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leur saint étal, aésiraient fini-r leurs jours dans le cloître. Elles aciie'tèrent le château (le la Uochette, situé sur le bord de la Saône, h Guires; elles pratiquèrent avec éditication leur sainte règle ; mais l'Age avancé des religieuses et la mort de quelques-unes menaçant l'avenir de la communauté, elles s'adressèrent à Mgr de Pins, qui proposa, en 1829, après en avoir conféré avec M. Challeton, son grand vicaire, de leur faire adopter les constitutions de celles de Pradines, et (|ue Mme de Bavos donnerait une colonie à Mme de Peloux, prieure de la communauté de Guires, ce qui fut agréé avec empressement ()ar les deux supérieures. Depuis longtemps Mme de Bavos Mésirait ardemment faire une autre fondatitm ; elle regarda cette proposition comme la marque de la Providence qui voulait donner de l'extension à son osuvre.
Un voyage que Mme de Bavos fit à Cuires, en 1830, aplanit toutes les diflicullés, et lui gagna Taffection de toute la maison. On se mit aussitôt à l'œuvre pour pré[)arer les bâtiments qui devaient recevoir les religieuses de Pradines, et quoique la révolulion de Juillet vînt ralentir les dispositions nécessaires, dès le 17 octobre 1831, sept religieuses de chœur, une sœur converse, deux sœurs de peine, quittaient Pradines, accompagnées de Mme de Bavos, de l'aumônier de la maison et d'une ancienne religieuse , et se rendaient dans le nouveau monastère.
Mme de Bavos avait attendu les derniers jours pour désigner celles de ses Filles (jui devaient former. celte colonie, quoiipje toutes lussent disposées à servir d'instruments à la Providence. Elles s'étaient préparées à ce sacrifice par une retraite; on versa beaucoup de larmes, la séparation fut dure, la douleur nmère, les adieux devaient être pour toute la vie. Parties à minuit, elles arrivèrent dans la nuit du même jour. Elles y furent reçues avec de grandes marques de joie. Le Te Deiim fut entonné; il était à peine termine qu'une ancienne religieuse, qui n'avait pu se réunir à la communauté pour aller au-devant de leurs sœurs, commença le f)saume cxxxii : Ecce quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum. Le lendeniain, Mgr l'archevêque, administrateur, venait expri- Cîer à toutes la joie que lui faisait éprouver cette réunion et la confiance qu'il avait que le Seigneur la bénirait.
Après avoir passé huit jours au milieu d'elles, Mme de Bavos revint dans son monasière, au milieu de la nuit, pour éviter une nouvelle émotion aux religieuses dont elle se séparait; mais avant départir, elle rédigea les plus sagesavissurla conduite qu'elles devaient tenir pour continuer à se rendre dignes de leur vocation et de la mission qu'on leur avait donnée : elle leur exprima les plus tendres sentiments , tout en leur donnant l'exemple du renoncement, du détachement et delà parfaite conformité à lasainte volonté de Dieu. La sœur Sainte-Julienne, qui faisait partie de la colonie, avait été désignée pour supérieure.
Quoique l'absence eûtéié courte, Mme do Bavos arriva à Pradines au uiilieu des démonstrations de la tendresse la [)Ius filiale. Persuadée qu'elle n'avait plus que peu d'anl nées h vivre, elle se hâta d'en profiler en se conformant à cette maxime : Que celui qui est saint se sanctifie encore; que celui qui est juste se justifie encore, (Apoc* xxii, 11.) Elle s'y conforma parfaitement en redoublant de zèle et de ferveur pour sa i)ropre sancliticalionel en travaillant àjla perfection de ses Filles. Elle fit ajouter deux grandes chapelles à l'église, elle fit peindre et orner le toutavectant tie goût qu'elle devint un objet de curiosité. Une grâce qu'elle avait ardemment désirée la cond)la de joie et de consolation, Mgr de Pins lui accorda la faveur d'aller la consacrer solennellement.
En 1828, Mgr Villecourt, alors vicaire de Meaux, j)uis évoque de la Rochelle, aujourd'hui cardinal, conseilla è Mme Condamine, religieuse bénédictine, qui avait acheté l'abbatiale de Jouarre que la révolution avaii respectée, de se mettre en rapport avec Mme de Bavos pour relever desescendrescettecélèbre abbaye. Lesnégociationsne purentavoiralors aucun résultat ; mais en 1836, elles furent renouées parla médiation d'un pieux laïque de Paris, M.Guifl*rey,et quelques mois après celle affaire était arrangée. Le 16 avril 1837, Mgr Challeton, vicaire général de Mgr Pins, administrateur du diocèse de Lyon, écrivait à M. Satta, aumônier de Pradines : J'ai recommandé ce matin aux prières des Bénédictines de la Bochette (Guires), la foHdation de Jouarre, et jiendant mon action de grâces, je me suis senti vivement pressé d'y travailler de toutes mes forces. J'élaisà peine rentrédans mon bureau, et voi là Mgrqui m'apporte lui-môme la lettre de Mgr de Meaux et m'intime de la manière la plus énergique ses volontés pour la fondation et la restauration de Jouarre. En 1837, Mme de Bavos conduisait onze de ses Filles dans cette célèhre abbaye, — Voy. Benedict. de Jouarre.
Soit que la vénérable abbesse connût sa fin prochaine, soit qu'elle eût été divinement inspirée, elle avait donné l'assurance qu'elle ne verrait pas la fin de sa soixante-onzième an née. El le fui vivement afiligée à celle époque par la mort de deux jeunes religieuses. Sa tendresse pour les vierges qui étaient sous sa direction était si grande qu'on ne peut se faire une idée de l'amerlume dont son àme était abreuvée quand les jours de quelqu'une ét<iient menacés; elle employait tous les moyens, outre les soins pour leur sanlé, vœux, prières, communions, pour retarder l'heure de la terrible séparation.
On voyait cependant ses forces diminuer chaque jour. Dès le commencement du Carême suivant, une toux o|)iniâtre donna de vives inquiétudes; mais non-seulement cette sainte mère ne voulut accef)teraucun soulagement, elle ne voulut pas môme user de dispense pour le jeûne et pour l'abstinence. H serait difficile de déterminer ce quia le
dus contribué h ruiner son corps, ou lesausérités ou l'amour divin oui la dévorait. J)e-
BEN
DES ORDRES RELIGIEUX
BEN
puis bien des années ses jeûnes eK son abstinence étaient sans inlerropiion; ils étaient devenus plus sévères k mesure que sa saoté s*aâaibiissait. Après Pâques elle se trouva ruinée;, pendant plusieurs mois elle s'oecupa de la préparation è la mort, et si son directeur avait voulu Técouter, elle aurait été toujours en retraite. Quoique consumée par la fièvre, elle se rendait la première h tous tes exercices de la journée et même très-souvent à Matines de la nuit« Comme on voit celui qui fait des fouilles Dour trouver une mine d*or redoubler ses eftorts quand il approche du trésor qu*il cherche, de même plus Mme de Bavos voyait s'avancer le terme de sa vie, plus elle s'efforçait d'acquérir des mérites.
Après quelques mois de langueur, le 27 juillet ayant voulu encourager par sa présence la distribution des prix qu'on devait bireaux élèves, elle fut saisie d'un fort accès de^tièvre qui annonça sa fin prochaine. Elle reçut les sacrements avec les plus vifs sentiments de foi, de respect et d'amour. Rien n'égale la patience qu'elle montra, tout le temps de sa maladie, au milieu des plus grandes douleurs. Elle employait tous ses moments à des actes de piétô et de résignatioD.SessooffranceSy sa faiblesse étaienltelies, que six personnes pouvaient è peine la porter. Dans son délire, elle élevait sans cesse la roain pour béni)* ses enfants. Quand elle ne put plus leur parler, elle leur serrait la main; quand elle ne put plus parler ni remuer, elle promena ses regards mourants snr ses chères filles. Enfin, le 27 août 1838, elle s'endormit du sommeil des justes.
Mme de Bavos fut un tableau vivant des vertus religieuses, et son cœur brûla toujours du désir de voir vivre, dans toute sa splendeur et sa ferveur première Tordre de Saint-Benott. Le principe de toutes ses actions et la source où elle allumait son zèle liTÛlant était la vivacité de sa foi qu'elle alimentait sans cesse par la lecture des saintes Ecritures. Elle recommandait sans cesse à ses Filles le don de la foi ; elle attribuait avec raison à Taffaiblissement de cette vertu le peu de progrès des âmes religieuses dans la perfection de leur saint état. Elle aimait Dieu en tout et partout; les moindres objets relevaient vers l'Auteur de tout bien ei lui donnaient lieud'admirer sa puissance, sa sagesse et toutes ses divines perfections. Sa vie tout entière fut, comme celle du juste, une vie de foi. Cet esprit de foi lui inspirait un respect profond pour toutes les décisions de rEglise et un sentiment de vénération pour ses ministres qu'elle regardait comme les anges de la terre et les représentanlsde Jésus- Christ. Sa foi pour tous les mystères de notre sainte religion, les lui rendait pour ainsi dire visibles et sensibles. Tout en elle annonçait l'impression profonde qu'elle eu recevait; son air^ son langage, l'expression de sa physionomie. Ainsi, dans les mystères de Jésus enfant , ses manières gracieuses, le coloris de son jeint, ses paroles encore plus douces qiie^ d'habitude, n!ianifestàient
dans elle une joie pure, une renaissance spirituelle. Mais au contraire, pendant la semaine sainte, une tristesse profonde était
feinte sur sa personne et se communiquait ceux qui l'approchaient. Ce n'était pas en vain que dans le cérémonial dn vendredi saint elle avait rois ce passage : « Quiconque ne s'afQigera pas dans ce grand jour des expiations méritera d'être exterminé du milieu ae son peuple. »» En ce jour en effet la consternation semblait régner dans le monastère. L'excellente mère ne manquait jamais de réunir ses filles le matin pour leur dire quelques mots d'édification. Mais l'afiliction dont son âme était remplie les faisait expirer sur ses lèvres, elle gardait un morne silence, et ne parlait ensuite que pour prononcer des paroles lugubres et pénétrantes. C'était une fille (jui pleurait la mort d'un père chéri ; on* aurait presque pu lui adresser ces paroles
3ue l'Eglise met dans la bouche de Marie ans l'excès de sa douleur : fous quipassez^ voyez et regardez $Hl est une douleur semblable à la mienne. [Thren. i, 12.) Mais l'alleluia était-il chanté, elle semblait ressuscitée avec le divin Rédempteur, et elle inspirait à ses Filles cette sainte jubilation.
La même foi la pénétrait d'une révérence profonde pour l'adorable sacrement de l'Eucharistie et d'un ardent amour pour la divine victime oui s'immole continuellement pour le ^alut des hommes. Tous les jours elle participait au divin sacrifice, s'y préparait a^ec le plus grand soin et avec le respect dû à la Majesté suprême. La règle qu'eik donnait h la maltresse des novices pour la participation è cette céleste nourriture était celle-ci : plutôt moins que plus. Tous les instants qu'elle pouvait dérober à sa charge, elle les passai taux pieds du Sauveur, ^étaient les délices de son cœur, c'était là qu'elle puisait les vives lumières qu'elle répandait ensuite autour de toutes celles qui l'entouraient.
La foi lui inspira la vertu de religion et l'embrasa d'un saint zèle pour tout ce qui a rapport au culte divin. Rien ne lui coûtait pour l'embellissement de la maison de Dieu dont le zèle pour sa beauté la dévorait. Elle veillait avec un soin particulier sur les cérémonies, le chant, la psalmodie.
Rien n'est indifférent è une ftme animée de l'esprit de religion; aussi les plus petits objets de piété excitaient son respect. Elle ne passait jamais devant les images de Jésus et de Marie sans faire une inclination profonde, et elle recommandait à ses Filles ces mêmes marques de vénération. Sa dévotion à la sainte Vierge ne cédait quà son amour pour Dieu. Elle l'avait prise pour sa protectrice spéciale, et elle éprouva d'une manière miraculeuse l'effet de sa puissante
Erotectrice. Elle ne négligea rien pour étalir solidement son culte parmi ses Filles. Semblable aux anciens Israélites qui conservaient par l'institution d'une fête la mémoire des grâces qui leur avaient été accordées, elle conserva le sou venir de chacun de ces bienfaits qu'elle avait reçus par Tinstitutioa de pratiques particulières eu ''honneur de la très-
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