‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 4)Chapitre 92 sur 220 · BOS · texte numérisé non relu

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DILTIONNAIRE

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Joseph s'installa alors prOTisoirement pr^s de la Cbapello de Bon-Secours. — « Cette Chapelle» » dit le P. Félix Martin» « leuf .servit d'église» de salle des malades» pendant quelque temps, et bientÂl de tombeau pour plusieurs d*entre elles. Une maladie épidémique, continue ce Père» s'était introduite parmi les malades» transférés dans une maison voisine» et ces zélées servantes des membres souffrants de Jésus-Christ, qui ne reculent jamais devant le danger quand elles voient des douleurs à soulager» tombèrent en grand nombre frappées par le fléau. Onze d'entre elles périrent dans ce pieux service de la charité» elles furent ensevelies dans l'église de Bon-Secours.» (Jfanue/ du p€/mn de N. D. de Bon-Secours^ p. 20.)

En 1765» ce fut le tour de ThApiUl général de devenir la proie des flammes» et les sœurs Grises trouvèrent rfaosjûtalité à THÔtei-Dieu.

En 1795» les religieuses de Saint-Joseph s'affilièrent è une association de prières pour la propagation de la foi catholique dans les treize Etats de TAmérique. M. Thayer» ministre protestant converti» était le fondateur de cette association» et cette sollicitude pour le saint des citoyens des Etats-Unis nous a semblé mériter d'être signalée.

La révolution en France mit TUôtel-Dien dans une grande gène en le privant de la majeure partie de ses revenus* Mais en 1815. U. J.-B. Tbavenet, nrètre exemplaire» partit

J)Our la France afln de travaillera recouvrer es renies des diverses communautés religieuses du Canada. Le digne ecclésiastique se consacra pendant vingt ans à cette difficile entreprise» avec autant d'habileté que de persévérance» et enfin il put faire restituer des sommes assez fortes aux communautés dont il s'était constitué l'infatigable protecteur. L'HôteUDieu de Montréal eut sa |)art de ces ressources précieuses, et c'est grAce à elles que les siMcieuses constructions actuelles ont été élevées.

Outre ce bel établissement» la communauté a acquis» en 1852, un vaste et superbe éililice dans un autre quartier de la ville» au faubourg Saint-Antoine, Ce local, qui était précédemment un séminaire anabaptiste» a reçu le nom d*bôpital Saint-Patrice» et il relève de la maison mère. Ces deux maisons contenaient» à la fin de 1853» 39 professes et 16 novices ou postulantes. Elles y avaient des lits occupés par 170 malades» et dans le courant de l'année les sœurs de Saint^oseph avaient admis dans leurs deux hôpitaux S»M6 malades.

Ces bonnes sœurs ont de plus envoyé» en 18US, une colonie de leur ordre à Kingston» dans le haut Canada» sur la demande de Hgr Rémi Gaulin» évAque de cette ville. Le couvent est leur propriété» ainsi que THÔtel- Dieu de Kingston» et l'établissement a été bâti en partie par souscription» et surtout par les libéralités de Mlle Joseph Le Borgne» la principale bienfaitrice. Les sœurs de Kingston sont indépendantes de la maison de Moniréali élisant leurs supérieures» ayan*

noviciat» et n'étant soumises qu'à la visjie de révoque dio<.ésain. A la On de 1853,ccUq communauté comptait 12 professes et 8 novices ou postulantes. Elle élevait et nourrissait 2i orphelins, et elle avait soigné dans son Hôtel-Dieu» durant Taonée, 117 malades.

En 1853» il y avait dans cette maison 90 professes» 16 novices ou postulantes. Cette même année on avait reçu dans l'hôpital 3,000 malades» dont S^817 avaient été guéris ou soulagés.

HOSPITAUÈRES DU SAINT-ESPRIT, à Rouceux {Yotge$).

Les religieuses hospitalières du Saint-Es* prit» établies à Rouceui» sont un rameau reverdi du grand ordre des hospitaliers et bospiUliëres du Saint-Esprit» fondé en 1180, k Montpellier» approuvé solennellement» en 1198» par Innocent lU; c*est toujours le même costume. Cette communauté» qui est établie depuis quinze ans seulement a Rouceaux» Tavait été primitivement k Neufchèteau» sur la un du ui' siècle» ou au plus tard dans les premières années du xin*. Depuis cette époque reculée de sa fondation la communauté des religieuses hospitalières sous la direction des religieux de Vordre, et après Tannée 1760» sous celle des prêtres séculiers» a continué sans interruption, môme pendant la grande révolution» a ser- Tir les pauvres malades et les petits enfants orphelins jusqu'au 1" mars ISbS. A cette é^H>que un orage s*éleva. Les religieuses furent chassées de Tantique domaitie de leur charité; on leur substitua des infirmières laïques.

Cette tempête était dans les desseins que Dieu avait sur cette communauté; c'était un heureux événement pour cette famille si ancienne dans TEglise. Les religieuses se réfugièrent k Ronceaux» distant seulement de cinq minutes de Neufchâteau; elles ouvrirent un noviciat. d*oili est sorti un grandi nombre de religieuses. Ainsi tandis qu il u*v avait que six religieuses k leur sortie <!« rhùpital» et qu'elles ne pouraient se |)erpétuer, parce qu'on leur avait défendu de recevoir les novices qui se présentaient, 1^ communauté se compose aujourd'hui ^t trente-deux personnes» dont vingt et une professes.

Les rell^euses sont actuellement réj^arties en trois maisons : 1* Rouceaux, qui, par suite de la destruction de tout lien liérarchiaue dans Tancien ordre» devient maison mère avec une supérieure générale; outre Tœuvre du noviciat» de Thospitalte qu'elle exerce envers des personnes âgée» et infirmes; 8* l'hôpital de Neofchkieau, ^û elles ont été rappelées en 1832 par ceui mêmes qui les en avaient expulsées du nw auparavant; 8* Busseng, dans les moritac;'.e> des Vosges» arrondissement de Reulr^ mont.

En étudiant le passé de cet ordre* 4^^ survit ainsi dans un de ses faibles rameaut è tant de siècles de misères et de porsévu-

nifl DES ORDRES

tîons, it est impossible rie ne pas yoir dans U résarreclioa actuelle la bônédictioû que Diea a promise depuis longtemps à ceux qui se derooent aux pauvres. Beaiw qui tfi-

Uttiffii iuptr egtmm tt pauperem Domi-

MU amitro€i tim ti wnfieti tum. ( iPso/.

A r<ra?re principale de rhospitalité les religieuses do 8aint«Esprit se livrent h une QQTre secondaire! celle d'életer les petites

RELIGIEtJX.

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filles dans les dcbles ; jusque dans ces derniers temps^ les sœurs hospitalières ne s'étaient dévouées è réduoàiion que dans Kin* térieur de leurs bApitaux à regard des or« pbelins, qui j étaient reçus.

Il y a aussi à Poligni» dans le départe* ment du Jura» une maison de religieusas du Saint-Esprit, qui» comme celles dont nous venons de parler» se livre aux mêmes bonnes œuvres.

IiniACnLÊE- CONCEPTION {GoilMûifAiitfi

OB L*)t à Rouen.

Le 23 mars 1765, naquit à Baosault Marie- Madeleine Cbevalier, nlle de François et de Marie-Madeleine Rojrer; elle eut P. Dubois rt Mme JBoulard pour parrain et marraine» et toi ba|)tisée par 1 abbé Gravelle, vicaire de \a paroisse; cette nouvelle Chrétienne de- Tau puiser de bonne heure» dans sa conduite eieoplaire» le courage de défendre sei religiooaa^il de sa vie. Quand vinrent les oauTiis jours de la fin du dernier siècle» elle refusa de prendre |)art aux joies de la déâide; elle fat arrêtée pour être conduite à Paris» où elle devait périr sur Téchafaud quod la mort de Robespierre vint lui rendre la liberté. Alors elle forma, avec quel« qties pieuses filles» une espèce de société religieuse» au milieu du monde» sous le oofli de filles de Marie. Vers Van 1802, elle alla se fixer k ftouen» où elle établit un pen- «ooaatquia fourni plus d'une sainte fille Melottreel un grand nombre de femmes ^istioguées à la société. Depuis cette épopée jusqu'au moment de sa mort» elle pro- «Kit de l'absence des élèves pendant les vacaooes pour établir dans sa maison une retraite de dames qui venaient là se retremper dans l'esprit religieux.

Bo 1825. Mlle Chevalier obtint du prince de Crojr, archevêque de Rouen» Tautorisattoo de fonder une communauté sous le titre de ilfflmaculée-Conception.

Cette fille mourut le 3 octobre 1839» pleine de résignation, au milieu des douleurs aig«èi et après avoir regretté bien des fois peadant sa vie de ne pas avoir souffert le OMrtm au temus de la terreur.

A la mort de la sœur Marie-Joseph (Mlle Q^ialier)» %^s religieuses n'avaient pas [eÇQ Qoe constitution assez régulière» ni |m solide» pour que l'œuvre pût être conwweeavec espérance de succès; aussi la «wœunautése dispersa-i-elleeton fut obli- !* de tout vendre.

. ^P^ndant» parmi les religieuses, il s'en .?V* ^^^ V» résolurent de ne pas lais- ^f !* «Spœunauté s'éteindre. Aidées d'un 'r^P'w*. que toute la ville de Rouen re- J^tt* eioore» l'abbé Prévost, curé de Saint-

o^l*** **?«<*<«» P«r de pieux Chrétiens W leur prêtèrent les meubles les plus in-

DiCTiosm. DES OiinaKS relig. IV.

dispedsables; elles rétablirent leur communauté, non plus dans l'babîtation de la place Saint-Ouen» mais dans l'ancienne maisun des dames de Saint-iosepb» rue du Petit* Maulévrier. C'est là que ces saintes fillesi au nombre de quinxe» continuent l'œuvre de leur fondatrice» après avoir surmonté des difficultés et avoir donné des preuves d'une persévérance que Dieu bénit.

Le pensionnat de l'Immaculée-Conception compte en ce moment une trentaine de pen^ sionnaires et ft peu près autant de demi«* pensionnaires. La sœur de rAnnonciation, supérieure de la maisoué se propose de don* ner le plus tôt possible 1 instruction gratuite aux petites filles pauvres qui pourront fréquenter la classe

IMMACULÉE-CONCEPTION ( CoMMUiiADTi Dss soBuas DE l')» â Nogfnt^ê-Rotrou. .

André-François Beulé naquit h Mogent-Ie* Rotrou; la vivacité de son esprit se fit remarquer dès l'Age le plus tenare » il dévora les éléments des connaissances avec une étonnante facilité. Il l'emportait dès lors sur tous ses condisciples» et l'on sentit bientôt qu'il avait besoin d'études plus fortes que celles de la province. Il alla suivre les cours de Paris» et satisfaire dans nos plus célèbres écoles» la soif insatiable qu*i] avait d'apprendre. Ses succès n*y furent ni moins nombreux, ni moins continuels que dans sa ville natale» et cbaque année le vit revenir dans SA fiimille» le front orné de couronnes d'autant plus glorieuses qu'elles avaient été disputées perdes émules plus redoutables» et qu*on les distribuait, à cette époque, avec plus d'épargne et de sobriété qu'on ne le fait aujourd'hui. Ce fut sous le * savant et pieux Emery» au sein de cette société renommée qui reconnaît Olier pour son fondateur, et qui a compté Fénelon au nombre de ses élèves; ce fut à Saint-Sulpice qu'il lit rnpprentissage des sciences et des vertus cléricales. Enfant du peuple, mêlé aux La Trémouille, Montmorency et à tant d'autres rejetons des plus illustres races, qui se préparaient dans la retraite k porter le fardeau des hautes dignités de rËglisc» il n'avait, lui» qu'un nom bien obscur; mais il Tennoblissait k sa manière» en se faisant distinguer par sa piété ardente, autant que

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par %ts rares progrès dans les saintes lettres et dans la théologie.

Déjà il était initié aux ordres sacrés, et plusieurs futnrs prélats jetaient peut-être les yeux sur lui, pour l'associer aux grandes fonctions qui leur étaient réservées, lors*

3u'il s'arracba, par une résolution souaine, à toutes les espérances qui pouvaient lui sourire. On fut nien surpris, un jour, d'apprendre au séminaire que le jeune abbé Beule était allé s'ensevelir dans le monastère des Carmes (1) de Paris, qui avaient depuis peu embrassé la réforme. Frappé vivement de celte parole du^ Sauveur : Que itrt'il à Vhamme de gagner F Univers, s'il perd son dmet{Matth. xvi, 26), il avait voulu assurer son salut étemel en se dé* Touant à la pénitence dans un des ordres les plus austères de TEglise ; mais il s'était mépris sur sa vocation. Quoique nulle épreuve ne se tùi trouvée au-dessus de son courage, quoiqu'il eût subi, sans fléchir, tout ce que les macérations , les jeûnes , le travail , les humiliations ont de plus rebutant et de plus pénible , le maître des novices aux soins et à l'examen duquel il avait été confié, ne tarda pas à lui dire : « Ce n'est pas ici, mon Bis, que Dieu vous appelle ; il attend de vous de plus grandes choses, et il importe k sa gloire que tous alliez vous préparer de nouveau à par* eourir la carrière évangélique. » Le saint cénobite connaissait bien les hommes, il comprenait |bien les vrais intérêts de ia religion. Quel dommage que tant a'activité, d'intelligence, de connaissances acquises eussent été s'enfouir dans le déserti car, on n'allume pas la lampe, dit Jésus, pour la placer MOUS le boisseau, {Matth^ v, 15), et sans doute celui qui a reçu dans un degré éminent le talent de la parole, n'est pas destiné par la Providence, k garder le silence du cloître.

Quand notre jeune ecclésiastique reçut l'onction sacerdotale, l'orage de la révolution française grondait déjà fortement, il allait éclater ( nous ne rappelons ici le souvenir de ce temps lamentable, que parce

3if*il est nécessaire pour faire connaitre celui ont nous esquissons la vie }.

On exigea des ministres saints un serment que repoussaient la conscience (i).

Loin de se laisser entraîner k le faire, et de céder k de funestes exemples, l'abbé Beuié se hftta de se ranger du c6té des courteeui confesseurs de la foi, prêt, s'il le Iillait, à en devenir le martyre. Cependant il ne crot pà$ devoir suivre sur le sol étranger ceux dont il avait imité la constance, et quoique Jésus-Christ ait autorisé ses disciples k fuir d'une région dans une antre quand le feu de la persécution s'allumait contre eux , il estima qu'il était plus dime de son zèle et plus méritoire aux yeux oe son Dieu de de* meurer, malgré les périls, au sein de sa patrie, et de s'y consacrer au service spiriioel de tant d'âmes qui, sans ce dévouement, seraient restées pendant la vie et k l'heure de la mort , sans secours et sans consolation. Certes, il fallait avoir une fermeté héroïque, une intrépidité plus généreuse que celle des guerrier^ mêmes qui affronieni les^ combats, jpoiir exercer le sacré ministère, en de si critiques conjonctures. Qui ne sait que le culte du Dieu vivant était proscrit ; que le plus çrand et le plus irrémissible de fous les crimes était, ou de plonger dan$ l'onde sacrée l'enfant qui Tenait de naître, ou de laver de ses fautes dans la piscine salutaire, le pécheur qui en demandait la rémission, ou d'offrir la victime de la loi nouvelle, ou de fortifier par l'aliment céleste et par les saintes onctions , le panvre moribond qui était sur le point de franchir le seuil de l'éternité? Le prêtre qui se livrait k ces charitables fonctions , outre les pnva* tiens sans nombre et les fatigues incroyables qu'il lui fallait subir, ne pouvait igtiorer que le glaive de la mort accompagnait en Hout lieu ses pas , suspendu par un fil audessus de sa tète. Que fallait-il pour que ce fil se rompit? une trahison, un geste, un coup d'œuif, un rien, et de perpétuelles an-

Soisses s'attachaient k toutes les démarches u ministre de Jésus-Christ. L'abbé BeuIé vécut, pendant plusieurs années, au milieu

(I) Oatdans ce monaaiére, tranaforiné eu pri- •ou par Jet révolutionnaires, qu'eut lieu le massacre de tant do vénérables ecclésiastiques, confesseurs et martyrs de la fol. Souvent M. Beulé faisait le récit de cette cruelle exécution. II possédait le crucifix que Mgr Duleau, archevêque d'Arles, portait entre ses mains au moment ou il reçut le coup de la mort. Malbeureusenient, on avait lavé le sauf dont 11 avali dû être couvert, et dont les traces i*eu6sent rendu encore plus précieux. C'était de ce cruciflx en cuivre qu'on se servait à la «bapelle du collège pour Tadoration , le vendredi saint. U doit être maintenant en la possession des sœurs de l'Imniaculée-Gouception de la même ville.

(9) M. Beulé reçut le sacerdoce k la dernière ordination qui se fit k Paris avant l'introduction du aehisrae. Il eut k peine le temps de se rendre dans ta famille et de célébrer sa première Messe dans aa paroisse naule, que le serment k la consiitution eivite du clergé fut exigé de tous les ecclésiastiqurs

en place, sons les peines les plus rigoarensas. Aa* cun des curés de riogeni ne consentit k le prêter, et M. Hector Bordin, slirs curédeNotre-I^nie, siosi que ses confrères, MM. Foogére. coré de Saiot- Laurent, et Groult, curé de Salni-Hîlaire, préiértrentgénéreusementrexilau sacrifice de leur conscience. Des prêtres, soit de la ville, aoil dêienvirecs, se montrèrent moins délicats, et lea trois parsiss» furent proroptement envahies |»ar des Intrus. Ukv

3ue le vicaire de Notre-Dame» mû par des mutib 'ambition qui furent cependaoi da^M, preooKa dans la chaire U formule impie, au milieu des »*«> nicipaux qui le méprisaieni eux-mêmes, TabU Benlé, prosterné au pied de Pautel de Is îierf . protestait publiquement, par aes géroissemeois ri par ses larmes, contre raciion fétonne de sou fs« frère ; et il faut dire, k b louange des Nufceuis, que, loin d'insulter k soe eoaroge, ils approovWBi sa noble conduite et environr ' témoignages de leur estime.

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DES OllDRES RBLieiEUI.

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i.e ces dangers et de ces alarmes cruelles. Au prix de SDH repos , de sa santé , de son exis* tence qui était i chaque instant compromise, il maibtint dans un grand diocèse, celui de Rouen, les pratiques de notre sainte religion , et il ouvrit le ciel è une multitude de Chrétiens fidèles qui expirèrent entre ses bras. Combien de fois fut-il sur le point de tomber aux mains de ses ennemis acharnés I Mais la ProTidence le protégea toujours el Varracba è leurs embûches d'une manière miraculeuse (t). Son esprit fertile en expédients et en reparties ingénieuses^ joint i un sang-flroîd et à un aplomb imperturbable, le servait merveilleusement en ces sortes de rencontre (9); sa gaieté naturellene le qnitiait jamais, et nous lui avons entendu dire que r.ette vie de hasards auxquels on s'exposait pour la cause de Dieu, ne laissait pas d*avoir, en quelque façon ses chances. Vincent, après de longs soupirs , vit arriver des circonstances moins malheureuses, et, an milieu de ses ruines, TEçiise de France commença k respirer. Elevé sur le pavois rir les mains de la victoire^ Bonaparte songea cicatriser les plaies delà petrieJInefut pas longtemps k comprendre qu'il n'y a ni repos ni félicité pour les peuples, si la société n'a

G^or base la religion. Il médita de la rétair. Ce projet était digne de son génie et de sa haute fortnne ; mais des difficultés de toute espèce s'opposaient k sa réussite, et ce ne fut que par beaucoup d'efforts et par le concours d'hommes habiles et zélés pour le restauration de la foi , qu'il parvint k les surmonter. On ignore esses généralement, même en la ville de Nogent , que l'abbé Benlé fut chargé, de la part du premier Consul et de plusieurs évéques français , d'une négociation secrète et importante , relative au concordat. Sans être ostensiblement avoué par le Gouvernement , mais en effet chargé de ses instructions et de ses dépêches, ce prêtre, encore peu avancé en âge, mais en oui on avait remarqué un coup dii^l vif et péqétrant, une facilité extrême d'élocotion , une présence d'esprit peu commune • avec une discrétion k toute épreuve ,

<l) Un matin Tabbé Beulé revenait de Tune de «es courses nocturnes, le cœar bien content d*avoir procuré k on moribond les consolations de la religion* si précieuses à Theure du trépas, quand il fut tout h coup irrété à Tune des portes de Rouen par la sentînelie de garde. On lui oeroanda son passe-

Crt; Il n*en avait point, hélas 1 et il portait sur lui \ preuves irrécusables des crimes qu*il venait de oommetlre; il portail dans un panier les ornemeuls dont il s^élait servi pour célébrer la sainte Messe. On allait saisir le panier; déjà la foule s'amassait à grand bruit, les cris : < C'est un prénre réfraeuîre l 9 se faisaient entendre, lorsque Toffieier du poste iatervini : c Que voulez-vous à cet bomme, • «lit-il an faetionaaire. c est*ce qu*on a besoin d*ttn passe-pon pour rentrer chez soi? Laisaei-lo aller, t M. Beulé se garde blea de contester, et taudis qtt*aae altercation s*éléve entre lui et une femme <|ui réclame cootre Tordre qui vient d^étre donné, lui il wn perd dans le rassemblement, et il se bkte de regagner son domicile, où il arriva éperdu de joie et «la cr»ittie«

arriva a Rome, avec un autre ecclésiastique qni partageait sa mission. L*un et l'autre parvinrent jusqu'aux pieds du Souverain Ponlife qui reçut de leurs bouches des renseignements infiniment précieux, et qui influèrent de la manière la plus décisive, sur cette mémorable transaction, k laquelle nous sommes redevables d'avoir vu reparaître parmi nous le cuite sacré de nos pères, ih* mais l'abbé Beulé n'a découvert à personne le fond des entretiens qu'il eut k diverses reprises avec le chef de la chrétienté ( maison sait que le saint Pontif Pie Vllavait «;onçu l'opinion la plus favorable de sa piélé et de ses talents. Lorsque» deux ans après» il vint en France pour sacrer Napoléon , il discerna, dans le palais de l'évèque de Versailles, le jeune négociateur qui s^ trouvait comme perdu au milieu d une foule de

Prends personnages: il s'approcha de lui» entraîna dans une embrasure de fenêtre» et lui serrant aSectueusement la main :*« Soyez en reuos, lui dit-il, j'ai brûlé moi-même tous les papiers ^ue vous m'aviez remis. » Ia principal ministre du Pape» le cardinal et célèbre diplomate Consalvî» voulut conr férer plusieurs fois avec l'abbé Beulé, pendant son séjour dans la capitale de relise. Inquiet de ses» entrevues avec le Pontife, il chercha k en pénétrer le mystère» mais, en vain, il avait affaire k un homme gui, tout en respectant avec scrupule les droits inviolables de la vérité, savait échapper ^^rfai* tement aux ruses les plus adroites de ses insidieuses questions.

Le cardinal Haury fut aussi k même de

i'uger de la sûreté qu'il y avait k se confier i ce modeste ambassadeur. Il l'avait reçu dans se maison épiscopale de Hontéfiascone* lorsqu'k son retour de Rome^ celui-ci rêve-? nait en France. Ce prélat k qui l'amour du sol natal dresssait un piège dont il ne sut pas se garantir, et qui peut*6tre roulait déjà dans son cœur, le désir de s'asseoir sur le siège de Paris» se doutait bien que son h6to n'était pas un voyageur ordinaire, et il ne négligea, pendant plusieurs jours, ni prévenances» ni caresses, ni épanchements dans

(2) L*abbé Beulé se faisait appeler H. André ; il voyageait sous le costume et avec la profession apparente de marchand de dentelles. Obligé de loger quelquefois dans les auberges, on lui trouvait, mal-

§ré lalr gaillard qu*il essayait de se donner, pluA e savoir-vivre que n*en ont ordinairement les gens de son état prétendu ; Tabsence, dans les conversatiouR, de certains mots grossiers qu*il ne pouvait admettre sur ses lèvres, donnait aussi des soupçons ; mais il raisonnait si pertinemment de son Î[enre de commerce, il éuitsi drdle d^ns ses sailies, qu*il réussissait toujours à enchaîner la malveillance, et 11 savait si bien gagner les coBurs, qu*il se faisait aimer par des êtres ordinairement peu prodigues dc! sentiments aflbctueux et de politesse. Il se ti ra un jour fort heureusement d*un mauvais pas. Une servante qui voulait réprouver, ayant mis entfe ses mains placées derrière son dos une eeriaine pièce de dentelle ptour la juger, il dit sans hésiter, et h la complète satisfaciion de rassemblée, de quelle r?. hrlque elle éuit sortie. Mais il faui croire que Dieu lui vint en aide dans une si étrange rencontre.

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la conversation » i>ottr obtenir une confidence, dont il aurait profité selon ses desseins et ses Tues ; mais il fut forcé de s'avouer vaincu, et il convint de sa défaite, d'une manière qui n*avait rien de désobligeant pour son silencieux antagoniste.

Si l'abbé Beulô avait eu de l'ambition , c'était là le vrai moment de se produire. Mais il n'était pas de ceux qui cherchent leurs avantages. (Philip, n, Si.} Satisfait d'avoir contribué pour sa part, à la paix de TEgliso, il resta simple soldat dans les rangs de sa milice, et il se hâta de profiter de sa liberté qu'elle venait de recouvrer, pour se livrer à l'œuvre importante des missions. Il 8*associa k cet effet au fameux P. Guillou, qui s'est si fort distingué dans ce genre de ministère, et qui a laissé après lui, dans le clergé de France, la réputation d'un saint homme et tout à la ibis d un homme d'esprit. M. Beulé était alors dans la force de lAge et des talents. Une physionomie caractérisée et des traits h la saint Vincent de Paul, un tempérament nerveux, une voix sonore, une éloquence naturelle et populaire, une sobriété austère, un mépris décidé des dé^ lices de la vie , une constance infatigable dans les travaux ; avec cela une humeur agréable, un tact exquis pour deviner ce

Ju'il fallait dire et ce qu'il fallait taire, un on particulier pour s'insinuer dans les bonnes grAces de chacun, tout le rendait propre h remplir le rôle apostolique dont il s'était charge. Aussi l'ascendant qu'il prit sur les populations fut-il prodigieux. Mantes, Argentan, Morta^ne, Alençon, pour ne point citer, d'autres villes, n'ont pas oublie ces jours de bénédiction, où il apparut au milieu d'eux, comme un envoyé céleste* elles conserveront le souvenir dé ces flots d'auditeurs de tout Age, rie tout sexe, de toute condition, qui environnaient sa chaire, et où il bisait retentir le tonnerre de la justice divine pour épouvanter salutairement les pécheurs; qu il déroulait la grande scène du jugement dernier,et entr'ouvrait les gouffres de l'abîme éternel ; tantôt, et plus souvent, versant le baume de la consolation sur les cœurs blessés par le repentir, et peignant avec enthousiasme la miséricordieuse bonté deJésus. Ce n'étaient pasdeces beaux discours élaborés et polis à loisir, qui, en amusant l'esprit, laissent le cœur froid et insensible, Thomme de Dieu dédaignait cette ambitieuse et stérile envie de plaire» c'étaient des instructions claires, solides, pathétiques, nourries d'Ecriture sainte et de la plus pure substance des Pères t c'étaient des traits forts, hardis et pressants, des pointures de moBurs pleines de vérité, où la nature semblait prise sur le fait; des aperçus d'une finesse et d'une profondeur surprenante, une certaine malice incisive et caustique,

Suand il s'agissait de démasquer le vice, et e le stigmatiser; des vues neuves, originales, fécondes, et qui, si elles avaient été mûries par plus d'étude, auraient pu fournir le ronds de véritables chefs-d'œuvre. Bans doute I notre nrédicateur ne s'est pa;

soutenu, jusqu'à la An, k la même hauteai ; il a éprouvé, comme tous les autres, la décadence de rage, et l'on doit même avouer, pour être juste, que son extrême facilité lui a beaucoup nui; mais on conviendra aussi que, même dans oes derniers temps, il intéressait encore; qu'à travers tous les défauts de forme, on retrouvait l'homme à grandes pensées, et que si l'éclat de celte pourpre, jadis si vif, était un peu terni, le tissu n*cn demeurait pas moins fort. Le lèle pour annoncer la parole de Dieu était comme inné dans Tabbé Beulé; jamais il ne se refroidit en lui. Chaque fois qu'il célébrait les saints mystères, sous le règne néfasie de la terreur , il adressait aux fidèles qui s'étaient assemblés en secret, pour y participer , quelque exhortation plus ou moins étendue, afm d*animer leur foi et de fortifier leur courage. Plus t»rd , quelque part qu'il se trouvât, il était toujours prêt, sur la moindre invitation, à monter dans la tribuoe sacrée, et les églises de Nogent-le-Rotroo, aussi bien que celles des campagnes d*aleotour, ont résonné pendant quarante ans consécutifs, de ses inépuisables accents.

A cette époque, le collège de cette ville était tombé dans un lei état de dé^téri^soment, qu'il n'existait pour ainsi dire plus. On cherchait un homme qui pût le reieTer de ses ruines, et y faire refleurir la discipline et les études. L*élève de rancieunc université de Paris, le docte prêtre qui n'ignorait pas plus Horace et Virgile, que rhisloire sainte et l'antiquité ecclésiastique, se présentait à la pensée de tous. Hais on eut bien de peine a vaincre ses résistances. Il semble qu'il prévoyait les peines qui Tattendaient, dans ce nouveau genre de vie. A sa voix, l'enceinte déserte du collège fut bientôt remplie ; de tontes parts on se rendait à cette école, où présidait on chef m digne et si renommé. Dès la première aonco, elle comptait plus de cent élèves internes, qui vinrent de tous les lieux d'alentour, rivaliser avec les enfants de la cité. Qui peut d ire les florissantes destinées qu'eût obtenues un établissement ainsi dirigé, s*il fût resié ians les mains de celui qui l'avait comme fondé parmi nous ?

Rendu à ta vie privée, Tabbë Beulé, on le pense bien, ne resta pas oisif. Dés le temps

3u*il remplissait les fonctions de vicairn ons la paroisse do Saint- Laurent, il s^n rencontre, dans la direction, iilnsienrs âmes d*élite qui, à sa persuasioui s^étaienl réanies et avaient fbrmé une petite communaoïè, peu brillante aux yeux des hommes, m<i< «infiniment recommandable devant Dieu, À cause des hautes vertus qui s'y pratiquaient. La fin qu'on s'était proposée d'abord avaa été de procurer une éavcation vraiment chrétienne aux enfants de cette partie (iu peuple qui, plongé dans la iDtsère,eten proie à tous les besoins de la vie, ne pen^* pas même que nous ayons une âme à saatrer, absorbée qu*elle est par la nécei»ii'^

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DES ORDRES RELIGIEUX

pressante et quotidienne de procurer au corps des aKinents. Le projet* conçu par un cœur brûlant de cbanté pour ses frèreSi tel exéeatA arec un désintéressement sans boroes, une sagesse consommée» un courage et une prérojanco Indomptables. Vniibé Seule y employa son patnmoîne et celui des femxes généreuses qui s*élaient associées i sa pensée ; il fit plus, il ne dédaiena p, pour assurer Tindépendance de Tetaiiiis^emeul qu^'l formait en faveur des Intel* licences, de s*adonner à une Industrie matérielle, ety comme saint Paul , d'employer $cs mains sacerdotales è un travail mécanique. Il apprit à ses Slles k mener une vie (jurp, iiéoitenle» éloignée en tout de l'esprit ilu mande V ei voulut que Thumilité dont elles faisaient profession , reluisît jusque sur leurs xêlcments. Riez, si vous vous en sentez le couraget de la forme et de la couleur de ces habits modestes, habiles gens dont tout le mérite consiste peut-être dans C08 élégante parure; mais celui qui les a p^critea, avaient de graves raisons pour ja^ttGer son choix. Les moyens doivent être eo barmonie avec le but. Comme c'était aux |40Tres que notre saint prêtre préparait ses msiiiulioos, il voulut qu elles lussent habillées pauvrement, de peur qu'une mise moins grossière no donnât , près d*elles Kcëd aui riches , et , qu'à la fin, son idée (/nilameolale ne fût méconnue et renversée. Oui pourrait se l'imaginer t 11 se rencontra des obstacles de toute nature à une enlre-

Gise si utile, et il fallut une constance de locottp d'années pour en triompher.

PariDi les filles que l'abbé Beulé avait rassemblées, il avait remarqué la sœur Catherine Fleurv, première supérieure de la commanauKé de l'Immaculée-Conception , qui, bien que née dans une condition obscure, et n'ayant reçu dans son enfance , presque aucune culture de l'esprit, ne laissait pas <i*aToir de grandes dispositions pour les sciences. Il s'était empressé de lui commuuiquer des notions de grammaire, qu'elle atait saisies avec tant de rapidité, qu'il le <o)t capable de réaliser un dessein difficile quil avait jadis conçu, et dont il résolal de commencer l'exécution. Le sort de ces in* jprtuoés qui naissent privés à la fois de

asa(;e de l'ouïe ei de celui de la langue, laTau toujours touché d'une vive compassion. Ce qui les rendait surtout à plaindre à «es yeux, cétaii cette espèce d'impossibilité, omisse trouvenl, d'aoauérir une connaissance sufQsante des vérités de la religion, privatioaqui les expose, hélas 1 à la perte éternelle de leur âme. Il envoya l'bamble ^ar étudier, à gr«Bds frais, dans la célèbre mslituiion de Paris, qui a servi de modèle Houles celles qui se sont, depuis, établies ailleurs, mais qui était alors la seule dont I Korofie se pût glorifier* 11 n'avait pas trop presaoé de la capacité de cette Olle. Elle îevint, au bout d'un temps assez court, eom-tae des trésors d'une science, que d'au* vesn apprennent que très-lentement et avec (le tris-longs efforts, el elle se chargea im-

médiatement de l'instruction d'uo certain nombre de sourdes-muettes. Quand l'abbé se vil, par sa sortie du collège, libre de toute occupation publique, il voulut donner à cette nouvelle espèce d'enseignement une plus grande extension, et il rôva un magnifique établissement dont il espérait doter sbn pays. Gomme il fallait connaître l'art |)0ur le transmettre à d'autres» il n'hésita point d'aller, écolier à tète chenue, se omettre sous la discipline de l'abbé Sicard, et l'ennui des premiers éléments, par lesquels il était obligé de passer, ne dégoûta point son fige mûr; tant sa passion du bien le pressait, tant son cœur était altéré du désir (le travailler au bonheur de ses frères f Disons-le en passant, à la gloire de la religion, c'est au clergé oue l'on doit, après tant d'autres bienfaits de tout genre, la plus Délie, la plus utile découverte de ces temps modernes, celle de faire en un sens enten^ dre les sourds et parler les muets. L'abbé de l'Epée inventa la méthode, l'abbé Sieard la perfectionna, l'abbé Beulé lui a fait faire de nouveaux progrès. Celui-ci eut bientôt surmonté toutes les difficultés du chemin où il venait d'engager ses pas; il eut bientôt aplani tous les otetaoles, et quelques mois s étaient à> peine écoulés, que de disciple, il était devenu maître.. Jamais l'abbé Sicard n'avait rencontré autant de pénétration, de sa^cité; jamais on ne l'avait si bien comr pns; jamais on n'était entré si avant et si

Krfaitement dans tous les détours et toutes i sinuosités d'une science, pour laquelle, avec une patience et «ne application infinie, il fout encore une extrême profondeur d'es-

[>rit. 11 s'enthousiasmait de son élève, et il e désignait bautemeat comme le plus digne d'être son successeur. Son vœu à cet égard était si connu, qu'après sa mort, les adoiinistrateurs de l^éeole songèrent h le remplir. Leieu duc Mathieu de Montmorency , le baron de Gérando encore existant, firent att« près de lui les plus vives instances , pour l'engager à accepter la place de direcieur de rinstiiution royale des Souros-Muets. Malgré ses premiers reibs, ils l'appelèrent à Paris pour essayer de vaincre plus efficacement sa résistance. Mais ni les louanges les plus flatteuses, ni les offres les plus séduisantes, ni même le nom du roi qu'on 'fil retentir à ses oreilles, ne purent le détonmer de la pensée ft laquelle il était fixé, celle de faire jouir du fruit de ses travaux sa Tille natale, préférablement à toutes les autres. Hélas 1 il était dans sa destinée de vouloir, pour le bien, plus que de pouvoir. Une suite de circonstances lâcheuses Ta privé du bonheur tant envié par lui de créer cette école de sourds-rouets, qui fut l'idée dominante des vingt dernières années de sa TÎe, et il a disparu de ce monde, sans avoir attaché son nom à ce grand ouvrage. Puisse quelque heureux Klisée avoir reçu le manteau de cet autre Elle, lorsqu'il s*est envolé vers les cieux, et donner suite, k des desseins dont raccomplissemeni serait si désirable* Ce que nous regrettons sur-r

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tout, c'est que Tabbé Beulô u'aU pas consigné dans un ouvrage, les résultats de son oipérience. Il est rcrtain qu*il avait fait faire de grands pas k l'art d'instruire les sourds-rauels, et nul peut-ôlre en Europe n'en possédait aussi bien que lui les secrels. Mais il avait une répugnance naturelle h manier la plume, et sa vivacité ne s'accommodail pas des lenteurs de-la composition. Bien éloigné de la manière du siècle qui réfléchit peu et qui écrit beaucoup, lui, il pensait beaucoup et il n'écrivait guère.

Les vertus sacerdotales de Tabbé Beulé répondaient à Téminence de sa science et h rétendue de ses facultés intellectuelles. Son attachement à la foi était inébranlable , son dévouement pour elle ne connaissait pas de bornes. On peut dire qu'il faisait tout dans des vues de foi, tout pour l'honneur et l'affrandissement de la foi. 11 ne fallait pas plaisanter, en sa présence, sur les mystères de la religion ; car il savait, lui aussi, aiguiser la pointe do la raillerie ; elle devenait alors une arme terrible entre ses mains, et il perçait de part en part l'imprudent qui avait osé toucher, sans respect, à l'objet de son amour et de ses convictions. Sa piété avait quelque chose de arand et de simple tout ensemble. Elle neMe rendait certes, ni méticuleux, ni pusillanime, et elle marchait de pair avec la hauteur de ses conceptions ; mais en môme temps elle était tendre et naïve, elle tenait de la candeur de l'enfant. Adorateur zélé du sacrement de nos autels et du divin Cœur de Jésus, affectueux de la Vierge Marie et des saints, il adoptait volontiers pour leur rendre ses hommages et pour nourrir ses sentiments envers eux, les dévotions les plus poptilaires, et ces sortes de pratiques avaient même un attrait . et un goût particulier pour lui. L'abbé Beulé fut humble ; non -seulement il ne chercha jamais k se produire, mais il écarta soigneusemenl les occasions qui se présentèrent plusieurs Cois, pendant sa vie, démettre son mérite en relief et de monter k des positions dignes de lui. « Dieu, » disait^U, souvent, « me conduit par la voie des humilialions. » Et, en effet, il eut k boire en oe genre les calices les plus amers, dont il ne détourna point ses lèvres, et qu'il vida josqu*k la lie. Toutefois, s'il souffrait sans se plaindre, qu'on le méconnût et qu'on TabaissAt* il n entendait pas qu'on l'avilit, et quand on essayait de porter atteinte k son honneur ou au caractère sacré dont il était revêtu, il relevait fièrement la tète et .prenait une contenance qui imposait le respect. Dans l'adversité (elle heurta souvent et rudement k sa porte ) , il déployait une fermeté et une énergie supérieure k toutes les attaques, et tel était son calme, au milieu iïes circonstances les plus pénibles , que vous eussiez dit qu'il se trouvait k l'aise avec cet hôte incommode. Sa manière de vio était frugale ; ce n'est ims assez, elle était austère. Les aliments les plus communs, de Teau pure pour boisson, des meur (I) Yoy, à la fin du vs!., a» 114.

blés , dont le dernier artisan se serait ï peine contenté, des habits de Tétoffe la plus vulgaire, témoignaient assez du peu de cas qu'n faisait des aises de la vie. Chez lui, 1 Ame était reine; tout se faisait k son pro- 6t; et le pauvre corps qui la servait, éiait traité avec une dure épargne. Hais cette sévérité était toute pour notre saint prêtre ; il n'avait pour les autres que bonté et indul* gence. Son humeur toujours enjouée, sa conversation toujours spirituelle et instructive , faisaient rechercher avidement son commerce , »et l'on regardait comme une bonne fortune de l'attirer parfois k quelque réunion honnête, pour jouir du charme de ses saillies et de ses entretiens. 11 accueillait avec bonté les jeunesgens, il leur donnait ses conseils , les prémunissait, contre les dangers du monde, les encourageait au tra*» vail et k la vertu; on né sortait point d'auprès de lui, sans se sentir plus de volonté et de fticillté pour bien faire.

Il aimait les pauvres avec prédilediott, il plaidait leur cause dans la chaire de vérité et, recommandant leur misère k la oitié des riches, de peur que le nécessaire leur roanquAt, il s'en privait presque lui-même. S'il prêchait il rapprochait tant qu'il pouvait son langage du leur ; s*il entrait dans le sacré tribunal c'était pour les entendre de préférence, Il s'épuisait envers eux de soins, d'efforts, de dépenses, il était le pied du boiteux, l'œil de l'aveugle, le père des in^ digents et de tous les infortunés,(lJ

INSTRUCTION (DBMOiSBLLBS ob l*) du

Vivaraii.

• Anne-Marie Martel naquit au Pujr, d'un avocat en la sénéchaussée de cette ville , le jeudi 11 août 16IA. Elle fréquenta de bonne heure les catéchismes de Saint-Jac(]ues, sa paroisse, qu'administraient les directeurs des séminaires, et fut instruite des éléments de la doctrine chrétienne , par M. Métbé ,

3ui gouvernait alors la cure. L'enfance 'Anne -Marie offrit quelques traits dignes de remarque. On rap|K>rte que, i^endant les troubles qui divisaient la ville du Puy» en .sujet des droits des évéqdes el des seif^urs de Polignac, elle se mit en devoir d'ai^aiser, toute petite enfant qu'elle était, la colère de Dieu, irrité contre les habitants de cette ville, et que, par une résolution bien ettraordlnaire dans une fille de son içe , elle réunissait ses compagnes et les disait marcher en procession, portant elle-même au crucifix. Après avoir aemeuré quelque temps chez les religieuses de Saiote^-Catnerine de Sienne, an Puy, elle revint dans la maison paternelle, et continua, comme auparavant, a fréquenter la paroisse du séminaire. Elii' s'adressa toujours aux divers curés qui 5e succédèrent, et enfin k M. AntoineTrouson, par I*) conseil duquel elle comment l'œurn* ûeVInttrueiion.m Cette œuvre, » dit M. Tmnson lui-même dans seè Méflioires,«n>»i|^

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l'effet iTon dessein prémédité^ nî une enlreprifeurévoe et concertée par ie3 hommes. Quand on y donna commencement, on ne sodftêit nollement que les choses dussent lenir là où elles sont : on n'en avait pas même la moindre pensée ; et c'est assuréffleol la ProTidence seule qui en a ainsi ordonné, ajrant eu une fin déterminée dans ce qoe les nommes faisaient sans en avoir eoi-mémes aucune. » Non loin des murs doPnf, on Toit un village nommé Anguille, où était un hôpital pour les personnes du sexe. M. Tronson , y passant quelquefois , trouva dans cette maison un grand nombre lie femmes et de filles si étrangères aux choses de la religion , qu'elles ignoraient même les premiers articles de la loi. Ayant recnargué que personne n'était chargé de les instruire, il lui vint en pensée de donner cesom à Mlle Martel, sa pénitente, qui s'y rendit en effet , et y opéra des fruits étonnants. £ncoure^ par un succès qu'il ne s*(teit pas promis, M. Tronson chargea cette piease tille de travailler à l'instruction des jeanes personnes du faubourg de Saint-Laurent, qui, bien que dé|)enaant de sa paroisse, en était néanmoins assez* éloigné. Les travaux de Mlle Martel eurent encore ici les mêmes résultats. Elle assembla Ws filles de ce faubourg pour leur faire le oa« téchisme, et les disposer h leur première eDmmunion : c'était alors le temps du Carême de Tannée 1668. II ftllut lui donner nne compagne* et ensuite une autre, pour suffire k ce pénible travail. Mlle Martel se |)orta de Ik dans un autre quartier de la ville, oà le bien se multiplia encore avec

Bios de bénédictions. Bientôt elle gaçna à ieo un grand nombre déjeunes ouvrières, s qai elle conseilla de vivre ensemble avec autant de régularité que dans les communautés les plus ferventes. Elle organisa leurs •^semblées, teur donna des règles, et opéra l«r ce moyen un renouvellement entier dans les mœurs de la ville du Puy. Dans le Velay, la plupart des personnes du sexe, de la classe indigente, travaillent h la dentelle, et ce métier en attirant un grand nombre k la ville, elles se rétinissent plusieurs dans des chambres, pour y vivre et travailler en commun. Il était indispensable, pour établir une réforme des moaurs complète et solide , de pourvoir ft l'instruction et k la sanctification de cette classe du peuple jus- IQ alors entièrement abandonnée. Le genre le travail de ces personnes est de telle nature, que l'on peut, sans l'interrompre, faire oraison , garder le silence, chanter, écouter une lecture, ou s'entretenir ensemble. Mlle Martel s*étant insinuée dans If'urs assemblées, essaya d'abord de leur hire observer un règlement ^ur diviser et scndifler leurs travaux; et bientM elle apprit la manière de s'occuper ainsi doublement pendant la journée. Le lever se faisait kune heure précise, et, après la prière, on ▼acjuait durant une demi-heure à l'oraison ,

}n\ était .suivie de la sainte Messe. Le reste u jour était partagé avec autant de di:3cer*

nement que de variété. Chaque ehoae avait son temps t il y avait «ne heure pour k récréation, une heure pour le silence, une heure pour chanter des cantiques et réciter le chapelet ft deux chœurs, une heure Jour entendre la lecture que l'une de ces Iles faisait pour toute la compagnie. Mlle Martel visitait fréquemment toutes ces ou- Trières, et savait «^communiquer son zèle à celles qui, dans chaque réunion, étaient pré[K>sées pour gouverner les autres. Elle consolait celles-oi, reprenait celles-là, les encourageait toutes, et priait pour elles avee une douceur qu'on ne peut exprimer.

Les dimanches et les iètes, ces filles se rendaient à l'église du séminaire pour $y eonfesser, et un grand nombre pour y communier. Elles y entendaient la grand Messe et le Prône , et étaient si affectionnées à l'oraison, qu'on en voyait plusieurs persévérer, durant toute la matinée, dans la plus religieuse modestie. L'église de Saint-Georges était le lieu ordinaire de leur réunion, quoique le plus grand nombre de ces personnes demeurassent sur d'autres paroisses. Les jours de fêtes et les dimancnes , plu« sieurs y venaient tout exprès de la campagne, pour participer aux exercices. Ces dernières se rendaient à Saint-Georges avec tant d'empressement, qu'uniquement occu-

Sées de la nourriture de TAme, elles semlaient oublier les besoins du corps les plus nécessaires, se contentant d'un peu de pain et de quelques fruits, qu'elles portaientaveo elles pour vivre le long du jour. Après les Vêpres, un des prêtres leur faisait un catéchisme raisonné, interrogeant indistinctement tout le monde, comme cela se pratiquait k Saint-Sulpice. Ces réunions cemmonçaieni par de pieux cantiques , toujours analogues aa temps de l'année oCt. à la fête du jour; et le fruit qu'on en retirait consistait principalement dans des pratiques de dévotion pour passer saintement la semaine. Enfin, eu sortant de Saint-Georges, chacune de ces filles allait saluer la très-sainte Vierge à la cathédrale, et prendre sa béaédiclioik U n'eût pas été possible qu'un petit nombre de personnes suffit i tant de travaux^La divine Providence^ toujours attentive è proportionner les moyens avec les fins qu elle se propose, associa bientôt h Mlle Martel des compagnes pour seconder son zèle. La

Ïremière qui eut le dessein de s'unir i Mlle [artel fut Mlle Catherine Félix, qui, depuis son enfance , lui demeura toujours inséparablement unie par les liens d'une sincère et inviolable cbaritié. Elle avait d'ailleurs l'avantage d'être dirigée comme elle par M. Tronson 9 curé de Saint-Georges, et cet habile directeur, reconnaissant en elle les mêmes dispositions , l'appliqua h des occupations semblables. Il y porta encore plusieurs autres jeunes (>ersonnes de bonnes et honnêtes iamilies, qui s'étaient mises sous sa conduite. Son digne vicaire, M. Grosson, dont le principal caractère fut rhumilité et le zèle nour le salut. des personnes gros-

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i»iéro6» mi renvoyait toutes celles qui étalent un fieu de conuitioni et qui vouaient sV Ure^ser à luit en leur disant : « Allez à H. Troiison, qui est très-propre à conduire lea personnes de votre état, et a grAce pour lea porter à Dieu, n M. Grosson avait lui-même unçrand nombre de pénitentes, qu*il enga- ^K*à\i anssi à se vouer à Tinstruction des pauvres, ]i conçut le désir d*en réunir plu- :$ieurs en communauté* ou plutôt Dieu four* uitlui*mème à ces pieuses filles une occasion de pratiquer la vie commune. La mère de Tune d*eile, Mme Félix » pour tirer queU que avantage de sa maison t qui était spa« cieuse et fournie de meubles, eut la pensée de prendre des filles en pension et de leur louer des chambres. Le dessein qu'elle réalisa eut un autre avantage qu'elle n'avait fMis prévu; ce fut que toutes les compagnes de Mlle Martel vinrent se réunir dans cette maison et formèrent bientôt une communauté qui fut une espèce de pépinière fiour Vœuvre de llnsiruclion* C'était le rendea* vous de toutes ces ouvrières évangéliques ; ^lles y formèrent un grand nombre de maîtresses d'écoles p pleines de zèle pour l'instruction chrétienne des eniants. On y venait, taire des retraites de huit ou dix jours» et y demeurer même des années entières , pour se former dana la méthode de /Wre fin$m iruetUm. On y observait un règlement dressé par M. Grosson, qui fut chargé de conduire toutes ces filles. Mais la communauté devenant tous les jours plus nombreuse , un seul confesseur n'était pas capable de gouverner les consciences de tant de personnes» M. Tronson associa h M. Grosson plusieurs autres excellents prêtres formés au séminaire, tous pleins de ferveur et surtout hommes d'exemple et d'oraison. Le grand vicaire de l'évêque s'empressa d'autoriser verbalement une si sainte entreprise; et M. de la Cbétardie fit imnrimer exprès, pour l'usage de ces demoiselles, des catéchismes, iïeB cantiques, des méthodes pour faire oraison , pour se confesser, entendre la mainte Messe, et enfin pour sanctifier toutes Us actions de la journée. Les directeurs du séminaire leur fournirent encore de bons livras, simples et à la {lortée du peuple, divers manuscrits, des instructions familières, toutes tendant k la pratique des choses les plus nécessaires, et entremêlées d'histoires également touchantes et instructives. Ces vertueuses filles se répandaient t<ius les jours dans les assemblées de la ville, des faubourgs, et des villages cireon voisins} et les prêtres que M. Tronson avait désignés s*y trans|>ortaient aussi de temfis en temps pour maintenir l'ordre et distribuer le pain de la parole. Le mercredi de cliaque semaine, M; Tronson tenait une réunion générale de toutes ces assemblées ftarticulières, et faisait une conférence sur ce qu'il savait être plus im|)Ortant, soit à Tœuvre, soit aux personnes qui s*y étaient consacrées.

Mademoiselle Martel eut en partage le plus dillicilc de^ emplois qu'exerçait cvtlc trouj»e

apostolique. Ce fut le soin des femmes qui demandaient l'aumône aux [)ortes de la ca« ihédrale, et qui, pour être si près d*aD lieu tant vénéré, n'en étaient pas plus adooués aux pratiques de la religion, la plu()art u'entrant pas même à Tfiglise les jours de di« manche. Elle embrassa avec ardeur l'œuvre dont nous parlons, et il ne fallait rien moins qu'une personne de son caractère et de sa vertu, pour la continuer comme elle fit, roaU sré les obstacles que rencontra son zôle, Pourparveniràleslever,elleusademillecoiu« plaisances, et essuya toute sorte de rebuts. On la vit pendant lougtempsconduire par les rues de la ville une pauvre aveugle» afin de demander l'aumône avec elle et pour elle. Ce qui, comme il est aisé de penser, lui attirait les mépris des personnes dépourvues de l'esprit du christianisme. Tous les jours elle ne manquait pas d'aller trouver son aireugle» et de la prendre sous le bras pour la conduire ainsi de porte en porte. Elle disait d'autant plus paraître en cela la pureté de son zèle, et de son amour pour le prochain, qu'k Texemple de sainte Catherine de Sienne, elle ne recevait de cette aveugle ingrate, que des reproches et des mauvais traitements. « Je Tai vue mot-même, pendant plus de huit ans, dit M. Tronson, porter quasi tous les jours un petit pot sous son tablier k d'autres pauvres dont elle s'était chargée. » Mais la grâce lui fit surmonter efiicacement toutes Tes répugnances de la nature; et, après avoir appris le catéchisme à chacune de ces femmes en particulier, elle les réunit pendant longtemps (K)ur leur faire des lectures spirituelles suivies d'histoires surchaque vice et chaque vertu, très-propres à les toucher. Le fruit de ses travaux fut de les déterminer à faire des confessions générales, et de leur inspirer Tamour de 1 oraison,si nécessairesauxpersonnessouffrantes. Cette fille incomparable visitait toutes les assemblées d'ouvrières, avec un soin, un travail et une assiduité que la gr&ce de Tesprit apostolique pouvait seule lui communiquer. Nonobstant sa faible santé et sa complexion délicate, elle faisait ses courses toujours k pied. L hiver on la voyait avec de gros et pesants sabots aller dans la campagne, sans

Îue ni les neiges, ni le froid si rude dans le ^ elay, fussent capables de l'arrôter. Durant Tété, elle souffrait la chaleur avec ce roêma esprit de mortification, ne Csisanl jamais rieo pour éviter les rayons du soleil, quoique souvent elle suât à grosses gouttes. Comme elle avait liesoin de presque toute la journée pour faire sa ronde, elle portait avec elle ses proVisions,qui consistaient en un morceau de pain sec. fort petit,, et dont même elle donnait quelques nortions aux pauvres* En l>artant du Puy, elle et sa compagoe partageaient le chemin qu'elles avaient à faire, en certaines stations, pendant chacune desquelles elles méditaient dans un cootiouci et religieux silence sur quelque mystère do la Passion et de la mort de iHotre-Seigneur. Cette sainte fille avait un grand attrait à honorer les fatigues et les voyages <lu SauveuTi

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et paHieuliàreneiil sa condoite à Végttd de la Saoïariuiae, considérant qtiiln^atau point dMgné de faire lui-^me lin$truction à une pauvre péehiresse. Faire Finetn^Uon voulait dire dans Je lanj^age de ces demoiselles, appreodra ia doctrine chrétienne et la manière de livre saintement, comme dans le style de H. Boordoise, faire la eléricature signifiait apprendre à vivre cléricjtlement. Le nom de demoiselles de Tlnstruction qu'on donna d'abord à ces filles, leur est resté tlepuis. fiaat arrivée au village, elle s'adressait anx anges gardiens, d'abord à celui du lieu, ensuite è ceux des personnes à qui elle devait parier; et à l'exemple de saint Dominique, elle priait Notre-Seigneur de ne pas abimer ee lieu à cause des péchés de sa servante. Elle mourut en odeur de sainteté, à l'âge seulement de vingt-huit ans, le 15 janvier 1673. Mlle Martel l'ut éprouvée par divers genres de souffrances qui ne firent qu*augioeuter sa vertu. Elle les endura avec dés sentiments de joie extraordinaire dans SB dernière maladie, en sorte que le médecin ae put s*empècher de lui en témoigner sa surprise, loi disant que si on ne la connaissait pas,OD la prendrait assurément pour une perr soone jilienée. La sai nie Eucha ristie opérai t en elle des eOelssi admirables, que, pendant une nnaladie de oeuf mois qu elle fit» les médecine discernaient , en la voyant , les jours pù elle arait reçu son créateur. Car alors il paraissait sur son visage un certain éclat que l'on ne remarquait pas les autres jours. Elle profita de ses derniers moments pour encourager ses compagnes à s'appliquer sans réserve k Tinstruction des filles pauvres ; et l'une de celles qui rentouraient lui aj^ant dit de l'appeler à elle quand elle serait au ciel; No^f mon oeita, lui dit-elle, il faut encore tra^ faillir pour Notre-Seigneur. Enfin, sentant ses forces l'abandonner, elle se leva sur son séant, soutenue par une de ses compagnes, et entra dans un recueillement très-profond pour ne plus penser qu'à son dernier passage. Fendant que M. Tronson lui suggérait les actes que sa faiblesse l'empêchait de faire elle-même, elle tint toujoursses yeux élevés au ciel, puis elle renversa sa léte sur le bras de celle qui la soutenait, et comme son visage parut alors extrêmement beau, et qu'on n'y voyait aucune altération, on ne s'aperçut ifue Jon^emps après qu'elle avait rendu son Ame à Dieu. Sa mort tira des larmes de dévotion de tous ceux qui s'y trouvèrent présents ; el au Heu de cette horreur secrète que fait éproover la vue d'un cadavre, chacun sVmpresaait de la toucher, de la baiser, ou d avoir quelque chose qui lui eût servi ; aussi son convoi fut si solennel par l'alUuence générale, qu'il ressemblait plutôt à une procession qu'k une cérémonie de deuil.

Sa mort au lieu d'éteindre dans le cœur de ses coopératrices le zèle pour l'instruction des pauvres, ne servit qu'à l'enOammer davantage. Car k peine eut-elle les yeux fermés qa*il se présenta à la communauté de ces filles un grand nombre de jeunes pec- Muues irès-vertueuses et parfaitement ca-

pables de remplir tous les emplois de y Instruction. Six ans après la mort de Melle Martel, il y avait au Puy quinze assemblées de filles et plus de soixaiUedix jeunes personnes de toute condition, qui» à son exemple, se dévouèrent à la sanctiticatioo des personnes de leur sexe. Les jours de dimanche et les fêtes, ces demoiselles se partageaient en douze ou quinze troupes çt allaient dans la ville et dans la campagne instruire un très-grand nombre de filles et de ien^mes de tout Age, qui s'assemblaient dans des granges quelquefois jusqu'au nombre de deux cents. Les fruits que Dieu donnait à leurs travaux les firent appeler dans un grand nombre de paroisses. Elles parcouraient successivement les villages, demeurant en chacun d*eux antant de temps qu'il était nécessaire pour instruire parfaitement jusqu'à la plu« petite fille. Elles y enseignaient leurs iQuilles de catéchisme, y apprenaient à foire la prière du matin et du soir, à recevoir di-

Snement les sacrements, à dire le chapelet, travailler en commun en sanctifiant le travail par de petits exercices de piété. Dans chaque village , elles choisissaient deux ou trois filles des plus cafiables qu'elles dressaient pour servir de mal tresses aux .autres. SI les se répandirent de la sorte dans tout le diocèse du Puy, et avec tant d'activitét que dans l'espace de quatre ou cinq ans, elles, parcoururent presque la moitié des paroisses, et que plusieurs de ces filles en avaient évangélisé plus de ^cinquante, et touioura avec un égal succès, « Je connais des villages .entiers, p dit à ce sujet M.Tronson,« dont les habitants ne daignaient seulement pas regarder leur curé quand il les allait visiter, et qui néanmoins sont si parfaitement changés depuis que ces bonnes filles y ont passé, que, du moment que le curé parait, ils sorientipus au-devant de lui, s'assemblent dans des granges pour entendre son exhortation, et le vont conduire bien loin, lui parlant toujours des choses de Dieu, et de leur salut. » Les" hommes mêmes demandaient avec instance qu'on les laissât du moins à la porte des lieux où les femmes et les filles étaient assemblées, protestant qu'ils s'y tiendraient avec toute sorte de respect et de silence. « Souvent j'ai vu de mes yeux dans ces montagnes, »conlinueM.Tronson,«jusqu'à des centaines de garçons et d'hommes a la porte pour écouter attentivement. Une fois je trouvai dans un village fort éloigné do l'Eglise un garçon bien sag*^ qui faisait l'instruction et la prière du soir et du matin è tous les villageois et villageoises du lieu; et surpris de sa modestie et de sa retenue, je lui demandai qui lui avait appris tout ce qu^il savait; il me montra les feuilles im^ primées des filles de l'inslruc/ion, médisant quu ces demoiselles avaient passé par là, il y avait deux ans, et lui avaient appris la doctrine chrétienne, en sorte que, iaute de plus habile, il l'enseignait lui-même aux autres. » La société de l'Instruction chrétienne a résisté à la tempête révolutionnaire et aujourd'hui la maison chef-lieu qu'elle possède

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DICTIONNAIRI

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an Puj eoroie des filles agrégées daos les bourgs et les villages.

Exirail de la Vie de M. de Lantaget^ prêtre de Saint-Sulpice, premier supérieur de Notre-Dame du Puy. Paris, Leclère 1830.

INSTRDCTION CHRÉTIENNE

(FaftRKS DE l').

À l'exemple de lf« Tabbé Deshayes, euré d^Auray, et depuis supérieur général des missionnaires de Saint-Laurent-sur-Sèvre et des sœurs de la Sagesse, M. l'abbé Jean- Marie-Robert de Lamennais voulut établir une société de frères enseignants qu'on pût se procurer plus facilement dans les paroisses que les frères des Ecoles chrétiennes, obli« gés, par leurs constitutions, à ne s'établir qu'au nombre de trois. Dans les premières années après la paix continentale et la restauration dés Bourbons, M. l'abbé de Lamennais, qui était alors vicaire général de Saint-Brieuc, en Bretagne, commença son oeuvre dans sa propre maison, et y reçut d'abord trois jeunes gens, dont l'un mourut, l'autre se retira, et le troisième seul persévéra. Plus tard, il s'en joignit d'autres, et quand M. Deshaves quitta sa cure d'Auray, pour se rendre a ta demande des mission* naires de Saint-Laurent, il se concerta ave« M. de Lamennais pour l'organisation de la nouvelle société de frères, qui était formée de ceux qu'il avait à Auray, et de ceux qui étaient à Saint-Brieue. M. Deshaves en forma une nouvelle branche dans le diocèse où il allait, et lui donna un costume différent. Ceux qui restèrent en Bretagne furent sous la direction de M. de Lamennais, et prirent le nom de frères de l'Instruction chrétienne. •M. de Lamennais devint bientôt vicaire général de la grande aumdnerie, et obtint sans peine uneoraounance royale,datée du l"mai 1822, qui autorisa la nouvelle congrégation, sous la désignation de Cangre'gation de Pin»" truction chrétienne.

Sur le vu de la lettre particulière d'obédience que chaque frère reçoit du supérieur général, l'autorité universitaire lui remet le brevet de capacité qui lui permet de se livrer . h l'enseignement. Des legs et donations peuvent être faits, soit-à l'association en général, soit aux écoles particulières qu'elle dirige. Des règlements provisoires furent faits pour l'institut naissant; mais, en 185i, M. de Lamennais publia des règlements définitifs dont je ^ais donner la substance. Ces règlements sont divisés en deux parties principales, la première sous ce titre : Réglée de conduite pour lee frèreê de F Instruction chrétienne; la seconde intitulée : Avis et tns/nietions sur divers sujets. Comme on le voit, cette deuxième partie est plutôt une sorte de conduite morale è l'égard des particuliers, tandis que l'autre forme comme le code léj^al (Je l'institut. Cette première partie est principalement divisée en cinq titres, qui prescrivent la manière dont les frères doivent se ronduire |avec les supérieurs, les autres frères, hîs élèves, etc. Le premier devoir,

est une obéissance entière aux sapérifturt locaux et au supérieur général. Chacun écrira, tous les deux mois, au supérieur

f[énéral, pour lui rendre compte de ceqoi e concerne, et de l'état de 1 école. Quaod, dans un établissement, il y a plusieurs frères, le directeur local instruit le supériew générai de tout ce qui concerne les associés. Entre eux, les membres de la société ganle* ront prévenance et modestie, ne pouvant^oi sa tutoyer, ni jouer aux cartes» pas mèmeiphi d argent. Dans toutdivertissement, les jeux de main, les familiarités mémo les plussimpln sont défendues. Ils ne recevront point de présents des parents des enfants, et ne leur feront point de visite, si ce n'est le frère directeur. Us pourront, néanmoins, répondre aux parentsqui s'informeraintde la conduite, des progrès de leurs enfants. Us peuvent pourtant, de ces personnes ou autres, recevoir des dons ou cadeaux, avec l'agrémeot du frère directeur. Avec les élèves, ils éditeront toute familiarKé, et ne pourront pas même les tutoyer, et veilleront k s*acqoitter de ce que leur impose envers eux leurs principaux devoirs et leurs fonctions fondamentales.

Les frères se confesseront tous les quinze jours au moins; ils consulteront, sur ie choix du confesseur, le supérieur de la oongrégation. Des dispositions particulières de la règle prescrivent ce qu'ils auront à faire pour vivre dans le recueillement et le silence. Ils ne feront aucun acte de propriété sans la permission du supérieur de la congrégatioai ils ne disposeront pas'de leurs revenus, de quelque naturequ'iissoient, sans son consentement ; m^ais ils conserveront la propriété d« leurs biens -immeubles. Ils feront leurs vo.yages k pied, sauf le eas de maladie ce d'infirmité. Lorsqu'ils se rendront k la re* traite annuelle, ils remettront au sapérienr le reste de l'argent qu'ils auront touché, et ils lui présenteront : 1* le compte de leurs dépenses; S* l'inventaire de lears bardes et eifets; 3* une page de leur écriture; k* une page d'écriture de leurs quatre plus forts écoliers. Un frère ne sortira seul que le moins tiossible; il sera toujours accompstfoé d'un frère, s'il y en a plusieurs dans rétablissement. Ils no liront point de joumaoi, et il leur est défendu de s*occuper de politique. Ils conduiront les enfants à l'église et aux processions, toutes les fois que les cvr^ le désireront; mais ils ne prendroot jamais ni surplis ni cbape. L'eau-ae-vle« le calé et les lioueurs, leur sont absolument interdits. Le cidre est la boisson nsoelle en Bretagne. Aux repas, ils pourront accepter un verre de vjn seulement. Dans 1» presbytères, et môme en vo jage, dans le' maisons laïques, les frères se {everont ue table au moment où Ton servira le des>er<; on fruit, cependant, ne leur est pas défeoiti avant de se retirer, même au repas ^u midi. Le supérieur n'accorde jamais de n^ ter dans la salle è manger quand ce repas e»t fini. Ces prescriptions d'alSstinence n*eo}>^ obent pas que les frères niaient btsota oc

JM

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