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pirante. €e fait» le bureau assemblé» après une conférence particulière avec la supérieure, appelle chacune des sœurs Tune après Tautre» l'interroge par la voix du présiaent, sur les mêmes choses. Si les témoignaf^es sont favorablesf, le bureau conclut à Tadroission. Le secrétaire dresse le contrat entre les administrateurs et la récipiendaire, et l'on écilt sur le registre un acte par lequel la direction la présente à H. le doyen, qui Taccepte, et fait ensuite, au jour par lui indiqué, la cérémonie de la prise d'habit, en l'église de Saint-Didier. » [ibid,)
En 1T70 elles étaient treize sœurs» sous la direction d'une supérieure. Il est facile, par ce simple exposé, de comprendre toutes les difficultés qui devaient surgir d'une semblable organisation, tous les tiraillements dont les sœurs devaient se ressentir. Cette institution disparut insensiblement.
Ainsi deui besoins impérieux se faisaient sentir dans la société : une congrégation régulièrement organisée pour le service des hospices, et des sœurs qui se dévouassent è l'instruction des enfants.
Déjà saint Vincent de Paul a?ait commencé i réaliser en partie celte cauvre, tandis que les Drsulines, fondées dans plusieurs province» dès les f>remières années du xvu* siècle (1), déployaient tout leur zèle dans l'éducation des jeunes filles. Mais comme on était loin encore de pouvoir répondre à tous les besoins I
Deux saints prêtres du diocèse de Nevers marchèrent sur les traces de saint Vincent de Paul, et après avoir jeté autour d'eux un regard pieux et inquiet, ils conçurent, sans s*être concerté, la résolution de combler le vide que leur charité leur avait fait découvrir; c'étaient dom de Laveyne et l'abbé Bolacre.
Jean-Baptiste de Laveyne (2) était né h Saint-Saulge, le 11 septembre 1653. Son {)ère exerçait avec honneur l'état de chirurgien, et sa mère se faisait remarquer par sa piété. Ils ne négligèrent rien pour l'éaucation de leur fils, qu'ils envoyèrent d*abord à Nevers, puis ensuite à Autun, pour faire ses éludes, qu*il compléta à Paris. Porté aux amusements et à la dissipation, il eut à soutenir contre son caractère des luttes terribles, avant de se déterminer h embrasser l'état ecclésiastique auquel ses parents le destinaient. Enfin, après de sérieuses réflexions, il entra chez les bénédictins de Saint-Martin d'Autun, pour jf faire son noviciat. Là, il affermit sa vocation et fut admis aux ordres sacrés. 11 passa ensuite quelque temps dans le prieuré de Saint-Sauveur de Nevers, )iuis il se rendit k Saint-Saulge, où il possédait un bénéfice. Dom Nazaire tiourleau, prieur claustral de Saint Révérien, son oncle maternel, qui possédait ce bénéfice, s'en était déjà depuis longtemps démis en.fiiveur de son neveu;
(t) Les Unulinct furent fondées à Nevers en 1622, à Corbigny en 1629, à Moulins-Engilberl en 1635, k Lormeseu 1645.à Salni-Pierre-le-Muùtîer eu 165^.
c'était la sacristie de Saint-Saulge. Les fonctions de sacristain répondaient à celles de trésorier.
Dom de Laveyne, dont le caractère, porté à la dissipation, n'était pas entièrement réformé, oublia, pendant les premières années qu'il passa à Saint-Saulge, la gravité qui convient à un religieux, et sans se laisser aller à aucun désordre bien marqué, il menait cependant une vie joyeuse et toute mondaine. A la suite d'une retraite qu'il se détermina à faire è Saint-Martin d'Autun, il s'établit en lui un changement complet. Dès ce moment, il ne quitta plus Thabit religieux; tout en lui, langage, manières, déinarche, annonçait que la erftce avait triomphé. La gloire de Dieu, Pèmour du procbain et surtout le soulagement des pauvres, tel était le but qu'il se proposait en tout. Il partageait avec les indigents ses propres vêtements, payait les dettes des prisonniers, visitait les pauvres de la ville et de la campagne, leur procurant, dans leurs maladies, tous les soulagements qui étaient en son pouvoir. Un jour qu'il rendait ces visites de charité accompagné d'un de ses amis, il lai dit avec simplicité « qu'il pouvait bien secourir les hommes, mais qu'il faudrait qu'une femme se dévouât au service des personnes de son sexe. » Si son cœur charitable était brisé quand il voyait les malades des classes ouvrières souvent sans secours, il n'était pas moins affligé par la considération de l'ignorance profonde dans laquelle croupissaient les enfants pauvres de Saint-Saulge et des pays voisins. Attaché è la famille de saint Benott, qui avait rendu tant de services è la société, et qui avait vu autrefois les princes eux-mêmes assis sur les bancs de ses écoles, il résolut de continuer cette tradition de charité, et il consacra aux pauvres et aux infirmes tout ce que Dieu lui avait donné de fortune, de talent, de bonne volonté et d'énergie.
Il confia sa pensée à deux jeunes j^rsonnes qu'il dirigeait et dans lesquelles il avait cru trouver assez de foi et de dévouement pour le comprendre, c'était Mlle Anne Legeai ^ et Marie Marcbangy. Leur modestie les arrêta d'abord, mais, après avoir exposé avec sim-
f)licité è leur zélé directeur l'hésitation que eur inspirait lacrainte de ne pouvoir répondre à son attente, elles se soumirent avec docilité, et s'abandonnent à la Providence, elles s'engagèrent dans la voie que dom de Laveyne leur avait indiquée. Le pieux bénédictin, de son côté, sans se laisser arrêter i^ar les observations que lui fit son père, qui regardait ce proietcomme impossibledans son exécution, voulut être lui-même l'instituteur de Mlles Legeai et Marcbangy ; il les forma aux sciences humaines, dont elles devaient donner aux enfants les premières notions, et aux œuvres de charité qu'elles devaient
(2) Nous avons tenu à réublir rorthographe :da nom.
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DES ORDRES HELIGIEUX.
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exercer auprès des pauvres malades. Mlles Legeai et Marchang^^ se réunirent en 1680 dans une chambre oue dom de Laveyne avait loaéa pour elles; d'autres filles pieuses ne tardèrent pas è se ranger autour d'elles, entraînées par l'exemple de leur charité et de déTOuement. Parmi elles se trouvait Jeanne Robert.
Cependant» dom dé Lavevne savait qu'un vénérable curé du diocèse i\\i Mans» H. Moreau, avait /onde à Montoire un établissesèment semblable à celui qu'il projetait, et que cet établissement, oui déjà avait plus de vingt nns d'existence, le récompensait largement de ses sacrifices et de son zèle, il prit ta résolution de lui écrire, pour le conjurer d'adoiettre dans sa communauté deux des OItes qui s'étaient réunies aux demoiselles Legeai et Marcban^y, afin de les former aux œuvres de chanté qu'on y exerçait. M. l'abbé Moreau consentit a cette demande^ et reçut les deux filles de Saint-Saulge oui lai étaient adressées. Elles restèrent seulement six semaines à Montoire, car de nouvelles instances de dom de Laveyne, appuyées par i'évèque de Nevers lui-même, déterminèrent le bon curé de Montoire à envoyer è Saint-SauIge Marie-Anne de Guillet (1), pour diriger pendant quelques temps cette communauté naissante. \
Les deux aspirantes revinrent donc è Saint- Saulge avec sœur Marie-Anne de Guillet, qui demeura neuf mois dans cette ville, occupée à former aux exercices de son institut les nouvelles sœurs qui lui étaient confiées (2).
Cependant, M. Charles Bolacre, supérieure du séminaire de l'Oratoire de Nevers, avait conçu un projet semblable à celui que dom de Laveyne avait commencé à mettre à exécution. Les pauvres malades et infirmes de l'hôpital étaient surtout l'objet de sa sol-^ licitude et de sa tendresse; non-seulement il avait consacré une partie de son avoir à leur soalaj^ement, mais encore il avait formé, pour venir à leur secours, une société de dames charitables, et lui-même trouvait son Ixinhearà vivre au milieu d'eux.
Il savait qiie l'œuvre de dom de Laveyne offrait déjà des gages de prospérité, il s'adressa au pieux nénédictin pour le. prier de venir à son aide et de seconder ses désirs. Dom de Laveyne fit part à sa sœur Marie- Anoe de la demande de M. Bolacre, et convaincu que sa petite communauté pourrait à Tavenir se passer de sa direction, il l'engagea è aller remplir à Nevers une* mission semblable à celle qu'il avait remplie à Saint-Saulge. avec tant de dévouement et de SQCcès. Elle, partit avec les filles qui lui
(I) Les registres de Monio're la nomment de CuilUi et non de CuiUoU comme le portent des Botiees imprimées à Nevers.
{%) Ancien registre déposé aax archives de la CMDOianaulé.
i5) On isnore à quelle époque la robe noire fut sn^tuée a la robe grise ; par un acte du 18 uo-
avaient été confiées, et qu'elles avait formées au soin des malades et à la préparation des remèdes, en même temps qu aux vertus proprès à Tétat auquel elles voulaient se consacrer.
Le 11 juillet 1683, Mgr Vallot leur donna l'habit des sœurs de Montoire, qui était, dans le principe, de serge grise, avant gu'on adoiv tftt détlnitivement la couleur noire. On lit dans un ancien manuscrit de Saint-Saulge :
« Leurs principales fonctions sont de servir et de médicamenter les pauvres, d'enseigner el de catéchiser les petites filles, d'orner les églises et les autres lieux saints. Elles portent l'habit gris et tacoëffe noire (3J.
Parmi les nouvelles religieuses se trouvaient Mile MarchangVy qui prit le nom de sœur Scholastique, et Mlle Logeai, qui conserva le nool ae sœur Anne qu'elle portait auparavant. La cérémonie eut lieu dans la nouvelle chapelle de Thâpital général; elle avait été consacrée le 1^ septembre 1681. Toutes les sœurs demeurèrent à Nevers encore trois mois, 'pour achever de se perfectionner sous l'habile direction de sœur Marie-Anne de Guillet; au bout des trois mois, une partie d'entre elles retournèrent à Saint-Saulge, ayant à leur tête sœur Scholastique Marcliangy, qui leur fut donnée pour supérieure.
Dès ce moment tes deux maisons de Nevers et de Saint-Saulge furent régies par les mêmes règles, et ne formèrent qu une même congrégation.
Les sœurs portaient le nom de sœurs de la Miséricorde, car ce ne fut que plus tard qu'elles prirent le nom de sœurs de Charité.
Quant aux deux fondateurs, mus par le même esprit et n'ayant en vue que le bien, ils dirigeaient leur œuvre avec un admirable accord ; ou plutôt dom de Laveyne déféra la direction entière à M. Bolacre, homme plus versé dans les atfaires, el aue Mgr Vallot avait nommé son vicaire général.
Sœur Marie-Anne, se rendant au désir formel de Mgr Vallot, demeura à Nevers après le départ des sœurs pour Saint-Saulge-, ann de continuer la mission qu'elle avait entreprise. Le 24^ septembre 1684, Mgr Vallot donna l'habit à deux nouvelles sœurs qu'elle avait formées, et le 7 janvier 1685, eut lieu la troisième prise d'habit, qui augmenta de sept novices la petite communauté. La cérémonie eut lieu comme les précédentes, dans la chapelle de l'hdpital, el fut présidée par un vicaire général en l'absence de I'évèque (fc).
L'œuvre était fondée, sœur Marie-Anne
vembre 1710, dépose aux archives de la communauté, les habitaiiis de Decize demandent deux ëceuTê griuê de Nevers pour desservir leur bépltal; et Tauieur du manuscrit de Saint-Saulge, qui écrivait en 1715, donne à penser qu*aiors le costume u^avalt pas encore été changé.
(4) Ancien registre de la congrégation*
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de Goillel dût retourner h sa communauté de Montoire, où on la réclamaitavecinstance; son mérite était trop connu pour qu'on pût Toublier; aussi, malgré une absence de plus de deux ans, qu'elle avait passés dans le Nt«- ▼ernais, tous les suffrages s'étaient réunis pour la proclamer supérieure de la communauté. Cependant comme elle avait à cœur de voir se développer la congrégation de Nevers, elle voulut que sœur Marthe de la Vallette, son ancienne amie, dont elle connaissait les talents et la piété, abandonnât à son tour pour quelque temps la commu» nauté de Montoire, et se rendit à Nevers, afin de consolider l'œuvre qu'elle avait commencée. Sœur Marthe était une fille aussi remarquable par sa piété et ses talents que par satiaissance. En 1681, M. Moreau l'avait envoyée è Saint-Claude pour y fonder un établissement. Au bout ae Irctis ans elle le
auitta ayant été chargée,enl684,sur la deman» e de Mme de Maintenon, du soin des malades de Saint-Cyr. Malgré sa répugnance pour un
Eoste qui devait la mettre en rapport avec la aute société elle se soumit par, obéissance.
La bienveillance toute particulière de Mme de Maintenon h son égard contribua à lui rendre ce sacrifice plus pénible. « Je le vois bien, » lui disait Mme de Maintenon, « vous êtes comme votre père, qui ne pouvait souffrir la cour. » La santé de sœur Marthe s'était sensiblement altérée, pendant le peu de temps Qu'elle avait habité la maison de Saint-Cyr; elle fut obligée de rentrera Montoire, où elle se remit promptement. Ce fut alors que Marie-Anne de Guillet la ehargf*a de la direction de la maison de Névers. ^Extrait de la Vie de sœur Marthe de la VaÙttte^ imprimé è Paris, chez Gauroe frères, 1853.) ikeur Marthe se rendit donc à son nouveau poste, on ne sait précisément à quelle époque, mais il est probable que ce fut aussitôt après le départ de sœur Marie-Anne, dès le commencement de Tannée 1685; on ignore aussi le temps qu'elle y resta; son départ a dû concourir avec la nomination, comme supérieure générale, de sœur ScholastiqueMarchangy, qui eut lieu dans le cours de la même année, à moins qu'on ne suppose qu'elle soit restée encore quelqne temps avec elle, pour l'éclairer de ses conseils et l'aider de son expérience.
Quoi qu'il en soit, au commencement de l'année suivante, sœur Marthe était de retour à Montoire, et dans le cours de la môme année, l'abbé Moreau lui donna une nouvelle mission; il s'agissait de fonder une maison k Asnières, près de Bourges.
Il y avait dix huit mois qu'elle dirigeait cette maison, quand Mgr de La Vrillière, archevêque de Bourges, exprima le désir de voir cet établissement transféré dans la ville. Sœur Marthe s'y rendit avec ses compagnes. Elle les avait amenées de Nevers à Montoire pour achever de les former; nuis ensuite elle se rendit avec elles à Asnières
(I) Maîiiienant plaee Guy-Coquille.
et è Bourges. Malheureusement un directeur peu éclairé, au lieu de seconder los desseins do cette pieuse supérieure, avait paralysé, soit k Asnières, soit k Bourges, les eflforts
3u'elle faisait, pour bire avancer les sœurs ans les vertus propres k l'état saint qu'elles avaient embrassé. Bientôt on comprit qu*il fallait se séparer. Sœur Marthe pria M. Moreau de lui envoyer de Montoire de nouvelles compagnes. Mgr de La Yrillière plaga les anciennes dans une autre cominttoaulé de la ville, mais elles n'y restèrent pas. (?t>d< denBur Marthe de La Vallette.) On ÎKDOresi elle retournèrent dans le monde, comme elles en avaient le droit; on ne trouve plus aucun renseignement sur leur compte, et à partir de cette époque» on ne remarque plus aucune relation entre les communautés de Nevers et de Saint-Saulse et celle deHoiH toire. Cependant dans 1 acte passé en 1691 entre les administrateurs de rbdpital de Nevers et la communauté des sœurs de Charité, on voit figurer auprès du nom de M, Bolacre celui de M. Moreau, curédeMootoire, pour lequel M. Bolacre devait se porter fort. (Archives de la congrégation des sœurs de Nevers.) Comme les sœurs de Nevers n*é< tdient pas encore approuvées» tandis que celles de Montoire se trouvaient légalement constituées, il est possible que nos sœurs aient tenu encore k se rattacher k elles.
Après la prise d'habit du mois de Janvier 1685, une partie des sœurs restèrent k TbA-
Bital général, sous la direction de sœur larthe, qui, comme nous l'avons dit, ue tarda pas k venir pour remplacer soeur Marie-Anne de Guillet , tandis que le reste de la congrégation faisait, avec la Mère Marchangy, l'édification de la Tîlle de Saiot* Saulge»
Dom de Laveyne était au comble de la joie en voyant que Dieu bénissait son œuvre; persuadé qu'il serait plus facile de la développer k Nevers qu'k Saint-Saulge, ii avait pensé k y fonder une maison de noviciat; il écrivit donc k M. l'abbé Bolacre pour lui faire part de son nouveau projet. M. Bo« lacre l'accueillit avec empressement, et la Providence, secondant leur pieux dessein, iiispira kdeux médecins célèbres, MM. Leoaj et Leroy, la généreuse pensée de leur veoir en aide. Non contents de favoriser de tout leur pouvoir cet établissement, ils mirent k la disposition des sœurs et leur fortune et leurs talents. Us leur firent don d'une mai* son située sur la place Saint-Pierre (1), et se chargèrent de leur faire suivre un cours de médecine et de chirurgie, pour les rendre plus propres k remplir leurs fonctious. La communauté, ainsi constituée, avait besoin d'une supérieure générale; la sœur Scholaslique Marchangy, (|ui n'avait encore
3ue vingt-deux ans, iiit investie de ce titre ans le cours de la môme année 1685. (Fi^ de sœur Marchangy.)
Six ans plus tard, en 1691, les administra-
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DES ORDRES RELIGIEUX
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teurs de rhftpilal généraU qui ayaient déjà pu apprécier les services rendus par les sœars de la charité , passèrent un compromis avec leurs fondateurs, afin de fixer ces pieuses filles à perpétuité dans cet établis^ sèment.
Jusqu*en 1693, la congrégation n'avait h Nevers que deux maisons : ThApital et la loaison de la place Saint-Pierre, où se trou* vait le noviciat. Les sisurs avaient encore ouvert dans cette maison des classes payantes et gratuites, et recevaient des pensionnaires. M. l'abbé Bolacre comprit que le local n'était plus en rap(K)rt avec le personnel de la communauté et avec les œuvres, qui prenaient une extension si rapide; il acheta , de ses propres deniers , la maison occupée maintenant par les élèves de l*école normale et par les Petites orphelines f rue de la Parcheminerie; en 1702, la Mère Marchangy y ajoula une maison voisine qu'elle acquit avec cinq de ses compagnes; plus tard,oo agrandit encore cet établissement, par d'autres acquisitions faiies à différentes époques. Cette maison fut primitivement consacrée aux œuvres de chanté auxquelles les sœurs étaient consacrées, tandis que le noviciat et le siège principal de la communauté furent maintenus dans la maison de la place Saint- Pierre, comme le prouve un acte du 13 juin 1733; on ne sait à quelle époque les sœurs quittèrent ce dernier local.
Dom de La vey ne 'n'avait pas laissé ses &Ues abandonnées h elles-mêmes; il leur ivait, dès le principe, donné une règle, que Mgr Vallot avait approuvée, mais cette approbation tacite ne portait aucun caractère officiel. Ce fut le 6 février 1696 que le prélat, à la requête du promoteur du diocèse, autorisa et confirma la congrégatiaHj ainsi que les différents établissements fondés à Nevers et ailleurs, comme aussi ceux qui, À Favenir, pourraient être fondés par les Pires de rOrataire.
Malgré les services éminents que les sœurs de la Charité avaient déjà rendus, elles n'avaient pu obtenir l'assentiment de Tautorité civile et jouir d'une existence légale, quand le procureur fiscal du duché, les vovant autorisées parM^r Vallot, fit observer au duc de Nevers qu'il serait important de fixer définitivement cet établissement à Mevers. Le doc ne k)a1ança pas h se rendre k cette demande, et le 1*' décembre 1698, il délivra son brevet, portant qu'il consent et donne pouvoir de fonder cet établissement, pour le soulagement des pauvres et l'éducation de la jeunesse.
M. Tabbé Bolacre lut chargé de continuer l'œuvre qu'il avait commencée, en demandant aux autorités leur consentement pour oiMenir du roi des lettres pjstentes. EKes déclarèreut qu'elles n'entendaient nullement être k charge au public ni aux particuliers, {larce qu'elles avaient l'intention de continuer, comme auparavant, leurs fonctions sans recevoir de rétributions.
DICTIQM2I. DES OrDBES RELIG. IV*
Cet engagement de n'exiger aucune rétribution ne concernait que les écoles des pau* vres et les remèdes fournis aux indigents, car on n'a pas oublié que les sœurs avaient ouvert, dans la maison de la place Saint- Pierre, des classes gratuites et payantes, ainsi qu'un petit pensionnat, vers 1693. Comme nous l'avons dit, elles confondaient dans une même charité les enfants des riches et les enfants des pauvres, sachant mettre l'instruction en rapport avec la position que les unes et les autres étaient destinées à occuper plus tard dans la société. Aussi, à l'égard des enfants pauvres, on a admiré partout leur dévouement et leur abnégation, et d'un autre côté, les connaissances variées de celles d'entre elles au'on destinait aux classes plus relevées, les firent réclamer dans les grands centres de populatioui pour diriger les pensionnats.
L'abbé Bolacre déclara en présence des commissaires, que des personnes charitables avaient acquis pour les sœurs la maison qu'elles habitaient, et que d'autreslui avaient mis en main un fonds de 18,000 livres, tant en terre qu'en rentes, ce qui pouvait suffire pour la subsistance de sept ou huit filles, nécessaires pour les exercices; et au'il leur remettra ces fonds, lorsque leur établissement aura été confirmé par des lettres patentes, sans que les capitaux, ni les intérêts ou revenus, puissent être divertis ni employés à aucun antre usage, et sous quelque prétexte que ce soit.
. Le 8 janvier 1699, la police déclara, dans un procès-verbal dressé à la suite de celte enquête, nue « sous le bon plaisir du roi et de monseigneur, on y donne son consentement, comme k un ouvrage qui n'a pour fin que l'honneur de Dieu, et pour motii qu'une charité désintéressée; k condition, néanmoins, que dans ledit établissement Tautorîté des charges des offices de la police sera conservée, et qu'il ne sera fait aucun préjudice aux droits d'icelle. » (Parmentier, Archives de Nevers,)
Pendant au'on travaillait k les faire reconnaître légalement, les sœurs examinaient avec soin les constitutions, qui déjà leur serraient de règle de conduite ; mais ce ne fut que deux ans après qu'elles signèrent l'engagement formel de s'y conformer en tout.
Cependant la congrégation avait déjà un certain nombre d'étahlissements dans le diocèse, et même hors du diocèse; les pieux fondateurs comprirent que pour maintenir partout le même esprit, et conserver l'unité de direction, il serait important de confier cette congrégation k un ordre de prêtres réguliers. l?abbé Bolacre, supérieur du séminaire de l'Oratoire, avait pu apprécier la vertu et les talents des Pères de cette maison, et déjk il leur avait confié la direction spirituelle des communautés de Nevers. Nous avons vu dans l'ordonnance de Mgr Vallol que ce sont ces Pères qui ont fondé les pre-
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miers établissements, comme ce sont eux qui ont été chargés de mettre la dernière main aux constitutions des sœurs. Leur zèle et leur dévouement pour cette congrégation furent tels, que les sœurs se réunirent è M. ]*abl)é Bolacre, pour les supplier d'accepter la supériorité générale de la congrégation« et de s'occuper en même temps de leurs intérêts temporels, tant qu'elles ne seraient pas établies légalement dans le royaume, par lettres patentes du roi. Mgr Vallot donna son consentement et les Pères acceptèrent la proposition qui leur était feite.
Par le compromis passé avec ces Pères, M. l'abbé Bolacre assurait l'avenir de la congrégation; voulant, en outre, prévenir tout sujet de division entre les maisons de Nevers et de Saint-Saulge, il s'entendit avec dom de Laveyne, et, en 1701, ils signèrent l'un et l'autre un acte, qu'ils firent signer aussi par les sœurs des deux localités et qui fixait les rapports qui devaient exister entre ces deux maisons et leurs supérieurs.
Les deux fondateurs voyaient avec bonheur leur œuvre prospérer ; mais il manouait à celte œuvre le sceau de la perpétuité, le iiqnum eut contradicelur de I Evangile. En effet, il entre daus les desseins de la Providence que tout ce qui doit avoir une vie durable porte ce caractère, et, jusque-là, la congrégation des sœurs de la Charité se développait, sans rencontrer la moindre éoreu- ▼e. Les deux fondateurs semblaient n avoir qu'un même esprit et qu'une même pensée; la ferveur et le dévouement régnaient dans leur pieuse famille; les sœurs étaient vénérées des pauvres et des riches; elles avaient inspiré tant de confiance qu'on leur avait confié ta direction de l'hdpital général de Nevers. Elles possédaient déjà plusieurs maisons dans le diocèse, et même au loin, telles que celles de Tulle, de Carcassonne, etc. Le duc de Nevers les honorait de sa protection; les officiers du duc avaient proclamé hautement leur charité et leur dévouement, ainsi que leur habileté; Tévéque de Nevers les environnait de soins tout paternels. Que pouvaient-elles désirer de plus? Ce que sans doute elles ne désiraient pas. Dieu le leur ménageait, comme un gage de sa bonté : la contradiction. Il iaut que la branche de la vigne soit tourmentée , avant d'apporter des fruits abondants.
L'esprit ombrageux et traoassicr du xviii* siècle commençait à se manifester ; il s'effarouchait en voyant de pauvres filles travailler à l'instruction des enfants et au soulagement des malades. Malg;ré^ leurs instances, elles ne purent obtenir ni les secours qu'elles avaient demandés, ni Tautorisation et les lettres patentes qu'elles.sollicitaient. Les échevins s opposaient à l'autorisation de leur établissement sous le prétexte aue la ville renfermait trop de couvents et d*égli« ses*
Les apothicaires de la ville réclamèrent,
parce qu'on donnait la préférence aui remèdes préparés par les sœurs et exigeaient que sous peine d'une amende de fcOO fr. on leur défendit de composer, vendre ou débiter des remèdes composés.
Tout en leur refusant une existence légale, on voulait les soumettre aux droits demainmorte, et elles eurent longtemps à lutter contre le fisc.
Cependant les sœurs ne se laissèrent pas décourager: si d'un côté Tesprii philosophique cherchait à arrêter le développement de leur congrégation^ de Vautre nos évèques s'établirent leurs protecteurs et leurs pères, et profitèrent de toutes les circonstances pour leur prodiguer les témoignages de leur affectueux dévouement. En 1716, Edouard Bargedé, confirma la communauté de Sainte SauTge, comme son prédécesseur avait fait pour celle de Nevers. Le 8 décembre, il Touiut aller lui-même visiter le berceau de la congrégation, et en dédier la modeste chapelle à l'immaculée Conception de la très-sainte Vierge.
Par un acte authentique, la ville de Saint • Saulge avait confié, en 171<^, son hOpital aui sœurs; Decize leur avait donné, en 1710, la même marque de confiance. L'humble famille de dom de Laveyne s'aogmentait insensiblement, et avant sa mort, qui arriva le S Juin 1719, il eut la consolation de voir ses filles répandues sur différents points de la France. Quant à l'abbé Bolacre, on ignore l'époque précise de son décès, mais ou sait qu il conserva jusqu'à ses derniers momeoU une tendre affection pour cette congrégation, à laquelle il avait voué toute son existence; il ne voulut pas avoir d'autres héritiers que ses chères filles de la charité, qu*il étal>lit par son testament ses légataires universelles. Sa mort dut ôtre postérieure à celle de dom de Laveyne, à en juger d*après un reçu, donné le 13 avril 1721, par un sieur Berger du Bouchât, curé de Cigogne, pour un legs délivré è cette église (>ar los sœurs de la charité, comme légataires uni* verselles de M. Bolacre.
En 1725, la congrégation comptait déjà soixante-dix établissements, répandus sur différents points de la France, que la Mèru Marcfaangy avait fondés et visités, il y avait quarante ans que cette vénérable Mère remplissait les fonctions de supérieure générale. Quand elle fut frappée d'une attaque d'apoplexie, qui la força de déposer le far* deau qu'elle avait porté avec tant de courage; cependant elle put encore, comme a$^is• tante, aider de ses conseiLs et de son expérience la Mère Charlotte Moreau, qui lui succéda. Elle mourut le 30 décembre 1729.
La congrégation demeura iusau'en 1780 sans pouvuir obtenir du roi les lettres (>a« tentes qu'on avait si souvent réclamées. Ce fut Mgr Tinseau qui obtint ces lettres, te 15 septembre 1780 ; elles furent enregistrées au parlement le 29 décembre suivant.
Ce vénérable prélat, comme ses prédéces-
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!(enr!:, portail nux sœnrs de 1â charité un jntérôl tout paterne); son admirable testament en est une preuve : « Je voudrais, » y est «il dit, « faire quelque chose de considérable pour la maison de la charité des sœurs de Nevers, que j^estiroe très-importante. Je lécherai de le iaire de mon vivant. Si la mort me sorprend avant que je puisse exécuter mon dessein, je leur lègue l,S00fr., que mon exécuteur leur fera payer, suivant qu*il sera instruit de mes volontés* »
Les dernières phrases du testament sont encore pour les sœurs; c*e$t la dernière pensée d*un père, qui, avant de fermer les veux à la lumière, jette encore un regard fie tendresse sur ses enfants, les bénit, les recommande à un ami dévoué, et meurt en paix. « le le prie en particulier ( son successeur ) de protéger et de soutenir rétablissement des sœurs de Nevers, ayant reconnu par une longue expérience, qu'il est eitrèmement utile h la piété chrétienne , à réiiucation et au soulagement des pauvres. Les soins qu'il donnera à cette affaire, quoique pénibles, ne seront pas sans consolation. >
En 1789, la congrégation comptait déjà plus de cent vingt établissements sur différents points de la France; son revenu était de 1^,000 livres, tant en biens-fonds qu'en rentes sur le clergé. La modeste mai>* son de la rue de la Parcbeminerie devenait tout à fait insuffisante, et la Mère de Molèue avait acheté deux maisons voisines, dans l'intention de reconstruire sur un plan uniforme et plus approprié aux besoins de la communauté. C était Mgr de S^^guiran qui avait conçu ce projet, et qui devait fournir les moyens de le réaliser. Il donna, en effet, les fonds nécessaires pour payer les deux mais^ons dont nous avons parlé. Comme son prédécesseur, il était tout dévoué è la congrégation, et souvent il prodigua aux sœurs les témoignages de ce dévouement.
« Cest parce que nous sommes les servantes des membres infirmes et souffrants de Jésus-Christ, écrivait à ses sœurs la Mère (le Molène, que nous lui étions si chères, et qu*il ne craignait pas de nous appeler ses filles de prédilection. Il était vraiment notre protecteur déclaré, notre ami le plus sincère et le plus effectif, ce respectable prélat, parce qu'il était celui de tous les malheureux... Quelques heures avant de rendre Je dernier soupir, il ramène ses forces pour dicter un testament, où il nous appelle encore en partage de ce qu'il laisse» pour parfaire ces établissements ébauchés. »
{Circulaire de de la Mère Pélagie de Moline^ 10 novembre 1789. Archives de la eongré^ gaiion.)
Les projets de reconstruction, ajournes par la mort de HgrdeSéguiran, furent aban«* donnés forcément, quand le torrent révolutionnaire renversa et entraîna dans son cours tous les établissements religieux. On
put se convaincre que la philanthropie ne veut pas considérer la charité comme sa 5œur; en cela elle a raison : elles n*ont pas eu le même bercead, elles n'ont pas été nourries du même lait.
En 1Ï91, les filles dedom de Laveyne et d^e Tabbé Bolacre furent obligées de se séparer; il ne resta k la communauté que la Mère de Molène, sœur Adélaïde de Moîène, sa sœur qui était assistante, sœur Claire koumier, qui fut maîtresse des novices, sœurDorolhée Marrouch, économe^deux jeunesprofesses de la dernière profession, sœur Château et sœur Aubusson. Avant la fin de la roémeannée, ces saintes filles furent brutale-» ment arrachées de leurchère maison » etcôn« duites en prison. Li, comme les autrescap-* tifs, elles attendaient tous les jours la mort.
Outre les sœurs dont notjs venons de parler» les registres des prisons contiennent encore le nom de deux autres, sœur Sophie Marty et sœur Pélagie Jalinque; et pourquoi ne racoQterions-nous pas ici l'histoire de leur chute passagère et de Icttr héroïque repentir.
Personne n'ignore que parmi les prêtres
2 ni ont prêté le serment , a cette déplorable poque, un grand nombre ont agi avec bonne foi, sans comprendriB toutes les conséquent» ces de cette démarche, dont on avait cherché à dissimuler toute la perfidie; il ne faut pas s'étonner que de pauvres filles^qui n^avaient pas les mêmes lumières, se soient laissé
9agner; peut-être même, chez elles, le motif éterminant était la charité ; elles devaient y en effet, soupirer après le moment où il leur serait donné de revenir auprès de leurs chers enfants, ou de prodiguer aux pauvres malades leur charitable dévouement. Sœur Dorothée Marrouch, sœur Sophie Marty et sœur Pélagie Jalinque demandèrent à être élargies, disant qu'elles étaient dans l'intention de prêter le serment exigé par la loi« En effet, elles sortirent de prisent et prêtée rent le serment; mais, malgré la pureté pré** sumée de leurs intentions, cette démarche eût été une tache pour celte congrégation i Dieu ne le permit pas. Le regard puissant de celui quif en un instanli avait changé le cœur de Pierre apostat , avait pénétré jus-* qu'au fond de l'Ame de ces pauvres filles , et les avait éclairées d'une lumière sou^ daine. Elles comprirent l'acte schismatique auquel elles avaient donné leur consentement, et aussitôt, s'armant d'un généreux courage, elles s'empressèrent de réparer leur faute d'une manière éclatante, et poussèrent leur repentir jusqu'à l'hérolstne. Non contentes de désavouer leur démarche et de rétracter leur serment, elles allèrent d'elles-* mêmes se reconstituer prisonnières, et re-* joindre leurs chères compagnes.
L'acte dressé par t'offieier municipal, constatant ce fait, nous a para assez curieut pour être inséré ici :
« Cejourd'huI , lï frimaire de l'an lî dtf la réputriique française, une et indivisïbir^
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nioit Réné-André Bigot, ofiicicr municipat de Ne vers, faisant Ta visite des prisons, Léonard Simonol m'a déclaré que Sophie Marly , Dorothée Marrouch et Pélagie Jalinque, ci-ilevanl sœurs de la Marmite de cette ville, étaient rentrées sans ordre, après leur élargissement es prisons, et, les ayant ftiit paraître devant moi , et interrogées de leur présence es prisons, elles m'ont répondu qu'elles avaient été élargies pour prêter le serment exigé par la loi , ce qu'elles avaient effectué; mais que, se repentant, elles l'avaient rétracté; pourquoi les ai mises sous la garde dudit Simonot, pour être jugées révolutionnairement suivant les lois en pareil cas; même envisageant que le fanatisme est en pareil cas dangereux , enjoins audit Simonot de les tenir séparées des autres individus, sous sa responsabilité. Signé BieoT, Simonot. »
Quel délicieux instant pour toutes les sœurs que ce retour I Si celles qui étaient demeurées fidèles avaient eu un moment le cœur brisé, par cette cruelle séparation, comme elles durent se réjouir de la généreuse résolution de leurs compagnes, qui devaient tout réparer en leur faisant affronter le martyre.
Ce fut dans ces circonstances qu'on put admirer les soins généreux et compatissants d'une des domestiques des sœurs; longtemps son nom sera prononcé avec reconnaissance dans la congrégation, et les annales de l'institut perpétueront le souvenir du charitable dévouement de Fanchon. Ayant suque les sœurs n'avaient pas dans la prison la quantité de nourriture qui leur était nécessaire, elle allait visiter tous les jours les personnes qui pouvaient leur porter quelque intérêt, cherchait h exciter leur commisération, puis revenait trouver ses bonnes maltresses avec le produit de ses quêtes. Elle alla jusqu'à vendre ses meubles, et même ses habits, pour empêcher les sœurs kle souffrir de la raim. Inutile de dire qu'après ces jours de triste mémoire , les sœurs, rentrées dans la communauté, n'oublièrent pas leur mère nourricière: la bonne Fanchon passa le reste de ses jours dans la maison, traitée à l'égal des membres delà congrégation.
Cependant, les hôpitaux que les sœurs desservaient furent livrés à des infirmiers salariés. « Alors, »dit M. de Sainte-Marie, c les malheureux apprirent à connaître la différence des soins que donne un mercenaire qui doit gagner ses gages et ceux que prodigue la charité chrétienne, qui veut gagner le ciel ; et les soupes économiques ne firent pas oublier aux pauvres celles des saurs de la Marmite. »
L'emprisonnement des sœurs faillit occasionner une émeute, car les pauvres et les malades n'étaient plus visités ; les mariniers de Nevers, dont tout le mondo connaît la droiture et la franchise, se mirentè la tête du mouvement; suivis d'une multitude de pau-
vres, ils allèrent trouver le représentant du peuple, pour réclamer leurs mires: il fallut céder; on procéda à l'élargissement des sœurs, qui alors rentrèrent dans la communauté.
Au moment où Torage avait éclaté, elles avaient déposé chez plusieurs de leurs voisins leurs meubles, leur linge, et les objets précieux qu'elles possédaient; mais quand elles réclamèrent ce dép6t, elles s'aperçurent qu'elles avaieniaffaireAdesgens sans conscience, et elles se trouvèrent' dans le dénûment le plus complet. Il leur fallut se mettre è travailler pour vivre, et, Dieu bénissant leur travail, elles purent encore partager leur pain avec les pauvres.
Rappelées et chassées plusieurs fois dans lo cours delà révolution, leur dévouHment fut toujours sans bornes, leur douceur toujours inaltérable ; elles se consacrèrent avec le même zèle à de pénibles fonctions, toutes les fois qu'on daigna leur permettre de les exercer.
Dieu préparait une nouvelle épreuve k cette congrégation en lui enlevant sa supérieure générale, la vénérable Mère de Molène. Le 27 août 1797 , elle alla recevoir la récompense de ses vertus; elle était ftgée de soixante-huit ans. Les circonstances ne permettaient pas de procéder à une élection ; les sœurs demeurèrent jusqu'en 1801 sans supérieure générale.
Des jours plus heureux commençaient à luire sur la France, elles sœurs purent rentrer définitivement dans leur chère communauté; mais comme la première entrevue dut être triste ni La mort en avait moissonné un grand nombre; beaucoup d'autres, accablées d*infirmilés, réclamaient des secours, bien loin d'être en état d'en porter; les revenus étaient perdus; il ne restait que la maison de Nevers et un petit domaine de 600 livres de rente; enfin, la congrégation se trouvait au même point que du temps de Laveyne et de Bolacre.
Les sœurs prièrent la Mère de Honméjs, ui déjà avait été supérieure avant la Hère e Molène, de se mettre k la tête de la congrégation. Elle y consentit et remplit les fonctions de supérieure générale, depuis 1801 iusc^u'en 1807, sans qu'on eût procédé aux élections.
Un décret impérial du 19 janvier 1811, en reconnaissant la congrégation des sœurs ue Nevers, lui donna une existence légale.
Le Souverain Pontife, par un décret en date du 26 août 1852, a loué^ recommandé et approuvé l'institut des Sœurs de la charité et instruction chrétienne de Nevers.
Le 10 juin 1853, Mgr Dufêtre, évêque de Nevers, a béni solonnellement la première pierre de l'église et des bâtiments de Saint- Gildard, qui forment maintenant la maison mère de la congrégation.
Le 15 juillet 1856, la bénédiction de cei
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(lAUmenis a été faite par Mgr I^archeréque de Sens, assisté de presque tout le clergé diocésain, au milieu d*une afBuence immense de fidèles. Le lendemAîn , l'église a été consacrée et dédiée au Sacré-Cœur de Je* sus.
Les S<Burs de la charité ont eu, depuis leur fondation, quinze supérieures générales.
Elles font vœu de pauvreté, de chasteté, d*obéi5sance et de charité.
Le vœu de pauvreté ne leur interdît pas iH Qu-propriété de leurs biens, mais il leur défend d'en user pour elles, ou d'en disposer pour les autres, sans permission.
Elles font leurs vœux è Tévéque de Ne- ▼ers, leur premier supérieur, et à la supérieure générale, pour le temps seulement de leur permanence dans la congrégation. Elles sont libres de se retirer, si Dieu leur fait connaître qu'elles n'étaient point appelées à ce saint état. Cette liberté, loin d'ébranler la vocation des sœurs, semble Taffer» Djir, et elle donne à leurs vœux le caractère d*un renouvellement, pour ainsi dire» perpétuel.
La congrégation ne peut jamais thésauriser, ni réaliser aucun bénéfice dans ses établissements, si ce n'est en faveur des pauvres, et des œuvres de charité, auxquels elle est dévouée.
Ses règles ont la sanction de près de deux siècles. Jamais les évoques de Nevers n'ont éprouvé la besoin de les n^odifier en aucun |K)iat.
Trente-deux évêçiues de France avaient sollicité du Souverain Pontife l'approbation définitive de cette congrégation. (1)
CHARLES (CoNGRÉeATioN des bbUgibcses DB SA1MT-), Maiion Mire à Nancy (Meurthe).
Les moyens qu'emploie la Providence ne sont nullement en proportion avec les résultats qu'elle veut obtenir; ainsi, dit saint Paul, il choisit la faiblesse pour confondre la force, et même ce qui n'est pas pour détruire ce qui est; tandis que les hommes, avec des ressources imnienses et de prodigieux efforts, échouent souvent dans leurs entreprises. Dieu au contraire, semble se jouer des obstacles les plus insurmontables et fait sortir des causes les plus minimes des effets merveilleux. L'établissement de la congrégation de Saint-Charles en est une des mille preuves.
Au commencement du xiv* siècle, vivait h Nancy un jeune avocat au parlement de Metz, nommé Kuimanuel Chauvenet : il était Je modèle accompli d'une charité sans bornes. Formé à l'école de la religion, prévenu d*abondantes bénédictions du ciel, pénétré d'un vif amour pour Dieu et pour le prochain, il avait reçu en partage Tintelligeiice des besoins du pauvre. Uniquement iitoccupé de ce grand objet, il était tout à
(t) Vty. k la fin du vol., n*" 5G.
ftit étranger aux folles joies, aux amusements frivoles pour lesquels on se passionne ordinairement à cet âge. Né de parents nobles, pourvu des biens de la fortune, il eût été accueilli avec empressement dans le monde. Son père, Emmanuel Chauvenet, seigneur de Xoudailles, heureux de posséder un tel fils, le voyait avec admiration voué à la pratique de toutes les vertus et spécialement au culte de la souffrance. 11 avait établi dans la maison paternelle une petite pharmacie où se préparaient les médicament pour les malades. Il les leur portait lui-même; il leur fournissait du bouillon et les autres aliments dont ils avaient besoin; il allait jusqu'à panser leurs plaies. Les pauvres étaient sa famille adoptiye. Son tendre amour pour eux se révéla surtout dans son testament; car, d'après ses dispositions, tous ses biens, s'il avait survécu à son père, devaient être appliqués au soulagement des indigents; il les constituait ses^ héritiers.
Nancy ne suffisait pas à l'activité de son zèle. En 1651, une maladie contagieuse faisait à Toul des ravages; il y vole pour prodiguer ses soins emjTessés à ceux qui en sont atteints; c'est là qu'il contracta la maladie régnante à laquelle il succomba. Il fut martyr de la charité et sa mort fut précieuse devant Dieu, comme celle des saints. 11 mourut avec le regret d'être sitôt arrêté dans la carrière des bonnes œuvres et de ne pouvoir continuer à soulager le sort des malheureux. Il ne se doutait pas que son exemple allait jeter les fondements d'une congrégation de religieuses qui se consacreraient au soulagement de toutes les misères hu* raaines et porteraient au loin les ressources, inépuisables de leur charité. Ce fut à l'occasion de ses travaux, et du sacrifice héroïque de sa vie que surgit la pensée d'un institut de ce genre.
Son digne père, envisageant en chrétien cette perte si douloureuse pour son cœur,, voulut réaliser les dernières volontés de son fils. 11 donna à sa fortune cette destination sacrée, et sa sage prévoyance lui indiqua les mesures propres à perpétuer le bienfait. Des veuves distinguées, de jeunes personnes vertueuses s'offrirent à lui pour continuer l'œuvre commencée; il agréa leurs services avHC reconnaissance, et fonda, sous l'invocation de Jésus, Marie, Joseph, cette institution charitable par contrat du 18 juin 1G52. Demoiselle Barne Thouvenin, veuve de feu noble Nicolas Perrin, avocat à Nancy est désignée dans cet acte sous la dénomination de directrice de rétablissement. Il légua en conséquence la totalité de ses biens et sa maison située au centre de l'hôpital actuel. Dans l'espace de dix ans, le nombre de ces héroïnes chrétiennes s'accrut; elles témoignèrent le désir de se donner entièrement à ' Dieu par l'émission des vœux de religion et Mgr r^vêque de Toul favorisa des dispositions si généreuses : le contrat de fondation fut renouvelé par le ministère deFian-
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Îiois Chambre, tabellion, le 23 novembre 662. Et celle mdme année la supérieure fit profession.
Ce fut le grain de séne?é; il se développa rapidement et devint un grand arbre dont les rameaux se soni étendus non-seulement en France, mais en Prusse, en Belgique et en Pohème.
Tel fut le résultat de la foi sincère, de la piété fervente, de l'infatigable charité d'un jeune homme docile aux salutaires impressions de la grflce. Depuis deux siècles la bourse des bienfaits qu'il a ouverte coule sans cesse pour ceux sur qui pèse le double
J»oids de lindigence et de la maladie; de aibles filles suffisent à cette lAche accablante aux yeux de la nature, parce que le Seigneur est avec elles, leur communiquant son esprit et les revêtant de la force d'en haut. Pour devenir les servantes des paufres,elles se foulpauvres elles-mêmes, Elles renoncent à tout engagement dans le monde. pans ces Jours d'egoïsme, oîk la cbafité est si refroidie, leur bonheur est de repueillir l'orphelin pour lui tenir lieu de inère. de soigner la vieillesse indigente, de se dévouer au service des misérables qui 3ont privés de raison, de donner du pain à ceux qui ont faim, de yisiler les malades, de veiller à lepr chevet^ d'appliquer les reinèdes è loqtes les blessures, et de mourir même, s'il le faut, dans l'ei^ercice de cette charité. La voix de Dieu continue d'appeler des légions de vierjjes chrétiennes pour recueillir la riche moisson des bonnes œuvres, EartOMt où le cri do la souffraqce les invite se rendre; la foi qui leur indique Jésus- Christ dans la personne des pauvres, soutient et centuple leur courage.
La congrégation porte le nom de saint Charles, parce qu'il y eut dans le vaste em-
{)lacement qu'occupe la communauté, une bndatiOQ faite, en 1626, par Charles IV, en faveur d*enfanis pauvres. Ils y étaient em-
I)loyés dans une manufacture de cuivre.
Merre de StainviUe,9rand do;^en de l'église Krimatiale, avait fait l'acquisitiqn de ces ttiments dans l'inlention de venir en aide aux malheureux, et le duc s'en servit pour l'exécution de ses projets en ordonnant que cette maison fût |)our toujours la maison de Charles Borromée; c'est probablement h cette occasion, que les religieuses furent appelées sœurs de SaintCharles. Saint Charles, parson immense charité, pouvait, è juste titre, être choisi par les sœurs pour patron, et elles le vénèrent comme tel. Il a été leur protecteur auprès de Dieu et tous les jours, elles invoquent son nom avec confiance et amour.
La communauté de Saint-Charles grandissait, le nombre des sujets qui se présentaient pour se consacrer au soulagement des malades, devenait plus considérable; on s*y exerçait à la vie religieuse. Mgr André de ^auzay, évè(|ue et comte de Toul, avait déjà donné son apiToUation à rin$tiiut
naissant. La première supérieure qui prononça les vœux fut demoiselle Anne Royer, veuve de Nicolas Virion, conseiller d'Etat de son altesse le duc de Lorraine et lieutenant général du comte de Yaudémont. CeUe profession se fit en 1663, entre les mains de messire Etienne Bon de Haselt, prévôt de l'insigne collégiale de Saint^Georges de Nancy, premier supérieur ecclésiastique, sous rautorité de Mgr. l'évèque de Toul.
Par lettres patentes du 13 mai 1663, Char* les IV, duc de Lorraine, approuva et autorisa cet établissement. H lui confirma et oc*» troya toutes grâces, faveurs, libertés, exemp< lions et privilèges, qu*il est d'usage de donner, concéder, octroyer aux maisons de fondation locale. Il permet aux dites filles d'accepter,de recevoir dons et legs qui pouraient être faits à leur maison et même d'acquérir sans qu'à l'avenir il fût besoin d'obtenir d'autres lettres de lui et de ses successeurs. Ces lettres patentes furent enregistrées nar la cour de Lorraine le SS juin 1663. Le 21 mai de la même année, Mgr André de Sauzay permit aux sœurs de Saint*» Charles de conserver la sainte Bucliaristie à condition qu'elles garderaient la forme de vie et observeraient la règle que saint Fran-
Îfois de Sales avait données à ses premières nies qui, A cette époque, ne gardaient pas encore la clôture,
En 1679, fut élue pour supérieure la trèschère Mère Barbe Godefroy. Si elle s'acquitta des devoirs de sa charge avec zèle, elle dut passer par de dures épreuves, soit pour se défendre contre les injustices, soit pour établir le bon ordre dans la congrégation; elle sut lutter avec force et avec persévérance, ce qui lui permit de triompher de tous les Qbslacles, Elle donna en mourant à la congrégation des marques de sa générosité, et emporta les regrets de ses sœurs et des pauvres dont elle s'était montrée la véritable mère. Elle avait été puissamment aidée dans son administration par le révérend P. Epiphane Louis, docteur en théologie, abbé d'Etival et vicaire génétal des Prémontrés. On doit lui attribuer les règles et institutions qu'il fit approuver ; il établit l'ordre et donna des règles pour la nourriture, le vestiaire, et pour l'administration des biens. La Mère Catherine Plaisant, qui succéda h la Mère Barbe Godefroy, en 168^, servit les malades avec beaucoup de zèle et d*afl'eclioQ et eut pour les sœurs la tendresse d'une mèn'. Aussi Dieu bénit-il ses travaux et sa sollicitude en se servant d'elle pour étendre la congrégation.
En 1702,elle établit l'hôpital Saint-Julien; en 1707, l'hôpital civil et militaire de Saini- Jacques de Lunéville; en 1708, celui de Saint-François à Saint-Nloolas-de-Port ; la même année celui de Mirecourt, en 1709 celui de Saint-Dié, en 1710 celui de Couimercy, ainsi que des classes et des se^ou^^ à domicile; en 1712, l'hôpital de Saînt-Mihiel. Elle mourut dans la maison do Saint t'.harlt-^ le 2V mai 17iV, à Tâgc de 65 an?, apr^s
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avoir exercé la charge de supérieure pendaut fingt-six ans.
A dater de celte année les supérieures furent nommées régulièrement tous les trois ans d'après les règlements des é?êques de TouK
La Mère Barthélémy Barbe, qui était assistante de la Mère Godefroi fut choisie pour lui succéder; elle fut une des gloires de la congrégation de Saint-Charles. Elle avait fait sa profession à l*Age de vingt-deux ans; après avoir donné des preuve» d'une, solide vocation. On lui confia les offices les plus importants, dont elle s'acquitta avec tant de sagesse et de prudence qu*on aurait voulu qu'elle eût pu les remplir tous à la fois. Pendant plus de quinze ans qu'elle fut mattresse des novices, elle forma des sujets distingués qui, toutes honorèrent la congrégation et lut rendirent les plus grands services. Elle fut élevée plusieurs fois au généralat et, à la pressante sollicitation de ses sœurs, elle conserva cette dignité de 1726 k 1735; mais elle pria instamment les sœurs de ne plus penser à elle pour la charge de supérieure; elle vécut encore vingt ans dans la pratique de toutes les vertus. Son amour pour Dieu était si ardent, çu'il lui faisait tout entreprendre pour sa gloire, et elle ne désirait rien tant que de souffrir pour l'objet aimé; elle exposa sou vent sa vie enseignant les malades qui faisaient fuir les plus mâles courages. Sa charité pour le prochain était si généreuse et si étendue, qu'elle aimait non-seulement tout le monde« mais en particulier tous les pauvres, ceux-mèmes dont elle avait reçu les plus mauvais traitements.
Son humilité était telle qu'elle se croyait la plus misérable pécheresse qui fût sur la terre et qu'elle se regardait comme indigne d'occuper une place parmi les servantes des pauvres. Sa douceur et son humilité étaient sans égales ; elles lui attiraient tous les iXBurs. Régulière dans les moindres observances, elle ne manquait à aucune des pratiques de la rè^le : un esprit pénétrant, un caractère toujours égal, une prudence consommée, des manières gracieuses et prévenantes, un discernementjuste et solide, la faisaient craindre, aimer et respecter tout à la fois. C'est par ces précieuses qualités et en particulier par la bonté de son cœur, qu*elle s'était attiré toute la confiance de ses sœurs, l'estime des riches, le respect des pauvres et l'amitié des grands;ellese fit plus admirer que jamais quand elle fut supérieure de la congrégation ; elle fit éclater alors sa sagesse et sà prudence dans le gouvernement de sa congrégation.
Elle mourut à l'ftge de (quatre-vingt-treize ans» après avoir passé soixante-douze ans dans la congréi$ation. Elle avait formé nombre d'établissements pendant sa vie.
Dans l'espace de vingt-cinq ans la congrégation deSaint-Cbarles avait ajouté vin^ttroîs hôpitaux è ceux qu'elle servait déjà. La Mère Françoise Chrestien ajouta sept nouvelles fondation^ de 1748 à 1761 et elle
occupa alternativement avecsasœur la chart^e de supérieure pendant vingt-quatre ans; les cinquante-sept années Qu'elle passa dans la congrégation furent si bien remplies qu'on ne la vit jamais oublier, négliger un seul de ses devoirs; elle ne se relAcha jamais de sa première ferveur. Choisie pour supérieure générale, elle ne fit que donner è son zèle plus d'activité ; elle s'appliqua surtout à procurer la prospérité de la congrégation, à maintenir la discipline, h conserver Tordre et la paix dans les diverses maisons. Sa pénétration et son discernement lui faisaient connaître les talents divers et les qualités de ses sœurs pour les appliquer chacune à l'emploi qui lui convenait; sa charité savait prendre toutes les formes. Elle avait une grande facilité pour prendre un parti môme dans les affaires les plus délicates; sa prudence à les bien conduire égalait sa fermeté; sa patience et son courage pendant une louKue maladie ajoutèrent encore plus d'éclat a toutes ses vertus et prouvèrent qu'elles avaient jeté de profondes racines dans son cœur. Elle manifesta le plus amer regret des âiutes qui avaient pu lui échapper pendant sa vie; elle craignait sans cesse d'être à charge aux sœurs qui la servaient avec tant do zèle; elle veillait continuellement sur elle pour retenir les mouvements de la nature qui se soulevait contre la durée et la violence du mal.
La Mère Jeanne Henry lui succéda et mourut en 1770; elle était entrée è Faint- Charles à seize ans et fit sa profession è dixhuit ans. Sa ferveur ne se démentit jamais; sa vocation, fondée sur une vertu solide et à l'épreuve de l'inconstance, ne fut sujette à aucun retour. Quoique jeune encore, sa prudence suppléa à l'expérience dans plusieurs charges qu'on lui confia; elle sut mêler la douceur è la fermeté dans le gouvernement des diverses maisons; elle remplit pendant vingt-trois ans la place de procureuse, où elle donna des preuves constantes de son tact dans la connaissance desaf* faires; mais elle évita tous les écueils auxquels expose cette place; le recueillement ne souffrit jamais de la multiplicité de ses occupations et de ses fréquents rapports ayec les personnes du dehors. Sa piété ne perdit rien de sa ferveur. Elle sut se prémunir contre un autre péril de son emploi : bien loin d'y chercher des soulagements contre la fatigue, ennemie de toute délicatesse et de toute indulgence pour son corps, elle lui disputait jusqu'au nécessaire : rien de plus pauvre que ses habits, rien de plus frugal que ses repas ; quand on lui faisait quelques observations sur ces imprudents excès, elle répondait à ce reproche qu'elle vivrait assez longtemps pourvu qu'elle fournit assez bien sa carrière, que la vie présente ne méritait pas qu'on cberchAl si fort h la prolonger III
Sa dignité de supérieure fut un sujet de frayeur pour elle, ce qui la rendit d'autant plus propre è supporterce fardeau qu'elle
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9*en jugeait moins eafiable. On admira son iliscernoiitent è choisir les sujets gui de* valent agir sous sa directiou, h examiner les vocations des prétendantes, sa prudence à pi-oportionner le;^ conseils suivant les dis* positions et le carooière des sujets, sa 5a« gesse à concilier les esprits les plus oppo-* ses, h inspirer de la conGanee ^ celles <Tui étaient découragées, à ramener à leurs de» voirs Galles qui s*eti ét«ii^itt écartées, sa fermeté è ne pascéderdans tout ce c]ui est contraire au bon ordre et h la justice t sa prévoyance, qui lui Cuisait prévenir je qui pouvait nuire à la congrégation, et sa patience qui le soutint dans les événements fâcheux oue sa prudence n'avait pu prévoir ni empécner et que sa résignation lui fit supporter. Son courage lui 3t supporter des douleurs des plus aigu£s pendant vingt ans. La patience fut presque le seul remède dont elle fit usage dans la maladie. Un supérieur de la maison, qui avait succédé à M. de Venc^e, auteur de la Bible qui porte ce nom, avait puissamment contribué & la prospérité de la congrégation de Saint-Charles; il fut
Kour elle un de ces anges conducteurs que ieu envoie dans sa miséricordij; pendant vingt-neuf ans qu'il la dirigea, il s'appliqua avec le plus grand zèle à 1 avancement spirituel des sœurs. Entre autres bonnes couvres dont il lut Tauteur, il fit bAtir cinq écoles dans chacune desquelles ou élevait quatrevingts petites filles, à qui Ton apprenait è lire, h écrire et è travailler jusqu'à leur première communion. Ce digne supérieur fut Charles-François Tervenus, docteur en théologie, vicaire général du diocèse de Nancy, membre de la société des sciences et belleslettres. Il se voua h cette congrégation et ne recula devant aucune fatigue et aucun sacrifice pour augmenter le bien qu'elle faisait. Sa mort fut des plus édifiantes, il fit un discours si touchant et si enflammé de l'amour de Dieu, en présence du chapitre, de sa famille et des sœurs, que tous, fondant en larmes, s'écriaient : ce n'est pas un homme, mats un ange qui nous parle : il s'écriait de temps en temps : « Mon cœur nage dans la joie d'aller se réunir à son Dieu (Psal.cxxh t.) Que vos tabernacles sont aimables. (Psai. Lxxini, 2.) Je suis prêt, Seigneur, je suis prôt(P«af. lvi, 8.) 0ht l'heureux jour que celui de ma mort ; il sera plus heureux que celui de ma naissance, y — Une personne lui aj^ant répondu: «Oui, Monsieur, pour celui qui a vécu comme vous. — Ce n'est pas cela, » répondit-il, M c'est que le jour de ma naissance, j'ai commencé d'être pécheur, et que, le jour de ma mort, je ne léserai plus. Je n'offenserai plus le bon Dieu, quel bonheur 1 « Un prètrede Jésus-Christ,» disait-il encore, «doit faire ses délices de la croix du Sauveur; oui, autant de douleurs que je ressens, autant de traits de sa miséricorde. » Ses adieux et ses dernières recommandations aux sœurs de Saint-Charles furent des plus touchants. 11 mourut en 1770.
La vénérable Mère Marie*Aune Jacque-
mart succéda à la Mère Jeanne Henry en 1770. Pendant les vingt et un ans qu'elle vécut elle futréélue plusieurs fois. Très-jeuno encore elle se distinguait par son zèle et par la solidité de son esprit et sa grande charité envers les pauvres ;elle obtint un grand succès par les soins qu'elle donna aux écoles qu'on lui confia; nommée maîtresse des novices, elle s'acquitta de cette imiK.rtanie ibnctiunavecuntalent remarquable. Tout son mérite se développa quand elle fut assistante et surtout quand elle fut nommée supérieure générale; elle remplit les devoirs de cette charge pour le bonheur et la gloire de la congrégation; par son zèle, par ses bonnes qualités et par ses vertus elle ne fut jamais au-dessous de sa place.
Comme les supérieures qui l'avaient précédée, la vénérable Mère Marie-Anne Jacquemart servit d'instrument & la Providence pour sept fondations d*hâpitaux, maisons de charité, de secours à domicile, d'écoles gra* iuites, d'ouvroirs.
La digne Mère Clotilde Viard fut élue supérieure en renyf)lacement de la Mère Jacquemart. On ne pouvait se lasser d'admirer dans les premières années au^elle était dans la maison de Saint-Charles sa piété si vive, sa modestie si parfaite, sa soumission entière, son inaltérable douceur; dès les premières années de sa profession ellefut un des ornements les plus brillants da la congrégation. Sa sagesse et ses vertus, la firent placer sur le cnandelier comme une lumière qui devait éclairer la congrégation tout entière. Ce fut un bonheur et une grAce insigne de la Providence pour la con« grégation qui touchait aux mauvais jours; que réJeciion de la sœur Clotilde au gênéralal. Elle se livra d'abord sans relâche aux travaux pénibles de sa platée; elle^ entrqmt des vo)'ages; visita une foule d'établissements 'pour ranimer partout l'esprit re« ligieux de ses liiles, quand tout à coup sonna Theure fatale de la puissance des té* nèbres.
La France avait bu à la coupede l'impiété; ivre, elle chancelait sur les bords de l'abinie; les incrédules s'étaient ligués contre Dieu et contre son Christ: ils veulent secouer lo joug de l'Eglise et briser les liens oui les attachent à elle. Toute autorité devient odieuse; aussi bientôt le trône est renversé, le vertueux monarque et sa famille périssent sur l'écbafaud ; les autels sont abattus, les églises détruites ou profanées; les prètrc^i sont obligés de choisir entre l'apostasie, les supplices ou la mort. La mesure des crimes est comble; la justice divine éclate» rien no reste debout, on ne rencontre plus que des amas de ruines. Les servantes des piiuvres, les mères des malheureux, celles qui veillent au chevet du moribond, les mains cbari* tables qui remuent sa touche, ne trouvèrent pas grâce devant ces farouches persécuteurs. Ils procédèrent è l'arrestation de toutes les religieuses qui ne voulurent («as prêter un serment sacrilège. La Mère Viard
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DRS OÏIDRES REUGIEUX.
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donna h loates ses sœurs Texemple édiBant d'une fermeté inébranlable, d'un courage à répreuve; elle résista à tontes les sollicita* lions.
Cent trente-deui évoques sur cent trentesix» dont se composait Tépiscôpat Je notre patne, la masse des prêtres et desreligieux« qui périssaient sur les» échafauds ou qui partaient pour Texil, tant d*héroïnes chré« tiennes arrachées de leurs cloîtres et qui préféraient la mort à Tapostasie, tel était le iiMgnifique spectacle offert par l'Eglise de France. La digne Mère Viard fut (>rise, arrachée des bras de ses filles, conduite à Strasbourg et jetée dans une prison où elle resta seize mois sans autre consolation que celle qu'elle puisa dans sa piété et sa résignation aux volontés du ciel.
Après cette douloureuse séparation de seize mois, on vint lui annoncer son retour à Nancy. Rien ne peut égaler la joie qu*elle . ressentit. Elle allait retrouver ses chères fiU les les consoler^ les confirmer dans leurs résolutions généreuses detoutsouffrir plutôt aue de se rendre coupables par la prestation d un serment contraire à leur conscieuca* Mais hélas 1 la voiture qui la portait ayant versé» elle fut écrasée dans sa chute.
Les so9urs de Nancy restées fidèles araient dû dé|X>ser i'hat>it religieut dont la vue s<>ule irritait l'impiété révolutionnaire. Elles a étaient d'abord réunies sous la direction de la Mère Corrdier, assistante ; mais elles furent bientôt eu arrestation et écrouées dans la maison des dames Dominicaines, que l'orage de la persécution avait ;iu5si chassées Recette paisible retraite. Les sœurs de Baint-Cbarles avec d'autres rendaient grAces à Dieu d'avoir ét^ jugées dignes de souffrir quelque chose pour U gloire de son nom.
Hors la ville épiscopale la plupart des scaurs de Saint-Charles étaient comme des brebis dispersées. Chassées d'uu grand nombre de leurs établissements par l'aveuglement inconcevable de farouches persécuteurs» qui avaient juré haine à tout ce qui était juste et saint, les unes avaient retrouvé une place au foyer de leurs familles, les autres s'employaient utilement à Texercice de la charité parmi les populations où elles avaient été jetées. On en avait aussi rapfielé dans différentes maisons d*où elles étaient sorties par violence. Les maladies rendaient indispensables leurs soins charitables, que les méchants eux-mêmes appréciaient assez pour être convaincus qu'ils ne les remplaceraient pas avec avantage par des mercenaires que guide ordinairement Tamour de l'argent. Ce sont les secours qu'elles prodiguaient à la souffrancequi leur firent trou ver f race devant ces hommes impitoyables, car irréligion put-elle jamais produite une sœur de charité?
Le sang des martyrs, la prière ardente des Ames d'élite, restées inébranlables, avaient fléchi la justice divine. Après avoir
brisé si violemment les liens qui l'avaient attai;hée à l'unité catholique pendant quatorze siècles, la France les vit se renouer; c'étaient partout des cris de joie. De toutes parts les religieuses de Saint-Charles dispersées se réunirent autour de sœur Marie Augustine Cordier, qui avait remplacé la supérieure générale pendant son absence.
Douée d'une grande vertu, elle avait été chargée, jeune encore, de l'emploi difficile et important de maîtresse des novices, sous le gouvernement des deux dernières supérieures. Elle donna des preuves sans nombre de sa sagesse, de sa piété, de sa lojauté, de la solidité de son jugement pendant les trente années qu*elle conserva cette place. Elle avait été aussi nommée assistante; elle fut élue supérieure générale en 180^. Quel fardeau en ce moment I 11 n'y avait partout que di» ruines. 11 fallait songer h relever tant d*établissements abandonnés. De toutes parts arrivaient des suppliques pour réclamer la restauration de l'asile des pauvres, de ces hospices ruinés où l'on ne voyait plus que des décombres. Ce fut le jour de Sainte*Marie-Madeleine que les sœurs reprirent l'habit religieux. M. Brun, vicaire général de Nancy, présida cette imposante cérémonie ; après cette rénovation les bonnes sœurs envoyées, comme autrefois ies a\)à* très, allèrent reprendre les postes diiférents que leur assignait l'obéissance.
Jamais on n'éprouva de sensation plus délicieuse qu'à cette époque: c'était le calme après la tempête, la paix avec toutes ses douceurs après la guerre, l'ordro après l'anarchie. La ferveur était plus vive; on se livrait aux bonnes œuvres avec plus d'ardeor et de zèle.
La Mère Cnrdier fonda six élablisscmonts ; elle mourut le 20 du mois de juin 1815. à Tige de soixante-dix-neuf ans; elle en avait
Gssé soixante et douze dans la conurégalion. Mère Augustine Henry fut élue snpérieurè générale le 8 août 1815. Elle était entrée dans la congrégation en 1788. Douée d'une capacité rare, elle remplit les fondions d'assistante pendant cinq ans sous la direction de la Mère Cordier, qu'elle aida puissamment dans les circonstances critiques où Ton se trouvait alors. Elle traitait avec succès les affaires les plus difficiles; elle mourut l'année suivante à la suited'une maladie pendant laquelle elle édiSa ses filles par une patience invincible, une résignation parfaite et un entier abandon h la volonté de Dieu. Sœur Célesline Bercer lui succéda. C'iHait une de ces âmes privilégiées auxquelles le ciel semble se plaire à prodiguer tous ses dons. Elle était très-éclairée dans les voies intérieures et elle était constamment unie à Dieu par la foi la pins vive; la méditation des vérités saintes occupait une partie de ses journées et alors les hauteurs M la plus sublime contemplation n'avaient rien |)Our elle de trop relevé; mais elle en descendait, brûlant du feu de la plus vive charité pour servir tes pauvres et soulager les malades.
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Elle voyait Jésus-Christ dans les lambeaux de la nnsère, dans les angoisses de la douleur. Elle mourut en 1829 après avoir passé cinquante-deux ans en religion.
Le J2 juillet 182!^ fut élue la Mère Emilie Marteau et réélue en 1825; elle était entrée dans la congrégation à Tâge de viiiÇt ans, Tan ITTT. Elle l'ut victime de sa chanté» en
Erodiguanl ses soins aux cholériaues. Comien aautres sœurs payèrent de leur vie le dévouement admirable qu'elles montrèrent à cette époque. Ce fléau de Dieu, qui se promenait sur toute la terre, passant d'Asie en Europe, s'était abattu sur la France. Il y fondit comme un vautour sur sa proie. Prêtres et religieuses déployèrent partout un zèle magnanime. Les sœurs de Saint-Charles se rappelèrent alors Tardeur infatigable de leur glorieux patron, dans la pe3tede Milan pendant laquelle cent quatre-vingt-deux
Î)rètres ou relig^ieux périrent victimes de eur zèle. Le terrible fléau, après avoir désolé tant de régions étrangères, parcourait alors nos contrées, portant partout ses ravages, la terreur et la mort. La Mère Emilie ne fut
f>as surprise; elle s'y attendait comme toutes es flmes saintes; toute sa vie n'avait été qu'une longue préparation à la mort. Elle avait vécu pendant cinquante-deux ans au milieu des malades et des mourants, au soulagement desquels elle avait consacré ses forces, sa santé et sa vie. Elle termina une ▼ie sainte par une mort orécieuse aui yeux du Seigneur.
Sœur Placide Bellanger fut nommée supérieure (générale en 1828; elle montra dans l'administration des affaires, une sagesse, un tact, une habileté rares, preuves d'un esprit supérieur, auxquelles elle joignit la patience, la douceur, la bonté, qui sont les marques d'un excellent cœur. Elle mourut à soixante-dix-neuf ans,après soixante ans de vocation sans regret pour les choses du temps, sansinquiétude pour celles de l'éternité. Elle ne quitta la terre qu'après avoir usé, comme un vêtement solide, au contact de toutes les misères, une longue et robuste existence.
Etant encore jeune fille, toute sa ville na« taie admirait sa piété et son amour pour les uauvres; la charité fut la respiration de son âme; elle la fit vivre quatre-vingts ans; les actes de bienfaisance et de dévouement remplissaient tous les instants dont se composa $à longue carrière; elle passa enfin le temps orageux de la tourmente révolutionnaire; sou coura^^e en brava les fureurs ; elle poussa la charité jusqu'à l'héroïsme.
Un jour, une bande de mibérablos deman« dant en hurlant, à la porte de ThApital, qu'on leur en livrât la supérieure, sœur Placide, la plus jeune d'entre ses compagnes, se présente, et d'un accent où vibrait la puissance de la vertu, elle s'écrie : On n'entre pasl Mais ces barbares ont honte de reculer devant une femme, devant une religieuse, qui Q*a qu'une croix pour se défendre; ils entrent donc dans !a maison des pauvres; alors voyant le danger que courait sa supérieure»
l'intrépide jeune sœur se jette entre elle et ses meurtriers ; le sabre était levé, il s'abat sur la bouche de l'admirable Placide ; son sang jaillit, les dents se brisent, mais n'importe, elle a désarmé ces lâches et sa supérieure est sauvée. Par un reste do pitié, ces tigres à face humaine avaient conservé les sœurs hospitalières pour soigner des maux qu'ils étaient bien capables dfe faire naître, et qu'ils étaient impuissants à guérir; mais ils ne voulurent pas que ces saintes filles portassent ailleurs des secours; c'est pourquoi ils les retinrent prisonnières pendant treize mois dans leur propre demeure. Mais que la charité est ingénieusel Comme elle se rit des diflicultés, comme elle franchit les obstacles qu'on lui oppose 1 11 y avait sous l'hÂpital même des conduits souterrains, voies infectes où le crime, méditant d'infâ* mes projets, pouvait seul s'engager, et par où la charité plus audacieuse que le crime, passait pour aller exécuter ses généreux desseins. Après avoir soigné les malades de son hospice, le jour, la nuit surtout, sœur Placide, sous des habits de servante de riches à la place de ceux des servantes des pauvres, prenait ce chemin ténébreux, et s'en allait dans les rues de la ville à ta re* cherche des malheureux et des malades.
Bien souvent elle fut surprise dans ces pieuses excursions; mais Dieu qui veillait sur elle, la préserva de tomber entre les mains des méchants. Une fois cependant elle faillit devenir victime de sa charité; les mandataires de Satan avaient apposé de leurs satellites pour se saisir de sa personne au moment où elle sortirait de son antre. La sœur parait; ils se précipitent sur elle, mais elle leur échappe; ils crient : Vive la république! Elle leur réi)ond en s'eufuyant : Vive Dieul
Alors sa tête fut mise à prix; elle*îut menacée d'être pendue à l'arbre de la liberté: mais elle, ^'attachant h l'arbre de la croix, elle priait son divin Mettre de lui donner le courage de mourir pour lui, ou celui de vivre pour les pauvres, selon qu'il plairait h sa sainte volonté. Puis, comme Viunour egi fort comme la mort {Cant, viii, 6), elle continuait ses innocents stratagèmes pour secourir les malades et les aiUigés, tandis que l'iniquité poursuivait se.s noirs complots contre la vertu. C'est ainsi qu'elle traversa les mauvais jours. Sans cesse surveillée, le glaive suspendu sur sa tête, elle tint ferme et l'orage passa sans l'emporter.
Voici un trait des ressources de son esprit : La cupidité révolutionnaire s'était emparée de presque tous les biens Je son hospice; il restait è peine de quoi faire vivre les pauvres un jour; il restait 23 fr. : Quid hœc inter tantos. (Joan. vi, 9.) La sœur Placide charge son cou d*une besace, prend un bâton è la main, s'en va de village en village, de porte en porte, mendier pour les pauvres Je Jésus-Cnrist, et chacun lui donnait, touché de tant de misères et d un si beau dévouement.
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En 1807» elle fut nommée supérieure de l'Dôpilal de Saint-Dié; elle veillait sur la* maison entière; elle fut la providence de tant d'infortunés ; elle préparait elle-même les médicaments ; son amour pour les mem- • bres souffrants de Jésus-Christ lui fit donner le nom de Mère des pauvres. Les bons montagnards pensaient qu'une vertu secrète râidait dans des remèdes qu'elle préparait avec habileté et talent. Un jour que les ruisseaux qui descendent des montagnes dont la ville de Saint-Dié est couronnée, s'étaient changés en torrents désastreux, et que les eanx se roulant avec furie et envanissant rhôpital, les flots arrivaient jusqu'aux malades, Tintrépide supérieure, suivie ^de ses compagnes, s'élance vers les lits de ses pauvres, en cbar&e sur seis épaules, ses sœurs font comme elle, et en un instant la charité a triomphé de l'inondation.
En 1813, une maladie contagieuse, engendrée dans le sang des batailles, dans la misère des camps, vint en France, après nos victoires, avec les hordes d'étrangers. Les provinces de Test en furent le plus cruellement ravagées. L'hôpital de Saint-Dié contenait, dans son étroit espace, plus de 400 malades. Pour comble de malheur, toutes les sœurs hospitalières en furent atteintes, excepté deux, dont l'une était sœur Placide. Elle avait tenu tète aux bourreaux, la mort avait appris à la respecter: Restée seule avec sa compagne, elle ne se laisse point abattre; elle se multiplie le jour, la nuit, elle combat le fléau corps à corps; elle est partout, auprès de ses sœurs malades et de tant d'hommes, de femmes, d'enfants qui en- ^mbrent les salles, prodiguant à tous des consolations, des soins et des remèdes.
Quand lasœur Placide fut appelée de Saint- Dié à Nancy, ou dut tenir son départ secret; elle dut aller prendre la voiture à deux lieues de là; elle fût économe pendant onze années, puis assistante de la supérieure générale; trois fois elle fut réélue d'une voix unanime. La Mère Placide établit plusieurs hôpitaux ainsi que des classes et des ouvroirs.
Sa nièce, Hyacinthe Merdier, fut la dixhuitième supérieure; elle avait été élue pour la première fois en 183&; pour la deuxième, en ISi^l; pour la troisième, le 2 septembre iSkk. Elle était née le 25 février 1782; elle avait prononcé ses vœux en 1806; elle fut que de ces femmes fortes que la Providence choisit pour placer sur le chandelier; elle passa quarante ans dans sa profession et dans la pratique de toutes les vertus. Sa vie fut une série non interrompue d'actions nobles et généreuses. Elle était entrée dans la congrégation de Saint-Charles en 1803. Pendant son noviciat, elle fut chargée de l'instruction des enfants ^ Remiremont. On ne savait ce qu'il fallait admirer le plus de celte foi si vive, si éclairée, et de ce dévouement si absolu dans une novice si jeune. Parmi les nombreuses élèves qui venaient s'instruire près de la sœur H^aciplhej il y avait
de jeunes personnes de son âge; les unes n'avaient pas fait leur première communion, d'autres n'avaient pas été baptisées. C'est alors que cet esprit de charité parut dans elle et opéra des merveilles. Ce qui prouve le succès qu'elle obtint, c'est que trentedeux ans après, passant à Remiremont, pour faire ses visites de supérieure générale, ses anciennes élèves vinrent la remercier des principes qu'elles avaient regues et qui les avaient rendues heureuses; elles lui promettaient de les transmettre à leurs eniants qu'elles venaient lui présenter
Ce fut surtout en 1813 que son zèle et sa charité allèrent jusqu'à l'héroïsme. A celte époque, les aigles de l'empire, ramenées des bords sanglants du Dnieper et de la Vistule, se replièrent vers la terre natale. Après cette mémorable retraite qui avait déjà décimé notre armée, apparut un horrible fléau jusqu'alors inconnu dans nos contrées, et qui vint frapper nos soldats, que les boulets étrangers avaient respectés et qui tombaient sans gloire, comme rrappés par la foudre , sur les places et dans les rues, sous les coups du typhus. Les malades et les mourants étaient entassés dans les ambniances ; la maladie faisait d'horribles ravages, tous les cœurs en étaient glacés. La conduite des sœurs de Saint-Charles fut une gloire de cette époque. QuaranteMleux d'entre elles, dévouées, intrépides, sollicitèrent la faveur d'aller soigner leurs frères mourants, heureuses de devenir martyres de la charité. Parmi elles, sœur Hyacinthe fut toujours au premier rans. Comme le jour ne suni.'^ait pas, elle passait la nuit à prodiguer ses soins et des consolations aux malades. Sans craindre la contagion ni l'odeur infecte que répandaient les cadavres, comme ses compagnes, elle ensevelissait ceux mêmes qui avaient été atteints le plus violemment de cette maladie; elle en rut atteinte elle-même.
Nommée maltresse des novices, pendant vingt ans, elle y pratiqua les vertus qui, chez d'autres, sont le fruit d'une longue expérience, et qui étaient comme innées cnez elle. Avec un discernement et une prudence rares, elle se fit toute à toutes. En 1832, parut un autre fléau, qui semblait devoir sévir d'une manière aussi terrible que le tyf)hus. Le choléra, vautour affamé de sang humain, s'était jeté sur la France; fermant son cœur à toutes les préoccupations humaines, elle répéta tout ce qu'elle avait fait lors du typhus ; elle ne fut pas arrêtée en voyant des victimes tomber, mourir à ses côtés; elle ne cessa de secourir que quand la mort eut cessé de frapper. Dans ses fono* tiens d'assistante,, elle répandit partout et toujours les trésors de sa piété et de sa charité. Placée à la tète de sa conarégation, elle sut agir avec autant de fermeté que de prudence; toujours calme» toujours égale, par sa sage administration elle sut augmenter l'éclat de l'ordre qu'elle dirigeait. KHe se distinguait par un jugement solide; sa mort fut une grande perte pour sa famille, pout
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ses dignes compagnes dont elle était vraiment la mère, pour les pauvres, les infirmes dont elle fut toujours la protectrice; moment heureui pour elle, qui entrait en possession de son éternité.
La Mère Hyacinthe avait envoyé en Bohème, en 1837, deux jeunes religieuses de .ce royaume qui étaient venues à Saint-Charles pour se préparer h se consacrer, dans leur patrie, au soulagement des malheureux. On leur donna, pour les diriger, une sœur de l'hospice de Trêves, et ces trois héroïnes chrétiennes allèrent former un établissement à Prague. Depuis cette époque, Dieu, touché de leur dévouement et de leur zèle ardent pour la perfection, a répandu sur elles d*abonaantes bénédictions. Déjà elles possèaent huit établissements dans ces contrées; quoiqu'elles ne dépandent pas de la maison mère de Nancy, elles restent étroitement unies par les liens du cœur. La Mère Hyacinthe avait fondé un hôpital à Toogres, en Belgique, et plusieurs maisons de charité. C'est au zèle intelligent et charitable 6es évèques de Tout que le pieux institut df* Saiut-Pierre et de Saint-Charles dut son existence et son développement. Depuis Mgr de Sausai, qui, le premier, approuva cet établissement, ses successeurs, qui le confirmèrent, ajoutèrent quelques règles à leurs constitutions, et leur portèrent tous une atfection toute paternelle.
Une bulle du Pape Pie VI, du 19 mars 1777, confirmée par lettres patentes de Louis XVI, en mai 1778, ayant érigé le siège épiscopal de Nanc^, la congrégation fut placée sous la juridiction des évoques de cette ville. Le premier fut Mgr de Lalour-Dupin Montauban ; le deuxième évoque de Nancy fut M^r François de Fontanges; le troisième, Henri de la Fare, mort cardinal archevêque de Sens. Lors du rétablissement du culte catholique Mgr d'Osmond fut nommé évoque de Nancy. Tous manifestèrent pour la congrégation le plus vif intérêt et l'honorèrent d'une estime particulière. En 1824, Mgr de Forbin Janson fut nommé pour succéder à Mftr d'Osmond, mort le 27 septembre 1823.
Mgr de Forbin avait passé sa jeunesse dans la pratique d'une piété tendre. Le vif désir de prouver la gloire de Dieu lui fit renoncer à tous les avantages humains qu'il pouvait se promettre dans la position nonorable (|u*il occupait au milieu du monde. La noblesse de son extraction, l'immensité de sa fortune, une éducation brillante, les espérances les plus flatteuses dans un avenir qui souriait devant lui, eussent été pour bien d'autres des chaînes qui les auraient retenus; il sacrifia tout pour se consacrer au Seigneur.
Admis à 1 honneur du sacerdoce depuis )»cu d'années, il médita les moyens de réveiller dans les cœurs la foi presque éteinte, après les orages violents qui avaient amoncelé tant de ruines. Il concerta avec Mgr Uauzan les mesures les plus propres h produire cet heureux résultat, et les missions
de France furent établies. Pendant quinze ans, des prêtres intrépides, parmi lesquels se trouvaient des hommes d'un talent supérieur et d'une éloquence remarquable, annoncèrent la parole de Dieu dans la plupart des villes du royaume, et ce ministère apostolique produisit un bien immense, et une multitude innombrable d'Ames, qui se sont sauvées, se seraient infailliblement perdues sans cette ressource précieuse que la Providence leur avait ménagée dans son infinie miséricorde. Depuis 1830, la société des missions de France s'est transformée; les missionnaires, liés par des engagements religieux, sont connus sous le nom de PP. de la miséricorde; ils ont leur principale maison à Paris, et il existe en France plusieurs maisons qui en dépendent. Mgr de Nancy donna toujours à la congrégation de Saint- Charles des marques particulières de son attachement. Il se félicitait toujours d'avoir dans son diocèse deux congrégations nombreuses, dont le but répondait si bien aux deux ol)jets de sa charité.
De dignes prêtres ne montrèrent pas un zèle moins vil pour Tavancement spirituel des membres de la congrégation et pour donner plus de développement à cette œuvre, entre autres M. César Leduc, prêtre de la congrégation de Saint- Sébastien » qui exerça pendant trente-quatre ans l'emploi de directeur spirituel ; M. de Mahuet de Lupurut, doyen de l'église cathédrale, vicaire général, abbé commanditaire de la Challade, qui occupa celte place pendant vingt et un ans. Il s'intéressa vivement & la prospérité de ses étatili.ssements nombreux; pendant toute sa vie il donna des preuvesde sonamour pour les pauvres et il employa pour les soulager la majeure partie d'une fortune considérabic; il s'efforçait de soulager toutes les soulfrances.
11 voulait surtout que les sœurs se rendissent dignes de leur vocation; qu'elles se pénétrassent de plus en plus de l'esprit do leur saint état, qu'elles se montrai^seut constamment les ferventes épouses de Jésus- Christ et les humbles servantes des |)auvrcs. il s'efforça constamment de maintenir dans la congrégation l'esprit primitii- des fondateurs, et lorsqu'on lui rendait un con>olaiit témoignage de différentes sœurs dont la vertu brillait d'un plus vif éclat, la joie qu'il é|>n)uvait se peignait sur tous ses traits
Un prêtre de ce caractère, et dont la Toi était SI vive, ne pouvait, dans les jours d'épreuve, balancer un moment sur le parti à prendre : aussi il fut alors ce qu'on devait se promettre de sa piété et de son attachement inviolable aux principes catholiques; il refusa le serment. Condamné è la prison, ses persécuteurs prirent à tâche de le punir de sa constance généreuse et il eut beaucoup è souffrir. Ses gardiens lui refusaient tout soulagement; aussi contracta-t-il en priNOii de graves infirmités. Devenu sourd et mê.> o aveugle dans les dernières années de sa \ic et no pouvant ulus donner ses soin^ à la cou-
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grégation, il a*on conservait pas moins une affection tendre et fraternelle pour toutes les sœurs; elles étaient, disait-if, sa gloire et sa couronne. Mgrd*Osraond voulut faire luimême les obsèques d*un ecclésiastique encore plus distingué par ses vertus sacerdotales, son zèle eclairéf sa piété tendre, sa charité sans bornes, gue par les hautes dignités dont il avait été revêtu.
M. Tabbé Chariot, euré de la cathédrale, fat un des prêtres qui rendirent les services les plus signalés h la congrégation de Saint- Charles et qui lui furent le plus affectionnés; sa bonté fut inépuisable, sa charité immense, son zèle sans bornes ; son industrieuse activité lui fit opérer des prodiges.
H. Brion, vicaire général de Nancy, fut supérieur de la congrégation pendant vin^tsept ans. Ses talents distingués, ses connaissances profondes lui avaient mérité le titre honoraire de docteur de la faculté de théologie en Sorbonne. Il était encore è Paris, à rénoque du massacre des Carmes. II passait près du lieu de cette scène d*horreur, il entendait des cris d'une joie féroce, des hurlements affreui joints au bruit des armes et des détonations; ildemanda à unefemmequi balavait tranquillement devant sa maison , quelle était la cause de ce bruit? « Ce n'est rien, » dit-elle, « ce sont des prêtres qu'on assassine. 9 II porta toujours le plus vif intérêt à la congrégation ; il présidait aux retraites adnuelles: il leur prêchait aux cérémonies de profession ; il avait une connaissance profonde des devoirs , des obligations de la vie religieuse et surtout des engagements contractés par les sœurs de Saint-Charles. Il peignait d'une manière si attrayante la pratique de l'humilité, de rol)éissance, de la charité active, qu'on ne pouvait se refuser à Tamour de ces vertus. Il mourut è Nancy le 27 septembre 1831.
M. iabbé Antoine succéda à M. Brion, Mgr de Janson le nomma aussi son vicaire général; seul à l'évêché pendant les journées de juillet, il eut beaucoup à soulTrir des passions ameutées contre le clergé; il déploj^a une activité prodigieuse; il avait un soin tout (larticulier de la congrégation de Saint- Charles.
Algr Meniaud, chanoine et vicaire général honoraire, fut choisi par Mgr de Janson pour lui succéder. On admira h Saint^Charles inépuisable bonté de son caractère, sa sagesse, sa prudence; M^r l'investit ensuite d'une manière plus particulière encore de sa contiance en le désignant pour son coadjuteur, pour le charger du soin de gouverner son diocèse h sa place. Quoique coadjuteur, Mgr Menjaud continua de gouverner encore pendant trois ans la congrégation, dont il confia le soin, en 184i, à Jachère Mère Ludivine Barr, qui fut élue en reuiplacement de la digne Mère Hyacinthe Bel langer. Son zèle, son amour pour la régularité, son affection tendre |)Our ses filles ont couronné les douces espérances qu'on avait mises dans le choix q«i'on fit d'elle pour continuer la
(1) V09. ^ la fln du vol., n<> 37.
mission précieuse qu'accomplit la congrégation de Saint-Charles.
L'hôpital de Saint-Charles de Nancy est la maison mère de la congrégation; elle est gouvernée par un supérieur ecclésiastique, une supérieure générale et son conseil.
Mgr J'évêque en est le supérieur majeur.
ElTe compte en ce moment cent neuf établissements qui sont desservis par environ mille membres.
Les établissements consistent : i*dans des hôpitaux pour les malades des deux sexes et pour les militaires; 2° dans des hospices pour les vieillards des deux sexes; 3° dans des hospices d'orphelins^ 4° dans des dépôts de mendicité; 5" dans des maisons de santé pour les aliénés des deux sexes ; 6" dans des maisons de charité avec école de filles, ouvroirs, visites à domicile.
La mission des sœurs de Saint-Charles Borromée est celle do toutes les sœurs hos-
Eitâlières, dont les membres trouvent leur onheur à sacrifier leur vie tout entière à la gloire de Dieu et au service des pauvres.
Elles ajoutent cependant aux œuvres ordinaires celle de prêter secours aux localités attaquées d'épidémies, lorsqu'elles ne sont pas trop distantes de leurs établissements.
La congrégation de Saint-Charles n'a point de Sœurs converses. Elles font des vœux perpétuels et elles ajoutent aux trois vœux ordinaires celui de charité. Leur règle est celle de Saint-Augustin, adaptée à la congrégation d'hospitalières. (1)
CHARRIOTES ET DE MINUORAL
( ReUGIBUSES HOSPITALIÈBES FRANCISCAINES )a
A Arras {Pas-de-Calais ).
L'hôpital des Charriote.s situé primitivement sur le territoire de Saint-Géry, fut fondé pas Jean A. Charriot et Emelot Huguedicu, sa [femme, bourgeois du pays; il fut notablement augmente par Robert, sire de Minçoral, ce qui lui fit donner le nom de ce gentilhomme.
La plupart des auteurs, qui se sont occupés de cette maison de charité, entre autres Féry de Soire, en fixent l'origine en 1361. Cependant le répertoire de M. le chanoine Théry, au mot Hospitale^ contient la noto suivante : fTospt/a/edesCharriotstn vico abbatiœ urbis AtrebaCensis fundaturanno 1339. C*est la date précise de cette fondation. En efl'et, des lettres de 1339 données le jeudi, après la Nativité de la Vierge, au vicariat général, en l'absence de l'évêque, nous apprennent que Jean A. Charriot , bourgeois d'Arras et Emelot, son épouse, qui avalent fait construire dans la rue de l'Abbaye et doté de leurs biens un hôpital en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie, quod.., pro conferendis pauperibus construi et fieripos^ sint^ se sont adressés à l'autorité spirituelle pour en obtenir la permission d'y élever un ulocher et d'v suspendre une cloche. Les vicaires généraux , voulant encourac^er la charité des fondateurs envers les pauvres^»
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et favoriser dans cet établissement la piété des fidèles, accueillirent favorablement la demande des époox Charriot, sous condition toutefois que le curé et les patrons de ]a paroisse y donneraient leur consentement.
Le lendemaindu jourdes Ames (3 nov.), le chapitre dans le patronage duguel se trouvait compris le nouvel hôpital, prit aussi en considération une supplique analogue que les époux Charriot lui adressèrent « pour le même objet, et leur permit de suspendre , entre deux petites colonnes, une seule cloche de môme poids que celle de THâtel- Dieu de la cité. Mais afin que le service divin ne souffrit pas de cette concession dans les autres paroisses, il fut arrêté entre le chapitre et les fondateurs, qu*on ne sonnerait la cloche, les jours de dimanche et de fête, qu*après la célébration de la Messe {)aroissiale de Saint-Géry.
Le service de l'hdpital de Charriot fut conflé d*abord à des hospitalières, douze femmes veuves, dit Féry de Soire, sous la tutelle et le patronage des échevins.
Après la mort d'Emetot Hu^uedieu, qui survécut à son mari, ses héritiers mirent empêchement audit hôpital et à Tordonnance que les défunts en avaient faite. Il fut convenu entre les échevins et ces mêmes héritiers que ceux-ci rentreraient en possession d*une partie dos rentes et autres biens laissés à cet établissement, d*où il arriva que son existence fut gravement compro* mise.
Robert, sire de Minçoral, Delfolie, chevalier, et Marie de Behancourt, sa femme, voyant avec peine la situation critique de l'hôpitalde Charriot qui était sur le point de se fermer, animés d*un çrand désir de donner de Téclatau service divin, de consoler et de nourrir les pauvres, demandèrent aux échevins la direction et Tadministration de Thôpital. Les échevins, prenant en considération le peu de ressources de Thôpital, souscrivirent è cette proposition et n'imposèrent d*autre condition que de faire dire une Messe chaque jour dans la chapelle de l'hôpital. Dans le cours de l'année 1554 , les échevins ayant été autorisés par l'empereur Charles- Quint à vendre et à faire vendre plusieurs hôpitaux, entre autres celui de Saint-Jacques, celui de la Madeleine, qui appartenait aux pauvres de Saint-Aubert et la maison des Trompettes; il fut statué qu'on excepterait de cette vente l'hôpital Saint-Julien, qui serait réuni à l'hôpital général des Gliarriottes. Le prix de la vente de Thôpital de la Madeleine fut appliqué à la fondation de Jean-Charriot sous condition d'y établir autant de lits qu'il v en avait dans Thôpital supprimé. Quant à l'hôpital Saint-Julien, tous ses biens furent réunis, dans la suite, à Thôpital Saint-Jean-en-Lestrée. De ce démembrement , il ne revint à la maison do Charriot que quelques décris qui lui firent donner plus tard le nom d'hôpital Saint-Julion.
L%'9 douze Tcmmes veuves, chargées de
desservir rhônital de Charriot, nes^occupant presque plus du soin des malades, mais consacrant tout leur temps è certains travaux inutiles à la maison , furent congédiées (1556). Onles remplaça par douze religieuses de l'ordre de Saint-François, vulgairement appelée Sœurs grises, que l'on fit venir du Saint-Pol. Dans la suite on ne les nomma plus que par la désignation de dame!i Charriottes , du nom du fondateur et de la fondatrice de la maison.
Le 11 décembre 1557, le magistrat d'une part et les religieuses de l'autre f)assèreni un traité par lequel le nombre des religieuses fut filé à douze, une supérieure et deux converses, et pour ne pas entrer dans le détail infini que nécessite l'achat d*une multitude d objets nécessaires dans un hôpital, les échevins se chargèrent des grosses ré-
(>aration8 et abandonnèrent le reste aux reigieuses.
En 16Sk8, au moyen d*aumônes faites \\Qr une personne pieuse, les sœurs Charriottes achetèrent une maison et un jardin pour y établir un quartier destiné à recevoir les malades de la peste.
Un siècle plus tard, le couvent et l'église desjCharriottes menaçant ruine, le mini>tcre public en demanda la démolition. Elle fut exécutée en partie. Plus tard comme Tbôpital se trouvait situé dans le quartier le plus fréquenté et le plus commerçant, il acquérait une grande valeur par sa position : on le vendit et on acheta Thôtel de Montmorency.
Peu d'années après, en 1775, les religieuses firent bêtir leur chapelle qu'elles placèrent sous l'invocation de saint François d'Assise. Par respect pour la mémoire des anciens fondateurs, elles disposèrent dans le couvent qu'elles faisaient élever un lo4!al sous le nom d'hôpital Saint-Julien, où elles donnèrent l'hosnitalité à six pauvres femmes. Ce reste d hospice leur porta bonheur, et fut, pour la maison, comme une planche de salut dans le grand naufrage de la révolution. Les travaux n'étaient pas encore terminés qu'un incendie réduisit en rendre presque toute la communauté, malgré le zèle des Dominicains, Récollets, Cannes, Capucins, qui accoururent pour éteindre le feu; le couvent et l'église souffrirent beauboup.
Bientôt suivit une catastrophe d'un autre genre: la révolution dispersa les religieuses, leurs biens furent vendus; mais la maison fut conservée, grAce au titre d*bôpit«I Saiut- Julien.
Au concordat, l'autorité ecclésiastique établit dans l'église des Charriottes deux fwiroisses, de Saint-Vaast et de Saint-Charles, mais cet arrangement ne subsista pas.
En 1815, les anciennes religieuses Charriottes, échappées aux violences révolutionnaires, firent des démarches auprès de la municipalité et du gouvernement \H}ur se réunir en communauté; leur demande fut accueillie favorablement le S9 février 1810. Une décij»îon ministérielle les autorisa è