M DE L'ETAT RELIGIEUX
^aoiqoa les supérieurs généraux, les dièles et les chapitres aient toujours été en faveur ae la soumission et de l'orthodoxie» jamais cependant, depuis Tinvasion du Jansénisme dans ce corps respectable, on n*y vit régner unanimement Torthodoxie et la soumission, ni par conséquent la paix. Le chapitre général de l'année 1733, auquel assistait, en qualité de comaiissaire, pour le roi, Mgr de Rastignac, archevêque de Tours, fat, pendant sa tenue, et «près sa clôture, un véritable champ de bataille. Les chapitres triennaux qui suivirent n'eureol guère plus d'efficacité pour ramener et universaliser la saine doctrine dans la congregaliOD» dont l'autorité première et la saine partie demeurèrent néanmoins toujours défenseurs. Plût à Dieu que cette corporatiOD, si édifiante et si utile au siècle précédent, n'eât compté alors que des hommes animés des sentiments dont se faisaient honneur les dom Tbuillier, les dom La Taste, les dom Jamin et autres de l'époque dont j'ai i traiter
A la suite et en conséquence de tant de troubles, les études étaient ralenties dans la congrégation, à un tel point, que le public en devint surpris, et que des zélateurs adressèrent à la Diète, tenue le 20 mai 1756, à Saint-Germain des Prés, un Mémoire énergique pour en demander le rétablissement. Entre les motifs d'engagement ou de reproche que contenait cette pièce motivée, on voyait l'observation attirée sur plus de eenttolumes d'où** vrages d'érudition ecclésiastique, demeurés imparfaits dans la bibliothèque de la célèbre abbaye. On allègue l'exemple des Capucins que tout Paris, dit-on, voit étaler avec gloire U$ dépouilles de Saint-Germain du Prex. En etTet, l'abbé de Villefroi, après avoir échoué chez les Mauristes, trouva, chez les enfants de Saint-Frangois, si fort engagés néanmoins dans les travaux du ministère des Ames, mais réguliers et respectueux envers Rome, « une jeunesse docile à ses vues et des supérieurs zélés pour les seconder. » De là naquit celte école d'hébraïsants dont J'ai parlé ci-dessus. Dans l'état où était la congrégation d6 Saint-Maur, les hommes réfléchis, les Bénédictins eux-mêmes ne purent donc regarder comme une palingénésie ou ardeur pour les sciences, cette sorte d'académie ou bureau littéraire que quelques membres voulurent alors former, non pour ramener dans la maison le règne des lettres, mais pour trouver dans ce spécieux prétexte une occasion de se livrer au monde et au relAcbement.
C'est ici le lieu de parler du véritable sc4indale que donna cette famille dégénérée, dans la personne de .quelques -uns de ses membres (non de tous, grAces à Dieu), et qui fit gémir les gens de bien.
En 17G5, vingt-huit Bénédictins de Saint-Germain aes Prés présentèrent au roi une requête contre leur règle. Ils y demandaient à être débarrassés de leur habit, qui était, selon eux, singulier et avili aux yeux du public; à n'être plus astreints à dire leurs Matines è minuit, à être affranchis de l'obligation de l'abstinence. Le roi leur fit témoigner son tfidîyniiitoii,lepublicgémit;et les supérieurs ainsi que la plus nombreuse partie de la congréga* tion s'élevèrent contre la requête. Cette réprobation presque générale occasionna deia part des vingt-huit unerétraclationentre lesmainsde l'archevêque de Paris, mais ne changea rien à leurs dispositions; ils avaient d'ailleurs été excités, dit-on, à l'éclat qu'ils avaient donné par un homme en place, qui aurait dû être des plus ardents à les en détourner. Le mauvais esprit, le germe des divisions, était semé à dessein dans ces contestations malheureuses par des hommes qui voulaient y trouver un motif pour réduire un corps si longtemps célèbre par la piété et le savoir. Cette influence fut du moins soupçonnée dans le temps ; et d'ailleurs la philosophie n'avait-elle pas trouvé depuis longtemps des victimes et des adorateurs jusque dans les cloîtres? Mais cette philosophie destructive ne leur fut jamais plus nuisible alors que par la fameuse commission qu'elle St créer et qui est connue par la désignation de Commission pour les réguliers, A l'assemblée du clergé de la même année 1765, ce corps vénérable crut devoir fixer son attention sur les besoins spirituels des monastères en France, et, pour initier dès ce moment le le^^eur aux faits que je veux rapporter avec quelques détails (car rien ne fut plus influent alors sur le sort de l'état monastique), il est au moins important que je lui rappelle que cette attention légitime du clergé fut attirée par le fameux Brienne , archevêque de Toulouse , frappé des abus qui s'émient iniroduils dans la plupart des ordres religieux. C'était Brienne qui voulait remédier aux
abu«t L'assemblée prit ses plainies en coosidération, délibéra )• 30 septembre sur soa rapport, et arrêta qu'il fallait incessamment recourir au Pape pour le supplier de nommer iioe commission de cardinaux ou d'évéques «qui, par sou autorité, pussent y rétablir Tordre et la régularité. » (Proeis^verbal de Vai$emblée de 1765, p. hX.) C'était la voie ca- ■ooique. L'assemblée écrivit en même temps au roi pour le prier de faire appuyer, par soa ambassadeur» les déroarcbes auprès du Souverain Pontife, aOn de le disposer k accueillir la demande respectueuse qu'elle se proposait de lui faire. Le roi Louis XV ne répondit que le 9( mai 1706, et dit qu*il approuvait la délibération du clergé dan» iou$ $e$ poinis : mais^ le roi ajoutait que pour rendre plus efficaces les sollicitations du clergé auprès dtt Saint-Siège , il avait, par son arrêt du 88 mai 1766, établi une commission, composée de prélats et de différents membres de son conseil, chargée de lui remettre sous les veux un tableau des désordres introduits dans les Ordres religieux. L'assemblée vit cette commission avec effroi 1 Elle ne se dissimula pas l'esprit qui l'avait conseillée au roi, ni les dispositions hostiles qui dirigeraient les opérations. Elle délibéra de nouveau de s'adresser directement au Pape , comme au $eul moyen qui pût être canoniquerfêeni employé , et fli rédiger «ne lettre en ce sens pour être présentée en instance à Sa Majesté. Sous Louis XIII, sous Louis XIV, on avait eu recours au Pape pour le même objet.
Cinq prélats de rassemblée, j compris Brienne , avaient été choisis par le prince pour composer la commission. Ces commissionnaires envoyèrent-ils au Pape la lettre de leurs confrères, de laquelle ils craignaient l'effet? On a lieu de croire que cette lettre ne fut point envoyée. Quoi qu'il en soit, cette commission royale, qui semblait n'être chargée que d'indiquer les abus, étendit bientôt ses droits jusqu'à réformer elle-même, sans trop s'embarrasser. si elle dépassait les bornes de sa compétence. Elle amena le funeste édit du mois de mars 1768, qui portait, entre autres choses, qu'on ne pourrait recevoir les voMix des religieux avant leur Age de 21 ans, (on avait, à ce qu'on crut, voulu reculer jusqu'à la 25* année) et celui des religieuses avant 18 ans, comme si le concile de Trente ii*avait pas eu assez de sagesse pour admettre les novices plus têt à la profession , disposition devenue règle en France depuis l'ordonnance de Blois. Le nouvel édit portait encore suppression des couveits où il y aurait moins de quinze religieux, et statuait que le même ordre ne pourrait avoir plus d'une maison en chaque ville. En un mot, toutes les dispositions de cet édit annonçaient plutôt le désir de détruire que l'envie de réformer. Les esprits sages et attentifs furent émus. A la réunion quinquennale de 1770, le clergé de la province de Paris, et h sa réunion de 1712, dressa des réclamations k l'assemblée générale, qui se tint la même année, et qui fut présidée par le cardinal de La Roche-Aimon, archevêque de Reims; lise plaint dans cette réclamation de ce que, « depuis l'époque de rétablissemenl de la commission (des réguliers) l'esprit d'indépendance et de révolte» d'irrégularité, d'aversion pour les saintes pratiques de l'état religieux, de goût et d'attachement pour leschoaes du siècle, parait s'être emparé de presque toutes les congrégations des religieux, et même do chaque maison particulière. > La commission avait donc déjà occasionné plus de mal que de bien. L'assemblée générale, par déférence ou trop de complaisance révérencieuse envers son président, membre de la fameuse commission, n*oâa s*occaper sérieusement de cet objet, mais l'un des présidents, parfaitement instruit des vous de l'assemblée, fit part aux ministres des justes inquiétudes qui alarmaient le rlergé, et les ministres promirent de supprimer la commission dans le cours de l'année. Néanmoins, elle subsista longtemps encore. Nouveaux efforts, en 1775, de l'assemblée provinciale de Paris pour éveiller l'attention de l'assemblée générale sur un objet si intéressant pour le bien de l'Eglise. Il ne fut plus possible aux archevêques de Reims et de Toulouse de distraire l'attention de l'assemblée générale sur les plaintes si souvent réitérées de rassemblée provinciale de Paris, mais on fit jouer assez de ressorts pour en reculer l'esamen jusqu'aux dernières séances de celte assemblée générale, qui se vit, par conséquent, loroée de Tefilearer. Le préambule de l'édit de 1768 était spécieux, faisait un éloge de la vie religieuse, et même avouait qu'elle présentait encore chez nous d'excellenlrs modèles
U DE L*ETAT RELIGEUI. *
de Teria dans ua grand nombre de ses membres. Mais qoe le dispositif était i<)in de répondre k ce beau début 1
J*ai dît les trois coups principaux quMI portait contre les novices et les maisons , et même on donnait cette mesure à Tégard des prétendants comme un provisoire de dix ans, qui peut-être aurait été suivi d*une plus rigoureuse mesure. Est-ce qu*un jeune homme attend, à prendre un état, qu'il ait 81 ans? Et même dans le cas d'une constance incertaine, ne prendra-t-il pastoi^ours, en attendant TAge, des occupations qui ne le confirmeront guère dans une vocation, dont le détourneraient déjà beaucoup les tentations extérieures, les conseils des parents, des amis, etc. En 1778, les admissions avaient été partout beaucoup moins nombreuses ; le but des astucieux prélats de la commission était déjà atteint en partie ; l'Age de 21 ans fut donc jugé suffisant et fixé pour toujours. Je ne parle même pas îcî d*une autre disposition hostile, celle qui défend d'admettre dans nos cloîtres des religieux non français, ou des français qui auraient fait profession dans des pays étrangers. Quoi, nos seigneurs, vous, évoques, ne saviez-vous pas, mieux que personne, la latitude que doivent avoir les supérieurs généraux dans la distribution des obédiences! Il serait trop long de discuter ici sur les dispositions de l'édit sur la suite de l'évacuation des monastères supprimés, relativement aux biens et à leur possession. Il eût porté atteinte aux droits de Tépiscopat, auquel on réservait son action canonique sur ce qui concernait rSglise et le cloître, laissant le reste des possessions aux décisions de l'autorité civile, comme si les biens d'un monastère n'étaient pas tous biens ecclésiastiques I Et encore, ensile roi seul que cette commission rend juge de la validité des causes qui amèneront une suppression, sans s'astreindre aux formalités préparatoires exigées par les saints ca«» nous, et conformes d'ailleurs à l'équité naturelle. Les évêques diocésains ne sont pas même consultés 1 Que leur laisse-t-on? L'exécution contrainte et aveugle d'une simple forme dt procédure et d'une forme devenue illusoire dès que Tévacuation des religieux est consommée. L'ordonnance ne se bornait pas à cet empiétement de juridiction, elle se donnait le droit de soumettre aux évèques, dans un temps Gxé, des monastères exempts.
L'esprit qui animait les rédacteurs de l'édit ne fut méconnu par personne, et dans les cloîtres on eut encore plus d'intérêt à l'apprécier. Il jeta le trouble, la méfiance dans les maisons religieuses, où on ne s'était pas mépris sur le terme auquel devait aboutir l'exécution de la nouvelle loi. Ceux qui étaient mécontents de leur état crurent y découvrir une ressource pour en sortir ou secouer le joug de l'obéissance et de la régularité. Ils portèrent des plaintes aux prélats de la commission. Leurs Mémoires furent accueillis; ils furent eux-mêmes protégés. D'autres, témoins du discrédit où tombait la vie religieuse, craignirent pour leur avenir; l'inquiétude amena l'indifférence, le relAchement, le désordre... Les supérieurs ne virent jamais tant de désobéissance è leurs ordres; les inférieurs ne portèrent jamais tant d'appels co*mme d'abus devant les tribunaux séculiersll En un mot, la conunission^ établie en apparence pour réformer, ne tendait qu'à la destruction. Elle avait onlonné les réunions des chapitres monastiques pour que les membres des diverses congrégations y dressassent des statuts nouveaux, mais les prélats de la commission eurent soin de présider eux-mêmes ou de faire présider par des commissaires de leur choix ces diverses assemblées. Il y eut en effet des constitutions nouvelles dans presque tous les corps réguliers. Elles étaient loin d'être d'une rigueur excessive. Plût à Dieu, néanmoins, qu'on eût pu les mettre en pratique! quelques-unes étaient vraiment curieuses I Qu'on voie, par exemple, celles que dressèrent les Ermites de Saiut-Augustin,dansle préambule où l'on déprécie, en quelque sorte, la congrégation réformée qui s'éteint et s'absorbe dans la commune observance. Idême effet chez les Cordeliers. Qu'on relise ce que j'ai dit, è leur article, sur la fusion des réformés avec les conventuels. D'ailleurs, dans plusieurs sociétés, les nouveaux statuts, quoique imprimés et revêtus de toutes les formalités ctvt7e«, demeurèrent à l'état de simple projet, et les anciennes constitutions subsistèrent.
Enfin, la commission avait été établie pour la réforme des ordres religieux. Si tel était
son but, pourquoi» lorsquMl semblait atteint par tous les chapitres réguliers qu'elle 81 tenir et influença, continuait-elle son existence?
Celte existence n'eut jamais une plus fatale influence que pour anéantir celle de plusieur» congrégations qu'elle fit éteindre tout à fait. Je commence par dire ce qui concerne Tordre de Saint-Ru^ chanoines réguliers, dont la maison-mère était à Valence. Ces chanoines, par des motifs peu louables, ayant déjà subi assez le poids de l'atmosphère philosophique dès avant la commission, avaient cherché à s'unir avec les chevaliers de Sainte- Lazare, en embrassant leur ordre et prenant leur habit. Les chevaliers de Saint-Lazare eurent alors une certaine activité à s'ingérer dans la possession des biens ecclésiastiques ; ils avaient fait des offres d'union à l'ordre des chanoines de Saint-Antoine, offres séduisantes, qui furent écoutées, mais qui. grAces à Dieu, n'eurent point d'efiicacité; ils avaient été autorisés par brevet k traiter avec les Célestins. Mais leurs projets avec Tordre de Saint- Ruf eurent bien plus de suite et obtinrent un quasi-succès. Les tentatives et les demandes des chanoines de Saint-Ruf remontent à 1761 et furent longtemps infructueuses. Hais sous le pontificat de Clément XIV, époque fatale aux ordres religieux, leur demande fut écoutée; plus tard une bulle unit eux et leurs biens aux chevaliers militaires de Saint-Lazare> Cette bulle d'union fut môme revêtue de Tautorisation d'exécution par lettres patentes du roi. Mais à Tassemblée générale du clergé, en 1772, des réflexions et des réclamations motivées furent faites sur cette opération; elles furent présentées, et par qui? par Tarcbevéque de Toulouse (Brienne) lui-même 1 L'éclat de celle réclamation contre l'union et Tenvahissement des biens d'église par Tordre de Saint-Lazare, qui fut déclaré inapte à les posséder, eut assez de retentissement et de puissance pour arrêter l'union, qui n'eut point de suite et fut anéantie par un décret subséquent de Rome (a). Penserait-on que la commission, qui venait de blAmer, par l'organe de son membre le plus influent, et cette mesure malheureuse, et l'empressement qu'avaient mis les chanoines de Saint-Ruf à s'affubler du costume de Saint-Lazare, sans que Tunion eût été définitivement effectuée selon les usages ecclésiastiques, croira; t-on que cette commission se soit permis aussitôt après, d'obtenir du Saint-Siège Textinction entière de Saint-Ruf 1 ce qui a eu lieu en effet.
L'extinction a été aussi prononcée contre la congrégation des Bénédictins, qu'on appelait Congrégation des Exempts. Après Tassemblée solennelle qu'elle avait tenue à l'abbaye du Mas d'Azil, conformément k ce qui avait été ordonné k tous les ordres, elle avait cru pouvoir espérer une exception aux rigueurs de Tédit; elle n'obtint de l'arrêt porté par Tin- •fluence de nos prélats qu'une défense de recevoir des sujets, de continuer son existence, et toute la faveur qu'on lui accorda consista dans les pensions assurées à tous ses membres, sur ses propres biens, pensions assurées même à ceux qui se feraient iéculariseTf I)our qu'on n'eût pas appréhension do cette mesure, apparemment.
Le chapitre de TOrdre de Sainte-Croix (fondé dans le pays de Liège), et qui avait quelques maisons en France, se tint le 12 septembre 1769, et Brienne y assista en qualité de commissaire du roi. Le procès-verbal fait foi qu'on y avait exprimé le désir extrême qu'ils (les chanoineê) avaient tous d'être maintenus dans la jouissance paisible de leur état, et dans la liberté d'y vivre jusqu'à la fin de leurs jours, conformément aux saints engagements qu*ils y avaient contractés. Brienne s'était muni de lettres de cachet, qui défendaient de recevoir provisoirement des novices; et après des séances ajournées, des promesses flatteuses, tout ce qu'on accorda k cette société, qui ne contenait pas cinquante membres, fut de laisser mourir les sujets dans leurs maisons; et encore, quelque temps après, ne laissa*t-on pas k la congrégation l'administration de ses revenus.
Un Ordre plus connu et plus répandu que celui de Sainte-Croix de la Bretonnerie , TOrdre des Célestins, n'eut pas un sort plus heureux. Il comptait, en France, dix-neuf maisons. La maison de Paris, jadis habitée par les Carmes, occupée aujourd'hui par une caserne^ qui porte encore le nom des Cétesiinê^ la maison de Paris était comme le chef-lieu
' (a) Il faut modifier en ce sens ce que j'ai ilU à union que yài présentée comme ayani été effcc- Tariicle de VOrdre de Saint'Rnf dans le corps du luée. IHelUmnairg da Otdtu religieux relativement à cette
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des ooQTents da royaume, et là se tenaieni les chapitres triennaux. Les moines Bénédic* tins blancs, à peu près sur le pied des Cisterciens» dans la fiimille de Sainl-Benott, |)ortant le nom de Célestin Y, Pape, qui les avait fondés au xui* siècle, n'étaient plus guère édifiants par leur régularité, et k une pareille époque, qui ne cherchait que des prétextes, ils ne paraissaient guère utiles, mais aussi ils n'avaient donné, en général, aucun scandale criant. Dans cet état, victimes plus que bien d'autres des idées el de l'indifférence qui avaient envahi même les cloîtres , les Gélestins entrèrent dans les vues de la commission, vues qu'il leur avait été facile de saisir. Le P. Camille-Marie Saint-Pierre, priear de Lyon, fit une sorte de mission dans toutes les maisons de Tordre, pour propager parmi ses frères le dégoût de l'état religieux, dont il était lassé, et gagner des partisans par la perspective de pensions et de vie libre. Il vint à Pisiris, où il passa trois mois, d^oisé en ecclésiastique séculier, changeant d'hAtel garni quand Mgr do Beaumûnt, prélat vénérable et afiligé des désastres causés par la commission, pouvait découvrir son gtte et arrêter ses démarches ou sa personne. Le P. Métrac, provincial, sentant bien qu'il était appuyé^ n'osa agir contre lui. Enfin le P. Saint-Pierre eut le crédit de faire changer ie lien du chapitre, qui se tint alors à Limay, près de Mantes, et de s y faire élire pro- %incîal, avec le titre mensonger de supérieur général de la province de France 1 11 faut en être moins surpris, quand on se rappelle que ce chapitre fui présidé par l'évéquede Rhodez, membre de la commission. Ce prélat était M. de Cicé, qui s'y conJuisit avec fourberie, en affectant de ne rechercher qu'à ramener l'institut à la réforme, et excitant les religieux è demander leur dispense personnelle et la dissolution de leur corps en France. Le chapitre, tenu en 1770, décréta les mesures les plus bizarres dans les maisons de l'ordre, et fut néanmois confirmé par un arrêt du conseil du 21 mai 1771, sous l'influence des sieur» commissaires^ qui demandaient aux évêques des diocèses où étaient situés les monastères des Céicstins, des inventaires et renseignements sur le spirituel et les biens desdits monastères, pour, sur l'avis desdits sieurs eommissairesp être ordonné ce qu'il appanien* draU.
La pensée de la commission était si bien arrêtée, que son président (c*élait alors M. de la Roehe-Aymon, car la commission changea de (irésident et même de membres, sans en devenir meilleure,) M. de la Roche-Aymon écrivit à Mgr l'archevêque de Paris, le 18 mai 1771, en lui envoyant l'arrêt et une lettre circulaire aux évêques, qu'on ne voulait pas trop effrayer, des confidences de cette nature : « Je crois devoir vous prévenir, mais vous • seul^ s'il vous plaît, que le roi a cru devoir, sur notre avis^ faire solliciter le Pape pour « dissoudre ladite eongrégationf et remettre toutes les maisons qui pourraient subsisier « sous la juridiction de l'ordinaire. Ce moyen me parait entrer dans vos vues, par rapport 41 è la maison de Paris. J'ai lieu de croire que le Pape ne tardera pas à donner satisfaction « sur cet objet. Vous sentez de quelle importance il est que le secret soit gardé. En atten- « dant, nous prenons le parti de faire nommer au roi des commissaires dans chaque dioc cèse..., qui aillent faire des inventaires de tous les effets mobiliers de chaque maison, « sans quoi vous sentez <]ue ces religieux ne manqueraient pas de les distraire. » Les mesures annoncées dans cette lettre étaient si peu du goût du vénérable archevêque de Paris, qu'il fit tous ses efforts pour ramener les Célestins à de meilleurs sentiments, et tenr envoya, à cet effet, son grand vicaire, M. Lecorgne de Launay ( qui ne réussit point ), et qne, lors de la sortie des Célestins, il excommunia les Cordeliers, installés illégalement dans leur maison. Les gens de bien gémissaient sur le spectacle que les Célestins don* naient. Leur P. général, l'abbé de Murrhon, en Italie, fit des protestations, à Naples, et voulait venir en France agir auprès du roi pour détourner le coup qui fut enfin porté. Je dis, pour être juste, qu'il y eut quelques réclamations de la part d'un petit nombre de moines, fidèles à leurs engagements. Le P. Edmond-Nicolas Cabillet, procureur de la maison d'Amt>ert, protesta vouloir vivre et mourir dans son institut; et le Pape , dans le bref d'extinction, loue ce cher fils^ et commande de loi donner facilité de suivre son attrait. Le P. Grenot, procureur de la maison de Paris, avilit fait, |)our empêcher le naufrage, un bon Mémoire^ au nom du général, abbé de Murrhon, Mémoire auquel était jointe une con-
51 INTRODUCTION l^
sultalion de M. Assenel, avocat. Hélasl J'amorce de 1,500 fr. de pension séduisit presque tous les religieux, qui les préférèrent à la maison de province, où ils pouvaient vivre en commun. Cependant les prélats commissaires sollicitaient vivement à Rouie le bref de dissolution, dont Tarchevéque de Reims avait fait confidence à Tarclievôque de Paris. Le Pa|)e ne crut pas devoir porter d'abord la rigueur si loin. Clément XIV, en 1773, charge les évèques d'essayer le rt^fablissement de Tordre et de la régularité, et engage môme, pour atteindre ce but, à avoir égard aux adoucissements accordés aux religieux par le Sainl-Siége. Hélasl tout ce qu'on fit n'aboutit point à un heureux résultat. Il n'y eut point d'extinction de l'institut, mais des brefs ^uccessifs supprimèrent les différentes maisons. Cette mesure revenait au môme point, et déjh elle était presque inutile, la plupart des Célestins ayant, d'avance, proûté de la liberté de quitter leurs monastères et ds vivre libres sous l'habit séculier.
La commission, en multipliant ses victimes, prouvait de plus en plus ce qu'il y avait do perfide dans ses dispositions. On va facilement s'en convaincre par le peu que je vais dire de ses procédés à l'égard des Grandmontains. Rai)pelons-nous que saint Etienne, fils du vicomte de Thiers, fonda, au milieu du xi* siècle, dans la forêt de Muret, un institut, dont ses disciples, après sa mort, transférèrent le chef-lieu à Grandmont, au diocèse de Limoges. De là Tordre a été appelé l'Ordre de Grandmont, Il fit d'abord de grands progrès, et p.n moins de trente ans, compta soixante monastères. Néanmoins il ne continua point à s'étendre, et dans les derniers temps il était peu répandu, et on peut dire peu connu. Il faisait le bien dans le silence de la solitude h laquelle il était voué, et n'avait point donné de scandale lors des troubles si communs en France dans plusieurs instituts à l'occasion de la bulle Unigenitus, Quoiqu'il fût divisé comme en deux branches, celle des réformés» qui comptait trente-six religieux, et celle de la commune observance, qui en comptait soixante-douze, il ne formait pas deux provinces; tout était gouverné par Tabbé de Grandmont, général de tout Tordre. En conséquence de l'arrêt du conseil, Tordre de Grandmont reçut l'injonction de réunir en chapitre général les supérieurs de Vancienne observance teille. Pourquoi pas les Réformés, puisqu'on voulait la réforme? Le vicaire général des Réformés, par un motif quelconque, était déjà entré dans les vues des commissaires. L'abbé de Grandmont reçut, avec Tarrôt du conseil, une lettre de cachet, qui défendait d'admettre aucun novice à profession, dans Tune et l'autre observance, jusqu'à la tenue du chapitre. M. de Brienne, archevêque de Toulouse, et M. de Cambon, évoque deMirepoix, assistèrent à ce cbajâtre, et déclarèrent aux religieux que l'existence de leur ordre tenait à deux choses, la réforme et la convenlualité. L'abbé général, qui désirait ardemment la conservation de son institut, et dont les vues étaient celles de la plupart de ses religieux, trouva, après réflexion, mo^en de consentir à tout et de continuer l'existence de Gnmdmoni, du moins, et de quelques monastères. Alors nos généreux évoques, qui se montraient polis e^ surtout sincères, dit avec ironie un écrit du temps, voulurent, non la réforme telle qu'on pouvait raisonnablement l'exiger, telle qu'elle était dans sept maisons déjà depuis plus d'un siècle, mais ils demandèrent la règle primitive, observée comme à l'origine de l'institut. Ils promirent aux religieux d'appuyer leurs réclamations auprès du gouvernement.... Et dès le 21 octobre, Tabbé de Grandmont reçut de M. le duc de la Vrillière ordre, au nom du roi, de renvoyer tous les novices, à qui, en tout cas, leur noviciat passé ne pourrait servir, disait-il. Ainsi, les Célestins se refusent à tout; on leur insinue Taltraii de la sécularisation, et on les supprime. Les Grandmontains accordent tout, on les (supprime. Un brevet du 25 mai 1771, basé sur Vinefficacité de tous les moyens quun zèle louable a fait employer^ conformément aux vues de Sa Majesté, par l'abbé général de Grandmont, permet à M, Vévêque de Limoges de poursuivre en cour de Rome la suppression de l'abbaye de Grandmont, et l'union des biens à son siège épiscopal. L'appât était séduisant. Les réclamationsdu R. P. abbé de Grandmont, appuyées par les seigneurs et les curés dii canton, ne purent toucher ou éclairer Tévôque de Limoges, qui était alors M. Louis -Charles d'Argentré. Pendant vingt ans il poursuivit sa proie, au grand mécon-
us DE L*eTAT RELIGIEUX. U
teoteioeot d*une partie de ses diocésains ; et enfin , en 1789 1 il rit Tordre éteint et les tNens, destinas par les bienfaiteurs à soutenir des solitaires, devenir un large supplément à la mense épîsropale.
A rassemblée du clergé de l'année 1772, M. de Brienne se plaignait de ce que Tordre des chanoines de Saint-Antoine de Viennois avait presque succombé aux offres séduisantes des cbeTaliers d^ Saint-Lazare, pour s'unir à ceux-ci. Il y aurait succombé, en effet, si les pro^ jets et lesprétentionsde Saint-Lazare n'eussent été arrêtés parle zèle et la fermeté du clergé. Hais Tordre de Saint-Antoine n'écoutait les propositions des chevaliers que dans la crainte d*une prochaine suppression, que lui faisait éprouver Tédit de 1768. En vertu de cet édit, eut lieu, comme partout, un chapitre général. Il se tint en Tabbaye chef-lieu, en 1771, el M. de Bnenne y assista, comme ailleurs, en qualité de commissaire du roi. Souvenonsnous que chez les Grandmontains la conventualité avait été en vain acceptée. Ici Tarcho- Tèque de Toulouse proposa de pourvoir^ par la réunion des petites maisons^ à rélabli$se^ me$U de la eonventualUé dans l'ordre^ conformément à Védit du mois de mars 1768. Mais le prélat avait déjà prévenu Tabbé général « que son Ordre ne pourrait subsister dans aucun cas; que la conventualité assurait sa destruction^ et que cette conventualité lui serait plus rigidement imposée qu'à tout autre corps. » Le chapitre des religieux arrêta de très-humbles représentations au roi et les remit au prélat-commissaire, en le suppliant de les porter au pied du trôné. Les représentations furent inutiles, on ne daigna pas même y répoudre. Cependant un autre arrêt du conseil, du.l" février 1771^, ordonna qu'un nouveau chapitre général, qui se tiendrait au mois d'octobre, examinerait de nouveau les constitutions rédii* gées dans les chapitres précédents et aviserait aux moyens de se rendre plus utile à F Eglise et à VEtat. Ce fut dans ces circonstances, et peu de temps avant la tenue du chapitre, que Tabbé de Saint-Antoine reçut du procureur général de Tordre de Malte une invitation à se réunir à cet ordre. Le chapitre du 25 octobre accepta les conditions proposées, et du consentement du Pape et du roi, Tunion se Gt. Ce qu'il ne faut pas omettre de rappeler, c'est qu'à l'assemblée du clergé, en 1775, le projet de cette union fut dénoncé; l'archevêque de Toulouse fut chargé du rapport à faire et l'appuya sur les raisons, les considérations le» plus fortes, les plus justes., pour s'y opposer I N'importe, Tunion eut lieu peu après; les chanoines réguliers, qui étaient, je crois, au nombre d'environ soixante, entrèrent dans Tordre de Malle, en qualité et sous le titre de frères chapelains-servants de Malte, fratra tapellani servientes, en prirent l'habit et la décoration, vécurent presque tous en liberté et à leur ménage. Je demande si, en cet état, nos seigneurs évêqoes, se disant si zélés pour la réforme, les trouvaient plus utiles à la France et à l'Eglise I
Voilà comment disparurent, sous la pression de cette fameuse commission, dite successivement des Réguliers et ensuite de Tl/hton, changeant de nom et de personnel, mais renouvelée sans changer d'esprit et de tendance ; de cette commission, dont la création effraya la partie saine et majeure du clergé, et dont Taction désola la religion; voilà eomment périrent sous une pression mal dissimulée, quoique hypocrite, cinq familles monastiques vénérables même par leur ancienneté. Mais l'influence désastreuse qu'elle exerça, jointe à celle du jansénisme et an souille de la philosophie, ne se borna pas à ces immolations directes. Le trouble se manifesta dans plusieurs congrégations, oi^ la subordination et l'esprit religieux ne régnaient plus. Ainsi vit-on chez les Triniiaires des religieux révoltés, publier des Mémoireê contre M. Pichault, général grand-ministre de cet ordre; chez les Bénédictins, outre les querelles générales, des réclamations imprimées, telles que celle de dom De Viaixnes contre ses supérieurs, etc.
Je n'ai parlé que de communautés de religieux; si les couvents de femmes furent en gé* néral et presque en totalité exempts de grands scandales, en ce qui concerne la conduite, plusieurs donnèrent d'aiQigeanls spectacles par le fanatisme où les avait jetés l'esprit do nouveautés, car plusieurs furent séduits par les grands mots et les motifs que le jansénisme mettait en avant. On en vit de tristes exemples dans plusieurs ordres, et spécialejient chez des Bénédictines, des Carmélites, des Galvairiennes surtout, et même des Visitandines etc. On ne pouvait compter les maisons oi^ de pauvres Glles furent ainsi victimes
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de la mauvaise direction de quelques fanatiques. Dans l'abbaye des Clercts mCme, où les religieuses suivaient la réforme de la Trappe, Tabbesse eut longtemps à souffrir des vexations et des révOites de quelques-unes de ses filles, qui ne voulaient aucune soumission à la bulle Unigenilus. Les savantes 1 Et jusqu'à la fin du siècle on vil, en plusieurs monastères, la théologie ainsi tombée en quenouille. Les livres de la secte y étaient lus presque exclusivement à tout aulreouvragede piété, et a()préciés. J'ai connu, depuis la destruction des cloîtres, telle religieuse octogénaire, morte il y a peu, et dans les mômes sentiments , dont toute la bibliothèque était composée de livres prohibés. Je n'exagère rien en disant qu'un volume ne me suffirait pas pour contenir ce que j'aurais à dire sur les actes d'insubordination des religieuses de divers ordres, et sur les mesures que l'autorité civile dut employer pour les ré[)rimer. Mais si l'Etat se montrait, avec raison, disposé à seconder en cela l'exercice de la puissance ecclésiastique, if n'en était pas moins, en général, dans des dispositions hostiles aux congrégations religieuses, dont il restreignait de tant de façons les droits et la liberté. J'en donne pour preuve celte pression exercée dans les chapitres et les élections des divers instituts par la présence non demandée d'un délégué laïque ou ecclésiastique; et encore celte loi relative aux biens de woinmor/e, portée par Louis XV, disons sous Louis XV, laquelle défendait aux communautés d'acquérir. Je n'ai point parlé, et là je n'avais rien à apprendre, de la persécution qu'il exerçait à l'égard des Jésuites, secondant à merveille les spéculations impies de ce qu'on appelait la philosophie et la haine jalouse du jansénisme, qui savaient bien que les coups portés aux Jésuites auraient des suites immenses sur ladesf i'née des autres ordres et même sur la religion loul entière. Tous les lecteurs savent queb recrudescence de poursuites, à l'occasion du procès des frères Lioncy, no fut qu'un préteï:le,et que la société fut anéantie en France de la manière la plus inique, en Tannée 1762, malgré toutes les réclamations, les apologies, les témoignages flatteurs, que jjroduisirent en sa faveur presque tous les évoques séparément, et aussi l'assemblée du clergé. On sait aussi comment, onze ans après, un bref, et non une bulle, de Clément XIV abolit l'ordre tout entier. Mais ce qu'on ne conçoit point aujourd'hui, c'est ce fatal aveuglement des princes de la maison de Bourbon dans la poursuite de ce corps vénérable» le plus fort auxiliaire des principes de lafoi et des principes de subordination, de vie même dans l'Etat. Au royaume de Naj)les, Ferdinand IV, par une ordonnance du 3 novembre 1767, les expulse de ses Etats de la manière la plus brutale, menaçant de traiter comme criminel de lèse-majesté tout Jésuite qui remettrait les pieds sur le royaume, môme dans le cas où il serait entré dans un autre ordre religieux, et tout fidèle qui aurait des lettres d'agrégation à la Compagnie de Jésus. Je ne sais ce qu'entendait par là ce prince aveugle, mais ce que je n'ignore pas, c'est le procédé inconcevable dont sa cour, depuis longtemps, usait à Tégani du Souverain Pontife. En Espagne, dès le 2 avril précédent, don Carlos (disons son conseiller, comte d'Aranda) avait publié une sanction pragmatique, un peu moins bizarre, quoique étendue à dix-neuf articles, pour expulser de ses royaumes, et avec défense de jamais les rétablir, les Jésuites, qui possédaient dans la péninsule espagnole seule, sans compter les maisons des colonies, 118 établissements (la France en comptail 120). On eût dit une sorte de pacte de famille inspiré par un esprit de vertige. Quoique ce ne fût pas du moins à ce titrelà, le Portugal ne traita pas les Jésuites avec plus d'équité. Il est inutile de peindre ici le ridicule des accusations de conspiration, etc., dont Carvalho les rendit l'objel et la victime. On sait aujourd'hui à quoi s'en tenir sur la réputation et les actes de ce coupable ambitieux.
Il ne faut pas parler seulement des Jésuites; la conspiration semblait générale contre les religieux, c'est-à-dire contre le catholicisme, qu'on attaquait dans ce qu'il a de plus cher après les principes de sa foi. Tandis que les Jésuites trouvent quelques mesures équitables près de l'électeur de Bavière, Marie-Thérèse reçoit en Autriche tous les religieux, leur donnant, par une ordonnance de 1770, des règles de conduite qu'ils ne doivent tenir que de l'Eglise, sur la réception des sujets et la disparlilion des revenus, dont les mendiants devaient êtres participants, n'ayant plus la faculté de demander Taumône. Mais c'est à dater du règne de Joseph H, appelé ironiquement par le roi de Prusse mon frère le sacristain, en punition de ses immixtions bizarres aux règlements des églises : c'est sous
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Joseph II que la religion et conséquemment les ordres religieux eurent à souffrir. Les persécutions qu'éprouvèrent sous lui les religieuses des Pays-Bas fournirent à la France Tocca* sion de reœTOir et de secourir un grand nombre de ces pauvres filles exilées de leur patrie* Uen ne fut plus ridicule et plus inique, que les entreprises qu*on vit en Toscane par le ftoatlsine du grand-duc Léopold II et de Ricci, évèque de Pistoie, qui, plus janséniste que les jansénistes français, bouleversait son diocèse, où il voulait réduire tous les ordres religieux à on seul, tandis que le souverain bouleversait ses Etats, où, pour parler de ce qui ai*oecope ici, il soumettait, de son chef, les religieux aux évéques, et se montrait comme une espèce de type et d'aurore du règne de l'empereur d'Autriche.
Il e.U facile de conclure du peu que je viens de rappeler que les maisons religieuses et leurs missions devaient souffrir dans les colonies diverses, des bouleversements que subissaient les établissements de l'Europe. Tandis que sur divers points de l'Europe et même du globe, la vie religieuse portait le contre-coup des attaques que la France avait inspirées et portées la première, la France voyait tomber en son sein tous les liens qui rattachent à l'ordre, au bonheur même des états et de la famille. L'autel et le trAne chancelaient dans ce malheureux pays , qui subissait ainsi la peine qu'il avait méritée en sapant les ftindements de l'un et de l'autre. Plus de respect pour ce qui était grand, noble* vénérable , par conséquent plus de considération pour la vie religieuse. Par suite des effets produits dans les cloîtres en vertu de l'Edit de 1768 , une quantité considérable de religieux avaient quitté leur habit et vivaient libres, jouissant de la pension par laquelle on les avait alléchés k cette sécularisation ; les monastères étaient supprimés et servaient h des usages qu'avaient été loin de supçonner les bienfaiteurs. D'autres instituts que ceux oooiroés ci-dessus, sans subir directement le soufQe mortel de la commisêion its régutierâ , avaient été victimes du mauvais esprit qu'elle avait inspiré, fomenté. Coe des branches de Tordre de Cluni, le plus ancien des ordres , avait été anéantie, an grand regret du Pape le Jamais, » écrivait alors un canoniste savant et judicieux, dont j'emprunterai ici les ))aroles, « jamais il n*y eut dans les ordres religieux, moins de recueillement» de subordination, d'éloignement des amusements frivoles, de gôut pour la retraite et la mortification , d'attachement à leur corps, d'estime pour leur état. Et comment les religieux ne seraient-ils pas portés k l'ennui, au dégoût, k l'indifférence, lorsqu'ils voient QD si grand nombre de confrères liés par les mômes engagements, rendus au siècle avec des pensions plus ou moins fortes, qui, sous les auspices de la commission, ont quitté leur habit, abandonné le cloître, et par là se sont affranchis de la vie com* mnne et régulière.
Jamais Tétat monastique n*a été dans un plus grand discrédit. On en méconnaît la nature et les avantages. Les uns blAment et méprisent l'institution en elle-même, elle est Tobjet de la raillerie des autres. Presque tous la regardent comme inutile (a), avilissante, et le rebut de la société. Ceux qui n'en parlent pas, la laissent pour ce 4|ii*eUe est. Cette espèce de maladie épidémique parait avoir gagné tous les ordres de la vie civile.
« Jamais on ne montra plus d'éloignement de la profession religieuse. Jamais la di* aette ne fat pins grande dans les monastères. Tous les corps réguliers se plaignent de la désertion qu'ils léprouvent. Leurs pertes Journalières les affaiblissent, et elles ne se
le) Pwtêfu fans l« tardent comme inutile...,* ■mil ! qaaqaefois oeox-là roéine qui devaient le is la eomprendre et la défendre. Sans sortir du qvi règne dans [ces pages. Je crois devoir ici «ne anecdote, queloiiefois racontée* tf'fai ne me psrtlt pas an conlis : Un évè^ne, judiecBX et fégolier comme vous pouvez croire, disait ••«e iadigluuion m autrement, devant un religieux m s*adreisant à lui : Après tout, nous n^avons plus ksaia de cette wunnailU / ^ Ah 1 monseigncnr, répméi edtti-d, après la moinaille on en viendra à la préuaiUe, et après la prètraille à la mitraille. Le
bon religieux, plus avisé que son Inlerlocuieur, n*é-> tait, comme lui, pontife cette année-là ; néanmoins il éuit pro|>hète ' Grâce à Dieu ! tous les évéques ne partageaient pas cette prévention et i:et aveuglement, et personne ne souffrit plus des maux que causait la commission et que ressentaient les religieux, que le vénérable archevêque de Paris, Mgr De Beaumoiit. Il avaii inspiré à 1 abbé Mey, avocat, un Mémoire véridique et savant trop peu répandu, et que les hommes instruits, chrétiens , liront avec graotf avantage.
réparent point. Ce dépénsseinenl les menace d^une mort lente. Il serait le pronostic d'une ruine entière et inévitable , s*il était possible que les fansses idées qu'on s'est formées de cet état, se perpétuassent. Tant que les parents regarderont comme une espèce de désiionneur» de laisser leurs enfants s'enrôler dans cette milice, il ne faut pas s*a(tendre à ▼oir la profession monastique refleurir et les maisons religieuses reprendre quelque faveur. »
A cette longue citation j'ajouterai une considération , c'est que les jeunes gens en général n'attendent point l'Age de vingt et un ans pour se fixer» etquel'étatde relAchement où se trouvaient presque tous les cloîtres n'excitait point une vocation A chercher là l'édification, le bonheur et le salut, c Le relAchement, quelque léger qu'il soit, ne s'introduit pas dans un ordre, que le nombre des religieux n'en soit diminué ; c'est le propre de la ferveur, de multiplier et d'attirer les prosélytes. » ( Collection des procès-verbaux des assemblées du clergé, t. VIII, n* partie, p. 2, 224.) Cette judicieuse remarque est celle d'un homme qui avait pourtant contribué à désoler les monastères et les Ames pieuses, M. de Brienne, archevêque de Toulouse, qui les prononça dans l'assemblée du clergé h Toccasion de l'affaire des Antonins. Ainsi les choses en étaient venues au point que, dès avant la suppression des vœux monastiques par l'assemblée nationale, il y avait en France quinze cents couvents abolis et supprimés! Dans un nombre immense, la communauté était réduite k deux» trois ou quatre religieux. Voilà donc où avait abouti cette exigence cwiie de la conventualité ! Encore I si la paix et la régularité avaient régné dans ces débris. Hélas I non. Chez les Bénédictins par exemple, la désunion et la discorde durèrent jusqu'à dissolution. Plus d'une fois, dans les dernières années, le parlement cru devoir faire au roi des représentations et des remontrances sur les troubles élevés et renaissants dans la Congrégation de Saint-Maur, et attribua la cause de ces désordres à la commission formée en 1766, supprimée sur la réclamation du clergé , par arrêt du 17 maj 1780, mais rétablie le même jour sous un autre nom. Dans la communauté des Blancs- Manteaux elle-même, où le rigorisme du jansénisme affectait une régularité plus stricte, il y avait du désordre dans les mœurs, et le dernier général de la congrégation , dom Chevreux (a), eut la douleur et l'humiliation de voir répandre un Mémoire^ signé de l'avocat Pialles» au nom de plusieurs de ses frères , contre lui et contre quelques-uns dei religieux» jouissant des honneurs dans le corps de la congrégation.
Cependant n'en concluons pas que la défection fût générale. La vie religieuse présentait toujours de beaux exemples; les congrégations des Passionnistes, du Saint-Rédempteur» dont j'ai i)arlé, et plusieurs autres» donnaient en Italie le spectacle que l'Eglise a toujours admiré dans les instituts naissants. Les Chartreux et plusieurs Sociétés paraissaient extérieurement n'avoir rien ressenti des secousses qui avaient cependant ébranlé tous les ordres ; les Uarianites de Pologne avaient toute la ferveur de leur origine» elc » etc. Et même en France» il y avait d'honorables et très-nombreuses protestations contre le relAchement et les attaques. L'établissement de la fameuse Commission des Réguliers occasionna une polémique dont les pièces, aujourd'hui rares et peu connues» sont cependant précieuses au point de vue du droit, en ce qui concerne les ordres religieux. Cet état honorable fut défendu dans plusieurs ouvrages solides. Tout le monde absolument» ne trouva pas la vie monastique si abaissée» que quelques vocations firappantes ne vinssent réveiller l'attention du public, et même on vit» dans ces temps malheureux, la fille d'un roi de France» Madame Louise» aller embrasser la vie des Carmélites, à Saint-Denys-en- France. La Trappe et Septfons continuaient leur admirable régularité» et même, dans le premier de ces monastères, un religieux dont j'aurai à parler tout à irheure, avait amené un heureux accroissement de ferveur. Dans le second» le P. abbé» presque dans les der* nières années» fit revivre au nH>nastère du Val-Saint-Lieu, une observance qui rappelait toute l'ancienne austérité de Ctteaux. J'ajoute, et c'est une particularité qu'on ne peut trop signaleri tant les préventions sont fortement enracinées, que dans tous les monastères , même ceux qui cassaient pour être le plus relAcbés, les scandales n'étaient point des faits
(fl) Je crois que aom Chevreax fut le dernier général de Salnl-Maur.