filles de la Sagesse i)ortent par-dessus un épais corset une brassière à longues et larges manches. La couleur de ta coiffure, du mouchoir et du tablier de travail est blanche. Le tablier de toHette (si Ton peut donner ce nom h d'aussi humbles et d'aussi simples vêtements) et tout le reste du costume est de couleur gris cendré et de grosse étoffe de laine. La chaussure est l'antique et incommode pantoufle à talon élevé et entièrement ouverte depuis le devant de l.a cheville jusque par derrière le talon. La croix placée sur le milieu de ia poitrine et retenue par la (>ièoe du tablier est d'ébène et porte un christ en cuivre jaune. En témoignage de la dévotion particulière que leur Congrégation a vouée à la Mère de Dieu, elfes portent un chapelet suspendu a leur côté.

La grande cape dont les sœurs s'enveloppent, comme d une clôture portative, à Téglise et dans les rues, est toute noire. C est comme une sorte de suaire qui leur rappelle leur mort au monde. (1)

SAINT-ESPRIT (CoNtfRÊOATioif drs Filles nul, diociie de Saini-Brieuc.

Une pieuse veuve, de la paroisse de Plérin, nommée Marie Balaven, après (a mort de son mari ne songea plus (]u'a servir Dieu et 1» prochain. Elle habitait le Légué, petit port de mer à deux kilomètres de Saint-Brieuc. Le elle visitait les malades chaque jour, leur faisait du bouillon, préparait des médicaments, instruisait les enfants pauvres, surtout do la religion. Renée Burel (2), fille pieuse de l'une des plus considérables fafamilles de cultivateurs de Plérin, se joignit à elle pour pratiquer cette vie de bonnes œuvres.

M. René-Jean Âllenou de la Ville-Angeuin (3), songea à former ^une petite communauté' pour tfa paroisse seulement, ce qui entra dans les goûts de ces pieuses filles. Il leur fit une Rè^le, et la soumit à Mgr Frétât de Boissieux, assis sur le siège épiscopal de Saint-Brieuc; le prélat approuva celte Règle, et elle est parafée de sa main par premier et dernier. On l'a toujours conservée

encore. On voit dans la salle de cette maison le portrait de ce monsieur, peint sur toile. Il paraît qu*it était chanoine honoraire, car il porte i'aumusse au bras.

SM

SAI

dans les archives de la maison principale. C/esl donc à tort que dans les annales Briochines on attribue à M. Tabbé Leuduger d*ôlre le fondateur de la congrégation des Filles du Saint-Esprit. Ce zélé missionnairei étant de la paroisse de Piérin, a sans doute aidé do ses conseils M. de la Ville-Angeuin, dans la Règle qu'il faisait. Ces pieuses Qllo.s, au nombre de trois, prirent le costume religieux et firent leurs vœux le 8 décembre 1706. M. de la Ville-Angouin dédia cette communauté naissante au Saint-Esprit. Dès lors la fête patrorale de Tordre fut fixée au jour de la Pentecôte (1). Elles eurent pour seconde fête Tlmuiaculée-Concet^tion de la sainte Vierge, M. de la Ville-Angeuin voulant, sans doute, augmenter leur zèle envers Marie, en la leur donnant pour Mère, et les porter chaque année en ce beau jour, à se rappeler d^une manière particulière leurs enga^^ements.

Voici la description du costume : leur habit de dessus ^e compose d*une camisole C(ui leur serre la taille et descend par derrière en forme de queue : celte aueue est large et è plis de chacun six millimètres ; elle descend un \)e\x au-dessous du gras des jambes; une jupe qui leur va jusqu'aux talons, un tablier qui leur serre la ceinture au moyen d'un Itfcet. Du côté gauche, elles y mettent un rosaire en grains noirs ou couleur coco; elles relèvent la piécette de leur tablier sur la poitrine et l'attachent avec des épingles; elles portent au cou un mouchoir de moyenne grandeur, en calicot ou coton. La coitfure consiste dans un serrelôte, un bandeau qu'elles portent sur le front, un peu au-dessus des yeux; une coiffe en mi-til qui imite une grosse batiste, par dessus laquelle une autre coiffe en calicot ou coton, avec une partie saillante par derrière qui leur couvre le cou; la seconde se relève h moitié par devant, ce qui laisse voir environ quinze centimètres de la coiffe claire. Les bandes des deux coiffes tombent pendantes sur le haut de la poitrine. Elles portent un cruciPix placé dans la piécette du tablier, de manière qu*on n*en puisse voir que le haut et l'inscription. Depuis 1817, elles ont ajouté une colombe d'argent qu'elles portent suspendue à leur cou avec un cordonnet de soie noire, et qui leur tombe sur Je milieu de la poitrine, comme symbole de leur qualité de Filles du Saint-Esprit. Elles portent une cape de camelot blanc, dont le capuchon est bordé d'une bande d'étamine noire. Tout le costume est blanc, et composé aujourd'hui des mêmes étoffrcs aue dans l'esprit primitif de la règle, et fait de la môme façon. Première classe, Qdnelle toute laine; deuxième, étamine, et troisième, bertinge. Par crainte que Tuniformité n'eut pas assez d'ensemble on a déterminé les longueurs et largeurs (les manches ont une demi*aune d'ampleur).

(I) Sur la suppliqae de M. Tabbé Le llc'% supérieur général, notre très-saint Père Grégoire XVI accorda, le 19 novembre 18.^6, une in ulgence p!é-

Ce qu'on vient de dire est le coutume qu'elles portent è l'église et dans les visites qu'elles font. Dans l'intérieur des maisons, et pour les visites des malades, il y a de changé le tablier qui est en colon bleu, en toile de lin; des châles de laine tricotée, et des mantelets d'étoffe blanche pour se ga« rantir du'froid. Dans les campagnes, où sont \fis plus nombreuses fondations, on leur permet, en hiver, l'usage des mantelets d'élolTe pour l'Office.

Les Filles du Saint-Esprit, connues généralement sous le nom ue Sœurs Blanches, restèrent au Légué jusqu'en 11^. H. delà Ville-Angeuin n'acheta qu'en 1728 un terrain, au bourg de Plérin, où il Gt bâtir une Sartie de la communauté, oi^ Mgr Vivet de [ontelus leur permit de s'établir, et les reconnut comme congrégation religieuse.

Elles n'avaient point de cérémoDial de profession : ce fut Sa Grandeur qui s'en occupa. L'ordre se composait, à celte époque, de dit religieuses. Mais bientôt elles lurent privées de leur premier fondateur. M. Allenoadela Yilie-Augeuin, ayant le goût des missions partit pour le Canada, où il mourut évêqua nommé, mais non sacré, de Québec. Le jour de l'octave de la Toussaint, l'an 1748, il écrivit à ses chères Filles une lettre, qui fut la dernière, et qui est comme son testament, puisqu*ii ne tarda pas k mourir après. Il leur rappelle leurs obligations et la manière de les remplir pour plaire k Dieu. Il leur dit qu'il a baptisé plusieurs d'entre elles; qu'il leur a fait faire leur première communion et reçu leurs vœux. C'est encore comme un père qu'il leur rap|)elle leurs obligations à l'égard des fondateurs des nuisons qui étaient déjà établies, et des devoirs qu'elles ont à remplir près des enfants H dos pauvres malades. Un peu avant de terminer cette lettre, il leur dit : « Voilà, oies chères enfants, les dernières instructions de votre ancien père, de celui qui a formé vo> règles. » Cette lettre, dont il ne reste plus que quelques fragments (ayant été mise eu terre pendant la révolution), a été lue et méditée très-souvent par les filles du Saint- Esprit. Aujourd'hui on la conserve ave<! soin dans les archives de la maison mère.

La première fondation qu'eurent les Filin du Saint-Esprit se Ot en 1733. Sœur Marie Allenou de Granchamp, de Perdic, cooiln^.' du fondateur de l'ordre, fut envoyée, comm^ supérieure, pour en prendre possession, dans la paroisse de Saint- Herblon, évécfa^ de Nantes. Elles y furent demandées par le haut et puissant seigneur Charles Rénéoe Ternulier, chevalier, marquis du château (^r Frémont, comte de Langnët et autres lieuii conseiller du roi en ses conseils, président h Mortier au parlement de Bretagne, et p«r dame Marie -Anne de la Troncba^e si'O épouse. Jusqu'à la révolution, les Filles ^o Saint-Esprit avaient, en plus de leur mai^^'^

nière pour leur première fête patronale et le i^ où elles prooonceiil leurs veetts, ei une îadslgc*^ de 6ti jours pour chaque booiie eeuvre, rlc*

SAl

DES ORDRES RELIGIEUX

SAl

i5UÎ

pnacipale, dix-huit fondations. A rexceptioii de trois, elles étaient toutes faites par des seigneurs. Depuis 1706 jusqu'au 26 oclobre IT^Jour de la dernière profession qui eut Ijea chez les filles du Saint-Esprit, avant l'époque si désastreuse de 93, il y eut cent dix-sept sœurs professes.

£lles rentrèrent dans leur maison urincipale, au bourg de Plérin, en 1800. Elle leur flfflit été conservée par H. Charles-Roussol Vilbellio, de Légué, qui, au moment de la réTolotion, s*empara de la maison des sœurs en disant uu'il était inutile de la vendre puisqu'elle lui apf)artenait. Jamais des Filles do Saint-Esprit n'ont oublié et n'oublieront cetbomme qu'elles regardent comme leur Ueoliiiteur, puisque la révolution leur ayant tout enlevé, elles n'auraient pu de longtemps se réunir, vu les dépenses qu'aurait exigées une nouvelle acouisition. Elles ne recouvré* rent que dix de feurs anciennes fondations. I^s autres avaient été vendues comme biens nationaux. La maison de Saint-Her* bloo, qui est la plus ancienne de l'ordre, auraitftu le môme sort, si les sœurs ne l'eus- >eDl quittée; mais sœur Catherine Jubel, de \à paroisse de Taden, ainsi que sa compagne sœur Marthe, aimèrent mieux se laisser mettre eu arrestation que de quitter leurs leurres et les enfants qu'elles instruisaient, espérant que ce grand orage passerait. On ne les laissa pas longtemps renfermées ; car 00 eut besoin de la supérieure pour panser tous les blessés du bourg et des environs. On sTsit formé un hospice ambulant, à Saint-Florenty où sœur Marthe fut envo};ée pour les soigner et les panser. Elles redevinrent donc possesseurs de leur maison. 11 en a été de même pour la fondation de Saint- Pol*de-Léon. La supérieure, sœur Christine Potier, y resta avec quelques autres. On ne larda pas encore à les mettre en arrestation. Hais bientôt on fat les prier de sortir et de panser les blessés.Elles répondirent avec fermeté qu'elles ne sortiraient pas si on ne leur rendait leur maison et tous leurs instruments dei;hirurgie,cequi learfutpromis à l'instant; et tout h temps de la révolution elles con* iinuèrent de soigner les malades.

Depuis 1800 jusqu'en 1856, au mois de juin, la congrégation des Filles du Saint-Esprit compte, en outre de la maison principale, 130 établissements. On remarque que la plus grande partie de ces fondations ont été faites depuis le mois d'octobre 1^7, époque à laquelle M. l'abbé le Mée (1), vicaire général, devintsupérieur général de l'ordre. Son grand xèle le tit s'occuper activement de la congrégation, et, en 1^8, il commença la visite de toutes les maisons (il n'y avait eu que le troisième supérieur général de l'ordre, M. Tabbé de la Noue qui eût fait cette visite), M. le Mée, voyant oue le logement

(1) Mgr Le Mée est né à Yffiniac, paroisse à six kilomélret de Saînt-Brieuc, le U juin 1794. Il acheva soa séminaire à Saint Sulpice, à Paris» où il fetofdooné prêtre en i SI 7. Le 39 juin, Mgr de

devenait insumsant à Plérin, songea h trans* porter la maison mère dans la ville épisco pale. Pour cela il Gt construire un vaste bâtiment en haut de la rue des Capucins de celte ville, et dont les Filles du Saint-Esprit prirent possession le 25 août 183i.

On sentait depuis longtemps que la rè^le, qui avait régi jusau'alors les Filles du Saint- Esprit, sounrait d un grand nombre de lacunns; que des pratiques bonnes, peut-être, pour un temps déjh éloigné du nôtre, ne

J mouvaient se conserver sans inconvénient. I. l'abbé le Mée rédigea une nouvelle règle qui fut approuvée, le 28 mars 1837, par Mgr Mathias de la Romagère, en ce temps évèque de Saint-Brieuc, supérieur-né de la congrégation, car depuis l'épiscopat de M^r Vivet de Montelus, les évèques de Saint-Brieuc ont cette qualité è l'égard des Filles du Saint-Esprit. Ordinairement ils se font remplacer par un ecclésiastique du diocèse, auquel ils délèguent leur pouvoir sous le titre de supérieur général.

Le dernier supérieur de la Congrégation, M. le Mée, alors vicaire général du diocèse, reroitles Constitutions et lesUèglesaux Filles du Saint-Esprit le jour de la Penlecôte, leur première fêle patronale, le H mai 1837. Diaprés tout ce qu'il a fait pour la Congrégation, il est, et sera toujours reconnu pour restaurateur de Tordre de concert avec sœur Félicité Marie de la Villéon.

Depuis la nomination de Mgr le Mée aa siège épiscopai de Saint-Brieuc, malgré les nombreuses occupations que lui donnent on si vaste diocèse, il a continué à régir la Congrégation des FillesduSaint-l^prit en sa qualité de supérieur-né, et par le grand intérêt qu'il porte à cette Congrégation, qu'on peut dire être son ouvrage pont le spirituel et le temporel. Ses Filles* pénétrées de reconnaissance, s'efforcent chaque jour de reconnaître ses bienfaits devant Dieu en le priant de bénir et conserver leur père et digne prélat.

La Congrégation des Filles du Saint-Esprit, depuis le commencement de Tordre, a eu en tout huit supérieures générales.

Jusqu'à la réforme des Constitutions et des Règles données par Mgr Tévêque de Saint-Brieuc, en 1837, les supérieures générales pouvaient être continuées tant qu'il plaisait aux membres de la Congrégation; cependant l'élection avait lieu tous les trois ans comme maintenant, mais les supérieures générales ne peuvent être élues que pendant trois triennats; il faut alors qu'elles soient déposées de leur charge durant trois ans. Les élections sont toujours présidées par Mgr Tévêque de Saint-Brieuc, accompagné de ses deux vicaires généraux, ses deux secrétaires, le chapelain de la maison principale. Le dépouillement du scrutin a lieu à

ta Romagère, son prédécesseur, Tavait pris pour vicaira général à Tftge de S7 ans. Il Tul sacré évèque dans la cathédrale de Saint-Brieuc, le 8 août 184t.

SAI

DICTIONNAIKE

SAI

la chapelle de la maison principale en présence de toutes les sœurs qui l'habitent (1).

SAINT-ESPRIT (congrégation du) ET DE L'IMMACULÉ €OEUR DE MARIE.

La congrégation du Saint-Esprit et de rimmacule Cœur de Marie, ainsi que son vocable même semble l'indiquer, se trouve composée de deux Sociétés autrefois distinctes, mais qui ne forment plus aujourd'hui qu'un seul et même institut religieux.

La première de ces Sociétés, celle du Saint- Esprit, fut fondée le jour de la Pentecôte 1703, par Claude-François Poullard-Desplaces, né à hennés, le 27 février 1679, d'une famille très-honorable, mais déchue de sa première élévation. Son parrain, M. deMaimbœuf , était président au parlement de Rennes. De pieut ptirents eurent grand soin de lui inspirer la piété dès ses plus tendres années, et ne négligèrent rien pour lui donner une éducation également belle et chrétienne. Les amusements de son enfance furent, comme en beaucoup de grands saints, des présages de l'état auquel Dieu le destinait et des services qu'il voulait tirer de lui pour le bien de son Eglise. 11 s'occupait à dresser des oratoires, h élever de petits autels ; il employait l'argent qu'on lui donnait à achetercequ'ilcro^aitnécessaire pour les parer; son grand plaisir était de représenter les cérémonies qu'il avait vu pratiquer à l'éçlise. Ses parents s'en trouvaient quelquefois importunés, mais s'il cessait pour leur obéir, il revenait ensuite bientôt à ses pieux amusements.

A mesure qu'il avançait en ftgo, il avançait en même temps dans la piété, et lorsqu'il commença d'aller au collège, au lieu de s'a^ muser comme ses compagnons aux jeux et aux badineries qui sont si ordinaires aux jeunes gens, il fit une pieuse association avec ses camarades, sans en rien communiquer à ses parents ni à son précepteur. Us s'assemblaient , à certains jours, chez une vertueuse femme, qui était confidente de leurs secrets ; ils j avaient dressé, dans une chambre, un oratoire bien paré, où ils allumaient toutes les fêtes solennelles un grand nombre de cierges ; chacun contribuait aux frais de décoration. Us avaient leurs règles pour la prière» pour le silence et la mortification, qui allait quelquefois jusqu'à la discipline ; en un mot, ils pratiquaient des vertus qu'à peine pouvaient-ils connaître.

Ces dispositions du jeune Desplaces étaient d'autant plus admirables, que son tempérament vif et remuant le portait à toute autre chose; elles ne pouvaient être gue l'effet d'une vive impression qu'avaient faite sur son esprit et sur son cœur les bonnes instructions de ses pieux parents et celles de ses maîtres seconc^es de la grâce.

Arrivé à cet âge où, le cours de leurs études terminé, les jeunes gens ont à se choisir une carrière, ses parents, qui comptaient sur ce jQls unique pour rendre son ancien lustre à leur famille, le destinèrent au barreau, dans

lequel une première thèse put lui faire présager le plus bel avenir. A cette époque, un moment aentratnement sembla vouloir emporter son adolescence dans les voies mondaines, mais il en fut bientôt rappelé par la grâce dont il avait été prévenu clés son enfance, et aussi par la protection de la Sainte Vierge, à laquelle une pieuse mère l'avait voué et dont il avait, pendant sept années. porté l/habit blanc. Un mottombé de sa pluoie nous dépeint d*un seul trait ce que cette grâce opéra en lui, dans une retraite qu'il fit alors cnez les Jésuites , ses premiers guides dans la science et dans la vertu. « Il faut, écrivait-il dans » ses résolutions, il faut, 6 mon Dieu, que je >» change de nature, pour ainsi dire, que je » me dépouille du vieil Adam, pour me revêtir » de Jésus-Christ. Car désormais il faat que » je sois entièrement à vous, mon divin Sau- » veur, ou je n'ai plus qu'à signer moi-mèiEe yi ma réprobation. Vous voulez, ô mon Dieu, » que je sois homme, mais vous voulez que je le » sois selon votre cœur. Je comprends ce que K vous me demandez, et je veux bien tous » l'accorder. » Cette résolution fut efficace : pressé de renoncer au monde, il surmoma tous les obstacles, et obtint enfin la lil)erté(le se consacrer à Dieu dans l'état ecclésiastique. « Dieu, dit un de ses biographes (2), voulait en » faire un modèle des vertus les plus h»V » roïques, le père et le chef d'une famille » sacerdotale, qui devait rendre dans la suite » de très-grands services à l'Eglise, lui donner » une postérité nombreuse, et canable de se » multiplier peut-être jusqu'à la fin aes sièclei.»

Devenu élevé du collège Louis-Ie-Grand, à Paris, il s'infligeait, quoique faible et maladif, des mortifications auxq^uelles ses directeurs furent obligés de mettre un terme. Sa charité ne le cédait en rien à sa mortification; il se retranchait jusqu'au nécessaire pour assister les malades et les pauvres, mais surtout les pauvres honteux. Les plus délais^s entre les malheureux avaient sa prédilection. Comme c'est le propre de la chanté de se diJ^ ter toujours plus a mesure qu'elle s'exerce. M. Desplacesl étendit peu à peu jusqu'aux étudiants les plus dépourvus de ressources, donnant aux uns ce qu'il pouvait avoir, plaçant les autres dans des maisons et des communauté charitables. Il lui arrivait même de partager avec quelques autres jusqu'au modique ref-tf qu'on lui servait au collège ; ce qui lui vaiui bientôt trois ou quatre commensaux, p<^uf lesquels il quêtait des aumônes en ville, e( recevait» à la porte du collège, les reste? m réfectoire.

Mais si les besoins corporels des menl^ de Jésus-Christ touchaient si fort le ccw « M. Desplaces, il était encore plus sensible * leurs besoins spirituels. Son zèle le pofi^it i les instruire toutes les fois qu'il icn f^^^ trouver l'occasion ; il leur inspirait le wtn d'une manière si douce et si charilable* (f^*^ en était dans l'admiration. Il avait, de* « temps-là même, une affection particulière po<tf les œuvres qui étaient les plus obscures, p<^

(I) Voy. à la fin du vol., n<> 2^6.

(i) M. Boule, qiii'lut succéda, quelques mois après sa mort, en qualité de supénevr.

iîC

SAI

DES onniŒS REIJGILIX.

Page 1