‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 4)Chapitre 191 sur 220 · US · texte numérisé non relu

US

meUrc une seconde faulo en n*avant point de recours aux médecins; elle se contenta d*en¥oyer son fils, Agé de six ans, h Té* glise d*Ernée, )[)our y demander i Dieu sa ffoérison, s*il lui plaisait de l'accorder. L*enfanl part sur-le-cnamp, et va dire une prière aax intentions de sa mère devant l'image de <.iint George. Il demande donc avec toute l^rdeur que lui permettait son Age, le rétablissement de sa mère, qu'il trouve parfaitement guérie en rentrant è la maison.

La pieuse veuve fut aussi conduite par une autre voie providentielle, non plus méritoire assurément, mais plus extraordinaire. Sa vie intérieure, son union continuelle avec Dieu faisaient d'elle une })ersonne destinée à quelque chose de grand. Les moins ciair- TOjants auraient pu soupçonnner quelque dessein extraordinaire dans la conduite du Seieneur à son égard, si le monde entendait

3uelque chose aux voies de Dieu. Les voies e la sagesse divine s'annonçaient pourtant graduellement, et la vertu de Marie Ror-her, fortifiée par les humiliations, fortifiée par les contradictions et les souffrances, montrait un instrument propr ; à l'œuvre du Seigneur, qui, ordinairement ne se sert, pour l'exécuter, que ries Ames qu'il a ainsi disposées.

Dieu lut avait montré, en différentes circonstances, par des songes prophétiques ou par d'autres moyens, l'état de I Eglise et de la France en particulier. Elle avait connu les maux qui devaient les alDiger; elle avait vu quelles mains habiles et courageuses étaient destinées à soutenir Tédifice attaqué; elle ?it les protecteurs que l'Eglise a sur la terre et dans le ciel; elle vit, entre autres, Pintercession de Marie en faveur des coupables, et on lui fit comprendre que ce serait surtout par elle et par son saint époux que la foi et la religion seraient sauvés en France. Son sommeil était quelquefois interrompu par l'impression que lui faisaient ces rères qui lui semblaient sortir du cours ordinaire des songes. Elle voyait des victimes persécutées comme rebelles h la loi, disait-on, elle les voyait livrées h la mort, et, leur tdte tranchée par un instrument nouveau, tomber et laisser leurs corps mutilés et tronqués. Cn pressentiment lui disait qu'elle en serait un jour la victime, qu'elle serait maltraitée, battue, chargée d'opprobres, accablée de reproches pour la foi. On lui dit que son nom sera Marie de la Croix. Cette voix intérieure lui disait aussi de répondre aux grAces de Dieu et de se disposer, de loin, aux grands desseins de Dieu sur elle, en se rendant toujours plus digne de ses faveurs. Dès lors, sans attendre que le Ciel s'expliquAt davantage, elle se vouait à son œuvre avec un entier dévouement, lui protestant qu'elle était prête à tout, i la mort même pour exécuter ce qu'il lui plairait d'ordonner. Cette disposition redoubla surtout depuis le jour oik, étant sur le point de finir une confession générale, faite à un saint prêtre, elle crut voir, au moins en esprit, le ciel s'ouvrir à ses yeux, et les trois personnes divines descendre pour lui dire

de penser à procurer leur gloire. Elle demanda souvent h son directeur ce qu'il fallait faire pour plaire à Dieu, en attendant c^u'il lui fit connaître sa volonté. Une voix lui répondit intérieurement : Souffrir de tous et

ne faire souffrir personne se crucifier k

lout et mourir à soi-même. Elle croit trouver, dans cette réponse, le vrai sens de ce mot : Crucifixu»^ qui lui avait été déjb si souvent répété, et Ift-dessus elle se vone plus que jamais è un genre de vie conforme a cette destination, cx)mme au nom que le Ciel lui donne et duquel nous l'appellerons après lui. Il ne faut pas être surpris de voir

3ue le Seigneur, suivant le cours ordinaire e ses dispositions et de ses grAces providentielles, ait accordé cette grAce de prédilection à celle de ses servantes, è qui, par excellence, il réservait le nom de Marie de la Croix^ en lui donnant Saint- Jean de la Croix pour patron.

A mesure que les temps approchaient, que la révolution française se préparait, le Seigneur semblait s'expliquer plus clairement à la pieuse veuve, et lui indiquer, d*iine manière plus précise, ce qu'il deman*dait d'elle, et le but où il la conduisait. Il est important de savoir que, quoiqu'elle n'eût pas lieu de se repentir des deux mariages ^qu'elle avait contractés, et , suivant sa pensée, conformément à la volonté de Dieu; cependant un certain pressentiment lui avait comme persuadé qu'un jour elle serait religieuse, et qu'elle ne devait pas mourir avant de s'être vouée à Dieu [lar un nouvel établissement, dont le but lui était absolument inconnu. Sous différentes figures, elle voit qu'elle travaille à retirer des personnes d'un péril imminent; mais surtout, ce qui semble plus précis, elle voit, dans un grand espace,, un petit nombre de personnes qui s'adressent è elle pour avoir le plan et les dimensions d'un nouvel édifice qu'il s'agissait de construire. On la prévient qu'il y aura beaucoup à déraciner et qu*il se trouvera de grandes diiScultés à vaincre pour réussir. Très-peu de jonrs après cette vision nocturne, étant tout a fait éveillée, elle entendit une voix la lui expliquer de la manière la plus claire, en lui disant qu'il s'agissait de construire et de former une nouvelle communauté en l'honneur des trois personnes divines, et qu'elle devait s'occuper de cette entreprise après avoir prévenu les .«upérieurs ecclésiastiques ; que telle est la volonté de Dieu, et tout ceJA pour des motifs qu'on lui explique longuement. On lui innique, par leurs noms, les personnes qui devaient y travailler sous sa conduite, les ecclésiastiques qu'il fallait consulter, et spécialement le prêtre dont elles devaient stiivre la direction. Depuis cette explication, qui donnait le sens de tant de figures, toutes les visions de Marie Rocher ont été relatives à la même idée pour l'expliquer en diverses manières et tout s'éclaircissait de plus cn plus. Aussi, de ce moment-là fut-elle absorbée par la pensée de ce projet, malgré la résistance que le sentiment

TRI

TRI

de 8& faiblesse et son humilité paraissaient j apporter. Néanmoins la nation opposa quelquefois des résistances. Le démon ne manqua pas aussi de joindre ses illusions» pour effrayer au moins son imagination en lui montrant les suites fScheuses d*une entreprise qu'il lui montrait comme ne devant jamais avoir de succès, mais devoir au contraire occasionner les plus grands malheurs. Dieu, de son cAté, fait taire la natare, et le démon, par une voii supérieure qu'il fait retentir au fond de son Ame. Elle promet à Dieu de tout entreprendre, et de faire pour son œuvre tout ce qui sera eu son pouvoir. Elle le fait, et les douleurs cessent à mesure qu'on se porte à seconder son zèle; mais elle sent ses tourments renaître par le peu d'empressement et le refroidissement des personnes à qui elle en parle, et qu'on lui a désignées pour cette entreprise; mais elle résite h toutes les impressions pour faire la volonté divine, dût-il lui en coûter la perte de son honneur, les prisons, les tourments et la mort, suivant ce que lui répète une voix intérieure qui contredit en elle celle du démon de la nature et des sens. A toutes ces peines de corps et d'esprit, Dieu entremêle comme dédommagement des consolations et des faveurs ineffables Elle pleure amèrement un de ses fils qu'on loi enlève pour le faire passer à l'étranger; et pour la consoler, la sainte Vierge lui apporte le sien, en l'exhortant h la soumission, et l'assurant que l'enfant qu'elle lui donne saura bien la dédommager de tout ce qu'elle aura souffert. Les faveurs célestes qu'elle reçoit relèvent quelquefois jusqu'à une sorte de ravissement et d'extase. Elle gémit de se voir tirée de l'oubli et de l'obscurité, et jouissant d'une réputation d'autant plus importune, qu'elle lui attirait, malgré qu'elle en eût, le respect et les consolations de tous ceux qui la connaissaient. Les pieuses filles qui relaient vouées è son entreprise, toutes les personnes qui avaient des sentiments religieux, les ecclésiastiques même les plus vertueux avaient pour elle une estime qui allait jusqu'à la vénération, parce que tous avaient trouvé, dans sa conduite, dans ses entretiens et ses vues, un aliment à leur

Eiélé, une édification qui portait leur Ame è >ieu.

Dieu continuait, h Marie Rocher, des faveurs extraordinaires en lui révélant, sous différentes figures et de diverses manières, tantôt ' ce qui amenait les maux de la France et de l'Eglise pendant le temps de Tanarchie révolutionnaire, tantôt ce qui avait trait è l'institut qu'il voulait fonder par elle. Je ne puis entrer dans ces détails sur toutes ces grAces exceptionnelles, et je me bornerai ici k rapporter quelques faits. Peu de temps avant la révolution, déclarait-elle h !son directeur, étant h l'église (d*Ernée), devant l'autel de la Trinité, je vis en Dieu le tableau qui la représente faire un grand mouvement. Je fus effrayée, croyant qu'il allait tomber et se briser; il fit un second nio*ivement| puis enfin un troisième. Plus

effrayée, je me levai; je vis alors ce beaa ei grand tableau descendre seul et sans se casser. J'étais bien attentive A voir ce qui allait arriver. Il prit, par l'impulsion qui loi élaii donnée, sa direction vers la porte de Véglise et sortit. Pénétrée de douleur, je m'écriai : Mon Dieu, où allez-vous? Je le saivis mais ma douleur était si profonde que je poussai un cri véhément et douloureux, disant : Seigneur, ayez pitié de moi. Cest tout

ce Que je pus prononcer Je Yis le tableau

de la sainte Trinité se tourner vers moi; une voix douce et qui me remplissait de force et de consolation, en sortit et roe dit: Ne crains point, ma fille, suis-moi, je suis avec toi ; ce que je fis, ranimée par ces paroles. Il traversa la ville, passa sur le {lônt et disparut. » Peut-être verra-t-on le sens ou l'explication de cette vision, quand, quel-

3 nés années plus tard, Marie Rocher partira 'Ernée, précisément par la même roule qui conduit h Fougères, pour aller fonder son institut à Saint- James, en l'honneur de la sainte Trinité. Dieu m*a donné, dit-elle, dans une autre circonstance, Dieu m'a donné, il y a bien des années, un nom qui est bien en rapport avec la voie par où il lui plall de me conduire. Etant un jour A l'église, j'entendis une voix qui me dit : « Ma fille, tu te nommeras désormais Marie de la Croix, Tu ne porteras pas ce nom sans raison, car tu auras beaucoup A souffrir. Ma vie est une suite de croix, et la plus grande que j*éprouve est d'être obligée A rapporter toutes ces choses. Dieu me donna encore, pour protecteur, saint Jean de la Croix, et médit de m'adresser A lui dans mes grandes peines. Je ne connaissais nullement le nom de ce saint; je n'en avais jamais entendu parler. Depuis lors, j'ai ressenti oour lui une dévotion spéciale, et mon Ame s'en est bien trouvée.

Ailleurs, parlant des révélations qui loi étaient faites relativement A son institut, et auxquelles elle dit qu'elle renonce avec bo^ reur si elles ne viennent pas de Dieu, elle s'exprime ainsi : c Fondant en larmes peo* dant la Messe, je demandais au Seigneur de dissiper ces pensées ou révélations si elles ne venaient pas de lui. La première fois que ces choses se sont offertes A mon esprit, j ai vu comme en songe un espace où étaient deux ou trois personnes qui s'adressaient i moi et me demandaient un plan et un com* mencement de nouvelle communaut<^, re* cherchant mon avis sur tous les points. Quant A moi, je demeurai très-surprise d'une telle demande, ne connaissant rien à toutes ces choses. Ces personnes continuaient de me demander comment il fallait bâtir le monastère, de quel c6té mettre la porte, parce qu'il y avait beaucoup A craindre des vents contraires. Il semblait se préseoterda nombreuses diflTicultés, des obstacles i vaiq« cre. Ne sachant ce que toutes ces choses m* gnifiaient, je ne m'en occupai pas et n> «ttachai aucune importance. Un jour éuot dans le jardin de la maison que j'babiui^ éloignée de toutes personnes et oa^ui^S: a

liM

TRI

DES ORDRES RELIGIEUX

TRI

mon oovrage, une voix intérieure me dit : f Quel don préfères-tu? » me faisant Goml>reodre que Dieu est maître de ses dons. Alarmée d'une telle demande et craignant nilasioD du démon» je m*humi!iai et m'anéantis toute tremblante, et je renonçai k tout ce qui pouvait venir de lui. Maigre mes résistances, cette voix continuait ses offres, Comoie pour me débarrasser de ses instances» je répondis intérieurement : « Je préfère TâTie cachée en Dieu. » Dès que j eus donné ce ftible consentement, le calme et la paix se rétablirent dans mon Ame. Alors toutes ces pensées me quittèrent. Les nuits suivantes étant sur mon lit et éveillée, la même Toix se fit encore entendre et me dit : « Ta seras obligée à déclarer que je veux une noutelle communauté instituée en rtionneur des trois personnes de la trèssainte Trinité. » Je résistai alors et répondis que je ne dirais point ces choses je

ne suis qu'une pauvre malheureuse» qui ne sais ni lire» ni écrire; on ne me croira fioint On ajouta : « Adresse-toi k M. Renault, et quand vous aurez vos évoques, il s'adressera k eui. Mais avant toutes choses, il faut avoir soin d*implorer les lumières du Saint-Esprit. M. Renault sera obligé à se donner tous les mouvements nécessaires pour le succès. Une autre fois me furent indiquées les trois personnes qui devaient commencer cette nouvelle génération spirituelle. Je ne les connaissais, h peu près, que de réputation. On me dit quelles seraient les trois pierres fondamentales de Tédiflce. On me desisna aussi celle qui était choisie pour conduire les autres. Il me fut dit en même temps : « Ces personnes sont censées religieuses, selon l'esprit de Dieu, dès ce moment. Si elles te demandent, ajoute-t-on : où sont donc les murs de notre clôture? tu leur répondras qu'elles les trouveront dans leur foi, pendant les temps malheureux où tous êtes. L'Esprit-Saint pourvoira à tout. Ce qui parait des montagnes deviendra alors fciGile avec la foi, la confiance et l'amour de Dieu... Il me fut dit encore d*une voix forte que cette nouvelle institution serait en Thonncur des trois adorables personnes de fa sainte Trinité; que ce nom serait un jour

S rave sur leurs murs.... Cette institution oit être établie uni(|uement en réparation des outrages que j*ai reçus de mon peuple, surtout par les profanations du sacrement de mon amour, de la part des Chrétiens et des mauvais prêtres, par les imprécations, les blasphèmes, etc. Dans le principe, ces demoiselles étaient toutes de feu. Peu après, celle qui est destinée k être k la tète de cette sainte entreprise, répondit, prétextant que tout cela était illusion et venait peut-être du démon; qu'elle ne pouvait se décider k accepter la charge de su|)érieure, nonobstant la décision qu'elle avait eue d'un prêtre éclairé, saint et rempK de l'amour de Dieu... Elle est encore aujourd'hui très-fortement combattue, ne voulant fas se démettre entièrement de cette supériorité, dans la crainte de se soustraire k la volonté de Dieu... Voici

ce qui m'a été révélé sur l'Office et les prières : On récitera l'Office qui sera tout en l'honneur de la sainte Trinité, et composé perdes évêques... etc.; suivaient dans ce compte renau des dispositions de Dieu k son ée;ard plusieurs autres révélations sur des points relatifs k ce qui devait se passer dans l'institut nouveau... Plusieurs n'ont point été réalisés. La pieuse veuve se trouvait seule k Ecnée; un de ses fils était laboureur, Tautre avait pris fa profession de tailleur. C'était l'état d'isolement où la Providence la voulait pour l'amener k l'exécution de son œuvre, mais elle eut encore quelques années k attendre avant de la voir obtenir une apparence de succès. Quand on vit dans la ville l'événement justifier ce que la pieuse veuve avait prédit, on accoraait une sorte d'admiration k la parole d'une femme dont tout le monde respectait la vertu. Cette pauvre femme était pourtant réduite k un état où, quelque peu que demandé! son indigence, elle ne pouvait se nourrir par son travail. Nous avons dit qu'une (;outte sciatique la tourmentait. Ses doueurs l'avaient affligée au point que ses mains et ses pieds en étaient un peu contrefaits. Une pieuse dame d'Ernée, Mme De Gurel, qui avait été sœur de lait de la pauvre veuve» la reçut charitablement dans sa maison, où elle menait avec ses filles uno vie patriarcale et chrétienne. Ce tKinheur ne fut pas long. Mme De Gruel et ses filles étaient trop vertueuses pour que dans leur position sociale elles ne se trouvassent pas en évidence et n'offusquassent point les yeux des hommes puissants du jour. La mère et les filles furent mises en détention par ordre des autorités républicaines, et la pauvre veuve fut encore réduite k ses ressources, c'est-k-dire k sa pauvreté. La Providence lui procura un asile, pour le moins aussi avantageux que le premier, dans la maison des demoiselles Renault ; ces demoiselles étaient trois sœurs qui vivaient dans la pratique de la vertu et de la vie retirée. Marie Rocher fut admise en quatrième dans cette sainte famille; elle apporta comme un nouveau trait k ce tableau édifiant» et fut comme une quatrième colonne k ce temple de vertu. Pendant quelque temps elle habita la maison même des oemoiselles Renault,

3ui lui avaient donné uu petit appartement ans leur jardin. Plus tard elle se retira chez Mlle Morin, sainte fille qui la suivit et fut une des pierres fomiamentales de son œuvre. Lk, Marie Rocher payait son loyer d*une somme annuelle de trente-six francs, que lui faisait en rente sa sœur de lait Mme de Uruel. Toutefois dans le temps où elle couchaitchezMlle Morin, elle était nourrie parla bienfaisance des demoiselles Renault. Après ses premiers exercices du matin, elle venait déjeuner chez les trois sœurs, puis retournait k l'église jusqu'k midi; alors elle venait encore chez ses bienfaitrices s'édifier et prendre son dîner. Commeles douleurs lui avaient contourné les pieds et les mains, la douce el bonne demoiselle des Grands-Champs, l'una

HTi

Page 1