MARIE
A Pradineêf diocèse de Lyon.
La vie de la vénérable Mère de Bavos a été un de ces dons que le ciel fait de temps en tem()8 à la terre, pour la gloire de son nom, pour rédification de son Eglise, pour le salut d'un grand nombre» et qui pour Je bien de la religion devraient demeurer des siècles. Elle naquit en Savoie le 2 juin 1768» de parents encore plus distingués par leur piété que par leur Dobiesse* Comme un nouveau Zacharie, le vénérable prêtre qui la baptisa, déclara que eette enfant de bénédiction serait un jour une fervente épouse de Jésus-Christ, et retracerait Tiliustf e Thérèse dont elle reçut la nom.
Elle crût en grâce et en sagesse pour la consolation de ses parents qui ne négligèrent rien pour lui inspirer dès sa tendre
(1) Voy. à la fin du vol., n'' io.
jeunesse des sentiments d'une piété solide^ de dévotion k la sainte Vierge» et de compassion pour les pauvres. Dieu l'enrichit des dons de l'esprit et du cœur qu'elle employa plus tard poursa gloire. La vertu était dans la jeune Thérèse revêtue de tous ses charmes. Elle avait l'art de gagner les cœurs par l'attrait de sa douceur» et on aurait pu dire d'elle comme de son admirable compatriote, François de Sales : « Tout plait» tout attache dans cette noble enfant de la Savoie. » On remarquait dans elle un grand amour pour la prière; elle allait tous les jours, avec sa pieuse mère, assister à l'auguste sacrifice de nos autels» sans que le temps le plus rude pût jamais l'en détourner, et jamais Tobéissancene lui parût pSus difficile que lorsqu'on la privait d'assister aux divins mystères. A l'âge de dix ans, ses pieux parents, dont elle était l'idole, durent s'en séparer pour la confier aux religieuses UrsuHnes de Gre* noble. Un extérieur agréable joint à un air de grandeur» de raison précoce, tempéré par une extrême douceur» lui mérita l'affection de ses compagnes et de ses maltresses ; ses progrès dans la piété et dans les connaissances convenables à une jeune personne ne démentirent pas les espérances qu'on avait conçues. Elle obtint le même succès dans les arts de pur agrément.
A peine Agée de quinze ans elle dut quitter une maison où elle laissa les plus précieux souvenirs, parce qu'elle y avait été l'objet de l'estime générale, et de l'affection la plus tendre. Elle parut dans le monde avec tous les agréments qui peuvent y foire briller. Une autre aurait attaché du prix aux suffrages qu'elle y obtint dès les premiers pas
Su'elle y ni» une sagesse prématurée les lui t mépriser, et è l'aurore de la vie elle connut ce que le plus sage des rois n'avait compris qu^ la fin de la sienne, que tout sur la terre n'est que vanité. Aussi déclara-t-elle courageusement l'inviolable résolution où elle était de se consacrer, à Dieu en renonçant à tous les avantages que le monde pouvait lui offrir.
Ses parents étaient tous » une foi trop vive et d'une piété trop sincère pour s'opposer è cette généreuse résolution; mais qu'il en coûta h leur tendresse 1 El le se rendit à 1 abbaye de Saint-Pierre de Lyon» où elle avait deux de ses tantes religieuses. Un grand nombre de princesses, renonçant aux |)ompes terrestres, s'y étaient consacrées à Dieu. Cette maison n'était ouverte qu'aux filles de haute naissance. Quoique à cette époque la règle de Saint-Benoît n'y fût observée qu'avec une grande mitigation, cependaut on y observait ixtie régularité très-exacte, et la clôture y était gardée avec édification ; le jansénisme n'y pénétra jamais.
Mlle de Bavos commença son noviciat le premier du mois de mai 1786; dès ce temps d'épreuves elle fut un modèle de perfection, et celles qui l'avaient connue à cette époque disaient longtemps après : « Elle a toujours été une sainte. » La vèture eut lieu le 26 oc- '
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tobre, el on Ini donna le nom de Placide. La ferveur, le zèle pour tous ses devoirs, une exacliiude qui ne se trouva jamais en défaut, furent les vertus qu'on remarqua pendant sou année de probation, année qui lui parut la plus longue de sa vie, tant était vif et ardent le désir qu'elle éprouvait de consommer son sacrifice, et de sceller de ses vœux Je contrat que son cœur avait déjà fait avec le céleste Epoux. Elle se consacra irrévocablement h Dieu le 27 novembre 1787. Ce jour, qui mit le comble à la joie de son cœur, fut toute sa vie un jour solennel consacré à la reconnaissance.
Elle fut aussitôt cbargée d'emplois de confiance, et elle commença dès lors l'essai de ce qu'elle devait accomplir un jour avec tant de succès pour le salut des âmes. Quoique timide à Texcès, elle savait par ses efforts tout entreprendre pour la gloire de Dieu: sa magnifique voix que la culture avait embellie était un des ornements du cbdnt de la vaste église de Saint-Pierre; mais il lui fallut longtemps pour vaincre sa timidité qui la rendait tremblante. Elle s'a|)pliqua surtout à correspondre fidèlement aux inspirations de l'Esprit-Saint, ce qui la fit marcher à grands pas dans la voie de la ferveur. Elle faisait ses déHces de la récitation de TofTice divin, et lors môme que le Souverain Pontife eut fait remplacer le long office des Bénédictines [)ar celui de la sainte Vierge, elle continuait à faire de son ancien bréviaire la nourriture de son âme. Son amour pour k règle lui faisait éprouver beaucoup de (>eine de la mitigation qui s'était introduite; elle soupirait avec ardeur pour une vie plus parfaite, elle saisissait toutes les ot^casions pour pratiquer la vie humble et austère du grand patriarche de TOccident. Elle ignorait alors qu'elle dût être bientôt arrachée de l'autel dépositaire de ses serments, et que plus tard elle serait choisie ))ar le Seieneur, comme autrefois Néhémias, pour laire renaître la postérité de Saint- Benoît.
Ce fut dans le courant du mois d'octobre 1792, que les commissaires de la Convention lorcèrent les portes de Im royale abbaye, et intimèrent à Mme de Montenord, qui en était abbesse, l'ordre de l'évacuer dans vingtquatre heures. Quelle douleur et quelle consternation produisit un ordre si inhumain I Mme de Bavos n'avait que vingtquatre ans ; sa foi, sa piété, sa rare prudence lui servirent de guide. Elle sut triompher de tous les genres de séduction. Elle comprit qu'il ne fallait pas seulement souffrir pour la foi, mais (^u'il fallait repousser des prof)ositions infâmes. Elle se relira avec une autre religieuse et celle de ses tantes qui vivait encore, mais que le chagrin entraîna bientôt dans la tombe. Des visites domiciliaires se faisaient dans Lyon avec la plus grande sévérité, les prisons se remplissaient de malheureuses victimes qui devaient être immolées. Mlle Louise de Bossan, Bénédictine (le Saint-Pierre, âgée de 60 ans, confessa généreusement sa foi. Mme de
Bavos lui envia le bonheur de partager sa couronne. Le plus ardent de ses désirs eût été de donner sa vie pour Jésus-Christ. Il y avait à peine un an qu'elle avait été chassée de son saint asile, qu'elle fut découverte par les délégués des clubs dans le réduit qu'elle avait choisi, et elle fut conduite aussitôt dans la grande prison de la ville, avec la religieuse qui était avec elle. Dès ce moment elle fut au comble de ses vœux. Elle se prépara à faire le grand sacrifice. Huit jours après elle comparaissait devant le comité et subissait Tinterrogatoire; elle fut transférée dans la prison «le Bicôlre ; c'était au commencement de février 179'^. Elle l'ut là avec ce qu'il y a de plus infâme, avec des êtres pervertis par le vice; mais elle fut consolée en y rencontrant plusieurs religieuses et un saint prêtre. Le sup[)lice de Mme de Corbeau, autre religieuse professe de Saint- Pierre , âgée de 38 ans, ne lit qu'augmenter le désir ardent qu'elle avait de mourir pour la cause de la religion, elle fut au comble de ses vœux^quand elle apprit le 29 juillet 179i, qu'elle devait être traduite le lendemain devant le tribunal révolutionnaire et que son nom était écrit parmi les victimes qui devaient périr le 30. Mais à cette heure Robespierre avait déjà reçu le châtiment de ses crimes. À cette nouvelle, les [)risons s'ouvrent, non plus pour conduire les prisonniers au supplice, mais pour leur donner la liberté et la vie. Mme de Bavos se retira dans une modeste maison pour y vivre inconnue, pour ne s'occuper que de Dieu seul, partageant son temps entre la la prière, les lectures, les occupations utiles. C'est alors qu'elle eut un songe mystérieux, dont les circonstances s'accomplirent h la lettre dans la suite de sa vie.
Peu de temps a[»rès se présenta à elle M. Magdinier, connu sous le nom du P. Eustache, dans leq»iel elle reconnut au premier abord le vénérable |>rétre qu'elle avait vu en songe. M. Magdinier était un Chartreux des plus fervents, qui, ayant été chassé du cloître par la fureur révolutionnaire, s'était retiré à Sainte-Agathe, sa patrie, où il se livra pendant les années de terreur et d'effroi, à des courses apostoliques; on le vit parcourir nuit et jour, sous divers déguisements^ des plaines immenses, des montagnes escarpées, sans que ni l'intempérie des saisons, ni la difficulté des chemins, ni les dangers qu'il courait, pussent jamais ralentir sou zèle. Heureux lorsque, au péril de sa vie, il avait [)u consoler un mourant, en lui administrant les derniers secours de la religion, baptiser un enfant, ou en disposer d'autres à la première communion.
Attentif à tout ce qui pouvait contribuer à la gloire de Dieu et au salut des âmes, le P. Eustache résolut de réunir autant de religieuses qu'il (pourrait pour se procurer quelques ressources pour l'instruction des enfants, et leur donner à elles-mêmes la facilité de vivre d'une manière plus conforme à leurs saints engagements, et la consolation d'avoir plus régulièrement les secours
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de la religion; c*est dans ce dessein qn'il se rendit k Lyon ; on lui indiqua MmedeBavos» qui consentit à le suivre. Elle part, et en approchant de Sainte-Agathe, que domine la haute montagne de Tarare» elle reconnaît le [tays qui lui avait été montré. Elle séjourna quelques mois à Pannidre, petite ville voisine» qu'elle fut obligée de quitter è cause de son mauvais esprit; elle vint è Sainte- Agathe, où du pain noir» du fromage» des pommes de terre^ furent longtemps sa seule nourriture. Un changement si subit dans ses habitudes la conduisit sur les bords de la tombe; déjà elle avait reçu les sacrements des mourants» et Ton n'avait »las aucun espoir de la conserver» lorsque e Seigneur, qui la réservait pour d'autres épreuves» suscita une bonne femme qui lui procura ua spécifique si efficace» qu*en moins de huit Jours» le danger disparut entièrement avec l'hydropisie; elle a cependant conservé toute sa vie le ^erme de celte maladie qui a été une occasion continuelle de souflirances.
La propriétaire d'une pauvre chaumière»
DomméM<tvas»safemmeetsafilleavaientpar- U^é avec Mme de Bavos leur chétive nourriture; la mère et la fille avaient eu pour elle les soins les plus assidus; elles furent heureuses de la voir revenir k la vie. Sa maladie leur fit de plus en plus conuattre et admirer toutes les vertus qui ornaient sa belle flme; sa gaieté» sa douceur» son amabilité avaient porté le bonheur dans cette humble cbaumière» et le père Mayas était tout glorieux qn*Doe dame de Saint-Pierre se trouvât bien daos son pauvre réduit.
Mme de Bavos ne laissa passer aucune occasion de témoigner sa reconnaissance k ses charitables hôtes» et lorsque plusieurs années après la bonne Mayas » devenue veuve, venait la voir k Pradines, elle la recevait avec l'expression des sentiments les plus vifs : C'est ma nourrice» disait- elle» et elle l'embrassait avec une cordialité tou* chante.
Cependant le règne de la Terreur était un peu assoupi'; les arrestations étaient devenues plus rares; les religieuses dispersées pensèrent de se réunir, et de prendre des pensionnaires; )o maison curiale leur fut cédée» les religieuses choisirent le grenier pour cellules ; la nei^e, la pluie y tombaient avec abondance, et bien souvent k toutes les heures rie la nuit on était obligé de transporterie lit d'un eudroit dans un autre pour ne pas prendre un bain froid outre saison. Le plancher seul formait la couchette; une ou deux couvertures, selon que la température Texigeait » remplaçaient la paillasse et le matelas» un sac de paille tenait lieu de chevet.
Et cependant elles deWndèrent bientôt un régime plus austère. Pour le lit on commença k se borner k la paillasse, quelque temps après elles obtinrent k force de supplications de le réduire k une planche nue» avec une couverture et un rouleau de paille pour chevet; on supprima l'usage du vin»
puis de la viande. On fit après quelques essais de mets préparés k la trappiste, c est* k-dire sans autre assaisonnement que le sel et l'eau, ce fut le régime pour la vie animale. L'usage de la chemise de laine fut la pratique qu'on se détermina le plus tard d em* brasser; mais persuadées que le céleste Epoux le demandait, on finit par le lui accorder généreusement.
Elles se livrèrent k l'instruction avec le plus parfait désintéressement et sans rien exiger. Sur les petites ressources que la Providence mettait k leur disposition» elles élevèrent déjeunes orphelines. Le contentement qu'elles ont constamment fait éclater en menant un genre de vie dont la seule idée fait frémir les mondains, détermina plusieurs personnes k se réunir k elles, ce
2u'on n'accorda qu'après une rigoureuse preuve. Leur nombre s'éleva bientôt jusqu'k vingt» outre les trois qui terminèrent leur vie de la manière lapins édifiante.
On introduisit aussi dans la maison de Sainte-Agathe l'usage des retraites. L'union la plus parfaite a toujours régné parmi ces bonnes filles, et leur a adouci toutes les peines de leur état. Persuadées que la charité, qui est la source de cette union, devait être non-seulement le fondement, mais l'ftme de tout le régime de pénitence auquel elles se sont dévouées, elles punissent avec sévérité les moindres fautes contre la charité fraternelle en retranchant k celles qui s'en rendent coupables les communions que l'on aurait dans la semaine, plus ou moins souvent» selon les dispositions intérieures de chacune, et selon le profit qu'elles en retirent. L'habillement le plus simple» le plus humble» celui des vieilles femmes du pays» est celui qu'elles ont adopté de préférence comme le plus conforme au but qu'elles se proposaient, oui était dMmiter l'humiliation du Fils de Dieu dans la vie mortelle. De gros sabots pour la chaussure ordinaire» un habit de grosse laine blanche» une chemise de laine» un tablier noir et un mouchoir de toile blanche» avec une thérèse d'étoffe noire sur la tète» voilk leur costume tous les jours de Tannée ; pour les jours de travaux elles prennent un tablier et un mouchoir qui craignent moins le sale que le blanc et le noir
Tel fut le genre de vie auquel s'était condamnée Mme de Bavos dès 1797. Elle aurait pu perdre la vie par le martyre, elle voulut au moins la continuer par les exercices laborieux de la pénitence» et devenir une victime d'expiation pour les crimes des hommes pour le salut desquels elle aurait donné mille vies.
La persécution qui s'était assoupie dans les grandes villes» se réveilla dans les campagnes avec une rage et une fureur qu'on n'avait point encore vues. Cette partia du Forez qu'habitait Mme de Bavos» devint le théâtre des plus horribles atrocités. Le criipe de la commune de Sainte-Agatheétaitd'ètrela patrie de M. Magdinier et de lui avoir donné asile. Cinquante soldatsfurieux arrivent avec
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î'inienUon (le remmener moi ton vif. Heu reiisemenl (|iie leur projel ne fut |«as si secret, qu on n'eut le lem|)s de soustraire à leur wige la victime du sang de lafjuelle ils étaient altérés; pour se dédommager, après avoir conmiis les plus criantes hostilités chez les principaux habitants, ils prirerjt quatre religieuses ; ce fut le 17 février 1798 : on les emmena par un lem[)s alfreux et un froid très-rude; elles furent obligées défaire à pied une partie du tr»ijet pour arriver à Sa! nl-Symphorien; depuis le départ de Sainte- Agathe*^ leurs habillements étaient restés mouillés, la neige les avait accom|>agnées, et le lendemain il avait fallu la fouler sous les [)ieds jusqu'à Saint-Svmphorien, en sy enfonçant jusqu'à mi-jambes; deux jours après les gendarmes les conduisirent à Uouane oii elles restèrent en |)rison, dévorées par la vermine. Les habitants s'empressèrent de leur envover de la nourriture. On leur lit subir un interrogatoire l'une aj)rès l'autre. Peu de jours après on les conduisit dans un tombereau à Montbrison , oii on les jeta de nouveau en prison, dans une chauibre basse cccupée par quatre filles de mauvaise vie dont les |)ropos ré- Toliants et les chansons obscènes jointes à la brutalité du geôlier, les lirent horriblement souffrir; elles y passèrent quatre semaines n'ayant pour vivre que le pain et Teau que l'en donnait aux f)risonniers, et comme elles étaient arrivées lard le premier jour, elles ne purent avoir du pain ({ue le lendemain au soir. On les fit comparaître de nouveau devant le district, et elles répondirent avec fermeté et courage à toutes les questions qu'on leur adres>a. Pour les renvoyer on voulait exiger d'elles qu'elles promissent de lie plus enseigner, de ne plus fanatiser la jeunesse, elles répondirent: «Nous lUi le promettons pas, parce (pie cela est contraire à la charité chrétienne.— Nousallons l'écrire, » dit l'un d'eux, « et vous le signerez. — Nous ne le signerons pas, fc toutes ensemble répondirent: «Nous ne le signerons pas. » Le préfet, d'un ton de colère, dit : «Tout cela me parait un foyer de fanatisme. »
Les juges passèrent dans un ap{)artemeiil voisin où ils s'entretinrent longtemps avec chaleur. Après un long débat und'enlre eux ordonna à la gendarmerie de reconduire les religieuses en prison. Quatre jours après on leur ht prendre de nouveau la route de Kouane; arrivées à Boen au moment où on sortait (Je Vêpres, la populace leur adressa des injures; on les lit des(^.endre dans un noir cachot où elles avaient de l'eau jusqu'à uji-jambes; deux dames bienfaisantes leur lirent descendre un peu de nourriture par un trou qui faisait pénétrer un peu de lumière dans cette prison obscure, et sur leurs prières elles obtinrent de les garder pendant la nuit et elles arrivèrent le lendemain au li«u de leur destination. Quatre jours «près on leur rendit la liberté. Un frère de M. Magdinier fut chargé de les accompagner t. Sainte-Agathe. Aux prises avec les agents des clubs révolutionnaires, Mme de Bavos,
ainsi que ses trois compagnes, anciennes Visilundines, montrèrent leur (Mm rage dans les souffrances et leur ardent désir de mourir pour la foi.
Elles rentrèrent dans leur paisible retraiu» dans le courant du mois de mai 1798, non pour y jouir des douceurs d'une vie aisée, mais pour continuer par les rijjueurs d'une vie très-austère, le sacrifice qu elles avaient fait d'elles mêmes l\ leur céleste Ef^oux. Mme de Bavos fut chargée du noviciat et des pensionnaires; rien ne pouvait mieux convenir à son zèle et aucune de ses s(eurs n'était aussi ca|)able qu'elle de s'a(.'quitier de ces deux emplois. Les jeunes enfants, mal logées et quelquefois mal nourries, ne s'en apercevaient presque pas, tant élail grand le bonheur qu'elles ;;oûtaieni sous la direction de leur sage maîtresse. Elles le rap|)ellent en(;ore aujourd'hui avecattendrissemeni; les douces impressions de niété et de vertu que ses exemples et ses paroles produisairnt dans leurs âmes n'ont jamais été effacées. Leur confiance envers cette tendre nière était sans bornes, et leur docilité, fruit de leur amour, était la consolation de cette excellente mère, tpii cultivait ces jeunes plantes avec tant de soin et une douceur si maternelle. La petite ( ommunauté croissait de jour en jour, le presbytère ne pouvait plus suflire, les bonnes religieuses tirent bâtir à C(jté une petite maison, et les greniers, qui continuèrent à servir de dortoirs aux religieuses, furent réparés.
Leur genre de vie fut approuvé par les vicaires généraux en 1801. Le libre exercice de la religion, (jui eut lieu l'année suivanta, acheva de consolider leur sainte institution, et elles la virent s'accroître raf)idement, en sorte que la petite maison ne pouvait plus les contenir. M. Magdinier, qui regardait avec juste raison le rétablissement des ordres religieux comme le moyen le plus ellicace decicalriser les plaies faites à la religion, voulant faire de cette maison, non-seulement un établissement religieux, mais une congrégation, acneia le château cie Pradines, comptant sur la Providence pour en acquitter le prix. 11 s'occupait de transférer la petite communauté dans ce nouvel asile, lorsqu'une ordonnance de M. Jaulfrel, grand vicaire de Lyon, vint renverser tous ses ])rojets.
Le rétablissement de la religion en France, le besoin immense qu'avait la jeunesse d'instruction solide, faisaient déjà revivre do ses cendres, dans la ville de Lyon, une communauté, qui, avant les temps orageux, était entièrement consacrée à l'insiruction des pauvres enfants de la ville. M. Jauffret sentit que des établissements de ce genre disséminés dans le diocèse répareraient les maux que l'irréligion y avait causés; il ordonna donc que toutes les religieuses réunies en différents lieux, et que les filles mêmes qui s'étaient consacrées à l'instruction se réunisiient aux sœurs de Saint-Charles à Lyon, qu'elles prissent leur costume et leurs règles.
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Cetiû ordonnance fut un coup de foudre poor Mme de Bavos. Son amour pour Ja sainte règle qu'elle avait professée et qu'elle obsenrail dans toute sa rigueur lui fit d'abord former le dessein de quitter la France et de se retirera la Valsainteen Suisse, mais son humilité et son obéissance cédèrent aux conseils de son directeur, elle renonça à son
{irojet par Teffet d*une lumière surnaturelle. 1 1 assure que le Seigneur avait sur elle des desseins qui se développeraient plus tard etau'iJ se servirait d'elle pour sa gloire. Au mois de mars 18(A, elle se rendit à Lyon, oix elle reçat l'babit de la congrégation de Saint- Charles. Elle y était è peine depuis quatre semaines, qu'on décida, qu'outre le noviciat deLjon, il y en aurait un à Pradines, dont elle serait la directrice; on s'y rendit dès le mois d'avril.
Le château de Pradines est sur la route de Paris h Lyon, à deux lieues de Roanne: il est bâti à mi-côte, sur un roc escarpé, qui a donné la facilité d'élever trois terrasses Tune sar l'autre; de superbes allées d'arbres, un bosquet, des vergers, de petites Erairies sont enfermés dans la clôture; au Bs serpente une petite rivière et augmente les agréments de cette charmante solitude.
Au mois de juin suivant il j avait déjà dii-sept prétendantes, mais il fallut modifier le régime suivi jusqu'alors par Mme de Bavos; le pain noir de seigle, dont on n'avait pas séparé le son le plus grossier ne pouvait suffire à de jeunes personnes. La maîtresse ne voulut pas (l'autre adoucissemeot pour elle qu'une paillasse très-dure au lieu d'une planche pour sa couche. £lle s attacha ses enfants par les liens de la plus étroite charité. Une sainte gaieté et la ferr vcur des premiers siècles de l'Eglise brillaient dans ce nombreux noviciat. Animées par les exemples et les touchantes exhortations de leur pieuse maltresse, toutes s'appliquèrent à marcher dans les voies de la erfedion, de la pénitence, de l'abnégation plus entière.
Les instructions de Mme de Bavos étaient TÎves 0t entraînantes, sa lecture même si douce et si touchante faisait les impressions les plus profondes; ses conversations particulières avaient un charme irrésistible, aossi était-ce un bonheur pour ses filles de passer quelques moments auprès d'elle :
elle avait le don heureux de persuader et d'inspirer le courage qui entreprend tout ; ee don lui était surtout nécessaire tiens des circonstances où une extrême pauvreté nécessitait une foule de privations ; on y manquait de tout; Mme de Bavos fut souvent obligée de donner ses couvertures à ses enfants, et de ne garder pour elle que ses vêtements. Le château étant resté quelque temps sans habitants, l'air y était vicié; dès le mois de juillet, des maladies de tout genre se déclarèrent et de vingt-cinq ou trente personnes, dont se composait la communauté, il n'y en eut que cinq ou six qui n'en furent pas atteintes; c'est à une religieuse hospitalière de Lyon, qui vint se réu-
nir à la communauté qu'on du( le rétablissement de toutes les sœurs malades; l'ex- )»érience, plus que les connaissances, l'avait rendue propre à exercer ce ministère si utile. Après avoir été délivrée de celte sollicitude, Mme de Bavos éprouva la plus grande peine en voyant partir Mme Lefort, son intime amie, supérieure de la maison, atteinte do maladies très-graves ; en voyant rappeler è Lyon la sœur Perrin, sœur de Saint-Charles, d'un rare mérite, dont la présence seule faisait la réputation du pensionnat; d'être obligée de renoncer à la récitation de l'Office des Bénédictines, parce qu'elle se trouva obligée de présider toujours au chœur oik on ne disait que l'Office de la sainte Vierge. Ce sacrifice lui coûta beaucoup de larmes; son directeur la consola et lui dit avec l'accent d'un prophète : L'Office divin sera rétabli ici, il y sera chanté, et un jour viendra où vous l'y verrez célébrer comme vous le désirez. Dix ans après, cette prophétie se réalisa.
La mort presque subite de M. Hagdinier parut devoir entraîner la ruine de la maison; elle se trouvait sans ressource; on n'avait payé le premier terme du prix d'achat que par le moyen d'un emprunt; le deuxième allait écheoir; la communauté était dans l'impossibilité de faire honneur è cette dépense. Mme de Bavos se rendit à Lyoti pour exposer è Monseigneur le dénûment où la maison se trouvait. Sa Grandeur la reçut avec bonté; il fut frappé de son air de sainteté; mais il remit à son conseil la décision de cette afl'aire : le conseil décida qu'il fallait supprimer cette maison et renvoyer les novices dans leurs familles ou au moins dans la maison mère; Mme de Bavus se décida è passer en Suisse et è se retirer h la Trappe; M. Challeton, grand vicaire, fut chargé d'annoncer cette nouvelle : M. Chak leton était un de ces illustres confesseurs de la foi exportés à l'Ile de Rhé» qui a laissé dans le diocèse de Lyon un souvenir de talents et de vertus qui y rendra sa mémoire immortelle.
Arrivé à Pradinos, témoin de la pauvreté» de la mortification, de la pénitence d'une communauté si nombreuse, il renonce à remplir la commission pénible qui lui avait été donnée; il console ces religieuses plongées dans l'affliction, et de retour auprès de l'archevêque, «près lui avoir rendu un compte exact de sa mission, il engage Sa Grandeur à faire l'acquisition de la maison. Cette marque des soins de la Providence fut le sujet de la plus grande joie dans la communauté qui redoubla de ferveur pour eu ôtfriràDieu sa vive reconnaissance. M. Challeton leur donna un digne prêtre pour au-« mônier; mais on ne ressentit pas longtemps les effets de son zèle et de sa charité, on eut. le malheur de le perdre.
On ne saurait exprimer tout ce qu'il en coûtait h Mme de Bavos d'être agrégée à une communauié dont les rapports si i'réquents avec le motide contrariaient son goût [tour la retraite et son attrait pour la ]jéni«
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tence. Elle suppliait M. Challeton de lui pennellre (J«*se retirer, mais gc sage suf>érieur refusa toujours avec fermeté son consentement.
Le départ de la supérieure, qui avait succéijé à la sœur Perrin, la somme importante dont elle crut pouvoir disposer, le mauvais choix qu'on fit des ecclésiastiques qui devaient remplacer le dernier aumônier décédé, causèrent beaucoup d'inquiétudes à Mme de Bavos et la laissèrent dans un grand embarras; sa confiance en Dieu ne s'atfaibiit pas cependant et elle ne cessa de donner des marques de sa charité et de sa bonté. La Providence vint encore récompenser sa vertu. M. Bast, le nouvel aumônier qu'on leur avait donné, lui ayant désigné une religieuse Ursuline qui dirigeait un pensionnat à Lyon comme très-propre à remplir ses vues, elle partit aussitôt et elle sut si bien iui exposer le bien immense qu'elle ferait dans sa maison, les avantages qu'elle y trouverait |)Our elle-môme; sa physionomie expansive, ses instances pathétiques firent une impression si irrésistible sur sa volonté quelle triompha de bien des diilicultés et parvint à la faire partir le jour môme.
Depuis que Mme de Bavos avait quitté l'austère régime qu'elle suivait à Sainte- Agathe, elle n'avait pas cessé de soupirer après une vie plus parfaite; celle de la Tra|)peéj tait encore l'objet de ses désirs. Un nouveau directeur, religieux Chartreux qu'on lui avait choisi, lui ayant fait entrevoir la possibilité d'établir à pradines l'observance de la règle du saint Patriarche de l'Occident, elle travailla avec lui à préparer l'exécution d'un projet si glorieux a Dieu, et si avantageux à une multitude de vierges chrétiennes.
Un des premiers moyens était de disposer les pierres vivantes de ce nouvel édifice. Mme de Bavos, en dirigeant les novices, remarquant celles qui étaient attirées à une vie plus intérieure et plus pénitente, les gardait à Pradines comme étant propres à son dessein, et excitait en même temps dans le cœur de ses filles spirituelles un vif désir de mener une vie plus austère. Il n'y en avait pas une d'elles qui ne désirât arde'mnjent de faire les vœux de religion et de se consacrer à Dieu par une profession authentique. Les sœurs de Saint-Charles ne faisaient que de simples promesses. La disgrâcedu cardinal Fesch,archevôquedeLyon, leur procura ce bonheur ; en revenant de Paris il s'arrêta trois jours à Pradines, les religieuses les plus anciennes profilèrent de sa présence pour solliciteur cette faveur, ce qui leur fut accordé; et dès le lendemain il reçut lui-même les vœux de toute la communauté. L'archevêque conçut dès ce jour une haute estime pour Aime de Bavos et il résolut de se servir d'elle pour convertir la congrégation de Saint-Charles en congrégation religieuse, en y établissant des vœux. Ce projet ayant été approuvé par son conseil, il en fit part à Mme de Bavos, elle s'en défendit longtemps; elle dut céder
h la volonté du prélat, et le cardinal chargt*» un de ses grands vicaires d'annoncer celle nouvelle aux religieuses de Pradines, qui étaient loin de s'attendre à un coup si terrible. La désolation fut si grande qu'on crut nécessaire de hâter les préparatifs et de précipiter le départ de celle qui faisait couler tant de larmes pour éviter une scène trop attendrissante; on choisit le milieu de la nuit pour dérober cetle mère chérie à ses enfants.
Mme Bédor qui la remplaça était une personne de mérite, mûrie par l'expérience et pleine de piété; une longue maladie et de grandes sotfrances l'enlevèrent bientôt à la communauté.
Mme de Bavos eut h lutter continuellement contre l'esprit de contradiction qu'elle rencontra dans la maison de Saint-Charles. A peine arrivée, elle écrivit à ses filles de Pradines pour leur témoigner la peine qu'elle avait éprouvée de cetle dure séparation ; et l)Our les consoler, dans la touchante lettre qu'elle leur écrivit , elle leur rappelle les paroles qu'elle leur répétait souvent : méritons d'entendre ces paroles au moment de notre mort: «Bonnes et fidèles servantes, vous avez été fidèles dans les petites choses; entrez dans la joie de votre Seigneur. *
Les sœurs de Saint-Charles préférant leurs usages, leur manière de vivre, ne pouvaient soutfrir aucun changement, ni consentir à faire des vœux. Etablie maîtresse des novices, elle avait à diriger cinquante ou soixante prétendantes; elle leur ins[)ira l'esprit intérieur, leur apprit à joindre l'office de Marie à celui de Marthe , et leur .faisait sentir le bonheur d'une âme qui est toute à Dieu. Les novices no se lassaient point de l'entendre: les jeunes sœurs se joignirentà elle; les plus anciennes, qui avaient honte d'aller chez elle pendant le jour, allaient la consulter pendant la nuit.
Pour entretenir l'esprit de régularité et de ferveur à Pradines, Mme de Bavos allait visiter de temps en tem[)S sa chère famille. Sa présence ramenait la joie dans son sein et un redoublement de piété. Mme de B.ivos était depuis un an à la maison mère de Lyon, lorsque eut lieu une assemblée générale des supérieures locales des sœurs de Saint- Charles; les voix furent partagées quand il s'agit de décider si on admettrait les nouveaux règlements on si on conserverait les anciens : on décida que la maison de Lyon et celle de Pradines formeraient cha<:une une congrégation indépendante, et on laissa toutes les Sœurs libres de demeurer à Lyon ou de se rendre à Pradines. Son Eminence désira cependant que Mme de Bavos continuât encore à diriger le noviciat; elle se soumit avec sa douceur et son humilité ordinaires, mais elle eut tant à se plaindre des inconvenances qu'on commit à son égard, que Dieu, qui avait voulu donner un exercice à sa vertu, voulut mettre un terme à ses peines. Ce fut dans les premiers jours de décembre qu'elle fut rendue pour toujours à ses ûlles bien-aimées. Mgr l'arche-
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Tèqae n*a;ant pu atteijRfre le bul qu*il s*étail proposé en laissant Mme de Bairos diri^ gerle noviciat de Saint-Charles, lui permit de retourner à Pradines. Grande fut in joie de la communauté, mais elle éclata quand Mme de Bavos Ini apprit qu'aucune de ses eofaots ne la quitterait désormais et qu'on suivrait des régies approuvées par les Souverains Pontifes; il ne s'agissait plus que de déterminer celle qui serait adoptée; le dioix ne fut pas long, on n'en voulut pas d'autre que celle dont cette digne mère avait fait profession. Ainsi la règle de Saint- Benoit fut proclamée à l'unanimité; le généreux prélat donna à cette occasion à Mme de Bavos une somme de 50,000 francs pris sur ses propres deniers.
Déjà les armées des puissances étrangères se présentaient sur tous les points de la France «Mgr Fecb, ne se croyant pas en sûreté à Ljon, se retira k Pradines sur la Gn du mois de ianvier. Pendant les six semaines que l'arcbevAque resta dans cette solitude, il édiCa constamment par sa piété et son abandon à la sainte volonté de Dieu; quoiqu'il eût reçu l'avis que le lendemain matin 00 détachement d'Autrichiens devait sesaisir de lui, il dormit la nuit comme de coutume ; on le décida cependant enfin à s'enfuir. Qaeloaes instants après, dessoldats, au nombre d une centaine, entrèrent dans la cour du monastère. On reçut honorablement les chefs, on distribua des vivres aux soldats, et ils ne causèrent aucune espèce de désordre. Le cardinal se rendit à Lyon, puis è Paris; mais ne s'y trouvant pas en sûreté, il quitta Ib capitale, fut arrêté avec sa sœur Lœtitia. Il demanda à aller k Pradines, où il demeura quinze jours sous la surveillance d'un officier hongrois et d'un soldat, et où il reçut le même accueil que pendant sa prospérité.
A l'avénementde Louis XVlllsur le trône, Mme de Bavos s'empressa d'exprimer au roi toute la part qu'elle prenait à cet heureux événement, et lui demanda l'autorisation d'ériger an monastère dans ses Etats sous la règle de Saint-fienott. Le roi lui fit répondre avec bienveillance qu'il recevait ses vœux et ses félicitations, que l'ordre de Saint-Benott était ai connu, si ancien, si vénérable, qu'il verrait avec plaisir qu'il s'enfelevftt des maisons dans son royaume. Dès lors, on s'occupa des constitutions. M. Jacquemot, le supérieur, aurait voulu qu'on adoptftt la règle de Saint-Benoit avec la mitigation introduite dans presque toutes les abbayes des Bénédictines qui peuplaient la France avant la révolution; la pieuse mère désirait au contraire se rapprocher le plus de l'institution primitive. L'autorité ecclésiastique consultée réfK>ndit : « Tout ou rien : observez la règle de Saint-Benoit dans son entier, ou ne faites |ias profession de la suivre. »
La prudente mère crut nécessaire d'accoutumer successivement ses filles aux austérités de la règle. On commença à la Noël 1B15 de se contenter d'une paillasse pour ht. «Qui veutcoucher cette nuit sur la paille comme l'Enfant JésuS|»dit Mme deBavos?Le
scrutin se fit par manière de récréation. L^ résultat fut qee dès ce jour tous les matelas furent mis en dép6t dans un grenier. Dès les premiers jours de janvier 1816,. on récita le oréviaire bénédictin. A mesure qu'on avançait dans la pratique de la règle, les ferventes religieuses désiraient d'en faire toujours davantage. Elles disaient d'abord Matines à jeun; mais elles ne furent satisfaites que quand leur excellente mère leur eut accordé de les dire k minuit, ainsi que le prescrit la règle de Saint-Benoit. A la Pentecôte, elles substituèrent la laine au linge, sans se mettreplusenpeinedel'incommoditéqu'elleséprouveraient ftar les chaleurs de Tété, comme quand elles s'étaient contentées d'une paillasse au milieu de l'hiver. Quand leur chère mère parlait d'arrêter leur ferveur et se rendait difficile d'acquiescer à leurs désirs, on lui disait : « Mais vous le faites, » et elle répondait : « Mais j'j suis habituée. » A l'entendre, on aurait dit qu'elle avait un corps différent des autres.
Quand les constitutions furent terminées^ elles les reçurent avec la même joie que lés enfants d'Jsraël lorsqu'ils reçurent la loi da Seigneur.
Mme de Bavos n'avait eu jusqu'alors que^ le titre de supérieure; Monseigneur fut d'à-vis qu'elle prit celui d'à bbesse et qu'elle en portât les insignesselon l'usage immémorial de Tordre. r
11 ne nianc[uait plus, pour constituer sur tous ses points un monastère de Bénédictines, que l'émission des vœux selon la règle. Les religieuses désiraient avec ardeur prendre les engagements, mais cette prudente mère semblait toujours craindre que cette première ferveur se ralentit. Le grand vicaire, supérieur de la maison, y mettait toujours de nouvelles oppositions; mais Mme de Bavoss'étantadresséeaM.Courbon, vicaire général, celui-ci, plein de vénération pour la pieuse fondatrice, appuya si bien sa demande au conseil archiépiscopal qu'il obtint la majorité des suffrajges.
Ce fut le 21 octobre 1848 qu'eut lieu cette glorieuse consécratioUf qui fut un jour de joie, un jour de triomphe pour ces pieuses vierges. La digne abbesse n'était cependant pas encore satisfaite; on n'avait point encore d'église intérieure, de parloir, et les étrangers entraient dans la maison pour entendre la Messe et pour les affaires du dehors. Avec le miraculeux secours de la Providence, on parvint à construire une église, àes tours et toutes les constructions nécessaires pour obtenir la plus étroite clôture, telle que la prescrit le saint concile de Trente, et le 5 février 1828, M. le curé de Saint-Sj^mphorien fut désigné par le conseil capitulaire pour présider la cérémonie. On célèbre tons les ans le jour anniversaire de ce jour solennel qui fut aussi glorieux pour la digne abbesse; elle vit le dernier sceau apposé à son œuvre sainte.
•Il y avait à Lyon d'anciennes religieuses de 1 ordre de *Saint-Benolt, de différentes maisons; mais toutes, animées de l'esprit de
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