DOMINICAINES
De Forigine du second ordre de Saint-Dom^ nigue^ ou de$ rdigieuees Dominicaines , appelées en quelques lieux Précheresses.
Si Ton avait égard au temps deTinstitutioa des premières religieuses de Tordre de Sainte Dominique , elles devraient tenir le premier rang entre les trois ordres qui portent lu nom de ce saint , puisqu'il avait déjà fondé des religieuses à Prouille quelques années avant que d'avoir institué son ordre ruur les hommes , mais il est juste que les Glles donnent la préséance à leur Père saint Domini que, qui , dans le temps qu'il travaillait pour la conversion des Albig'^ois, fut si touché de voir que quelques gentilshommes de Guyenne, contraints par la nécessité <*i n'ayant pas de quoi nourrir et entretenir leurs filles , les vendaient ou les donnaient ù élever aux hérétiques , qui les pervertissaient, qu'il prit la résolution de fonder et do bétir un lieu où ces pauvres demoiselles pourraient être élevées et entretenues de tout ce qui serait nécessaire pour leur subsistance. Il communiqua son dessein à Bernard, archevêque de Narbonne, et à Foulques , évéque de Toulouse , qui non*seulement Tapprouvèrent, mais y vonlnrent contribuer par leurs libéralités ; et saint Dominique , ayant encore reçu quelques aumônes de plusieurs personnes de piété , jeta les fon* déments du monasière de Trouille entre Car« cassonneet Toulouse» à un quart de lieue
mCTlONNAIRE DES ORDRES RELIGIEUX.
4e FaDjaui. Il fut bAli en peu de Cemps Tan i^OGi et l'aïuiéc suîvanle Tarcbevéqne de Narbonne donna à ce monastère Téglite de Bi'iint-Martin de Limoux arec tous les droits et dîmes qai lui appartenaient dans ce bourg et dans celui de Taz.
Il y eut d*abord onze demoiselles qui se consacrèrent à Dieu dans cette maison le jeurde saint Jean 1 Evangéliste» dont il y en avait neuf béréliques albigeoises qui avaient été converties par les miracles de saint Dominique, savoir : Âladaicie , Haymonde, Passarine ,Bérengère , Richarde, Barbejrane, Jordanno , Guillemelte de Baupuis, Kaymonde Clarette et Ganlieunc , qui reçurent les premières Thabit des mains de saint Dominique, et les deux autres se nommaient Alcssanc et Guilemcltc de Fanjaux. Leur babil dans ce temps-là consistait en une robe blanche, une chape tannée et un voile Doir (1). Ce saint fondateur les obligeaà travailler à certaines heures du jour pour fuir Toisivetèi principalement à Gler de la laine et du lin pour faire leurs hibit!» et le linge qui leur était nécessaire. 11 leur prescrivit aussi quelques règlements pour leur condailc f et leur donna pour supérieure Guillemelte do Fanjanx , quoiqu'elle eût reçu Thahit la dernière. Elle gouverna jusqu'en l'an 1225 cette communauté , qui s'augmenta si notablement dans la suite, qu'il n'y a jamais eu moins de cent religieuses dans ce monastère, où Ton ne recevait autrefois que des fi les nobles. La supérieure est présentement à la nomination du roi ; et la première qui fut nommôe fut Jeanne d'Amboise, à laquelle succéda Madeleine de Bourbon , à qui deux aulres princesses de la même famille royale ont aussi succédé dans la suite. Il est sorti de ce monastère des religieuses pour en fonder dix ou douseaulres^lant eu France qu'eu Espagne » et il porte pour armes de gueules au chevron d*or , au chef d'axur semé de fleurs do lis d'or, l'écu surmonté d'une croix pommelée, cl environné d'une palme cl d'un lis.
Depu!s que le monastère de Prouille fut fjndé, jusqu'en l'an 1218, saint Dominique ne fit point de nouveaux établissements pour des filles , et peut-être qu'il n'aurait point songé à en faire , si , étant à Rome occupé à la nouvelle construction du couvent do Saint- Six e , que le pape Honurius 111 lui avait donné pour ses religieux , il n'eflt pas reçu commission de ce pontife de rassembler en un seul monastère plusieurs religieuses qui étaient dispersées â Rome dans plusieurs petites communautés, où elles ne vivaient pas avec assez de régularisé. Saint Dominique exécuta d'abord les ordres du pape; mais, voyant que ses discours étaient inutiles et qu'il ne pouvait réussir, s'il n'était secondé de l'autorité do saint-père, puisqu'il ne trouvait pas seulement de l'opposition do la part dos religiooses, mais encore de leurs parents et de leurs amis, et que le peuple criait hautenioat contre l'orJre que le souverain pon-
tife avait donné de renfermer ci s religicos* s dans un même monastère, il le fui trouver pour le prier de commettre des persoones d'autorité pour le seconder. En effet, le pape donna cette commission à troi«i cardinaux , qui furent Hugolin , évéque d'Ostie, Etienne de Fosse-Neuve , du titre des Douze-Apôtres, et Nicolas, évéque de Frascati.
Les plus opiniâtres étaient les religieuses de Sainte-Marie au delà du Tibre, et entre autres raisons qu'elles donnaient poer n.* point se soumettre aux ordres du pape, elles disaient qu'elles ne pouvaient se résoudre a abandonner une image miraculeuse de la sainte Vierge qui était dans leur église , et que l'on prétend avoir été peinte par saiui Luc, laquelle était en grande vénération parmi le peuple. Mais le pape leva cette difficulté en leur permettant delà transporter dans le lieu où l'on voulait les mettre. On vit tout d'un coup un changement merveilleux dans ces religieuses, que Vvn attribua aux prières de saint Dominique. Elles se soumirent au joug de Tobéissance , embrassèrent la clôture, s'engagèrent à ne plus sortir de leur monastère, et de n'y faire entrer personne. Dès ce moment saint Dominique se chargea de leur conduite, et leur pr. scrivit de» règlements pour maintenir Tobservanee régulière. Le pape , ayant appris ce que ce saint fondateur avait fait, voulut que le couvent de Saint-Sixte y qu'il avait accordé aux religieux , fût donné aux religieuses; il transfera les religieux à Sainte-Sabine, et leur donna la n^oitié de son propre palais pour leur demeure. Le bâtiment du couveot de Saint- Sixte fut achevé l'an 1219, et toutes les religieuses qui étaient dispersées dans Home y furent renfermées le 21 février de cette année.
Autant qnc ces religieuses avaient mal édifié par leur conduite peu religieuse, autant devinrent-elles des exemples de vertu par leur modestie, leur retenue, leurs austérités , leura mortifications et leur grande pauvreté , A laquelle elles s'engagèrent volontairement. C'était une règle parmi elles, que, !e quatrième jour après qu'une fille était reçire dans ce monastère , elle était obligée de renoncer à tous les biens qu'elle possédait et qu^elle pouvait prétendre. La première qui reçut l'habit de Tordre de Saint-Dominique tel que les religieux le portèrent après la vision du bienheureux Renaud , fut la bienheureuse Cécile Romaine, de la famille des Césarini, qui était supérieure de ce monastère, cl qui, l'an 12â3, en sortit par ordr'^ du pape Grégoire IX pour aller faire un no i • vel établissement à Bologne, où elle mourut saintement, l'an 1280, âgée de 89 ans. Aios:, si les religieuses de Rome n'ont pas été fondées avant celles de Prouille , elles ont en l'avantage de recevoir les premières Thabit de l'ordre, que celles de Prouille n'ont reçu qu'après el.es.
Ce monastère do Saint-^Siste étant mal si* tué, cl les religieuses y étaut toujours ma-
(I) Vùy., ï l\ fia du vol., n** 8 ei 9.
DOM
DOM
hdes i cause da niaa?ais air, elles furent transféiées, par ordro du pape Pie V, au fflonl MagnaDopoIi, oui fait une partie du Quirinal, où, i*an 1611, sous le pontificat d*Urbain Vlli, elles ont fait faire une magniflque église et un beau monastère , où l'on ne reçoit que des Olles de la première noblesse de Komc, qui apportent avec elles de grosses pensions outre leur dot ; et j'en ai TU, du temps que j'étais à Rome, qui avaient plus de deux mille écus romains de pension, c'est-à-dire plus de sept mille livres de notre monnaie, et d'autres qui avaient cinq cents écus : ainsi il ne faut pas s'étonner si ce monastère est un des plus riches de Rome.
Les religieuses de cet ordre se sont fort multipliées en Italie, où elles ont plus do cent trente maisons. ElUs en ont aussi en-^ viron quarante-cinq en France , cinquante en Espagne, quinze en Portugal , quarante en Allemagne , où les hérétiques en ont détruit un plus grand nombre. Elles en ont aussi en Polognoi en Russie et dans plusieurs aolrcs lieux, et même dans les Indes. La plupart de ces monastères sont soumis aux supérieurs de l'ordre ; mais il y en a plusieurs qui dépendent des ordinaires des lieux où Us soDt situés. Parmi le nombre de ces monastères , il y en a aussi du tiers ordre de Saint-Dominique. Les religieuses de cet ordre, tant du second que du troisième, sont habillées de blanc quant à la robe et au scapolaire, mais le manteau est noir. Celles du tiers ordre ne devraient point porter de ^oile noir, cependant elles en portent en plosi. urs endroits, comme à Metz, à Tool, etc. Les rrligieuses du second ordre, conformément à leurs constitntions, ne doivent manger de la viande que dans les maladies. Outre les jeûnes prescrits par 1 Eglise, elles doivent jcâner tous les vendredis, depuis Pâques jusqu'à la fête de l'Exaltation de la sainte croix, el tous les jours, depuis cette fête jusqu'à Pflques. Elles ne doivent avoir que des chemises de serge , ne doivent dormir que sur des paillasses. Mais il y a plusieurs monastères qui se sont relâchés de ces austérités. Outre le grand ofGce, elles doivent encore réciter au chœur le petit orflcc de la Vierge.
Voyez Glo Michîelo Pio, Progen. di S.
Domenic; Vincent Mar. Font., Monument.
Oominie.; Jean de Réchac , Vie de S. Dont, tl de ieê comp.
Outre le monastère de Prouille,dont nous ayons parlé , il y a encore en France plusieurs célèbres monastères de cet ordre, où Ion ne recevait autrefois que des Glles nobles , comme ceux de Poissy, d'Aix et de Monlflcury. Le monastère de Poissy fut fondé par Constance, femme du roi Robert. E le y mit d*abord des religieux de Saint-Augustin ; mais Philippe le Be*,ayant fait refaire l'église, augmenta le monasitèreet y mit des religieux SCS de l'ordre de Saint-Dominique.
(I) n«s Noulys. Hiêl. du roii de Sicile et de Napttt, liT. VIII, n 6.
l^i Voy.,àlafliiduvol.,n*iO.
Charles 11, roi de Sicile et de N;iplcs, et comte de Provence , fut fondateur de celui d'Aix. D'abord il fit bâtir le monastère, sous le titre de Notre-Dame de Nazareth, dans le territoire d'Aîx, au lieu nommé la Dorancc, et y donna des fonds suffisanls pour rentretien de cent religieuses , qui devaient être toutes d'e&traction noble. Béatrix , la plus jeune de ses Glles, y prit rhabit, et depuis il l'en tira pour la marier (1). Ce monastère a été transféré dans la suite dans la villo d'Aix et a pris le nom de Saint-Barthélemv. Les religieuses, étant tombées dans le relâchement, n'abandonnèrent pas seulement les observances régulières , mais quittèrent encore leur habit religieux pour se conformer entièrement aux dames du monde , à l'imitation de tant de collèges de chanoinesses séculières ; et peut-être qu'elles auraient pris encore ce titre el renoncé aux vœux solennels, à l'exemple des chanoinesses, si l'on n'y avait remédié en introiluisant la réforme dans ce monastère sur la fin du der« nier siècle. Comme il y en eut plusieurs qui ne voulurent pas s'y soumet! re , on sépara le monastère eu deux, afin que les réformées ne pussent point avoir de communication avec celles qui voulaient persister dans le relâchement , et on appela le quartier de celles-ci le Vicariat, à cause que celle à qui elles obéissaient n'avait que le titre de vicaire , comme dépendante do la prieure des réformées* On leur défeudit de recevoir des novices, et on les laissa vivre dans leur ancienne observance , en conservant toujours leur habillement séculier, qu'elles ont néanmoins un peu changé de temps eu temps, selon que les modes du monde , auxquelles elles se conforment , ont changé ; et il était l'an 1708 tel qu'il est représenté dans la fi^ gure que nous avons fait graver d'une de ces religieuses non réformées (2). Cet habit est blanc entièrement : elles ont une espèce du scapulaire qui pourrait passer pour un tablier, ne se mettant que par devant ; et derrière leur coilTure , elles mettent un petit morceau de gaze noire en guise de voile, mais qui néanmoins ne couvre que leur bonnet et leur coifTure, tt descend jusqu'au milieu du dos.
Les religieuses de Monldcury furent fon* dées par Humbert- 11, dauphin de Viennois, Tan i3\2. Ce prince, ayant fait vœu d'assu^^ rer un fonds à perpétuité pour Tcntrelicn do trois cents religieuses, commença, pour satisfaire à cette obligation , par la fondation d'un monastère de religieuses de Tordre de Saint-Dominique auquel il destina son château el sa terre de Moutlleury, éloignes de Grenoble de deui lieues (3). Le nombre de ces religieuses devait être d'abord de quatrevingts, outre six religieux pour leur administrer les sacrements. Deux ans après , il l'augmenta de quarante, et en ïBkS il le réduisit à soisante-dix. Ces religieuses ont
(5) Mt'moirei pour Chietoire du Dauphméf p. 171, et 451.
DlCllONNAmE DES ORDRES RELIGIEUX.
toujours fail paraître une grande ré^alarUé de mœurs el de conduite , accompagnée d'une honnélc lihorté, n*élanl pas obligées ani lois ôlroiti's de la rldlure, comme dans leiaulres nioiiasièrcs. On voit lés noms des plus considérables familles de la province parmi ceui d'es Gîtes dont le monastère de Mon!- Ileury a clé rempli depuis son institution. Clément VI approuva cette fondation, et accorda aux religieuses de cette maison tous les privilèges dont jouissaient celles de Prouille, qui entre autres avaient obtenu de Grégoire \ celai d*élire entre elles leurs prieures à perpétuité, et avant ce pontife, Alexandre IV leur avait permis de posséder les biens qui leor écherraient des successions de leurs pères el mères, el tonl ce qui proviendrait de la libéralité de lears parents. Ces religieuses sont distinguées des autres pour rhubillemenl, en ce que Thiver elles portent une robo noire ouverte par devant sur leur habit blanc; celte robe noire na descend que jusqu'à mi-jambe, el est dou*;* biée d'hermine, et elles ont sur le front une pointe noire comme les veuves en portaient autrefois (1).
L'ordre de Saint-Dominique a, comme tons les anciens corps religieux, subi sa part des épreuves amenées par le dix-buitième siècle, llavait continné de servir et d'édifler l'Eglise; il avait vu aussi en plusieurs contrées quelques-uns de ses établissements disparaître. La persécution la plus sensible que reçurent les religieuses Dominicaines fut peet-étre celle que leur Gi éprouver le trop fameux Ricci , évéqae de Pisloie , en Toscane. Dans les mémoires de ce prélat, on voit que des désordres régnaient dans les couvents de Sainte-Catherine et de Sainte* Lucie de Pistoie , et que h s deux évéques qui ravalent précédé sur le siège de cette ville avaient essayé, presque sans succès, d'y apporter remède. Ces deux évéques étaient Ataroanni et Ippolill ; tous deux avaient demandé à Rome que les Dominicaines dos monastères dont il est ici question fussent soustraites à la direction des Dominicains, et soumises à leur entière juridiction. Ippoliti reçut en janvier 1777 une lettre du pape qui non-seulement refusait formellement tout ce que le prélat lui avait demandé, mais encore raccablait de reproches et le réprimandait aigrement de ce qu'il avait osé rappeler à la mémoire une affaire que Sa Sainteté croyait entièrement oubliée depuis la mort de l'évéque Alamanni. On trouvait surtout fort mauvais dans cette lettre qu'Ippoliti eût contribué de cette man èie à l'exécution du plan du grand-duc l^opold, lequel ptin était de priver tous les c««u«ents de femmes de la direclion spiriluello des réguliers; tpLin, y était-il dit, « opposé aux saints canons, et nuisible à € rkglise, A la religion cl à la réjputalion des « ordres monastiques. » Ippoliti eut seulement la permission de transférer les dissidentes (c'est-à-dire les opposées à son en-
treprise ), du couvent de Sainte-Catherine de Pistoie à celui de Saint-Clément de Prato, alors dirigé par les Dominicains, el où elles furent reçues, disent les Mémoires de Ricci, comme en triomphe. Sous l'administration de l'évéque Ricci, vil instrument et peut-être en partie instigateur des mesures odieuses
f crises par le ^raod-duc Léopold contre la iberté de l'Ëglise, l'affaire des Dominicaines prit une nouvelle activité. S'il fallait en croire ce prélat, il y aurait eu chez les religieuses des monastères que nous avons nommés , et cela depuis des siècles, des scandales affreux, fomentés el amenés par les Dominicains, sous le rapport de la foi el des mœurs. Des révélations avaient été faites par quelques religieuses, et il parait que les accusations avaient quelques fondements. Mais il faut savoir oue nous n'avons pour renseignements que les Mémoiret de l^vé-
Îne Ricci , puises dans les archives de sa tmille et publiés en 1826 par le sieur De Potier, si connu par son opposition à TEglise catholique, el aujourd'hui si complétemeni oublié, nonobstant la fraternité qui s*étail établie entre lut et le parti Lamennaisieu, après la révolution de 1830. Un grand pré-
t'ugé contre ce qu'il est dit de fort sur les )ominicaine8 et les Dominicains dans ces Mémoires plus ou moins véridiques , c'est qu'on y voit que les Dominicaios , les Jésuites, la cour de Rome et le pape, étaieni opposés aux entreprises de Ricci, et favorisaient les religieuses. Tant de personnes de ce poids n'auraient guère soutenu des femmes coupables au point qqe prétendent monseigneur l'évéque janséniste et monsieur Téditeur athée et révolutionnaire. Nous croyons savoir que le monastère de Dijon, en France, ayaii été supprimé avant la révolution.
Lors des innovations amenées par cette révolution, si funeste à TEglise et surtout i rétat religieux , les Domiuîcaioes , comme tous les ordres de femmes , montrèrent un grand exemple de fidélité. Noos citerons entre autres le monastère des Dominicaines de Calais. Il y avait alors dans ce monastère une religieuse fort remarquable, dont M. Tabbé Tiron parle dans son Histoire abrégée des ordres religieux. Cette religieuse était oiadanie Grey, dont le véritable nom était très-proba* blement, Dorts«n^a/er. Son grand-père était mort sur l'échafaud en 17^6, pour Phonorable c.'iuse du prétendant Edouard Sluarl. Cette religieuse et les autres Dominicaines expulsées s'étaient louies retirées à Calais. Elles rendirent de grands services aux émigrés par rintermédiaire de l'une d'elles, qui était une française nommée Daael. Les lettres qu'elle recevait pour les familles mjlli ureuses étaie«.t adressées à la sœur Grey ; mais c'était la sœur Danel qui les recevait el allait les prendre des mains des commissionnaires obligeants. Ces lettres étaieni ap« poitées dans une vessie attachée à la panio sous marine du bâtiment. Un jour la ruse
(1) r<)t^., â|j fiiidii v.>J.,u* 11.
SI
DOM
DOM
fuldécoorerte» les relipensc^ compromises ft accusées. Une rivalifé édîGante s*étahHl sotre les scBors Grey et Danel, à qui prouverait le mieux sa culpabilité et Tinnocenee ie sa compagne. La Mère Grey fut poursuivie et condamnée; mais comme elle avait atteint Tâge do soizante-quinxe ans, au lien de la conduire à Fécharaud , on l'envoya à 1 lie de Ré.
Il est surprenant que le P. Héljot n*ait pas dit an mot du monastère des Dominicaines de Paris « qui méritait pourtant quelque mention, et était situé presque à la porte de ion propre monastère. Nous allons réparer cette omission, d'autant plus que ce couvent est le seul aujourd'hui à Paris, et le plus remarquable du petit nombre des couvents de cet ordre qui se voient aujourd'hui en France.
Les religieuses dominicaines avaient auircrois deov monastères à Paris, l'un situé dans la rue qui porte encore aujourd'hui le nom des Fllles-Saint-Tliomas, ou plutôt rue Nenve-SaiBt-Angustin, en face de fa rue Vivienne. Cette partie de la rue Neuve-Saint* Aogostin prit depuis le nom de rue des Filles-Saint-Tbomas. Ces religieuses devaient leur établissement à Paris à Anne de Caomont, fenune de François d*Orléans de Loognevîlle, comte de Longueville et de Saint-Paul, et duc de Fronsac. Cette dame, avant obtenu du cardinal Barberin , légat d%rbain VIII, par une bulle datée du 5 octobre 16SS , la permission de fonder à Paris nn monastère de religieuses de l'ordre des Frères Précbeors réformés, sons TinTOcation de sainte Catherinede Sienne, fit venirde Toulouse la MèreAlarguerite de Jésus, dont la vie se trouf e dans TouTrage intitulé L'Année Do^ mjsicatne« et sii autres religieuses du même ordre. Arrivées à Paris, le 87 novembre 1626, elles furent, loSmars suivant» avec la permission de rarchevéque de Paris, installées dans l'hétel du J^oM^ilir, rue Neuve*Sainte-Genevie ve,lau bourg St-Marceau, et y restèrent jusqu'en 1C33. Alors elles allèrent se loser rue Vicille-da-Temple, au Marais; et enfin, le 7 mars 16ia (Le Bœuf, Labane, La Caille, Piga- Diol, disent 1652), elles s'établirent dans la rue Neuve*Saint-Augustin, où elles sont demeurées jusqu'à la suppression. Le 7 mars étant le jour de la fête de saint Thomas d'Âquin, les religieuses dominicaines prirent ce nom îllnstre pour leur maison. Une partie des religieuses de la maison du faubourg Saint- Marcean, alors trop nombreuse à Saint- Thomas, s'établit au Marais, rue d*Orlcans. Le 6 mars 1627, la Mère Mar|;uerile, prieure, accompagna la petite colonie qu*on faisait ioriir du premier établissement, et en lt)36, elle les conduisit dans la rue Plâtrière, où elles restèrent josou'à la fin de la même année. De là elles allèrent rue Matignon , où elles demeurèrent jusqu'en 1641. Alors elles allèrent s'établir rue Cbaronne, dans la maison qu'elles occupent encore par leurs successeurs, et qu'elles durent à la générosité de mademoiselle Ruzé d'Effiat, fille du maréchal de ce nom , qui donna tout son bien à
cet*e maison , et s'y fit religieuse, en 1636, dans la maison de Saint-Tbomas.
La première pierre du bâtiment fut posée le 3 août 1639, et on donna au monastère le nom de la Croix, sous lequel il est cncorr connu aujourd'hui. Les religieuses y entrèrent te 16 janvier 16il. Cette date s'accorde arec celle que nous avons donnée pour époque de l'entrée des religieuses au couvent de Saint-Thomas , d'après M. de Saint-Victor ; mais nous croyons devoir ajouter, ici quo les Mémoires qui nous sont fournis par les religieuses dominicaines elles-mêmes portent que leurs Mères, en arrivant de Toulouse, logèrent d'abord à Tabbayo do Jouarre, d'où elles passèrent dans leur monastère de la rue Vivienne, le G mars 1627, et y chantèrent les premières vêpres de saint Thomas d'Aquin ; que ce fui de cette maison quo sortit la Mère Marguerite pour la seconde fondation, conduisant d'abord la nouvelle colonie rue Vieîlle-du-Tcinple , et de là rue Plâtrière dans l'hdlel de madame de Castille, où mademoiselle d'Effial fit profession.
Le monastère de la Croix avait une vaste clôture, qui lui a été enlevée par la révolution et le gouvernement de Louis-Philippe, car une partie de son enclos n*a été déHnitivcmcnt aliénée que depuis la révolution de juillet 1830; mais il n'était point cnliôreroent bâli, et forme un carré non fermé. L*église est prise sur le rez-de-chaussée, du côté nord , et sur la partie du cloître qui y est jointe.
Quand les Frères des Ecoles chrétiennesvinrent s'établir à Paris, conduits par M. De la Salle, le monastère de la Croix, alors dans Taisance, subvint à leurs besoins par des secours généreux et abondants.
Vers l'année 1731 ou 1732, le roi envoya aux religieuses de la Croix une lettre de cachet qui leur défendait de recevoir des sujets et de faire faire profession aux novices. Cette Interdiction dura jusqu'au mois de juin 1736. Il nous a paruy par la lettre de l'archevêque do Paris, qui annonce à la prieure la cessation ife cette défense, que le j insénisme ou le défaut de régularité avaient pu donner occasion à cette rigueur.
Kn 1782, la communauté obtint de Pie VI des indulgences en faveur de la dévotion au sacré coeur de Jésus, établie dans son église. En 1790, il fut signifié à la communauté, par rassemblée nationale, d'envoyer à la monnaie toute l'argenterie, et mémo les vases sacrés dont on pouvait se passer, pour étro fondus, et pour qu'elles se rendissent ainsi utiles à la patrie. La communauté déclara, en envoyant l'argenterie , qu'elle n'a rail do vases sacréi que ceux qui étaient nécessaires. La mémo année, la municipalité de Pa^ ris Ûi faire une visite dans le monastère, interroger toutes les religieuses séparément,. et demander leur volonté sur leur séjour
Iiersonnel dans la maison , et enfin faire l'é-* ection d'une prieure. Toutes déclarèrent qu'elles nommaient et voulaient la prieure en charge, révéf'ende Mère Sainte- i hé: èse
DICTIONNAIRE DES ORDRES RELIGIEUX
Charfon. Le procès-verbal de la v'sîte miniitiease qa*on flt alors» est loul à la louange de la commonauté.
En 1792, la communauté eut ordre d'évacuer le monastère pour le 20 août, et défense en même temps de former corporation, dans aucune maison, au nombre de plus de huit. La Mère prieure laissa aux jeunes religieuses qui avaient leur famille, le rhois de s*y retirer ou de rester avec qucl(^ues*unes d'elles , et de se résoudre à une rigoureuse pauvreté. Plusieurs furent forcées par leurs parents à se retirer chez eux ; une des anciennes fut demandée pour faire une éducation particulière; les autres s'abandonnèrent à la conduite de la Mère prieure, à qui elles avaient voué obéissance.
Elfes se divisèrent en trois groupes : la Mère prieure et sept de ses filles allèrent demeurer rue de la Cerisaie; la Mère sousprieure alla, avec sept autres, demeurer rue de la Roquette; la majeure partie des sœurs converses se relira dans une maison de la rue de Charonne, où il y avait un four et un jardin. Là elles cultivèrent la terre et continuèrent leur commerce de bonbons jusqu'en l'année 1819, époque à laquelle elles se réunirent à leurs anciennes Mères. Malgré leur séparation , les religieuses restèrent toutes ious Tubéissancc de la Mère prieure , qui ronflait son autorité à une des anciennes dans les maisons qu'elle n'habitait pas , et recevant en audience celles qui voulaient lui parler. Lors de la séparation, il y avait vingt-cinq religieuses de chœur et treize converses; quelques-unes de celles-ci vivaient encore quand nous fûmes nommé confesseur extraordinaire de cette communauté, en 1831.
La prieure et celles qui s'étaient réunies à elle firent un petit commerce de fleurs, éventails, jarretières et autres petits ouvrages de cette sorte , qui leur permetta'ent de suivre leur règle et de faire même des économies pour les temps où elles pourraient êo réunir.
Dès l'année 1807, elles furent reconnues par l'empereur Napoléon , qui leur promettait Tancieu couvent de Saint-Thomas, vue Vivienne. Par la protection de M. Pottalis, ministre des cultes , qui s'intéressait à HIcs, elles étaient sur le point d'en prendre possession lorsque la mort de ce protecteur vint retarder leur bonheur. Les choses restèrent en suspens jusqu'en 1810.
Leur monastère de la Croix n'avait point été vendu par la nation; un décret de l'Empereur l'avait concédé aux filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul, pour leur ser vir de noviciat et de maison-mère. Grâce à Dieu, cette maison ne put convenir à ces saintes filles , qu'on établit rue du Bac. au lien où elles sont actuellement • et l'injuste ipoliatiun de la maison de la Croix ne fut pomt consommée. En 1816, MM. le comte do Wilmanxy et le marquis de Grosbois, pairs de France, obtinrent de Louis XVIII la çonci^ssioo du monastère de la Croix à ses Anciennes religieuses. Cette concession fut
faite par une ordonnance datée du 26 septembre. La sénatorerie mit aussitôt opposition â la concession des terrains ou marais qui lai avaient été concédés, et il ne resta aux religieuses que le jardin, d'un arpent d'étendue, qu'elles possèdent actuellement. Elles ne purent entrer en jouissance qu'A la fin du bail de M. Richard Lenoir, qui avait loué les bAtimenls. Ce bail ne devait expirer que le 31 décembre 182<^.
Dès l'année 18U, lors des espérances si belles et malheureusement si trompeuses que donna la Restauration, les Dominicaines pensèrent à vivre toutes ensemble; mais leurs bails respectifs ne finissaient qu'en 1816, et chaque maison était trop petite pour les contenir toutes. Un autre obstacle venait de leur pauvreté, qui ne leur permettait pas de payer un aumônier. Le P. Monteinard, ancien Mi* nime, directeur d'un grand nombre d'entre elles, trouva mo^en de lever celte dilliculté de la manière édifiante que nous allons dire : madame de Alazard était une ancienne religieuse de Montmartre qui vivait retirée dans le Marais, à Paris, avec une sœur converse qui l'avait suivie à la sortie de son abbaye. Elle avait un oratoire particulier, où à l'époque dont nous parlons neuf ecclésiastiques ou religieux disaient la messe. Le P. Monteinard en était un, et il se concerta avec madame de Alazard, qui entra dans ses vues, et l'un des ecclésiastiques de sa maison, M. l'abbé Leclerc, se dévoua gratuitement à l'œuvre des Dominicaines, dont il fut l'aumA* nier dès 181b, dans la maison de celles qui habitaient alors la rue Saint-Denis, les suivit dans leurs diverses habitations et desservit la communauté pendant trente ans. Nous avons eu le bonheur de nous lier avec ce saint ecclésiastique, ancien professeur, qui, non content d'être gratuitement au service de la communauté des Dominicaines^ lui a même fait part de ses bienfaits.
Les religieuses prirent d'abord une maison à loyer, rue des Amandicrs-PopincourI, y entrèrent au mois de juillet 1816 et y reprirent l'habit religieux le i août de cette année; jusqu'alors elles avaient gardé Tbabit séculier. Elles ét'iient an nombre de 12 cho« ristes et de4converses. Les autres converses de la rue de Charonne ne s'y réunirent, ainsi que nous l'avons dit, qu'en l'année 1819.
Nous dirons ici que les Dominicaines de la Croix oiFrirenl aux religieuses de leur ordro«
3ui n'avaient pas eu comme elles le bonheur e recouvrer leurs maisons, de venir so réunir à elles. Cinq se rendirent à cette in-vitation ; l'une était madame de la Prade, du couvent de Saint-Etienne; la deuxième, du couvent de Dinan; la troisième, madame le Normand de Villers, de l'ancienne maison «la Poissy, et qui exerça depuis la charge de prieure, pendant onze ans ; la quatrième était une religieuse de la maison de Rozny ^ du second ordre^ en Brie; la cinquième était du couvent de Montpellier. Nous voyons avec surprise que celte liste ne contient aucune religieuse de l'ancienne maison de Saiut^ Thomas.
DOM
DOM
De I<1 modes Amandiers, los Donirnicaincs allèrent demeurer rue de Monlreutl, n" 37, ao fauboanr Saint-xVnloîne, dans un local plus va^te. Mesdames de Grosbois et de Wilmanzy furenl Irès-utiles par lears dons charitables au rétablissement de l'intérieur de kl maison de la rue Ch ironne ; mais un tiers des bâtiments avait été abattu, par suite de vétusté.
La pauTreté de la maison n*a point encore permis d'y rétablir la clôture rigoureuse, que les religieuses gardent néanmoins autant que possible. Nous avons donné ces dé-* liils sur cette maison des Dominicaines, pirce qu1ls feront voir par analogie ce qui fat fait dans les autres mon istèrcs à cette époque, et aussi parce qu'ils sont édi&anlsct intéressants pour cet ordre célèbre et pour les lecteurs.
Depuis la mort de M. Leclerc , les Pères de la maison de Picpus font à La Croix les fondions d*aumdnier. Les religieuses ne se lètent pas actuellement à minuit pour matines, mais elles font promettre à toutes relies qui font profession de ne pas melire d*obs'acle au rétablissement de ce point de la règle, quand on pourra le rétablir. Lorsqu'elles habitaient l.i rue de Monlrcuil, la prieure et M. Tabbé Leclerc, sans tenir ( hapitre et <ans consulter Tautorité, se déterminèrent à faire prendre aux religieuses le bréviaire de Paris. Celte mesure singulière fut prise pendant le carême. Peu de tcmp^ après rarchevéque de Paris, M. de Quélen, vint voir la maison. La prieure lui dit qu'elle atait pris le bréviaire du diocèse. L'archevéiue témoigna sa surprise et son mécon* lentement. « Je n*ai qu*une maison de Dominicaines dans mon diocèse, dit-il, je désire qQ*eIle garde son rite et que son bréviaire n'y soit pas supprimé.» La prieure flt reprendre le bréviaire de Tordre, la veille de saint IH>minique, au mois d'août suivant; ainsi te bréviaire de Paris ne fut récité que pendant quelques mois. Ceci se passa en iS'lk ou 18^25. Les religieuses ne rentrèrent dans la maison de la Croix qu'au mois d'oclobrc 18'23. Lorsque nous étions confesseur extraordinaire de cette maison, alors peu nom-* brcuse, nous fîmes, de la part d'un supérieur (Ci lésias tique, la triste commission de proposer la récitation de rofflce de la sainte Vierge au lieu du bréviaire de l'ordre. Nous vîmes avec plaisir et éditicalion la mèro prieure rejeter avec empressement notre proposition et tenir à son bréviaire, qu'elle avait pourtant abandonné, comme nous venons de le dire, quelques années auparavant. Les reli;:ieuses ont eu la consolation de voir les Dominicains rétablis venir plusieurs fois officier dans leur monastère. Elles ont eu successivement deux religieuses, venues d*un monastère de Suisse, pour gouverner la maison en qualité de prieures.
Il reste peu de maisous de «et ordre en France. La célèbre maison de Prouille est ':Mit à fait détruite. Celle de Poissy, non moins illustre, sert aujourd'hui de prison cculrale : ce célèbre monastère avait gardé
jusqu'à la fin une partie de son ancienne splendeur. Les religieuses y étaient nombreuses; dix religieux Dominicains la desservaient ; la prieure était perpétuelle ; la dernière fut madame de Quélcn, de la familla de l'archevéqui» de Paris du même nom.
Les religieuses Dominicaines appellent religieuses do second ordre celles qui ne sont pas réformées comme elle^, mais en réalité elles sont toutes du second ordre de Sainl- Dominique, hcrsceUes qui, réellement suivant la troisième règle, sont du tiers orilro et appelées Catheriueltes eu quelques lieux.
La maison de Mauriac, diocèse de Sainr- Flour, a été détruite au mois de mai 18i^7. L*cspritde l'ordre ne régnait pas autant qu'il eût fallu dans ce monastère, et peut-être pourrions-nous ajouter que l'autorité ecclé^ siastique n'a pas pris les moyens de l'y ré^ tablir. D'autres religieuses occupent la maison.
Uesie donc encore la maison de Langene, qui est connue par la célébrité que lui donne la vénérable mère Agnè<, amiu de M. Olier, et qui est, dit-on, actuellement très-pauvre. Cel eci est, comme celle de Paris, du grand ordre de Saint-Dominique. Le tiers ordre compte les maisous de Lungres, d'oik est sortie celle de Bar-le-Duc et de Chftions* sur-Saône.
L'ordre de Saint-Dominique possède aujourd'hui des monastères de femmes dans la plu|;art des pays catholiques en Europe; it y en a aussi en Amérique et même, croyonsnous, en Asie et eu quelques pays prote* stants. Il y a, dans les Etats soumis à l'empereur d'Autriche, huit maisons, contenant cent cinquante religieuses. La maison de Rome est sous la direction immédiate des Dominicains, comoie relaient autrefois celle de Poissy et autre». Dans la plupart des au^ très pays» les Dominicaines sont, comme à Paris, sous la juridiction de lordînaire.
Mémoires 'de Scipion lUcci^ lom. \'\ — Tableau historique et pittoresque de Pari^^ par M. de Saint-Victor. — Mémoires manu^ strits^ fournis par la révérends élire Sainte Uernardj' Dominicaine de Paris^ etc., etc.
DOMINICAINS (Ordre des).
De V Ordre des Frères Prêcheurs ou Domini^ cains appelés en France Jacobins^ avec Ih vie de saint Dominique, leur fondateur.
§ V\ Institution de l'ordre.
Guillaume de Puys Laurens, dans son Histoire des Albigeois, parlant de Tordre des Frères Prêcheurs fondé par saint Dominique, dit que rétablissement de cet ordre est une |.reuve manifeste (>j ce qu'a dit Tapôtre saint Paul, qu'il fallait qu'il v eût des hérésies (i Cor. xi» 19). I n> effet, s écrie un auteur moderne dans une histoire qu'il nous a donnée aussi de ces mêmes Albigeois, que de saints, que de martyrs, que de docteurs, que de lumières do Tordre de Saint-Dominique qui n'auraient peut-être jamais éclairé TKglisc saus la erreurs de ces hérétiques t
DICTIONNAIRE DES ORDRES RELIGIEUX
sa
Sflint Doniiniqae naquit l'an 1170 à C«ilaborra oa Calaroga, bonrg du diocè«e d'Osma chns la Vieille-Oaslîlle. Son père se noromail Félix GQzman do l'ancienne et noble famille des Gozoïan , qui tient encore an ran; con* fidérabic en Espagne; et sa mère, Jeanne d'Axa, laquelle, étant grosse de saint Dominiqne, eal on songe mystérieux ou elle s*imagina mettre an monde un petit chien qui d'un flambeau allumé qu*il tenait à sa gueule éclairait tout le monde : prés.ige évident do ce qui est arrivé dans la suite, lorsque par Tnrdcar de son zèle et le feu de sa cliarilé il a éclairé un nombre inflni d'hérétiqocii qu'il a tirés des ténèbres do Terreur pour leur faire connaître les lumières de la vérité.
On lui donna an baptême le nom de Dominique, à cause de la dévotion que sa mère portait à saint Dominique de Silos, qui lui •'ipparot un jour qu'elle priait à son tombeau dans un monastère proche de Calaroge, et lui prédit ce que Dieu devait tiire par le moyen de son Gis. Ce fat ce motif qui porta yes parents à chercher de bonne heure les moyens les plus propres pour lui procurer une éducation qui le rendit digne de devenir le ministre des desseins de Dieu. Dominique répondit aux intentions et aux soins de ses parents. A peine commença-t-il à parler qu*il demandait d'aller dans les églises pour y prier Dieu, et qu'il se levait secrètement la ^ nuit pour donner à cette sainte occupation le temps qu'il ôtait à son repos. A l'âge de iix ans on le mit sous la conduite d'un de se$ oncles arcbiprétre de l'église de Gumjel d Yssan, pour y apprendre les lettres humaines. Le temps qui loi restait de ses études n était point employé à des amusements inoliles ; l'assistance aux divins offices, le chant de l'Eglise^ les exercices de dévotion, la décoration des autels, satisfaisaient sa piété et lui tenaient lieu de divertissement.
Ayant passé sept années dans l'éladedes lettres humaines et dans ces sortes d'occupations, on le retira de la maison de son oncle pour l'envoyer à Palencia, ville episcofinle du royaume de Léon, où il y avait pour ors une université qui fut transférée dans la suite, Tan 1217, par le roi Ferdinand III dans la ville de Salamanqoe. Il y employa ^ii ans à l'étude de la philosophie et de la Itiéologie, joignant toujours i l'étude l'orai- »on et la prière. Il jeAnait dès lors très-fréquemment, dormait peu, et ne se reposait .«ouvent que sur le plancher de sa chambre. 11 faisait paraître on amour tout particulier pour la retraite. Il ne sortait qoe pour aller aux églises et aux écoles publiques. Il était le père des orphelins, le protecteur dos veu* ves, le refuge des pauvres, pour le soulagement desquels, dans une cruelle famine qai désola toute l'Espagne , il rendit tous •es livres et set meubles; et même dans une autre rencontre il se voulut vendre luimême, s'étant offert pour être la rançon d'un G une homme qui avait été pris par les auri*s. &a charité ne se borna pai à soulager son
prochain dans les nécessités do corps, il vou« lut lui procurer des biens spirituels, et le zèle qu'il avait pour le salut de ses frères lui flt entreprendre de rudes pénitences pour la conversion de ceux qui étaient endurcis dans leur péché. Toujours prêt à donner sa vie pour empêcher que Dieu ne fût offensé, il sentait au dedans de lui-même une si forte douleur des péchés d'auirui« qu'il les pleurait amèrement, comme s'ils avaient été les siens propres. Ce fut ce zèle du salot du prochain qui le flt résoudre à travailler à la conversion des pécheurs par ses discours ; il commença pour lors à faire paraître les grands talents que Dieu lui avait donnés. Il les em« |;loya avec tant de succès, que les premiers fruits qu'il en retira furent la conversiim d'un seigneur nommé Conrard qui avait été compagnon de ses éludes, et qui, s*étant fait dans la suite religieux de l'ordre de Ctteaax, fut élevé à la dignité de cardinal. Ses dis^ cours épouvantaient les pécheurs, conver^ lissaient les hérétiques, servaient de guides aux pénitents, et de consolation aox amigés. De si saints exercices et tant d'exemples de vertu augmentèrent la réputation de Dominique, qui, n'ayant pas encore vingt-qoatra ans, était déji consulté comme le dirccleor le
Bios expérimenté sur les affaires du salut, om DièguQ de Azebez, évêque d'Osma, voulant réformer les chanoines de son Eglise, et leur faire embrasser la vie régulière sous la règle de Saint-Augustin, jeta les yeux sur Dominique pour le faire entrer dans son chapitre, le regardant comme celui qui serait le plus capable de soutenir par son exemple l'établissement de la réforme qu'il projetait. Il lui en Ot la proposition , et Do* miuiqoe, ne doutant point que Dieu ne lui parlât par la bouche de son évêque, quitta Palencia pour venir prendre l'habit de chanoine et faire profession de la vie religieuse dans l'Eglise d'Osma. Quoiqu'il n'y changeât que son extérieur, il ne laissa pas de paraître un homme tout nouveau parla ferveor arec laquelle il se porta à la perfection de son état ; et, croj^antque jusque-là il n'avait encore rien fait pour son salut, il augmenta ses jeûnes, ses veilles, ses pénitences et ses mortiflcations. Les chanoines d'Osma, surpris et édifiés de ses vertus, croyaient voir leur cathédrale changée en un désort sem* blable à ceux de la Tbébaïde et de rEgyple» tant était grande l'homilité, la mortification, l'abstinence et la retraite de Dominique ; aussi faisait-il sou étude particulière des Conférences de Cassien, afin d'imiter ces an* ciens Pères des déserts.
Son évêque, qui connaissait son talent, ne voulut pas renfermer dans son Eglise le trésor qu'il possédait; il lui permit d'aller porter la parole de Dieu aux nations, et de prêcher la pénitence aux pécheurs. Aossit&t il parcourut plusieurs provinces, travaillant A détruire en même temps les vices et les erreurs dont les mahometans et les hérétiques les avaient infertées. La prenièro couver* sion qu'il fit, et la plus éclatante, fut celle de lleinicr, qui, ayant renoncé i rbérésic d«int
DOM
noM
Il élaii l'aulear, fol employé biptitôt après par le pape Innoccnl 111 contre d'autres héréâiqaes qoi avaient autant de noms dîfférenU qo ils occupaient de différentes provinces, et qui entra depuis dans Tordre des Frères Préciieurs.
Quelque temps après, Dominique fut ordlonoé prêtre par l'érôque d*Osmd, qui le fît soDs-prienr de sonch'ipi're, qoi était la première dignité après la sienne, puisque, après avoir embrassé la régularité au*il avait prescrite ans autres, il en était devenu prîpor. Ce prélat ayant encore scrupule de retenir Dominique, dont la vocation était d'instruire et de convenir les peuples, Tenvova derechef pour remplir le ministère de prédicateur évangélique. 11 parcourut plusieurs provinces, la Galice, la Castille et TÂragon, ou il fil plusieurs conversions, jusquen Tan ISOi, qu'Alphonse, roi de Castille, ayant envoyé révéque d*Qsma ambassadeur en France pour y négocier le mariage de son fils Ferdinand, qui fat son successeur, avec la princesse de Lusignan, Olle de Hugues, comte de la Marche, ce prélat prit Dominique en sa compagnie.
Ils passèrent par le Langnedor, où ils furent témoins des ravages que faisaient les hérétiques albigeois. Ils ne purent entendre le récit qu'on leur fit des erreurs et des abominations qu'on leur attribuait sans en être vivement touchés. L'évéque cependant retoorna en Espagne pour rendre compte au roi Alphonse de sa négociation; mais ce prince, l'ayant renvoyé en France avec un magniQque équipage pour amener la princesse promise an prince Ferdinand, il prit derechef Dominique avec lui, et, étant arri* vésau château de Gace, Heu de la résidence du comte de la Marche, ils trouvèrent toute la cour en pleurs pour la mort de cette princesse, qui venait d'expirer, et assistèrent eux-mêmes à ses funérailles. Frappés de cet objet qoi leur donnait une si vive idée de la fragilité et do Tinconstance des choses de la terre, ils résolurent do ne plus retourner en leur pays. Ils y renvoyèrent leur équipage, et, ayant pris le chemin de Rome, ils obtinrent permission du pape Innocent 111 de demeurer dans le Languedoc pour y trarailler i la conversion des Albigeois; mais le saint pontife limita le séjour de Diègue dans cette province à deux ans, après lesquels il lui ordonnait de retourner dans son Eglise.
* Avec ce pouvoir ils revinrent en France pour travailler à leur nouvelle mission. Ils y trouvèrent les légats du pnpe, qui, rebutés du pen de profit qu'ils faisaient parmi ces hérétiques, étaient sur le point de s'en retouraer et de secouer la poussière de leurs souli ers, selon le conseil de TEvangile. Mais le ^int éTéqued^Osma les arrêta en leur persuadant qu'ils feraient plus do fruit si , en «tuittant leurs grands équipages, et le faste «tu'îls araienl cru nécessaire pour relever lear dignité, ils embrassaient la vie apostoliqae.Ce qui réussit effectivement; car, ayant quitté leur train et leur équipage, et mar-* chant sans argent, sans yalet^, sans provi-
sions, afin de prêcher encore mieux par leur exemple que par leurs discours, ils devinrent rcspcclables par leur nouveau genre de vie, au lieu qo*on les avait méprisés dans leurs richesses. L'évéque d'Osma, qui avait donné re consril, Tavait mis le premier en pratique avec Dominique. Il avait été établi chef de la mission, dont le nombre des ouvriers s'était augmenté par l'arrivée de Tabbé de CIteaux et de douze af^bés de son ordre ; mais ces religieux étant retournés dans leurs monastères quelque temps après, aussi bien que l'évéque d'Osma dans son diocèse, où il mourut dans le temps qu1l se disposait à retourner dans le Languedoc, le légat Raoul ayant aossi quitté cette province, et Pierre de Casteinau ayant été assassiné par les émissaires de Raymond , comte de Toulouse, Dominique se trouva seul chargé de tout le poids de la mission. Rien loin de se laisser intimider à la vue des fatigues, des tourments et des périls dont elle était accompagnée, il se sentit animé plus que jamais à poursuivre son entreprise. Un renfort de sept ou huit ouvriers qu*il reçut redoubla son courage, et il les distribua dans les endroits qui avaient plus de besoin de secours. Le nombre se multiplia encore dans la suite; mais, comme il diminuait aussi par intervalle, parce que la plupart ne se joignaient à lui que pour un temps, que souvent après le terme de quelque mission limitée, ils s'en retournaient à leurs premiers emplois, et que plusieurs même ne faisaient point de scrupule de Tabandonner dans ses plus grands besoins, il songea à exécuter la résolution qu'il avait déjà formée avant la mort de révéque d'Osma et celle de Pierre de Casteinau, touchant l'instilntion d'un ordre religieux qui eût pour fin la prédication de l'Evangile, la conversion des hérétiques, la défense de la foi et la propaxation du christianisme. Il assembla peu a pen des personnes touchées de TEsprit ue Dieu, qur étaient animées du même zèle de sa gloire et do salut des âmes. Les premiers lurent Guillaume du Clairet, et Dominique surnommé l'Espagnol à cause qu'il était natif d'Espagne. Cette compagnie s'augmenta jusqu'au nombre de seise, dont il y arait huit Français, six Espagnols, un Anglais et un Portugais. Les Français étaient Gnlllaume du Clairet , dont nous venons de parler, qni quitta l'ordre dans la suite pour entrer dans celui de CIteaux ; Bertrand de Cariga, Etienne de Metz, Odier de Bretagne, Matthieu do Paris, Jean de Navarre, et den\ frères de Toulouse, Pierre et Thomas de Syllan, qui, non-seulement se donnèrent eux-mêmes à saint Dominique, mais encore leur maison située à Toulouse procho la porte de Narbonne, où saint Dominique et ses compa-> gnons firent leur première demeure. Entre les Espagnols était Dominique l'Espagnol et le frère de notre saint fondateur , nommé Menez de Guzman.
Ayant ainsi réuni cette sainte troupe Tan 1215, il résolut, pour assurer les fondements de son institut, d'en aller demander la coofir-
DlCTIONNAme DES ORDRES RELIGIEUX.
inaliun à Rome, où le pape Innocent III ac%ait faire roaicrtore du concile général de Lalran. Il se mit à la compagnie de Foui* ques, éiéque de Toulouse, Ton des approbaleurs de son dissein, qui allait ao concile. ¥\ Jcao de Navarre fut son compagnon rn ce voyage, et il laissa pour gouverner sa petite communauté Bertrand de Cariga.
Comme ce concile venait d'ordonner qu'on travaillerait plulAt i la réforme des ordres déjà établis qu'à leur multiplicalion, le pape ne voulut pas approuver criui de saint Dominique, qui menait d'élre nouvellement institué, quoique l'évéquo de Toulouse et plusieurs prélats eussent parlé en sa faveur. Il fut lui-même rebuté plusieurs fois par ce punlife; mais une lision semblable à celle
au'il avait déjà eue lorsque saint François, es l'an l'i09, lui avait demandé la confirmalion de son ordre, le détermina à accorder à Dominique ce qu'il demandait. Il le fit venir, approuva seulement de vive voix son institut, et promit de lui donner cette confirmation par une bulle lorsque, de concert avec ses compagnons, il aurait choisi une des règles déjà approuvées par l'Eglise, et qu'il aurait vu les constitutions et les statuts de Eon institut.
Il retourna on Languedoc, où il assembla ses frères dans le monastère des religieu^es de Prouille, qu'il avait établies; et, s'étant tuis tous en prières afin que Dieu leur inspirât le choix d'une règle, ils furent d'avis de prendre celle de saint Augustin, à laquelle ils ajoutèrent des statuts et des constitutions 4?ont l'usage était en pratique dans un ancien or re. Quelques auteurs veulent que ce f(*il l'ordre des Chartreux, mais le B. Humbcrt, dans un manuscrit qui est encore conservé à Toulouse, au rapport du Père Jean de Rechac, historien de l'ordre des Dominicains, dit que saint Dominique les lira des constitutions de l'ordre de Prémontré. Les principaux articles ordonnaient le silence perpétuel , n*y ayant aucun temps où il fût permis de parler ensemble sans la permi^hïon du supérieur; les jeûnes presque continuels, au moins depuis le 1^ septembre jusqu'à Pâques; l'abstinence do la viande en tout temps, excepté dans les grandes maladies; l'usage de la laine au lieu de linge; une pauvreté rigoureuse et plusieurs autres austérités. Quelques-uns ajoutent, le renoncement aux rentes et à loules possession»; mais ce renoncement ne fut ordonné que dans le premier chapitre général, l'an 1220.
Les résolutions ainsi prises sur le genre de vie, saint Dominique partit pour retourner à Rome afin d'en obtenir la confirmalion du saint-siège, pendant que dans Toulouse on jetterait les fondements de la première maison de l'ordre. H apprit en chemin la mort du pape Innocent III, arrirée le 17 juillet lil6, à Pérouse, et qu'Honoiins III lui avait succédé. Quoiqu'il prévit les difficultés que les affaires du nouveau pontificat devaient apporter à sesdesseins^ il ne laissa
pas de continuer son voyage â Rome; où il fut écouté du nouveau pontife plus t6t qu'il ne laprait espéré; il obtint dès le 22 décembre de la même année une bulle qui approuvait et confirmait son institut sons le titre de l'ordre des Frères Prêcheurs. Comme fiiadatcur il voulut y être le premier agrégé, co qui ne se pouvait taire sans une rénovation de ses vœux qu'il avait faits autrefois entre les mains de l'évéque d'Osma, et une nou* velle profession. Il la réitéra et s'obligea d« nouveau de vivre selon les sttlots parlicu* tiers qu'il avait choisis arec ses frères pour être à l'avenir les constitutions de son ordre. Ce fut entre les mains do pape qu'il fil celte profession solennelle, cl Sa Sainteté rétablit supérieur et maître général de S3n nouvel ordre, loi donnant pouvoir de recevoir à l'habit et à la profession ses compagnons, et d'instituer |(*s supérieurs et les officiers.
Etant retourné à Toulouse, il eut la con* solation d'y voir déjà le premier couvent do son ordre achevé par la diligence de ses frères, et plus encore par les libéralités de lévéque de Toulouse et de Simon , comte de Montfort. Il y établit aussitôt l'économic et la discipline, et reçut avec les solennités prescrites les vœux de ses religieux, dont le nombre s'était augmenté pendant son absence. L'habit dont il se revêtit fut celui des chanoines réguliers, t;*l qu'il l'avait porté jusqu'à ce temps-là, et quM l'avait reçu des mains de Tévêque d'Osma, c'e>t-à-dire, une soutane noire et un rocbet par-dessus, comme il parait parles anciennes peintures où ce saint et ses premiers disciples sont représentés de cette manière (i), selon ce que dit Michel Pio, historien de cet ordre. Il envoya ensuite de ses religieux en différents endroits pour y travailler au salut des âmes par la prédication, qui faisait l'essen.ttcl de son institut. Le Père Matthieu de Paris et Manez de Guzman, frère do notre saint, furent destinés pour Paris. Il en envoya d'autres en Espagne, il en laissa à Toulouse, et se réserva pour lui la ville de Rome (2).
Comme son dessein, après avoir séjourne quelque tcmp> en Italie, était de passer ru Afriquo pour y annoncer la parole de Dieu aux infidèles, et que pendant son absence il ne pouvait pas gouverner son ordre, il en donna le soin à Matthieu de Paris, qui, selon les historiens de cet ordre, eut le titre d'abbé général, ayant été le seul qui ait eu cette qualité, qu'il ne garda pas longtemps, car saint Dominique ne passa point en Afrique, et Kouverna toujours son ordre. Matthieu de Paris n'exerça aucune juridiction que dans la province de France , dont il fut provincial. Ce fut lui qui, avec son compa-
f;non, fit la fondation du couvent de Paris 'an t2t8, un an après leur arrivée en celte ville, où ils logèrent d'abord dans une maison qu'ils louèrent auprès de Tévêché ; mais, en ayant obtenu une autredans la rue Saint- Jacques, on les appela dès lors Jacobins»
(i) l'ov*. â la Ca du vol., n* 12.
(i) Vit. de gl. Uuom. i//iul. de^L Ord. d$S. Dùmê.
DOM
DOM
nom qu'ils ool retenu jusqu'à présent par toute la France.
Quelque temps après que saint Dominique eot ainsi dispersé ses disciples» il quiita Toulouse pour aller en Italie, et ctioisil pour compagnon le bienhoureui Etienne de Metz. Il pril sa roule par Paris, et de là par la Lorraine, pour aller à Venise par les frontières d'Allemagne. En passant à Meti il y bâtit tin consent de son ordre, dont il donna la conduite à fon compagnon le bienheureux Etienne, qui fut pcupléen peu de temps d'un f^raod nombre de religieux à qui il donna lui-même Tbabit pendant le séjour qu*il Gt en cette yilie. Il prit six de ces religieux, qu*il mena avec lui en lia ie. Il fonda encore un antre couTenl à Venise, où ayant encore laissé quelques-uns de ses compagnons, il s'en alla à Borne pour essayer d*y mettre lo rentre de son ordre, qui de là pourrait plus facilement s'étendre dans les autres villes jusqu'aux extrémités du monde.
Le pape Honorius 111 lui donna d'abord réglise de Saint-Sixte et ses dépendances ponr en faire un couvent; mais à* quelque temps de là ayant fait donner cette maison aux religieuses de son ordre, comme nous Tavons dit à Tarlicle Dominicain es, il obtint du même pape Téglise de Sainte- Sabine avec une partie do son propre palais, pour servir de demeure à ses religieux, qui se trouvaient déjà en grand nombre. Ce fut dans ce mo* nastère que l'an 1219 il quitta son habit et celui de ses frères, qui avaient été jusque-là des chanoines réguliers, pour prendre celui que Ton prétend que la sainte Vierge montra au bienheureux Renaud d'Orléans, qui consistait en nue robe blanche, un scapulaire de même couleur, auquel était attaché le chaperon de la même façon que le portent encore aujourd'hui les Chartreux, les reli* gienx de Sainl-Dominique de Portugal et ceux de la Congrégation du Sajot-Sacremenl en France, dont nous parlerons aussi dans la snite. Ils prirent aussi la chape et le chareron noir aboutissant en pointe comme celai des Chartreux (1).
U avait envoyé l'année précédente de nouveaux missionnaires à Bologne qui y avaient fondé un couvent, l'église de Notre-Dame de la Mascarella leur ayant été accordée pour ce sujet. Mais cette même année 1219 ils en obtinrent un second dans la même ville, qui est devenu si recommandable dans la suite des temps, qu'il est l'un des plus beaux et des plus fameux d'Italie, tant par la magni* Gcence de ses bâtiments, de ses cloîtres et par le nombre des religieux, qui est ordinairement de cent cinquante, que pour l'a* vantage qu'il a de posséder les sacrées reliques de ce saint fondateur, qui tint deux chapitres généraux dans ce couvent en 1220 et 1221. Dans le premier on fit plusieurs règlements pour maintenir dans l'ordre la discipline régulière et la pauvreté, à laquelle ils s'engagèrent en renonçant dans ce chapitre à toutes les rentes et possessions. Ce qui
porti $.niiit Dominique à ce renoncemenl furent les effets admiraliles de la divine providence, dont il avait vu les preuves dans le chapitre général de l'ordre dos Frères Mineurs que saint François avait tenu l'an* née précédente à Assise, où se trouvèrent plus de cinq mille religieux qui ne manquèrent de rien, quoiqu'ils ne possédassent aucun revenu : ce qui loucha si vivement saint Dominique, qui s'était trouvé pour lors à Assise pour admirer ces hommes apostoliques, qu'il résohtt de faire embrasser la même panvrcté à ses religieux, et que, au rapport de saint Antonio, il donna en mourant sa malédiction à ceux qui ititroduiraient dans son ordre les rentes et les possessions.
J'avoue que la plupart des historiens de l'ordre de Saint-Dominique soutiennent que leur fondateur ne se trouva point à co chapitre des religieux de l'ordre de Sainl^ François, sur ce qu'ils prétendent que saint Dominique était pour lors en Espagne; et à cause que ce fait est rapporté pnr Wadding et quelques autres historiens de l'ordre des Mineurs, le P. Rechac, Dominicain, par une fade raillerie , dit que c'est une tradition grise; mais, sans examiner si elle est grise on blanche et noire, il est certain qu'aucun des écrivains de l'ordre de Saint«Dominique ne s'accorde sur le temps que demeura ce saint en Espagne , ni dans quelle année il y fut et qu'il en revint, le nombre de ceux qui la mettent en 1218 étant p^us grand que de ceux qui prétendent que ce fut l'an 1219. Quoi qu'il en soit , c'est une question peu importante de savoir si ce fut à l'exemple do saint François, ou de son propre mourement que saint Dominique renonça à toutes les renies et les posses ions dans le premier chapitre général qu'il tint à Bologne l'an
1220. L'année suivante 1221 il y tint encore un second chapitre général, où l'on divisa l'ordre, qui avait déjà soixante couvents, en huit provinces, qui furent celles d'Espagne, de Toulouse , de France , de Lombardie , de Rome, de Provence, d'Allemagne el d'Angleterre, et on élut pour chaque province un provincial. Le chapitre étant 6ni , saint Dominique envoya des religieux en Ecosse, en Irlande et dans les pays du Nord jusqu'en Norwégc , et s us le pôle , et dans le Levant, jusque dans la Palestine. Il alla, ensuite a Manloue, à Ferrare, à Venise, d'où il retourna à Bologne, où, après avoir travaillé si utilement pojr le bien de l'Eglise et pour rétablissement de son ordre , il termina heureusement ses jours dans son second coûtent, qu*on appelait pour lors Saint-Nicolas des Vignes, et rendit son âme à son créateur le sixième jour d'août l'an
1221. Le cardinal Hugolin, légat du saints ége , fit la cérémonie de sa sépulture , accompagné du patriarche d'Aquilée ; et ce cardinal ayant été depuis papo sous le nom de Grégoire IK le canonisa le 13 juillet 123V.
(I) Voy., à la fln du vol., n^"' i:>, I i et la«
DXTIOMNAIRE DES ORDRES RELIGIEUX
Foy. Hcrnnndo de Casiiglîo, Juan Lopez, rt Anton, de Rcmosel, Bist. dtSan Domingo^ y dtiuordtnde Pred/cador^f. Ladov.Gabecas, Ilitt. de San Somingoi. Thom. Malaenda , Anval. ûrd, Prœd. Leand. Albert, de Viris illusirib, ord. Prœd.iWo. Michel Pio, Vit. de gli Huomini iUustri di S. Domenico, et Hiet. délia nobii. progen. de 5. Domenico, Anton. Seneos. Chronic. FF, Prœdicatorum, et VU*. SS. PP. ord, Prœd, Vinccnl, Maria Fontana, Monumerita Dominicma^ Tkeatrum Domini" canum^etConsiitution,^ déclaration, et ordi^ nation. Capitulorum General, ord. Prœdicai. Seraph. Razii, Vit. de primi eaneti et brari del ord. di Predic. et Istoria de gli Huomini iliu$tri del ord. de Prédicat. Jean de Recbac, Viei de eaint Dominique et de ees première eompagn. Jacob Percin, Monumenta Convenu tu9 Tolosani ord. Prœdicat. Jean-Baptiste Feoillet et Thomas Souéjçes » Année Dominicaine. Sitvestr« Maruli. Mar. Océan, di tutt. gli Rrligion. Pieiro Crecenz « Presidio Romano. Pauolo Morigia , Hist. delforigin. di tutte le Religioni.ei Hermant, Hist. des Ordr. religieux 9 tom. II. Giry et Baillel| Vies des saints^ k août.
§ II. Du grand progrès de Vordre des Frères Prêcheurs, et des dignités et offices attachés à cet ordre.
Après la mort de saint Dominique, les rcli|(ieux de son ordre s'assemblèrent à Paris l'an 1222 dans an chapitre général, pour lui donner un successeur, et élurent le bienheurcox Jourdain de Saxo, quoiqu'il n'y eût pas plus de deux ans et trois mois qa*il fût dans cet ordre; mais son insigne piété et son grand mérite , qnî l'avaient déjà élevé â la charge de provincial do Lorobar* die, le firent encore choisir de tous les frères pour les gouverner en qualité de général. Il envoya après son élection des religieux eo Allemagne , où ils fondèrent de nouveau quatre couvents. Il en envoya d'autres dans la terre sainte , où ils «fondèrent en peu de temps cinq autres couvents; et, le nombre fl'augmentant de jour en jour, on érigea quatre nouvelles provinces dans le chapitre général qui fut tenu à Paiis l'an 1228 : savoir, les provinces de Grèce, de Pologne, de Danemark, et de terre sainte. Il défendit Irès-étroitement à tous les religieux de manger do la viande , ni rien de cuit avec la viande, même dans les maladies, sans per* mission de leurs supérieurs ; mais celte grande rigaeur a été modérée dans la suite dans le chapitre qui se tint aussi à Paris l'an 1236. 11 déclara la résolution qu*il avall prise de passer en terre sainte. En effet , il s'embaroua pour ce vovoge ; mais, à la vue du port d'Acre, comme le vaisseau (lait pr^s d*y entrer, une grande tempête s'éleva qui le Glsubmerger, et le bienheureux Jourdain avec ses compagnons y péril après avoir
f;ouvrrné Tordre pendant quinze ans. Ce fut ui qui poursuivit la canonisation do saint Dominique, dont il transféra les précieuses reliques dans un tombeau de marl)re.
Saint Raymond de Peguafort lui succéda
dans le gouvernement de Tordre , ayant été élu dans le chapitre général qui se tint aussi à Paris Tan 1237. Il rédigea par écrit les constitutions ; il leur donna une meilleure forme, et les divisa en deux parties. Dans le premier chapitre général qu'il tint, il fit recevoir une ordonnance qui portait q^'il serait permis aux généraux de se démettre de leur office quand bon leur semblerait , et qu'on serait tenu d'accepter leur démission : c*esr pourquoi, profitant de cette ordonnance, II renonça au généralat dans un autre chapitre qu'il tint Tannée suivante. On lui donna pour successeur Jean de Waldesusen en Westphaiie, sous le gourernement duquel Tordre fit de nouveaux progrès, ayant fondé trentequatre couvents. Il y eut cinquante-quatre établissements sous le généralat do bienheureux Humbert, cent vingt-cinq sous celui du bienheureux Jean de Verceil , et le nombre des couvents s'est tellement mnltiptié sous les autres généraux , que Tordre est présentement divisé en quarante-cinq provinces , dont il y en a nne sous le litre de Sainte-Croix des Indes occidentales , une sons celui de Saint-Jacques de Mexique dans l'Amérique, one de SaintJean-Bapliste dn Pérou , nne do Sainl^Vincent de Chiapa dans TAroérîqne , une de Saint^Antonin du nouveau royaume de Grenade, une de Nakaivan dans TArménie , une de Sainte^Catberine, martyre de Quito, dans TAmériquef une de SainuLanrent de Chili au royaume de Chili, aussi dans l'Amérique.; une du Saint -Rosaire des Philippines aax Indes orientales , une de Saint-Hippolyto, martyr d*Oxaca , dans l'Amérique , et une des Iles Canaries; ce qui fait voir combien cet ordre s'est répandu dans toutes les parties du monde. Outre ces quarante-cinq provinces , il y a encore douze congr^ations ou réfor^ mes particulières gouvernées par des vtcairey généraux, desqaelles nons parlerons dans la saiie.
Je crois bien que les religieux de cet ordre ont aussi passé en Ethiopie dès Tan 1253 cl qu'ils y ont travaillé à la conversion des peuples de ce pays-lik, comme quelques aaleors du mémeordrele prétendent, alléguant pour cet ciTet une bulle du pape Innocent iV adressée aux religieux qui étaient en Ethîo-
iMC et on d'autres pays. Mais ce que dit le \ Louis d'Urret I dans l'Histoire de Tordre de Saint-Dominique en Ethiopie qu'il a composée en espagnol et publiée Tan 1611, n'est pas soutenable. Il prétend que ces religieux y ont plusieurs couvents, dont les
|)rincipaux sont ceux de Plurimanos et d*AI« eloya ; que dans le premier il y a toujours neuf mille religieux et plus de trois mille ouvriers et serviteurs, et dans celui d'Aile* luya sept mille religieux ; que le convent do Plurimanos a quatre lieues de circuit; qu*il contient quatre- vingts dortoirs, que chaqa<s dortoir a une grande cour, an cloître, une bibliothèque, one sacristie et une église particulière, où Ions les religieux de ce dortoir disent TofBcedivin pendant la semaine ; mais que loua les dortoirs* sont disposés de telle
DOM
DOM
sorte, qQ*uR des bouts répond de plain-pted à la grande église où tous les reiigîeas. se troofeal le dimanche povkt chanter Toffice en cooimuoy et qae l'autre bout répond au réfectoirciqui a deux milles de longueur, c'est^^ i-dire one lieue, où tous les religieux mangent enaemble tous les jours ; que dans ce réfectoire il y a on serviteur pour trois tables» au bout desquelles il ^ a un passoîr qui répond à la caisiaei qui est aus^i couimune poar tout les religieux ; et qu'il y a on grand et lasle cloître proche la graude église, qui sert à faire les processions ; que le sacristain de la grande église donne le signal pour aller à l'oflice, et quen même temps les sacristains des églises particulières de chaque dortoir sonnent aussi , afin que les religieux se rendent dans leurs églises.
NoQs croirions ennuyer le lecteur si nous voulions rapporter toutes les fables que le P. d'Crrela débite touchant ce couvent, son fondateur saint Tbècle-Aymanot , S.
Thécle*Ayaret, sainte Imate, sainte Claire, etaotrcs saints de son ordre, à ce quM prétendy et touchant les couvents d*Allelnya et de Beningali. Noos en avons sufBsamment parlé dans la préface qui est à la tête du prenier volume de cette Histoire; de telles fables ne méritent pas d'être réfutées, mais nous ferons seulement remaïquer que ce Ibède-ATmanot que les religieux de l'ordre de 8aint-Doaiiniqtte s'attribuent, et dont ils loettent la mort l'an 1306, vivait Tan 620, €*eslr-à«dire près de cinq cent cinquante aus avant la naissance de leur fondateur. C'est ce mémo Thède-Aymanot qui fut le restaurateur de la vie monastique en Ethiopie, suivant le témoignage de H. Ludolphe, trèsversé dans l'histoire de ce pays ; et le couvent de Plorimanos est sans doute celui de Debn Libaao9,qui fut transféré à Bagendra, comme nous avons dit ailleurs.
Le P, Séraphim Raizi, qoi avant le P.
Louis d'Drreta avait donné les Vies do ce Tbide-Aymanot et de quelques autres saints d'Elhiopie, avoue qoe ce qu'il en dit n'est qie s«r le rapport de deux Ethiopiens ou Abyssivs, qoi se disaient de l'ordro de Saint- Deraioique, el qui furent reçus en cette qualité l'an 1513 dans le couvent de cet ordre à Piae, d'où ils allèrent à Rome, ou Tun d rai, ayant demeuré près de trois ans , et 'yaat appris la langue italienne, laissa par ^rit la desrriptiofi de ce prétendu couvent de Pkirtmanos et de celui de l'Allelu} a, avec Ips vies de q«e)qaes saints de l'ordre de Saint-Dofliioique qui sont morts en Elhio* pie, comme des saints Thède-Aymanot , ^odaleor de ce beau et spacieux monastère de Ptartmanos; Tbécle-Avarct , Philippe, André, Samuel, et des s tîntes Imate, Claire, «Iqaelqoes autres. Michel Pio dit aussi la néaie chose, et le P. Looîs dIJrreta recoii- BaH qoa l'an 1515 il y en eot huit qoi furent f«çus dans le couvent de Valence, et qui vi - MienI do Rome. Apparemment qoe de ce Aombre était cet Abyssin qui avait laissé à
Rome la description du couvent de Plurimanos, et qui avait composé les Vies de ces saints d'Elhiopie, dont il laissa aussi des mémoires en Espagne qui ont servi an P. Louis d'Urreta à composer son Histoire.
Ainsi il y a lieu de s'étonner de ce que sur la bonne foi de queltiucs Abyssins inconnus, sans crédit et sans autorité, les PP. Razzi, d'Urreia, Pio et les autres historiens de cet ordre aient débité de telles fables.
Mais quoique nous n'accordions pas à l'ordre de Saint-Dominique Thècle-4yma.
not, Thècle-Avaret, el les autres sainis d'Ethiopie dont parlent les historiens de cet ordre, ce ne sera lui rien diminuer de la gloire Ju'il a acquise d'avoir donné un nombre inni de martyrs, de saints pontifes, de confesseurs et de saintes vierges. Outre les grands personnages que leur science, leur mérite et leur vertu ont élevés aux premières dignités de l'Eglise, on y compte troii papes, qui sont Innocent V, Benoit IX et saint Pie V, canonisé l'an 1712 par le pape Clément XI; plus de soixante cardinaux, plusieurs patriarches, prés do centcinquante archevêques, et environ huit cents éveques, outre les maîtres du sacré palais, dont Toffice a toujours été exercé par un religieux de cet ordre, depuis que saint Dominique en fut revêtu le premier par le pape Uonorius 111 l'an 1218.
Ce qui donna lieu à Téreclion de cet office fut que saint Dominique, ayant obtenu du pape Hocorius le couvent de Sainte-Sabine avec une partie du palais de ce pontife pour servir de demeure à ses religieux (1), comme nous ayons dit dans le paragraphe précédent, il fut sensiblement touché de ce que, fendant que les cardinaux et les ministres de la cour étaient avec le pape, leurs domestiques s'amusaient à jouer et à perdre leur temps ; c'est pourquoi il conseilla au pape de préposer quelqu'un pour leur faire des instrnctions. Le pape approuva ce conseil et chargea saint Dominique de cet emploi. Ce saint leur expliqua les Epltres da saint Paul; et ses instructions eurent un succès si heureux, que le pape voulut que l'on continuât à l'avenir ces instructions^ et que cet emploi fût donné à un religieux de I ordre de Saint-Dominique, qui prendrait la qualité de maître du sacré palais, ce qui a été pratiqué jusqu'à présent; mais le mallro du sacré palais ne fait plus ces initructions aux domestiques des cardinaux, il ne lis fait qu'aux domestiques du pape, qu'il est obligé dinstruire dans les choses de la foi^ le carême. Ta vent et les fêtes principales ; ou bien il le fait faire par ses compagnons.
Les papes ont dans la suite accordé beaucoup d'honneurs et de prééminences aux maîtres du sacré palais. Eugène IV, ayant pourvu de cet ofùce Jean de Turrecremala, qui fut ensuite cardinal, ordonna nar une bulle de l'an 1436 que les maîtres uu sacré palais auraient place dans la chapelle du pape immédiatement après le doyen des au-
(I) Vincent ||ar. Foniana, Sytl tbus Majist. S. Patatii.
DICTIONNAIRK DES ORDRES RELIGIEUX
loueurs de Rôle, que lui seul einminerait les serm ns que Ton devait Taire dans celle chapelle; que personne n*y pourrait prêcher, à moins qu^il n'eut été oommé par le maitre du sacré palais ; qu'au cas qu'il fAt obligé de s'absenter de Rome, il pourrait avec la permission du pape substituer quilque autre a sa place, qui jouirait des mêmes honneurs, et que personne ne pourrait être reçu dans Rome docteur en théologie sans sa permission. Callxte 111 confirma l'an ik% non-seu- Icnient le droit que le p'ipe Eugène avait accordé au maître du sacré palais de nommer ceux, qui devaient prêcher dans la chapelle du pape, mais il lui accorda encore celui de reprendre publiquement ces prédicateurs, mémo en présence du pape, s'il y avait quelque chose de répréhensible dans leurs discours.
Léon X ordonna que Ton ne pourrait rien imprimer dans la ville de Rome ni dans son district sans l'approbation et la permission du cardinal vicaire et du mattre du sacré palais, ce qui fut conGrmé Tan 1620 par le pape Paul V, et Tan 1625 Urbain Vili défendit à tous cjux qui auraient composé dans TËtat ecclé^ias(ique quelques ouvrages sur quelque matière que ce pût être, de les faire imprimer en pays étranger sans la même permission. Mais présentement le mattre du sacré palais ou ses compagnons donnent seuls la permission d'imprimer les livres. 11 est juge dans Rome de tous les imprimeurs, libraires et graveurs, pour ce qui regarde l'impression, la vente, l'achat, l'entrée et la sortie des livres et des estampes. Il est consulteur-né des congrégations du Saint-Of- Gce et des Rites. 11 assiste aussi comme prélat à celle de Vïndcx et à celle qui se tient chez le cardinal vicaire pour le concours des curés de Rome. 11 nomme des compagnons qui sont aussi religieux de son ordre, qui signent les permissions pour l'impression des livres, et font la visite chez les libraires, et il a le litre de révérendissime, que les cardinaux mêmes lui donnent. Le pape Pie V fonda pour son entretien un canonicat dans la basilique de Saint-Pierre, avec le titre de théologal , par une bulle de Tan 1570, et 11 en pourvut Thomas iMenrique, pour lors maître du sacré palais; mais après la mort do Menrique, Sixte V, par une autre bullo de l'an 1586, révoqua celle de Pie V, voulant que celte prébende fut possédée par lin ecclc»ias iquo; et par la même bulle il donna au maître du sacré palais une pension de trois cents écus romains sur Tabbaye de Sainte-Marie de Terretode l'ordre de Saint-Basile, au royaume de Naples, que le cardinal Rusticucci posséJait en corninende ; voulant que cette pension, dont les maîtres du sacré palais ont toujours joui, fdt cxctiipte de toutes charges et iinposilions, sous quelque prétexte que ce fût. Le pape lui entretient aussi un carrosse.
Nous avons d t ci-devant aue le pape Eugène IV avait ordonné Tan 1«3j que le maître du sacré palais aorait place dans la chapelle papale immédiatement après le doyen
des auditeurs de Rote ; mais l'an 1655 Alexandre Vil o donna qu'il aurait séance, tant dans la chapelle du pape que dans les cérémonies, après les auditeurs de Rote, et qu'il aurait le pas devant tons les clercs de la chambre apostolique, qui sont comme les conseillers du conseil des fînances du pape; et, afin que l'on voie l'autorité que le maiire du sacré palais exerce dans Rome, nous rapporterons ici l'ordonnance que chaque mal* tredu sacré palais publie lorsqu'il est nouvellement pourvu de cet ofGce.
Ordonnance du maître du sacré palaie, — I. L'expérience ayant fait connaître la grandeur du préjudice et du danger que caa^e la lecture des livres défendus, à la pureté de la foi et aux bonnes mœurs, non sans of« Tenser la divine majesté, et au détriment de l'âme ; par ordre exprès et commission de notre très-saint père le pape N. le frère N., maitre du sacré palais, juge ordinaire, etc.« commande et défend par la présente ordonnance, sous peine de la perte des livns, de trois cents écus d'amende et autre peine corporelle, à imposer à s.i volonté (outre les censures et peines contenues dans les saints canons, l'Index dei livres défendus, la bulle Jn Ccpna Domini , et autres constituiions apostoliques], que personne n'ait la hardiesse de porter dans Rome et hors de Rome, de retenir, acheter, vendre, donner et prêter aucun livre défendu et suspect, sous quelque titre que ce soit, sans sa permission expresse et par écrit. £t, au cas que quel-
Su un porte à un libraire un livre défendu, a Révérendissime Paterniié ordonne que le libraire le retiendra en présence d un autre libraire son voisin et de deux témoins, et que dans le terme de huit jours il le portera à Sa Révérendissime Paternité ou à ses con> pagnons, ce qui s'enlend aussi des mêmes libraires, en quelque autre manière que ce puisse être, sous la même peine.
IL De plus, par la présente ordonnance. Sa Révérendissime Paternité révoque toutes les permissions qui ont été ci-devant données par les mattres du sacré palais, tant do vive voix que par écrit, en quelque manière que ce soil, déclarant que ceux qui voudraient s'en servir encourront les mêmes peines que ceux qui retiennent des livres défendus sans permission.
III. Que toutes sortes de livres, histoires, oraisons, almanachs, images, ou fleures et quelque autre chose imi^rimée, si petite qu'elle puisse être, que Ton apportera à Rome, seront consignés à hk douane on ptésentés à Sa Révérendissime Paternité ou à ses compagnons pour en avoir la permission, et que les catalogues des livres qui sortiront de Rome seront faits &vec Gdélilê, en mettant le titre de chaque livre, le nom de l'auteur, le lieu et Tannée de l'impression, et qui en a été Timprimeur, sous peine de confi^catiou des livres, et de cinquante écus d'amende, plus on moins, selon la qualité des livres et du délinquant.
IV. Qu'aucun charlatan n'a.t la hardi; sse de porter et vcud.e â Rome aucune cbo>e
DOM
A) ce recedcsi si auparavant il n'a montré Icsililes recetlcs à Sa Révércndissitnc Palcrnité oa à ses compagnons, qui les approuveront ou les feront approuver par d'autres, sous peine de confiscation de tout ce qu'il aura à vendre, et de vingt-cinq écuf d*amende.
V. Que les courriers et postillons qui seront chargés de livres» si petits qu'ils soient, rt pour toute sorte de personnes de quelque élat, qualité, condition et prééminence qu'elles puissent étre^ (oit dedans ou hors de Kome, soient tenus de les montrer premièrement au matlre du sacré palais ou à ses compagnons, ou de les laisser à la doume, sous peine de cinquante écus d*amcnde et (!e trois trails de corde (1).
VI. Qa'aucun douanier de Rome, soit de terre, soit de rivière, ne soit assez hardi pour délivrer les livres qui sont consignera la douane sans ladite permission, ce qui doit être aussi observé par les com.iiis des portes sous les mêmes peines.
Vil. Qu^aucun batelier, marinier, voi!urier, courrier et roulier, ne rende aux I braires et autres personnes les livres dont ils auront été chargés, avant que d'avoir (féclaré à la douane ce qu'ils portent, sous peine de cinquante écus d'amende ; s'il se trouve que l'on ait délivré quelque chose qui concerne TofOce du maître du sacré palais, et autres cinquante écus d'amende et conGscation de la marchandise pour celui qui Taura reçue.
VIII. Que personne ne puisse venJre par la ville, livrets, histoires, oraisons, aimanacbs, lettres, images ou figures, ou quelque autre chose imprimée, si petite qu'elle soit, même de la musique, ou les exposer en vente sur les boutiques ou dans les places publiques, on dans quelque autre lieu de la ville, fl*il n'est libraire de profession, on s'il n'a permission du maître du sacré palais ou de ses compagnons. Déclarant que lc$ re* iieurs et papetiers sont compris sous le nom de libraire, et pour ce sujet ils ne pourront vendre aucun livre, soit vieux ou nouveau, et t( s relieurs relcr aucun livre imprimé, s'ils n'en ont permission, et s'ils n'ont fait le serment ordinaire et la profession de foi, conf ni émcnlau décret de l'Index des livres l'efindus ; et personne ne pourra ouvrir boutique d'imprimeur et de libraire» ou eiereer celte profession, s'il n'est approuvé et r çu, cl s'il n'a des patentes signées de Sa Révéreudissime Paternité ou de ses compagnons, sous peine de confiscation des livres et de cinquante écus d'amende , plus oj moins, selon la qualité des livres et du délinqoant, lesquelles patentes doivent être renouvelées à chaque changement de maître du sacré palais.
IX. Que les héritiers et exécuteurs testa-> tneiitaires des libraires décèdes, ceux qui voudront vendre leurs propres livres, cl autres ne puissent vendre aucun livre de quelque sorte et en tel nombre que ce puisse
DOM fo^
être, les montrer, les estimer, ou en traiter avec d'autres pour les vendre, ou en disposer en quelque autre manière, s'ils n'en ont obtenu auparavant la permission du maître du sacré pa!ais ou de ses compagnons, sons peine de confiscation des livres et de 200 écus d'amende.
X. Que le» juifs, regratîers, et autres artisans ne puissent vendre , emprunter et prendre en nantissement aucune espèce de livres, tels qu'ils puissent être, sans la permission du maître du sacré palaîs ou de ses compagnons ; et s'ils en ont à présent, qu'ils aient, dans le terme de huit jours, à en donner un catalogue fidèle, sous peine de confiscation desdits livres, de cinquante écus d'amende, et autre peine, même corporelle, à la volonté de Sa Kévérendissime Paternité. Que s'il arrive que d«)ns l'encan des juifs et de la dépositairerie de la ch<imbre. Ton y vende des livres, Sa Kévérendissime Paternité ordonne que ceux qui les vendront, après en avoir obtenu la permission, en donneront avis à la communauté des libraires, afin qu'ils puissent se trouver à ladite vente. Sa Kévérendissime Paternité ordon^ nant très-expressément que hors de l'encan Ton ne puisse vendre nucun livte mis en séquestre ou en nantissement , sans une nouvelle permission, sous la même peine ci-dessus imposée.
XI. Que tous les libraires et vendeurs de livres aient, dans le termn de trcute jours, à donner au maître du sacré palais ou à sa compagnons un inventaire fidèle par ordre alphabétique de tous les livres, tant vieux que nouveaux, qu'ils ont, en y marquant le nom de l'auteur, le titre, l'imprimeur, l'année et le lieu de l'impression, et le nombre des volumes de chaque sorte, lequel inventaire soit signé de leur main, et qu*ils en reiieunent un double de leur côté; et que dans ledit terme chaque libraire ait à se présenter en personne pour se faire écrire sur le livre que l'on retiendra pour cet efl'ct dans l'office du maître du sacré palais, où seront marqués tous les noms des librairts et vendeurs de livres qui auront la permis* sîon d'exercer ce^tc profession. Passé ce temps, l'on procélera contre ceux qui ne >e seront pas présentés, comme vendant sans permission , et ils encourront les peines portées dans l'article Vlll.
XII. Pareillement, Sa Kévérendissime Paleroilé ordonne aux graveurs, imprimeurs et marchands d'estampes en taille douce ou en bois, de se présenter dans le même temps et de donner un catalogue de toutes les estampes qu'ils ont dans leurs boutiques, avec le nom de l'auteur, de l'imprimeur et du lieu où elles ont été imprimées, et de se faire écrire dans le môme livre, sous les mêmes peines.
Xtll. Qu'aucun médaillisle, fondeur, graveur de cachets, tant en acier qu'en fer, bronze ou autre matière, ne soit as ^ez hardi de graver, fondre et jeter en moule aucune
( ) Espèce d^cslrapadc
iOS
DICTIONNAmC DES ORDRES RELIGfKUX.
figure, soit sacrée ou probne, avec des leltrès oo sans leUre.<t s'il u*eQ a la permission do maître du sacré palais ou de ses compagnons, ce qui se doit entendre aossi de tous ceus qui font des coinSf poinçons et autres instruments pour frapper et marquer lesdites figures ou lettres» soo^ peine de deuK cents ècus d*amcndet de trois traits de corde, de suspension de l'exercice de sa profession, et autres peines arbitraires, selon la faute du coupable; ei que dans le terme d'un mois ils se présentent tous dc?ant le maître du sacré palais 00 ses compagnons, arec la liste des figures et lettres qui sont gravées dans leurs coins, afin que Ton mette au bas la permission de pouvoir s'en servir dans leur profession.
XIV. Qoe tous les libraires aient à porter au maître du sacré palais on exemplaire relié oo broché de tous les livres nouvellement imprimés ou réimprimés qui viendront dans Rome, de manière qu'on les puisse lire aisément, afin qu'ayant été exaoïinés et approuvés poor bons, on les poisse rendre aussitôt ao libraire qui les aura donnés, et qu*il paisse retirer les autres de la même sorte qui resteront pendant ce temps- là à la douane, et qui ne pourront être délivrés qu'avec la permission de Sa Révérendissime Paternité ou de ses compagnons, déclarant que tons les ordres qui seront donnés par son comp4ga9n, en pareil cas, aux garçons des libraires en l'absence de leurs maîtres, obligeront les maîtres comme s'ils leur avaient été signifiés à eux-mêmes.
XV. Qoe, <Uos le même terme d'on mois, tous les imprimeors aieut à se présenter aossi en personne pour se Caire inscrire dans le même livre des libraires et graveurs, et qn'aucun ne paisse de nooveau ouvrir une imprimerie, s'il n'a fait auparavant le même serment que les libraires, sous les mêmes peines.
XVI. Qu'aucun imprimeur public oo particulier n'ait la témérité d'imprimer on réimprimer aocon livre, manuscrit, oo quelque au're chose, si petite qu'elle soit, sans la permission par écrit de Sa Révérendissime Paternité ou de ses compagnons, ni ou'il soit assez hardi de changer, ajouter ou oiminuer une seule parole, m de mettre que l'impresiiion soit faite en un autre lieu qu'à Rome. Sa Révérendissime Paternité veut qoe l'impression soit conforme à la copie qui lui aura été donnée signée, et qu'il ne rende
Eoint publique l'impression jusqu'à ce que i maître du sacré palais ou ses compagnons ait coUationné ladite impression sur la copie signée de t'ua d'eux, laquelle copie restera toujours dans l'office du sacré palais, et doit être signée de la propre main de l'auteur, avec la permission de débiter le livre. Et eu cas que ce qui aura été signé par le maître du sacré palais et qui aura été donné à Tîmprimeur ne ftU pas imprimé, l'imprimeur devra, avant de rendre la copie à l'auteur, la redonner au maître do sacré palais, afin d*ellaccr la permission qo'il avait donnée. Ce peur que quand on le voudra imprimer
on n'ajoute quelque chose, et afin qu'il puisse être examiné de nouveau avec une nouvelle' approbation, sous peine de confiscation des exemplaires et de cinquante écus d'or d'amende.
XVII. Que tous les imprimeurs, libraires, graveurs, marchands de livres ou d'estampes, douaniers, médaillistes, courriers, postillons, gardes et portiers des portes de In ville, afin qu'ils ne puissent ignorer ce qui est contenu dans la présente ordonnance et qu'ils obéissent ponctuellement à ce qui Icor est commandé, aient à afficher dans leois bootiques, imprimeries, douanes et antres lieux où ils exercent leurs ofBces publiquement, une copie de la présente oruonnancr, sous peine de cinq écus d'amende pour chaque fois qu'ils seront trouvés sans ladite ordonnance; et de plus les libraires sont obligés sous la même peine d'avoir VIndex des livres défendus.
XVIII. Toutes lesquelles choses sont ordonnées et commandées sous lesdites ameiiies, applicables partie en œuvres pieuses, partie aux dénonciateurs, qui ne seront point nommés. Sa Révérendissime Paternité se réservant de diminuer ou d'augmenter lesdites peines, et de les étendie même jusqu'à punition corporelle, suspension et privation de la profession, et de bannissement, selon la qualité du crime et des personne», les* quelles peines seront encore augmentées à l'égard de ceux, qui feront récidlte, et Ton procédera contre les transgresseurs avec la dernière rigueur.
Voulant que la présente ordonnance, qui sera affichée et publiée à Rome aux lieux accoutumés, oblige un chacun comme si elle lui avait été signifiée personnellement. Don* né au palais apostolique, etc.
Il y a eu plusieurs Français qui ont été pourvus de cet office. Le premier fut Hugurs Séguin de Billom en Auvergne, qui le fut par Martin IV l'an 1281. Le pape Nicolas IV, l'an 1288, le fit cardinal, et il fut ensuite archevêque de Ljon. Guillaume de Bajonne succéda à Hugues Séguin dans cet office, qu'il exerça soos le pontificat de Nicolas IV et soos celoi de Clément V, qoi le fit aossi cardinal Tan 1312. Guillaume Gavant de Laon l'exerça sous le pontificat du même Clément V; il fut archevêque de Vienne, ensuite archevêque de Too'oose. Raimond Requin de Toulouse fut pourvu de cet office par le pape Jean XXII; il fut ensuite évéque de Nimes et patriarche de Jérusalem. Jean de Lemoy, confesseur de Philippe IV, roi de France, fut aussi pourvu de cet office par le même Jean XXIi, 1 ao 1323; mais il mourut la même année, et eut pour successeur Durand de Saint-Porlien, qui fut évêquedu Puy et de Meaux. Jean XXII conféra encore cet' office à Dominique Grenier de Tooldose, qui fut ensuite é\êque de Pamiers. Le même pape pourvut encore de cet office Pierre de Pirelo, que Benoit Xll fit dans la suite évéque de Mirepoix. Raymond Durand l'exerça sous le pontificat du même pape. Ji'au Morlaud fut maître du sacré palais sous le pou*