‹ Dictionnaire ... de la BibleChapitre 22 sur 118 · SOS · texte numérisé non relu

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M. de BIégny« qui prend la qualité de cooiniandeqr et d'aîmiDistrateur général de G«l ordre, dans on projet d*Hi$(oire des religions militaires qu'il donna en 16Ji^ et qui D est proprement que poor Taire voir Tantiquilé de Tordre militaire du Saint-Esprit, cite aussi pour preuTe de son antiquité on de ces anciens bréviaires de Tan 15i(^oà il e»t parlé de Laiare comme chef d'une milice; et 9 après avoir flxé la première époque de rétablissement de cet ordre sur l'autorité de ce bréviaire : Laxore^ dit-il, éianl arrivé en France , se proposa de remeiire sur pied le corpt de milice qu'il avait commandé à Jéru* faiem, et ft prendre lee armes à ceux de sa congrégation qw portaient sur Uutm habits une croix blanche de trois parties^ dont la principale t qui était l'arbre ou le trone^ re^ présentait Lazare commo chef de leur compo* gnie^ et les deux autres , qui étaient les traverses ou croisons, désignaient les deux scfurs comme personnes subordonnées. Les pèlerins exposés par de longs voyages devaient à leur tigilance la sûreté qu'ih trouvaient sur les chemins et le secours qu'ils trouvaient dans les hôpitaux. Cet ordre devint si célèbre^ quHl s étendit bientôt dans les pays étrangers* Il passa premiirement dans le royaume de JVaplts, où ces hospitaliers s établirent à Pouxxoles^ et ensuite à Ron^e.

Les titres de Tordre n*unl pas apparemment conservé à M. de Blégny ions les noms des premiers généraux successeurs de La* lare, car il passe tout d*Qn coup à Tannée ^D3, en laquelle il dit que Luc de Brisiquel était générai; qu'il eut poqr successeur en tôS Cécile de Houdragon; qu'à celui-ci suc^ rcda Lucale Peirat* et que ce fut é Jérôme de Tfécis, qui fut établi général eq 573, que le pape Jean 111 adressa une buHe* L'on est déjà assti convaincu que toute Tantiquité que prétendaient les cbevaliers était imaffi'naire; mais cette buUe, adressée par Jean 111 a ce prétendu grand maître en 573, en est une preuve , puisque ce pape était morl en 572. Noos ne suivrons pas les chevaliers dans toutes leurs autres prétentions sur celte aDiiquilé, qui nous conduiraient trop loin. Elles étaient si peu raisonnables ri les titres dont ils se prévaiaienl étaient si manifestement faux, qu'il y a lieu de s'étonner qu'ils les aient même produits, lorsqu'on 1093 les Chanoines Hcguliers de cet ordre leur disputèrent cette qualité de chevaliers t comme Dons dirons dans la suite.

En effet ces Chanoines Réguliers ont tou« jours considéré cette antiquité de Kur ordre coiiime imaginaire, et n*ont jamais reconnu d'autre fondateur que Guy de Montpellier. Il était Gis de GuUiaumc, seigneur de Montpellier et de Sibylle, et il bâtit dans celle viUet !»ur la fln du douzième siècle, un célèbre bô- P'tal pour j recevoir les pauvres malades. ^on indigne charité le rendit très-recommaudabte: il procura de grands biens 4 son nouvel établissement; u associa avec lui (l*au(rei personnes pour en avoir soin et assister les pauvres de leurs biens. Sou ordre s'élendil eu peu de temps vu plusieurs

endroits, comme il parait par la bulle du pnpe Innocent III du 23 avril 1198, qui, en confirmant cet ordre, fait le déuombrcment des m.'iisous qu'il avait déjà, dont il y en avait deut à Rome, Tune au delà du Tibre, et Taulre à Tmlrée de la ville sous le nom de Sainte-Agathe; une autre à Bergorqc, une à Troyes, et d'antres en différents lieux.* Comme ils étaient tous laïques, et qu'il n'y avait aucun ecclésiastique parmi eux, le même pontife avait le jour précédent écrit à tous les archevêques, évoques et prélats de Téglise, pour les prier qqe s'il se trouvait quelques personnes pieuses de leurs diocèses qui voulussent faire quelques donations à ces Hospitaliers, ils ne les empêchasse I pas. Il exhortait aussi ces prélats d'accorcîer à ces Hospitaliers la permission de bâtir des églises et des cimetières, de fqire la dédicace de ces églises, de bénir les cimetières lorsqu'ils seraient bâtis, et de souffrir que le fondateur et les autres frères de cet ordre choisissent des prêtres séculiers pour leur administrer les sacrements et aux pauvres dans leurs églises. Six ans après. Tan 120%, ce pape fit venir à Rome le fondateur pour lui donner le soin de Thêpilal de Samte- Marie tu Sassia^ ou en Saxe, qui s'appelle présentement le Saint-Esprit ; et, comme il e»t le chef de cet ordre et l'un des plus c6« lèbres de l'Italie, nous rapporterqns son origine et sa fondation.

L'église fut fondée par Ina, rot des Saxons Orientaux, Tan 715, sous le titre de Sainte- Marie in iSassta, ou de Saxe, et le mémo roi étant venu à Rome Tan 718, ajouta à cette église un bêpital pour les pèlerins de sa nation, qu*il donna à gouverner à quelques personnes séculières, ayant assigné sur son domaine un revenu annuel pour la sub« sislance des pauvres et l'entretien de Thôpilal.

Offa, roi des Merclens, à son imitation, amplifia le même hôpital et en augmenta les revenus ; mais il fut br&té en 817 par un incendie qui ne put être arrêté que par une image de la sainte Vierge, que le pape Pascal I y porta en procession. Un pare.l incendie acheva de le désoJer en 8^7,'auquel le pape Léon IV remédia aussitôt le mieux

3a'il put, ayant été aidé par les libéralités es successeurs des rois fondateurs. Mais les guerres des tioelfes et des Gibelins, durant les Quze et douzième siècles, ruinèrent tellement le quartier de la ville où Thôpital est situé, qu'ils eu abolirent même jusqu'à la mémoire. Unfio Innocent 111, étant monte sur la chaire de saint Ti. rrc, fil bâtir de fon i en comble col hôpital à ses dépens Tan 1198, pour y recevoir les malades et les pauvres de Rome, et en augmenta de beaucoup l<8 bâtiments, les possessijns, les revenus et li*s privilèges , en Tannée 120^, après que des pécheurs eurent tiré du Tibre dans leur# filets une grande quantité d*eufaiils nouvellement nés qu'on y avait jeiés ; car ce pape en fut tellement touché, qu'il destina princi* palemeui cet hôpital p>iur rec«>?air les enfants exposés et abandonnés par leurs pu*

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DICTIONNAIRE DES ORDRES RELIGIEUX

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renlt. A la vérité il n*en est point fait mention dans sa bollc, mais bien dans celles de plusieurs de ses soccesiieors» comme de Nicolas IV, de Sixte IV et de quelques autres ; cl Ton ?oit encore dans cet bôpiial une peinlure à fresque, qui représente des pécheurs qui portent à Innoceutlll ces enfants qu'ils avaient trouvés, et une inscription au bas, qui fait foi |uo ce pontife fut averti par un ange d'jr reniédirr; c*est pourquoi l'on prétend qu*il fil en même temps bâtir cette église, quM dédia en l'honneur du Saint-Esprit, tant à cause qu'il lui avait inspiré une si bonne œuvre, qu'A cause des religieux du Saint-Rsprit de Montpellier, auxquels il donna le soin de cet hôpital ; mais il j en a beaucoup qui rrgardent cette histoire comme une lable.

Ce qui est vrai, c'est qu'il n'jr avait pas longtemps que le comte Guy avait fondé son ordre, dont le principal soin des Hospitafiers était d'exercer Tbospitalité envers les malades, comme nous avons dit ci-dessus. Ce saint pape, étant bien informé de leur charité qui les rendait alors fort célèbres, en fit venir six A Rome avec leur fondateur pour leur donner la direction de cet hôpital, que les papes successeurs d'Innocent 111 ont enrichi dans la suite par plusieurs donations qu'ils lui ont faites, en quoi ils ont é:é imités par plusieurs personnes pieuses et charitables.

L'an U71, Sixte IV, voyant que les bâtiments de cet hôpital tombaient en ruine, le Ut rebâtir avec la magnificence qu'on voit encore aujourd'hui. Il contient plasieurs corps de logis avec une salle fort longue et élevée A proportion, capable de tenir mille lits, et un grand corridor A côté de cette saile qui en contient bien encore deux cents, lesquels sont tout remplis en été. On est même souvent contraint d en dresser d'autres dans les greniers de cet hôpital, qui sont au bas de Saint-Onophre, outre une grande salle de traverse où l'on met les blessé.*. Les pré- Ires et les nobles sont dans des chambres particulières, où il y a quatre lits dans chacune, et sont servie en faisselle d'argent. Il j a encore d'autres chambres pour les frénétiques et pour ceux qui ont des maux contagieux.

Dans un appartement qui est derrière l'hôpital, on y entretient grand nombre de nourrices pour allaiter les enfants exposés, outre plus de deux mille de la %ille et di>s villages circonfoisins A qui on les donne A nourrir. Tout proche est l'appartement des garçons qu'on y met A TAge de trois ou quatre ans, après qu'on les a retirés dos nourrices. Ils sont toujours au nombre de cinq cents, et ils y demeurent jusqu'à ce qu'ils soient en état de gagner leur vie A quelque métier ou antre exercice qu'on leur apprend.

Les filles, qui sont en pareil nombre, sont élevées dans un antre appaftement fermé jusqu'A ce qu'elles soient en état d'être mariées ou religieuses; et quand elles sont pourvues, elles reçoivent de l'hôpital cinquaute écus rom;ttns de doL Biles sont sous

la direction des religieuses de cet ordre, dont le monastère est renfermé dans rhôpital. Il fut bâti l'an 1600 par le pape Clément VIII, * qui dédia leur église sous le nom de Sainle- Thècle.

Enfin il y a le palais do précepteur on commandeur ei chef de cet ordre, qui est trèsbeau, entre lequel et cet hôpital il y a un grand cloître où logent les médecins, les chirurgiens et 1rs serviteurs de l'hôpital, qui sont toujours plus de cent, et A côté est l'appartement des religieux. C'est toujours un prélat distingué qui remplit cette charge de commandeur, qui est présentement A la nomination du pape.

La dépense tant pour les enfants que pour les malades monte par année, l'une portanl l'autre, A près de cinq cent mille livres, et le revenu serait une fois aussi considérable sans la fainéantise des Italiens, qui laissent la plupart des terres sans être culiûvée^, principalement dans la campagne de Romf, où cet hôpital est seigneurde plusieurs bourgs et villages, comme la Tolfa, San-Severo, Polidoro, Castelguido et plusieurs autres sar le chemin de Civita-Veccbia, dont il y en a quelques-uns qui sont principautés. Au dehors de cet hôpital, il y a on tour avec un petit matelas dedans pour recevoir les mîants exposés. L'on peut hardiment les mettre en plein jour, car il est défendu sous de très-grosses peines, et même de punition corporelle, de s'informer qui sont ceox qui les apportent, ni de les suivre.

VoilA quel est ce fameux hôpital do Saint* Esprit de Rome, dont le pape Innocent III donna la direction, comme nous avons dit, an comte Gu^ et A ses Hospitaliers. Les prêtres qui administraient les sacrements dais les hôpitaux n'étaient pas du corps de l'ordre, puisqu'ils étaient amovibles ; ils n*étaiettl pas sujets A la correction du maître, et dépendaient seulement des évéques dans hs diocèses desquels les hôpitaux étaient situés. Mais Innocent III, par sa bulle de l'an 120^, voulut que dans l'hôpital de Rome il y eût au moins quatre clercs qui en y entrant feraient

Ërofession de la règle que suivaient les [ospitaliers ; et, afin d'être moins A charge A rhôpital, ils devaient se contenter de la simple nourriture et du vêtement, il leur était défendu de se mêler des affaires temporelles, et ils étaient soumis A la correctiou do pape : ainsi il commença A y avoir paruii les Hospitaliers du Saint-Esprit des personnes ecclésiastiques et des laïques, avec cette diH'érence que les ecclésiastiques s'eogageaient A une étroite pauvreté et au service des malades perdes vœux solennels, et que les laïques n'étaient encagés seulement que par des vœux simples. Car, ojuoique le pape obligeAl ceux-ci A faire proiession régulière, après avoir été éprouvés pendant oo an, et A ne point quitter l'ordre que poor passer dans un autre plus austère, on ne doit pas conclure de lA qu'ils Xussent poor cela religieux, puisqu'on appelait en ce temps-IA religion et ordre toute société dans laquelle on s'engageait plus étroitement i

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iprvir Diea sous l'obéissance d'un supériear. CnfiOf par la même bulle, le papo unil les deux bôpitaox du Saint-Esprit de Monipel* lier et de Rome, foulant qu'ils fussent gouvernés par UD même maître, et que cette uuion ne pût préjudicier aux droits de l'évéqoe de Magueione, à la juridiction duquel l hôpital de Montpellier était soumis. 11 ordonna aussi entre autres choses que ceux r,ui seraient commis pour chercher lc3 au* roôncs pour ces hôpitaux auraient cbac^un li*ur déparlemeni, que les quêteurs de celui de Rome se contenteraient des aumônes qu'ils recefraienl en Italie, en Sicile, en An$;le* terre et en Hongrie, et que ceux de l'hôpital de Montpellier pourraient aller dans toutes les autres provinces de la chrétienté.

Plusieurs hôpitaux s'jinirent ensuite à celui de Montpellier , auquel l'on fit de grandes donations. Celui de Home se mît dans la même répuiation, et plusieurs hôpitaux s'unirent à lui; c*esl ponrauoi, l'an 1217, Honorios 111 vojant que 1 union do ces deux hôpitaux de Rome et de Montpellier pouvait préjudicier à celui de Kome en particulier, les démembra, ordonnant qu*ils n'auraient rien de commun ensemble ; que les aumônes qui seraient reçues en Italie et d.ins les royaumes de Sicile, de Hongrie et d'Angleterre, seraient portées à l'hôpital de Rome, et que celles qui seraient reçues dans toutes les autres provinces de la chrétienté appartiendraient à celui de Montpellier.

L'ordre du Saint-Esprit a donc d'abord été mille y composé de personues ecclésiastiques faisant profession delà vie religieuse, engagées par des vœux solennels, et de personnes laïques qui ne faisaient que des vœux simples. Ou regarda dans la suite cet urdre comme militaire ; le nom de matire que prenaient ceux qui gouvernaient les hôpitaux et qui en étaient supérieurs, fut changé en celui de précepteur ou commandeur, et l'on se servit du terme de responsion pour marquer les charges que les commanderies deîaient aa grand maître ou général, ce terme de respoDsion n'étant en usage que dans les ordres militaires. Il n'y a néanmoins aucune preuve que ces Hospitaliers aient porté les armes et aient été employés dans les croi- S'ides comme les autres hospitaliers, mais Ion trouve que le nom de commandeur leur caI donné dans une bulle d'Alexandre iV de Tan 1256 : Cum igitur magistri commenda^ tores et omnes uiii fratrti nostri hospitalis* On trouve aussi la même chose dans d'autres bulles de difféients poutifes. Le même Alexandre IV, dans celle dont nous venons de parler, et le pape Nicolas IV, par une autre bulle de l'an 1*291, après avoir dit que le commandeur de Montpellier et les maisoni de sa dépendance se so:it soumis à lltôpital do Saint-I£sprit de Kome, ajoute que c'est a6n que Thôpital de Montpellier boit soumis et sujet à celui do Rome de la uiéme manière que les maisons qui dépendent de l'hôpital de Jérusalem, qui est une milice temporelle, &out soumises et sujettes

à cet hôpital de Jérusalem. C'est apparem* ment pourquoi Bzovius, le P. Mendo, Cres« cenie, Tabbé Giusliniani et quelques autres auteurs, parlant de l'ordre du Saint-Esprit, l'ont qualifié ordre militaire.

§ 2. Continuation de Vhistoire de Vordre du Saint-Esprit de Montpellier^ et suppres^ sion de la milice de cet ordre.

La première atteinte qui fut faite à l'autorité du grand maître ou commandeur de l'hôpital du Saint-Esprit de Montpellier, qui, en cette qualité, éait général de lout l'ordre, fut quand le pape Honorius 111 sépara cet hôpital de celui de Home. Il lui laissa néanmoins toute juridiction sur les hôpitaux qui se trouvaient dans toutes les provinces de la chrétienté, excepté en lla'ie et dans les royaumi'S de Sicile, de Hongrie et d'Angleterre. Gré((oire X lui ôta encore cette juridiction, qu'il donna an maître de l'Hôpital de Rome, voulant que celui de Montpellier lui obéit comme à son supérieur. Nicolas IV dit néanmoins, dans une bulle de l'an 1291. que ce fut du consentement du mal'ro de l'hôpital de Montpellier et de ses hospitalien, qui s'y soumirent volontairement ; et il ordonna que le maître de Montpellier payerait tous les ans à celui de Rome iroi» Oorins d'or. Il v eu a qui prétendent que le pape Grégoire XI remit les choses en Tétat qu'elles étaient du temps d*H(>norius III, en séparant de nouveau ces hôpitaux ; mais le Saunier, religieux de l'ordre du Saintlîsprit, et sous-prieur de Thôpital de Rome, fait voir que la bulle de ce papo, de Tan 1372, qui se trouve dans le Bullaiie de cet ordre, est fausse et supposée, en ce qu'ell * est adressée à Bérenger Giron , général el grand maître de l'archiliôpital et milice do l'ordre du Suint-Esprit, et que ce Bérenger mourut l'an HS7 ou 1V88, outre que cette bulle, qui est datée du trois des calund( s do septembre 1372, et de la (roi>iëme année du pontificat de Grégoire XI, ne peut pas être de cette année, puisqu'il ne fut élu que lo 33 décembre 1370. C'était pout-étre au sujet de ce Bérenger Giron que Sixte IV se plaignit de ce qu'il y en avait au deU des monts qui prenaient la qualité de généraux, et il les soumit à celui de Home, comme au seul général de l'ordre. Le généralat fut néan* moins restitué au commandeur de MonlpcU lier par les papes Paul V et Grégoire XV, mais à condition qu'il dépendrait encore de celui de Rome. Cette dignité lui fut enfin accordée sans aucune dépendance par le pape Urbain VUl, et encire contestée, comme nous dirons dans la suite.

Mais la milice de cet ordre reçut un plus grand écliec en 1459, car le pape Pie 11 la supprima entièrement. On découvrait quelques traces de chevali(*rs depuis la bulle d'Alexandre IV de Tan 1256, dont nous avons parlé , jusqu'à ce temps-là. L'ordre était compose de personnes ecclésiastiques véritablement religieuses , et de laïques qui n'étaient point engagés à la profession religieuse, et on ét:ait en peine de ce qu*élaieut

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DICTIOr^AiKE DES ORDRES RELIGIEUX.

deYemii cet laYqses depuis le milieu du qalnxièiDe siècle jusqu'au cotiimenceaiciit du diK«septiènie V qu'on ne ?oil dans eai ordre que de yérilables religieux ; et ce n*e8t que Tcrs ce temps-là qu'on y voit renaiCre des laïques ou séculiers qui sont même engagés dans le mariage. Mais M. de Lf'ibnilx nous a appris quel avait été leur sort, en nous conservant dans son Codex iuris gtnlium la bulle de Pie 11 de Tan 1459,

Rar laquelle il érigo Tordre militaire de loIre-Dame de Beililécm , et en supprime quelques autres, du nombre desquels est la milice du Saint-Esprit m Sassia à Rome, dont il ap liqoe les revenus à son nouvel ordre de Noire-Dame de nctliléem : Pro fun-» damento aufem ac substanlin liictœ religionis novœ, aiias religion ?s give tniUiins ae ho^pitaiia infra icripia, videlicet S. Lazari^ ubili- Lei consistenliaf S. M. deCastello Britonum de Bologna^ ac S. S/fpu/cri, nec non S. Spi^ riiHS in Saxia de Urbe, et omnia ab eo dependeniia aut Hliui habitum seu crucem dupdicem deferenliù^ et B. M. Crnciferorum^ elc. On pourrait dire que c'est tout l'ordre du Saint* Ksprit in Sassia que ce pape avait supprimé, mais il n'a seulement entemlo parler que de la milice, religiones seu militias. Et, bien luin d'.'ivuir supprimé l'hôpital du Saint- Esprit de Rorr.e, c'est qu'il lui accorda beau* coup de privilèges au>si bien que son successeur Paul 11^ comme II est marqué dans une bulle de Sixte IV du 2t mars 1478.

Après la suppression de celle milice, il n*y eut plus dans l'ordre du Saint-Esprit de mélange do religieux et de laïques. Cet ordre fui purement régulier, et, n'îI y eut des laïques qui possédèrent encon* des comm.in* diiies sous le titre de chevaliers de cet ordre, ce tilrc n'était point légitime. C*est ce que nous apprenons d'une autre bulle (!e Sixte IV de l'an l'i^76, qui ordonne que les hôpitaux de cet ordre et les commanderiez, aussi bien que leurs dépendances, ne pourront être données soit en titre, soit en corn-, mendc , qu'à des reliuieux profès de col ordre, qui seront obligés de retourner dans leurs cloîtres toutes fois et quand il plaira au ^rand maître de l'hôpital de Home de les faire r« veu r ; Stutunites ac edam decernenlvSf guod ipsius ordinis hospiinlia^ prœceplorir^ tnembra et loca^ nnlli cifju^cunque dignilatis, statvs^ graduSf vel conditionis fuerit, prœt rqinm ipsius nostri hospilalis frotribus, <t ordinem ipsum exprtsse professis^ eis tamen pro solo fiM/u dicti prœceptoris existentis et pro tcmpore ad claustrum quolies expédient fevocandiSf in titulum tel commettdam conferri taleant sive possinl. Vo'là qui est h:en fort contre les chevaliers qui ont paru au l'ttmmencement du di\-sepîième sièclt*, qui, bien loin de vivre en commun dans un cloître sous l'obéissance d'un supérieur, ou du n«oiii8 d'y pouvoir être rappelés à la volonté des supérieurs, lorsqu'ils auraient des comuianderios, étaient au contraire la plupart maries. Peut-être dira-t-on que les hôpitaux de Itome et de Monipcllier nyîinl été désunis |»ar le pape Gréjj ire \l, Tin !î>72, le pape

ne parlait qu'à ceux qui étaient soartih i rhôpital de Rome ; mais, outre que la liure de Grégoire XI est Tausse oi supposée, c'est que Sixte IV s'adresse plus particulièremetit aux Français qui avaient usurpé des cornmanderies et qui prenaient la qualité de généraux de l'ordre : Ctim itaque, sieut atce^ pimuê displicenter, nonnuUi in ipsius hospi^ talis frottes etiam prœceptorias ^ hûspitalia^ ntembra^ et loca pia mb ipso hospitali in Saxia dependentia^ obtinentes. ambitiont et eupidi-tate cœeainduetif et sub terminis non contend^ temeritate propria se générales prœeeptores dicti ordinis prœcipue in partibus ultramon^ tanis nominare, etc. Il déclare ensuite que tous les hôpitaux, les commandcries et les lieux pieux de Tordre et qui portent le nom du Saint-Esprit, dépendront de rhôpital du Saint-Esprit en Saxe, etiamsi longœva eonsuetudo aut submissio aligna repugnarini; et il défend à aucun religieux possédant une eommanderie de l'ordre de prendre la qu ilité de général en deçà ou en delà les moots, ni de prétendre aucune autorité sur les autres retigeux, qui doivent être tous soumis au précepteur de l'hôpital do Rome : Qain^ imo, omnes et sinfjuli dicti ordinis prœcep^ tores^ hospitalarii et religiosi quos tidem prœceptori nostri hospilalis in Saxia plenojun subesse volumas et tanquam suo superiori obedienliam et reverennam congruam ejAibere, ac salva hujus sedis aucloritate, in omnibus sicuti unico eorum prœceptori ob:em* perare teneantur et debeant.

En effet il n'y eut point de généraux en France depuis ce temps-là jusqu'en Tan 1619, que Paul V rendit celle qualité pour la Fran e et toutes les autres provinces delà chrétienté, eiccpté l'Italie, la Sicile, la Hongrie et l'Angleterre, au commandeur de Montpellier : ce que fil aussi Grégoire XV Tan 16âl ; raaii ce ne fut qu'à condition qu'ils dépendraîent encore de celui de l'hôpilai de Home; et Li Terrade, qui fut pourvu de colle eommanderie, avait été fait par le grand maître «!e Rome le 4> septembre 1617 vicaire et vi^ileur général dans h s royaumes de Fraticeetdc Navane, à la charge de se (a-re reigieu^ proies de l'ordre dans l'année. Ce fut lui qui lut fait premier général en France dépeodniil de celui de Rome, et ce ne fut qu'à la prièro de Louis XIII que le pape Uibain VIII ren« dit ce général ce France indépendant de ce* lui de Rome, l'an 1625. Ce fut donc au commencement du dix-septième siècle que Ton commença à songer au rétablissement de cet ordre en France, qui y était presque anéanti; mais, au lieu de !e remettre dans sou aucieu lustre et dans sa splendeur, ce ne fut au con^ traire qu'une confusion et qu'un chaos depuis Tan 1€02 jusqu'en 1700, que le roi dé* brouilla ce chaos en déclarant cet ordre purement régulier et nullement militaire.

Antoine Pons, qui prenait l.i qualité dcommandeur de I hôpital de Sain'-Gerniiin et de procureur général de l'oidre , \onlul comnienc r ce rétablissement en 1602, inris ce fut rn f ilsifiant des bulles et dis indul^t nces à ceux qui voulaient contribuer à la ri&«

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laaralion des comiuandcries ; et, son imposture ayant été découverte, il fut condamné par arrêt du parlement de Tooloase du 21 janvier 1603 A faire amende honorable , nu co chemise, et banni à perpétuité hors du royaume, il bc laissa pas de surprendre eu la même qualité des lettres patentes d*Henri IV et de Louis XIII, des années 1608» 1609 et 1610, qui lui permettaient de faire ses diligences pourréinblir cet ordre; mais en 1612 oa lui fli défense de faire négoce dMndulgenres é peine d'amende arbitraire ; le sénéchal de Moissac déiTéta prise de corps contre lui, et le parlement de Toulouse ordonna que ce décret serait exécuté.

Olivier de la Trau, sieur de la Tnrrade, paroi ensuite sur les rangs. Il obtint des papes Paul V et Grégoire XV la qualité de général sus conditions que natis avons dit, et fut indépendant de celui de Rome, par une bulle d'Urbain Vlll Tan 1625. En celte qualité il créi des chevaliers {purement laïques et méir.e engagés dans le mariage. On ne laissa pa« r.éanmoinsde voir dans le même temps un prétendant à la commanderie générule de Montpellier, qui de son côté faisait des chevaliers. C'était un apostat de I ordre des Capucins, que la Terrade fit enfermer dons li*s prisons de rofdcia'.ité. La Terrade y fut à s m tour, et» après sa mort, M. Désécures, Tun des comtes de Lyon, qui prit la qualité de vicaire général, fit aussi des chevaliers, aussi bien que plusieurs autres qui se disaient officiers de l'onlro. Le roi , par un arrêt du conseil d*Etat de l'an 1655, ordonna que 1rs pouvoirs, privilèges, possessions et translations des prétendus officiers de l'urdre du ^aint-Esprit, seraient examinés prir Toffitial de Paris assisté de quatre docteurs nomo^és par Tarrét. Par un autre de la mémo année, Sa Majesté fit défense à qui que ce Tût de prendre la qualité de général de i*ordredu Saint-Esprit ; et au mois de jan>ier 1l*5G, Désccures obtint un brevet de la commanderie ou précepturetic de Moulpellior.

An mois de mai, le roi nomma des commissaires pour examiner les titres, bulles et pro- « iMons de ceux qui se prétendaient généraux, rommand ^urs , olfii'iors et religieux de cet orJ:e. L*orncial de Paris, par une sentence df la même année, fait défense à Désécuris de prendre la qualité de vicaire général, coadjuleur, supérieur, commandeur ou religieux de Tordre du Saint-Esprit, d'en porlt-r les marques ni d*en faire aucune fonction à peine d'exrommunication ipso facto. Nonobstant celte sentence, il lui est permis par ui arrêt du grand conseil du 3 septembre 105S de prendre possession de la commanderie de Montpellier, à condition d'obtenir des bul'es dans six m ii. Il les obtint du pape Alexandre VII et prit possession de cette commanderie en 1659 avec ta qualité de grand maître de Tordre. Par sentence du 16 octobre do la même année, Tofficial le déclara excouimunié pour avoir pris ta qualité de supérieur de cet ordre, et lui fit itératives défenses do >c qualifier à l'avenir grand vicaire ou reli- (icux de cet crdre; déclara les professions

faites entre ses mains , nulles; le condamna^ à 100 livres d'amende, à tenir prison pendant six mois, et à dire les sept psaumes télé nue et à genoux. Par une autre sentence dur Châtelel de Paris du 20 août 1067, il fut condamné û'é'To mandé, b!âmé nu-téle et à genoux, et défenses lui furent faites de prendre la qualité de général ; et, par arrêt du parlement du 29 mai 1668,ilfut banni pourneufans*

Le roi, par son brevet du 31 septembre de la même année, donna la commanderie de Montpellier à M. Rousseau de Bazocbe, évéque de Césarée , conseiller au parlement do Paris. Un nommé Compan se prétendit pourvu de celle commandrrte; Désécures eut aussi toujours les mêmes prétentions, mais, par arrêt du conseil d'Etat du 9 septembre 1669,. Tévêque de Césarée fut maintenu dans la possession de cette commanderie contre Compan cl Désécures. Par arrêt du grand conseil du 37 avril 1671, il fut ordonné qu*on tiendrait le chapitre général de cet ordre. Le roi, par un autre arrêt de son conseil dTtal du mois do mai do la même année, confirma celui du grand conseil, et ordonn;i que, nonobslani le refus qu'on avait fait à Rome de donni r des bulles à Tévéquo de Césarée, ce prélat serait reconnu pour général de Tnrdr.* pa^ tous les religieux cl religieuses, clievaliefs, commandeurs et autres personnes 6^^ Tordre, el i|u'on assemblerait le chapitre général. L'évêque de Césarée mourut la même; année sans avoir obtenu de bulles, cl après .«a morlM. Morin du Colombier, a^môner du roi, se Ht pourvoir par bref du pape Clé* ment X du mois de février 1672, de la comlaanderie de Montpellier (vacante depuis quarante ans, à ce qu'il avait exposé), à Li cbargo de prendre Tbabil et de faire profession dans l'oidre régulier du Sainl-E«pril.

Cette commanderie lui fut contestée, et 11 y a de l'apparence que toutes ces divisions arrivées parmi ceux qui se prétendaient supérieurs, commandeurs el officiers de cet or- <ire, qui la plupart n'avaient ciucun titre légitime, il qui, bien loin de rétablir cet ordre en France dans son ancien lu^ïtre, le fiétrissaicnt au contraire par leur conduite el les aLus qu'ils coaimetlaiLnl dans la rcceptlu.i des prétendus cbevaliers, admettant indiiïéremment tous ceux qui leur donnaient le plus d argent, portèrent is roi a mettre Tordro du Saint-Hspril de Montpollicr au nombre de ceux que Sa Majesté dô>'lara étrinis de fait et supprimés de droil par sou édit du mois de décembre d * Tan 1672, et qu'il unit a celui do Saint-Lazare. Nonobstant cet édit, M. du Colombier obtint au mois de jatMiir 167J des lettres do Françuis-Mirie îMii*Mius , archevêque de Tarse, commandeur de ïïiù^ pital de Komc el général de l'ordre du Sain:« Esprit, par lesquelles il Tétablissait son vicaire général et visiteur en France el dans les provinces adjacentes , ce qui lui procura un séjour de huit années à la Rasl.lle.

Les au'res chevaliers du S lini-Kspril formèrent opposition au grand consoil à Tenreg'.strcment de cet édit. Us continuèren( à s assembler et même à recevoir des cheVii-

St5

DICnONNAIRE DbS ORDRES RELIGIEOI.

tu

liert. Le sieor de la Cosie se disait grand tiiaUre de cet ordre comme aynot été caaonîqoement élo par Ira clievaliers. Mais Sa Mnjesté, par deux arrêts da conseil d*Etat des années 1680 et 1690, Gt défense à ce grand mettre de prendre celte qualité à l'avenirp ni de porter la croix et lépée loi et les siens ; et déclara tontes les réceptions et prétendues lettres de prcfisions par eux expédiées depuis redit de 1672. nulles et de nul effet ; cl, •ans avoir égard à leurs oppositions , ordonna que son édit serait exécuté.

I^s chevalie'^s de Saint-Lazare, qui jusqu'alors a?oient trouré beaucoup de iacilité à obtenir ce qu'ils avaient souhaité, trouvèrent néanmoins dans la suite de grandes difflcultés pour l'exécution de cet édit; car les religieux profès de l'ordre do Saint- Esprit se joignirent aux chevaliers de cet ordre pour interrompre le cours des entreprises de ceux de Saint-Lazare. Les chevaliers du Saint-Esprit offrirent à Sa Majesté de lever et d'entretenir à leurs dépens un régîmenl pour agir contre les ennemis de l'Etat ; et les religieux profès, qui étalent en possession de plusieurs maisons conventuelles dans le rojaumr, où ils n'avaient point discontinué de recevoir les enfants exposés, prélendirenl que l'état de leur établissement suffisait pour détruire ce qui avait été sup> posé pour l'obtention de cet édit, alléguant an surplus qu'ils n'avaient jamais dépendu de rhôpital de Montpellier, mais qu'ils avaient été toujours soumis à la juridiction du précepteur de celui de Rome, et qu'ainsi le roi n'avait pas en dessein de donner atteinte à leurs droits, Sa Majesté n'ayant prononcé par son édit que la suppression d'un ordre qu'elle avait cru éteint de fait et qui oiait sous le titre de Montpellier.

Ils furent favorablement écoutés. Le roi leur donna éen commissaires en 1691 pour l'examen de son édit, et accepta en 1692 le régiment offert par les chevaliers. M. du Boulaj, vicaire général de cet ordre au spirituel, et M. Graodvoynet, commandeur do la maison conventuelle de Stéphanfeld en Alsace, furent députés pour solliciter conjointement le rétablissement de cet ordre, le premier par le clergé séculier, le second par les religieux profès, et M. de Blégny commandeur et adminisirafeur général, par les chevaliers. Leurs sullicilalions eurent un heureux succès , car le roi en 1693 révoqua s«>n édit de 1672, rétablit cet ordre, lui rendit tons les biens qui avaient é é unis à celui de Saint-I.azaro, et nomma pourgr nd m;»tito iii. Tabbè de Luxembourg, Pierre- Henri-Thibault de Monttiioroury , abbé commendataire des abbayes d'Urcamp et de Saint- Michel.

Il semblait qu'après cela les chevaliers ne devaient plus craindre qu'on les inquiétât louchant leur établissement; déjà leur nombre grossissait tous les jours ; des personnes qui u'avaient aucun droit légitime, sous prétexte des titres de vicaire général, de chancelier, de vice-chancelier et même de ficaire gcncralissiuie, qu'ils s*attribuaicnt, créaient

de nouveaux chevaliers. Ils élaieal divisés en plusieurs bandes. Il y en avait qai prenaient le titre d'anciens chevaliers, et qui ne regardaient les antres que comme des intrus dans l'ordre. Parmi ce- chevaliers anciens il y en avait qui se disaient premiers officiers d*épée. On y voyait des chevaliers de grâce, des chevaliers d'obédience , des chevaliers servants et de petits olficiers.

Dès le 15 février 1692 ils avaient tenu an chapitre aux Grands-Augustins â Paris, où entre antres cho<»es ils avaient délibéré qo'oo ne recevrait aucnnscbevaliersqn'ils ne payassent chacun à l'ordre pour le moins la somme de 600 livres, les chevaliers de grâce celle de 1200 livres, les chevaliers d'obédience, servants et antres petits ofQciers 400 livre». Mais les religieux rompirent toutes leurs me* sures ; car, à peine le roi ent-il prononcé le rétablissement de l'ordre en 1693, qn'i's réclamèrent la maison magistrale de Montpel* lier, qu'ils avaient auparavant désavouée. Us soutinrent que Tordre du Saint-Esprit était purement régulier, et que la milice était Due nouveauté du siècle qui ne s'était ingcrée que par usurpation dans l'admini^lratioa des biens de l'ordre. C'est pourquoi le roi nomma encore des commissaires pour l'exécution de son dernier édit. Les chevaliers na manquèrent pas de faire valoir Irur antiquité prétendue, qu'ils faisaient remonter jusqu'au temps de sainte Marthe, et de rapporter la prétendu chapitre général tenu à Montpellier l'an 1032. Le roi, le 10 mai 1700, décida es f.iveurdes religieux. L'ordre du Saint «Espr.t fut déclaré purement régulier et hospitalier par un arrêt du conseil d'Etat ; et Sa Hajesié fit défense à tous ceux qui avaient pris drs qualités de supérieurs, officiers et chevaliers du prétendu ordre militaire du Saint-Espril de Montpellier, de prendre â Ta venir ces qualités , ni de porter aucune marque de cette prétendue chevalerie, et de donner des lettres ou provisions de commandeurs, chevaliers ou officiers de ci t ordre. Sa Majeiié ordonna de plus que le brevet de grand maître accordé à M. l'abbé de Luxembourg se* rait rapporté comme nul et de nul elTei, et qu'il serait sursis à faire droit sur les deoiandes des religieux pour être remis en possession des maisons de cet ordre et des bieits (fut avaient été unis à celui de Saint-Lazare, jusqu'à ce que Sa Majesté eût pourvu au rétablissement de cet ordre cl de la grande maîtrise régulière du Saint-Esprit de Moolpellter.

Après la mort de M. l'abbé de Luxembourg, qui, couforméiuetit à cet arrêt du cou trcil d'Etal, avait remis entre les mains (lu mi son brevet do grand maître de Tordre du Saint-Esprit do Montpellier, ou fit de nouvelles tentatives auprès du rui pour le rétablissement de cet ordre, et Sa Majesté »j»dr un arrêt du conseil d'Etat du 16 janvier nul» nomma Mgr le cardinal de Noailles, arclievê«|ue de Paris; Mgr Dossuet, évêque de liteaux; le révérend Père de la Chaise, Messieurs l'abbé B'gnon , do Pommcreu d.» U lleyniei de Marillac et d'AgucsscàU, pouf

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eiamioer les balles, lellres patentes, déclarations, arrêts el autres titres concernant cet ordre; et?oirsur leurs avis s'il convenait et 9'il était possible de rétablir la cornmanderie générale du Saint-Esprit de Mont* pellier et ses dépendances, et quelles précautions l*on pourrait prendre en ce cas pour le règlement tant du spirituel que du temporel de cet ordre, ou s*il ne serait pas plus a propos d*en employer les biens et les revenus à quelque autre usag;e peux ; et , par deux autres arrêts des 24 novembre 170i et i'' juin 1707 , Sa Majesté nomma pour rapporteur M. Laugeois d'Imbercourt, matlre des requêtes.

En 1707, M. le duc de Cbâlillon, Paul- Sigismond de Montmorency, ayant demandé au roi la grande maîtrise de cet ordre, et Sa Majesté lui ayant permis d'en Taire connattre le véritable caractère et la milice, il confolta plusieurs docteurs de Sorbonne, neuf célèbres avocats et quelques autres personnes, qoi furent tous d*avis que Tordre dans sou origine avait été laYquo et séculier, et que ce n*a été que dans la suite qu'il a été mixte, composé de personnes laïques pour Tadministration du temporel, et de clercs réguliers pour l'administration spirituelle; el on ne trouvait point d'inconvénient qu'un laïque fût ffrand maître de cet ordre , à rexemple de plusieurs ordres militaires, qui, quoique composés de chevaliers laïques et de religieux, ne laissaient pas d'être gouvernés par des grands maîtres laïques.

Les refigieux de l'ordre du S>*aint«Esprit, qoi semblaient avoir intérêt que cette milice ne se rétablit point, puisqu'ilsl'avaientdispulée en 1603, et que ce ne fut que sur leurs remontrances que le roi par son arrêt du 10 mai 1700 avait déclaré leur ordre purement régulier et nullement militaire, se joigaireut néanmoins à M. le duc de Châiilion, et> dans une requête qu'ils présentèrent au ro*, ils demandèrent acte à Sa Majesté de ce qu'ils n'entendaient point se prévaloir ni se servir de Tarrêt du 10 mai 1700, au chef qui avait réputé l'ordre du Saint-Esprit de Montpeltier purement régulier , mais seulement en ce qu'il avait exclu de cet ordre les prétendus commandeurs, ofQciers el chevaliers, qui paraissaient pour lors sans caractère et sans titres légitimes , et dont la plupart étaient plus propres à le déshonorer qu'à le rétablir ; et de ce qu'ils consentaient que cet ordre fût, comme il avait été dans son institution, composé de religieux de deux sories de conditions, 1rs uns laïques pour l'administration du tempoel seulement, enji^agés à Tordre par les vœux d'obéissance et d'hospitalité à un chef ou grand maître de Tor- .If c laïque, el les autres, clercs, pour l'administration du spirituel, engagés à l'ordre par les vœux de pauvreté, dechas'cié, d'obéissuoce et du service des pauvres ; et priaient aussi Sa Majesté de conserver les commanilt'urs profès de cet ordre dans rexcrcice de la juridiction spirituelle sur les religieux hospitaliers el les religieuses hospitalières de Tordre ; et qu'à cet effet le grand maître

serait chargé par le brevet de Sa Majesté d'établir un grand prieur d'église et visiteur général, qui ne pourrait être qu'un prêtre religieux de l'ordre, qui serait conGrmé par le pape.

Il semblait qu'après ce consentement des religieux qui demandaient le rétablissement de la milice et d'un grand maître laïque, le roi allait révoquer son arrêt du 10 mai 1700, qui déclarait l'ordre purement régulier, et qu'il allait aussi reconnaître la milice de cet ordre; cependant, par un autre arrêt du conseil d'Etat du 4 janvier 1708, Sa Majesté confirma celui du 10 mai 17r0 et ordonna qu'il serait exécuté selon sa forme et teneur, et en con<équence que l'hospitalité sorail rétablie et observée dans la commanderio

Sénérale, grande maîtrise régulière de Terre du Saint-Esprit de Montpellier, par le commandeur général, grand maître régulier, qui y serait incessamment établi. On ne saurait en ce jugement trop admirer la justice et Téquité du roi, qui prononce et dé* cide que l'ordre est régulier ; parce que c'est le dernier état où Ton le trouve, et qm? c'est un principe de l'un et T-iutre droit, que dans ces matières le dernier état décide, i«//tmu5 status atlenàitur.

L'ordre à la vérité avait été dans son origine laïque et séculier. Il était devenu ensuite mixte, c'est-à-dire composé de clercs ou prêtres religieux et de laïques. Les termes de commandeurs, de responsion et autres dont on se servait dans cet ordre, et qui ne sont en usage que dans les ordres militaires, prouvent assez qu'on le reconnaissait comme une milice; mais cette milice avait été supprimée par Pie 11 l'an 1459, et Tordre était devenu purement régulier, comme il parait par les termes de la bulle de Sixte IV de Tan lik7G, que nous avons ci-devanl rapportés, et par la règle de cet ordre imprimée en 1564> par ordre du général Bernardin Cyrilli, qui, en l'adressant à tous les frères de Tordre, fait assez connaître qu'ils sont tous véritablement religieux, par ces paroles : Sponte nos ipsos oblulimus et san^ cto Dei 5ptrïlui, beatœ Virgini et dominis tn/fnnts, ti^ perpetui essemus eorum servie rastUatem^ paupertatem^ obedient am et hutnilem patientiam^ actu libero nemine co^enfe, jurejurando^ solemni voto^ sumus poiticiti. Il est néanmoins parlé dans cette règle de religieux lais, c'est-à-dire de personnes véritablement religieuses, et qui ne sont pas destinées aux fonctions ecclésiastiques : le terme de lai étant en usage dans presque tous les ordres pour désigner ces sortes de personnes ; et même ils peuvent être commandeurs dans celui du Saint-Esprit, car il C2»l dit (Cap. 26 Reg.j que lorsque le commandeur sera lai, il ne pourra pas faire la correction à un clerc ; mais qu'elle appartiendra aux cardinaux qui seront nommés pour cet effet par le pape : Correetio veto clericorum et speciaiium aliorum ad prœ-' ceptorem laicum non pertineaty sed ad cardia' nates quibus a domino papa ipsa domus fuerit commendata. Que si Udus le commencement

DICTIONNAIRE DES ORDRES RELIGIEUX

ùu dU-«eplième tiède les souverains pontifes ont renda i la maison de Montpellier le gi^néralat qa*on lui avait Aie, ils n*ont pas préleiida que ces généraux rétablissent la milice de cet ordre en créant des chevaliers purement laïques et même engagés dans le mariage. Ils ont toujours an contraire regardé cet ordre comme régulier, puisqu'ils ont obligé les commandeurs de Monlpellier, auxquels ils ont accordé des bulles» de prendre l'habit religieux de cet ordre, et d*y faire profession ; et de tons les commandeurs du Saint-Esprit de Montpellier qni ont élé depuis Tan 1619, que la Terrade prît le premier la qualité de général de cet ordre en Francei ni lui, ni aucun autre n*ont exécuté en cela l'intention des p^ipes, qui ont même refusé des bulles i quelques-uns. Ainsi lout ce que ces commandeurs ont fait en qualité tf« généraux était nul, n'étant pas revêtus de pouvoirs légitimes, et ayant même été contre la volonté des papes, en rétablissant la milice qui avait été supprimée par Pic II. C'est pourquoi, quoiqu'il y eût en 1700 des chevaliers laïques et des prêtres religieux, ce n'était point son véritable état, et le dernier auquel on devait avoir égard. Il avait toujours été purement religieux depuis la suppression de la milice, c'était là son dernier état et auquel le roi eut égard : Uliimua status attenditur.

Les prêtres de cet ordre sont qualifiés chanoines réguliers dans plusieurs bu les des souverains pontifes* Le Saunier prétend

5 ne ce fut le pape Eugène iV qui les soumit la régie de Saint-Auguslin, outre ceile de Gui , leur fondateur. Le cardinal Pierre Darbo, neveu de ce pape» fut le premier qui n'étant point de 1 ordre fui fait commandeur ou précepteur do l'hôpital du Saint-Esprit de Rome, et en cette qualité général de tout l'ordre, ce qui a continué jusqu'à présent, que les comviandeors de cet hôpital ont été des personnes distinguées par leur naissance, à qui les papes ont accordé cette dignilé pour lécompenser leur mérite. L'ordre de Saint-Benoit en a fourni un, celui de Saint-Augustin un, celui des Servîtes aussi un, celui du Mont-Oliiet deux, et celui des Chartreux un. Il y en a eu jusqu'à présent environ soixante-dix, depuis le comte Gui de Montpellier, fondateur de l'ordre, parmi lesquels II y a eu un pape, sept ou huit cardinaux, deux archevêques et douze évêques.

Alexandre Néroni , qui était commandeur général en 1515, fut le premier à qui le pai>e accorda l'habit violet avec la mosette et le mautelet à la manière des prélats de Rome, ce qu'ils oui toujours porté, à moins qu'i s n'aient élé tirés de quelques autres ordres, auquel cas ils retiennent aussi, comme les prélata religieux, la couleur de Thabil de l'ordre dont ils sont sortis. Ces commandeurs ne font ordinairement irofessiou de cet ordre qu'au bout de l'an, à moins qu'ils ue diffèrent à la faire pour quelques rai*

(1) Voy., k la lin do vol., n«* 38 ci 50. (i) Vof., h la fin do vol., ii<»« 10 eMl (ô) Idy., à la Uu du vul., u« 4i.

sons, ou que les papes ne les en dispenseiif * Ils portent néanmoins sur leurt habita la croix de Tordre. Le prieur de la maison et hôpital du Saint-Esprit de Borne tient la s** condc place dans l'ordre, et eo est vicaire général.

Les religieux de cet ordre sc>nt babîlléf comme les ecclésiastiques, ils porteol sea lement une croix do toile blanche à dooie pointes sur le côté gauche de leur soalane et de leur manteau, et lorsqu'ils sont aa chœur, ils ont Tété un surplis ave€ une aomusse de drap noir doublée de drap bleu , cl sur le bleu une croix de l'ordre. L'hiver ils ont un grand camail avec la chape noire doublée d'une étoffe bleue, et les boutons du grand camail sont aus»i bleus (1). Bn France il mettent toujours l'aumusse sur le bras. Celte aumusse est de drap noir doublée et bordée d'une fourrure noire (2). En Italie ils l.i portent quelquefois sur les épaules, et en Pologne (3) ils ne se servent point d'aumussc, mais ils mettent sur leurs surplis une espèce de mosette de couleur violette, qui n'a point de capuce et n'est point ronde comme lei autres, mats descend en pointe par derrière. Les commandeurs ont à la boutonnière de leur soutane une croix d'or émaillée de blanc, et au chœur une aumusse de moire violette, si c'est l'été, ou un camail de mémo couleur l'hiver.

Il n'y a que les religieuses de Rome qui gardent la clôture ; la plupart demeurent dans les mêmes hôpitaux que les relt}(icut, commua Besançon et eu d'antres endroit*. Elles sont aussi quelquefois seules dans d'autres mais jus, comme a Bar-sur-Aube, Neufchâteau et autres lieux. Elles disent le grand office selon ru«age de l'Eglise romaine. La plupart ont au chœur un grand manteau noir où il y a une croix blanche aussi bien que sur leur robe, avec uo roi.e noir ou espèce de cape; et dans la maison elles ont un voile blanc (i). Celles de Barsur-Aube ont dans les cérémonies et au cliœur un voile noir d'élamine, sur lequel il y a aussi la croix de l'ordre. Il y a d s maisons de cet ordre à Hume, à Tivoli, Formelli, Tolentin, Vtlerbe, Anconc, Kuguhio, Florence, Ferrare, Alexandrie, Nurcie et plusieurs autres villes d'Italie. Les principales de France sont à Montpellier, à Dijon (5), Besançon, Poligny, Barsur-Aube, et Stépbanfeld en Alsace. Il n'y en a que trois eu Pologne, dont la principale est à Cracovie, qui fut fondée d'abord à Pradntk par Yves, évéquo de Cracovie, l'an 1221 (Ouglosz, Bist. Polon. lib. vr, pag. 626); mais, comme cette maison, qui était aussi un hôpital, ne pouvait être souvent visitée des personnes pieuses, que la compassion pouvait porter à soulager les pauvres, à cause qu'elle était trop éloignée de Cracovie, il la transféra dans cette ville l'an 12Vi. Il j a aussi uu monastère de* religieuses à rùé de cet hôpital, et il s'en trouve quelques-

(I) Foy., i U flfi du vol., n""* 43 el iL (5J Vv|^., à la fiu du vol., d*' 45 et («,

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unes en Allemagne, en Espagne et même dans les Indes. Quoique la ▼illc de Memminf(eoeo Soaabe ail reçu ta confession d'Aogsboorg, et que la plus {grande parlle de ses babilants soient hérétiques, il y a néanmoins 00 liApItal do l'ordre do Saint-Esprit eu 1rs religieax ont une église ouverte; et j:i portent publiquement le saint sacrement aux malades, même dans les maisons des

éréliques, où il y a des calhuliques. L'administration des biens de cet hôpilal est en- Ire les mnins des magistrats de la fille, et les religieux ont seulement soin des malades. Cet hdpitiil fournit à Tenlretien do celai de WimptTcn du même ordre, qui est aussi dans la Sooabe, et au milieu de Thérelie.

Cette croix à douze po'ofes, que ces chanoines hospitaliers portent sur leurs habits, n'est qu'âne nouveauté; ils la portaient anciennement toute simple à peu près comme la croix de Lorraine, et comme la portent les religieax hospitaliers de l'Hâtel-Dieu de Coutancts, qui, à cause de cette croix, qui (st aussi de toile blanche, et que cet Hôtel- Dieu est dédié au Saint-Esprit, ont fait des leatatives pour être incorporés dans l'ordre do Saint-Esprit de Montpellier, et par ce moyen se soustraire de la juridiction de l'cvéqae de Coutances, auquel ils sont soumis; mais il y a eu plusieurs arrêts du conleildu roi et du parlement de NormanJle i|ui leor ont fait défense de prendre la quu« iiié de chanoines réguliers de l'ordre du Saint-Esprit et do porter des aumusses. Ces beipitalicrs de C«)Utances forent institués soDS le litre de clercs réguliers de l'ordre de Saiol-Augusfin par Hugues de Morvilie , éféqae de Coutances, l'an 1209, pour desserTir l'Hôtel-Dieu de cette ville, et ce prélat leur donna l'an 122^ des règlements qui ont toujours été observés jusqu'à présont; ces religieux sont toujours au nombre de dooze, dont il y eu a six qoi demeurent dans Ibépital ; les autres desservent des cures qui en dépendent. L'ordre du Saint-Esprit a pour armes de sable à une croix d*argent à douze pointes, et en chef un Saint-Espiii d'argent ea champ d'or dans une nuée d'azur.

Pierre le Saunier, de Cap. ord. S. SpirîL Dissert, Barbosa, de Jur. Kccles. cap, 4>1, nurn. 113. Tambur. de Jur, Abbat. iom. II, diip, 2(^, ntim. 35. La Terrade, Discours sur Cordredu Saint-Esprit. De Blégny, Projet de l'Histoire des Religions militaires. Sylvest. Maral, Mar. Océan di tut. gl. lielig* Pietr. (>escenze, Presid. Rom. Bernard (jiust.

6Voii. de gl. ord. milit. Hermanl, Hisl. des Ord, de chevalerie f ei plusieurs factums et mémoires concernant cet ordre.

Ces religieux , chanoines et hospital'ers, nVxistaienI |.eut-étre plus qu'à Home, où ils étaient comptés les premiers dans le dénombrement des réguliers. Ils avaient, il y a peu, pour commanJeur,Mgr Antuine Cioja, Cl pour vicaire général, le U. P. dom Pierre

(W Sucrai., Uist. eecl.^ l.b. i. c. 20; ThcoJtrol,

ETH ±Zi

Zeochinh Le pape Pie IX a supprimé celte corporation à llome, en 1817.

ÉTHIOPIENS ou ABYSSINS (Religikox).

S 1*'. Les religieux et religieuses Ethio^

piensn

Comme l'Ethiopie est divisée en hante et basse, nous entendons parler de la haute, qui nous est connue sous le nom d'empire des Abyssins, et gouvernée par un prince que la plupart des historiens nomment cornmunénjiBnt Prète-Jean, qui se qualifîe quelquefois de Colonne de la foi, de la lignée de Jtida, Gis de David, fi!s de Salonron, fils de la Colonne de Sion, fils de la Colonne de Jacob, fils de Marie, fils de Nahod selon la chair, fils de saint Pierre et de saint Paul selon la grâce, empereur de la haute et basse Rthiopie, etc., qui sont les titres que prit l'ompcrenr David écrivant au pape Clément VU en 1533. Mais la foi et la créance des peuples de ce vaste empire ne correspondent guère à ces beaux titres, puisqu'elles sont corrompues par plusieurs erreurs; et si It s Abyssins ont quelquefois écouté tes missionnaires qui leur ont été envoyés pour Ic3 faire rentrer dans le sein de l'Eglise caiholi'* que, etqu*ils en aient reconnu le souverain chef et pasteur, ce n*a été que pour un temps, car ils n'ont pas persévéré dantt la foi orthodoxe.

Quelques-uns ont prétendu que le christianisme avait été introduit en Ethiopie par l'eunuque delà reine de Candace;ce que d'autres révoquent en doute, parce (jue cette reine ne réenait pas dans TAbyssinie, mais seulement d;ins Tile deMéroé. D'autres aussi rapportent la conversion de l'Ethiopie à saint Barthélemi ou à saint Matthieu ; mais les Ethiopiens le nient et reconnaissent qu'ils ont été convertis à la foi chrétienne (!u lemps de saint Alexandre, évêquc d*A« lexandrie, environ l'an 320. En effet nous apprenons de l'Histoire ecclésiastique (1), que Frumentius ayant été emmené aux Indes par un marchand de Tyr, fut conduit à la cour du roi d'Ethiopie, qu'il y annonça la foi de Jésus-Christ ; et qu'ayant eu i)ermission de retourner à Alexandrie pour rendre compte de l'état de ces nouveaux chrétiens, il y arriva peu de tems après l'ordination da saint Atlianase, qui l'ordonna évêqoe du pays et l'y renvo)a.

Le christianisme y fit un très-grand pro-> grès; et, comme les Ethiopiens on Abyssins unt toujours eu un métropolitain, que l'on nomme communément patriarche, qui est envoyé par celui d'Alexandrie, les Egyp* tiens étant tombés dans les erreurs de Dioscore et d'autres hérésiarques, ils les onicom* muniquéesaux Abyssips parle moyeu de ce patriarche, aussi bien que quelques obsor* valions judaïques que rEglise d'Alexandrie avait retenues. Les Abyssins ont même ajouté à leurs rites d'autres superstitions )uJaY*«

DICTIONNAIRE DES ORDRES RELIGIEUX

qucs, e( ainsi ont fait un mélange de l'Ancien el da Nouveau Testament, se servant de la circoncision an hnitième junr envers les fliles aussi bien qu'envers les garçons, obsertant le jour du sabbat et le dimanche, s*al>stpnant aussi de viandes Immondes et défendues dans l'ancienne loi. Je passe sous silence leurs autres abus comme n'étant point de mon suj^t » n'ayant touché en pas* tant la religion des peuples d'Ethiopie que par rapport aux religieux, qui y sont en Irès-erand nombre et qui entretiennent ces peuples dans leurs erreurs.

La vie monastique j fut introduite presque en même temps que le christianisme, et, sous le régne du roi Amiamidas, Gis de Sa- ' ladobas, elle j fut portée par un grand nombre de moines de FËgypte et di s autres provinces voisines de l'empire romain, i-ntre lesquels les plus célèbres Turent ceux qui choisirent leur demeure dans le royaume de Tigré, et qui y bâtirent. des cellules. Mais les Abyssins ont changé les noms de ces instituteurs de la vie monastique dans cet empire, à la réserve de celui de Pantaléon. Les neuf principaux furent, selon eux, abba Arogavi, abba Pantaléon, abba Garima, abba Alef, abba Sabam, abba Afe, abba Likanos, abba Adimala , it abba Oz, appelé aussi abba Cuba, qu'ils reconnaissent pour saints, ayant même bâti des églises en l'honneur de quelques-uns de ces premiers solilaires de TEtbiopio.

Abba Arogavi, qui avait été disciple de saint PacAme, fut le premier supérieur de ces moines. Il eut pour successeur abba Christos-Besana , abba Meskel-Mua, abbj Joanni, etc. Leur austérité était si grande, qH*il s'en est trouvé qui se contentaient pour un repas de trois dattes seulement, d'autres d'un petit morceau de pain. Les Abyssins leur attribuent l>eaucoup de miracles, aussi bien qu'aux autres saints qu'ils ont en vénération : lenr poêles, dans les veri qu'ils ont faits à leur louange, leur font transporter des montagnes d'un lieu, à un autre, passer les rivières et les torr^ts sur leurs babils, qui leur servaient de barques. Mais, entre ces premiers solitaires de l'Ethiopie, celui qui, selon eux, a plus excellé en sainteté, est Gabra-MenCes-Red, doul ils font :a fête tous les mois.

Tous les religieux d*Elbiopie se disent de Tordre de Saint-Antoine ; mais ils n'ont pas tous les mêmes observances, étant divisés en deux ou trois comgrégations ou instituts particuliers. Le premier est celui de Tccla-Uaïmano', qui vers Tan 620 fut le restaurateur de la vie monastique en Ethiopie : il prescris tt des lois particulières aux moines qui se rangèrent sous sa conduite, et voulut entre antres choses qu'ils fussent soumis à un supérieur général, appelé Icègue, qui, après l'abuna ou patriarche d'Ethiopie, a toujouis élé celui de tout l'empire qui a été le plus c'ousidcré par rapport à sa dignité et à son autorité. Il fait la visite de tons les religieux

qui lai sont soumis, ou bien il envole des commissaires qui les visitent pour les cor* riger et pour punir ceux qui ont commis quelques fautes. Avant que les Galles te fussent emparés du royaume de Sbewa , que quelques-uns appellent Xoa ou Xaoa, ce supérieur ou abbé général des moines de Tloslitut de Técla-Haïmanot faisait sa résidence au monastère de Debra-Libanoa , ou Mont- Liban, qu'il a transférée ensuite à Bagendra; cequtfai(,ditM. Ludolf, qu'un certain moine nommé Tesfa-Tfion, qui a impr'mé en Unique éthiopienne le Nouveau Testament, parlant de lui et des autres moines, à la Go d'un discours qu'il a fait sur saint Matthieu, dit qu'ils sont Ions enfanis du P. Técla-Hainianot du monastère appelé le Mont-Libas ; c>st pourquoi, continue H. Ludolf, quelques savants ont mal à propos nommé ces moines Maronites. Ce Técla-Haïmanot t>i en très-grande vénération chez les Ethiopiens, qui en font la fêle le 2k décembre. Ils en font aussi mention dans leurs diptvques, on disant : Souoenez-vous, Seigneur^ae rdm de voire serviteur et notre Père Técla-itmmih not et de tous ses dUcîples.

Le second institut des moines d'Ethiopie est celui de Tabbé Eustase, qui n'est pas moins recommandable dans tout l'empire que Técla-Haïmanot ; les Abyssins en Ibnl aussi mention dans leurs diptyques en rei termes : Souvenez^tous^ Seigneur^ de noîrt Père Eustase et de tous ses enfants. Sa fête se célèbre le 21 juillet. Il a eu beaucoup de disciples, à qui il a aussi prescrit des lois ; mais il ne leur a pas donné de supérieur général dont ils dépendent, et ils ne se mettent pas beaucoup en peine d'en avoir un , sons prétexte, à ce qu'ils disent, qu'Bostase ètaul allé en Arménie sans avoir nommé un ssccessenr, il ne leur est pas permis d'en éiiblir un : c'est |>onrquoi l'abbé de chaqae monastère de cet institut est le maître absola chez lui, et peut corriger ses inférirurs, sans qu'ils puissent en appeler; et lorsqu'il meurt, les religieux du mémo monastère en éliscst un autre.

L'on trouva parmi les Lettres édifiaolcf et curieuses écrites ûes missions étrangères, par les missionnaires de la Compagnie de Jésus (1), la relation d'un voyage lait en Eth opiecnl698, 1699et 1700, par M.Poncel,. médecin français, qui parait avoir été mal |aformé de ce qui concerne le clergé séculier et régulier de cet empire ; car il dit qu*il n'j a point de préire en Ethiopie qui no soit religieux; que l'empereur Ali-Basilic aïeul du prince qui régnait pour lurs, en fit préciW' ter sept mille du haut de la montagne de Aa/6au, pour s'être révoltés contre lui; et que l'on peut juger de la multitude qu'il y en a par ce que lui dit le patriarche préJecesseur de celui qui gouverne préseDleroeal l'Eglise d*Ethiopie, qu'en une .^euic ordioAtion il avait fait dix mille préircs el sii niiW^ diacres.

François Alvarez, aumônier de don Eut*

(1) Le Gobieu, lMf€% édifiania, i* recueil, pag. 2jl.

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