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reiits «jii.'iriiers de ki capitale ou dans les provinces.
y.uoiquc le Révérend P. Barré fût d\\n caractère doux, bienveillant pour tous, il savait pourtant s'armer à propos dans Tardeur de son /èle, d'une certaine autorité, (fune fernioté énergique, pour mieux soutenir la gloire de Dieu et pour assurer en niôme tenij^s la conquête des Ames ; et Ton ne doit pas être surpris si Ton découvre dans SCS lettres imprimées le môme génie, et si l'on y voit un slvle singulier et des expressions extraordinaires que l'on n'aurait pu supprimer sans cacher quehjues-uns des princi[>aux traits du caractère et de l'esprit de ce grand directeur.
Nous ne dirons rien des circonstances qui accompagnèrent sa mort ilont on a fait connaître les détails au public; mais observons qu'un habile peintre, ayant jeté par hasard les yeux sur ce fidèle serviteur de Jésus- Christ, alors qu'il n était plus qu'un cadavre, y remarqua quelque chose de si extraordinaire qu'il forma, quoique sans le connaître, le dessein d'en tirer le portrait, ce qu'il exécuta sur-le-champ, et ce qui a donné lieu dans la suite d'en graver une planche dont on a tiré les copies qui sont en tant de mains. (1)
ÉCOLES CHRÉTIENNES DE LA MISERI- CORDE (SoFiius des). Maison mère à Saint- Sam^eur-lc-Vicomte (Manche),
Notice sur la Mère Marie -Madeleine Poslel,
leur fondatrice,
Julie PosteU en religion sœur Marie-Madeleine, naquit le '28 novembre 1756, à Barfleur, petit [)ort du diocèse de Coulan.res département de la Manche. Les vertus étaient héréditaires dans sa famille; un de ses frères fut promu au sacerdoce. Dès sa première enfance, elle montra un goût prononcé et une vive ardeur nour les exercices de la piété comme pour la pratique de la mortitication. Ayant entendu une instruction sur J'obligatiôn et l'excellence du jeûne et sur la manière dont le pratiquaient les premiers Chrétiens, qui ne faisaient qu'un repas par jour, et sur l'usage que suivaient iït'S communautés de réduire à deux onces de pain et à de l'eau pour boisson la collation introduite par l'indulgence de l'Eglise; quoiqu'elle n eût alors que neuf ans, elle voulut jeûner, à l'insu de ses parents, au moins comme dans ces communautés austères vers lesquelles elle se sentait secrètement attirée. Elle composa de petites balances pour peser sa collation. Son directeur fut ol)ligé d'intervenir pour lui interdire ces mortifications beaucoup trop précoces; néanmoins elle devança depuis plusieurs années l'âge de vingt et un ans; et depuis sa jeunesse elle ne cessa déjeuner, comme les premiers Chrétiens, ne faisant qu'un repas en vingtquatre heures, quel repas! après le potage le plus simple, elle ne prenait ordinairement que du pain sec et de l'eau.
Un autre trait de son enlsnce vint révéler cette vivacité de foi qui ranima toujours :
(t) Vo[f. 'A la fin tlu vol., n" 71.
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au moment d'un de ces épouvantables onfîes qui glacent d'etTroi les plus intrépides la petite Julie se livrait à la joie; ses |)arents étonnés lui en demandèrent la raison: « C'est qu'en ce moment, répondit-elle, le bon Dieu n'est pas offensé, les plus gran*!s impies n^osent môme blasphémer son saint nom; ils l'invoquent au contraire avec respect : je voudrais qu'il tonnAl toujours. »
Juliç fut envoyée à l'abbaye ro\a!edesBê- Fiédictines de Valognes, pour y terminer son éducation : on croyait h Bartleur qu'elle >'nllacherait h cette communauté , mais e le trouva (jue la règle n'était [)as assez sévère et que Tabbaye était trop riche, et cef^endant sa santé était et resta longtemps délicate. J'aimerais mieux, disait-elle, des religieuses qui n'auraient d'autres rentes qu.leurs doigts et qu'une pauvreté réelle contraignît au travail. Elle n'en renouvela pas moins dans son cœur le vœu qu'elle avait fait, do se consacrer pour toujours au service de Dieu et du prochain, en attendani qu'il plût à la Providence de lui dévoiler sts desseins.
De retour dans la nw-iison paternelle, Julie Postel ouvrit, h l'âge de dix-huit ans, une éeole avec internat, surtout en faveur des orphelines et des [)auvres. Bientôt on vil se grouper autour d'elle une nombreuse jeunesse. Sa capacité remarquable, son zèie d'une ardeur soutenue, sa douceur Angélique, sa fermeté qui repoussa consiauimenl toute |)eine afllictive, son rare discernement des caractères et surtout son amour vraiment maternel pour l'enfance, tirent chérir la maltresse et produisirent des progrès étonnants; l'instruction religieuse et les ouvrages utiles étaient le principal objet (Je sa sollicitude. Les jeunes personnes |)auvres et riches devenaient, sous son habile direction, adroites, habiles, infatigables. Elle s'appliquait surtout à unir, comme la Mère du Sauveur, les vertus de Marthe à relies de Marie; elle voulait que les enfants qu'elle formait devinssent, par l'utilité, la const ince et la variété de leurs travaux, l'exenible, la richesse et le bonheur des maisons et des familles où elles seraient appelées à entrer; cpie l'occupation continuelle devînt une prière incessante par l'esprit de sacrifice et d'union avec Dieu, par de courtes mais chaleureuses jaculatoires. La suave gaieté, l'uniformité de son caractère, l'iné- [)uisable variété de ses mots édiliants, de pieux cantiques et aussi de couplets qu'elle savait improviser dans Toccasion, communiquaient ses sentiments à toutes les jeuins personnes qu'elle dirigeait. Elle savait hâur l'accomplissement d'une lâche, en donnant comme récompense, à l'élève qui aurait lini la première, de s'écrier, par exenqile : Vive Jésus dans nos cœ.irsl on répondait : A iamais. Oue de bonnes mères de familles lui ont dû, après Dieu, leur ca|»acité, leur amour |)our le travail, leurs vertus el le respect public dont elles étaient entourées. C'est elle qui a le plus contribué à j»er|i^ tuer dans le religieux et fertile pay>da^ a!- le-
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Saire, ce beau tjpe de bmilles vraiment patriarcales qu'on y admire encore. Aussi quoiqu'elle ait quitté cette contrée depuis on demi-siècle» son souvenir et sa réputation de sainteté y sont demeurés inenaça* btes. Celles de ses élèves qui vivent encore i Barfleur, ae cessent de dire « qu'elle fut toujours une véritable sainte; que c'était le titre que chacun lui donnait en la voyant passer; que le ton avec lequel elle parlait de Dieu, chantait des cantiques, avait quelque chose de céleste et de pénétiant; qu'il leur en est resté un inaltérable souvenir. Elle ne tenait pas à la terre, disaient-elles; elle vivait plutôt déjà dans le ciel. »
On ne finirait pas si on voulait raconter les autres détails de sa vie pendant les années qui précédèrent la révolution de 1793. Les événements néfastes de celte lamentable époque l'eussent fait mourir de douleur» si la vue constante de l'action de la Providence eu toute chose ^ne Teût rendue supérieure auK plus grands malheurs.
Quand les prêtres catholiques partirent pour la terre Ue Texil, elle obtint d'un bon prêtre, M. Laroarche, mort curé à la Pernelle« la faveur de bénir son oratoire, d*y célébrer la sainte Messe et d'y laisser le Saint-Sacrement. « Laissez-nous,» lui dit-elle» « notre Sauveur dans notre frêle barque; il nous soutiendra contre les fureurs de la tempête et nous préservera du naufrage.
Je serai sa fidèle compagne; je ferai amende honorable le jour et la nuit pour tantd*horribles profanations qui se commettent. Je saurai, au péril de ma vie, trouver des ministres fiaèles pour olfrir la victime d'expiation et renouveler les saintes espèces. »
Ce saint prêtre avait tant de vénération pour la sainteté de Julie Postel, que, tirant ses pouvoirs des circonstances, il lui accorda l'objet de sa demande et dédia la chapelle à la lieine des anges et des saints, à l'auguste Marie, sous le nom si doux que lui donne KEglise, de Mère de Miséricorde. Jamais le Saint-Sacrement ne cessa d'être conservé dans cet humble sanctuaire, pendant les longues années de la terreur et de la persécution, et le Saint-Sacrement y était fréquemment offert. Oh! disait-elle jusque dans son extrême vieillesse, les belles Messes de minuit qu'on célébrait alors 1 on eût dit une mémoire continuelle de la crèche du Sauveur! que notre ferveur était grande! comme les premiers Chrétiens , nous étions constamment sous la hache des bourreaux, et comme eux nous puisions un invincible courage dans la fréquente réception de la sainte Eucharistie.
Souvent on prenait h la chapelle le Saint- Sacrement pour le porter aux malades. Plus d'une fois le prêtre caché, qui s'était glissé en plein jour au chevet d'un mourant, envoya Julie, pour le consoler et l'administrer, chercher le saint viatique, ne pouvant le faire lui-même sans un péril imminent pour sa vie. Elle comparait alors son bonheur à
celui de l'auguste Marie portant le Sauveur dans ses bras.
Les premières communions se faisaient régulièrement. Une chose providentielle, c'est qu'on n'eut jamais à déplorer ni trouble ni profanation. Dans deux visites domiciliaires qu'on tit chez elle on fureta par-tout, excepté dans l'oratoire. Les sbires passaient devant la porte comme si elle avait été invisible pour eux. Pendant ces douloureux moments Julie Postel disait à son divin Mattre : a Gardez, Seigneur, votre tabernacle; ne permettez pas qu il soit profané, ou du moins qu'il ne le soit qu'après Que j'aurai versé jusqu'à la dernière goutte de mon sang. » Que ne pouvaient pas cette loi si vive qui aurait transporté les montagnes et cette ardente chanté qui était pendant toute la |>ersécution, une sorte da ravissement continuel!
Ce fut alors qu'on vit se perfectionner en Julie Postel cet inexprimable amour qu'elle^ n'a cessé de ressentir pour Jésus caché sous les voiles eucharistiques.. Ce n'étaient pas seulement tous les moments disponibles de la journée qu'elle consacrait à s'entretenir cœur à cœur avec son divin Epoux, moments trop rares pour elle, h cause de son redoublement de zèle pour l'éducation chrétienne de la jeunesse : elle y passait régulièrement la moitié des nuits, elle prolongeait même jus(}u'M matin son oraison pendant la nuit du jeudi au vendredi, en mémoire des douleurs do la Vierge et de la Passion du Sauveur. Pour ne pas fournir de prétexte aux partisans de l'Ëglise constitutionnelle, qui étaient très-ardents dans l'endroit, elle fut jusqu'à trois ans sans sortir et sans regarder une seule fois par la fenêtre; chaque fois qu'elle entendait les mouvements ou les cris sauvages des bandes révolutionnaires, elle se prosternait è la porte de la chapelle et demandait à Notre-Seigneur la grâce de mourir en défendant syn tabernacle s'il était attaqué.
Un trait va révéler de plus en plus toute l'énergie et toute Tintrépidité de son beau caractère. Deux militaires logés chez ses parents eurent une querelle qui les détermina à l'instant à se battre en due!; elle leur parla de Dieu et de l'éternité avec tant d'éloquence, qu*elle se saisit sans résistance de Tune des armes meurtrières et obtient une réconciliation cordiale entre les deux adversaires. Les temps cependant étaient devenus plus calmes, les églises allaient s*ouYrir, les confesseurs de la foi commençaient à revenir de l'exil, mais en attendant, ceux qui sortaient des prisons ou de leurs humides et ténébreuses cachettes s'empressaient d'user des premières lueurs de la^ liberté pour ranimer le culte public. Mais une nombreuse jeunesse est affamée de la parole de Dieu. Un si grand nombre déjeunes gens ignorant les premiers éléments de la religion, n*ont pas fait leur première communion; les quelques prêtres de la contrée succombent sous le fardeau en administrant les malades, ou au tribunal de l«h
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péniteflce. Sur leur demanae, Julie Postel, qui les avait tout éditiés et même soutenus par son sublime dévouement pendant la persécution, est tout à coup transformée en zélé missionnaire. Sa réputation de sainteté, >es lumières, )a vivacité de sa foi» l'ardeur brûlante de sa charité, la meltent è la hauteur de cette mission extraordinaire. Cest dans de vastes granges qu'on célèbre d'abord tes Offices divins et qu'elle remplit avec succès ses fonctions de catéchiste. £lle fait des soBS-maitres et des moniteurs des enfents qu'elle avait instruits pendant la terreur. Elle faisait couler de grosses larmes des veux du nombreux auditoire qui assistait à ses instructions pathétiques. Elle attaquait surtout devant eux les blasphèmes devenus alors si fréquents; elle sut leur inspirer un tel désir de correction qu'elle leur fit goûter la pratique de passer de petites pierres d'une poche dans Tautre pour compter leurs rechutes et constater leurs progrès. Que la bonne et sainte demoiselle va être contente, disaient-ils entre eux, Muand ils avaient remporté quelque victoire 5uf cette hideuse hamtude I Voici un fait extraordinaire qui se rattache à une partie de l'existence de Ju)ie Poslel : Parmi ses élèves, elle comptait un de ces petits anges terrestres qui semblent destinés à ne faire que passer ici-bas, à cause de la précocité de leur esprit et de la sublimité de leurs vertus. La petite fille, qui avait environ neul ans, dit un jour à sa maîtresse : Mon grandpère vient de mourir à Tinstant d'un tel genre de maladie. En effet, quelques heures s*étaient à peine écoulées qu'on vint en toute bâte annoncer la mort subite et imprévue de cet homme : le moment et le genre de mort coïncidaient avec la déclaration de l'enfant. On ne put qu'en être frappé. Peu après, cette même enfant fut atteinte d'une maladie mortelle, elle fut trouvée digne de faire sa première communion; mais avant de mourir elle laissa échapper de ses lèvres innocentes et décolorées ces paroles : « Vous formerez une communauté a travers de grandes tribulations ; vous demeurerez à Tamerville : pendant de longues années, vos filles seront très-peu nombreuses et on n'en fera nul cas; des prêtres vous conduiront dans une abbaye : vous ne mourrez que dans un Age avancé, et vos religieuses seront alors les plus nombreuses du diocèse; dans les dernières années de votre vie, vous vous occuperez constamment de votre église. »
Julie se borna k demauder à Teiifant si elle connaissait Tamerville, si elle en avait entendu parler ; elle affirma que non, et on savait qu'elle disait vrai. La pieuse mat tresse ne put s*empdcher de voir une mani festation des desseins du Ciel dans celte prédiction.
Les travaux, les veilles, les austérités avaient altéré la santé de Julie Postel ; le désir d«i rétablir ses forces et do fuir des dissensions religieuses, qui naissaient de It réorganisation des cultes à BarUeur la décida h quitter ce pays pour aller se
fixer h Cherbourg, attendre les imlicalions de la Providence. Elle eut le bonheur de rencontrer un homme de Dieu, M. l'abbé Cabart, qui, après avoir vécu à Paris, eo qualité de précepteur, dans l'illustre fomille (le Joigne, avant la persécution, ayait refusé, au retour de Texil, toute dignité ecclésiastique; il ne voulait plus vivre que pour secourir les malheureux. Son air grave et austère inspira toute confiance k Julie Postel, et, lui ouvrant son cœur, elle lui dit < qu'ins» tnnre la jeunesse, lui inspirer Tamourde Dieu et l'amour du travail ; se sacrifier fionr secourir les pauvres étaient son but et celui d'une congrégation religieuse qu'elle a depuis longtemps le désir de former. Où sont vos ressources, dit M. Cabart? « Elles sont toutes, » répondit-elte, « dans la Providence secondée par le travail et par la pauvreté personnelle : voilà mes rentes en montrant ses doigts. »
Ces paroles et cette énergique confiance frappèrent M. l'abbé Cabart. Vous êtes, rôpliqua-t-il,la personne que je cherche depuis longtemps. Tout nous manque ici : nous n'avons aucune communauté religieuse.
Soyez donc la bienvenue. Je vais louer une màibon, et nous allons commencer l'œuvre sous le patronage, ajouta Julie, de la Mère de la Miséricorde.
On mit sans hésitation et sans' délai le projet à exécution. L'école se remplit d'élèves. Julie Postel se trouve seule à la tète do trois cents enfants ; elle suit l'excellente méthode des Frères de M. de la Salle; elle obtient le même succès qu'à Barfienr.
Elle commença Tœuvre de Cherbourg en 1802. Bientôt après vint s'adjoindre è elic sa plus intime cle Barfieur, sa confidente, Jeanne->Catherine Bellot; les éminentes qualités de cette pieuse fille, sa parfaite conformité de vues et de dévouement avec ^a vénérée maltresse, remplirent celle-ci d*unc sainte joie. Une de ses anciennes élèves Louise Viel, de Quettehou, qui avait déjà gagné son cœur, lors des catéchismes delà Pernellc, et qui se sentait secrètement attirée vers elle, fut la première postulante. Mgr Rousseau étant venu à Cherbourg pour donner la confirmation, Julie désira présenter sa congrégation nai.^sante au premier pasteur et recevoir sa bénédiction. Klle et ses compagnes reçurent de la bouche du prélat tous les encouragements et tous les souhaits possibles. Pour comprendre le bonheur de Julie en ce jour si mémorable pour les Filles de la Miséricorde, il faudrait connaître son respect profond, sa docilité filiale envers les autorités ecclésiastiques.
Ce fut le 8 septembre 1807 , jour de Ia fête de Notre-Dame de la Miséricorde, qne la petite congrégation fut véritablement ei canoniquement instituée; la Mère, «lui allait avoir cinquante et un ans, etsos trois premières Filles prononcèrent leurs vœux |)erpt''tuels dans Téglise de l'Iiospice de Cher* bourg, en présence de M. rabt)é Cab.it t. délégué de l'ordinaire; la troisième» fut Augélique Letlanois de Caen.
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L*obéi8sance la pItK parfaite à la supérieure, le silence presque conl^inue^ la récitation du bréviaire du diocèse formèrent d*abord toutes les constitutions de ia communauté. Le coshime fut tel qu'aujourd'hui, si ce n'est qu'au Heu du voile et du manteau les sœurs portaient pour sortir une mante uniforme, de couleur n&ire, et qu'au tieu de pèlerine, uu mouchoir blanc passait par-dessus Ja gmmpe. "«^
Les écoles et les ateliers croissaient chaue jour. Le travail des maltresses confon- Q avec celui des élèves portait chaque année à plusieurs mille francs, le bénénce des pauvres de la ville de Cherbourg, sans compter le bienfait de l'instruction gratuite. La supérieure était habile en toutes sortes d'ouvrages et d'une activité sans égale, La dépense des sœurs était des plus minimes; elles couchaient sur la paille; elles préparaient elles-mêmes l'étoffe grossière qui servait pour leur vêtement; leur nourriture n'était souvent que du paiu et de Teau, et le souper de beurre ou de graisse, selon le temps; elles ne mangeaient jamais de viande ni de poisson. De plus elles imitaient saint Paul qui travaillait la nuit nour ne point être à charge aux premiers fidèles. Klles passaient presque en entier, comme à fiarBeur, (a nuit du jeudi au vendredi, pendant laquelle elles faisaient, après leurs travaux ordinaires du soir et le grand Office, les stations du saint rosaire et celles du chemin de la croix jusque vers le matin. Le sommeil était combattu par des chants analogues aux mystères de Marie ou aux douteurs du Calvaire, et par les paroles de feu et toujours nouvelles qui s'échappaient du cœur embrasé de la supérieure.
Telle fut, en résumé, la vie de la petite communauté pendant les trois ans et demi qu'elle passa a Cherbourg, après l'émission des premiers vœux. Six novices avaient été formées à toutes les vertus de l'humble et fervente congrégation ; elles prononcèrent leurs VŒUX le 7 mars 1811, avant le déf)art pour la petite paroisse d'Octeville-la-Veoelle.
11 était impossible de demeurer plus longtemps dans une maison étroite. Une môme pièce humide servait à la fois de cuisine, de parloir et de salle d'exercice. Comment donc recevoir de nouvelles postulantes? Les sœurs de la Providence se réorganisant h Cherbourg , leur présence devenait moins utile ; l'humilité de Marie-Madeleine la i)Ortait de préférence vers les campagnes délaissées. Elle se décide à aller à Octeville |K)ur V occuper une maison appartenant à une de ses sœurs, après avoir obtenu le congé et la bénédiction du vénérable supérieur ecclésiastique, tout le mobilier de la communauté fut placé dans une seule charrette. En passant devant Tamerville, la supérieure dit : A coup sûr, nous reviendrons là; elle faisait allusion à la prédiction qu'avait faite la jeunti fille de neuf ans sur son lit de mort.
Hais quelle ne fut pas leur surprise quand
elles ne trouvèrent dans la maison où elles devaient habiter, outre la salled'école, qu'une étable spacieuse, d'où à peine on avait retiré la veille les animaux. Eh bieni notre Mère, dit la sœur Marie, qui ne cessa d'exercer les fojictions d'économe pendant un demi-siècle, vous nous avez souvent répété que nous n'étions pas encore comme notre Sauveur dans l'étable de Bethléem^ nous y voilà! Elle avoua toujours (]u une de ses plus grandes consolations avait été d'avoir eu ce trait de ressemblance avec le divin Sauveur. Des paillasses furent provisoirement placées sur les solives recouvertes de foin, et Tatelier des sœurs fut organisé dans l'étable. Le vénérable abbé Cabart était accouru pour voir ce qu'étaient devenues ses Filles. Il re}>artitaussilêt, fondant en larmes en voyant leur extrême pauvreté. On fit quelques petites améliorations, et on demeura SIX mois dans cet étrange état de .'misère. Ce fut à Octeville aue moururent ia sœur Thérèse et une orpneline dans d'ad« niirabies sentiments de piété et de résigna» tion.
11 y avait à Tamerville une maison qui avait été bfltie avant la révolution de 1793, pour les sœurs de la Providence- et occuf^e par elles. Elle était passée entre les mains de M. de Saint-Sauveur, qui n'eut pas mieux aimé que de la céder à la Mère Julie» maïs elle était habitée en vertu d'un bail par une demoiselle d'une conduite plus que suspecte et sans religion. La Mère Marie Madeleine, dans une visite qu'elle lui fit et pendant laquelle elle lui tint un langage énergique sur ses scandales, obtint une rétrocession de sonbailf et tous les autres obstacles ayant été aplanis par une permission de la Providence et les supérieurs ecclésiastiques encourageant la vénérée Mère à tout conclure, la petite communauté partit pour Tamerville le 7 septembre 18tl, veille de la fête de Notre-Dame de la Miséricorde.
La digne supérieure ayant trouvé une école commune établie, et ayant horreur de la concurrence, source des divisions dans les paroisses, elle ne voulut pas ouvrir de classes, mais elle se borna, pour satisfaire son zèle et sa charité et pour former les jeunes sœurs, à prendre à sa charge entièredouze orphelines pour les instruire et les mettre en état de gagner leur vie. Rien ne leur manqua jamais. Pendant une disette, les sœurs mangèrent du pain d'orge, même du pain de son, afin que leurs filles adoptives n'éprouvassent aucun changement clans leur régime habituel ; on vendit tout ce que la plus grande austérité peut appeler superflu pour conserver heureuses ces douze enfants et faire encore d'autres aumônes aux pauvres de ia paroisse.
La maison faisait de jour en jour des progrès dans la ferveur. Chaque dimanche lu Mère Marie-Madeleine faisait une conférence des plus solides et des plus animées, exercice qu'elle continua toute sa vie; elle était naturellement éloquente, quoiqu'elle ue s'écartât jamais d'une admirable simpli-^
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cité. Une foule de persoiiDes pieuses de Taiiit*r?iile et m^me de Valogne avaient obtenu la permission d'assister à ces touchantes histructions et s'y rendaient avec on Gdèle empressement.
Quelque sage et prudente qa*ait été la conduite de la digue supérieure, la susceptibilité de rinstitutrice,sii jolousie, la crainte d'être supplantée la déterminèrent k se créer un parti, les religieuses se déterminèrent à quitter la paroisse et elles partirent le Jour de Saint-Michel 1813 ; elles se trouvaient sans feu et sans lieu. Dans de telles tribalations, loin de se décourager, la véné* rée supérieure consolait ses sœurs en leur flisant que le bon Dieu ne les humiliait que pour les mieux relever.
C'est à Valogne, dans une très- modeste maison qu'elles furent se lixer» mais elles durent renoncer à javoir de jeunes personnes à former. Oh 1 qu'il lui en coûta pour renvoyer ses chères orphelinesl C'est dans cette ville que les attendait la plus dure des épreuves. M. le curé de Valognes» M. Daniel, était très-inquiet sur la pénurie des religieuses de la Miséricorde, une d'elles venait de mourir; on répandit, alors sans doute, qu'elles périssaient de faim. M. Cabart, leur vénérable supérieur, crut que Dieu n'approuvait pas cette congrégation et engagea la supérieure à la dissoudre, à rendre les sœurs à leurs familles, et à aller avec deux d« ses sœurs, la sœurViel et sceur Marie pour se dévouer, comme de pieuses séculières, à l'hospice de Cherbourg; et il leur déclare qu'il ne peut plus faire de sacrifices pour elle. L'imperturbable et intrépide fondatrice répondit à l'instant avec le plus grand calaie et la plus grande énergie : « Dites k notre Père que nous ne cesserons de remercier le Seigneur des peines qu'il a prises depuis $i 2ontempspoarnou8seconder dans une œuvre qui n'est ni la sienne ni la nôlre, mais bien ee lie de la Providence; que je n'ai pas compté sur le bras de chair, quelque respectable qu'il fût; je suis tellement sûre que le Seigneur veut la réalisation de ses projets, que je n'en poursuivrai pas moins l'exécution avec la plus vive ardeur. »
A|Mrès un an de séjour à Valogne, sur l'invitation des habitants de Tamerville les religieuses de la Miséricorde y retournèrent , y louèrent un rez-de-chaussée , le seul appartement qu'on trouva disponible. Il fui loué 1,200 fr. en y comprenant un jardin qui y était annexé. Le retour s'effectua en 18«^. M. Daniel, curé de Valogne, émerveillé de tant de courage, leur continua sa protection. Le dortoir commun fut rétabli tous le chaume.
Pour éviter touta espèce de concurrence, onn ouvritaucune école. L*ardeur pour le travail, seule ressource de la communauté, ne fit que s'accroître. Ce fut à cette époque
Sue la Providence conduisit k cette humble emeure la bonne et infatigable soBur Aimable, qui devint la principale nourricière par sa dextérité et sa promptitude à faire les tiiisus de tous genres. Les ^urs étaient si
pauvres qu'elles récoltaient !a fougère d^une propriété voisine pour qu'on leur laissAt cuire gratuitement leur pain d'orge au four de la terme. Mais après deux ans de séjour dans la chaumière, des jours meilleurs se levèrent pour ta |)etite communauté; à leur insu on avait fait des démarches fiour disposer favorablement le conseil municipal.
M. h^ maire devint le sauveur des religieuses; édifié de tant de vertus et connaissant leur aptitude pour l'enseignement, on leur offrit l'école primaire de la commune. Ugr Dupont, évèque de Coutaiices, apprenant celte bonne nouvelle, écrivit h M. Daniel : <i Hfltez'vous de remettre les abeilles dans leur ruche, d*où elles n'auraient jamais dû sortir. » Depuis cette époque elles n'ont ja* mais cessé de diriger cette école, et grâce à Mme la comtesse de Daru, elles rendent aussi d'autres importants services aux pauvres et aux malades de Tamerville.
A cette époque, la soour Marie-Madeleine adressa è Mgr l'évêque ses premières constitutions. Elle le suppliait de leur permettre de vivre ensemble dans les liens les iilus étroits de la charité, sous les règles qu elle avait l'honneur de lui présenter et de se soumettre à l'obéissance; d'avoir une chapelle et un prêtre pour la desservir; de pouvoir admettre toutes les pauvres Glles qui voudraient aller recevoir deux fois par jour des leçons gratuites, de permettre a deux d'entre elles oui auraient de l'attrait f)Our les œuvres extérieures, d'aller visiter Jes pauvres malades de la paroisse, afin de leur procurer, autant que possible, tous les secours spirituels et temporels dont ils au^ raient besoin.
Cette institution ou association était foodée en l'honneur des sacrés cœurs de Jésus et de Marie, dédiée à la très-sainte Vierge, sous le titre de Notre-Dame de la Miséricorde, choisissant pour patrons titulaires les glorieux apôtres saint Pierre et saint Paul, et pour protecteurs et défenseurs plusieurs saints et saintes qui ont illustré r£glise par leurs célèbres institutions^et qu'on se proposait d'honorer d'une manière spéciale. Jamais la plus brillante fortune, dit la supérieure dans ses constitutions, ne donnera entrée dans cette maison, sans une vocation véritable et reconnue pour telle par les supérieurs ecclésiastiques, puisque nous bisons profession de louler aux pieds les richesses et de suivre, de plus prôs qu*il nous sera possible Jésus-Christ, pauvre et humilié, comme aussi la porte en sera toujours ouverte à toute personne douée d'une véritable vocation, quoique sans crédit et sans fortune. L'âge et la santé ne seront jamais uo obstacle insurmontable è l'entrée de celles qui auront une véritable vocation. Nous nous proposons de leur rendre tous les services dont nous serons capables^ avec d'autant plus d'ardeur que nous croirons servir Jésus-Christ dans leurs personnes.
La douceur et l'humilité seront la ba«e et le fondement de cette institution. Le5Filles de la <sérirorde se souviendront sans ce^se
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que leur difin Epoux n*a pas dit : Apprenez de moi à taire des actions :l'éclat oui paraissent aui yeux des hommes ; mais nien : Apf^enex de moi que je suis doux et humble as cœttr. {Matth. xi, S9.) Elles s'exerceront continuellement à la pratique de ces deux Yerlus si chères au cœur de Jésus et pour obtenir la grâce de les pratiquer fidèlement, il leur sera permis de rompre te silence lorsqu'elles se rencontreront pour dire ces 5eu)os |)aroles, la première : Jésus doux tt humble de cœur; la seconde : Ayex pitié de nous.
Règles qu'elles doivent obserter,
Lei sœurs diront le Brériaire à l'usase du diorèse. lequel sera psalmodié et cTianié snivant la solennité des fêtes aux heures qu*il l'était dans la primitive Eglise; excepté Matines et Laudos qui se disent h neuf heures du soir. Elles se rendront au chœur h cinq heures du matin pour la prière, la méditation et la récitation de Primes. Elles tra- Tailleront en silence jusqu'à huit heures moins an quart. A huit heures, aura lieu la sainte Messe , elles réciteront ensuite Tierce et la salutation au sacré cœur de Jésus; elles continueront leor ouvrage jusqua onze heures et demie. Elles retoui ne-ront ensuite au chœur pour réciter Sexte et fiire l'examen de conscience sur la fidélité avec laquelle elles se seront acquittées des exercices de là niatiné'e après lequel elles se prosterneront pout réciter les psaumes Mi' serere et VAngelus. Elles iront ensuite au réfectoire où on fera la lecturo pendant un ^nart d'heure. La récréation durera jusqu'à une heure et demie. A la suite de Nones, qa'on chantera à trois heures, on récitera, en tra? aillant» le chapelet ou le rosaire. Pendant le souper, qui aura lieu à sept heures et demie, on lira ta vie du âaint du lendemain. Toutes iront ensuite apprêter ce qui esi nécessaire pour le dîner du jour suivant, afin que celle qui sera chargée de cette obédience soit sans sollicitude. A huit heures et demie a lieu la récitation du ch ipclet pour obtenir du Oieu des miséricordes le ixinlon fie leurs péchés et la grAce d'une bonne mort.
Le jeudi au soir, après Matines et Laudes, au lieu du repos comme les autres jeudis, elles- réciteront l'office des morts, le rosaire et le chapelet, ensuite l'heure sainte pour honora* l'agonie de Notre -Seigneur. Ces exercices finissent à minuit. Le lendemain, au lieu dédire le rosaire, elles feront Tadoration de la croix dans le Jieu le plus commode de la maison, où elles.se rendront avec une (grande dévotion en chantant le Yexilla negis.
Tous les premiers jeudis du mois, à minuit, après les exercices ordinaires, au lieu d'aller prendre leur repos, elles feront une dévotion pour honorer les quinze mystères du rosaire devant autant cle tableaux qui représenteront chaque mystère en particulier, où elles feront les stations en forme de procession en récitant dix Pater et dix
Aoa, et chantant une hymne ou psaume qui ait rapport au mystère.
Au premier mystère joyeux : l'Annonciation de la sainte Vierge, elles chanteront AvSf maris Stella; au deuxième mystère, la Visitation, le Mi^gnificat: an troisième, la naissance de Jésus, le Gloria in excelsis; au quatrième, le Présentation de Notre-Seigneur au temple, avec saint Simon, Nunc dimittis; au cinquième, le Recouvrement de Jésus dans le temple, Laudate Dominum^ omnes génies^ pour remercier Dieu, avec la sainte Vierge, de l'avoir recouvré par la pénitence.
Au premier mystère douloureux, la prière de Jésus-Christ au jardin des Olives, elles chanteront, dans des sentiments de douleur de leurs péchés les versets Domine^ non se'cundum: au deuxième, la flagellation, le psaume Miserere ; au troisième, le couronnement d*épines , une hymne tirée de la susception de la couronne d'épines; au quatrième, le portement de la croix pour com- Saiir à la sainte Vierge, elles chanteront le tabat; au cinquième, le crucifiement, le Vexàlla regif.
Au premier mystère glorieux : la Résurrection, elles chanteront le Regina cœli: au deuxième , l'Ascension de Notre-Seigneur, Opus peregisti; au troisième, la Descente du Saint-Esprit, Veni^ Creator ; au quatrième, l'Assomption de la sainte Vierge, O vos œtherei ; au cinquième, le couronnement dfi Notre-Dame, une antienne à la Vierse, selon le temps. Cet exercice sera fini a trois heures et les sœurs iront prendre un peu de repos.
Tous les derniers jours de chaque mois, elles feront un jour de retraite ; elles s'occuperont particulièrement è demander pardon à Dieu des fautes qu'elles auront commises pendant le mois et à le remercier des grAces (]u'il leur aura faites et è prendre la résolution de sacquitter de leurs devoirs avec une nouvelle ferveur; elles communieront ce jour-)& en forme de viatique; le soir, elles feront la préparation à la mort, récitant ensemble, à celle intention, les prières de l'Eglise pour les agonisants.
Les Filles de la Miséricorde doivent s'efforcer de recueillir tous les points de cette règle comme autant de fleurs pour les présenter à Jésus-Christ tous les jours de leur vie, et n'en laisser flétrir aucune par leur négligence; mais le conjurer humblement qu il daigne les arroser des eaux vivifiantes de la grAce jusqu'à la bienheureuse éternité L'asceodapt des vertus et Tautorité bien méritée de la fondatrice étaient tels que les règles que nous venons de parcourir furent sufiosantes pendant plus de 30 années pour maintenir la communauté dans le plus grand ordre et la plus parfaite union; on y ajoula'une simple croix de bois, peinte en noir, sur laquelle on lit encore : Obéissance jusquà la mort. Heureuse allusion. i ces na« rôles de l'Ecriture sur le divin Modèle : // a été obéissant jusqu à la mort et jusqu'à la mort delà croix. [PhiL ii,8.)C'esiau pied de ce modeste calvaire que les Filles des écoles cliré-
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tiennes de la Miséricorde offrent encore au-
J'ourd*bui les prémices de leur consécration i Dieu, après avoir respectueusement porté sur leurs épaules ce signe de l'instrument d«^ rinûnie miséricorde du Sauveur.
Toutes les élèves de la paroisse se pressèrent autour des sœurs. On trouva des ressources dans des travaux de tout genre. Les unes filaient le lin, les autres la laine; celles-ci faisaient des tissus ; celles-là des dentelles, plus tard on broda des aubes, des nappes d'autel et môme des objets de toilette. Une sœur fut boulangère, une autre jardinière.
£n 1817, une nouvelle disette se tit sentir: cette femme héroïquement vertueuse se priva du nécessaire, coucha comme ses coropa-
f^nes sur la paille, vécut de pain de son, ne )Ut que de leau et donnait tout aux pauvres; on vendit de nouveau, pour secourir les indigents, tout, excepté Thabit, (|ue portaient les sœurs. Faisons comme saint François de Sales, disait la digne supérieure, vivons de ménage.
On ne sera pas surpris de voir tant de vertus et de si généreux sacrifices récompensés par l'obtention de quelque faveur extraoruinaire. La sœur Aimable était par son travail comme la mère nourricière de la communauté ; et en 1816, celte infatigable ouvrière fut atteinte d'un mal très-grave à une jambe : elle n'en poursuivit pas moins la confection des tissus, et pendant la disette de 1817 surtout, elle triompha des douleurs les plus vives pour travailler nuit et jour. Pendant sept ans le mal s'était envenimé à un tel point qu'il était considéré comme incurable. La mort ne pouvait être que très- 1>rocbdine. Trois plaies profondes exigeaient )eaucoup de linge pour le pansement. Bien moins désolée de souffrir que de se voir dans l'impossibilité de continuer son trav^iil, indispensable à la subsistance des sœurs, la sœur Aimable dit un jour (c'était en 1823}, è sa Mère : Qu'allons-nous devenir? Je ne puis plus travailler et je ne trouve plus un seul morceau de linge blanc pour panser mes piaies. Consolez-vous, ma Fille , dit la supérieure, Dieu sait tout et il peut tout. J*ai encore un petit morceau de linge : je vais vous panser et nous allons demander au Seigneur, avec une ferme confiance, qu'il daigne vous guérir. Ce fut en effet le dernier appareil : quand on leva le petit linge, au bout de quelques heures, tout était cicatrisé et les douleurs avaient entièrement disparu. Elle défendit de rien dire de cette merveille ; depuis 29 ans qu'elle a été obtenue, la sœur Aimable, qui n'a pas cessé de travailler, n*a rien ressenti de ce mal dont elle a toujours attribué la cure subite & la foi vive et à la sainteté de sa Mère.
On obtint la conversion désespérée d'un très-grand nombre des parents, des membres de la communauté par son intercession. Pendant plus de trente ans, toutes les reli- ({ieuses passaient successivement et sans interruption, un joureùtier en amende honorable, ayant une corde au cou et un sia-
pulaire sur l'épaule. Elles gardaient le silence le plus absolu; elles demandaient à genoux le nain sec pour leur dîner, et elles prenaient le repas dans cette posture par humilité. Ce pieux exercice avait pour Dut de solliciter la conversion des pécheurs el surtout celle des parents de la religieuse qui était chargée de 1 amende honorable, et une aurodne spéciale était pratiquée chaque jour è la même intention.
On était arrivé iusqu'b l'année 1820, sans pouvoir fournir des sœurs institutrices aux paroisses qui en auraient désiré. Trois mattresses è la force de l'Age avaient succombé àOcteville. La petite compagnie avait encore été réduite par le décès de deux autres sœurs. Les plus jeunes, ou étaient nouvellement reçues, ou avaient été forcément a^H pliquées aux travaux manuels. Il avait d'ail* leurs fallu pourvoir avant tout la maisonmère du personnel indispensable. M. Tabbé Cabart en demandait pour Tourlaville, sa patrie. La supérieure ne se rendit à ses instances qu'à la suite de trois apparitions de la sœur Kuphrasie, la première ùes trois institutrices, mortes à Octeville, qui la pressa d*envoyer des sœurs et lui désigna les sœurs Augusiine et sœur Eufihrasine. Dès le len« demain la Mère Marie-Madeleine s*emprcssait de conduire ces deux pieuses filles; elle leur montra la croix comme leur seul trésoret leur rappela nour les soutenir dans leur détresse ce queNotre Seigneur disait è sesa))ètres : Quand je vous ai envoyés ^ quelque ckose vous a^t'ii manqué? (Luc. xxii, 35.) Depuis3i ans que ces écoles sont établies elles ont prospéré sous tous les rapports. On établit celle de la Glacière avec le concours et le secours de M. l'abbé Cabart et de Cb. de Tocquc ville, père de l'ancien ministre. M. l'abbé Cabart mourut en 1827; sa digne sœurremplissanten partie les intentions de son frère, donna 10,000 fr. è la communauté, à laquelle elle ne cessa de rendre service. M. Daniel, curé de Valogne,fut nommé à Tévèchôde Baveus; il avait nommé directeurdessœursM. I^rcnard, dont la piété, la noble simplicité et la rare capacité administrative consolèrent la digne supérieure de la perte que la communauté avait faite dans la personne de M. Cabart.
M. Lerenard, touché de tant de vertus héroïques, s'attacha k Tœuvre de la Miséricorde et s'y dévoua sans réserve avec le plus com|)let désintéressement, et il en fut depuis le plus solide appui. Diverses prure>sions eurent lieu en 1820, 1823, 1825et 18â& sous M. Daniel, curé de Valogne; d'autres sœurs firent aussi leurs vœux en 1829, sous M. lloullard, son successeur.
En 1832» quelques postulantes se présentèrent encore; l'urgence d*un nouveau hea se faidaii sentir depuis longtemps : la supérieure pria M. Lerenard de le chercher en lui donnant l'assurance qu'il le trouverait, parce que le bon Dieu savait qu'elles m avaient besoin. L'abbaye do Saint-Sauvour le Vicomte fut choisie pour y fixer la m i>ou-
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DES ORDRES RELIGIEUX
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loère malgré son état de délabrement et de ruioes.
Dès 998, Richard II avait fondé une collégiale dans son château. En 10^0, elle fut remplacée par une abbaye de Bénédictines; mais ce monastère, trop à l'étroit dans l'enceinte du château, fut transféré, en 1067, au lieu où nous en voyons aujourd'hui les débri.s; Déanmoins la consécration de l'église D'eut lieu qu'après 1150» sous les seigneurs qui se succédèrenl, et grand nombre d'autres firent de grands dons et des augmentations considérables à l'abbaye. Le carlulaire est plein des chartes qu'ils donnèrent eo faveur de cette maison. Parmi les bienfaiteurs fut Robert d'Harcourt« évéque de Coutances (de 1290 à 1300], le même qui fonda à Pans ie collège qui portait son nom. One voie ferrée, récemment détruite, conduisait directement les habitants du château, à travers les nrairies des Bénédictins, à la chapelle qui leur était réservée dans l'église abbatiale. Quand Eude Rigaud, archevêque de Rouen, visita l'abbaye de Saint- Sauveur, en 1256, il y trouva trente religieux, firèires d'une vie très-régulière. Après deux siècles de tranquillité et d'accroissements, cette abbaye éprouva une longue suite de désastres et de misères. Robert d'Harcourt,qui avait tout fait pour elle, étant mort en 1315, son neveu Geolfroi se révolta cooire Philippe de Valois, acnena les Anglais dans sa patrie et la couvrit de deuil; il livra aux Anglais son château de Saint- Sauveur; ils en firent une place d'armes importante, dont la nombreuse garnison déwla toute la basse Normandie. Le traité de Bréligny, désavantageux à la France, confirma la donation que Geoffroi avait faite du château au roi d'Angleterre. Le fameux Jean Chaodos en devint possesseur, le fortifia ^vec beaucoup de soin et Gt détruire labj- Mje,donr le voisinage pouvait lui être nuisible. Les religieux de Saint-Sauveur se dispersèrent; ks uns furent à Cherbourg, d autres à Jersey où ils avaient quelques revenus.
Après l'expulsion des Anglais, Jean Caillot en fut nommé abbé en U51, fil re>taurer je monastère : les murs et une partie de I église subsistaient encore. Plus tard les Miiments furent encore démolis et ils auraient entièrementdisparu si on eût pu ven- «Ire facilement les pierresde taille; le temps et les démolisseurs ne cessaient d'amonceler des ruines, il ne restait plus dn l'église que de magnifiques débris. Le style roman, fégnait dans toute l'étendue de celte basilique jusqu'à la hauteur du triforium; audesius, c*élait en grande partie le style ogival du commencement du xm' siècle. Ce fut le jour des Rois que la communauté devint propriétaire de Tabbaye et le jour de Sainle- Thérèse elles vinrent s'y installer. La supérieure exhortait toute la communauté, composée de quatorze religieuses, è faire continuellement amende honorable pour toutes les profanations révolutionnaires et pour la
destruction presque totale de l'éj^^lisc et du monastère.
Il est difTiùile de se faire une idée des efforts inouïs des membres de la communauté soit pour faire disparaître les décom« bres, soit pour contribuer aux réparations» et aux défrichements et aux travaux de l'agriculture; d'autres se livrent aux travaux des tricots .Cde la couture, du blanchissage» des broderies de tout genre; l'instruction
f gratuite est immédiatement donnée à toutes es petites filles pauvres de Saint-Sauveur et des environs; des orphelines sont recueillies et élevées; un pensionnat pour les jeunes personnes aisées est ouvert. L'ardeur de la courageuse fondatrice est surexcitée par le souvenir des sueurs, des prières et des vertus des religieux qui avaient hnbiié celte maison et cultivé cette terre pendant tant de siècles.
La vénérée supérieure avait donné l'habit, le jour même de la prise de possession de l'abbaye, aux sœurs Joseph et Thérèse; la sœur Céleste fit ses vœux le 12 août 183^; le 1"mai 1835, elle accorda la môme faveur aux sœurs Placide , Virginie, Geneviève, Céleste, Apolline, Pélagie etè quatre autres postulantes. Les maisons de Tamerville, Tourlaville, Fresville, Cerisy-la-Salle, la Glacerie étaient encore les seules suceursalles que possédait l'institut. *
En 1837, le personnel se composait do vingt-cinq sœurs et de novices, qui se dévouaient d la pratique des vertus religieuses. La supérieure demanda avec instances pour supérieur M. Delamarre, vicaire général de Coutances, qui accepta avec hésitation à cause de ses occupations et de la distance qui séparait Saint-Sauveur de Coutances; il proposa d'abord d'adopter purement et simplement les règles et conslitU'lions de M. de la Salle, qui lui semblaieni parfaitement en harmonie avec les habitudes, l'esprit et le but de la communauté; toutes les sœurs reçurent avec empressement cette proposition quoiqu'elles dussent continuer d'être hospitalières; il fut convenu que toutes feraient l'étude do ces saintes règles, les pratiqueraient immédiatement et que les nouveaux, vœux seraient précédés d'un noviciat général. Ces vénérables novices se livrèrent à leurs nouveaux exercices avec une incroyable ardeur.
Le premier désir de la supérieure était de conserver une obédience devenue un indispensable besoin pourson cœur d'amante du Sauveur. Le deuxième privilège était d'être à l'église, placée seule à l'ombre d'un pilier tout près nés marches du sanctuaire, sur la chaise la plus simple, afin de pouvoir s'unir plus étroitement a l'objet de son amour. Elle voulait aussi assister à toutes les Messes qui étaient célébrées. Un autre privilège était de ne profiter en rien de l'adoucissement de la règle; elle trouvait naturel aue celle qui commandait et avait besoin de plus de grâces dépassât beaucoup en mortification ce qu'elle exigeait, au nom de Dieu, de ses chères Filles. Elle récitait toujours le Bré-
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viaire des prêtres depuis sa jeunesse; elle passait tous les moments disponibles et une lartiedes nuits en adoration devant le saint Sacrement. Elle accorda Tusage d*un léger matelas 5 ses Filles; mais elle continua de |)rendre ses quelques heures de sommeil sur une sorte de lit de camp; elle tolcra pour runilormité, qu'on luidonnât une pailhis^ê, mais elle ne mit dedans que deux |»oi|^uées de paille qu'elle ne remua jamais ; elle no se servit comme auparavant (jue d'un seul drap de laine, et elle conserva toujours l'usage secret de la hairc et du cilice; elle jeûuait comme dans la j rimilive Eglise : elle savait (jiie nos premiers parents avaient introduit dans le monde le péché et tous les aulres niauxen désobéissant par orgueil et sensualité ; elle combattit en elle et jusqu'à Ij mort ces deux vices ; elle chercha sans relâche son salut et sa perlection dans la pratique des deux vertus contraires, l'humilité, la murli.'ication, qu'elle regardait avec raison comme le fondement des autres vertus et de la perfection chrétienne. A la lecture des exercices de ia retraite, qui eut lieu au mois de septembre 1838, le costume fut complété tel qu'il e>t aujourd'hui, les .-inciennes pronont-èrent de nouveau leurs vicux et reçurent le voile des mains de M. Delamarre; quelques novices tirent leur profession.
Quelques jours après la retraite, le 13 octobre 1838, une ordonnance royale consacra l'existence légale de la congrégation. Un iïqs vœux les [)lus ardents de la supérieure était de réunir les pierres dis[)ersées du sanctuaire, de replacer l'autel Ih môme oij lo S'icrilice fut oîfert pendant tant de siècles. La caisse de la communauté otfVail undélicit de plusieurs mille francs, et il fallait faire une dépense de plus de 100,000 francs; néanmoins elle demanda et obtint de M. le supérieur la permission de commenccrcelle restauration ou |)lutôt celte reconstruction. \]n jeune homme, Frangois Hasley, es[)rit pénétrant, hu[uble comme tous les ho.nmes d'un vrai mérite, se (iant |»lus h la bonté divine, aux secours du Ciel, à la foi et aux prières de la bonne Mère qu'à sa [nopre industrie et à son génie, crut qu'il pourrait réaliser celte grande œuvre, avec le concours de M. l'abbé Lerenard, qui a dirigé avec tant dactivité et surveillé les travaux avec un zèle au-dessus de tout éloge; cet archilecle improvisé a produit dans peu d'années v\i\ chef-d'œuvre d'architeclure colossal avec toutes les ornementations les plus somptueuses, avec des vitraux dignes des plus belles cathédrales, ce qui est d'autant plus étonnant que François Hasiey n'avait reçu de leçons d'aucun maître, n'ayant d'autre science que celle qu'il avait apprise luimôme, a taillé, scul|>ié, f)lacé, sous la direction du digne supérieur M. Deiamarre, toutes ces pierres magnifiques et les autels dont le flni du travail étonne.
Les premiers travaux commencèrent en 1838; on en fit l'inauguration et la consécration au milieu d'un concours im-
mense ae fidèles, en 1856. La vénérable supérieure posa la première pierre avec jubilation. Quoique âgée de quatre-vingt-duui ans, elle travailla au delà des forces de son âge à déblayer le terrain, et surtout elle sut inspirerune incroyable ardeur à toute la communauté. Les sœurs classaient par ordre lout ce qu'on pouvait recueillir d'anciens matériaux; les pierres nouvelles, le sable étaient approchés; elles travaillaient ainsi |)endant le repas et lo repos des ouvriers, se succédant par groupes, afin que l'ardeur fût soutenue et que les travaui marchassent avec la plus grande aolivito.
En 18V3, lorsque les travaux de l'église étaient assez avancés et le clocher terminé, pendant une nuit, si affreuse qu'on l'eût prise pour un des signes précurseurs de la iin du monde, plusieurs clochers, è des [loinls très -distants, venaient d'être renverses dans le diocèse de Coulances, à la suite de secousses électriques communiq\iées par la foudre, la tour s'ouvrit instantaiiéraenl comme un livre en «leux parties à peu près égales. La moitié de celte masse s'éboula en un clin d'o?il avec le fracas du tonnerre; Tauire moitié [danait dans le vide à plus de quarante mètres de liauteur. Tout le monde fut consterné, on voulait abandonner les travaux; la contlance de la supérieure ne fut jamais ébranlée. L'église doit être réparée, dit-elle, l'argent ne manquera pas, non'; demanderons et on nous donnera, et voilà une lettre pour la reine des Français, parloz pour Paris, dit-elle à la sœur Placide, elle si timide !
La reine, sa famille firent des offrandes convenables. Louis-Philippe conseilla <1o faire une demande olîlcielle de secours h son gouvernement. Dans les deux visites que la (hère 5œur Placide lit à la capitale, la collecte fut satisfaisante; elle fut aussi heureuse dans les pavs qu'elle parcourut. Dès le mois de février 18U, la vénérable fondatrice posa la [)remière pierre avec une piété ravissante et une confiance indicible. A son appel, cinquante-deux fermierset propriétaires des environs vinrent se faire inscrire .et léiuoigiier le bonheur qu'ils auraient à obliger Ja roinmunaulé et à contribuer à la réédiiicalion de l'église abl)atiale.
Pendant ve$ travaux de restauration, le doigt de Dieu se montra d'une niamèro visdjle dans les secojrs providentiels qjjt arrivèrent lorsque lout semblait désespéré.
Lors(iue la sœur Marie-Madeleine fil vœit d'obéissance aux constitutions de M. '^^ la Salle avec toutes ses Filles anciennes et nouvelles, il n'y avait que viiigi-cj'i'l membres dans la communauté, et c'est ainsi (]ue hc développent lentement el h travers mille obstacles et; mille épreuvesles in^^'lutions qui viennent du ciel, qui sont destinées à jeter de profondes racines. Le nioment de la jiropagalion de l'œuvre éia; arrivé : en effet, pendant l'année ^^^l^I, y eut sept prises d'habit; quinze en l»*^i dix-sept en 1841, autant ]\^nnée suivante.
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DES ORDRES RELICrLlIl.
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Oo ft iVloelqaes frais pour faire acquérir k qoeiqoes nialtresses une instruction plus foigoée, afin qu'elles instruisissent les posluliDies et qu'elles les formassent pour donner uoe éducation plus analogue aux exigeoces des parents. De jeunes personnes fiirfaileiDent élevées et très-instruites coniribuèrent heureusement à doter la maison de ce bienfait. Telle fut une jeune personne de Pans, Juive de naissance, convertie à rëpoque de sa première communion avec Umie »A famille* qui n'a cessé depuis lors de donner Texemple de la plus grande ferveur. On offrait k cette excellente demoiselle 1,500 francs et une position brillante, à raison de ses rares talents, mais elle voulait se consacrer à Dieu; elle rencontra la sœur Placiiie;elle préféra la vie évang^lique de la sŒur llarie-Madeleine à tous les couvents ncbes de la capitale. Dès ce moment on for* 04 dans Tinstitut tous les sujets propres à remplir les divers emplois.
Sur la demande de Mgr l'évèque de Couuaces, qui exposa è Sa Sainteté Grégoire XV], que les sœurs des écoles chrétiennes de la Miséricorde suivaient avec une grande édification les institutions du vénérable abbé delà Salle, se livrant avec zèle à l'éaucatioo de la jeunesse et à d'autres œuvres de charité. Sa Sainteté accorda le 2 septembre 18&2 toutes les indulgences plénières et nartielles accordées par le Saint-Siège aux irèreàdes Ecoles chrétiennes.
La vénérable Julie Postel, en formant une société religieuse, avait voulu s'etforcerde bire revivre les vertus des premiers temps tieTEglise; faire le plus de bien possible en se cachant le plus [tussible; aimer Dieu sans mesure et le faire aimer de tout son pouvoir ; naroir jamais en vue que de lui plaire ; sacrifier tout pour rendre les autres heureux; coDiribuer è réformer la société par sa base eosevouaut à réducation chrétienne de la jeunesse, tels furent toujours ses principes, ies mobiles de sa conduite et le sujet des maiimes qu'elle ne cessait de répéter. Elle recommandait surtout la pauvreté et la simplicité évangéliques.
« Soyez les mères des enfants, » disaiteiie aux sœurs vouées à l'instruction, « il y en a beaucoup qui n'en ont pas d*autre, sans être orpbeliues, car ce n est pas en avoir que d'enavoir une qui donne de mauvais principes ou de pernicieux exemples. Gagnez ces jeunes cœurs au bon Dieu. Chaque sœur enseignante doit au moins sauver nulle âmes peudant sa carrière ; un tier9
Parmi les élèves et les deux autres tiers par inllaeDoe des enfants pieux sur les parents, par les prières et par l'édification qu'elles <lonnenL Je voudrais aller jusqu*aux extrémités de la terre pour gagner une Ame, et lallAt-il aller dans les Indes, je partirais à riu.si8Dt, dussé-je au bout de ma course trouver le martyre. — So^vez comme largile eoue les mains du potier, quel que soit remploi qu'on vous assigne. L*argile ne dit {■as I celui qui la façonne qu'elle ne veut pas ^tre employée h de vils usages. Dans les
maisons des princes, on se fait honneur do porter leurs livrées, faisons- nous donc honneur de porter celles de notre Roi, sa pauvreté, sa couronne et sa croix... Puisque vous vous êtes données à Dieu, donnez-vous donc è lui tout entières... Dieu est jaloux; il veut le cœur tout entier, Tarbre et le fruit; un cheveu entre l'Ame religieuse et son divin Epoux est un mur de séparation.
« Quand on aime, on trouve tant de bonheur à souffrir pour Tobjet de son amour 1 Aimons, aimons sans bornes ; plus nous aurons »imé Dieu ici-bas, plus nous l'aimerons éternellement. Si vous traînez votre croix, vuus tomberez; si vous l'embrassez avec courage, Jésus-Christ la portera pour vous... Ne faites rien par crainte, faites tout ))ar amour... Le silence est le gardien de toutes les vertus... On reconnaîtra une véritable sœur de la Miséricorde par une Traie droiture de cœur, par la franchise, la simplicité, la pauvreté et Thumilité... Souvenezvous que les petites vertus font les grands saints; la violette se cache sous les feuilles, mais sa douce odeur l(i fait découvrir... Estimez-vous heureuses si le monde vous méprise, c'est une preuve que vous ne lui appartenez pas et que vous n'appartenez qu'à Dieu.
« Aialgré le bonheur que l'on goûte dans la vie religieuse, on peut dire que c'est un martyre de tous les instants, parce que c'est une continuité de petits sacritîces qui peuvent nous être aussi méritoires que le mar* tyre de l'échafaud, attendu que les souffrances que les martyrs endurent ne sont que de quelques moments et que les sacrifices de la vie religieuse sont continuels. Ils sont devant Dieu d'un prix infini. Soyons tou« jours prêtes i monter avec Jésus sur le Calvaire et à y mourir s'il le faut... On n*a rien à soufl'rir quand on aime le bon Dieu. Ayons sous les yeux la sainte famille et vovons comment ies moments de Jésus, de Marie et de Joseph, étaient partagés entre la prière et le travail; que nos délassements mêmes soient copiés sur ceux de ce divin modèle. Ne voyons dans les sœursque lebien qu'elles font, et que chacune dise comme saint François de Sales : Si elles avaient cent visages, je les regarderais parle plus beau. Rendonsleur tous les petits services qui sont en notre pouvoir. Réjouissons-nous d'être les servantes des servantes du Seigneur. Quand vous seriez appelées à leur rendre ces petits services pendant le temps destiné è la prière* faites cet échange de bon cœur, c'est quitter pieu pour Dieu. Ce n'est pas parce que nos sœurs sont aimables qu il iaut les aimer, mais bien parce que Dieu nous commande d*aimer notre prochain comme nous-mêmes* Nous qui sommes les épouses d'un Dieu qui nous a choisies pour ^accomplir jusqu'aux conseils évangéliques, nous devons vivre comme les premiers Chrétiens, qui n'avaient qu'un cœur et qu*une Ame. Dans le cœur d'une bonne religieuse, il ne doit y avoir la place que pour Jésus crucifié. »
. Pendant son premier vovage è la cai)i .
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taie , la sœur Placide ayanl fait providentiellement la rencontre de M. l'abbé Haumet, curé de Sainlc-Margueritev rétablissement des sœurs des Ecoles chrétiennes se Gt dans cette paroisse an milieu des pauvri3S,dont elles sont devenues les mères. Cette maison, dite de Notre-Dame consolatrice, s*est constamment développée dans Tintérôt des petites filles pauvres et des classes ouvrières du voisinage. Ce modeste établissement a déjà produit, à Paris : La maison du Sacré-Cœur, rue de Picpus; la belle crèche du même quartier; le pensionnat avec externat, rue Notre-Dame-des-Champs ; TinOrmerie des jeunes convalescents, rue Babylone, et diverses écoles dans la banlieue.
Malgré les efforts de la sœur supérieure pour cacher lo crédit dont elle iouissait auprès de Dieu, bien des traits échaijaient aux précautions de son humilité. La sœur Marthe étant tombée dans une rivière où elle lavait la lessive, pendant l'hiver, ses jambes étaient devenues comme paralysées. Depuis un an, poursuivie par la pensée déchirante qu'on pourrait la renvoyer 2t 1^ suite des infirmités qui s'aggravaient chaque jour, elle ouvrit son cœur à la vénérée Mère, qui la rassura à rinstant et lui dit : « Je vais prier avec pleine confiance pour votre guérison; unissez vos prières aux miennes. • Le lendemain matin, la sœur Marthe était parfaitement guérie. Une autre fois la sœur Philom^ne, qui avait depuis longtemps une plaie scrofuleuse qui parlait du cou et couvrait Tépaule, et qui était si dégoûtante que la sœur infiroiière, malgré sa charité et son habitude de soigner les malades, éprouvait en la pansant des répugnances involontaires. 1^ Mère la voyant désolée, Tembrasse et lui dit : « Ma Fille, priez avec foi et confiance, soyez sûre que vous serez bientôt guérie. » En etfet, au bout de trois jours, tout était parfaitement cicatrisé, et depuis sept ans que cette guérison a eu lieu, tout apparence de mal a disparu. Les sœurs Marthe et Philomène vivent encore.
A mesure que le corps vieillissait chez la vénérable supérieure, les forces et la vie de Tftme semblaient se développer encore» son activité ne devait mourir qu'avec elle. Elle s'occupait sans cesse des fonctions du personnel de la maison ; presque constamment on trouvait auprès d'elle quelque sœur puissant dans son cœur et dans son expérience des avis et desencouragements. Dans les trois dernières années de sa vie, la préoccupation de Téglise qu'on reconstruisait était sa pensée dominante. Elle travailla, avec toute l'ardeur de la jeunesse, k quatre aubes, dont une pour M. le supérieur et trois oui devaient servir, pour la première fois, h I autel le jou. de la dédica«ïe de l'église. ^ Je serai dans le ciel, disait-eliet mats je verrai cette belle cérémonie. »
Quoique ses forces diminuassent etqu'elle fût très->onffraDte depuis deux ou trois semaines, elle ne diminuait rien de ses «xercices et continuait h dire le saint Oflice ; elle récita encore les |)elites Heures le jour de
(t) Voy, & la an du vol., n»* 72, 73.
sa mort, arrivée le 16 juillet 1M6, à l'âge de 90 ans. On trouva sous son chevet un ^rand cilice et un corset tout hérissé de pointes de fer. Ces instruments de pénitence sont usés par l'usage constant qu'elle en a fait jusqu'à la fin de sa vie. Toutes les ^œurs fontlanten larmes eurent la conviction qu'elle était entrée immédiatement dans le séjour de la gloire. La Mère Madeleine ne se coucha jamais t)endant sa vie sans tenir entre ses mains le signe du salut par amour pour la croix. Elle regardait comme une grâce ))articulière de l'avoir toujours retrouvée dans la môme main à son réveil. Après sa mort, on observa qu'il eût fallu forcer sa main pour enlever ce crucifix. A chaque instant de sa longue vie, elle avait répété ces deux vers :
Que la croix dans ma main soit b ma dernière beurc Qii*à mon dernier soupir je i'enibra&se elje meure.
Le bon Dieu lui accorda cette grâce. Son corps fut solennellement déposé dans un caveau au milieu du chœur, au pied du sanctuaire de l'église en construction. Depuis des grâces de tout genre ont été obtennes par son intercession sur son tombeau. Son pouvoir auprès de Dieu s'est également ma* nifesté))ar t'aci^omplissementdes prédictions qu'elle avait faites.
A sa mort, l'institut des sœurs des Eroles chrétiennes de la Miséricorde se composau de 150 religieuses et 20 postulantes ; aujourd'hui elles sont au nombre de 100 avec un noviciat beaucoup plus nombreux, et elles se sont répandues dans dix départements où elles rendent de signalés services. Il possèiie cent établissements, dont huit è Paris. Ce sont des écoles de filles dans les villeset les campagnes, de l'orphelinat des salles d'asiles. Klles sont appelées à aller exercer leur zèle en Prusse, où les api)ellent le roi et les princesses, qui ont envoyé sponlanéuiont une des verreries pour la m^agnifique église. On attribue avec raison ce prodigieux développement aux prières de la vénérée supé<rieure,(l)
ECOLE DOMLNICALE (Frères de l*).
On aurait tort d'attribuer à la bienfaisanre moderne l'établissement des Ecoles dominicales pour les ouvriers. Qu'on se rappelle d'abord ce que firent, il y a un siècle et demi, lors de leur établisement à Paris, los frères des Ecoles chrétiennes. Voici, (»<)ur exciter la reconnaissance des flmcs pieuses, la mention historique, malheureusemeut trop concise d'une institution destinée à re genre d œuvre qui lui donna son nom. VKcole dominicale existait à Courtrai, en Bel* gique. Douze frères laï(|ues y vi vaienten communauté sous un frère directeur et apprenaient, à de pauvres enfants, la doctrine chrétienne, ainsi que la lecture et l'écriture. Ils donnaient aussi la soupe aux pauvi es cl allaient soulager ceux qui étaient mala«U*^. Ils formaient un institut spécial, et avaient pour fondateur M. Joseph Vaudacle, m(>tt en oiieur de sainteté Tan 1780. L*e&pri( «ia cet homme estimable était le aiéme qui aui*
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Dalechdnoine Nicot, dont je parle è ranicle des Saurt de la Charité de Jésus et de Marie, Essai dannalesde la bienfaisance^ t. Il
EL0I(Il£UGIB€SB5OU MONASTÀRE DE SAINT-).
Vers Van 650, sainte Aurea ou Aure, Syrienne de nation, d*uae naissance noble et illustre, désirant ardemment passer sa vie dans le célibat et conserver te précieux trésor de la virginité, se rendit en France. Elle fut reçue avec une paternelle bonté par saint £loi qui, nour combler les vœux de cette sainte que le désir d*embrasser la vie éréfflitique et de renoncer à tout commerce arec le monde pour marcher dans la voie de la perfection, avait déterminée è quitter sa patrie et à entrefirendre avec autant de courage un voyage long et périlleux, lui fait construire un monastère dans son propre palais, dont lui avait fait présent le roi uagobert. Son exemple et les sublimes vertus qu*elie pratiquait attirèrent un grand nombre déjeunes personnes qui voulurent vivre sous sa conduite. Saint Èloi Ja leur donna {K)ur supérieure, leur nombre, qui croissait de jour en jour, s*éleva bientdt è 300. Sainte Aure vécut pendant sept ans renfermée dans une petite cellule, ne se nourrit que de pain et d*eau qu'elle faisait passer auparavant SOQS la cendre. Elle suivait la règle de Saint- Coiomban.
Outre les divers autres monastères que saint Eloi fonda en France, on en fonda plusieurs autres auxquels on donna les mêmes règles, c'est pourquoi ils portèrent tous le DoiDdeSaint-Eloi.
Oo fait mémoire de sainte Aure le k octobre dans le Martyrologe; mais Tévéque André Saussay place sa fête le premier décembre. Le costume de ces religieuses consistait en une robe noire sur laquelle était un man leao blanc comme on le voit dnns Bonanni, \^*^e 47, Religieuses de Saint-Floi en France, dans la première partie des Vierges consacrées k Dieu dans son catalogue des ordres religieux. Le monastère de Paris fut ensuite occupé par les clercs réguliers Rarnabiies.
(ENFANCE DE JÉSUS (SœcRS de l').
Communauté formée par le chanoine Triest, fondateur de plusieurs instituts, et dont on a donné la Vie è l'article : Sœurs de la Cha* rite deJéêuê et de Marie. Le 15 octobre 1835, six filles pieuses commencèrent cette bienlatsance institution dans une partie du local deThospicedc Saint-Jean de Latran,mai»ce ne fut qu'après la mort du fondateur qu'elles furent, le 20 juillet 1836, définitivement en conomunauté religieuse. Cette institution est destinée à soigner les enfants trouvés, avant qu'ils soient rois en nourrice è la campagne, ou devenant malades à la campagne, ainsi que d'autres enfants pauvres et infirmes de la ville, au-dessous de l'âge de dix ans. En 1836, le nombre des enfants trouvés malades tariait de huit à quatorze; celui des enfants infirmes variait de trente à quarante. C'est
(!) Toy. à la On du vol., n*" 71.
dans cet établissement qu*est le tour ou rouleau pour les enfants trouvés; deux* nourrices y sont continuellement; chaque vendredi, les enfants trouvés de la semaine sont donnés en nourrice aux femmes de la campagne qui se présentent avec les certificats requis. Une pharmacie s'organisait pour Tusage de la maison. Cette communauté était alors composée de six personnes. (1) F. les articles : Cbarité, Charité de Jésus et ■Marie... Bonnes obuvres {Frères des)^ etc.
ENFANT-JESUS (Congrégation de lins- TRUOTiON CHARITABLE DU SÂlNT-}, dite de Saint'Maur,
A l'article Ecoles chrétiennes (tom. Jl, col. 122), nous avons parié de la naissance et de l'extension de cette^ institut; aiijourd'hui, grflce aux renseignements que la maison mère a bien voulu nous communiquer, nous pouvons reprendre sou histoire à dater de 1789.
A l'époque de la révolution, la Mère Aide* bert de Chirac était supérieure générale, et la Mère Domergue de Beaucaire, première assistante et maîtresse des novices. Elles refusèrent, ainsi que tous les membres de l'institut, de prêter le serment exigé, et par suite elles eurent beaucoup A souffrir, tant è Paris que dans les provinces. A Paris la communauté eut surtout à déplorer les profanations impies de ceux qui vinrent enlever les vases sacrés du saint tabernacle. Les sœurs fondant en larmes, n'eurent que le temps de présenter un corporal où ils jetèrent les saintes hosties, et attendirent, avec un sentiment de profonde douleur, qu'un prêtre pût venir leur donner la communioQ et consommer les espèces sacrées.
On avait fait l'inventaire de tout le mobilier de la communauté, ne laissant à chaque sœur que le plus strict nécessaire. Elles se virent bientôt réduites au plus extrême dénûment; pour subvenir à leur subsistance et à celle des sœurs âgées et inArmes, ieuk* travail fut insuffisant, et elles se virent obligées de vendre le peu d'objets raoL)iliers uu'on leur avait abandonnés. On les accusa (l'avoir vendu des objets inventoriés, et elles furent appelées devant le comité révolutionnaire. La Mère Domergue répondit par écrit avec tant de sang-froid et de présence d'esprit. Qu'elles furent renvoyées pleinement justiGées.
Il fallut peu après quitter forcément la maison de Saint-Maur. La Mère Aldebert se retira d'abord dans la ville avec ses assistantes; mais plus tard, obligée encore de s'en séparer, elle se rendit dans sa famille. La Mère Domergue ne quitta pas Paris, et y mourut pendant la révolution. Nulle part il ne fut possible aux sœurs de continuer à vivre ensemble; toutes furent contraintes de se séparer, et la plupart de rentrer même dans leur pays natal. Quelques-unes néanmoins purent demeurer dans les lieux où leur communauté avait existé. L^s unes et les autres eurent plus ou moins à souffrir;
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