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brûler. L'arien crut qu'il pourrait faire la même chose , il enfonça son bras dans la chaudière, et sur-le-champ toutes ses chaira furent consumées jusqu'aux os.
L'épreuve par le feu était fort commuoe depuis le vi* siècle jusqu'au xnr ; il nous en est resté ce proverbe : J'en mettrah In main au feu , pour assurer la vérité d'un fait dont on est persuadé. Elle avait lieu de différentes manières. — La première consistait à traverser, tout vétu, un grand brasier sans en recevoir de dommage; on en a plusieurs exemples . En 1063, un disciple de saint Jean Gualbert, prêchant avec beaucoup de zèle contre la simonie qui régnait alors, soutint que Pierre, évéque de Florence, était simoniaque. Il offrit de le prouver en entrant dans un grand feu. Il y entra en effet nupieds, et y retourna pour ramasser son mouchoir qui était tombé an milieu du brasier, sans que le feu laissât la moindre impression sur lui, ni sur ses habits. Ce religieux devenu célèbre sous le nom de Pierre du Feu, Petruê Jgneus , fut fait évéque et cardinal d'Albano, et mis ensuite au nombre des saints. L'évêque simoniaque fut déposé, et, mena depuis une vie fort pénitente. — En 1103, le prêtre Lu itprand prouva de (a mémo manière la simonie de Grofulan, archevêque de Milan. Les partisans du prélat dressèrent deux énormes piles de bois longues de dix coudées, plus hautes que la taille humaine , et séparées l'une de l'autre par un espace d'une couJée et demie. Lorsque ces deux piles furent embrasées, Luitprand , les pieds nus , et revêtu de ses habits sacerdotaox 9 affronta d'un bout à l'autre cette étroite et affreuse carrière. Les tourbillons de flamme, au rapport de Landolphe, témoin oculaire du fait, se partageaient devant lui, et se répandaient au midi et au nord, comme si du centre de l'embra6ement il se fût élevé deux: vents contraires qui les eussent chassés. On le reçut avec acclamation au sortir du bûcher, où ses habits de lin et de soie n'avaient souffert aucun dommage. Oo observa seulement que sa main avait reçu quelque atteinte du l'eu, au moment où il y avait jeté de l'eau , bénite el de l'encens. — En 101)8, Pierre Barthélemi avait eu aussi recours aux flammes d'un bûcher pour prouver que la lanee trouvée à Antioche par les croisés était bien celle qui avait percé le côté de Jésus-Christ ; mais avec moins de succès. Il traversa en effet, en présence de plus de 40,000 person- 1 nés, un bûcher embrasé avec une intensité effrayante ; mais il mourut douze jours après, les uns soutenant qu'il avait été endommagé extérieurement, et qu'à l'intérieur son corpi avait été comme desséché par l'ardeur des flammes; les autres prétendant que sa mort avait été occasionnée par l'empressement inconsidéré de la foule qui s'était ruée sur lui au sortir du bûcher.— Plus communément l'épreuve par le feu avait lieu au moyeo d'un Ter rougi au feu. On prenait & la main une barre de fer rouge du poids d'environ trois livres , et on la portait l'es*» pace de dix ou douze pas. Oo enveloppait Ut
main du patient comme pour l'épreuve par l'eau bouillante ; et ei, (rois jours après, elle ne paraissait point endommagée par le feu , il était déclaré innocent. D'autres fois l'épreuve consistait à marcher sur des charbons ardents , ou sur des socs de charrue rougis au feu, ayant les pieds et les jambes nus jusqu'au genou. On préparait quelquefois six de ces fers, tantôt oeuf, tantôt douze, suivant l'importance de l'accusation. Enfin, on se servait aussi d'une espèce de gant de fer rouge, qui montait jusqu'au coude. A mesure que ces épreuves devinrent plus fréquentes, on les accompagna de beaucoup de cérémonies. An dixième et au onzième siècle, il y avait des abbayes qui regardaient comme un droit, celui qu'elles s'attribuaient de bénir le feu , et de conserver les fers et les chaudières destinés à ces usages.
Une autre sorte d'épreuve qui était en usage à l'égard de ceux qui étaient accusés de vol, consistait à leur faire manger un morceau de pain d'orge et de fromage de brebis. Cela était sans doute plus aisé que de manier un fer rouge ; mais les cérémonies que l'on pratiquait sur ce pain et sur ce fromage, avant de le faire manger à l'accusé, fai> saienlrroireque, s'il était coupable, il ne pourrait jamais l'avaler, et qu'il en serait étranglé. Selon Oucange, c'est de là qu'est venue celle imprécation vulgaire : Que ce morceau de pain puisse étrangler ! — Il y avait encore une foule d'autres épreuves, par la baguette, par l'Ecriture sainte, par les sorts, etc., etc., que nous passons sous silence ou que nous renvoyons à leurs articles spéciaux.
L'Eglise a toujours regardé les épreuves, appelées jugement de Dieu, comme des pratiques superstitieuses, et si quelques prélats, de saints personnages, des conciles particuliers, ont paru les tolérer ou les toléraient, si les législateurs les ont fait entrer dans leurs codes comme moyens de parvenir à la connaissance de la vérité, d'autres pieux et savants personnages, d'autres conciles généraux ou particulier»-, les ont condamnées comme injurieuses à la providence de Dieu qu'on tente ainsi témérairement, et comme pouvant induire la justice humaine en erreur; ce qui a dû arriver dans une multitude de circonstances.
On est surpris lorsqu'on voit dans l'histoire plusieurs personnes sortir avec honneur de certaines épreuves, telles que celles de I eau bouillante, du fer rouge, etc. ; et l'on ne sait à qui attribuer de pareils miracles. Le ries, nous ne nions pas qu'en certaines circonstances importantes, Dieu n'ait pu manifester la justice et la vérité par un prodige éclatant; mais nous avons de la peine à croire que Dieu ait voulu interrompre le cours ordinaire de la nature, pour se faire, pour ainsi dire, l'exécuteur habituel et bénévole des codes civils du moyen âge, et pour entretenir et favoriser une coutume extravagante et criminelle. Montesquieu dit que chei un peuple exercé à manier les armes, la peau dure et calleuse ue devait pas
DES RELIGIONS
recevoir assez d'impression do fer chaud ou de l'eau bouillante, pour qu'il y parût trois jours après. Il est a présumer que plusieurs personnes avaient alors des secrets pour ralenlir l'action du feu. On a plusieurs exemples de semblables artifices. Strabon parle des prêtresses de Diane, qui marchaient sur des charbons ardents sans se brûler; Icinême fait a encore lieu presque journellement dans les Indes. Saint Epiphanc rapporte que des prêtres d'Egypte se frottaient le visage avec certaines drogues, et le plongeaient en suite dans des chaudières bouillantes, sans paraître ressentir la moindre douleur. Madame de Sévigné, dans une de ses lettres, dit qu'elle vient de voir dans sa chambre on homme qui a fait couler sur sa langue dix ou douze gouttes de cire d'Espagne allumée, et dont la langue, après celle opération, s'est trouvée aussi belle qu'auparavant. On ara des charlatans se frotter les mains avec do plomb fondu ; enfin de nos jours des hommes prétendus incombustibles sortent impunément d'un four où ils sont demeurés asset longtemps pour y faire rôtir une volaille. . 2. Les Juifs avaient un genre d'epreure sanctionné par la loi divine, et fort propre à protéger une épouse innocente contre les fureurs d'un mari jaloux et brutal. On lit sa cinquième chapitre des Nombres : « Si l'esprit de jalousie vient animer un homme conlre sa femme, soit qu'elle ail été miment coupable, soit qu'il n'y ait conlre elle que des soupçons, le mari jaloux conduira sa femme devant le prêtre, et présentera pour elle en offrande la dixième partie d'une mesure de farine d'orge; il ne répandra pas d'huile dessus, et ne fera point brûlerd'encens, parce que c'est une offrande de jalousie. Le prêtre prendra de l'eau sainte dans un vase de terre, et mettra dedans on peu de poussière ramassée sur le pavé du temple. Il découvrira la tête de la femme soupçonnée, mettra entre ses mains l'offrande de jalousie, puis il prononcera les plus terribles imprécations sur le breuvage amer qu'il se dispose à faire prendre à la femme, lj lui dira ensuite : Si lu ne l'es point souillée par le commerce d'un homme étranger, si lu n'as point profané le lit conjugal, ces eaux amères que j'ai maudites ne te nuiront point. Mais si lu as abandonné (on mari pour le livrer à un autre homme, les malédictions que je viens de prononcer s'accompliront sur toi. Que le Seigneur le maudisse, et fasse de toi un exemple au milieu de son peuple I Que celle eau vengeresse fasse pourrir les cuisses et enfler ton ventre. La femme répondra : Amen, amen. Le prêtre écrira ces imprécations sur un parchemin, cl les effacera dans les eaux d'amertume. Il la donnera ensuite à boire à la feuimc accusée; puis il prendra l'offrande d'entre ses mains, la déposera sur l'autel, et en fera brûler une poignée. Lorsque l.i frmmeaura bu, si elle est coupable, son ventre enflera, ses cuisses pourriront, et elle sera pourloul le peuple un objet do malédiction. Mais si elle est innocente, elle ne recevra aucun