BERNARDINS
Btmardins agriculteurs de Cabbaye de Notre* Dame de Sénanque^ diocèse d'Avignon.
Au milieu de nos progrès industriels, lagncnlture n'est plus estimée comme elle devrait Tétre. Pour un grand nombre, les travaux des champs sont devenus méprisables, et rbomme du peuple se croit plus honoré de porter ses bras à l'atelier ou a l'usine que de se courber sur un sillon. Loin de ](0as la (M>n»ée de déprécier ces mille industries, qui sont une des gloires les plus utiles. Tout ce qui peut contribuer au bienêtre d'un peuple a droit à notre reconnaissance, mais il serait nécessaire qu'entre tous les arts, le plus nécessaire fût estimé le plus noble, et que l'agriculture, remise en honneur • pût conserver h la campagne tant
(1) lof . à U fin dii vol., a* M.
d'ouvriers qni 8*en éloignent pour leur malheur et pour celui de la société.
L'Eglise, toujours attentive à nos besoins* n'est point restée indifférente devant ee malheureux préjugé; elle l'a combattu à tontes les époques, en mettant sous les yeux du peuple l'exemple de l'abnégation monastique qui, librement et par amour, embrasse les travaux des champs. Par les multitudes de laboureurs volontaires, d'hommes de loisir, devenus hommes de travail, elle apprit h nos aïeux h fertiliser de leurs sueurs les terres qu'ils avaient conquises par leur sang.
Nos campagnes sont en partie redevables de leurs moissons et de leurs troupeaux au travail des moines. Le spectacle de plusieurs milliers de religieux cultivant la terre, mina peu à peu ces préjugés barbares qui attachaient le mépris à l'art qui nourrit les hommes. Le paysan apprit dans le monastère à retourner la glèbe et è fertiliser un sillon. Les moines furent donc les pères de l'agriculture, et comme laboureurs eux-mêmes et comme les premiers maîtres des laboureurs. Les plus belles cultures, les paysans les plus riches, les mieux nourris, les mieux vêtus* les équipages champêtres les plus parfaits, les troupeaux les plus gras, les fermes les mieux entretenues, se trouvaient dans les abbayes.
Ainsi l'Eglise s'entend merveilleusement à créer des cultures et à organiser le travail ; seule, elle réussit à le consoler et à l'ennoblir par de grands exemples. Cette vérité ne saurait être contestée; les faits parlent et les religieux répandus sur différents points de notre territoire le montrent en action. Qu'on demande aux paysans qui habitent le voisinage des couvents de La Trappe, de la Melraj^e, de Bricquebec, d'Aiguebelles, si l'a* gnculture n*a point fait do progrès parmi eux, si ce n'est pas une bonne fortune pour un pays qu'un établissement de moines cultivateurs. Qui a donné l'idée de créer des colonies agricoles au milieu des tribus guerrières de l'Algérie, sinon les résultats obtenus par l'orphelinat de Ben-Acknoun, sous la direction des Jésuites et la ferme vraiment modèle des Trappistes de Staonelli?
Mais si tous ceux que la grâce d'une vocation religieuse sollicite à embrasser la vie des champs ne peuvent pas immoler leur êire tout entier è l'exemple du Trappiste, ou allier comme lui les travaux du paysan au jeûne perpétuel de l'anachorète, l'Eglise, qui a des secours pour tous les besoins de I âme et des asiles pour toutes les vocations, présente à ices tempéraments plus faibles des instituts moins rigoureux : elle a des monastères et une rèsle plusindulgente,elle adoucit le poids de la chaleur et du jour. Nous parlions tout à l'heure de l'établissement agricole des Jésuites h Ben-Acknoun. Mais voici les frères agriculteurs dans le monastère de la Cavalerie.
Ce petit rejeton du grand arbre bénédictin a poussé dans le diocèse d'Avignon eo.l849