BÉATES DE LA HAUTE-LOIHE
dans le diocèse du Puy,
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Parmi les institutions dont la France est redevable au dévouement religieux, il en est peu d'aussi intéressantes, d'aussi touchantes môme que celle des Béates ou institutrices de village de la Haute-Loire. Voici en quelques lignes quelle en est l'origine et comment elle fonctionne.
Un vénérable fuôtre de Saint-Sulpice, M. l'abbéTronson, directeur du séminaire du IMiy, dans la deuxième moitié du dix-septième siècle (1665), et en môiue temps curé do la paroisse Saint -George, voyait avec douleur que ses paroissiens de la clas>e inférieure étaient d'une grande ignorance en fait de religion. Il engagea une de ses f)énilentes, nommée Mlle Martel, à s'occuper de leur instruction. Mlle Martel entra avec empressement dans les vues de son directeur. Klle comniença l'exercice de sa mission par les hôpitaux. Le succès dépassa ses espérances. Les malades accueillirent ses [)aroles avec reconnaissance et cherchèrent dans l'accomplissement de leurs devoirs religieux un adoucissement à leurs souffrances. Elle tourna alors ses soins vers les jeunes tilles de la ville et obtint des résultats non moins satisfaisants. Elle les réunissait par quartier, dans la semaine, et les conduisait le dimanche aux instructions de M.
l'abbé Tronson. Le nombre de ces réunions, auxquelles on donna le nom d'assemhléeSf s'éleva successivement jusqu'à neuf.
M. l'abbô Tronson, craignant avec raison que la santé de Mlle Martel ne résistât pas longtemps à un apostolat aussi fatigant, lui adjoignit un certain nombre de compagnes avec lesquelles elle forma une congréi;ation religieuse, mais sans faire des vœux. On les appela les demoiselles de l'instruction.
Mlle Martel ne vit dans cette aide que le moyen de multiplier ses bonnes œuvres ( 1 ). La plus importante de celles uu'elle entreprit fut celle des ouvrières en dentelle.
(t) L'une des demoiselles était cliaigée d'instruire les mendiantes qui stationnaient aux portes des églises. Une autre recueillait les entants qui vagabondaient dans les rues, leur enseignait quelques passages du catéchisme ou les conduisait à réglise pour entendre la Mcs^e. Une troisième ayant reinar(|ué que des servantes stationnaient des futures entières devant une fontaine pour auendre que li'ur tour d'y puiser fût arrivé et que cela les empccliait quelquefois d'assister à la Messe le dimanche, allait s établir, ce jour-là, auprès de celte fontaine, ei se chargeait de garder et de remplir les cruches de celles ({ui voulaient aller satisfaire à cette obligation.
(!2) Klle n'occupe pas moins de G<).();;o ouvrières de tout âge, sur une poputatbvn totale de 500.000 habiiants. (Théodore Faltou, Gakriedela dencU:,)
L'inuuslrie de la dente. le, qui est de no:> jours la ressource d*un si grand nombre de familles dans la Haute- Loire (2), y étaii déjà très-florissante à cette époque, grâce surtout aux encouragements que lui avait donnés saint Frani;ois Hégis, Tapotre du Velav, qui l'introduisait dans toutes les localités où il donnait des missions ( 3). Les filles de la campagne venaient j>asser l hiver dans la ville du Puv, a(in de se livrer exclusivement à la fabrication et d'en écouler plus facilement les produits. Klles se réunissaient, pour habiter et travailler en conamun, dans de vastes maisons de la haute ville dont le lo^er ne leur coûtait presque rien. Mlle Martel s'introduisit dans leurs chambrées et leur persuada de suivre une règle qui, sans leur rien faire perdre de leur temps, leur fournissait les moyens de s'instruire, de sanctiûer leur travail, d'y apporter môme de la diversion. « Klle leur apprenait, » dit un pieux historien de sa Vie, « à lire, à chanter des chansons dévotes, leur enseignait la doctrine et les prières de l'Eglise, et surtout leur faisait quelque bonne lecture proportionnée à leur capacité et qu'elle leur expliquait (4). » Le silence avait aussi ses moments déternnnés. Chaque réunion était présidée, en son absence, î>ar une ouvrière qu'elle désignait, et avait une école annexée pour les |>eliles hlles du quartier.
La sollicitude de Mlle Martel pour le bien des ouvrières s'étendait même au temporel. Atîn de ménager leurs inoiuenls, elle se chargeait d'aller faire leurs provisions dans la ville basse (5) et, ce qui était bien plus important, de vendre leurs dentelles. Elle s'y entendait, k ce qu'il paraît, parfaiteiuenl bien, car elle vendait toujours mieux et plus promptement que les autres (6). Pour apprécier l'importance de ce service, il faut connaître la peine qu'ont ces malheureuses ouvrières à se défaire de leur marchandise et l'exploitation dont elles sont souvent l'objet. Aussi Mlle Martel ne manquait-elle jatu^is de se recommander, chat^ue fois qu'elle allait au marché pour cet objet, au P. Hégis, mort naguère en odeur de sainteté, et qui, de son vivant, pratiquait celte bonne œuvre. Les ouvrières de la ville, voyant les avantages que celles du dehors trouvaient dans ces réunions, demandèrent à en faire
(5) Une ordonnance du parlement de Toulouse, en IGiO, défendait^ sous petne d'amende, à toute penonne de quelque sexe^ qualité et condition quelle /'lit, de porter sur ses vêtements aucune nenlelle de »oie que filet blanc. C'était la ruine de louicâ les faLiriques du Piiy. Les ouvrières désolées allèrent chercher des consolationi: auprès du P. Régis qui leur dit : c Ayez (onlianro en Dieu; la dentelle ne périra pas. > Ce (|ui ne tarda pas à se vérifier.
(4) M. Tronson, Vie manuscrite de Mlle Martel.
(5) Elle leur achetait le L)ië, le faisait moudre et leur rendait le pain tout cuil. On la voyait venir de la ville ba^sc chargée de viande, d'huile, de chandé'lle et de choses semblables. (Id.)
(0) Elle ne manquait jamais «le se recommander au V. iié^'is en allant au marché. ilU.)
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rartie. Elles ne rentraient chez elles qu^ant: kiurtf d€$ réfeciioni et pour le repos de la nmi { 1 )
CepenJant le nombre des demoiselles allait toQJuars croissant. La Tille fut trop étrt)ite pour leur zèle. Elles se répandaient, le dimanche surtout, dans les villages TOi* sins» et réniiissaient les personnes du sexe dans ane chambre spacieuse , quelquefois (iaos une Cfrange, pour leur faire rineiruc" tien , c*élail le terme consacré. Elles leur bissaient en partant quelques feuilles détachées du catéchisme et chargeaient celles 4 entre elles qui savaient lire d*en faire ré~ citer le contenu aux autres dans les soirées, mais souvent il ne s'en trouvait aucune dftis la localité. Celait un grand chagrin iXNir les defmoiêeUes, Elles eurent la pensée déformer des institutrices et de se les donner pour aoziliaires. Ce projet fut immédiateiDent mis à exécution, et Ton vit, peu de temps après, sortir de leur maison un essaim de jeunes institutrices, qui allèrent s'établir, soits la surveillance des curés « dans les TîUages ou hameaux dépourvus d*éeole. Le pays les appela du nom de Béa^m.
Les Béates portent un costume religieux, nies sont sous le patronage et sous la direclioo de la supérieure des demoi$eUe$j qui •es place et les déplace à volonté, mais elles •eliot pas partie de la congrégation. Leur MB est inscrit, après une épreuve de quatre oi cinq ans, sur un livre qui se conserve è la BMiaon-mère. Elles peuvent quitter la JonM dès qu'elles le veulent, mais elles l«o6teot rarement de cette liberté. Elles doitest aller faire une retraite d*un jour, le
Kfmier jeudi de chaque mois, et une de il jours, tous les ans, à l'époque indiquée, 4ias une maison dépendant de rinstituUon. Oo exbcN-te inAnoe les plus jeunes h venir y f«5>er on ou deux mois, dans la belle saivio, pour se perfectionne^ dans leur étal.
Us nouvelles écoles furent d'autant plus «tiles, que les communes de la Haute-l^ire sool très-élendoes. 11 en est qui sont foraiées de cent , cent-vingt et jusan*è cent treate agglomérations de maisons (2)| éloignées du chef-lieu de 8, 9, 10, 11 et jusqu'à H kilooiètres. L'hiver est d'ailleurs fort nide et fort long; il dure généralement cinq
(I) 1|« TaoRSOff, Vie manuterite de Mlle MarieL ^ En voici quelques-nues :
Tcaee. 130 agglomératleiis»
MouMirol,
St-leorre,
Rioiort,
SiB-Sigolèiie,
Raucootes,
Sl-Voy.
aisflil>on.
Bs-ftamalo,
Auff^c
Si-Jalieo-liolhesaliale,
Si-Dnifrr,
BatOBroac.
OU six mois, et pendant ce temps le pavs est couvert de neige, en sorte que les écoles du chef-lieu ne peuvent être fréquentées
Sue par un petit nombre d'enfants. Gellas es Béates en sont comme les succursales. Mlle Martel mourut peu après rétablissement des insliiutrices, k l'Age de 28 ans^ victime de son zèle. Son œuvre, loin de périr avec elle, fit de jour en jour de nouveaux progrès (3). Elle gagna bientôt tout le dio* cèse du Puy et même une partie des diocèses voisins Ik). Elle eut pourtant aussi ses moments a*épreuve. L'évèque Armand de Béthune, qui l'avait vue naître et l'avait autorisée, fut sur le fioint de l'interdire et, ce qui étonnera sans doute, il avait pris cette détermination sur la plainte de quelques ecclésiastiques qui voyaient avec une certaine défiance ces évangélistes d'un nouveau genre. Un de ses grands vicaires l'en dé* tourna. Les successeurs de M. de Béthune^ mieux inspirés, n*ont cessé de l'encourager. Celui qui gouverne en ce moment le diocèse (5) l'entoure delà sollicitude la plus éclairée, et par de sages mesures l'a notablement perfectionnée et agrandie.
Le nombre des Béates de l'instruction est aujourd'hui de 1,100, sur lesquelles 95ffr sont établies dans la Haute- Loire Les autres sont répandues dans le Cantal, le Puyde-Dôme, la Loire, le Rhône, dans Saône-el- Loire, etc...., et jusque dans la Charente-- Inférieure. l^$ demoiselles de Tinstruction^ de leur c^té, multiplièrent leurs maisons afin de mieux surveiller les institutrices et de leur faciliter les moyens de faire leurs retraites. Elles y reçoivent des pensionnaires et des caméristes (6), mais le noviciat soit des demoiselles , soit des institutrices» doit toujours se faire au Puy.
Pendant 65 ans, la con^égation n'eut pas de règle écrite. Elle se dirigeait par les traditions dont la supérieure était à la fois la gardienne et l'interprète. M. de Chaumeys, grand vicaire, les recueillit et les fit imprimer vers 1730^ de peur ou'elles ne vinssent k s'altérer.
Le noviciat des Institutrices dure deux ans. Pendant ce temps, elles doivent s'entretenir à leurs frais. Presque toujours elles le font avec le produit de leur travail, ce qui nuit beaucoup à leurs études. Lorsqu'elle»
St-Pal-de-MoAs, Wi agglomérations»
Beau£;ic, 5i
Lapte, 51
(5) Six MIS après la mon de Mlle MarieK le» ^eMoiseUes étaîeM déjà su nombre de soixantedix.
(k) Là conicrécaiion a été reconnue oorome établissement (Inutilité publiaue par ordonnance du 25 Janvier 1845.
(m Mgr de Morlhon. Sur la demande de ce prélat, les Béates placées loin du cheMieu^ de la coni' niune ont été autorisées à recevoir les jeunes gardons pendant Tbiver, et un eerlaîn nombre d*eDire •Hes ont même été chargées de diriger les écoles db quelques communes peu importantes.
(6) nensionnaires ôoi apportent leurs provision» et les font préparer oans la maison.
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no peuvent pas y safllre » la maison leur vient An aide pour le tout ou pour une partie. Généralement elles remboursent celte avance peu ^ peu» à mesure que leunf modestes revenus le permettent. Du reste « alors comme toujours, leur vie [est fort sobre.
La soupe trempée par la maison, quelques fruits, un peu de fromage, composent ordinairement le menu de leurs repas.
Les Béates, d'après Tesprit de leur institution, ne doivent s'établir que dans les villages et les hameaux. Lorsaue les habitants de quelqu'une de ces localités veulent en avoir une, ils s'adressent k la supérieure de l'instruction par l'intermédiaire du curé, et s'ils n'ont pas une habitation convenable, ils mettent immédiatement la main h l'œuvre. L*un donne le terrain, un autre, quelques pièces de bois, un troisième des pierres, des ferrures, ses bœufs et sa charrette pour le transport des matériaux (1); les plus pauvres offrent leurs bras. La L>ourse du curé, on le pense bien, est aussi mise à contribution. Souvent il se charge seul de la construction et conserve la propriété qu'il transmet è ses successeurs. Il ««st des curés qui en ont lait construire jusqu'à dix. Quelques-unes appartiennent aux demoiselles, qui en concèdent la jouissance moyennant I entretien et le |«aiement des contributions.
La maison de la Béate s'appelle roj^em^ bUe. Quel qu'en soit le propriétaire, elle doit avoir deux pièces au moins, n'être assujettie è aucun passage ni servitude de ce genre (â), et renfermer un modeste mo* biiier, dont une cloche et une pendule, pour régler les heures, font nécessairement partie.
Lorsque la maison de. ranemblée est prête, deux notables de l'endroit, suivis d'un cheval pour porter les effets, vont prendre la Béate au noviciat. La supérieure leur présente le sujet qu'elle leur destine, lut remet une lettre d'obédience et la recommande à leurs soins. Ils l'emmènent et l'établissent dans la demeure, au milieu de la population joyeuse qui est venue à leur rencontre.
Dès le lendemain , à 7 heures en été , k 8 heures en hiver, la cloche de la Béate se fait entendre. Elle appelle les jeunes filles du village à l'assemblée. Elles arrivent, portant les unes leur livre et leur carreau pour faire de la dentelle, les autres, leur carreau seulement (3). Chacune en entrant va saluer par un Ave Maria l'image de la Vierge. Elles forment deux groupes séparés. Celui des plus âgées ne s occupe que de dentelle et d'exercices religieux. Les plus Jeunes disent leur leçon par bandée (k). récitent le catéchisme et font aussi de la dentelle, quelque jeunes qu'elles soient.
(I) Tous ces détails sont copiés sur les devis qui ont ptssé sous me% yeux.
(3) Ri^ de coHduiU. Usages à observer.
(3) Dniit les cantons de Saint-Didier, Nonistrol «I llontfaocon, voisins de Saint-Etienne, la faliri-
Le mercredi et le samedi , on lit les papier! (5^, et on revoit les leçons de la semaine.
La maison de la Béate est donc è la fois 4eoie et ouvroir. Elle est aussi quelquefois salle d'asile. C'est lorsque la Béate a une compagne , ce qui arrive assez fréquemment. L'une des deux réunit les enfants des deux sexes , âgés de moins de six ans.
A dix heures , une des ouvrières sonne la cloche pour avertir les mères de famille qu'il est temps de s'occuper du repas de midi.
A onze heures et demie, même avertissement, pour porter le diner aux champs.
On fait ensuite une lecture pieuse suivie d'un quart d'heure de silence, et on sort à midi.
A une heure , la classe recommence ; mêmes exercices , mêmes avertissements. Les jeunes filles confiées à la garde de la Béate ne la quittent que lorsque la nuit arrive.
Après qu*elle a pris elle-même une heure de repos ou deux, la cloche se fait entendre de nouveau. Cette fois, c'est pour les migres de famille oui viennent k leur tour travailler dans la maison taeeembUe. Elles se f;roupeht par cinq autour d'un guéridon sur equel est placée une lampe dont la faible lumière est augmentée par l'interposition de bouteilles de verre blanc pleines d'eau. On dit le chapelet, on chante des cantiques. La Béate fait une lecture, suivie d'une demi-heure de silence, et pendant tout ee temps, le travail continue. La journée finit k onze heures par la prière du soir. L'ordre le plus parfait règne dans ces réunions. On n'y admet ni les nourrices, ni les femmes enceintes, ni les filles qui on^ donné du scandale. En être exclue pour ce dernier motif est une grande honte; aussi les exeok pies sont fort rares.
Le dimanche, fa Béate conduit les jeunes filles k la paroisse, se tient au milieu d'elles pendant les offices et les ramène au vilian. Après qu'elles ont pris leur repas, elle Tes réunit de nouveau, leur. demande compte de l'instruction qu'elles ont entendue k l'é-
5 lise, leur donne quelques avis et les conuit k la promenade jusqu'au soir. On est ce jour«lk plus sévère qu k Tordinaire sur l'exactitude. A huit heures, elle les rappelle encore pour faire la prière.
Hais si le temps est orageux, si la neige encombre les routes, et que l'on ne puisse aller k la paroisse, les fidèles se réunissent dans la maison d^aesembUe et passent une
rirtie de la journée k prier avec la Béate « écouter ses instructions, k foire le chemin de la croix.
La Béate n'est pas seulement inslitutrir^ : elle est encore sœur de charité. Dans les
cation du ruban a remplacé celle de la dentelle.
(i) Enseignement simuluné. Bègle de ecm éuiie»
(5) IlsnuscriU réels. Règle de eouduiu.
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DES ORDRES RELIGIEUX
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rourts moments que lui laisse sa principale fonction» elle va visiter les malades» leur fiorte des consolations» quelquefois des secours» fait exécuter en sa présence» ou plului exécufe elle-même les ordonnances du médecin (1); elle les dispose surtout à recevoir les derniers sacrements» et» quand le moment est venu » c'est elle qui approprie la maison » qui dresse l'autel sur lequel doit reposer le saint viatique» qui couvre les murs de draps blancs qu'elle a eT(irès pour cela (2). 11 lui est défendu de veiller; elle ne pourrait pas faire sa classe du lendemain, mais elle désigne les personnes oui doivent le faire. Ce sont deux jeunes .filles pour une femme» et deux femmes mariées pour un homme. S'il y a danger de mort, on l'appelle ; elle redouble alors ses soins et ses exhortations; elle reçoit le dernier soiifQe du mourant, lui ferme les yeux et ne le quitte que pour aller consoler sa famille.
Il en est de même lorsque quelque autre malheur vient aiQiger une maison. C'est la Béate qui apporte les premières consolations. Klle est l'intermédiaire discret entre le toit de chaume et le chAteau ou le presbytère. Si» dans une année malheureuse»
nn fermier ne peut pas payer sa redevance» c'est è la Béate qu'il s'adresse pour obtenir nn adoucissement qui lui est rarement refusé. Il n'est pas» en un mol, de bonne CMivrequi lui soit étrangère. Elle est l'ange du lieu.
Voici maintenant ce que les habitants font pour la Béate en retour de tant de soins :
On lui donne d'abord huit cartons de grain, environ deux hectolitres» et sa provision de bois » tant pour elle que pour rassemblée. Les notables de la localité fixent la part contributive de chacun pour le grain et se chargent de la recueillir. Quelquefois ce sont les élèves les plus avancées qui» par un soin pieux, vont elles-mêmes faire la collecte et en déposent le produit chez leur institutrice pendant qu'elle est absente.
Dans quelques localités» on ajoute à cette redevance une livre de beurre par élève ou quelques œufs.
Il lui est défendu de manger chez les habitants 9 même chez le curé.
Chaque élève admise à l'école (il n'est question que de cellesqui apprennent k lire) doit donner 0 fr. 50 c. par mois. Outre qu'il y a beaucoup de gratuites , c'est l'article le plus mal payé. 11 lui est recommandé de ne pas exiger sis droits avec dureté (3)» et les
i) On en voii fréquemment tirer leur unique dnp de leur lil ei le porter dans celui du malade.
(z) Ces drapa, ainsi que les chandeliers dorés et ks cierges, soiil la propriété du village.
(Â) tàfU de eanduite. Maximes et avis.
<4) Une femme, travaillant à la dentelle du matin au soir, gagne 35, 40, i5 centimes ; quelquefois 50 c ! Je voyais nn jour» dans une école de Béates, à Kft|Mily (je désigne la localité pour les gens du f^l*)» une imite petite enrani, âgée de six ann seu-
paysans abusent trop souvent de cette facilité. Pour un grand nombre d'entre elles, cette rétribution ne rapporte pas même 90 fr. luir an. A ce produit» elles joignent celui de leur travail » qui n'est guère plus fort (V). C'est avec ce modique revenu qu'elles doivent se vêtir et vivre toute l'année. On devine sans peine les privations qu'elles s'imposent. Souvent, le curé est obligé de leur venir en aide, et» quand il est lui-même à bout de ressources, il s'adresse au premier pasteur du diocèse, dont le secours» comme celui de la patronne de sa cathédrale» n'est jamais invoqué en vain.
Malgré cet état de gène, il est plusieurs de ces saintes filles» même parmi celles qui sont brevetées» et il y en a un assez grand nombre» qui ont refusé des positions bien meilleures qu'on leur offrait avec l'agrément deleursupérieure générale, positionsqui leur assuraient un revenu de MO» 500 et même 600 fr.» avec des droits à une retraite. D*autres ont d'abord accepté, mais au moment de la séparation » le cœur leur a failli. Comment vonlez-'vous » me disait l'une d'elles» ()ue j'aie le courage de quitter mes enfants; je suis au milieu d'elles depuis trente ans? On concevra sans peine que je n'ai pas eu» moi, celui d'insister.
Cependant la vieillesse arrive , les forces commencent è trahir la bonne volonté de la Béate; sa vue s'affaiblit; elle comprend qu'elle doit céder la place à une de sw compagnes. Elle, si courageuse, si active» lorsqujl est question de soliciter pour les autres» ne sait pas demander pour ellemême; elle s'en va frapper è la porte de l'hospice voisin pour obtenir de mourir parmi les pauvres. Quelques-unes sont recueillies dans la maison-mère du Puy. D'autres, en petit nombre, rentrent dans leurs familles qui les avaient presque oubliées. Heureuses sont celles qui meurent dans l'exercice de leur saint ministère I On leur rend une partie des soins qu'elles ont donnés » et des mains amies leur ferment les yeux.
Telle est la vie, telle est la fin de la Béate. L'esquisse que j'en ai tracée n'est que la reproduction de ce qui se passe tous les jouis sous les yeux des habitants de la Haute- Loire. J'ai é<^rté avec soin tous les traits du zèle particulier; je m'en suis tenu aux obligations d'une règle fidèlement remplie.
Grèce k ces saintes filles» il n*est presque pas de village» pas de hameau dans le département qui n'ait une institutrice consciencieuse » dévouée » une seconde mère pour les filles de l'endroit» sans ou'il en
leuienl. Il est vrai, mais faisant aller sespeliu doigts sur le carreau comme une fée. Je demandai à la Béate combien cette enfant gagnail oar jour : 9 eenUnies et demi ! me répondit-elle. Puissent ces lignes tomber sous les yeux de quelqu'une de ces persomies qui dépensent des sommes énormes en plaisirs frivoles! Voilà une toute petite charmante créature qui s*étiole pour gagner une pièce de monnaie qu'on ne se donne pas la peine de ramasser» lorsqu'on la trouve sous ses pas.
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eoûle an centime h TEtat, au déiMiiiement , tii même h la commune (1). Cette admirable institution t que ie monde entier envierait t s'il la connaissait» fonctionne depuis bientôt deux cents ans avec une réguiarilé toujours croissante. Elle produit un bien immense , et cependant elle est de* roeurée Jusqu*è ce jour à peu près inconnue au reste de la France. Les babilants du pays eux-mêmes paraissent ne pas en avoir com« pris tous les avantages» ou plulAt ils en jouissaient comme de la lumière du soleil i comme de Tair pur de leurs montagnes , ne se Gujurant pas qu'il pût en être autrement. Il a fallu que des hommes venus du dehors, et en particulier Thabile et zélé adminis* traleur qui dirige en ce moment le dépar* tement (2}, vinssent la leur faire apprécierl Le conseil général» répondant à cette initiative» Ta recommandée» dans sa dernière session» à la bienveillance de rautorité supé* rieure, qui s*est empressée d'envoyer on inspecteur générai» et» sur le rapport de ce haut fonrlionnaire » aussi distingué par Télévation de l*esprit que par celle du caractère (3)» une somme de 3,000 fr. a été distribuée entre les plus nécessiteuses de (tes iostitnlrices du pauvre. Rarement un secours fut aussi mérité et reçu avec autant de reconnaissance. Là ne se borneront pas» il faut Tespérer, les effets de cette haute bienveillance. Etendre les bienfaits d'une œuvre aussi éminemment utile est une pensée digne du gouvernement qui montre tant do sollicitude pour les intérêts du peuple contié k ses soins.