‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 4)Chapitre 34 sur 220 · RON · texte numérisé non relu

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trente ans d'flge. La supérieure est élue pour trois ans, et peut être réélue une fois; mais «He ne peut plus Tètre au bout de six ans , ï moins de raisons absolument nécessaires, et du consentement du seigneur évèque.

La pluralité des voix suffit pour l'élection.

Portant le même nom et ayant la môme règle , les deux communautés de Saint- L6 et de Caen eurent à peu près les mé* mes œuvres à remplir. L'une et l'autre elles commencèrent par Tinstruction de la jeunesse et* les soins rendus k domicile aux malades et infirmes ; dans l'une comme dans l'autre, il s*établit pour les jeunes demoiselles deux pensionnats dési-

5 nés par les dénominations de première et 6 seconde classe. La première classe était, comme elle l'est encore, destinée aux jeunes personnes de famille qui y recevaient une instruction proportionnée a leur fortune et leur position sociale. La seconde classe était destinée aux enfants de la classe moyenne. Les exercices d'étude y étaient moins longs que dans la première, et un temps plus considérable 7 était consacré aux ouvrages d'aiguille. Il y avait aussi à Saint-Ld et à Caen une école gratuite pour les petites filles pauvres. Pans les deux communautés existait une pharmacie; les sœurs de cette obédience n^pé\ées visiteuses des pauvres allaient è domicile visiter et panser les malades. Elles leur portaient du bouillon , de la tisane , et généralement tout ce dont ils avaient besoin. Elles leur parlaient de Dieu, les consolaient, les assistaient jusqu'au dernier soupir, et les ensevelissaient après leur mort. De plus , elles recevaient dans une grande salle les pauvres de la ville et même ceui des campagnes , pansaient leurs plaies et leur administraient tous les médicaments

206 l'urgence pouvait exiger* on qui avaient ié ordonnés par les médecins. Enfin, dans les deux communautés, on se livra au traitement des femmes aliénées. On ne connaît pas Id temps précis o(i cette œuvre a commencé dans la maison de Saint-L6. Tout ce que l'on sait, c'est qu'elle y est très-ancienne. Elle conamença è Caen, en 1735. A cette époque , cette oravre entreprise par les deux communautés était d'autant plus louable et plus héroïque, qu'alors ces malheureuses victimes d'une maladie affreuse étaient redoutées de tout le monde. On les fuyait de tontes parts, et elles étaient ordinairement renfermées dans des cachots au sein de leurs lamilles, ou entassées dans les basses-fosses û^s asiles qui leur servaient de dépôt. Les efforts des pieuses filles du Bon-Sauveur forent couronnés de succès. Plusieurs de leurs malades recouvrèrent l'usage de leurs * bcultés intellectuelles. Malheureusement le défaut d'espace ne leur permit pas d'en recevoir un bien grand nombre. A Caen, jusqu'à la révolution, le nombre ne dépassa jamais 25.

A ces œuvres communes aux deux communautés, la maison de Caen en ajouta une autre qui loi fut particulier^. Ce fut le soin de travailler è l'instruction et k la correction

des filles et femmes débauchées. Ce fut en 1733, que sur ta demande de M. Lair, alors lieutenant général de la police è Caen, elles consentirent à l'entreprendre. Les lettres patentes du roi la désignent comme l'œuvre principale de la communauté, et en effet jusqu'en 1818 , ce fut fœuvre spécialement énoncée dans la formule des vœux pour les religieuses du Bf n-Sauveur de Caen.

Les deux maisons poursuivirent sans interruption l'exercice de ces œuvres jusqu'en 17d2, époque à laquelle les communautés furent proscrites. Les religieuses furent chassées de leurs maisons et obligées de se disperser. Celles de Saint-L6 furent d'abord conduites, comme suspectes^ dans la maison d'arrêt de Torigny. Quelques-unes furent conduites è Coutances et mises en jugement sous l'accusation d'avoir détourné des effets appartenant à la communauté; mais il parait qu'aucun jugement n'intervint. Les temps étant devenus plus calmes, toutes les religieuses furent rendues à la liberté. Alors elles se logèrent en deux ménages séparés dans des maisons voisines de leur ancienne communauté, et elles commencèrent à reprendre des pensionnaires.

Pour les religieuses de Caen, après avoir été chassées de leur habitation, elles se retirèrent en divers endroits. Quelques-unes demeurèrent dans une portion desoAtiments de la communauté, qu elles avaient prise à loyer des chefs de la ville, pour y conserver et soigner une douzaine de femmes aliénées

3ue leurs familles n'avaient pas osé reprenre. Elles y restèrent environ trois ans; mais les bâtiments ayant été vendus, en 1795, elles se retirèrent à Monde ville, près Caen, avec leurs pensionnaires.

Aussitôt que la tempête révolutionnaire eut commencé à s'apaiser, les religieuses, dispersées, songèrent à se réunir, afin de pouvoir reprendre, dans leur entier, les œuvres qui leur étaient assignées par leur institut. Elles en avaient bien conservé ou repris une faible partie; mais, entravées de toutes parts, elles n*avaient pu s'y livrer que d'une manière fort restreinte.

Les bâtiments de la communauté de Saint- Lô, n'ayant pas été aliénés, les religieuses les réclamèrent, et en recouvrèrent la possession. Un décret impérial, du 17 avril 1805, rétablit l'institution de charité qui existait précédemment à Saint-Là^ sous le nom de filles au Bon-Sauveur, destinées à soigner les malades de cette ville, et à tenir les écoles gra^^ tuites pour Vinstruction des filles pauvres. Les religieuses se réunirent donc au nombre de H, 9 sœurs de chœur, et 5 sœurs converses. Elles s'établirent, avec leurs pensionnaires, dans une partie non occupée des bâtiments de l'ancienne communauté; les autres parties leur furent ensuite successivement rendues.

Les religieuses de Caen ne se trouvaient pas dans une position aussi favorable. Leurs Siens avaient été vendus par l'administration, etelles ne pouvaient nullement compter qu'ils leur seraient rendus; mais, ce qui

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alors pouvait être un mal aux veux des hommes, est devenu pour elles un immense avantage, et, en voyant ce qu*est maintenant cette communauté, qui, avant la révolution, était connue sous le nom de Petit- Couvent ^ on ne peut s*empécher de reconnaître que la divine Providence n'avait permis Taliénation de son ancien emplacement que pour lui en procurer un qui lui permit de prendre tous les accroissements auxquels elle était appelée. L*ancien emplacement était extrêmement étroit, et il était impossible de Tausmenter; le nouveau, au contraire, hien qu'il fftt d*abord d'une médiocre étendue, n*avait aucune limite infranchissable, et pouvait être augmenté, au besoin, par l'ad- ]onctioa des propriétés voisines. De plus, il est traversé, dans toute sa longueur, par les deux bras de TOdon.

Désirant donc vivement se réunir, et voyant qu'il fallait renoncer à leur ancienne demeure, dont il ne restait plus d'ailleurs que réglise et quelques b&liments, les religieuses du Bon* Sauveur s'occupèrent de trouver un autre local. M. l'abbé Jamet, qui était entré dans la maison, comme chapelain, le 19 novembre 1790, et qui, pendant la révolution, leur avait donné les soins les plus dévoués et les plus constants, mit tout en œuvre pour leur procurer uue maison convenable. Douze essais furent infructueux. Enfin, au mois d'octobre 1804, il apprend que le couvent des Capucins était à vendre. Il entra aussitôt en négociaticm» et parvient à l'obtenir pour la somme de 30,000 francs. Le contrat est passé le lendemain; le samedi suivant, deux négociants de Rouen en offraient 80,000 francs. Ce n'était pas sans difficultés que M. Jamet était parvenu à ce résultat, il s en était rencontré même de la part de plusieurs religieuses. Le contrat passé, il en surgit de nouvelles. On n'avait pas la somme nécessaire pour payer même le premier terme. Un prêt de 15,000 francs avait été promis. Quinze jours avant Tépoque fixée pour le payement, la nouvelle arrive qu'on n'y devait plus compter. Deux heures plus tard, M. Laillier de Biéville-en-Auge vient noir Tabbé Jamet, et, apprenant ce iAcheux contre -temps : « £h Dienl je vous les prêterai, moi, » s'éerie-t-il. « Demain vous les aurez. » Et, le lendemain, il les apporta. On se bêta de faire à la maison les réparations les plus nécessaires, et, le 22 mai suivant, les sœuis

Î furent toutes réunies, au nombre de îi professes t 10 de chœur, et 5 converses. Le noviciat se composait de 6 jeunes personnes. Les sœurs qui ^t'étaient retirées à Mondeville amenèrent avec elles 15 femmes aliénées.

Les deux communautés, ainsi reconstituées, reprirent peu à peu les œuvres de leur institut. La maison de Saini-Lô, actuellement composée d'environ 60 religieuses, a trois écoles gratuites, où sont admises environ 300 petites Qlles. Elle tient deux classes internes, où une centaine d'autres enfants sont reçues movennant une révibu-

tion. Enfin, il existe dans la maison un pensionnat oui contient environ 50 élève<i, dont quelques-une^ à demi-pension. — La communauté fait aux pauvres des distributions de pain, de bouillon et autres aliments. Le bureau de bienfaisance lui a confié une grande partie de ses revenus et de ses secours. Quelques religieuses vont, en outre, visiter et secourir les malades à domicile. — Enfin, la communauté donne ses soins à des femmes aliénées. Le nombre s'en est successivement accru, surtout depuis que la maison a pu faire construire de nouveaux l)âtiments, et que l'administration départementale y en a fait placer d'office.

La maison de Caen, en reprenant ses œuvres, y a ajouté et retranché, de sorte que son institut s'est trouvé modiQé avec le temps. Ainsi, en 1816, H. Jamet essaya de donner des leçons à une sourde-mueue de 3k ans, alliée à sa famille, et, quelques semaines après, une autre jeune personne, aussi privée de l'ouïe et de la parole, lui fut offerte comme élève. Telle fut l'origine de l'école des sourds-muets du Bon-Sauveur de Caen, qui, peu à peu, a pris de grands accroissements, et compte maintenant une centaine d'élèves des deux sexes. En 18^, le nombre des élèves s'étaii élevé à 130. Depuis (-e temps, la maison de Caen, ayant fondé une autre école à lont-PAbbé, qui n'est éloigné de la maison-mère que d'environ 80 kilomètres, une trentaine d'élèves, qui lui auraient été envoyés, se trouveut maintenant dans cet établissement.

Au mois de juin de la même année 1816, le préfet du Calvados proposa h la maison de prendre les aliénés du département. Cette proposition fut accueillie; mais elle ne fut mise à exécution que deux ans plus tard. Quelques religieuses témoignaient de la répugnance il soigner les hommes aliénés. Mgr Brault, évêque de Bayeux, ayant été consulté, répondit qu'il ne fallait pas balancer è accepter cette œuvre. « Les sœurs de différentes congrégations, > disaitil, « se vouent, pour toute leur vie, à soigner des hommes malades, des militaires, et même des vénériens, qui, sous bien iï^^ rapports, sont beaucoup plus dangereux que des aliénés. La consécration de ces charitables religieuses est autorisée, et comblée d'éloges par l'Eglise tout entière. Et quelle consolation n'éprouverez - vous pas, lor»qu en rendant ces pauvres malades à la raison, vous les rendrez en même temps h la religion? » La proposition fut donc liéOnitivement acceptée, et, le 17 juin 1818, un arrangement fut passé entre la communauté ei le département. Le département s'engageait à prêter gratuitement A la communauté une somme de 50,000 fr. pour aider è construire uue maison, dans laquelle on pût recevoir les hommes aliénés du département. Cette maison, placée sous l'invocation et la protection de saint Joseph, fut terminée dixhuit mois après. Avant leur entrée au Bon* Sauveur, les |»auvre5 malades qu'elle devait recevoir avaient été confondus avec les dé-

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DES ORDRfcS KE1.1G1EUX.

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tenns de !a maison centrale de Beaulieu, et |iinsjeur$ années même s^écoulèrent avant quon ne pût les en dter entièrement. En 1821, on commença à construire de non- Telles habitations pour les femmes aliénées, effrois uns plus tard, on entreprit laconstruc* tion de la maison qui porte le nom de sainte llarie, et qui leur est maintenant consacrée. Cette maison se compose d*un corps prin* cipal, et de deux ailes sur la même ligne. Cet édifice, qui a 13 mètres 50 centimètres de profondeur pour le pavillon ou corps principal, et 10 motres pour les ailes, pré* sente une façade de 200 mètres de long. — A mesure que les bêiiments s'élevaient, le nombre des aliénés confiés aux soins des religieuses du Bon-Sauveur de Caen prenait un accroissement remarquable. Lors de la rentrée des religieuses dans une maison conventuelle, en 1805 il y avnit en tout, dans la maison « 15 femmes aliénées. Ce nombre s*était augqienté, dans les années suivantes, mais lentement. En 1831, il était de 295, t3ii y comprenant les deux sexes. En 1835, de 420. Depuis dix ans environ, le nombre est, en moyenne, de 700. Lo mouvement produit par les entrées et les sorties est de 130 à 140 par an.

Ces nouvelles œuvres de charité envers deux classes, jusqu'alors généralement délaissées, portèrent le Bon-Sauveur de Caen ^ laisser une de celles qui Pavaient occupé avant la révolution. Les pénitentes avaient été renvoyées dans leur famille en 1790. Depuis ce temps, la communauté n'en avait poiflt repris. Afin de régulariser cette position, on s'adressa au seigneur, évéque de Aajeax, pour le prier de dispenser la communauté decette œuvre. MonseigneurBrault, considérant qu'il existe, dans la ville de Caen, un établissement destiné spécialement pour ces filles pénitentes, et qu'il convient de ne pas multiplier ces établissements au détriment de quelques-unes des œuvres de charité, auxquelles ces dames religieuses du Bon -Sauveur s'emploient avec autant de succès que d'édification, déclara, par une ordonnance du 13 janvier 1818, ces reJi-

Ïieuses c dispensées du vœu qu'elles avaient lit relativement aux filles pénitentes, ef ordonna que cet article serait retranché dans les vœux qui seraient émis dans la suite par les novices, lorsqu'elles feraient proKssion. »

Les œuvres actuelles du Bon-Sauveur de Caen, d*après ses statuts approuvés par le Gouvernement, le 16 mars 1834 , sont :

1* De soigner avec toute la charité possible» les aliénés des deux sexes ;

2* De donner réducation aux jeunes demoiselles ; 3* D'instruire les sourds-muets ;

4* De visiter les pauvres malades, de leur administrer tous les secours et médicaments qui sont en leur pouvoir ;

5* De faire les petites écoles pour les enlants des pauvres ;

Diction!!, dbs Ordbes relig. IV.

6* D'offrir un asile aux dames âgées qui veulent vivr^ dans la retraite ;

7* Enfin de former des maîtresses pour les écoles de la campagne.

Ces œuvres sont actuellement en exercice dans la maison de Caen, à l'exception de l'école des externes et de la classe pour institutrices. La réunion des autres porte^ le personnel de la maison à près de 1,300 personnes.

Le Bon-Sauveur de Caen a encore subi, sous un autre point de vue, une modification fort importante. Dans l'orgine, comme nous l'avons vu , l'Institut n'avait pas été établi comme congrégation à supérieure générale; toutes les communautés devaient être indépendantes les unes des autres. Tel est encore l'état dans lequel se trouve la communauté de Saint- Ld, qui d'ailleurs n'a jamais pensé jusqu'ici è former aucun établissement sorti deson sein. La maisondeCaenaexisté de la même manière juqu'en 1821. Vers le mois de septembre de cette année, lors de la réimpression de la règle, cette maison fut transformée en maison mère de tons les établissements qu'elle pourrait former dans la suite. Cette transformation fut arrêtée dans une assemblée générale de toutes les professes de chœur qui composaient alors la communauté, et approuvée par Mgr Brault, évéque de Bayeux, lel5octobresuivant.llfut réglé que tous les établissements qui seraient formés par la maison de Caen, seraient égaux entre eux; mais qu'ils dépendraient de cette maison , érigée en maison mère de rinstitut. La maison de Caen est le lieu de noviciat pour toute la congrégation. Les sujets gui se présentent dans les maisons particulières peuvent .y passer les trois mois d'épreuves et l'année Je postulat; mais après avoir été reçue pour la vêture, la postulante doit être envoyée à Caen pour y prendre Thabit, y passer l'année de noviciat et y faire

f profession. La supérieure de Caen envoie es religieuses dans les autres maisons et en rappelle celles qu'elle croit devoir envojrer ailleurs ou faire revenir à Caen. Les maisons particulières ne peuvent entreprendre aucuue construction de bâtiments , ni faire aucun achat de fonds, ni contracter d'emprunts au-dessus de cinq mille francs, sans une permission expresse de la Mère supérieure de Caen. Lors de l'élection de la supérieure générale, chaque maison particulière envoie deux sœurs pour donner leur voix dans l'élection. Dans les maisons particulières, les religieuses élisent deux sœurs sur lesquelles la supérieure de Caen, de l'avis du supérieur et du conseil, en choisit une pour supérieure. Elle peut de même, sur l'avis du supérieur et nu conseil, déposer une supérieure qui administrerait mal la communauté è laquelle elle aurait été préposée.

C'est dans ces conditions qu'ont été fondées les deux succursales que possède maintenant la congrégation du Bon-Sauveur de Caen, le Bon-Sauveur d'AIbi et le Bon-Sauveur de Pont- l'Abbé « diocèse de Coutances.

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La première do ces succursales a élé fondéeennovembrelSaâ.Queique.Hanoéesaupararant, M.l'abbé Treilhoa, Tun Ses directeurs dttséminaire diocésain, secondé par M. Salvi Crozes, riche propriétaire delà ville» avait établi une école de. sourdes -muettes à Albi. Désirant procurer à son œuvre un moyen de sCabilité, il proposa à la congrégation du Bon-Sauveur de lui céder son établissement, h la condition de mainteni'r L*école qu*il avait fondée, ou de la remplacer par quelque autre bonne œuvre, si cette école ne pouvait réussir. La congrégation accepta, et envoya à Albi cinq religieuses pour commencer la communauté. Comme le local dans lequel elles avaient été installées était trop resserré, et que la situation présentait peu de facilité pour Tagrandir, il fallut en chercher un autre. On ne fut pas longtemps sans le trouver. Le Ptlil-Lude , ancienne maison de campagne des archevêque» d'Albi, était à vendre , et Ton ne pouvait trouver un emplacement plus convenable. Située h la porte de la ville, cette propriété a 500 mètres de long sur 200 de large. L'acquisition en fut faite Tannée suivante , au mois d*août. La communauté une fois établie au Petit-Lude, prit dus accroissements trèsrapides. Elle se compose maintenant de 70 religieuses et comprend près de 600 habitants. Toutes les œuvres de Tlnstitut y sont en plein exercice.

La communauté de Pont4*Abbé fut établie le 1" mars 1837. Elle eût pour fondatrice Mme Marie-Marguerite-Louise-Sophie d*Ail^neaui, veuve de Riou. C'était une dame pieuse et charitable, qui avait passé sa vie dans la pratique de toutes sortes de bonnes œuvres. Depuis longtemps elle cherchait les moyens de fonder à Pont-l'Abbé , commune de Picauville, une maison de charité. Elle désirait même s'y consacrer à Dieu dans la vie religieuse, si 1 état de sa santé n'y mettait pas obstacle. Après plusieurs tentatives auprès de diverses communautés, elle s'adressa AU Pon-Sauveur. Sa demande ayant été accueiUie , Mme de Riou Gt devant notaire, à la congrégation, donation d'un emplacement dontle revenu annuel est de 6,000 fr.» et elle s'engageait à donner, pour aider è fiiire les constructions, une somme de dO,000 francs, et h fournir en sus la pierre avec la chaux et le sable. Elle ne tarda pas h se retirer dans la nouvelle communauté; le 10 mai 1838, elle prit l'habit de l'institut ; deux ans plus tard elle fut, par exception à la règle, nommée supérieure de rétablissement, et elle l'a gouverné sous ce titre jusqu'k sa mort, arrivée le 22 septembre 1849. Pendant tout le temps qu'elle a passé dans la maison, tous ses revenus, qui étaient de 30 à 35 mille francs par au , ont été consacrés k augmenter l'emplacement primitif et à y faire bâtir une très-belle église et plusieurs autres constructions importantes. Cette communauté se compose maintenant de 1^2 religieuses et renferme .150 personnes. Elle n'a pas encore d'aliéués, mais depuis un an un quartier a été

approprié k cette destination par les soins de la maison mère, et il peut, dès k présent , en contenir une cinquantaine.

Ainsi, dans son état actuel, la congréisation formée en 1821 se compose de la communauté de Caen • maison mère, et de deus succursales, celle d'AIbi et celle de Pontl'Abbé. La maison mère renferme 181 religieuses professes: la communauté d'Alhi 70; et celle de Pont-l'Abbé tô; en tout 293, dont 128 de cbamr et 165 converses.

Cette nouvelle constitution du Bon-Sauveur de Caen et le rapide accroissement qu'a pris la congrégation, sont dus principalement au zèle actif et éclairé de M. Pierre- François Janiet, dont nous avons déjk parlé. Il était d'abord chapelain de la communauté et il en fut nommé supérieur le 27 mars 1819. Entré au Bon-Sauveur le 19 novembre 1790, c'est lui qui fut l'appui des religieuses pendant la terreur; c'est lui qui les réunit en 1805, et constitua leur congrégation, c'est lui qui a étendu et établi sur de nouvelles bases ses établissements d'aliénés, fondé ses écoles de sourds-muets, et contribué, par toutes sortes de movens, k son développement et k sa prospérité. En entrant dans la maison , il y avait trouvé 23 religieuses; en 1805 ce nombre était réduit k 15; et ksa mort, arrivée le 12 janvier 1845, il a laissé trois communautés contenant ensemble 222 religieuses. Aussi son nom est-il et serat-il toujours en bénédiction dans la congrégation, dont il est k juste titre regardé comme le second fondateur, et k laquelle il n'a cessé de prodiguer ses soins pendantle cours de sa longue et laborieuse carrière.

H. Jamet a été puissamment secondé dans ses importants travaux par la révérende Mère Lechasseur. Professe en 1789, cette vénérable Mère nous reste enc(»re et forme le dernier anneau qui relie le nouveau Bon« Sauveur k l'ancien. Elle a été six fois élue supérieure et c'est sous son gouvernement qu ont été prises toutes les mesures qui ont contribué k faire du Bon-Sauveur ce qu il est. C'est sous elle qu'a été conclu le traite avec le département, pour les aliénés, que l'école des sourds-muets a pris naissance , que la communauté de Caen a été établie maison mère de la congrégation, et que les deux succursales d'AIbi et de Pont-1 Abt^é ont été fondées. Le nom de la Mère Lechasseur doit être toujours uni k celui de H. Jamet , comme le souvenir de l'un et de l'autre doit rester inséparable dans la mé* moire des Biles du Bon-Sauveur.

Les religieuses du Bon-Sauveur soignent les personnes atteintes d'aliénation mentale, instruisent les sourds-muets, tiennent un pensionnat pour l'éducation des jeune> demoiselles, font l'école gratuitement pour les petites Glles pauvres, et leur apprennent k gagner leur vie , offrent un asile aui dames qui vivent aussi dans la retraite, forment des institutrices pour les écoles de la carajïagne, vont dans la ville visiter les malades et les assister» et enun ou.

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DES ORDRES RELIGIEUX

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chez elles un dispensaire» pour recevoir les infirmes et les blessés.

Les aliénés sont bien l($gés; les femmes occapent une maison de près de 800 pieds de façade avec de longs corridors ; les appartements sont élevés, éclairés, ornés. De Jear chambre, les malades découvrent un bel horizon, qui les distrait et les récrée; les cours sont plantées de fleurs et offrent des berceaux et des avenues où les malades peuvent se promener en été, et un promenoir couvert pour Thiver et pour les temps humides : la demeure des hommes présente les mêmes avantages. Dans ces deux demeures on trouve des salons où les malades se réunissent pour causer, lire, travailler. Ils mangent à des tables rondes, dans de grands réfectoires. Il y a une salle de billard pour les hommes et une pour les femmes ; on a des voitures pour les promener à la campapagne» et quelquefois ils vont en partie de Î plaisir dans une ferme qui est è un quart de ieue. L'établissement offre des salles de bains, des deurhes et des bains de vapeur.

liais les meilleurs moyens curatifs sont la charité la plus tendre et la plus assidue. Les malades qui ont éié guéris en rendent témoignage , comme on le voit par leurs lettres, qui expriment toute leur reconnaissance. On n'emploie au Bon-Sauveur ni entraves, ni chaînes de fer, jamais des punitions et des réclusions désespérantes. On rend à leurs familles un grand nombre de malades, dont, on constate la guérison. On a remarqué que, tandis qu*à Charenton la mort prenait un malade sur quatre, au Boo-Sau veur, on n*y perdait qu'un sur seize.

Le plus grand bAtimeut, qui est destiné aux aliénés, est partagé en deux parties sans communication.

Les infortunés aliénés sont classés suivant le genre de leurs maladies. Quelques-.uns eut une petite maison et un jardin ; d'autres ont un appartement complet. Des gardesmalades ne les quittent jamais; les soins physiques et moraux leur sont prodigués ; les sœurs montrent autant d'intelligence et de sagesse que de douceur et do charité.

On apprend aux sourds et muets des états ou des métiers; quelques-uns restent dans la maison comme ouvriers. Le pensionnat de demoiselles est très-bien tenu et très-fréquenté.(l)

BON-SHCOUBS ( Fa&RES db Notre-Dame de)

étabtii à Marseille,

Le but de l'institution des Frères de Notre- Dame de Bon -Secours est de soigner à domicile les hommes et les enfants malades, sans distinction de riches et de pauvres. £lle remplit ainsi la lacune qui jusqu'à présent existait dans les divers objets des œuvres de charité que l'esprit de Dieu a fait naître dans r£glise de Jésus-Christ. On ne peut presque i>as compter les communaulés de vierges cnrétiennes qui renoncent à toutes les espérances de la terre pour se dévouer, auprès des malades de nos hospices, i tons les soins de la mère la plus tendre,

(I) Fay. à la fin du toI., n* 2t.

d'autres vont à domicile remplacer près du lit d*un mourant une épouse, une mère, une sœur épuisée de fatigue. Cependant le dévouement héroïque de ces vierges chrétiennes ne peut suffire à tout ; car, outre que . la décence commande à leur charité Tabstention. rigoureuse de certains soins, un religieux est toujours plus convenablement placé auprès d'un homme malade; il était donc h désirer qu'il y eût des hommes spécialement consacrés, par vocation, è secourir leurs frères souffrants. Mais à l'exception des ordres de femmes, il n'y avait eu jusqu'aujourd'hui d'autre communauté que celle des religieux de Saint-Jean de Dieu pour se dévouer au service des malades. Or, ces bons religieux n'exerçant leur zèle charitable que dans leurs établissements, il en résultait que l'homme pauvre, réduit à l'impossibilité d'appeler auprès de lui des gardes-malades salariées, passait les épreuves cruelles de la maladie dans un pénible délaissement; souvent même le riche aussi bien que l'indigent de nos cités, retenus p«Tr un juste sentiment de convenance, étaient privés des soins donnés par les sœurs gardesmalades et gémissaient de n'avoir pas au chevet de leur lit de douleur, un bomme de dévouement qui vint apporter par son zèle un soulagement à leurs maux. Mais l'esprit de Jésus-Christ a suscité et créé la coinmunauté destinée à remplir cette lacune, et c'est sous la protection de la Reine du ciel, mère toujours tendre et compatissante envers les hommes, qu'a pris naissance la famille spirituelle qui est appelée a faire parmi nous un si grand bien h la société.

Le nom donné aux frères de la nouvelle communauté dit assez par lui-même que ce sont des hommes qui veulent puiser dans le cœur de celle qui fut toujours la consolatrice des affligés, la charité, le zèle, le dévouement que réclame l'humanité aui prises avec la maladie. Ils marchent sous rétendard de la Mère de tous les Chrétiens comme pour dire que c'est la Reine du ciel qui les dirige dans l'exercice de leur œuvre, et que c'est par elle seulement qu'ils espèrent être des hommes de bon secours en tout ce qui regarde leur vocation.

Les frères de Notre-Dame de Bon-Secours viennent d'être chargés de Thosnice des convalescents que Mgr l'évêque de Marseille méditait depuis longtemps. Incertain s'il pourrait réaliser de son vjvant un établissement de ce genre, par son testament il avait assuré des ressources nécessaires à cette érection sur sa succession particulière, mais une circonstance favorable l'a déterminé à devancer l'avenir. Le couvent occupé par les . religieusesdu Saint-Sacrement, avantqu elles se fussent établiesau quartier du Couet, était en vente. Mgr a fait cette acquisition avec ses fonds personnels, et en partie avec le prix d'une des propriétés quil possédait à Aix, de rhéritage de sa mère et qu'il s'est hflté de vendre pour exécuter son œuvre projetée.

On sait combien Tinslilut des frères de

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Notre-Dame de Bon-Secours se fait a^iprécier dans celle ville par les services qu ils rondonl aux pauvres comme aux riches, en soignanl à domicile les hommes malades. Cette • communauté occupait l'ancien couvent des Sacramentines, mais comme locataire;] elle va desservir la maison de convalescence. Le dévouement infatigable autant qu'inlelligwnt dont les frères de Bon-Secours donnent des preuves incessantes, et les soins vigilants de Mgr Tévèque, assurent Theuroux développement de Tinstilul, et le meilleur service de Thôpital. (1)

BON-SECOCRS (Soeurs du).

Notice iur les sœurs du Bon-Secours de

Paris.

Ce fut en 1821, rue du Bac, faubourg Saint-Germain, à Paris, qu'une dame remplie d'esprit et d'un caractère énergique, commença un établissement de personnes dévouées au soulagement des malades, ce fut madame Moniale, fondatrice de celle maison ; elle nourrissait depuis plusieurs années un dessein si louable ; pour le réaliser elle réunit quelques sujets propres h son œuvre. Comme toutes celles au'on entreprend pour la gloire de Dieu , celle-ci rencontra des contradictions; on s'efforça d'abord de résister aux épreuves qui ne manquèrent pas , mais, sans qu'il nous convienne d'apprécier pourquoi on ne répondit pas assez aux vues de la Providence, dont les vues impénétrables sont cachées à nos regards, nous sommes obligé de dire que, la suite ne répondit pas aux premiers succès. Mme Montale dut renoncer h son projet, qui était en si bonne voie d*exéculion.

Il était facile de comprendre de quel secours serait une société de personnes unies pnr les liens religieux, animées d'un véritable esprit de charité, formées d'avance aux soins tendres, intel|igents des malades, méritant sous tous les rapports la confiance des familles, propres à remplacer la mère auprès de sa Qlle, l'épouse auprès de son é()oux, et d'exécuter avec exactitude, prudence et intelligence les ordonnances des médecins, d'où dépend ordinairement l'effet qu'on attend des remèdes. On peut dire que ce besoin se faisait sentir partout, et qu^on accueillerait avec empressement ce moyen de satisfaire à la sollicitude des parents et aux besoins des malades. Comment, d'ailleurs, un autre sentiment qu'un sentiment religieux pourrait inspirer la patience, la douceur, le vif intérêt, si propres k adoucir les souffrances, dans ceux qui sont destinés k la garde des malades? C'est aussi une science précieuse que de savoir se faire tout à tous, d'employer une ingénieuse industrie, (|ue de savoir' leur faire accepter ce qui peut les soulager, éviter ce qui peut nuire à leur rétablissement, ei leur suggérer avec discrétion ce qui doit leur procurer le calme de l'Ame, si nécessaire pour rétablir leur sonté, et surtout les pénétrer des sentiments qui les fassent entrer dans les vues de la Providence? Il n*y a qu'un cœur rempli de foi et

(I) Votf. à la Qn du vol., n» 12.

de charité qui puisse les convaincre que Dieu ne permet les maladies que pour nous éprouver, nous purifier et pour nous détacher des choses d'ici-bas, et les disposer à les accepter comme des avertissements ou des châtiments utiles. Que de milliers d accidents, d*ailleurs, causés par l'ignorance, les préoccupations ou la négligence des personnes qui entourent les malades 1 Combien aui sont victimes d'une affection, d*une lenresse mal entendue? Et encore le plus entier dévouement ne peut-il pas toujours suffire dans beaucoup de cas. La santé la plus robuste succombe è des soins continuels, qui souvent ne doivent être interrompus ni jour ni nuit. Que d'avantages ne devaient pas retirer ceux que les maladies affligent de l'uniformité dans les soins, en ne voyant autour d'eux qu'un visage toujours ouvert, expansif, une vierce empressée, bienveillante, prévenante, étudiant tout ce qui peut les soulager, attentive à tous les petits soins, à ces riens qui sont cependant si propres h offrir quelque diversion h la souffrance, minutieux détails si nécessaires pour eux, mais qui épuiseraient la patience de ceux qui ne seraient pas embrasés du feu de la charité, qui nous fait accomplir pour les autres ce que nous voudrions qu'on fit pour nous, et qui nous iait considérer ce que nous faisons pour nos frères comme fait pour Jésus-Cnrist lui-même, qui nous a proniii la même récompense çiue si nous lui avions rendu les mêmes services.

Ce sont ces considérations qui animaient tes personnes qui s'étaient réunies pour rœuvrec|ue s'était proposée Mme Montale et un certain nombre de filles pieuses. Cellesci continuèrent è se livrer aux soins des malades; plusieurs de leurs compagnes se joignirent è elles et, sous la direction de l'une d'elles, s'établit cette société dévouée aux soins des malades; leurs succès surpassèrent bientêt leurs espérances el les encouragèrent a réclamer l'interventioD de Mgr l'arche vèque.

Les commencements de cette association avaient fait naître quelques préventions dans l'esprit des supérieurs ecclésiastiques ; leur demande ne fut pas d'abord accueillie favorablement; elles ne se découragèrent |>a$ cependant; elles renouvelèrent leurs instances, et le grand vicaire, auquel elles s*étaient toujours adressées, finit par leur promettre do présenter leur supplique à Sa Grandeur. En attendant il les recommanda k M. le curé de Saint-Sulpice et à deux dames pieuses et prudentes.

M. le grand vicaire ayant fait connaître à Monseigneur le projet proposé* il en otilint une réponse fiivorable, mais Sa Grandeur crut nécessaire d'attendre jusqu*ii Tannée suivante pour laisser k l'expérience le soin de l'éclairer sur une affaire aussi inoportante. Le temps de cette épreuve expiré, M. le curé de Saint-Sulpice et les dames désignées pour les aider dans leur œuvre , rendirent un éclatant témoignage k la conduite d(»s associées. Ils assurèrent que les maisons

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