‹ Dictionnaire ... de la BibleChapitre 73 sur 118 · MOINES ERMITES DE SAINT -JÉRÔME DE L'OBSERVANCE, OU DE LOMBARDIE · texte numérisé non relu

MOINES ERMITES DE SAINT -JÉRÔME DE L'OBSERVANCE, OU DE LOMBARDIE

Avec la vis dt Loup d'Olmèdo^ leur fendateur.

Siguença, parlant de Loup d'Olmédo, insliiuteur des moines Ermites de Saint-Jérôme, dit que ce sont des ignorants qui ont écrit qu'il avait réformé Tordre de Saint-Jérôme, et qu'ils devaient savoir ce que veut dire le mot de réformer, qui ne signifie , selon lui, que remetlre en son premier état ce qui avait éié perdu ou corrompu par négligence : Los ignorantes que dixen en sus escritos que fray Lope reformo la orden de San-^eronimOf no aeven de saper de quiere dezir reformar. Reformar es reduzir una cosa à la primera forma ^ue se ha perdilo^ o estra^ gadopor neyligencta (Uist. de la Orden. de ian^Geron.). Je veux croire que Tordre de Saint-Jérôme éiail pour lors dans toute sa ferveur, et que les religieux étaient de fidèles observateurs de leur règle ; mais, comme le mot de réformer signifie aussi donner une meilleure forme, on aurait pu donner en ce sens à Loup d*Olmédo le nom de Uéformateur, puisqu'il prétendait changer (luclqucs anciennes observances des lf>mites de Saint- Jérôme, cl leur en donner de nouvelles qu'il

(I) Fof , à h fin du vol., nM5L

croyait plos convenables à leur étal* et qu'en elTet il donna aux religieux de sa conarénlion une règle tirée oes écrits de saint Jé> rônie, parce qu'il ne croyait pas que eelle de saint Augustin fût propre pour des moines tels qu'il prétendait que les religieux de Saint-Jérôme devaient être. Peut-être qne le titre de Restueitator ordinis S. Ilieronymi qu'on a joint A celui de Rffarmator dans Tepitaphe de Loup d'Olmédo est ce qui a choqué Siguença, et qui lui a fail dire que cette épitaphe n'était pas assez modeste, non mu^ modesto. Mais je ne veux point entrer d.*n% leur dbpute, et, si quelquefois le mol de réforme m'échappe en parlant dans la suite des moines de l'observance de Lonp d'Olmédo, c'est que je suivrai les hit^toriensde sa vie et les mémoires qni m'ont été donuês par le R. P. Antoine Bonacina, moine de la même congrégatioq, ancien lecteur en théologie, et très-versé dans Thisloire de sen ordre*

Loup d'Olmédo naquit Tan 1370 an bonrg d'Olmédo, au diocèse d'Avita en Espagne, d'où il a pris son nom. Les historiens de u vie ne sont point d'accord touchant tes parents ; les uns le font sortir de la famille des Gonzalez, les autres drg Ferrari de Valenre, et d'autres disent qu'il était frère de saini Vincent Ferrier, qui s'appelait Ferreri. Dis ses plus tendres années, il méprisa les petib plaisirs qni sont permis aux. jeunes gens : il s'appliqua A former sa vie sur le modèle des plus excellentes vertus; il s'adonna entièrement à l'étude des sciences, et, comme Pérouse éiait pour lors le lieu où florissaieat les belles-letires en Italie, il y fut et li.i une étroite amitié avec domOthon Colomne, qui fut élevé dans la suite au souverain puoiifi* cat sous le. nom de Martin V, et qui y éladiait aussi.

Ayant fini ses études il retourna en sosk pays, où il s'acquit bientôt l'estime de Ferdinand, toi d'Aragon, qui, le jugeant canabl« d'alTaires importantes, l'envoya auprès de Taniipape Benoit XIII, que TAragon reconnaissait pour légitime successeur de saint Pierre, et «-mprès d«) la république de tiéucs et de unelaues princes d'Italie. A son retour, il vonlot I élever A de hautes dignités, mais il les refusa courageusement pour se retirer dans le monastère de Notre*Dame de Goa* dalonpe de Tordre de Sainl-Jérôme« dans ia province d'Kstramadnre, où il prit Thabit religieux. 11 o'aliandonna pas pour cela le soin de ses études, il les associa de teUe sorte avec la prière et l'oraison, que Tua succédait à l'autre, et ces exercices n'étaient interrompus que par le peu de temps qui lui était nécessaire pour prendre nn peu de repos et de noarritore.

Ses vertus le firent en pen de temps passer par toutes les dignités de Tordre jn^qna celle da général» où il fut élevé Tan USA

auoique son humilité y apportât beancoap '('Pposiliott. Ce fut dans cet emploi qu'il lé* moigoa son grand zèle ponr robaervaact

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régulière. Siion les historiens de s<i congre* {ta(inn« quoique ceut des Ermites d'Espagne dirent le cunlrairi*, il apporta tous ses soins pour currigrr des «bus qu'il prétendait être dans l*urdre* H exhortait les ab* nents fir lettres, il soUicilait les présents par sps discours A la pratique des vertus et à robscrfancc de leur régie; et, afin que son eicmple les animât davantage» il se retirait de temps en temps dans la solitude, où il gardait une perpétuelle abstinence. Il voulut bannir du réfectoire Tusage de la viande» et iiis|>irer aux religieux l'esprit do retraite et de solitude qu'ils s*étaient proposé, et où ils vifaient dans les cummencoments, comme nous avons vu dans les paragiapbes précédents; mais, voyant les oppositions qu'ils y apportaient, et qu'ils voulaient toujours perii»ter dans leur manicre de vie, il se démit de sdn ofiice, et se relira pour quelque temps chez les Chartreux, aGn de former sur les eieiclcesde ces saints religieux la réforme de son ordre qu'il méditait toujours.

filant assuré de quelques religieux qui voulaient seconder ses pieuses inientions, il vint A Rome Tan ik^k, sous le pontificat de Martin V, qui, à cause de leur ancienne amidé, comme nous avons dit, lui flt un accueil d*autant plus favorable, qu*il ne venait pas aux pieds de Sa Sainteté pour recheiclicr sa piopre gloire, mais celle de Diou, qu'il souhaitait être mieux servi dans son oidre. Il lui eiposa donc le dessein qu'il avait de ramener les religieux à l'état monacal et à la solitude, ou d'établir un ordre nouveau de uiotnes sous le titre de Saint-Jérôme et la protection de ce Père de TEglsc, si les religieux d'Espagne persistaient à s'opposera ses bcns desseins. Le pape fit venir d^E^pa-» gne les déflnitcurs de l'ordre pour écouter leurs raisons, et ils lui flrent de si humbles remontrances pour qu'il ne changâtrien de leurniauiére de vie, que ce pontife le> ren* ^u}a dans leur monastère en leur accordant li'ur demande.

Mais, ne \oulaiit pas que les dessdns de Loup d'Olmédo fussent sans effei, il lui accorda une bulle datée de lu même anmeU24, par laquelle il lui permit de fonder une congiégaiion sous le titre de moines Krmiies de Saint-Jérôme, dans les montagnes de Cazalla, au diocèse de Sévillc, en i^spagne, l'établissant général perpétuel de celte nouvelle congrégation, avec on poui^oir absolu sur ses religieux ; il lui accorda d'autres bulles qui contienneut plusieurs privilèges, et la cummuntcatiuu de ceux dont jouissaient les autres Ermites de Saint-Jéréuie, avec la confirmation de ce nouvel oràte sous la règle de saint Augustin.

H retourna donc en Espagne muni de ces bulles, et jeta les fondements de sa congrégation dans le monastère de Saint-Jérômo de TAcella au mont Cazalla ; et, afiu que ce nouvel édifice, étant bâti sur des fondements fermes et solides, pût être élevé plus haut, '^ ijonta à la règle de saint Augustin des

(I) Vsy, àla Un du vol.', n«> I5i et 155.

constitutions très-austères et très-rigoureuses tirées en partie de celles des Chartreux. Elles portaient entre autres choses que lis religieux ne pourraient étudier dans le cou-vent, et ne pourraient en sortir pour aller étudier dans les univiTsités, selon la pratiaue des Chartreux, alléguant ce passage do 1 ApAirc, que la science enfle ^ et que la charité édifie; que les femmes ne pourraient pas entrer dans leurs églises, et encore moins dans l'enclos du monasière ; qu'on ne luangrcait jamais de viande; qu'on ne porterait du linge que dans les maladies, et qu'ils jeûneraient depuis la fête de saint Jérôme jusqu'à PAquiS. Loup d'Olmédo thangca encore quelque chose de rhabillement des religieux de Saint-Jérôme; car. comme il fiipoiteraux religieux de sa congrégation le nom de moines, il vou ut qu'ils en portassent l'habit, leur ayant fait prendre une coule A la manière des moinis bénédictins, qu'ils portent au chœur et lorsqu'ils sortent (t).

Peu de tciii|vs après qu*il eut fondé sou premier monasière de Saint-Jéiôme de i'Acella. Ion en bâtit encore cinq autres daus ces mêmes montagnes, et ces solitudes se changèrent en des colonies de moines. Le pape rayant fait venir A Uome, lui donna, l'an 1420, le monastère de Saint-Alexis au mont Avenlin, qui avait été occupé jusquelà par des Prcmontrés. Ce souverain pontife, voulant euirelenir ta paix et Tunion entre cette congrégation et celle des Ermites, donna une bu. le. Tan 1(^28, par laquelle il ordonnait que Loup d'Olmédo pourrait tirer de l'ordre des Ermites d'Espagne les religieux qui voudraient passer dans le sieu, et que les biens qu'ils avaient apportés eu entrant daus celui des Ermites retourne* raient A celui des moines de Loup d'Olmédo; que tous les couvents d'Espagne qui voudra eut recevoir les constituiions de Loup d'Olmédo le pourraient faire après eu avoir demandé et obteou la permission des supérieurs; que quand les Ermiies d'Espagne iraient dans les cou\ents de» moines do Saint-Jérôme, et réciproquement les moines daus ceux des Ermites de Saiat-Jérôuie, ils y seraient reçus et traités, tant en santé qu'en maladie, comme s'ils n'étaient loua que d'un même ordre et d'une même cangiégation ; et qu'enfin dans les deux ordres, l'on dirait réciproquement des suiïrages pour les religieux qui y décéderaient. Mais ' cette bulle n'apporta pas ta paix daus ces deux ordres, qui n eniretiureot pas uue trop bonoo correspondance entre eux.

lies couvents de Loup d'Olmédo se uiulliplièrout cependant eu Italie. Le second qu'ils eurent fut à Casieliacio, A uu iuil.e do la ville de Milan, qui avait été fondé par Jean Galéas, duc de Milan, pour tes Ermites de Saint-Jerôme d'Espagne, et qui demandèrent d'être unis aux moiues de l'Observance: c'est ainsi qu'ils sont nommés dans les bulles de plusieurs papes. L'on ne doit pas passer sous silence que Philippe-Marie,

DICTtONNAIElE DES ORDRES RELIGIEUX.

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duc deMUan.fibdcJcan Galéat, ayant offert à Loup d*Oloiédo de gros revenus pour la sab* sistance des religieux de ce monastère, il les refusa, disant que la pauvreté ne poui ait pas s*acrorder avec le superflu. Après avoir réglé toutes clioses dans ce monastère, et après avoir fait renouveler à ces religieux le vœu de vivre dans Tobservance, il alla à Gènes pour prendre possession d*on autre monastère, d^où il retourna i Rome, où il forma le dessein de composer une règle tirée des éctits de saint Jérôme, ne trouvant pas celle de saint Augustin propre pour des moinrs. Il y travailla, et. après Tavoir achevée, il la présenta au pape pour y dunuer son approbation, ce qu'il lui accorda, Tan 14SSI, avec la permission de la faire observer à ses religieux, an lieu de celle de saint Augustin, dont il les dispensait. Ainsi ce ne fut point parce que Loup d*Olmédo voulut faire recevoir celte règle tirée des écrits do saint JérAme, (]ue les Ermites d'Espagne ne voulurent point embrasser la réforme, romme quelques-uns ont écrit, puisque le pape Martin approuva d'abord la congrégation de Loup d'Olmédo sous la régie de saint Augustin, et que ce ne fut que l'an l'i29 qu'il permit aux religieux de cette con« grégalion de prendre la règle qui avait été tirée des écrits de saint Jérôme par leur fondateur.

Siguença, qui en qnelqties occasioua pa« rail peu favorable à Loup d'Olmédo, ne peut pas néanmoins s'empéeber de louer celte règle» Il dit qu'elle est écrite avec esprit et lidèlemenl recueillie, que ce sont les plus l>eaux centons qu'il ait vus, et qu'ils méritent plus de louanges que ceux que Proba Faiconia composa, tirés d'Homère et de Virgile, et qui sout si estimés dans le monde : Eêiavn ordenada eon buen inginio^ diligenciaj y fielmenie eogida^ y lo$ tnoê (tien aiadoi eenioms fme yo vi9t0f diyties de maê fêtima que ioê gut Umo de ias obrat de Yirgi-' iio y ftiomero Ptoba Faleonia^ ion alaba^ do$ en et monde,

Loup d'Olmédo, pour s'acquitter de son office de général, résolu* après cela de retourner en Espagne pour y faire la vi>ite de SCS uionasières* Il y avait pour lors quelques divisions entre les évéques de Oaslilie, «*l l'Eglise de Séville était aussi sans pasteur. Après la mort de dom Alpbonse de Eséca, qui en était archevéi|ue, qui arriva ïitn 1417, dooi Dîdace Maldonat de Annaya lui «ivait succédé; il gouverna sou diocèse pendant quinze ans; mais ayant eu différend «vec son chapitre au sujet de quelque réloruic qtt*il voulait mtroJuire parmi si*s clia- «loines, ceux-ci recherchèrent ^a vie, et eu lirent des informations peu favorables qu'ils envoyèrent au pape Martin V. lis lui reprochaient entre autres choses qu'étant au concile d4* Cousianca en qualité d'envoyé des roi% dt* CasUlle et de Léon, il y avait favorisé I antipape Benoit Xlil.Lepapeeu était convaincu, rt avait toujours conservé contre ce |«rëlal quelque ressentiment; de sorte que ceci joint à d*anires faits importants Uuut

on Pavait informé, fil que ce pontife le priva de son archevêché, et iui donna seule* ment le titre d*archevéque de Tarse. Conrae Loup d*01roédo se disposait à retourner m Espagne, le pape, qui le connaissait poar un homme expérimenté dans les affaires, lui donna radminislration de cet archevêché, et un pouvoir pour accommoder les différends qui étaient entre les évéques de Caatille. Il arriva à Séville Tan H29 ; il prit d'aboH te gouvernement de cette Eglise, et« après y arait fait quelques règlements, il alla en Gasille pour s'acquitter de sa commissioa 11 réussit si bien par sa sagesse cl par sa prudence, que tous les évéques ee réunirent en peu de I mps, et vécurent dans la suite en parfaite intelligence. Etant retourné i Se» ville, il fit un autre étahlissemenC pour sa congrégation. Il y avait proche de la ville une abbaye sous le nom de Saint-hidore id Campo, qui était extrêmement riche et de la fondation des comtes de Gnsman. EUe avait été possédée par les moines de CIteaas ; mais l'observance régulière en ayant été bannie, elle fut offerte a notre fondaleor» ^/ei Tac* cepta ; ce qui a fait donner à cane congre*

f:ation, par quel(|«es-UM, le nom de Saintsidore. 11 y il mi plus long séjour que dAu§ le palais archiépiscopal; tt, après av«ftir (ait la v4sff e de ses autres monastères, il s'adonna entièrement au gouvernement da celte Eglise, qu'il quitta pour un temps, ayant été encore envoyé par le pa|)e pour aller faire la visite de la nouvelle congrégation des chanoines séculiers de Saint-Jean l'Evangè* liste eu Portugal, dont nous avaas parlé. Etant de retour à Séville, il continua à goeverner cette Eglise ; mais le déair qu'il av.jt de retourner dans sa solitude fit qu'il remit ontrc les mains d'Eugène IV, gui ayait su«cédé à Martin V, radministraiion de l'Eglise de Séville. Il vint quelque temps après â Rome, où en ayant rendu compte à Sa Sain* teté, il se retira dans le monastère de Saiui* Alexis, dont il ne sortit plus. 11 y mena une vie très- austère jusqu'à la mort. H jeûnait six ou sept mois de l'année, et le plus souvent au pain et à leau. H portait continuel* lement le ciliée, et prenait de singlaoïes disciplines. Son lit était une planche, quelquefois un peu de paille. Il ne vivait plus que pour Dieu, il souhaitait d*ôtre uni avec lui, il soupirail sans cesse après cette uuian; et enfin, accablé par ses austérités, il lombj malade et fut attaqué d'une fièire violente qui peu de jours après le réduisit à la dernière extrémité; c'est pourquoi, voyant la mort approcher, il demanda avec beaucoup d'humilité les sacrements de TEglise, el, après en avoir été muni, il rendit sou âmes son t.réatuur I** 13 avril 1^3, en présence de totti *es frères, qui fondaient en larme», étant âgé de soixante-trois ans. San corps fut enterré dans réglisc de ce monâistère, us on lit cette épitaphc sur son tombeau.

Hic jiicel R. tn Chriêlo P. F. Lupus df OiiU'do naiione Oûf^anui^ Reiuscùatpr ft Htformaior^ ae primuê GtHeralie S^retpMin 9iU.nis M nichvram Sancii i/ïrran|tftt

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tnurquehujui monoMieriifgui obiii die Xlll Aprilis, ann. M CCCCXXxHl, Pontificatus Doinini Eugenii Papœ l Y ann, III.

Philippe 11» roi d*Espagne, Oi réanir les luonasières qoe cet ordre arail en Espagne au nombre de sept, à celui des Ermiies ou Jérooymiles,raD 1595.11 leuren restet'O Italie encore dix-sept, dont le principal, e( qui c»t chef d^ordre, est celui de Sainl-Picrre de rOtpîtaletIo, ao diocè:ie de Lodi; les autres sont ceux de Saint-Alexis à Rome, où réside ordinairement le procureur général; Saint- Paul à Albaoo, Sainl-Jérâme de Castellacio, Samt-CAme et Saint-Damien à Milan. Saint- Carpufore proche de Câtne, Saint-Jérâme proche de No? are, S lint-Jérâme de Biclla, S«iinlc-Marie do Carcionagna, Saint-fijrbacieo à Bjlognc, Sainl-Savin à Plaisance» Saint-Michel à Brembio, Sainl-Sigismond à Créaione, Sainte-\farie à Biadenai Saini-Jérômc proche de Manloue, Saint-Marlia à Pavie, et Saints-GerTais-ct-Protaii à Monlébello. Le général, oui prend le titre de comte de TOspitaletlo, fait ordinairement la résidence dans ce lieu ; il porte le maulelet elle camail comme les prélats de Rome, et se sert d'ornements pontificaux par une concession du pape Paul V; et Urbain VIII lui permit de donner les ordres mineurs à s.s religieux.

Ils suivirent d*abord la règle de saint Au* gastin, comme nous a ?ons dit; ils prirent rQ8ui:e celle qui leur avait été prescrite par leor fondateur Loup dMlmédo, qu*il avait Urée des écrits de saint Jérôme; mais, après M mort, ils quittèrent cette règle pour piendre celle dt* saint AugustiOi qu'ils suivent l'DCore atijoufdMiui. Il y a cependant des au* tcari qui ont uTancé qu'ils suivent celle que Loop d'Olmédo leur a donuée: mais le contraire se prouve par Tordinaire ou rituel do ccUu congrégation» qui a été réformé dans le ch.ipitrc général tenu Tan 161&, où, en pailantdans le cti>ipitre deuxième des saints dont ils doivent faire roffice. il e4 marqué que le 28 février ils feront rulfi e double de la Transriation de saint Augusiin, dont ils »uivent la règle : 1» t28 Februarii Transla" tionti êoncti Auguitini episcopi ae EccUniœ doetoriSf duplex^ $ub cujus regulanot quoque mlitamai. Il en est aussi fait mention dans la formule des vœux, tant des moines que des frères c nvcrs,qui est conçue en ces termes: '^foi P. AT., d*ufi tel Iteu, promet» obéissance à Dieu tout-puissant^ à in glorieuse Vierge Mnrir^ à notre Ptre S. Jérôme^ e$ à vous dom iV., prieur de ce monastère du diocèse de N.^età vos successeurs (sauf V obéissance due au général et au chapitre général)^ de vivre fon» propre en chasteté^ selon ta règle de saint Aagustm^ et de conformer mes mœurs selon 'e« statuts apostoliqua de l'ordre jusque ma mrt. Donné, etc.

H J a aussi d;ms cet ordre, outre les frères coQfers, des frères commis et des donnés

Îpi font des vœux en cette manière : Moi '• N , natif de iV., pour l'amour de Dieu et le ^»Ut ilt mon dme^ f abandonne et donne ma propre personne et tous mes biens présents et

à refi/r, droits et actions ^ui peuvent m^appartenir présentement ou qui pourront m'apmr' tenir à l'avenir^ à Dieu tout-puissant^ à la bonne vierge Marie^ à notre Père saint Jérô-me, et à vuus^ domN.^ qui êtes ici présnit peur recevoir mon abandon et ma donation, et promets obH>since à vous et à vos successeurs [sauf celte que je dois au chapitre géné^ rai et au aénéral); et, t*i7 arrive (ce qu'à Diiu ne plaisq que je sorte d'ici sans permisnon^ il sera permis aux serviteurs de Dteu du même ordre, de leur pleine autorité, de me pour'suivre et de me contraindre par force de retournera leur service* Il n'y a p «lut de reli-^ gieuses de cet ordre, les statuts défendant expressémon? dVn recevoir. La rè|^le de Loup d'Olmédo défendait anssi aux religieux d*é^ tndier, afin d'être plus en état de remplir les devoirs de leur état, dont un des principaux était d'être toujours dans la retraite et dans la solitude; mais les statuts qui ont été drossés après la mort de Loup d'Olmédo ont rétabli les études. Ils tiennent leurs chapitres généraux tous les trois ans. On y élit le général, les définiteurs, les visiteurs et les supérieurs particuliers des maisons, ils se lèvent à minuit pour dire matines, et ils ne mangent point de viande dans leurs maisons, si ce n'est dans celle de Saint-Alexis à Rome, à cause qu'elle est située en mauvais air. Outre les jeûnes prescrits par TEglise, il y en a encore plusieuis qui leur sont ordonnés par les statuts, et depuis le premier octobre jusqu'à Pdques on ne leur donne aucune pitance le soir, les lundis, les mercredis et le^ samedis. Leurs constitutions furent approuvées par le pape Paul V l'an 1611.

Quant à l'babillement, les moines ont une tuuiqoe blanche serrée d'un ceinture de cuir, un scapulaire de couleur tannée auquel est attaché un petit capuce, dont ils ne se servent point pour se couvrir la tète; car, lorsqu'ils n'ont que la robe et le scapulaire, iU portent un bonnet carré; mais, lorsqu'ils sont ao chœur, excepté pendant sexie, noneel compiles, ils mettent par^dessus la robe une coule de couleur tannée, qu'ils porte at aussi allant par la vitle. Ils n'ont point les pieds nos, et ne portent point do sabots, comme dit M. Hermant dans son His* toire des Ordres religieux ; ils n'en ont même jamais porté. Les frères convers ont pareillement une tunique blanche et un scapulaire de couleur tannée, et au lien de coule nn manteau. Les frères commis ont une tanique de couleur tannée et un manteau de niêm«*, et les frères donnés ou oblats qui demeurent dans les monastères ont une petite tunique aussi de couleur tannée qui ne descend que jusqu'aux genoux; mais ceux qui sont lion te monastère sont vêtus comme les séculiers.

Cette congrégation a pour armes d'axiir à des nues en chef, on nras issani dn côté gauche de l'ècu en partie on et en partie re* vêtu d'une m.iuche de couleur tannée, tenant â la main une pierre, une croix de bois bnn chant sur le tout, et on lion couché ap p>oiJ de la croix sur une terrasse de siaople, Técu timbré d'un chapeau de cardinal.

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DICTIONNAIRE DES ORDRES RELIGIEOI

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Siguença, llisi. de la Ord. de S. Geron, Ilerinénégilde de S. Pablo, Origen et Con^ tinuacion de Vlntt. y relig. Geronim. Sîlvrsl. Maurol.y Mar, Océan, ditut. gl. Relig. Pielr. Crrscenz., Prœiid. Rom, Pielro Uossi, Vil. di Lhv. d'Olmedo. Ascagii. Tambur., De Jur. Aboat,^ iom. II. Philip. Bergam. Supplem. Chronù^ lib. ht, ei Statut, et Ord. JUonachor. Erem. Cong, S. Jeronymi,

JEROME DE LANZA.Foy. Jean Paschasr.

JÉRONVMITES. Voy. JéhAmb (Ordbb de

Saint-).

JÊSDATES (Obdbb dbs).

§ P'. De Vordre des Clercs aposloHgurê ou Jésuatee de Sainl^Jérôme^ avec la vie d$ iaint Jean Colombin^ leur fondateur.

Si les provinces se glorifient d*avoir donnô naissance à des hommes illustres qui se sont fail admirer par leur science ou qui ont ex* celle dans quelque art, à plus forie raison se duivcnt-elles estimer heureuses quand elles produisent des personnes qui se rendent recommandables par la sainteté do leur vie, accompagnée d'une grande innocence de mœurs, qui leur font mérilcr le culte et la vénération des fidèles. L.i Toscane a fourni des personnes illustres de toutes les façons, et elle a Tavanlage qu'entre les saints qu'elle a donnés i TEglisc on y compte plus de fondateurs d'ordres que dans les autres provinces. Car, outre h bienheureux Etienne Cioni de Sienne, fondateur des chanoines réguliers de la Congrégation do Bulogno, et les sept fondateurs de l'ordre des Servîtes, dont nous donnerons les vies à rariicle de ce nom, nous parlerons dans la ^u le de saint Jea» Gualbert de Florence, instituteur de l'ordte de Vallombreuse; du bienheureux Charles Granelli de Florence « qui a donné commencement à la congrégation des Ermites de Saint-Jérôme de Fiesoli ; du bienheureux Pierre Gambacurti de Pise, père des Ermites de Saint-Jérôme, présentement surnommés du bienheureux Pierre de Pise, leur fondateur; du bienheureux Bernard Ptolomei de Sienne, ft>ndateur d s moines du Hont-Olivel; de saint François d'Assise, patriarche des Frères Mineurs, né dans l'Ombrie, que les géographes regardent comme une partie de la Toscane; de saint Bernardin de f icnne, propagateur de l'observance du même ordre; et enfin , eu rai^portant l'origine des Clercs apostoliques ou Jésuates de Saint- Jérôme, nous allons donner la vie de i>aint Jean Colonibin de Sienne, leur fondateur.

Ce saint tirai i son origine, du côté de son père, de la maison des Colombini, cl du côlé de sa mère, des Tommasi, toutes deux des plus nobles et des principales de la ville de Sienne, qui était alors une république. 11 fut d'abord engagé dans le mariage, et épousa une demoiselle de qualité nommée Biaise Btindinellit ^ul sortait aussi d*nne famille rucore plus lUostre oue celle des Golombinf, pour avoir donné à 1 Eglise un pape, qui fut Alt*xandre 111, et plusieurs cardinaux, et qu'on nommait encore de Ceirctaui, a cause

de la terre de Cerréio, qui appartenait à cette famille.

La naissance distinguée de Jean . jointe i fes grands biens, le fil passer par toot<»s 1rs ch.irgcs de la république, d«»nt il Jcmqi même gonfalonier; mais il n'en était pu plus libéral : au contraire, son coeur était si attaché aux richesses, qu'il était nniqueuieo! occupé des moyens de tes augmenter par toutes sortes de voies justes et injustes, la jour, étant venu chez lui avec on grand a.petit, et ne trouvant point te dtner préi i l'heure ordinaire, il se mit dans une eolè e étrange contre son cnislaier, ei 8'emport4 même contre sa femme* comme si c'eût t\t sa faute. Cette dame, qui était fort vei tueuse, lâcha de l'adoucir; et, afin qu'il eût de quoi s'occuper pendant qu'on apprêterait le dincr, elle lui mit entre les mains la Vie det Saints ; m is Jean la rebula et jeta brusquement le livre par terre. Sa femme se retira sans lui répondre, et Jean, se trouvant t^r ni, ramassa le livre. Dieu permit qu'eu rouvrant il tombât sur la vie de sainte Mare Egyptienne; et le plaisir qu'il prit à la liielui fit oublier le repas pour lequel 11 avait es tant d'impatience. Il fut si louché de ceU* lecture, qu'il commença à mépriser ce quil avait le plus aimé jusqu'alors. D*a%are qu*d était, il aevint fort libièral envers les pauvres. Il jeûnait presque tous les jours, fre- Suentait les églises, châtiait son corps par es austérités et des mortifications surprenantes; et son zèle croissant de jour en joar, il fil la proposition à sa femme de garder U continence et de vivre à Tavenir comme frère et sœur. Cette dame était encore jeune; mais comme elle s'était déjà exercée dans toute* li*4 vertus, elle n'eut pas de pf^ine i consentir a une séparation do corps, et elle n'eut piu> avec lui d'autre liaison que celle du cœur.

Jean quitta pour lors ses riches babils et se revéïit de l'étoffe la plfis vile qoll pet trouver, se souciant pea.de eê une le monde en dirait. Il fil de sa maison un hôpital pour y recevoir les pauvres, les étrangers et les malades. Il leur lavait les pieds, leur donnait de bons lit!» et des nourritures en abondaocr, les servait lui-même, et n'oubliait rirn de ce que sa charité Ini pouvait suggérer. Il s'associa dans SCS saints exercices un gertihomme sienno s de ses amis, nommé Frasçois de Mino Vin enti , qu'il disposa à faire avec lui un généreux mépris du mande.

Jean, étant tombé malade, et vujantqe sa femme et son compagnon le trailaicot avec trop de délicatesse, se leva de soo la lorsqu'ils étaient absents, et alla au pi»* pauvre hôpital de la ville pour s'jf faire traiter avec les pauvres. Sa femme et Frai^^xi le cherchèrent inulilt^ment pendant deot jours chez leurs parents et leurs aniis;ft ayant été ensuite dans tous les hôpitaux, -i* fureot fort surpris de le trouver dans le^us pauvre de tous. Ils 1;^ firent consentir a retourner chez lui, mais ce fut à coudinos qn'ils ne le traiteraient plus avec tant de di^ licatcsse et qu'ils ne lui dunueraieut qoedc» aliments grossiers.

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Elanl reloarné en santé, et conlinoanl »e9 raercices de charité avec son compagnon, tU Irourèrenl A la porte de la grande église, où ils allatenl pour entendre la messe, un panrre lépreax tonl coofert de plaies. Jean le rhargea sur ses épaules et ne rougit point de le porter chez lui A travers la placd et les rues, devant tout le monde. Sa femme en eut liorreor et ne put souffrir l'infection de sos ulcères; elle ut même ce qu'elle put pour obl-ger son mari à le faire s^ortir de la maison, m;iis il persista A le vouloir garder. H lui lava sea plaies, et but même de Teau dans laquelle il les avait lavées. Il retourna avec son compagnon A Téglise pour y entendre la messe, priant sa femme de rendre quelques visi es à ce pauvre pour voir s'il n'aur;iit point besoin de quelque chose pendant leur absence; mais elle lui déclara qu'elle ne puvait pas loi promettre ceq rilsonhaitait, a cause de la grande répugnance qu'elle res- »eiiMit pour ce pauvre. Cependant elle eut limite de sa ftiitdesse, et, voulant avoir part au mérite de celte sainte action, elle voulut eolrer dans la chambre du m.ilade; mais el!e sentit a la porte une odeur agréable au lieu (le l'infeetion et de la puanteur dont elle atail eu d'abord de Thorreor, et elle fut saille d'un si grand respect, qu'elle n'o<sa passer votre. Peu de temps nprés, Jean et François refiorent de l'église avec quelques douceurs qu'on leur avait données pour leur malade. Cette dame leur dit ce qu'elle avait senti, lis res|)irèrent eas-mémes cette odeur, oi furent encore plus surpris lorsque, étant entrés dans la chambre, ils n'y trouvt^rent p'us le malade, qui était Jésus-Christ lui-même qui avait pris la forme du lépreux : ce que Noirr^Selgneur confirma A Jean dans une vision qu*it eut quelque temps après.

Cet événement surprenant fortifia nnj» <l<'ui saints dans la résolution qu'ils av.iient rrise de tout abandonner pour suivre Jésus- Chris! panvre. Il leur restait à chacun une fille de leur mariage. Celle de Jean était "gée de treize ans , et celle de François seulement de cinq ans. Ils les mirent dans un monastère de Tordre de Saint-Benoll dédié A >aiot Abunditts, et que le vulgaire a toujours «ppelé par corruption Sainte- Bonde. Jean, *yant déjA distribué one grande partie de 800 bien aui pauvres, fit trois parts de ce qui lui restait. Il en donna une au grand hôpital de Sienne, une antre au monastère «« Sainte-Bonde, et l'autre A rhêpiial de ^"tre-Dame de la Croix, A condition qu'ils donneraient une certaine somme A sa femme »am qu'elle vivrait. Pour François, il donna t;ms SCS b*ens an même monastère, à condition qoe l'abbesse serait obligée de recevoir |ii pauvres filles qui voudraient embrasser ^^ vie religieose, sans qu'elles fosseut obli* K|^es de donner aucune dol. 11 mit ensuite sa «He sar l'autel pour l'offrir A Dieu , et , s'oftrant encore lui-même, il fit vœu de chasteté, ^^ pauvreté et d'obéissance en présence de tout le monde , en disant qu'il ne prétendait

E<»iut que le monastère fAt obligé en aucune içon a lui rien donner, et qu il ne voulait

DlCTIOXHltAB DE8 OhDBBS RBLIGIBUX. U.

recevoir de lui que quelques morceaux de pain dans la distribution qu'il avait accoutumé d'en faire aux pauvres, dont il voulut passer un acte par-devant notaire.

Ce^ deux serviteurs de Dieu commencèrent pour lors A ne plus vivre que d'autn^nes allant de porte en porte demander du pain. Ils se revêtirent d'un habit de bure et encore tout rapiécé, et tant l'hiver que l'été, et qucl(^ue temps fâcheux qu'il fit, ih allèrent toujours nu-picds et ne couvraient point leurs têtes. Ouke les eilices et les disciplines dont ils déchiraient leur corps, ils inventaient tous les jours de nouvcllen mortifications, pour être les parfaits imitateurs de Jésus-Christ , ils voulurf*nt être méprisés dans le lieu même où ils avaient reçu le plus d'honneur. Us avaient tous les deux o\ercé les principales charges de la réput^Iique; et, comme pendant les deux mois qu'ils avaient été du nombre des neuT prieurs do la %ille, ils avaient été considérés et traités avec beaucoup de respect et de déférence dans le palais, au<si voulurent-ils pendant deux mois exercer dans le même lieu les of^ flces les plus vils et tes plus méprisables. Il n'y ava*t pas pour lors de fontaine dans lo palais; ils allaient tous les jours à celle de la place puiser de l'eau pour y en porter, et chargeaient encore sur leurs épaules le bois elles autres choses nécessaires; ils «aidaient le cuisinior dan< son office , lavaient les écuelles, balayaient les salles et lu place qui est devant le palais ; et , pendant tout le temps qu'ils s'employèrent A ces actions d'humilité, ils n'y voulurent jamais manger, mais ils allaient demander l'aumône dans la ville pour vivre.

Une manière de vie si surprenante leur at« tira beaucoup de railleries. Q .eliiues-uns les regardèrent comme des fous; mais il y eu cul aussi plusieurs qui en furent vivement touchés, et qui, voyant le mépris qu'ils faisaient des honneurs et des richesses, voulurent les imiter. Les uns entrèrent dan^ des ordres religieux ; d'autres , en demeurant dans leurs propres maisons, se contentaient d'y mener une vie chrétienne et retirée; d'autres enfin se joignirent A eux. Ce ne fut néanmoins quedeux ans après leur entier rc* noncement au monde, c*est-à-dire Tan 1365, qu'ils commencèrent A avoir des compagnons, et on les voyait souvent tous ensemble aller par les. rues chantant des cantiques, ayant sans cesse le nom de Jésus à la bouche et exhortant les pécheurs à faire pé nitence.

Ils ne recevaient ceux qui voulaient en-/ trer dans leur société qu'iiprès de rudes épreuves. Le plus souvent, au rapport de Morigia, qui a éé générai de cet ordre, il» conduisaient le novice par les rues, ayani une couronne d'olivier sur la tête, le faisaient monter sur un Ane, quelquefois le visage tourné vers la queue; et ceux qui l'accom-

f vaguaient avaient aussi des couronnes d'oivier en tête et des rameaux en main, et criaient sans cesse , Vive Jésiit-Chrisl^ et loué soit à jamais Jé$us^hnst, D^autres fois

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DICTIONNAIUE DES ORDRES RELIGIEUX

CÎO

ils h* conduisaient nujosqa^à la e<eintoro,lo8 mains liées derrière lo do», en loi diftinl des injures, ei cxhor'ant le peuple à prier Dieu pour ce misérable pécheur; mais la plupart du temps el la manière la plus ordinaire parmi etii, c'était de conduire le novice devant une image de la Vierge qui é!ait dans 1.1 grande place de la ville, et là ils le dépouillaient de ses habits pour ie revêtir de ^ jnéchants haillons, et ions avec des couronnes d olivier en tête et des rameaux en m/iin chantaient des cantiffues spirituels. Celte pratique de porter des cotironm s et des ra« ineaux d'olivier était particulière à ce saint fondateur, et il s*en servait dans tontes les cérémonies d*éclat, comme nous verrons dans la suito.

Tant de mortiGcations et de si rudes épreuves que saint Jean Gulombin exerçait envers ceux qui voulaient être ses disciples, n'empêchèrent pas qu*en moins do deux ans il n'en eût plus de soixante et dix» parmi lesquels il y en avait qui étaient des principales noblesses de la province. Son zèle pour le salut des âmes ne se bornait pas seulement à la ville de Sienne, il parcoarul encore les bourgs et les villages de la Toscane pour porter les pécheurs à la pénitence, et flt beaucoup de fruits dans tous les lieux oi\ il passa. Gomme il allait un jour avec trois ou quatre de ses disciples à Mtintichellio, dans le territoire de Sienne, et qu'il était obligé de passer dans une terre qui lui avait appartenu et où il avait commis beaucoup lie vexations, il so dépouilla tout nu jusqu'à la ceinture, se fit lier avec des cordes, et

r»ria ses compagnons de le tirer avec vio* once, en disant tout haut aux habitants de ce lieu : Voilà celui qui voulait vous faire mourir de faim, et qui n'avait point de compassion des pauvres, qui vous prétuit de mauvais grain dans la nécessité pour en tirer de bon au temps de la récolte, et au double de ce qu'il avait prêté, et qui souhaitait que le blé fût bien cher ailn de s'enrichir.

Le nombre des disciples de ce saint fondateur augmentant de jour en jour, il voulut faire approuver son ordre par le pape Urbain V, qui venait d'Avignon à Rome; il alla au-devant de ce pontife avec un grand nombre de ses disciples. Ils s'arrêtèrent quelque temps à Viterbf*, en attendant sou arrivée; et, sachant qu'il devait débarquer à Cornélo, ils s'y rendirent el se trouvèrent au port avec des couronnes d'olivier sur leurs têtes et des r.imeaux vn main; et lorsque le pape mit pied à terre, ils s'écriirent : Liidato iia Uiesu Chriuto tt viva il innctissimo Padre. Ce pontife, les voyant habiLéi d'une manière extraordinaire, et ayant su ce qu'ils demandaient, admira leur simplicité et les reçut favorablement. 11 interrogea Jean Gulombin sur leur m<'inière de vie; et, comme ils avaient de méchantes robes toutes r.ipiécées, et que parmi eux il y avait plusieurs gentilshommes et personnes lettrées, il leur dtt qu'il leur dounerait des habits,

(i)ray.,^taliftdiiviil..n*i;i.

qu'ils devaient avoir de quoi coovrlr leuri têtes, et qu'il consentait qn'ils allassent nupieds, mais qu'il voulait qu'ils porlasiml des sandales de boî». Le pape alla toseiie i Viterbe, où ces bous re ligienx l'acrompignèrent. Mais â peine y fnreni-îls arrivés, que des personnes malintentionnées les ealumnièrent auprès de Sa Sainteté, les accusairt d'être infectés des erreurs des fratricelles ; de sorte qu'Urbain V donna commission as cardinal Guillamne Sadre, évêqae de Marseille, d'examiner leur doctrine. Leur innocence ayant été reconnue, le pape approuva leur institut l'an 1367, et donna de sa propre main, à ceux qui étaient présents, l'habit qu'il voulait que l'on portât à l'avenir dans cet ordre, savoir : une tunique blanche serrée d'une ceinture de cuir, avec une chausse ou chaperon blanc pour couvrir leur tête, qu'ils avaient accoutumé de porter sur l'épaule lorsqu'il» avaient la léle découverte, ordonnant de plus qu'ils porteraient des siu* dal.s de bois (l) ; et le cardinal Anglic Grimoard, frère du pape et non pas aevco, comme quelques auteurs ont avancé, et qui était aussi évêquo d'Avignon, lear fit faire des manteaux de couleur tannée qu*i'8 onl aussi toujours portés depuis. Il n'est pas vrai que ca pape leur donna la règle de saint Augustin, comme plusieurs historiens ont dit : Morigia, qui a été général de cet ordre, doit ê re cru lorsqu'il dtit que ces religieux fatsaiiut les trois vœux essentiels de religtoa sous la protection do saint Angushn. el qu'ils avaient une règle que leur écrivit ua religieux de leur ordre qui fol Cal évèque de Fei rare ; el le même autear, parlant des ordres qui suivent la règle de saint Aogus* tin, dit encore que les Jésuales observaient la profession de saint Augusin, naais noa pas sa règle, parce qu'ils en avaieui une qui leur avilit été donnée par ao de leurs frères qui fut fait évéque, laqae'le fat confirmée par le saint-siége. Ce fui le bienheureux Jean do Tossignan qui dressa cette rè* gle. Il fut fait évéque de Ferraro Tan lUt, et mourut l'an li36. Ils ont néanmoins lériiablement suivi la règle de saint Augu^tit dans la suite, et elle est à la tcte de teutf dernières constitutions qui furent imprimées à Ferrare l'an 1641, après avoir élè approuvées l'année précédente par le pape Urbain Vlll, qui par sa bulle appelle leur coogre-

Îation la congrégation des Jésualcs de Saintérême sous la règle de sainl Aagustm, et ces constitutions furent tirées de la règle de s.'iint Augustin, de celle du bleabcoreux Jean de Tossignan, et des règlements qui avaient été faits dans leurs chapitres généraux.

Le uom de Jésuates fut donué à ces roU* gicux, parce qu'ils avaient ioujours le nom de Jésus à la bauche ; et, cotniOQ dans t« commencement ils eurent une grande déro* tion à saint Jêiâme, ils résuTurenl de le prendre pour leur protecteur et avocat, ri dédièrent en sou honneur la plus grande partie des églises et des oratoires qu'ils pos*

JES

i^édaienl. Ce ne fat néanmorns que l<mgtomp9 Après Fan 1492, que lo p;ip6 Aleiantlre VI nrdoniia qoe les religieux de cet ordre ne l'flppelleraieni plus simplement Jésuales, in.ns les Jésuales de Saint-Jérôme, et défendit à toutes les congrégations qui bâtiraiei:t dorénavant des églises de les dédier à Thonneur de saint Jérôme, dans les lieux où il y en avait déjà de ce nom appartenant aux Jésuales, et que dan» les processions publiques où ils avaient droit d'assister» aucune église ne pût porter une bannière avec Timage de saint Jérôme. Depuis ce temps-là, cet ordre a toujours été appelé les Jésuales de Saiat- JérAine par les p.ipcs successeurs d'Alexandre VI; le nom de Clercs apostoliques leur fut aussi donné à cause de la vie apostolique qu'ils menaient.

Saint Jean Golombin ne survécut pas longloinp< à la ronGrmation de son ordre. Comme il retournait à Sienne avec ses compagnons, il fut attaqué d*une grosse fièvre à Bohenne. On le mena à Aquapcndcnle, où Ton espérait trouver plus de secours qu'à Boiscnne; il y reçut le satnl viatique; et, comme ses disciples souhaitaient qu'il pût mourir dans Tabbaye de Sainte-Bonde, ils le conduisirent encore plus loin. Ils furent cependant contraints, la maladie augmentant, de s'arrêter au bourg de l'abbaje Sa'ni-Sauvcur, où saint JcanColombin, aprèsavoirreçule sacrement del'extrëme-onclion, mourut un sumedi, dernier jour de juillet de Tan 1367. Les religieux n'exécutèrent pas ses dernières volontés, car il avait ordonné qu*on le [jortâl après sa mort dans Ta bb<t]fe de Sa nte-Bonde, pour j élre entciré au pied do la muraiilo du monastère, el qu*on l'y conduisît les uiains liées derrière le do.s, enseveli dans un lin eul et porté sur un Âne; mais ils le lortèrent sur leurs épaules dan^ une caisse te bois avec un grand nombre de flambeaux^ el les peuples des lieux où ils passaient accouraient en foule pour révéïer ce ^ainl corps; plusieurs même par dévoiton voulurent raccompagner jusqu'à Tabbaye de Samle-Bonde, ou il fut on'erré avec beaucoup de pompe. Il fil plusieurs miracles qui obligèrent dans la suite le pape (irégoiie XIII à insérer son nom dans le Martyrologe romain , et le pape Sixte V a accordé indulgence plénière à ceux qui le ji»ur de sa fêle, laquelle est de précepte à Sienne, visileraieni Téglise de son ordre.

Ce saint avait nommé pour son successeur dans le gouvernement de >ou ordre le bienheureux François Mino Viiicenli, son premier compagnon; mais la mort ne put désunir que pour un peu de temps ces deux serviteurs de Dieu, qui avaient été si unis sur la i< rre du lien de la charité. Le bienheureux François ne survécut que de quinze jours a ^aint Jean CoiomblUi et alla être dans le oel le compagnon de sa gloire, comme 11 avait été ici-bas le compagnon de ses travaux. Il tomba malade le SI* plwne jour après la mort dt; ce saint fondateur ; el, étant décédé dans l'abbaye de Sainte-Bonde le 15 août de la luéme année, il fut enterré à côté de saint

Jean Colombindans réglisede cette abbaye. Ainsi il ne prit point le gouvernement de l'ordre, puisqu*M fallut bien employer six jours à porter le corps de snint Jean Coombin du lieu où il était mort à Sainte-Bonde, et à Ini rendre les dernier!i devoirs: ainsi ceux qui ont dit que cet ordre avai' fait de grands progrès sons le gouvcrncmc it du B. François Mino Vincenti se sont visiblement trompés.

Ce fut le P. JérAme Dasciano qui, après la mort de ces deux serviteurs de Dieu, fut le chef de ce nouvel ordre, qu'il étendit en plusieurs lieux pendant trente et un ans quM le gouverna. Il (It des établissements h San- Léonarifo,à CastcMurante, A Citta dî Cistello, à Arezîo, à Florence, à Pîstoie, à Lucques, à Pise, à Samboca et à Bologne. Cet ordre fit de nouveaux progrès sous le P. Spinrllo de Sienne, qui succéda nu bienheureux Jérôme l'an 1398, el qui fu! général pendant Irente-quaire ans, aussi bien que sous lo P. Antoine de Venise, qui exerçi cette chiirge pendant vingt-cinq ans. Ce fut sous le généralat du P. Spînello que, Tan H2G, Ton tint le premier chapitre généntl de cet ordre dans lu couvent de Bologne, où il fut résolu que tonte Taulorité pour le gouvernement de l'ordre srrait dans la personne du P. Spine'lo, qui était dè,à chef de tout Tordre, et dans celle de deux autres Pères qu'on élut pour définiteurs. Co fut aussi dans Cd même chapitre qu'on reçut la rè^le qui avait été dressée par te bienheureux Jean de Tos-* signan,qui était pour lors prieur du couvent de Firrare, et qui fut d:;ns la suite évé* que de la même ville, comme nous avons dit. Le second chapitre général ne se tint que l'an 1^42. Dans la suite, on en tint un tous les quatre ans; et dans celui qui se tint l'an 1^58, où le P. Mcolas de Montépulciano fut élu général , il fut ordonné que le général ne serait plus à vie. et qu'à chaque chapitre on en élirait on, ce qui a été observé daus la suite.

Plusieurs papes ont accordé des privilèges à cet ordre, el le bienheureux Pie V, en le confirmant derechef, le mit au nombre des mendiants, el lui accorda les mêmes privt« léges dont jouissaient ces ord.es. Pendant plus de deux siècles, les religieux jésuates n'étaient que des frères lai» qui n'étaient ob igés qu'à réciter par jour cent soixantecinq Paiir et .-lulant d'i4re. l!s se trouvaient trois fois le jour à Toratoire pour en dire à chaque f >is un certain nombre. Ils avaient cinq à six heu: es d'oraison par jour. Après la prière du matin, le supérieur leur fai.sait une exhortation. Tous les jours, le matin et I e soir, ils prenaient la discipline; ils récitaient aussi l'office de la sainte Vierge, mais sans £ucuuu obi galiou; el, après avoir satisfait h leurs exercices de religion, ils allaient aux iiôpitaux servir les malades, ou ils travail^ laient manuellement. Mais dans la suite lo pape Paul V, par un bref de l'an 1606, leur permit de recevoir les ordres sacrés, et de réciter le ^rand office de TEglise, selon l'usage de l'Eglise romaine. Le pape Urbain Vill»

DICTIONNAIRE DES ORDHES RELlGIbUI.

Tan 162)^, leur ôla ce' te chausse ou chnperoo dont ils se rouvraient la télé, et leur ordonna de porter un petit capoce de la couleur de leurs manteaux. Ce fut ce même ponlîfe qui, comme nous avons dit, approuva Tan 16i0 leurs nouvelles constitutions, qui ne diminuaient rien de leurs anciennes austérités, car elles les obligeaient à prendre encore deux fois le jour la discipline pendant Tespacc d^un Miserere, d'un De profanais et d*un Pattr^ avec quelques or.iisnns. Depuis la fétedv l'Ascension jusqu'à celle de la l'ente(ô(e. ils ne devaient avoir que des vianiies quadragésimalcs. Depuis la fête de tous les maints jusqu*à celle de saint Grégoire Thaumaturge, ils faisaient le soir une plus grande abstinence; mais pendant Taveut ils s abstenaient de viandes permises aux jours ordinaires de la règle, et n'usaient que de viau* des quadragésimalcs. Us jeûnaient aussi de môme tous les vendredis de l'année et les veilles de quelques fêtes, et tous les lundis et mercredis ils faisaient abstinence, ne mangeant ces jours-là à dîner qu'un potage et do l'romage, et le soir une salade et du fromage ; quant aux collations des jours déjeunes, ils pouvaient seulement boire on coup et manger un peu de fruit sans pain.

Ces religieux s'occupaient, dans la plupart de leurs maisons, à la pharmacie , et distribuaient gratuitement aux pauvres des médicameitts. 11 y en avaitd autres où ils faisaient le métier de distillateurs et faisaient traGc d*eaii-de-vie, ce qui faisait que dans quelques lieux on les appelait les Pères de Teau-dcvie, gli Padri drll'aqua vita; mais dans l'Etat de Venise ils étaient assez riches, ce, qui fit que la république demanda leur suppression à Clément IX, afin de profiter de leurs biens, qui furent employés à soulcn r la guerre que cette république avait contre les Turcs qui assiégeaient pour lors Candie; ce que le pape accorda l'an 1668, ayant fait subir le même sort à Tordre de Saint-Georges in Algha^ dont nous avons parlé à rariicle qui purle ce nom, et à celui des Ermites de Saint-Jérôme de Fiesoliy qui furent aussi supprimés par la même bulle. Ce pontife accorda aux prêtres de ces ordres pendant leur «ie quarante écos romains , et aux frères lais vingt écus. Le général des Jésuatcs, qui était pour lors le P. Urbain d'Aviano, fut fait curé de la paroisse de Saint-Jean de Maha, à Rome, qui était une des églises que cet ordre possédait dans cette ville. L'autre, dédiée aui saints Jean et Paul, qui est un titre de cardinal, a été donnée dans la suite aux prèîres de la Mission de la congrégation de H. Vincent de Paul par le pape Innocent XII, ayant été occupée auparavant pendant quelque temps par des Jacobins anglais que le cardinal de Norfoick, Anglais, y avait fait venir, et qu'il entretenait. Les Jésuates l'avaient possédée depuis Tan t4i8, que le pape Nicolas V, à la prière du cardinal laiiu des Ursius, la leur avait accordéCi

(I) Cari. Cartliul. Piazz», Oper, pU, di Roma, tiact. C, cap. 5.

ce cardinal leur ayant aussi donné une rar* tie de son palais, qui était joignant e-tie église, et dont ils firent leur moDastère.

Cet ordre a produit beaucoup de personnes illustres tant par leur saiuteté que par leur science ; car, quoiqu'ils ne fosseot pendant les premiers siècles de leur établissement que des frères lais, il y avait ce* pendant parmi eux plusieurs personnes savantes et que leur mérite éleva dans la sua* aux dignités do TEglise, comme le bienhcoreuxJean de Tossignan, qui fut cvéque 4* Ferrare, et le bienheureux Antoine ë« Sienne, évéque de Foligny, qui fut emploie en plusieurs négociationn par le pape Pi^ il. Les bienheureux Jérôme de Venise etJa-nette de Vérone étaient en si grande eslinr , que le doge de Venise Nicolas Marcelle voulut être couronné par eux. La cérémonie **t ce couronnement se voit encore peinte a fresque dans le réfectoire du couveDt d.* Saint-Barthélémy de Vérone, qui apparlesaii autrefois à cet ordre, et qui est présentement occupé par les religieux du Tiers Ordre de Saint-François. On lit au-dessous de cette peinture : Serenissimus Veneiiarum princeps Nicolaus MareeUus a B, P. nierùnymo Veneto eiaB^P, Janeto Y eroneii«e, têrsnari voluit. anno DominiMCCCCLXIltt{t)'> Avant leur abolition, l'archiconfraieraiu du Sauveur au 5anc<a5anc<or«fliderBrMle- Sainte, à Home, donnait le jeudi saint i dîner i six religieux de cet ordre du couvent des saints Jean et Paul, et à six autres de I ordrr de Sainl-Ambroisc ad Nemus du couvent de Saint-Clément, et après le dlocr on lev donuuit à chacun une paire de souliers, os jule (2) et un pain. Paul Morij(ia, qui a é* général do cet ordre avant que le pape Paol V eù\ permis à ces religieux de preodri» k% ordres sacrés, a donné les vies de soiiaste religieux du mémo ordre, morts en odeur de sainteté. 11 a fait encore une histoire des ordres religieux, celle de Milan, et soixante et un traités sur différents sujets, dont il eslt^t mention dans l'épitapheque GeorgeTrivolcr, comte de Melfe, lui ut élever après sa moii,

3tti arriva Tan 1604, et qui est dans Tèf^lise e Saint- Jérôme de Milan, qui appartenait à son ordre.

Ces religieux avaient pour armes un nom de J.^sus, avec des rayons d'or en champ d*azi'r, et au-dessous une colombe blanche par allusion à leur fondateur saint Jeao Colonbin. M. de la Faille dans ses Annales de Tooiouse (I, pag 187), dit qu'au mois d'avril àe Tan 1425 il y en eut cinq qui vinrent dasf cette ville, et s'adressèrentauxcapiloolspoor avoir la permission de s'y établir, ce qu'ils leur accordèrent de leur autorité el saos assembler les bourgeois, qui s'y opposèri*al: mais que deux capitouls s'élanl pr^otei au parlement pour lui demander qu'il lui

J)\ùi autoriser leur délibération, celj leor iil accordé par un arrêt du 18 du oiéoe mois. Cet auteur ajoute que les cellules éê

(i) Peilie pièce d*«rgciu v^lanl lepl sons ec 4 xi

Ue Fi'tuce.

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rc$ reli^ieox élaicnt petites et t^asies, et (levaient être i rez*de-chauj8ée« à certaines liisiaMces les unes des autres, comme celles dos Camaldales. Cet établissement de Toa* luuse est le seul qoe je sache qu'ils aient bii hors de Tltalie.

Voy. Moriffia. Hiât. dei Ord. relig., liv. I, chap. 38y 39« M ; et Hitt. de gL Huomini ithêi. Giesuati. Jo. B. I^ossi, Triumphus di~ r/fiT gratiœ per B. Joann. Columbinum.

An(o. Cortelli, De Paup. Jesuat. confirmât. Leurs Conttitutions imprimées à Ftrrare en 16i1. Silvest. Maurol.y Mnr. Océan, di tuit. ///. Relig. Crescenz.» Presid. Rom. Philip. Ronnnni, Catalog. omn. relig. Ord. Giri et Bailld, Vie$ des Saints, 3i juillet.

{ II. Des religieuses Jésuntes de Saint-Jérôme, arec la vie de la bienheureuse Catherine Coiombin de Sienne^ prem ère religieuse de cet ordre.

Les religienses Jésaates de Saiot-JérAmo n*oot p.'is eu io même sort que les religieux do même ordre, car elles ne furent pas comprises dans la bulle de Clément IX de Tan 1668, qui supprimait seulement les religieux de cot ordre, sans Taire mention des religieu- HS ; c*est pourquoi il en reste encore quelques monastères en Ilalie. Elles ont été aussi instiloées par saint Jean Colombiiiy ce qui ne peut pas être arrivé Tan 1357, comme qa«'lqu<'s auteurs ont avancé, puisque Mo^ rigia dit que ce ne fut qu*après que ce saint fo( de retour des missions qu'il fil dans la Toscane, où il convertit une infinité de pertonnes par In force de ses prédications, dont ilj en cul plusieurs qui voulurent être de les disciples : ainsi, comme ce sa'nl ne se dépouilla de tous ses biens et qu'il ne commença sa vie apostolique que Tan 1363, et qo'il ne recul des disciples que deux ans après, on peal melire le commencement des religieuses Jësuatcs on peu avant la confirmation de Tordre que saint Jean Coiombin obtîDl du pnpe Urbain V, Tan 1367.

Comme le zèle de ce saint fondateur pour le salut des âmes s'étendait indifTén rament •or toutes sortes de personnes, voyant que le nombre de ses disciples augmentait, il vt>oIot aussi établir une congrégation de filles qui servissent Dieu dans une pauvreté aossi grande que celle qu'il faisait pratiquer > ses disciples. Il jeta les yeux sur une de •es cousines pour donner commencement à «lie congrégation. Elle s'appelait Catherne Coiombin, et élait fille du seigneur Thomas Coiombin, chevalier de Tordre de iâ Saiiile- Vierge mère de Dieu, que le vulgaire appelait les Frères Joyeux, à cause qoe ers chevaliers étaient mariés et vivaient a>cc beaucoup de splendeur. Celle sainte ";eélaii résolue de garder sa virginité, et •> avait jamais voulu entendre à toutes les propositions qu'un luiavait faites du mariage. Klle voulait bien se consacrer au service de i>iea, mais la vie pauvre et austère que me- »aït Mint Jean Coiombin ré|;ouvanta dV p^d i la nremière proposition que le saint w Ut de Tenibrasser ; et, riche quVlle éUil,

elle ne pouvait se résoudre à tout abandou* ner pour aller velue pauvremenlet nu-piedsdemaader son pain de porte en porte, comme faisaient les disciples de s lint Jean t'ulonibin. Cependant ce saint demanda si fortement à Dieu qu'il lui plût toucher le cœur de sa pareute, qjuo ses prières furent exaucées, et Catherine se soumit à tout ce qu*il voulut lui ordonner. Elle commença d'abord par distribuer ses biens aux pauvres sans se réserver aucune chose, mcllaut toute sa confiance dans \a divine providence. Elle se fit ensuite un gros habit de bure», dont elle voulut être revêtue par notre saint fondateur ; et, comme il y avait déjà plusieurs filles et femmes veuves qui, touchées par ses prédications, menaient en leur particulier une vie retirée, il n'eut pas de peiue à leur persuader de suivre Texemple de la bienheurcue Catherin^, et elles voulurent aussi recevoir le même habit de ses mains. Ce saint leur accorda leur demande, et, après les avoir revêtues de cet habit pauvre et méprisable aux yeux des hommes, il leur donna encore un voile blanc pour couvrir leur léle. Elles choisirent la maison de la bienheureuse Catherine pour y faire en commun leurs exeniccs, et elles élurent pour supérieure celte sainte fille, qui quelque temps après fit bâtir le premier monastère de cette cou* grégaiion à Valpiatta, ce qui n'arriva ap* paremmenl qu'après la mort de saint Jean Coiombin.

Il est difficile d'exprimer avec quel zèle et quelle ardeur ces saintes religieuses servi* rent Dieu dans cette communauté naissante. Elles avaient leurs heures marquées pour la prière, l'oraison et les lectures spirituelles, ;iuxquellcs elles employaient même une bonne partie do la nuit. Après leurs exer« cices spirituels, elles s'occupaient au travail des mains; et pendant ce temps-là il y en avait toujours une qui faisait la lecluro ou bien toutes ensemble chantaient quelques cantiques spirituels, ou s'entretenaient do saints discours qui pouvaient les porter ^ l'amour de Dieu et à l'avancement do leur saltit, etdc celle manière leur vie élait uno continuelle oraison. C'était une chose admirable de voir leur modestie et leur retenue. On n'entendait jamais chez el'es le moindre bruit, tant élait grande leur union. Ton! y élait en commun, r en ne fermait à clef, et personne n'avait rien en propre, puisqu'elles n'admettaient aucune fille parmi elles qui ne se fût auparavant dé(>oulllée de tout ce qu'elle avait en faveur des pauvres. Ains^i elles ne vivaient que du travail do leurs mains; et, si le gain qu'elles en retir iient n'était pas suffisant pnur leur entretien, elles allaient par la ville demander I aumêne le visage couvert, ne s'arrétant avec personne pour parler ; et à leur retour il no leur élait pas permis de s'entretenir de ce qu'elles avaient vu dans ia ville.

Non-seulement ces saintes religieuses, qui étaient la plupart filles ou veuves de gentilshommes et des pluj qualifiés de la Toscane, étaient revêtues de gros ha2>its de

en

mCTIONNAmr DrS ORftRES RFLIGIFUX.

hiirc^niaîs ollos ninrc<unenl encore nu pied t snns 8<i«ilalrs, «ll(*s prcnci'enl deux fois la discipline pendant la nuit, dormaient sur des paillasses, et la plupart portaient des hnires, des cflîcrs, des ceintures de frr. La bienheureuse Catherine surpassait toutrs l^s autres en vertu et en austérités, c«ir elle leur servait d*eicmplo d*haniilité» de patience et de charité, et elle était vêtue plus pauvrement que les autres. Elle couvrait sa pfitllasse d'un rude cilice, elle faisait de plus gr.'indes abstinences, et toutes les (ois qu'elle communiait, elle ne mangeait rien de toute la journée. Elle jeûnait la veille de ces jijurs-lé au pain et à Teau, le plus souvent elle passai! la nuit en prière et en oraison. Elle avait encore le don de toucher les cœurs par ses discours, et elle persuada à plusieurs personnes de son sexe de vouera I>ieu leur virginité» et de 6nir leurs jours dans la retraite et la péni'ence.

Un jour que le démon la tentai et qu'il Youlut salir son imagination par quelques pensées d*impuretéy elle ariiio st)n bras d*unc discipline de fer, et, 9'él.;nt recommandée à Dieu, elle se déchira le corps pendant toutle temps qu'elle récita les sept psaumes de la pénitence, et de cette manière elle résista à la tentation. Le démon Taticiqua encore en plusieurs rencontres, mais il se déclara tou« jours vaincu par notre s iiiite,qui, le méprisant, le défiait quelquefois au combat, où elle n'employait pour armes que la prière et 1*0raison.

Après avoir ainsi persévéré dans le service de Dieu pendant vingt-deux ans, sans s*étre jamais rcKichée en aucune chose, elle tomba malade, et snintc Cathr-rine vierge et martyre, s;i patronne, s*étant apparue é elle pour l'avertir que sa fin était proche, clie se prépara à la mort par la réception dos sacrements de TEglise. Elle fit un excellent discours à ses religieuses pour les exhorter à la persévérance, et, en prononçant ces paroles : Domine^ dilexi decorem domus tuœ et locum habitationis gloriœ tuœ, elle rendit son Ame au Seif;ncur te 20 octobre 1387. L'on fut surpris en la dépouillant de lui trouver .sur !c corps un rude ciliceet une ceinture de Ter qui était enliée si profondément dans sa chair , qu'on eut de la peine à la retirer.

Après sa mort , la Mère Simone Galléroni prit le gouvernement du monastère, et par bOn moyeu les religieuses se multiplièrent on plusieurs endroits. Eilos firent d*abord un nouvel élablissem «nt à Florence, et ensuite à Pistoie,à Lucques, à PiSi;, a Bologne et en d'autres lieux. Elles ont le même habillement qu'avaient les Jésaalcs, savoir, une tuuique de drap blanc avec une ceinture de cuir, on manteau de couleur tannée rt un voile blanc (1 ). 11 y a de l'apparence qu'elles prirent cethaDillement aprè» que l'ordre eut été confirmé par le pape Urbaio V, Tan

V oyez Morlg. IJLst, de gl. ffuotnini illust. fi) Foj/ , à la fln da vol., o' 155.

Girsuati, in vit. 5. (7 tarait. Colomb.^ cap. 31, et Hist, de toutes (es Relig. Pbilip. Bunaani, Catalog. Ord, reiig.

JÉSDITES (Ordre des).

§ I*'. Des elerci régnliers de la Sûtiéli •» Compagnie de Jéstis^ avec ta vie de «mal Ignace, le.tr fondateur*

Il s'est élevé de temps en temps des hérésies dans rEi;lise, et Dieu a toujours soscile de saints personnages remplis de son esprit pour les combattre et en arrêter le progrès, par leurs écrits, leurs prédications vi autres travaux évangéliqoes, et pour maintenir U foi catholique dans sa pureté. Ainsi il a opposé saint Atbanase aux ariens, saiol Augustin aux pélagieoi et aux manichéens, saint Cjiille aux nestoriens, saint Fraucoh et saint Dominique aux albigeois, et enûo saint Ig tace de Loyola et ses coinpagni>a« aux luthériens et aux calvinistes. U» celèbre écrivain de la vie de ce saint a remarqué que dans le temps que Luther soutint publiquement son apostasie dans la diète d(» Worms, et que, s'étant retiré dans la solitude d'AUtat, il composa un livre contre les vœux monastiques, qui Qt une infinité d'apostats , saint Ignare se consacrait à Dieu dans ré;;lise de Mtmt-Sorrat, et écrivait dans sa retraite de Manrèze les Ëxerrices spirituels, qui servirent à former sua ordre il à repeupler tons les autres ; que lorsque Calvin commença à dogmatiser et à se faire des disciples à Paris, saint Isçnac, qui y était venu étudier , assembla de sun côté des compagnons pour déclarer la guerre aux ennemis de la foi; et qu'enfin dans !e temps qn'Henri Vlll se fit nommer chef de l'Eglise anglicnne et qu'il ordonna sou» peine de mort â ses snjcts d'efi'a'rer te n m du pape de tous les papiers et de tous les livres qu'ils avaient entre' le^ mains, saiol Ignace jeta les fondements de son ordre, qui fait profession particulière d*ohéf$sance sut souverains pontifes par rapport aux missions dans les pays étrangers.

Ce saiut naquit l'an 1VJ1, au chîlteau <!? Loyola, dans une partie de la Biscaye esiignole qui porte aujourd'hui le uom de Gu:puscoa , et fui le dernier d'onze enfan'i qu'eurent dom Bertrand, son père, seigneur dOgnez et de Loyola, et M.irtine Sjcz de Balde. lis relevèrent dans les sentiments que pouvait lenr inspirer l'amour do siècle. Sua père, le jugeant propre pour la cour, l'y rovoya de bonne heure, et le fit page du rui catholique Ferdinand V. Mais Ignace, qui avait une passion ardente pour la gloire, »« dégoûta bientôi de la cour, et, suUant rctempie de ses frères, qui se signalaient daos l'armée de Napics, il voulut prendre le parti des armes. 11 s'en déclara au duc de Najire dom Antonio .Manrique, s »n parent et aui particulier de sa maison, qui approuva sua dessi in. 11 lui fil apprendre ses exercice», s'appliqua loi-méiuc à le former, et te rcu^t

lES

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fo ppu de IrDips capable de servir son prince dans ses armées. Il se signala dans sa première campagne au siège de NaJ.ire même, pclîle ville sitoée sur la fi'onlière de Biseaye, doB( la prise fui aUrilmèe en partie à sa braioure^ Quoique cette rille eût été ahandonnée au pillage, il ne Toulal point y avoir di* part, et se conicnta« pour toute récom- |fiise, de la gloire d*avoîr fait une belle action, jugeant qu'il était indigne d'un grand rsur de profiler de la disgrAce des melhcarrui. Sa conduite alors n*élait pn$ fort ré-» ITHlière : plus occupé de la galanterie et de la Taaité que de toute antre chose, il ne suivait guère dans toutes ses action* que les fausses mailmes du monde , et il vécut de h sorte jusqu'à Tége de vingt*neuf ans, que Dieu loi ouvrit les yeux.

Le moyen dont la Providence se servit pour lui loucher le cœur fut Taccident qui lui arriva lorsque, défendant en 1521 le cliâ« ipaude Pampelune, capitale de la Navarre, rontre les Français qui Tassiéffeaient , il fo( blessé d'an éclat de pierre a la jambe (irui^e et d*on boulet de canon i la gauche, donlel!e fut causée. Les Navarrois, le voyant Messe, perdirent courage, cl se rendirent A discrétion ; mais les Français, usant bien de i.ni€toire, transportèrent Ignace au qnariirrdu général, où ils prirent soin de le faire panser; et, quand sa jambe eut été remise H que rétal de sa plaie lui permit de chan- K^rdelieu, ils le Orent porter en litière (lu ('lâteau de Loyola, qui n'est pas éioic^né de i'iifnpelune.

A peine y fut*ll arrivé, qu'il fenlit de grandes douleurs. Les chirurgiens qu'tm ap* |Ha jugèrent que les os de sa jamt>e n'étaient pas remis dans leur situation naluretle, et lui dirent que pour les remettre, il lui fallait casser la jambe de nouveau. Ignace les crui, rt, s'étant mis pour cet effet entre leurs mains, il ne flt paraître aucune faiblesse dans une si cruelle opération. La douleur qa'il en ressentit lui rausa une Gèvre si vloleitte, qu'elle le réduisit à l'eKtrémité. 11 reest its sacrements la veille de la fête des Af'étres saint Pierre et saint Paul, mais avec latii de faiblesse et d'abattement, qu'on ne rratpas qu'il pût passer la nuit. Suint Pierre l«i aiéme nuit lui apparut en songe, et le tout hant de la main le guérit de la ûèvro ; ^n sorte qu'à son réveil on trouva ses doul^'ors cessées, ses forces revenues, et qu*il é^ait hors de danger. Cette guérison mira* culease ne lui lit pas perdre Tesprit du i^ionde. Sa jaml)e, qu*on avait cassée une wonde fois ne fut pas si bien rétablie, qu'il n> restât une difformité. C'était un os qui avançait trop au-dessous du genou, et qui <'n>péchait que sa botte ue fût bien tirée. l'omnic il aimait la bonne grâce et la pro- Kfté, la vanité le porta à se faire sfier cet ^. opération qui ne se Ot pas sans d*e\lré<* ^* es douleurs. Cela ne l'empéi ha pas do su* l>*r volontairement une nouvelle torture, plutôt que d'avoir rien de difforme en sa l^rsonnt: ; car une de ses cuisses s'étant re« tMcc depuis sa blessure, c4 craignant élraii*

gement de paraître boiteux, il se fit tirer trés-violemment la Jambe durant plusieurs jours avec une machino de fer; mais sa j^mbe droite demeura toujours plus courte qite l'autre.

Durant cette longue cure, Ignare, qui était obligé de garder le lit ou la ihambre, avait tdUt le temps de s'ennuyer. Il demanda un roman pour se divertir ; mais, ne s'en trouvant point dans la maison, on lui apporta la Vie de Jésus-Christ et celle des saints. Il l< s lut, précisément pour s'amuser, et n*y trouva d'abord aucun plaisir; mais la grâce de Dieu agissant sur ce cœur mondain, il se laissa toucher par la douceur de ses attraits, prît goût insensiblement à cette lecture, et fut si charmé et si édiflé des exemples de vertu

3u'il y trouva, qu'il f.irma au même temps te essein de les imiter. Il se proposa peur cela de visiter tes saints lieux et de s'enfermer dans un ermitage; mais ces bons mouvements duraient peu, étant combattus par lu pui'sion ou'il avait pour la gloire et par l'a-^ inour qu il portait à une dame de la cour de Castillectdes premières maisonsdu royaume. Ainsi oubliant en un moment les projets quM venait do faire, il n'avait Tesprit occupé q'ie de la cuerre et de l'amour, se for« mant des chimères de vanité et de plaisir, dfHit les foiles idées reuchantaient  un tel point, qu'il ne comprenait pas qu'on pût vivre sans une {grande ambition, ni être heureux sans un grand attachement.

Lorsqu'il était las de rêver, il se remettait à la lecture, qui enfin, par le secours de la grâce, l'éclaira si bien, que, n'estimant plus que ks véritables honneurs et les plaisirs du ciel, il commença à connafire la vanité de la gloire du monde â laquelle il aspirait, et le danger où il s>xpo>ait en suivaut ses maximes; c'est pourquoi prenant la résolu-^ tion de le quitter enilèrement et de se consacrer à Jéiius-Christ, il se proposa d'ent reprendre le pèlerinage de la terre sainte , pieds nus et revéto d'un sac , résolu à sou retour de se cacher dans qnelque solitude, où, inconnu aux hommes, i} put penser uniquement à son salut, et passer le reste de ses jours dans les exercices de la pénitence. Mais, comme sa jambe n'était pas cncoro tout à fait guérie, it ne put pas exécuter .si* tôt ces projets ; et il se contentait pour lors do se lever toutes les nuits, et d'en passer une partie U face prosterné * contre terre, pieurant amèrement ses péchés. Lorsqu'il lut en état de marcher, ne songeant plus qu'à suivre la voix qui l'appelait à la perfection, il sortit de Loyola, résolu d'aller en pèlerinage ou monastère de Mout-Serrat, fameux par la dévotion des pèlerins qui do tous les endroits du monde y viennent implorer le secours et honorer l'image mira-» culeusc de la sainte Vierge, dont nous avons déjà parlé ailleurs. Mais, pour mieux c<'i^ cher son dessein, il alla à Navaret, sous prétexte de rendre visite au duc de Najare, qui avait souvent envoyé demander des nouvel* les de sa santé. Ba visite étant faite, il ren« voya les deux valets qui Tavaicnt ai couipa^

DICTIONNAIRE DES ORDRES RELIGIKUl.

rné jtisqu*alors» cl prit seul le chemin éa Moiit-Serrat. En sortact de Navaret« il fit TŒQ de chasielé perpéluelle, pour se rendre plus agréable à la sainte Vierge, sons la prolorlion de laquelle il allait se mellrey et se disposa à se réconcilier a?ec Dieu par une Mucî^re confession de Ions ses péchés. Dpm Jean Clia?onnes , Français de nation, qui avant sa relraiti: à Mont-Serrat a?ait été grand vicaire de Pévéque de Mirepoix, fut le religieux auquel Ignacn s*adrc8sa pour faire une confession générale de ses péchés, qu'il écrivit avec lou'e IVinciilude possible. Il la fil avec une douleur si vive et une telle abondance de larmes, qu'il fut obligé de riiitcrrompre souvent; ce qui la fil durer trois jours. Il lui découvrit toutes ses pensées, et surtout tl lui fit le plan de la vie aas'ère qu'il voulait mener. Ce saint homme, qui vivait lui-même très*auslèrement, le confirma dans son dessein, en lui prescrivant néanmoins des règles de prudence pour sa conduite, et pour éviter les pièges que le malin esprit pouvait lui tendre dans ses preipières ferveurs.

Ignace fit présent de son cheval au monastère, pendit son épée à on pilier proche Tantel , pour marque qu'il renonçait à la milice séculière, et n'emporta avec lui que les instruments de pénitence qu'il avait demandés à son confesseur. Puis, revêtu de l'habit d'un pauvre, auquel il avait donné le sien, jusqu'à sa chemise, il sortit de Mont- Serrat le bourdon à la main, la calebasse au côté, la tête et un pied nus (car pour {'«lUire, qui se sentait de sa blessure, et qui s'enflait toutes les nurts, il jugea à propos de le chausser), et il marchait avec une vigueur qui, surpassant la force d*un homme élevé aussi délicatement qu*il l'avait été, ne pouvait venir que d'en haut, fort consolé de ne plus porter les livrées du monde et tout glorieux d'être revêln de celles de Jésus-Christ. A peine eut-il fait une lieue» qu'il entendit derrière lui un cavalier qui courait à bride abattue ; c*élait un officier de la justice de Hont-Serrat qui venait lui demander s*il était vrai qu'il eût donné de riches habits à un ^ueux; parce qu*étanl soupçonné de les avoir volés, oo l'avait mis en prison, jusqu'à ce qu'on en connût ia vérité. Ignace à ces paroles fut pénétré de douleur, et, se reprodiant à lui-même d'avoir été cause de la disgrâce de ce pauvre homme, il le déchargea du crime dont on l'accusait, sans néanmoins vouloir dire qui il était. Après celte aventure il poursuivit son chemin vers Manrèxe, où 11 avait résolu de se cacher, en attendant que la peste cessât à Barcelone, et que le port fût ouvert, espérant y trouver quelque bâtiment sur lequel il pût monter pour commencer son «ovaite de la terre sainte.

Manrèze est une petite ville à trois liroes de Mont-^erral, fameuse aujourd'hui par la pénitence de saint Ignace et par la (tiété des peuples qui y viennent de tous côtés en pèleriuage, mais alors de peu de conséquence, u'ayaul rien de considérable qu'un mona-

stère de l'ordre de Sainl-Dominiqiif et t« hôpital pour les pèlerins et les malade». Le saint entra dans cet hôpital, qu'on a|)peUti pour lors rhôpilal de Saînte-Loce, fort coûtent de se voir au nombre des pauvres, êtes état de faire pénitence sans être coonu. Il commença par jeûner toute la semaloeso pain et â l'eau, excepté le dimanche, qo'il mangeait un peu d'herbes cuites, encore y mettait-il de la cendre. 11 ceignit aes reisi d'une chaîne de fer et prit un ciller sons Tba* biilement de toile dont il était revêtu. II pr^ nait la discipline trois fois le jour, dormail peu et couchait a terre. Outre le servi' e df Yin, qu'il entendait tous les jours avic ose piéié et une dévotion toute singulière, il faisait sept heures de prières ; il visitait movent l'église de Noire-Dame de Villadordis,

3oi n'e^t qu*à une demi-lieue de Manréie.et ans CCS petits pèlerinages il ajoutait dordinaire au cilice et i ta chaîne de fer qu'il portail, une ceinture de ceitaines berbft très-piquantrs.

Le démon, ne pouvant supporter cette Uu veur, employa tous ses elTorts pour Tea détourner, en lui représentant la dareté deu pénitence et la difficulté qu'il j avait d) persévérer, le désagrément d'être daasu hôpital, la honte qu'il y avait pour un bufooN de sa qualité d'être toujours avec des pauvres, et le grand profit qu'il ferait à la coar, où , par la régularité de sa conduite ri l'eiemple de ses vertus, servant de modèle aux courtisans, il los attirerait insensiblement au service dt* Jésus-ChrisI et à la pratique des vertus chrétiennes. C'était preodre lo nouveau soldat de Jésus-Christ par des eodroiis bien sensibles; mais, ayant recooso la malice de Tesprll teniateor, il repottiu ses suggestions par la pratique des Terti» qui leur étaient opposées. Bien loin de loir les pauvres, il se familiarisa avec eux plas que jamais. Non content de demeurer dau cet hôpital, il s'attacha aux malades les plu dégoûtants; et, au lieu de retourner à la cour, il résolut de se cacher encore plus aoi yeux des hommes. Cependant, uonobstait toutes les diligences qu'il prit pour réos^ir dans cette dernière résolution, le bruit coariit dans Manrèze que ce pèlerin qu'on ne eoanaissait point ét^it un homme de qualité qoi faisait pénitence. Ce que l'on lonjeclara par la nouvelle qui s'y répandit de l'aventore du pauvre de Mont-Serrat, auquel il avait donné ses habits : c'est pourquoi on cmmt nça à le regarder avec d'autres yeux da» Ihôpital et dans la ville. On le tenait »«r par curiosité, et ou l'admirait d'aoiaatplo«, qu'on lavait traité avec mépris. Le saisi fc'cn aperçut, et, prenant ce changement posr un nouveau piège que le démon lui teadaii. et qu'il devait éviter, il se relira poor cet efiet dans une caverne qui était au pied d isa montagne éloignée de six cents pas ce u yille.Peu de gens connaissaient cette cavcrae, et personne n'avait osé y entrer, Unt tne paraissait affreuse ; mais Ignace, jugeant flo« ce lien en était d'auUnt plus propre a se cacher aux yeux dvs hommes, per^alo brost*

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JES

•ailles qui en fermaient les a?enues el, 8*y étant coulé au tra?ers des ronces* il y établit sa demeure. L'horreur de ce lieu lui io^ipira uo nouvel esprit do pénitence, à laquelle il 8*adonna avec tant de rigueur, qu'on le trouva un jour évanoui à rentrée de sa caverne : ce qui ayant découvert le lieu de sa relraite, on le ramena malgré lui à ThApital de Manréze, où il (ut attaqué de nouveau par la tentation de changer le genre de vie austère qu'il avait embrassé; mais une Gèvre maligne dont il fut attaqué si violemment que l'on désespérait de sa vie, le délivra de cette tentation, qui fut immédiatement suivie d'une autre de présomption, qui le portait è se regarder comme un grand saiut. Il ae délivra de celle-ci en rappelant dans sa mémoire les péchés de sa vie passée; mais il en conçut tant d'horreur, qu*il tomba dans un étal beaucoup plus funeste que celui dont il sortait. A peine eut-il recouvré la santé du corps, qu'il perdit la tranquillité dont son flme avait joui depuis qu'il s'était donné à Dieu. Toutes les joies spirituelles qu'il avait goûtées jusqu'alors et les consolations dont Dieu l'avait favorisé se changèrent en amertume et en tristesse par les scrupules dont il se sentit accablé. On eut beau lui défendre de s'arrêter à ses doutes el d'écouter ses scrupules, tout cela ne servait de rien. Plus il s efforçait de s'en débarrasser, plus ilétfiit accablé d'inquiétudes; et, sloiaginant qu*il ne recevait plus aucun se* cours du ck'l, il crut que Dieu l'avait délaissé et que sa damnation était certaine. Dans cette pensée, il se trouva agité de plu* sieurs mouvements de désespoir, auxquels il aurait infailliblement succombé, si Dieu par lia effet de sa miséricorde ne l'eût soutenu contre ces adaques de l'esprit tentateur, qui, ne pouvant réussir de ce côté-là, le tenta avec plus de succès du cAlé de la présomption, il lui persuada de ne prendre aucune nourriture jusqu'à ce qu'il eût recouvré la paix de son flme. 11 jeûna effectivement sept jours entiers, sans boire ni manger : il aurait même poussé ce jeûne plus loin, si son confesseur, qui était un religieux de Tordre de Saint*Domiuique, ne lui eût ordonné de Hulerrompre. Enfin ses troubles se calméreut, et il ne fut pas seulement délivré de lo^s ses scrupules, mais il obtint encore le don de guérir les consciences scrupuleuses, elrtçut diverses faveurs du ciel, qui le dédommagèrent du passé.

Jusque-là il oe s*étail proposé dans toutes ses pratiques de piété que sa perfection particulière; mais la Providence, qui le destiaail au minislère évangclique, et qui l'y avait d*abord préparé salis qu*il le sut, par |ie mépris du monde qu'elle lui avait inspiré, par la retraite et la mortification, lui donna d'autres vues et d'autres desseins: elle lui inspsra de s'appliquer à la conversion et à la sanclification des âmes : dans ce dessein, quelque chère que lui (ut sa solitude, il en sortit. Il corrigea ce que son extérieur avait dalTrtux el de rebutani, afin de ne pas élnitQ«^r ccui qu'il voulait attirer à Dieu. U

modéra ses austérités, et prit un habillement de gros drap, modeste et propre. Il parlait publiquement des choses du ciel; et, pour se mieux faire entendre du peuple qui ren* vironnait, il moulait sur une pierre qu'où montre encore aujourd'hui dans l'ancien hôpital de Sainte-Luce. Quelques personnes furent si touchées de ses ei^bortations , qu'elles renoncèrent nu siècle pour em« brasser une vie pénitente. Les réflexions fréquentes qu'il fit sur la force des m<ixinies évangéiiqucs qu'il enseignait le portèrent à composer son livre des Exercices spirituels,

four le profit des âmes mondaines. Le pape aul III l'a approuvé depuis comme un livre auquel on ne saurait donner trop d'éloges, et qui renferme une méthode admirable pour retirer les âmes du désordre et pour les conduire à la perfection du christianisme.

Aprèa ce travail, se sentant asseï fort pour entreprendre son voyage de la terre sainte, et sachant que la peste était cessée à Barcelone et le commerce rétabli, il quitta Man* rèxe, où il était depuis plus de dix mois. 11 s'embarqua à Barcelone, sans autre provision qu un peu de pain qu'il avait mendie, et il arriva eu cinq jours au port de Gaïftte. d'où il prit la route de Konie, seul, à pied, jeûnant tous les jours, et mendiant à son ordinaire. U j arriva la veille du dimanche des Rameaux, l'an 1523, et en partit huit jours après Pâques pour aller à Venise. Il était fort tard lorsqu'il entra dans cette ville; etf ne sachant où se retirer, il alla ae mettre sous un portique de la place de Saint-Marc, pour j prendre un peu de repos ; mais Dieu ne voulut pas que son serviteur y passât la nuit. Il y avait parmi les sénateurs de la république un homme d'un mérite extraordinaire, nommé Marc-Antoine Trévisani, que sa vertu éleva depuis à la dignité de doge. Ce sénateur, qui logeait dans la place de Saint-Marc, s'élant couché et endormi, il lui sembla entendre une loix qui lui disait que tandis qu'il était à son aise, dans son lit, le serviteur de Dieu était sous un portique de la place. Un songe si extraordinaire l'éveilla aussitôt, et, ne pouvant s'imaginer que le hasard en fût la cause, il se leva et alla luimême chercher celui que la voix du ciel lui indiquait, le conduisit à son logis avec honneur, et, après lui avoir rendu tous les devoirs de charité, il lui procura une audience du doge André Gritti, dont il obtint une place dans la Capitane de la république* qoi allait dansliledeChypre. Us'y embarqua, et, après quarciute huit jours de navigation, il arriva enfin le dernier jour d'août de la même année au port de Jaffa, d'où il prit le chemiu de Jérusalem par terre, et s*y rendit le k septembre. Son dessein était de s'arrêter en , Palestine pour travailler à la conversion dfS '

f peuples de l'Orient; mais le provincial des re-V. igieux de Saint- François, qui ava4 un pou« ' Toir du saint-siège de renvoyer les pèlerins ou de les retenir, selon qu'il jugerait à propos, ne le lui permit pas, ce qui l'obligea de revenir en Europe. Il arriva heureusement à Venise sur la Uu de janvier 152'«, après une

oss

niCTIONNAlUR DES ORDRES RELIGIEUX.

naTÎ^alioci de plus de deux mois, pendant laquelle il eol (oui le temps de faire des réflexions, li conçut qne, pour travailler à la conversion des âmes, il fiillait avoir des connaissances qui loi manquaient ; et, jugeant qn'il ne pourrait jamais rien faire de solide sans le fondement des lettres humaines, il prit ta résolution de ret^iurner à Barcelone pour s'j appliquera Tétude. Il n'eut point de honte, quoiqu'igé de trente-trois ans, d'étudier les premiers principes de la langue latine, et de se trouver lous les jours en classe avec des enfants, sous la conduite de JérÀme Ardebale, qui y enseignait pu<bliquement la grammairi;. Il flt un si gran^ progrès dans l'étude de la langue latine pendant deux ans, que son maître lui conseilla d'uller faire son cours de philosophie dans runiversitéd'Alcala, qui avait été fondée depuis peu parle cardinal Kimeaès.U suivit ce conseil, et y mena avec lui trois disciples qu'il avait faits durant son séjour à Barcelone. Y étant arrivé, il y commença ses études, et y flt un quatrième disciple d'un jeune Français qui avait été page de dom Martin de Coriloue, vice-roi de Navarre. Quoiqu'iSs ne demeurassent pa» ensemble (Ferdinand de Para et André d'Arxe en logeaient deux par charitô, et Ignare avait une chambre à I hApital d'Antezeiia], ils étaient néanmoins tous cinq habillés de niéine façon, ponant un habit long de drap gris, avec un chapeau de même couleur, eC ne vivaient que d'aumônes. L'impatience qu'il avait de se donner à la conversion des âmes lui Gt embrasser l'étude avec une extrême ardeur; et, croyant avancer beaucoup en abrégeant les matières, à peine eut-il commencé son cours, qu'il se jeta dans la physique et la théologie scolastique. On expli.(oait aux écoles lu Logique de Soto, la Physique d'Albert le Grand et la Théologie du Maître des Sentences; il prenait ces trois leçons l'une après l'autre, et étudiait sans relflche jour el nnit ; mais ces difTérentes études lui mirent tan( de confusion dans l'esprit, que tout son travail ne produisit pas ce qu'il en espérait. Rebuté du peu de progrès qu'il faisait dans les sciences, il s'appliqua entièrement avec ses quatre disciples aux bonnes œuvres et à l'oxplicatiun delà doctrine chrétienne, à servir les malades de l'hôpital, à soulager les pauvres honteux, et particulièrement à réformer les mopurs iles écolier^» débauchés.

La conversion surprenante qu'il fit d'un prélat qui corrompait les jeuues gens de l'université par ses mauvais exemples, ses libertés et seti caresses, fit du bruit par tout le pays, surtout lorsqu'on vit quVHe fut suivie de celle d'un grand nombre d'écoliers, que le prélat lui-4néme entreprit de retirer du libertinage où il les avait jetés. Le peuple eut d'étrani^es idées d'Ignace ; quelques-uns le prenaient pour un enchanteur, et disaient que sans magie on ne pouvait faire ce ^u'il laisait; et d'autres, que c'était un hérétique i|ui, sous prétexte de porter les jeunes gens a la vertu, leur inspirait des erreurs. Les inquisiteurs de Tolède cp voulurent pren-

dre connaissance ; mais, voyant qu'il n'était ni hérétique ni v sionnaire, ils remirent ie reste de rintbrmation au grand vicaire* qai traita saint Ignace très-favorablement, et lui permit de continuer ses fonctions poor le service du prochain; Il ravertil que loi et ses compagnons n'étant pas religieux, on n'approuvait pas qu'ils fussent lous faaliillcs de la même sorte; ce qui était une distinction dans lequel e H y avait, selon le sentiment de plusieurs personnes, beauctiop d'affe\ talion. Le saint, qui ne le faisait que p«ir on t>on motif, ne voalant point donner aucon svjet de plainte, s'habilla de noir avec an autre« laissa un habit gris au Français, et m fit prendre «in de couleur minime aux deux autres Espagnols, et prit des souliers, pour obéir au même grand vicaire, qui le lui ordonna. L'indiscrétion de deux dérotes richfs et de qualité qui suivaient ses conseils, 1 1 qui entreprirent alors sans sa participation quelques pèlerinages, vêtoes en pèlerines, à pied et demandant l'aumône, donna lieu à d«* nouvelles plaintes contre lui, comme étant l'antear d'un zèle si outré et si peu conforme à leur sexe; on le mit en prison avec si*s compagnons, d'uù H ne sortit qu'ao retoor deces dévotes, au bout desix semaines, après qu'elles eurent avoué que saint Ignace n'avait point eu de part à leur pèlerinage, qu'au contraire il les en avait détooruées. On les crtit, el le saint fut élargi par une sentence du premier juin 1527. Ce jugement, lui rendant sa liberté, ne laissa pas de lui donner du chagrin. 11 fut ordonné en même temps que lui et ses compagnons prendraient l'habiliement ordtn.ilre des écoliers, et que, n'ctant pas théologiens, ils s'abstiendrnirnt d'expliquer ou peuple les mystères de la religion , jusqu'à ce qu'ils eussent ètud.é l|uatre ans en théologi(^.

Ignace, peu satisfait dece jogemenl,rendn par le grand vicaire d'Alcala, alla tmuter l'archevêque de Tolède, qui lui cnnscilla de quitter cette université et d'aller étuditrà Satamanque; *t, l'exhottant fortement à continuer ses fonctions de pié:é envers le prochain, il lui promit sa protectioo. Notre saint y alla, et, en attendant cju'îl pût reprendre le cours de ses éludes , il commença par travailler au salut des âmes avec d*aotaôt piu<i de ferveur et de liberté, q*je sa m ssioa semblait être autorisée par l'archevêque. Mais on y trouva encore a redire : il fot uni derechef en prison avec ses compagnons, et, après y avoir été retenus peuiiaot trois semaines, ils furent renvoyés absous par nue sentence qui permet ail à Ignace d'in* slruire le peuple, ^ condition que, dans ses catéchismes et dans ses entretiens , il ne se mêlerait point de vouloir marquer la différence qu il y a entre le péché mortel et le péché véniel. Ignace, surpris de ce dernier arlie.le de la sentence, vit bien que c'était uo piège qu'on lui tendait, d'autant plus qu il sut que ses ennemis l'avaient fait mettre afin d'avoir lieu de le chicaner et de loi faire une querelle quand ils voudraient : c*f»t pourquoi, persuadé de leur malice, qui lui

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Mail les moyens de satisrairc son zèle, il prit la résolotîoD de quitter Salamnnquo , et même de sortir do l'Espagne. Il forma le dessoin d*<illcr en France, pour continuer ou

{Autài pour r< commencer ses éludes dans *uniTersité do Paris« qui était depuis longtemps la plus célèbre de l'Kurope.

Ses compagnons n'étant pas disposés à te SDirre, il partit seul sur la Un de décembre, artiva à Paris aa commencement de février de Tan 1528, et se logea au quai lier de TU- Diversité avec des écoliers espagnols. Pour mieux posséder la langue latine, il reprit ses humaoilés au collège de Montaigu ; mais, ajfantélé volé par un de ses compagnons, auquel il avait conflé une somme d*argcnt que ses amis lui avaient donnée en partant d'Espagne pour la continuation de ses études il fui contraint de se retirer à Saint-Jacques de rHApital, où les Espagnols étaient reçus. Il n'y avait que le couvert, et il fallait que pour vivre il mendiflt son pain de porte en porte. Comme il demeurait loin du collège de Montaigu , perdant du temps à chercher des aumânes, il aurait bien voulu servir un des professeurs ; mais, quelque diligence qu*il ni, il ne put jamais l'obtenir. Quoique sa misère fût grande, il ne laissait pas d*exc.tcr les gens de sa connaissance à faire la charité aui pauvres, auxquels il faisait donner ce qu*il aurait pu demander pour lui. Ses paio* les Grcul tant d*impression sur Tesprit de trois Espagnols, qu'ils vendirent d*eux--mémes leurs meubles et en donnèrent l'argent aui pauvres, après quoi Ils se retiièrent aussi a Saint*Jacques de l'Hôpital, où ils vi« laieitt d'aumônes comme lui.

Cette nouvelle société rendit encore notre saint suspect. Il fut déféré à i'inquisitour Matthieu Ory, religieux de Tordre te Saint- Dominique et prieur du grand couvent de ia rue Saint-Jacques. (Quoiqae le tribunal de l'inquisition u ait uimais été établi en France de la manière qu il Test en Espagne et en Italie, il y a eu néanmoins dans de certains temps des inquisiteurs délégués du pape puur } conserver la pureté de la foi et tenir lis peuples dans l'obéissance de i'Eglii^e; et citte qualité av.nt été déférée à Matthieu Otj par le pape Clément VU, ci l'uctasion des hérésies d'Allemagne.) Cet Inquisiteur, ayant donc pris connaissance de cette affaire, et ayant reconnu Pinnocence d'Ignace par les perquisitions qu'il fit, le renvoya absous. Ayant étudié les humanités près de dix-huit uiuis au cull( ge de Montaigu, il commença SCO cours de philosophie au collège de Saiote-Darbe. Le docteur Govea, Ësp' gnol, principal de ce collège , prévenu contre Ignace par les Unx rapports qu'on lui en avaiifaiis, voulut d*abord l'en chasser ; mais, ayant examiné avec dili;;encc la conduite de notre saint, et n'y ajraut rien trouvé qui fut digue de répréhensi. n et qui ne méritât au i'uniraiie reslioie et l'upprobation de tout le monde, lui Gt satisfaction publique devant tous tes écoliers, et rendit justice a sa vertu par reloge qu'il en fit. Le professeur Pcgna, Vit avait été la cause de cette piéventiou,

voulant aussi réparer l'injure qu*on lui avait faite, lui donna pour répétiteur un garçon fort capable, nommé Pierre Lefèvre ^ savoyard, qui demeurait au même collège avec François Xavier, gentilhomme navarrois , peu accommodé, et presque aussi pauvre que Lefévre. Ignace so mit avec eux prur la commodité de ses études, et avança tellement par le soin que Lefèvrc prit de lui, qu'à la fin de son cours, qui fut de trois ans et demi, selon l'usage de ce temps-là, il fut reçu maître ès-arts, et continua ensuite sa théologie aux Jacobins. Ce fut alors que , sentant croître en lui le zèle pour le salut des âmes à proportion qu'il avançait dans la connaissance des mystères de la foi et des vérités évangéliques, il forma le dessein d'établir une compagnie d'hommes apostoliques qui pussent l'aider à porter et étendre ce même zèle jusqu'aux extrémités de la terre. "Ne doutaut point que le penchant qu'il se sentait pour rihstruction des peuples et la conversion des infidèles ne fût un secret mouvement de la grâce de Dieu, qui le desti< nait à un si noble emploi et si digne de rambltion d'un véritable chrétien , et ne comptant plus sur ses anciens compagnons qu'il avait laissés à Barcelone, où ils avaient pris difTérenti partis, il s'en associa quel* ques autres qui étaient de l'université. Lo premier qui se joignit à lui fut ce Pierre Lefèvre, qui avait été son répétiteur; il gagua ensuite François Xavier, et peu de temps après il eut quatre nouveaux compagnons, qui furent Jacques Lainez , d*Almazan, au diocèse de Siguença; Alphonse Salmeron, d'auprès de Tolède; Nicolas Alphonse, surnommé Bobadilla, du lieu de sa naissance, village proche de Palioze, au royaume de Léon; et Simon Uodriguez d'Azeodo, gentilhomme portugais.

Quoique le choix de ccs^six personnes parût venir de la miaîn de Dieu, et qu'Ignace, persuadé de leur zèle pour l'agrandissement du royaume di* Jésus-Christ, n'eût aucun lieu de douter de leur fidélité et persévérance dans le dessein qu'ils se proposaient ; cependant, se resâouvcuant de l'inconstance de ceux qui s'éiaienl joints à lui en Espagne, et faisant réflexion sur la lé-* gèteté de Tesprit humain, il se persuada que, quelque bonne que fût la volonté de SCS nouveaux disciples, il était nécessaire de les fixer par des engagements indispensables. Le jour de l'Assomption de Notre^ Dame de l*an 153iii-, 2jp:ès les a\oir pré-' parés sur son dessein , il les mena dans l'église de Tabbayc de Montmartre près Paris, où Pierre Lefévre, qui avait été fait prêtre depuis piu , leur ayant dit la messe et les ayaut communies dans la chapelle souterraine, ils firent tous sept ensemble, d*une voix haute et distincte, vœu d'entre* prendre le voya;(e de Jérusalem pour la conversion des infidèles du Levant ; de quitter tout ce qu'ils avaient au moiide, hors co qu'il leur faudrait pour aller en (erre sainte; et, en cas qu'ils uo pussent y entrev ou y demeurer^ de s'aller jeter aux picdi du pape.

DICTIONiNAlUE DES ORDRES RELIGIEUX.

pour lui offrir leurs services, et aller sous ses ordres partout où il voudrait les envoyer. Comme il y m avait parmi eux qui n*avalent pas 6iii leur Ihéologie, il leur laissa continuer celle élude jusqu'au 23 janvier 1537 y et en Ips attendant il travailla à ar* réter le cours et les désordres que eausiiienl en France les nouvelles hérésies. Il avait coutume de se retirer» ou à Notre- Dame des Champs, qui était le lieu où l'on a bâli depuis le couvent des Carmélites du faubourg Saint- Jacques , ou dans les carricros de Muntinarlre , qui , lui représenlant ^a caverne de Manrèzc» l'escitèrent à reprendre des eiercicen de pénitence ; mais ses nouvelles austérités ayant ruiné ses forces, le réduisirent dans une langueur, qui ne lui permettail pas même de s'appliquer aux exercices de piété. Comme les remèdrs ne le soulageaient pas, les médecins lui persuadèrent d'aller reprendre l'air de son pays. Il se détermina à ce voyage; mais, avant son départ, qui fut au commencement de janvier do Tan 1535, il convint avec ses disciples qu*il irait les attendre à Venise , et qu'ils partiraient le 25 janvier 1S37 pour l'y ^eiiir "trouver. Sa faiblesse ne lui permit pas do faire le voyage à pied; il le fit sur un cheval que ses compagnons lui achetèrent ; et a peine eut-il passé les Pyrénées et respiré l'air de Guipuscoa • qu'il recouvra sa santé et sentit revenir ses forces.

Pendant le séjour qu'il Ot en Espagne, ses compagnons, qu'il avait laissés à Paris* poursuivirent leurs études. Lcfèvre les gouvernait en son absence et augmenta leur nombre de trois autres théologiens, dont le premier fut Claude le Jay d'Annecy, Jean Codore et Paquier Brouct, tous deux Français , Tun du diocèse d'Embrun et l'autre du diocèse d'Amiens. Ces trois derniers firent à Montmartre le même vœu que les autres y avalent fait et qu*ils firent encore pour la seconde fois. Ces neuf disciples d'Ignace, qui avec lui firent les fondements de la Compagnie de Jésus, élaient lellement unis ensemble , que, quoique différents et de uation el d'humeur, ils semblaient néanmoins n'avoir qu'un cœur et qu|une àme; ce qui était d'une grande cunso^ lation pour ce saint fondateur. Ignace, après avoir demeuré quasi un an en Espagne , eu partit pour aller à Venise , où il arriva sur la fin de l'année 1535. Son zèle ne lui donna pas de relAche dans cette ville, ou il ne fut pas plut6l entré, qu'il s'y occupa à gagner des âmes à Dieu. Mais ce qui lui devait attirer de l'estime fut le sujet d*une nouvelle persécution. Elle lui fut suscitée par les libertins, qui, ne pouvant souffrir la censure qu'il faisait de leur vie, firent courir le bruit qu'Ignace était on hérétique déguisé, qui , après avoir infecté la France et rEspagne , venait gâter riiilie. Dès que le saint sut ce que l'on disait pobliqaement de loi, il alla trouver Jérôme Veralli , nonce du papo Paul III vers la république, pour le prier de lui faire son procès, s'il était coupable.

Le nonce examina raffaire avec son assrssear, el , ne trouvant rien qui pût donoer lieu aux bruits qui couraient, il porta es faveur du saint une sentence jQridiqoe, qui le disculpait de ces fausses accusations. Pierre Caraffe, qui fut élevé ao souvcrAJi ponliOcal sous le nom de Paul IV, etqor auparavant d'archevêque de Tbèa*e« sVtant fait compagnon de saint Gaëian de Tyenne, avait été l'un des fondateurs de l'ordrp des Théatins, du nom de Tarchevéché qu'il quitta, ne contribua pas peu i confondre ces calomnies, par l'estime et les liaisor.t qu'il eut avec Ignace dcins le séjour qu'il fit à Venise, ou enlin il eut la consolation de voir ses compagnons plus t6t qu'il ne IVspérait el qu'ils n*eu étaient convenus. La guerre se rallumant pla< que jamais entre François l", roi de Franre, ei l'empereur Charles V, par la mort de François Sfortc, duc de Miltin, sur l'Etat duquel ces deoi princes avaient des prétentions, au premier bruit que ces fiJèles disciples en eurent, lU se résolurent d'avancer leur voyage et de sortir du royaume avant que le<( passa;ef fussent fermés. Ils partirent de Paris le 13 novembre de l'année 1536,trois mois pins tôt qu'ils n'étaieniconvenus avec leur samt fondateur, sans autre équipage qu'un bâton a la main et une petite valise sur le dos, 'U chacun avait ses écrits. Ils prirent leur cb^ min par la Lorraine pour éviter la Proreocr, et arrivèrent à Venise le 8 janvier de I'jq 1537. Ignace les reçut avec beaucoup de j ie, el leur donna on autre compagsou, nommé Jacques Hozez, qui fut le onzième de la Compagnie. En attendant qu'ils pussest aller ensemble recevoir la bénédiction ds pape pour le voyage de Jérusalem , le salot fondateur les occupa dans les bôpitam à instruire les ignorants, â servir les malades, à assister les mourants et à ensevelir les morts. Ils s'occupèrent de la sorte jusque vers la mi-caréme, que tous partirent poar Rome, hors Ignace, qui ne jugea pas â propos do paraître dans un lieu ou sa présente eût pu faire tort à ses compagnons : car Caraiïe, que Paul III avait fait cardinal, semblait alors fort contraire aux desse.ns ds saint, soit par ressentiment de ce que loi tl Hozez n'avaient pas voulu entrer parmi In Théatins, ou soit qu'il eût ajouté foi aut bruits qu'on avait semés à Venise. Les cooh pngnons de notre saint étant arrivés â H^ me, furent reçus si favorablement du pape. que, sur le lécit qu'on lui avait fait de letr savoir et de leur piété, non-seulement il leur accorda ce qu'ils lui demandèrent, mais même , après leur avoir donné sa bénédivtiou, il leur donna de Targent poar leur voyage, et permit è ceux qui n'étaient pas prêtres, du nombre desquels était Igoace, qui quoique absent fut compris dans celte permission, de recevoir les ordres sacrés de quelque évéque que ce fût , et accorda one dispense d'âge pour Alphonse Saliu^ ron , afin qu'il reçût l'ordre de la orétrise avec les autres dè^ qu*il entremit daai la vingiième iioucc. EluiX retournés 1 Vcnis^i

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iU firent rœa de pan?re.é et de chnitelé perpétuelle cDire les mains du nonce Ve« rnlii , et le jour de la Natîvilé de saint Jean- BapUste, CCU& qui n'étaient pas prélres furent ordonnés par Vincent Nigulali, évéque d*Arbe. La li{(ue qui fut conclue daus ce irmps-là entre TEmpereur et la république contre le Turc, ayant rompu le coniinerce du Levant, les empêcha de faire leur Toyage de Jérusalem: c*e$t pourquoi, après ëire ri stés un an entier sur les terres de la république, comme ïU s'y étaient obligés, cl n'y ayant nulle apparence que la navigation fût libre de longtemps, Ignace les rassembla tons à Vicenze , où il leur Gt entendre que» puisque la porte de la Palestine leur était fermée, ils ne devaient pas différer d'accomplir l'autre partie do leur vœu, qui était d^aller offrir leur service au nupe. Il fut résolu que le saint fondateur, Leré^re et Lainez iraient les | remiers^ à Rouie, pour exposer à Sa Sainteté les intentions de toute la Compagnie. Avant que de se séparer, ils se prescrivirent une manière de vie uniforme et des règles qu'ils 5*ob1igèrenl de suivre. Comme on leur dooiandait souvent qui ils étaient et quel était leur institut, saint Ignace leur dit qu'ils iievaicnl répondre qu'ils étaient de la Compagnie de Jésus, puisqu'ils étaient unis ensemble pour combattre les hérésies et lei lici'S sGus la bannière de Jésus-Christ. Le »aiDl fondateur, Lefèvre et Lainez arrivèrent à Rome sur la 6n de Tannée 1537. Ils eurent dès les premiers jourr audience du pape, qu^, recevant avec joie leurs offres, ^employa aussitôt Lefèvre et Lainez à enseigner la théologie d.ins le collège de la Sapience à Rome, et Ignace à la réformatiuo des mœurs par la voie des exercices spirituels et des eihortations , qu'il faisait done manière si pathétique et si édiflanie, qu'il y eul plusieurs personnes de grand mérite qui se mirent sous sa conduite.

Pendant que ces trois hommes apostoliques travaillaient si utilement dans Rome , Xavier et llobadilla s'emplovaient dans Bologne an salut des âmes, le Jay etRodriguez fiiisaienl de même dans Ferrare , Bronet et Solnieion dans Sienne, Codure et Hozez dans Fadoue ; mais ce dernier étant mort quelque temps aprèi » saint Ignace retroura presque aussitôt un antre compagnon, qui fut François Stradn. Jusqu'alors Ignace n*avait point eu d'autre vue que ce.le ne travailler au salut des Ames de concert avec ses compagnons, et cela sans aucun engagement particulier ; mais Dieu , qui Tavait destiné a être le chef d'un corps qui devait être si utile à son Eglise , lui donna des notions plus distinctes de l'institut dont il devait être le fon- «tatear, et une forte pensée de l'établir au plus toi. 11 en communiqua avec Lefèvre et Lainez , et manda les autres qui étaient dispersés en Italie, aOn que convenant avec eoi ils pussent faire un établissement solide. A peine ces ouvriers évangélii|ues eurent-ils reçu l'ordre du saint, qu'ils quittèrent tout pour se rendre à Uomet où étant arrivés sur

la On du carême de l'an 1538 , ils logèrent tous ensemble chez un gentilhomme romain nommé Quirino Garzonio , qu'Ignace avait gagné à Dieu. Le saint leur ayant déclaré le motif pour lequel il les avait fait venir , ils rapprouvèrent et convinrent qu'il fallait ériger leur société en religion, et que pour cela il fallait préparer l'esprit du pape, qui semblait fort éloigné des nouveaux établissements ; mais, comme le pape rartait de Rome pour aller à Nice, cette affaire fut retardée. En attendant le retour de Si Sainteté , saint Ignace et ses compagnons , traitant souvent du projet de l'institut , résolurent dans une de leurs assemblées, suivant les propositions du saint fondateur, qu'outre les vœux dit pauvreté et de chasteté qu'ils avaient faits à Venise, ils en feraient un d'obéissance perpétuelle à leurs supérieurs , et déterminèrent dans une autre que ceux qui feraient profession dans leur Compagnie ajouteraient aux trois vœux de pauvreté , de chasteté et . d'obéi *sance , un ^œu exprès d'aller partout où le vicaire de Jésus-Christ les enverrait , pour travailler au salut des âmes , et d*y al* 1er sans viatique et en demandant l'aumône, s'il le jugeait à propos. Ils eurent encore d'autres conférences , et ils déterminèrent que les profès ne posséderaient rien ni en particulier ni en commun ; mais que dans les universités on pourrait avoir des collèges avec des revenus et des rentes pour la subsistance de ceux qui y étudieraient.

Au milieu de ces projets, il s'éleva contro eux une tempête qui pensa renverser leur plan et leurs espérances , pour avoir attaqué un prédicateur célèbre accusé de lutbé« ranisme. Celui-ci eut l'adresiic de rejeter sur saint Ignace le soupçon d'hérésie , et gagna trois Espagnols qui avaient un air de sagesse et de probité tout propre à autoriser une calomnie. Il corrompit encore Michel Navarre, qui avait été à Paris compagnon de François Xavier , et qui haïssait saint Ignace à cause qu'ayant voulu être de ses disciples , Il ne l'en avait - pas jugé digne. Saint Ignace fut dénoncé devant le gouverneur de Rome comme un liérétique et un sorcier , qui avait été brûlé en effigie à Alcala, à Paris et à Venise. Sur cette accusation, le peuple se souleva contre lui et ses compagnons; mais leur innocence fut reconnue et leurs accusateurs furent contraints de se dédire et d*avouer leurs impo.^^tures. Le gouverneur, par ordre du pape« rendit une sentence qui contenait l'éloge des accusés et les justifiait entière* ment. Us parurent de nouveau en oublie, et recommencèrent leurs exercices de charité , tant en soulageant les pauvres dans une famine qui aifligea dans ce temps-là la ville de Rome, qu'en les instruisant des devoirs du christianisme : ce qui leur attira l'estime du peuple , qui leur donna autant de bénédictions qu*ii leur av.tit souhaité de mal au sujet des accusations susdites.

Saint Ignace crut qu'il devait pruHter d'une si heureuse conjoncture pour 1 exécution de son dessein. Ayant fait un abrégé de l'insiitut| que lui et ses compagnons avaient cou*

OICTIONNAIUE DES OUDUES IlEUGIEllX.

rerté ensemble , il le présenta au pape Paol lit par reiilrémise du cardinal Gaspard Conlarini. Le s.inl-pèie recul ai écrit, elle donna aussitôt à e^iaminer au matiredu sacré palais , Thomas Badia , qui fut depuis cardinal. Badia le retînt doux mois » après lesquels il le rendit à Sa Sainteté, lui proiesianX qu'il n*j trouvait rien que de très-louablo , et le pape Tciyant lu lui-même , approuva de vive voix cet institut. I<2;nace le pria de le confirmer «ulhentiquemcnt; mais, quoique re souverain pontife %*y sentit porté , il ne voulut rien Taire que par l'avis de trois cardinaux , dont le picmier, qui fut chargé de TafTaire , se nommait Barthélémy Guldiccioni. C»*la n'empêcha pas , en attendant, que Sa Sainteté ne demandât à Ignace quelques-uns de ses disciples pour réformer un monastère do religieuses qui était dans un grand désordre , et qu'elle n'en destinât d'autrrs à d'autres emplois qui ne leur étaient pas moins honorables. Le Jay alla à Rrescia pour extirper l'hérésie que dos prédicateurs peu catholiques y avaient semée. Bobadilla fut envoyé à l'Ile d'ischia, vers les côtes de Naples , pour accorder les principaux du pays , qui se haïssaient morielteroent. Lninez rt Lcfèvre accompagnèrent le cardinal de Saint-Ânge dans sa légation de Parme. Lainez resta à Flaisanre, et Leièvre demeura à Parme , d*où il fut retiré ensuite pour aller à Worms assister à nu colloque qui se devaittenir entre les catholiqui'S et les prolestants. Enfin Rodrigaez et Xavier partirent pour les Indes » sur la demande que Jean 111 , roi de Portugal , avait faite de ces nouveaux missionnaires.

11 est difficile d'exprimer la joie que saint Ignace eut de voir ses compagnons engagés dans les emplois do l'apostolat; mais elle fol un peu troublée par les oppositions qoe firent les trois cardinaux à son grand dessein. 11 continua ses poursuites auprès du pape avec plus de chaleur que jamais , et redoubla ses prières auprès de Dieu avec d'autant plus de confiance , que » ne doutant point du succès de son entreprise y il lui promit trois mille messes en reconnaissance et en action de |;râces de cette faveur qu'il espérait obtenir de ^a divine majesté. Sou espérance ne fut pas trompée , Dieu permit que les hérésies qui se multipliaient en France, en Allemagne et en Angleterre , et qui a?aient même pénétré jusqu'en Italie, faisant juger aux trois cardinaux que cette nouvelle religion serait nécessaire pour en arrêter le cours , les firent changer de sentiments. Le pnpe, approuvant les conversions merveilleuses que faisaient les disciples d'Ignace dans les lieux où ils étaient employés hors de Rome, se détermina enfin à confirmer le nouvel institut : ce qu'il fit par une bulle du 27 septembre de l'an 1540, donnant à ce nouvel ordre le nom de Compagnie de Jésut^ et permettant à saint Ignace et à stscom, agnons, qu'il (ixa au nombre de soixante profès, de dresser des constitutions telles quils le juge* raient à propos.

S H. Continuation de VBi$toir% de laC m^ pagnie de Jésus et de la vie de samf f^Heti

de Loyola*

Dès que le snint-siége eut approuvé l« Compagnie de Jé^us, saint Ignace jugea qoM fallait commencer par lui donner on cef. Four cet ciïrt , il rappela à Rome , avec la permission du pape, ceux de ses compagoo«i qui se pouvaient trouver! Télection. il se s'y en trouva que sii ; car Xavier et Rodnguez étaient en Portugal , en attendant l'orcasion de passer aux Indes; mais ils avaiett laissé en partant de Rome leurs suffrs|fs par écrit. Lcfèvre envoya le sien de WoruH, ou il assistait à la diète qui s'y tenait, il n'y eut que Bobadilla qui ne concoarsi pas à l'élection, étant resté à Naples par ordre du pape et n'ayant point envoyé son suffrage ; mais il confirma à son retour le cboit que firent 1 s autres , et qoi tomba sur laist Ignace. Le saint , quoiqu'il eût toutes lei voix , ne pouvant consentir à accepter ctvt charge, les obligea à recommencer I éiectiao; mais^ayantencorecu toutes les voixdaiis cette seconde élection, et après avoir fait de noeveaux elTorls pour ne point accepter cet en» ploi, il y fut enfin déterminé par l'avis du P. Thé )dorc , religieux de Saînt*François , qui était son confesseur.

Il prit donc le goovcrnemeol de la compagnie de Jésus le jour de Pâques de Tan lô41, et le vendredi suivant, 37 avril, toai ceux de ses disciples qui étiiient à Rotne ûrent dans l<i basilique de SainI Paul, hon les murs de la ville, leur profession soleinellc, par laquelle ils s'engagè/eut t <os t garder une pauvreté, une chaste:6 et ose obéissance perpétuelles, s^^ion la forme 4e vie contenue dans la bulle de leur instiloiion. Us firent pareillement le vœu d'usé obéissance spéci;ile au souverain pontie. i regard des mi»sion«, marqué dans la mène bulle, et s'obligèrent d'enseigner aux enfa iti la doi'trine chrétienne. La différence qo'ii y eut entre la ptofession du <aint fondateur et celle des auUres, c'est qu'il fit sa promesM immédiatement au pape, et quss ses compagnons lui firent la leur â lui-même, comiaà leur générai et à leur chef.

Ce nouveau général commença sa cha>'f par faire le catéchisme dans l'église de Sunte-Marie de Si rata, qui fut ensuite donnée ^ sa Compagnie. Il continua cet exercice peodant quarante-six jours; et c'est à son et* mpie que les supérieurs de sou institut looi quarante jours le catéchisme quand ils entrent en charge. Il dressa ensuite qnelq e^ règlements pour le gouvernement de cette société naissante, dans laquelle , outre lef six profès qui avaient conconru à son élection, douze antres personnes étaient enlrée*, et forent suivies peu de temps après d'us plus grand nombre, entre autres de deui Espagnols, dont l'un, parent dlgnace, s* nommait EmiLen de Loyola. Noas avoas dit que Xavier et Rodrigoez étaient en Portafsl* Le roi procura an premier, sans qu'il leiâl* un b cf de légat apostolique aux Iodes. U

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p:ir(U de Lisbonne la même année, y ayant laissé Rodriguez. Bobadilla e( le Jay allèrent proiidro à Vienne et à Katisbonnc la place de Lerèyre» qaî fut envoyé à Madrid. Le pape rnvoya au^si en Irlande Salmcron et Brouul, jvec le caractère de bobccs, pour maintenir la fui catholique parmi ces peuples» qui, nonobstant los édits d'Henri Vill. étaient (1 meure» fîdùlfs au saint^sîége » et Tannée suivante i5^-2« la république demanda Latiiez. Saint Ignace envoya étudier à Paris quelques-uns de ses uouveani disciptesi qu'il joigiiii à d*autres qui y étaient dès Tannée irccédente, et qui demeuraient au collège di*â Lumbards» au nombre de seize. Ce fut relie même année que le premier collège de 1.1 Compagnie de Jésus fut fondé à Conimbre par Jean 111» roi de Portugal, pour être le sé« li'inaire des apôtres du nouveau monde. Ce rollcgese trouva composé de vingt-cinq sujets dus l année suivante 15i3, et le P. Rodriguez écrivit à saint Ignace que Tintention du roi élait d*y en entretenir cent.

La nouvelle compagnie était déjà composée de quatre-vingts, répandus en divers pays ; et» comme ce nombre surpassait celai qui avait été limité par la butte du pape, le saint fondateur alla trouver Sa Sainteté pour lui représenter la nècessiité qu'il y avait d'augmenter Irur nombre. Paul 111, convaincu du grand profit que ces hommes apostoliques avaient fait pour le satul des âmes, Ata la restriction qu'il avait mise dans sa première bulle, permit à cet ordre de s'étendre sans limitation de personnes et de temps, et le confirma de nouveau par une autre bulle le 15 mars de Tan 15i3. Ce pontife donna aussi la méaie année à ces religieux Téglise de Saint-Audré de Pbracta, qui n'était pas éloignée de celle de Sainte-Marie de Strata, dont nous avons parlé, où ils jetèrent dès la même année les fondements de leur maison professe, qui fut en état d'être habitée Tannée suivante. C'est cette même maison qui a éié trllen>eot agrandie dans la suite» qu'elle est entourée de quatre rues. L'église, sous le nom de Jésus, a été bfttie avec beaucoup de mn^nificenc*, par les libéralités du cardinal Alexandre Farnèse, qui en fit jeter les fondemenU Tao 1368.

Dans le temps qu'on travaillait aux bâtiments d(' celte maison» Ignace, dont le zèle é'.;ii sans relâche pour le salut des âmes, songea aux moyens de procurer une retraite pour des filles et des femmes que la nécessité avait jetées dans le désordre. Il y avait déjà un monastère de filles et femmes repenties, sous le titre de Sainte-Madeleine ; mais on n'y recevait que celles qu> voulaient être religieuses. Notre saint, considérant que la grâce qui excite les pécheresses à quitter le «ice ne les porte pas toujours à quitter le monde, et que Tétat do mariage ne s'accorde pas a? ec celui de la religion, forma le dessein de fonder nne autre maison où des personnes séculières taut femmes que filUs fussent admises indifféremmenL Il s'en ouvrit à plusieurs seigneurs romains, qui approuvércui son dessein» cl fournirent de grosses

sommes pour cet établissement : de sorte qu'en peu de temps on bâtit une maison pour ces pécheresses , sons le titre de Sainte- Marthe, Il eut encore soin ÛC9 jeunes filles qui sont exposées à de grands |.érils, ou fiiule d'éducation ou faute do biens : il fit fonder poorclles un autre mnnaslère sous l(% nom de Sair.te-Catberine delli Funari, où il y a ordinairement cent filles qui y sont eu- • {retenues sous la conduite de quelques religieuses qui suivent la règle do saint Augustin, dont nous avons déjà parlé en un autre lieu.

Pendant que le saint fondateur s'employait ainsi dans Rome â de bonnes œuvres, cLqu*il travaiilait aux constitutions de son ordre, plusieurs villes d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne et des P<iys-Bas, lui demandèrent de ses disciples, et lui ollrirent des collèges ; suivant en ci la Tcxemple de Jean 111, rot de Portugal, qui avait fondé le premier collège de la Compagnie â Conimbre, et un séminaire , à Goa.Alcalai Valence , Gandlci Cologne/ Louvain et Padoue furent les premières villes qui vonlarent en avoir, et dont Texemple lut bientôt suivi de plusieurs antres villes de différents Etats et royaomes ; en sorte qae cette compagnie s'étendit en fort peu de temps dans tous les pays catholiques, à l'exception de la France, où, quoiqu'elle y eût pris naissance, elle no fut pas reçue dans ses commencements, soit parce que les héréli* ques qui commençaient à s'établir dans ce royaume, la rendaient odieuse, soit par« e que la guerre s'étant renouvelée entre Charles^Quinl et François V% on n'aimât pas une société dont le chef et les principaux membres étaient espagnols : de sorte qo*, bien loin d'être recherchés des villes de France, ceux de cette compagnie , qui étudiaient à Paris et qui n'étaient pas Français, furent contraints de sortir du royaume, pour obéir à Tédit qui bannissait les sujets de TEmpereur.

De si heureux commencements annonçaient les progrès de cette société. Plusieurs savants personnages de toutes sortes de sa* lions, et même des Français, vinrent à Rome pour se mettre sous la conduite du saint fondateur, et pour embrasser son instiiol. Il les reçut avec d'autant plus de joie, qu'il reconnut qu'ils étaient d'un mérite distingué et d'un caracière à remplir dignement I esprit de leur vocation ; en quoi il ne se trompa pas, excepté en la personne de Guillaume Postel. Ce dernier, né à Barenton en Normandie, sur le bruit que faisait la Compagnie de Jésus dans toute l'Europe, fut exprès a Home eu 15^5 pour voir le fondateur de ce nouvel ordre ; et, charmé de ses manières et de la beauté de son institut, fit vœu d*T entrer. Il sollicita si fortement le saint de I y recevoir, qu'il ne put le lui refuser; mais ce fut pour fjrt peu de temps ; car le saint, reconnaissant dans son novice un fond d'impiété et d'erreur, le renvoya, nonobstant les grands talents dont il était doué, puisque, sans parler de la connaissance qu'il avait de tous lai secrets des rabbins et des eabaltstes (ce qui

DXrnOfINAIRE DIS ORDRES REUGIEUX.

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aarait été on grand avantage pour lei confondre, s'il eût Toala en faire on bon osage) : Il tarait les langors latine, grecqoe, hébraïqfat9f chaldaïq^e et syriaque , el il parlait et eolendait si bien celles qui sont virantes, qo'il se vantait de poofoir faire le toor du monde sans trochemenls. Il était bon mathématicicB, et il possédait qoasi toutes les sciences. Il s'était lelleroent acqois l'estime de François I", qui aimait les belles-lettres, qne ce prince Tenvo^a en Orient pour j rechercher des manoscrils, et lui donna one rhnire de profcsseor dans le coUéee rojal qu*ii avait fondé è Paris. Postel s*j distingoa plos que jamais. La reine de Navar< e, sœur do roi, I estimait sinj^uliérement. Les plos grands seigncors de la cour, et surtoot les cardinaux de Toornon, de Lorraine et d'Armagnac, recherchèient son entrelien. Postel enûn faisait Padmiration des plos savants. Heoreox si, dooé de tant de science, il se fdt attaché à celle des saints; mais la lecture des oovrages des rabbins lui ayant mis des chimères et des illosions dans la tête, il ne put si bien cacher ses sentiments ao aujct d un noovel avènement de Jésos-Chri^t, qui devait être, selon loi, dans peo de temps, qoe le saint fondateur ne s*en aperçût; ce qui l'obligea à le chasser de la Compagnie, après avoir tenté toutes sortes de voies pour le retirer de ses erreurs ; mais ce fut toujours si inutilement, que, dès qo*il fut sorti, il se mit à dogmatiser dans Rome. Il se relira ensuite à Venise, où ilse crut plusen sûreté. Il s*yinfataa tellement d'une certaine religieuse appelée la Mère Jfanne, qu'il osa dire que dans le nouvel avènement de Jésus-Christ elle serait la rédemptrice des femmes, de même que Jésos- Christ avait été le rédempteur des hommes, et composa sur ce sujet on livre intitulé FtV^o Veneta. On lui attribue aossi d'autres erreurs grossières, qui l'ont fait mettrt^ ao nombre des hérétiques, et, entre autres, d'avoir publié que l'ange Raziel lui avait révélé les secrets divins ; qu'il n'y avait que six sacrements, et que ses écrits étaient les écrits de Jésus-Christ même. Il se reconnut néanmoins sor la fin de ses jours, et moorot dans la coromonion de l'Eglise» au monastère de Saint-Martin des Champs à Paris, l'an ISSl, dans un flge fort a?ancé.

La fermeté qoe le saint fondateur Ot paraître en chassant Guillaome Postel de sa Compagnie fut one preuve si convaincante de son attachement à la foi catholique , que le pape loi demanda denx de ses théologiens pour assister en son nom avec ses légats ao concile général qui devait se célébrer à Trente. Le saint choisit Lainez et Salmcron, et leor donna des instroctions pour remplir dignement leor ministère dans une si célèbre assemblée. Le P. le Jay y vint aussi d'Allemagne, comme théologien de i'évêque d'Ausbourg, et le P. Lefèvre y fut aussi eufoyé dans la soiie. La première session do concile commença le 13 décembre de l'an 1545, et la dernière ne fmit que dix-huit ans après. Le P. le Jay y arriva le premier , •t gagna d'abord la bienveillance et l'estime

do cardinal de Trente , qai le consolia ssr des affaires épineoses. Le P. Salmeron pr^ Donça on discours latin devant les PP. ia concile , qoi mérita rappUodisseoeot 4% l'assemblée. Le P. Lainez se fit admirer éh la première fois qu'il parla , et loos trou firent paraître anc érodiiioo si proK»iide, qoe les légats du pape les chargèrent de recueillir toutes les erreurs des hérétiqoes asciens et modernes, avec les autorités de rBcri* tore et des Pères capables de les confondre.

Qooique les Jésuites eoMent déjà plosietin collèges , ils ne semptoyaieut pas encore à l'instruction de la jeunesse, excepté daas le séminaire de Goa , où le P. Nicolas Ltociloti, italien, avait commencée enseigner ast enfants les principes de la langue latioe; mais l'an 1546 ils vorent des écoles poblh ques poor enseigner tontes sortes de srien* crs. Le premier collège où ils commencèrent cet exercice si otile fut celoi de Gandie , qsr saint François de Borgia, doc de Gssdie , leor fonda avant que d'entrer dass cette Compagnie, dont il fut le troisième général. Son dessein écant que ce collège de* vint célèbre, il obtint do pape et de rfinpe» reor qo'oo l'érigerait en oniversité • ei qoe les écoliers qoi y prendraient les degrés seraient tons les privilèges dont jooissaienl ief gradués d'Alcala et de Salamanque. Ce doc avait fait vœu à Grenade d*embrasser l'eui religieux, sans se déterminer i aucune reli* gion en particulier; mais euAii, s'étant rêsols 2 exécuter son vœu, il choisit ta Compapit de Jésus et écrivit à saint Ignace pour toi demander la grâce d'y être reço. Le laiot fondateur la lui accorda avec joie, ra^is i condition qu'avant son entrée il pre> drait du temps pour mettre ses entants ca étal de n'avoir plus besoin de sa conduite m de ses soins paternels. Le duc, qui av.iit Dn« sainte impatience d'entrer dans la Com)iagnie avant l'esécution des choses qui loi avaient été prescrites, écrivit one seooie lettre ao saint fondateur, dans laquelle il emandait cette grâce avec tant d'ardeur, qo'il lui obtint do pape l'an 1547 la permissioo e faire les vœux des profès , sans qoiiter t« monde, avec le poovoir de garder ses biens pendant trois années : en sorte que ce m lut que l'au 1551, après avoi' cédé sou liocbé de Gandie à son fils aîné, qu'il prit Vhy bit de la Compagnie dans le collège d'Ogoale, à quatre lieoes de Loyola.

La Compagnie a vaitdéjà fait poor lors béascoup de progrès ; elle était divisée en qajtr<r provinces, qoi étaient celles d'Italie, d'bpagoe, de Portugal et des Indes.Celled'Espagoe lut même divisé:* en deux Tannée suivaole* et en trois l'an 1554 II n'y avaitque la Frasce où les Jésuites n*avaient point encore dVta« blissemenis, quoique leur ordre y eût pro naissance. Ils avaient toujours été renfermés dans le collège des Lombards où ils étaiesi au nombre de treiie , soit en qualité de pensionnaires, soit en qualité de booniers: encore ne se vaniaient-ils pas d*étre wernbres de l.i Sociéti' ; mais ils se déclarére:it enfin l'an 1549. Le P. Viole , qui était Ic^'

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lopérieur, voyant qoedans ce collège ils ne poofaieot pas s^acquiiler des exercices qui roofienoenl A des religieux , obtint de Guillaume Dnpraty évéque de Clermonl, son hôtel pour les loger. Ils y allèrent tous à Texreption de Irois, oui ri slèrent au collège des Lombards joaqa*a Tannée saivante , que lainl Ignace leur ordonna d'aller demeurer atec ceux qui étaient A l'hôtel de Clermonl. Ce saint fondateur fit une sérère réprimande aa P. Viole de ce qu'il avait accepté la charge do proviseur du collège des Lom« bards, et voulut qu'il la quitiAt incessamment, aooiqoe cet emploi ne l'obligeât po'nt d*allerace collège. Comme il n'y avait point (le proies en France* il lui ordonna quelque lemps après de faire ses Tœux 9 selon la formule qu'il lui envoya do Rome » et pria révéqoe de Clermont de vouloir les recevoir.

A peine les Jésuites forent-ils entrés dans rbôtel de Clermonl, qu'ils trouvèrent beaucoup d'oppositions a leur établissement; mais ils ne manquèrent pas de protecteurs. Le cardinal de Guise , qu'on nomma le cardinal de Lorraine après la mort de son onrie, fut un des principaux. Ce prince flt connaître au roi Henri il saint Ignace et ses enfants, et leur fit obtrnir des lettres de ré« ception, qu'on leur avait refusées. Elles furent expédiées l'an 1550. Le roi leur permef- (ait par ces lettres d'avoir un collège a Paris, et de s'établir dans son royaume. Le parle» méat refusa d'enregistrer ces lettres; mais U roi, persuadé par le cardinal de Lorraine et par les comoiissaircs qu il avait lui*ménio nommés pour (*xamincr l'institut des Jésui* tes, qu'il ne contenait rien de contraire au bien de TElat et de TËglise, donna de secondes lettres avee ordre au parlement de les enregistrer , sans avoir égard aux remontrances de son procureur génériil. Le parlement , pressé par des ordres réitérés de la coor, donna on arrêt le S aoâl 1554 portant qoe, comme l'affaire des Jésuites regardait priocipalement la religion , les bulles qu'ils araient obtenoes do saint-siège seraient communiquées à Tévèque de Paris et au doyen de la Cacullé de théologie, et que 1 uD et l'autre en rendraient compte à la coor.

L'évèqoe de Paris , par son rapport , fut entièrement opposé à leur établissement, et entre autres choses fit rniendre que leur institut blessait les dro ts des évéques et les concordats faits entre les papes et les rois de France. Le doyen de la faculté de théologie poussa l'affaire plus loin ; il assembla les docteurs, qui firent le décret suivant :

Qui ta nouvelle Société ^ qui i'attribue le ^m de JéëUêf reçoit eans nul choix toutes sortes de fana, quelque crime quile aient corn' ^ (t quelque infâmes quHis soient ; au^elle •f diffère en rien des prêtres séculiers^ noffant niCkabitf fit le chœur ^ ni le silence , ni les jtûnsi , Ht ies autres observances qui distin^ fjuent et qui maintiennent l'état relitjieux; 9u*eHe semble rioUr la modestie de la profesiion monastique par tant d*immunités et de

DlCTIOSNAinE DES OuDRES BELir.lEUX.

libertés qu'elle a dans ses fonctions , surtout d'ins rndministration des sacrements de pénitence et d'eucharistie , sans nulle distinction des lieux ni des personnes , dans le ministèrtt de la parole de Dieu et dans l'instruction de lajeunesse, au préjudice de C ordre hiérarchie que, des autres religieux et même des princes ou des seigneurs temporels^ rontre les privilé^ ges des universités et à la charge du peuple ; qu'elle énerve le xaini usage des vertus , des pénitences et des cérémonies de CEgli$e ; qu'elle donne occation d'aposlasier librement des autres sociétés religieuses; qu'elle refuse aux ordinaires l'obéissance qui leur est due ; qu'elle prive injustement de leurs droits leji seigneurs ecclésiastiques et les seigneurs /emporels : qu'elle introduit partout des divisions^ des jalousies , des querelles et des schisme^ ; enfin que , pour toutes ces raisons , cette 5octV^^ semble être périlleuse en matière de foi , ennemie de la paix de VEgliee^ fatale à la rc* ligion monastique ^ et plutôt née pour la ruine que pour l'édification des fidèles.

Les Pères de Home, à qui le général communiqua cet écrit, furent tous d'avis qu'on Îf répondit dans les formes, pour désabuser a France et pour instruire les docteurs de Paris, qui semblaient n'avoir nulle connaissance de l'institut des Jésuites ; mai< le saint fut d'un autre sentiment. Outre qu*il hono^ rail la Sorl)onne, qu'il regardait comme une des plus fortes colonnes de TCglise, il crut que ce qu'on leur imposait dans ce décret était trop outré pour faire aucun mal, et qu'une réponse publique, quelaue modeste qu'elle pût être, ne servirait qu'a irriter davantage les esprits, les assurant qne malgré tous les obstacles qui semblaient faire désespérer de leur réception en France, la Com* pagnic s'y établirait, et que le collège de Paris serait un jour très-célèbre. Il eut soin néanmoins de faire venir de tous les lieux où sa Compagnie était établie des témoigna* ges authentiques de la bunne conduite qu'y tenaient ses enfants et des fruits qu'ils y faisaient. De plus il permit au P. Martin Olave, qui enseignait la théologie dans le coliégn Romain et qui était docteur de Sorbonne , d'envoyer à se^ confrères une réponse modeste et solide à tous les articles de leur décret. La publication de ce décret ne laissa pas d*émoovoir tout Paris contre lesJésuites.Lcs professeurs, les prédicateurs et les curés attaquèrent publiquement leur institut et en donnèrent d'horribles Idées. On afficha aux carrefours de la ville des papiers très-injurieux pour décrier leur doctrine et leur con^ dulte, et le peuple leur fit diverses insultes. Il semblait alors que le meilleur parti qu'ils eussent à prendre était celui de se retirer de celle grande ville; mais, dans le temps au*il paraissait y avoir le moins à espérer, I orage se dissipa, et la Compagnie, restant tranquille, eut un libre exercice de ses fonctions. Elle commença a enseigner dans la ville de Billom, ou le même Guillaume Duprat, évéque de Clermonl, fonda un collèiçe en attendant qu'on ouvrit celui de Paris. Ce n'était pas seulement en France que la

DICTIONNAIRE DES ORDRES RELIGIEUX

Compagnie était mallrailé^ : Jean Silic, arrhcTéqae de Tolède, se déclara contre elle, lious prétexte que les Jésuites entreprenaient 6ur les droits de Tépiscopat, par la liberié qu'ils se donnaient d'administrer les sacrements en tons lieux sous ombre de leurs priTilégcs. Il n'y avait dans son diocèse qu'un collège de ces Pères, qui était celui d*Alcala; ils les interdit tous en un jour et fulmina une sentence d'excommunication contre toules les personnes qui se conrosoraient à eux : ordonnant aux religieux et aux curés de son diocèse de ne laisser ni prêcher ni dire la messe dans leurs églises à aucun de la Compagnie, défendant même la confession à loos les prêtres qui auraient fait sous leur conduite les exercices spirituels. Ce n'était Qu'une suite dos oppositions qu'ils avaient déjà trouvées dans le royaume d'Espagne, où dès l'an 1548 on avait employé plusieurs moyens pour les détruire dans l'espril du peuple. Entre les autres, Melchior Canus, de Tordre de Saint-Dominique et docteur de Salamanque, y avait publié tant de choses à leur désavantage, que le peuple, qui complaît beaucoup sur les paroles de ce docteur, traita d'imposteurs ceux qui lui avaient paru auparavant des hommes descendus du ciel. On croyait peut-être en cela faire plaisir à Tempereor Charles-Quint, qui avait chassé de l'Empire le P. Bobadilla, parce ao'il s'était opposé à la formule de foi que i-on appela \ Intérim^ que ce prince, par condescendance pour les hérétiques d'Allemagne, avait fait publier dans la diète d'Augsbourg. Ce qui consolait les Jésuites dans leurs peines, était que leur fondateur n'en avait pas été exempt: carrés l'an 1553 jl en avait souffert beaucoup au sujet de son livre des Exercices spirituels, que Ton taxait d'hérétique, nonobstant Tapprobaiion qu'il avait eue de Paul 111 en 15^6; en sorte qu*il f aurait peut-être succombé, si plusieurs théologiens, et enire autres Barthélemi Torres, qui fut dans la suite évêque dt s Canaries, n'eussent pris sa défense et celle du saint-siège, que l'on attaquait Indirectement, et si les inquisiteurs, entre les mains desquels on avait mis ce livre, n'en fussent devenus les apologistes, après avoir fait connaître la mauvaise foi de l'accusateur.

Tant d'oppositions n'étaient que trop c<ipables de dégoûter ces nouveaux hommes apostoliques; mais Dieu les soutint toujours dans leurs peines. Tandis qu'on s'opposait à eux eu France et dans une partie de l'Es-

Kgne, ils avaient la consolation de se voir re un grand progrès dans Tltalie. Outre la nouvelle conGrmalion que le saint fondateur obtint de son institut en 1550, on lui fonda des collèges et des maisons à Rome, à Loretle, à Naples, à Florence, à Bologne, à Venise, à Pérouse^ à Modène et en d autres endroits : sans parler de rétablissement do collège Germanique, qu'il procura en 1552 pour rédttcalion des enfants de la pauvre noblesse étrangère. Ignace fit des statuts pour cette maison, et les Pères de laCompagnie en eurei*t la conduite*

La piix dont cette société jouijKSsit tu lulie et principalement à Rome fut tr<iabt( par le pape même, qui en 1553 t'irrita entre les Jésuites. Il crut que ceux d^E^pafiir. qui étaient à la cour de Castille, s'eLiini rangés du côté de Charles-Quint contre In intérêts du saint-siège; mais ces soapçov^ se dissipèrent par les bons offices de Ford.nand, roi des Romains, et le pape donna é« nouvelles marques de son affection à ta Compagnie. Son successeur Marcel 11 aH.

pas moins de bienveillance poar elle; nub son pontifical n'ayant duré que trois sema.nés, les Jésuites tombèrent dans de ooovciles appréhensions lorsqu'ils virent en u place le cardinal Caraiïe, qui prit le noné^ Paul IV. Ils le croyaient irrité contre esi. tant à cause que saint Ignace avait nîn^ d'unir son ordre i celui des Théatias, toi Caraiïe était l'un des fondateurs, qoe parcv qu'il avait fait casser par le pape Psol lit une sentence que le même CarafTe, étast archevêque do Naples, avait donnée contre h pour l'obliger de rendre un |eoae Napolitip qui avait été reçu dans sa Compagnie, r que ses parents redemaudèreni; mais iUr^ connurent bientét qu'ils s'étaient troap^ Paul IV leur fut si favorable, qoe dès i> premiers jours de son pontificat il voev taire le P. Lainez cardinal, si saint Ifsrr ne s'y fut opposé fortement, comme il a^a^ déjà fait lorsque Paul III voulut revér saint François de Borgia de la mémedifii^f et lorsque Ferdinand, roi des Roniato*. nomma le P. Le Jay A Tévéché de Tne»(e Le saint fondateur ne consentit Jamais q«< ses enfants reçussent aucune prélalnrr, * ce n'est dans les pays étranger^^ ou il marque de pasteurs capables de retirer Itipeipies des ténèbres de Terreur et de ridoUtnf. comme les PP. Nugnez, Carnero et Of lèéo qui furent envoyés en Ethiopie* le premier en qualité de patriarche, le sectind oonn' évêque de Nicée, et le troisième comme h*^ que de Hiérapolis; auxquels on doosa àt compagnons pour les aider dans lears v*^ sions. Enfin saint Ignace, après tant dr (rivaux pour la gloire de Jésus-Christ si pn: le salut des flmes, mouroi à Rome le 31 js>'* let de l'an 1556, âgé de 63 ans* irente-m* ans après sa conversion, et seize ans apr^ la fondation de sa Compagnie. Il eot U tmsolalion de la voir avant sa mort répasio par '(ont le monde et divisée en donse pn*vinces, qui toutes ensemble avaient is moins cent collèges ; il la vit même honorv du martvre en la personne du P. Aslsf Criminal et en celles des frères Pierre Cortea et Jean de Posa, qui furent mis à 1»^ ' p ir les barbares, le premier dans les In^et les deux autres au Brésil. Le cor^s ^ saint fondateur fut enterré à Rome d^os IV glise de la maison professe, au pied dopa» autel, du côté de I évangile, où il dcmeari Jusqu*en l'année 1568, qu'on l'en retira r^' jeter les fondements de la noavrlle tç "' que le cardinal Farnèse fit bâtir, eict^^' dépôt fut porlé en un autre endroit de T^s* cicnuc égtî^ie. Lorsque la uouf elle fut eoU*

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rfinent bâlie, le P. Aqaaviva, Tan IdST, pour lors général, le transféra dans celle église; el après que le pane Grégoire XV Teul cano-» Di*é en 16^, on érigea en son honneur une chapelle, qui a élé embellie sur la Gn du dernier siècle avec beaucoup de magnificence. Après la mort de saint. Ignace, on fol deux ans sans lui donner de successeur. La guerre qui survint entre le. pape Paul IV et Philippe II, roi d*£spagne, ayant fermé les passages aux Espagnols, on ne tint point la con« grègation générale. Les Italiens pendant ce lemps-là élurent pour vicaire général le P. Jacques Lainei ; et les Espagnols, qui ignoraient ce que les Italiens avaient fait, élurent de leur cAté le P. Natal ; mais celui-ci par bomiiité céda à Laines la supériorité. H n'en fut pas de même du P. Bobadilla, qui, comme un des premiers compagnons de saint Ignace, prétendit avoir part au gou«vernement de l'ordre, mais il fut obligé de céder à Laiuez, qui indiqua la congrégation générale. Elle se tint Tan 1558, et il v fut élu général. Après son élection, le caroinal de Trana lui déclara de la part du pape que Ha Sainielé trouvait deux choses à rediie dans l'inslitut de la Compagnie : la première, de ce que Ton n'y récitait point Toffice canonial <ia chœur; la seconde, de ce que le général n*élait point triennal, mais perpétuel. La cungrégalion ayant délibéré sur les dilflcuU tés que le pape proposait, chargea le P. Laiiiei d'aller trouver Sa Sainteté et de lui pré-seoier une lettre signée de toute l'assemblée, par laquelle on lui faisait connaître la nécessiié qu'il y avait que le général fût perpétuel, sans parler des heures canoniales. Le pape les reçut très-mal, el leur déclara avec des expressions très-fortes qu*il voulait que le général fût triennalt et qu'ils chantassent au chœar les heures canoniales, n*en eiceptant que le général et ceux qui seraient occupés. Le P. Lainez apaisa le pape par un discours qu*il lui fit ; mais le pontife pertkistji à vouloir que le général fût triennal cl que Ton récitât au chœur les heures canoniales. Il fil faire un décret par lequel il fut ordonné qoe dans les collèges on chanterait la me&sc cl les vêpres, les dimanches et les fétus, el qae dans les malsons professes on y dirait lottles les heures canoniales. Les Jésuiien souffrirent avec peine qu*on les assujeltil à ces obligations, si contraires aux missiuns, confessions et prédications auxquelles ils étaient conlinuellemeni occupés ; mais ils se ctiosolèrenl lorsque le cardiuuldel Poizo ou do Puis, qui ètaii un savant in erpràte, les assura que le décret du pape, n'étant qu^un simple commandement, n*aurail de valeur que pendant la vie de ce poniife. Pie V les obligea encoie Tan 1567 de réciter l'oHice au ebcsur, et leur défendit de faire promouvoir an sacerdoce aucun de leurs Pères qui no fût profès el n'eût piononcé ses vœux so^ lennels; mais Grégoire XIII, par une bulle de l'an 1573, rétablit la Compagnie dans son premier état, dispensant les Jésuites de réci« ter leur oflicc au chœur el en commun; et permit a ceux qui n'auraieut fait que les

vœux simples de recevoir ta prêtrise. La C*>mpagnie fil de nouveaux progrès sous le gouvernement du P. Lainez. principalemeni en Europe. Il se trouva en 1561 au colloque de Poîssy, où son ordre oblinl enfin la permission de s'établir en France dans le coU iégc de Ciermont. Ce collège s'est beaucoup augmenté dans la suite par le< lit)éralitôs des rois de France Henri IV, Louis XI H, et

firincipalement de Louis XIV, qui déclara 'an 1683 ce collège de /bnda/tonroya/e; et en reconnaissance des grands bienfaits de ce prince, on lui a donné son nom, étant présentement connu sous le titre de Collège de LouU*le4jTand. Après que le P. Lainez ent gouverné cet ordre pendant huit ans, il mou« rut Tan i56<^, et eut pour successeur saint François de Borgla. La Compagnie avait pour lors cent treute maisons ou collèges, divisés en dix-huit provinces, qui furent encore beaucoup augmentées par les soins de ee saint^qui nt plusieurs établissements tant en Europe que dans l'Amérique. Les Jésuites avaient déjà cinq maisons à Home, savoir la maison professe, le noviciat, le collège Romain, le collège Germanique et le séminaire Romain, lorsque saint François de Borgia obtint du pape Pie V, l'an 1570, le collège des Pénitenciers de Saint-Pierre. Les collèges des Grecs, des Maronites, des Anglais, des Kcossais et des Irlandais, leur ont été donnés depuis: ce qui marque Testime que les souverains pontifes ont eue pour cette Compagnie.

Aprâ la mort de saint François de Borgiat qui arriva Tan 1573, le P. Mercurien, Flamand, fut éla général de cet ordre. Il eut pour successeur l'an 1581 le P. Aquaviva, de la maison des ducs d'Atri , au royanmo de Naples, qui occupa cette place jusqu'en l'an 1615, qu'on lui donna pour successeur après sa mort le P. Vltellcschi, qui mourut l'an 16tô. Ce fut sous ce général qu'on so* lennisa avec beaucoup de pompe et de magnificence à Rome, en Allemagne et en plusieurs provinces, l'année séculaire de l'ordre. Celte cérémonie fut d'abord commencée à Rome dans le collège Romain, l'an 1639, I» 95 septembre, fête des saints martyrs Côuie etDamien; auquel jour, cent ans auparavant, l'ordre avait reçu de vive voix sa première approbation du pape Paul IIL 11 était pour lors si multiplié par toutes les parties du monde, que, suivant le catalogue des maisons, qui avait été publié l'an 1B26, il s'en trouvait plus de huit cents, tant collèges, maisons professes et de probatioa, que résidences; le tout divisé en trente-six provinces , dans lesquelles il y avait plus de quinze mille Jésuites. La Compagnie a fait depuis ce temps-là de nouveaux progrès sous les généraux qui oui succédé au P. Vitelleschi qui sont les PP. Nickel, 01iva,Gonxalès, Tamburin et Caralfe.

Les constitutions que saint Ignace dressa pour sa Compagnie sont divisées en dix par* lies, qui sont précédées de l'examen qu'un doit faire de ceux qui se présentent pour y élrc reçus, auxciucls on doit faire plusieurs

DICTIONNAIRE DES ORDRES RELIGIEUX

deniaodes.donl il fait un grand détail. Après leur réceplion» il veut qa*oii les éprouve pendnni un mois dans la maison, en leur faisant faire len eiercices spirituels et une confession générale, après laquelle ils doivent prendre Tbabit ordinaire do la Compa-gnie ; que le noMciat soit de deux ans, et qu'ils apprennent tous 1rs jours quelque chose par cœur pour cultiver la mémoire, sans néanmoins leur permettre Tétude. Il ordonne de plus qu'ils serviront los malades l'espace d*uQ mois dans un hôpital, et que pendant un autre mois ils feront un pèlerinage de dévotion à pied, sans viatique, en demandant Taumône. Après les deui années de noviciat, il veut que les jeunes gens de la tlompagnie soient appliqués aux éludes, et déterii ine les sciences qu'ils étudieront; et, dans la crainte qu'il avait que TanMiur de la science n'afTaiblli peu à peu l'esprit de piété, il a prescrit les pratiques qui peuvent l'en* iretonir pendant le temps des études; après lesquelles il ordonne un second noviciatd'un nn, où Ton ne s'applique qu'aux exercices de la vie spirituelle, pour apprendre à pratiquer ce que l'on doit enseigner aux autres.

Le saint fondateur mitdansson ordre trois différents degrés, l'un de profès, l'autre de coadjuteurs formés, et l'autre d'écoliers approuvés, outre les novice». Parmi les proies il j en a de deux sortes, les uns de quatre VŒUX, les autres de trois seulement. Il y a aussi de deux sortes de coadjuteurs, les uns spirituels et les autres temporels. Les vœux des profèt sont solennels, ceux des coadjuleurs sont publics, mais simples. Ceux des écoliers sont seulement simples , ils no se fon4 qu'rn présence des domestiques, et personne n'est député du général pour les recevoir; au lieu que ceuxdesprofeset des coadjuteurs formés se font entre ses mains, ou de personnes qu'U a députées pour cet effet. Voici la formule des vœux des profès:

Moi N. fais proftsêion et promets à Dieu tout^puistantf en présence de la tris^sainte Vierge, de toute la eour céleste, et de tous les assistants, et avons, Révérend Piregénéral de la compaMte de Jésus^ tenani la place de Djeti, et à vos successeurs, pauvreté^ chasteté et obéissance^ et, selon cette obéissance, d'avoir un soin particulier pour ce qui regarde ce que l'on doit enseigner aux ieunes gens^ selon la forme de vivre contenue dans les lettres apo* statiques de la Compagnie de Jésus et dans ses consiitutions. Fatt, etc. Ceux qui font les quatre vœux ajoutent : Et en outre je pro» mets spécialement obéissance au souverain pontife pour ce q%û regarde les missions, comme if est porté par les mêmes lettres apO" stolignes et Ite constitutions. Les coadjuteurs ne disent point, je fais profession, m iis seulement, ie promets à Dieu; et les coadjuteurs lenporeis retranchent ce qui regarde fin* struction de la jeunesse. Les écoliers approu« vés« qui font seulement des vœux timpics et non publics, s'engageut à la Compagnie, promettant d'y livre et mourir dans l'obser* vation des vœux de pauvreté, de chasteté et 4'4>béissanre ; et s'obligent par vœux exprès

d'accepter le degré qu'on trouvera diosU suite leur être plus convenable. Comme tn vœux ne sont que simples, sous le bon pisi* sir du pape, saint Ignace laissa à la Coupagnie le droit d'en dispenser pour de joiie^ causes, laissant par là aux écoliers le domaine et la propriél4de leurs biens, quoiqu'il leur Ate le pouvoir d'en jouir et d'en dispoier indép(*n()aroment des supérieurs; et c'e«t sn usage reçu en Italie, en Espagne, en Plan<lrr et en tous les antres pays, excepté en Francr. où ces écoliers et cesc*»adjuteur9 ncpeafrai disj.oser de leurs biens, tant qu'ils sont dans la Compagnie ; mais, s'ils en sortent, ilspenvent redemander partage des bi«!ns dans 1eor< familles. Les profès, avant que de faire profession, et les coadjuteurs formés, atant qnf de prononcer leurs vœux, doivent fjire li qaéte et mendier de porte en porto pendant trois jours; et il est à la volonté des sapérieurs d'y obliger les écoliers avant qu'iU soient réputés a pprouvés. Quoique les coadjuteurs ne soient pas profès, ils ne laiiieni pas d'être recteurs des collèges et résesir. Ils peuvent être quelquefois élus pour assister à la congrégation générale; mais iu n*ont point voix dans réleciion du général, et ne peuTent précéder les profès de qualr^* vœux.

Saint Ignace veut que le général soit perpétuel et maître absolu dans toute laCoi- [^agnie ;il veut même que co suit lui qo: (aïK es provinciaux, les supérieurs de roaiioo) professes et de probation elles recteund*^ collèges; et, aOn qu'il connaisse tous les »djets qui sont propres pour remplir les poste*. les provinciaux de toute l'Kurope loi ém< vent une fois tous les mois ; les recteon,lf« supérieurs des malsons et les maîtres dn novices tous les Iroismois ; et ceux des Indes, lorsque la commodité de la navigation >f

[présente, lui rendent compte en général d* eurs inférieurs. On lui envoie de irois m trois ans les catalogues de chaaue prot incr. dans lesquels on marque l'Age de cbaqaen^ ligieux, ses forces, ses talents naturels, loo avancement dans les lettres et dans la vertu. et toutes ses qualités bonnes ou maovaiset. Saint Ignace donne au général quatre assistants, qui sont comme ses ministres; isan on en a ajouté depuis nu cinquième poor U France : ainsi les cinq assistants du géséral sont présentement d'Italie, de France, d'Espagne, d'Allemagne et de Portugal, et sool élus par la congrégation générale , roninr tons les autres supérieurs. Outre ces assistants, il a encoreaoprès de lui nnadsK^ oitear, aussi élu par la congréfalioo géseraie , qui est en droit de représenter aa général ce que lui ou les aHîstaols aoraiesi remarqué d'irrégolier dans son goaversementon en sa personne.

Comme saint Ignace aimait f«irt la p«tivreté, il ta recommande en plusieurs endrots de fes constitutions. Il no vent pas qve N malsons professes aient aucun revenu, il s; a que les collèges cl les maisons de pn>i^ lion oui en peuvent avoir. Il défend de rer<votr des fondations pour des messes i p^

CT

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(uilé, ni aocuno réiribulton, soU pour les Diestes, les conressions, les prédications, les visites lies malades, pour enscigoer, ou pour quelque aulre emploi de ceux que la couipa- Knie est obligée d'exercer selon son instilut. Il ne donne poini d'autre habillement à ses religieux que celui des ecclésiastiques. Il ordonne qa*il sera honnête selon Tusagc du pjjs, sans avoir néanmoins rien de contraire à la paorreté religieu!ie. Cet habit conliste en une soutane et on manteau long, comme celui des ecclésiastiques ; mais ils n'ont point de rabat, parce qu'au temps de leor établissement les ecclésiastiques n'en portaient pas (1). Les écoliers approuvés portent aussi en France le manteau long; et rn Italie, au lien de manteau, ils ont une robe à peu près semblable à celle qui est représentée i rarlicle JénoMS ( en tlalie ). Le ilessein que le saint fondateur avait de convorlir tou!( les hommes, s'il était possible , lui fit juger que la Compagnie ayant à traiter sauvent avec les hérétiques et les libertins, qui se moquent de l'habit des religieux, elle lien dev.iit point prendre de singulier, pour avoir plus d'accès partout. On voit ici (9) rbabit qn'ils ont été obligés de prendre dans les pays infidèlrs, où ils annoncent la foi. KoOn le saint fondateur règle le logement, la nourriture et le reste, conformément à

I habit, se«on les lois de la bienséance et de la pauvreté, et il ne prescrit aucune austérité u obligation.

Celte Compagnie a eu une inflnité d'illos* 1res écrivains en toutes sortes de genres de ficieoce. Le P. Alegambe en a donné le catalogoa, qui a été augmenté depuis par le P. Booanni. Elle aurait fourni un grand nom*urede prélats à l'Eglise, si saint Ignace n'eût point obligé ses religieux par vœu à renoncer aux prélatures et à les refuser quand on Iw leur offrirait : c'est encore un vœu simple que les profès font après leur profession.

II j a eu néanmoins quelques cardinaux de cet ordre, qui sont le^ cardinaux Tolet. Bellarmm, de Lugo , Palavicin, Pasmanni , qui |Bt aussi archevêque de Slrtgonie; Nitard et rtoloaéi, nommé par Clément XI, auxquels u a fallu un précepte de Sa Sainteté pour accepter le chapeau. Les Jésuites mettent encore au nombre des cardinaux de leur ordre Aleiandre des Ursins , qui 6l seulement les vœux simples delà Compagnie, étant c«irdi< i»l« sans quiUer pour cela sa dignité. Ënfln cet ordre a eu trois saints canonisés, qui sont s^int Ignace» fondateur, saint François Xa* *ier, surnommé l'Apôtre des Indes, et saint rraoçoisdeBorgia. Trois autres béaUfiés, sa- ]|oir : les bienheureux Stanislas Koske, Louis «e bOBiague, et Jean-François Régis. Trois "«ariyrs reconnus pour tels par l'Eglise, saj^'ir, les saints Paul Michi, Jean de Gotho, et Jacques Chisaï, sans parler d'un grand nomr* î.î'***'^» flui ont répandu leur sang dans

frt ^'r'®"*« P^y» où il» «ni porté la foi. Retordre a pour armes un nom de Jésus d or ^«tourede rayons de même en champ d'azur, a*«c cette devise : Ad'tnajorem Dit gtoriam. (•) Wfk la An du vol., n*» 156, 157 et lu8.

Orlandin. Sachin. et Possevin. HUl. 5ociet, Jfsu. Imago primi sœcuii Societ. Jesu, Jacob Damian. Synops. primi sœcuii Soeiet, Jts. Matliias Tanner, SocieL Europ. Barthelem. Télex, Chronic. de la Companhia de Jesu na Provinc. de Portugal. P. de Rvbadeneira, Vide de 5. Ignazio. Bonhours , rte Je saint Ignace. Buseb. Nieremberg, Cliros Varones de la comnannia di Jésus. Philip. Alegambe, Mortes illustres Societ. Jes. Heriiian , Hist. des Ord. religieux, tom. III. Raillet et Giri , Vie des saints. Regul. Comm. Constitua Litter. Apostat, et privileg. Sor. Jesu.

Le P. Héiyot s*est borné à raconter Thistoire de l'origine, de rextensionprodigicose, de la Compagnie de Jésus ; il a donné un exposé succinct de son régime et des services immenses qo*elle a rendus à l'Eglise, mais il s'est très-peu étendu sur los luttes auxquelles (lie a clé exposée, sur les comb^Us qu'ello a dû soutenir contre les novateurs. Nous devons, en continuant son travail, suivre son p!an; il l'avait d'ailleurs suivi lui-même dans tout ce qu'il a écrit sur les autres ordres religieux. Néanmoins elle s'est trouvée, après la mort de notre auteur, mêlée de tant de façons aux maux qu'a soufferts la religion, elle a été elle-même en butte à tant d'injustes attaques, l'objet de tant de calomnies, que le p^ que nous en allons dire sera sous certains rapports le récit des combats livrés à l'Eglise même.

Onand le P. Héljrot mourut, la bulle (/nigenitus venait de paraître. Sollicitée par TKglise de France, elle devait être le remède aux maux que cette Eglise ressentait depuis l'apparition du jansénisme. L*hérésie sut paralyser longtemps les effets de ce remède sa lutaire. La philosophie profita des troubles qu'elle fomentait pour jeter du ridicule sur tout ce que la religion et la morale avaient . de plus sérieux. Les parlements se mirent au service de la philosophie et du jansénisme, et tous firent de la Compagnie de Jésus leur point de mire, cachant sous son nom celui de la religion catholique, à laquelle ils en voulaient réellement. Les Jésuites devaient succomber sous le poids de coups si nombreux et si puissants, car les rois, dans leur ayeugicment, se firent l'écho des clameurs de leurs ennemis, et hâtèrent leur propre chute en sollidtant et extorquant celle des religieux les plus utiles à TEglise dans les dures circonstances où elle se trouvai! alors.

Les Jésuites, zélés pour la doctrine catho-* lique, se soumirent aux décisions do saintsiége, et propagèrent autant qu'ils purent l'adhésion aux décrets venus de Rome. Nous devons avouer ici que quelques membres de leur Compagnie, alors missionnaires dans 1rs contréesii Orient,ne montraient pas une obéissance aussi ponctuelle aux prescriptions du souverain pontife. On sait toutes les difficultés élevées, toutes les disputes occasionnées par les cérémonies religieuses de la Chine, Depuis plus d'un demi-sit^cle, les religieux do divers instituts , missionnaires dans ces

(i) Yoij., k la un du vol., u^"* 159, IGO, IGl et 102

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contrées joinlflines, étaient divisés sur le sons qu*on Attachait à certains mots, sur Tobjot de certaines cérémonies. La plupart cori' damnaient l'expression par laquelle les indigènes nommaient le ciel, n*y voyant que le ciel matériel ; le plus grand nombre des Jésuites, et même quelques prélats y reconnaissaient rinvocation dti Seigneur du neL La même division existait sur le sens moral des cérémonies dont nous avons parlé. Home, consultée, envoya un légal, M. de Tournon, palriarchac d'Antiorhe, qui ne fut pas reçu de tous les catholiques avec le respect que lui méritaient son caractère et son titre, li est juste de ne pas laisser peser sur les Jésuites seuls le tort de ce manque de respect et de soumission. Nous donnons sur eux un iiperçu historique; notre impartialité nous oblige à dire que le phis grand nombre d'en« ire eux se munira récalcitrant aux ordres du pape. Le lé^at condamna les cérémonies chinoises ; les Jésuites, 8*appuyant trop sur leurs connaissances étendues et plus approfondies de la langue et des usages du pays, sur le maintien dos intérêts du christianisme dans ces contrées, ajournèrent leur soumission et appelèrent au pape mieux informé. (Nous vouions appuyer sur la différence de cet appel d'avec celui des appelants français.) Ils t'ureiit lorl; mais si le légat eut à se plaindre de leur conduite, il eut bien plus à se plaindre des vexations des Portugais, de Tarchevêquc de Goa, de Tévéque de Macao. Les fautes de ceux-ci n'excusent pas celles des autres, sans <loute, mais elles les expliaueraient peut-être uo peu, cl devraient obliger les ennemis des Jésuites à plus de discrétion dans leurs attaques fondées sur ce point. Au reste, le 11 juillet nV2etle 12 septembre ilWk^ Benoit XIV, par ses bulles £x quo êingulari et Omnium êollieitadinum^ trancha toutes les difficultés en parlant dans* le sens de ses prétlécesseurs. Les Jésuites cessèrent leurs résistances, qui dans un grand nombre, et peut-être dans tous, n'avaient été que conditionnelles. Dès avant ce iempsy en 1735, les Jésuites du Haduré; en 1741, les Jésuites de la Chine et des Indes avaient fait leur soumission, et la distance des lieux avait retardé l'arrivée de leurs lettres à Rome. Au milieu de ces malheureuses divisions, les Jésuites de ces contrées lointaines faisaient honneur à leur Compagnie et à la religion, si on peut parler ainsi, par l'éclat dont ils brillaient dans les sciences, dans des missions diplomatiques et délicates, et les noms des PP. Parrenin, Gaubil, etc., sont restés chers aux lettres, suivant le témoignage même de ceux qui ne semblent pas faits pour comprendre rt pour dire combien aussi ils sont demeurés chers à la mémoire des hommes de foi.

A la même époque, et pendant tout le reste de son existence, la Société de Jésus rendait à Taulre extrémité du monde des services, sinon aussi cclalant<i , du moins plus étendus et peut-être plus solides et plus utiles. Nous ne faisons point ici un panégyrique, mais iculeoicnt de l'histoire, et dans l'impossibi-

lité où nous laisse l'espace rétréci destiaé i raconter ses travauXt de les montrer es détail, nous nous bornerons à dire que si \t christianisme a fait des progrès si sorprenants dans l'Amérique du Nord depnis an siècle, ces progrès sont dus «n grande partie aux travaux des Jésuites. Ces évêcbésoonbreux qui semblent surgir comme par eo* chantement dans les Kta*s-Unis, nooi Sf craignons pas de le dire, ont leurs bas^s ti leurs racines dans cette terre que les Jéteites plus que tous les autres oiissionuairei avaient défrichée et arrosée de leurs soeors. Les Puraxis, les Manacicao, les Quinqoicas, les Lui les, les Puizocas, les Morabis, les Abipones, les Mataguyos et vingt aatre« peuplades on tribus sauvages, dans l'astre p.'irtiedu nouveau monde sontameués parles Jésuites à la connaissance de la vérité et aot usages de la vie civile. Toutes cet iuiUoBS,dosl les noms étranges ne nous seraicnl peot-étrf pas connus si elles n'avaient été I objet do zèle des Jésuites, furent amenées A Tétatde A^dueltott, c'est-à-dire à ce genre de gourer* nement moitié monarchique, moitié thèocratique, où les établissaient leurs apéires pour les soustraire aux horreurs de la m sauvage. De toutes ces Réductions, celles da Paraguay ont été les plus célèbres : toot le monde connaît jusqu'à quel point lesJéiai* tes parvinrent dans cette république chrétienne à rendre agréable à des êtres abrati4 le joug de Tobéissance, du travail et de U famille. Comme si les dilDcnltés sans nombre qu'avaient demandées ces conquêtes méritoires avaient surexcité le zèle des Jésottes, l'Amérique méridionale vitdenoaTeaai Pères de l'institut marcher à la découverte de nouvelles peuplades. On leur disait qo'ellei étaient encore plus sanguinaires, plosdiss^ lues que celles dont ils avaient compriaié lei instincts. Ces récits furent pour eniuo stimulant. On ne peut dissimuler que toolei ces conquêtes faites aux lumières de la (m. ne fussent aussi à l'avantage de TEspagaeet du Portugal, qui favorisaient les missionsaires; il faut en même temps rappeler co»bieu ces services nombreux et îoiportasb rendus à la mère patrie étalent soavesl payés d'ingratitude, de calomnies elde |»e^ sécu tiens. La France n'était pas moios iatéressée aux conquêtes spirituelles des JéstitCH dans l'Amérique du Nord. Les UoroM, les Esquimaux, les Algonkins, les Abeaskii, les lilinois et les Miamis acceptèrent avec joie TEvangile. De l'état sauvage ils éiaiest

feu à peu arrivés à une condition heureose. Is apprenaient à confondre dans leur amoer Jésus-Christ et la France. Après leor avoir d inné un culle, des mœurs, une famillet so leur offrait une patrie qui les protégeait, ci si le nom de robes noires réveille encore de nos jours les sentiments de la reconnatssaocc chez les sauvages et chez les Canadiens, n'oublions pas que ce nom, devenu conoioa à tous les missionnaires catholiques* futpfH niitivement donné aux seuls Jésuites* Use partie des œuvres dont nous rappeioos m l'effet uiiraculeui avait couineneè sans

JES

JCS

iloQta à une époque antérieure à cetle qui noQ9 sert de date dans ces additions, mais elles se conlinnèrent et quelques-unes com« tnenrèrent au xvur siècle. Il en est de même désœuvrés plus difGciles et peut-être plus méritoires que la charité des Jésuites leur faisait suivre alors, en Guinéo, à la Séné* gambie, au Congo, à Angola et sur d'autres points meurtriers des r6tes et des habitations ëe l'Afrique ; el si jamais rinstitot écrit un martyrologe de famille, il trouvera dans les missions que nous avons indiquées, pour en« ricbirfta nomenclature, les nomsdeSolinos, Romero, de Arcé,de Blende, Baraze,Richler. Gravier, Dupoisson, Sénat, douie Pères ma<$sacrés sur les bords du Xingo, et rinquanie autres, dont la mort date à peu prés de répoqoe sur laquelle nous écrivons; vi tous ne périrent pas sous les (lèches ou la hache des sauvages, plus d*un mourut sous le fer des protestants anglais.

Nous abandonnons à n*gr< t les missionnaires jésoltos dans leurs travaux du nouveau monde et des autres contrées lointaines, pour ri*prrndre leur histoire en Europe, où nous les voyons en proie à la calomnie et aux persécutions de riiérésie et de Timpiété. En France comme dans le re^te du continent, partout où ils étaient établis, les Jésuitessoutenaient avec honneur, continuaient avec zèle 1 < hieu qu'avaient fait leurs devanciers dans la prédication, la direction des consciences, (les congrégations pieuses, etc.; ils soutenaient aussi la réputation littéraire et scientiûqae de leur ordre, soit en formant toujours des élèves distingués, soit par des ouvrages remarquables dans tous les genres. Comme, au milieu de tant de richesses intellectuelle^^, nous ne pouvons rien citer dans notre abrégé, nous nommons à peine ici le Journal de f rétoux et son immense aciion; nous omet- Ions aussi à regret tant de noms que la France même seule pourrait ici nous four» air. Encore une fuis, nous n'avons envie do faire ni dans le fond ni dans la forme un éloge des Jésuites; notre tâche serait pourtant aiorsd*autantplus facile, si Tespace nous était laissé, que nous n*aurions qu'a prendre le^ paroles arrachées par la force de la vérité de la liouche de leurs plus célèbres ennemis, poor les justifier des principaux reproches «|Q*oo leura faits. S*agit-il du régicide, par exemple, dont on n'oserait plus parler aujourd'hui, mais qui a servi de thème â tant d*bjfpocrites amis du 21 janvier 1793, on se rappelle cette lettre de Voltaire à Damilaville : «..., Vous devez voir que je n*ai pas niénagéles Jésuites; mais je soulèverais la Postérité en leur faveur, si je les accusais d'un crime dont TEurope et Damiens les ont iustifiés. » Un homme dont le nom, la position, la patrie (il était de la religieuse pro* vittcede Bretagne), auraientdû arrêter la plume, quand il eût été capable d'écrire de luiméane, LaCbalolais, qui s'était fait par orgueil le méprisable copiste ou le viléchoded'AIcml^rt, avait porté l'expression de l'ignorance jusqu'à dire que les Jé$uUe$ n*avaient pas Pf^duit d$ matkimaiieieni. Et a celte occa-

sion l'astronome Lalande, qui écrivait dans le Bulhtin de V Europe : « Le nom de Jésuite intéresse mon cœur, mon esprit et ma reconnaissance. On a beaucoup parlé de leur ré^ tablissement dans le Nord; ce n'est qu'une chimère; mais elle m'a rappelé tous mes re« grets sur l'aveuglement des gens en place c.n 1762... Carvalho et Cholseul ont détruit sans retour le plus bel ouvrngedes hommes, dont aucun établis>ement suolunaire n'approchera jamais.., • l'astronome Lalande , qui malheureusement n'était pas incité par le sentiment religieux, disait aussi : « L*es* pèce humaine a perdu pour toujours cetto réunion précieuse et étonnante de vingt niill» sujets occupés sans relâche et sans intérêt, de riuhtruction, de la prédication, des missions, des conciliations, des secours au3b mourants, c est-à-dire des fonctions les plus chères et les plus utiles à l'humanité... Farm* les calomnies absurdes que la rage des protestants et des jansénistes exhala contre eux, je remarquai La ChaloîaU^ qui porta l'ignorance et l'aveuglement jusqu'à dire que les Jésuites n'avaient pas produit de mathématiciens. Je faisais alors la table de mon Astronomie; j'y mis un article sur les Jésui* tes astronomes ; le nombre m'étonna; j*eus occasion de voir La Chalotais à Saintes en 1773, je lui reprochai son injust ce, et il en convint. »

Kt ce La Chalotais lui-même n*éiait-il pas obligé de contenir de bien d'autres avantages dans la Compagnie de Jésus ? « Si les Jésuites, dit-il, n'avaient enseigné que les maximes d*une morale corrompue et relâ* chée, loin de se soutenir, ils eussent été chassés de tous les royaumes ; mais Us joignaient les arts aux mœurs régulières ; il se trouvait chez eux du bien et du mal. Leur institut n'a point eu de modèle, et vraisemblablement il n'en servira jamais à aucun ordre. » (LaChalotais se trompe on cela, comme quand il dit que les constitutions et les mœurs des Jésuites ne peuvent s'accorder avec les lois <'t les mœurs des Etats républicains. La règle des Jésuites, comme toutes les règles monastiques, s'accorde avec tous les régimes politiques possibles, puisqu'elle n'est que Tex^ pression do la perfection évangélique, possi^ ble partout.) Les évéques réclamèrent près*que tous en faveur de la Compagnie de Jésus. De Fitz-James, évéque de Soissons ^janséniste connu, fut le seul à s'élever ouvertement contre eux, et néanmoins il déclara que leurs mœurs étaient pures : « On rend volontiers aux Jésuites (écrivit-il; la justice de reconnaître qu'il u*y a prut-étro point d'ordre dans l'Eglise dont les religieux-soient plus réguliers et plus austères dans leur> mœurs. » Sur le même sujet, Voltaire a dit aussi : «Pendant sept années que j'ai vécu dans la maison des Jésuites, qu'ai-je vu chez eux V La vie la plus liiborieuse et la plus frugale-; toutes lt*s heures partagées entre les soins qu ils nous donnaient et les exercices de leur profession a u> tère : j'en atteste des milliers d'hommes élevés .comme moi. »

Après avoir lu .do tels témoignages^ on m\

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peu surpris de t oii* \ei évéques de France dé* elarer à Louis XV que « la suppression des Jésuites porterait un notable préjudice à leors diocèses et à l'inslruclion de la jeunesse, et qu*il serait très-difficile de les remplacer avec la même utilité. »

Cependant cette suppression eut lieu ; il nons reste à raconter comment elle fut déflnitiyement amenée.

L'ordffe éclata d*abord contre elle en Portugal, ou elle eut pour ennemi déclaré un homme qu>lle s'était pourtant attaché par les liens de la reconnaissance. Cet homme eftt le fameux Pombai, comte d'OEyras, né d'une famille noble mais pauvre. Deux ma* riages avantageux l'avaient min sur la voie de la fortune, et la protection du P. Moreira, confesseur du roi Joseph I", plus que tout autre soutien peut-être. Pavait fait nommer ministre secrétaire d*£tat des affaires étrangères. Co P. Moreira était un Jésuite qui fut, ainsi que quelques-uns de ses confrères, trompé par Thypocrisie de Pombal. Pour les remercier de leur intervention bienveillante en sa faveur, le ministre trouva des prétextes de voxaiions contre la Compagnie de Jésus, fit exiler quelques-uns de ses membres, fit expulser les autres des missions du Paraguay, etc. C*est surtout à partir de Tattentat contre la vie du roi que Pombal se montra sans retenue contre les Jésuites, dont la pré- •ence, le zèle et 1rs succès l'auraient empêché de parvenir à ses fins. Le 3 septembre 1758, le roi Joseph 1" revenait d'un rendezvous coupable avec la jeune marquise de Tavora, on attenta à ses jours. Plusieurs personnes de la cour, le duc d'Avciro, le marquis (t la marquise de Tavora, le comie d'Antognia furent accusés d'avoir pris part à ce crime et subirent la peine capitale. On a dit que cet assassinat était une fiction inventée par Pombal; cela est possible, néanmoins la conjuration, ou supposé» ou plus probablement vériiable,a été depuis considérée en Portugal comme un fait incontestable. Au milieu des tortures qu'on lui fit sc^uflfrir, le duc d'Aveiro compromit quelques Jésuites comme insligateurs, et se rétracta dès qu'il ne fut plus violenté par les tourments. Néanmoins trois Jésuites furent impliqués dans le procès; mats Pombal, quoique tout*puissanl, n'osa pas les faire juger en même temps que les autres prévenus, e( l'un d'eux, le P. Malagrida, fut déféré trois ans plus tard, |30ur hérésie, au tribunal de l'inquisition, présidé par le frère de Pombal, sur le refus de l'inquisiteur général , et , condamné à mort comme sorcier, fut brûlé vif dans un autO'da^féf le âl septembre 17ûl. Un éditdu 19 janvier 1759 avait déclaré tons les Jésuiles portugais complices de l'attentat; en conséquence, ils furent enfermés, puis déportés par mer en Italie, et leurs biens furent séquestrés. Il est inutile que nous citerchions A établir ici leur innocence en ce complot; elle est reconnue et avouée par tous les écrivains sérieux, à quelque communion qu'ils appartiennent. Les Jésuites ne doutaient plus depuis très-longtemps des

dispositions du ministre i lenr égard, et an milieu des persécotioos nombreuses dtel il les avait déjà rendus victimes, ils avaient et plus vivement sentir le bref étoonant arraché â la faiblesse de Benoit XIV mottranl. lequel bref ordonnait visite et referme de leur institut en Portugal, et confiai! celle mission étrange et inutile au cardinal SaU danha, protégé de Pombal. Cette Emloence, qui s'était entourée des plus violents ennemis de rinstitui, exécuta sa singulière mission en 1758. L'année suivante le nouveau pape, C'ément XIII, mû par des seallments de justice, avait en janvier donné on lirel d*a('probation et de confirmation des Jésuites. Pombal, qui venait de les chasser du Portugal, Irrité de ce bref, renvoya le nonce du souverain pontife. D'ojk venait dooc, dans Pombal, cette haine des Jésuites, qoi allait nou-seolemeni à la cruaoté mais an fcinalisme et au ridicule? Imprégné des idées jansénistes qui régnaient alors en France, il était eu outre le serviteur caché des Angl«'iis;il voulait chasser le catholicisme do Portugal, y établir une Eglise nationale et changer Tordre de succession au trône. Icj notis ne devons pa< omettre un fait à la louan* ge d'une corporation religieuse qui se distingua par ses procédés envers les Jésuites, expulsés du Portugal. Embarqués sur te Tageen 1759,ils furent contraints de dire relâche en plusieurs villes où on les reçot avec respecta Le 2k octobre 1759, ils débarquèrent â Civita Vecchia, an nombre de cent trente-trois. Magistrats, corps religieux* tout dans cette ville tint une coudoite digue d^éloge envers ces nobles exiles ; mais les Dominicains surpassèrent loat le monde en cordialité et en géoérosiîé. Ils voulurent consacrer, par une inscription dans leur église , le souvenir du passage de CCS premières victimes d'une attaque qui allait bientôt devenir générale contre tes ordres monastiques. Cette conduite est belle dans une société qui, par sentiment du talent et du zèle plutôt que par jalousie peot* être, s'était souvent montrée l'émule des Jésuites. D*autrcs navires chargé» des Pères de la Compagnie partirent à diOérentes époques pour les Etats ecclésiastiques. Celte expédi* lion plaisait infiniment aux jansénistes français, et, ce qui n'a peut-être été remariiné par aucun historien, ajoutant l'ironie à la cruauté et à Tinsulte, ils consacrèrent par le burin la mémoire de cette expulsion et de celte translation en Italie. Nous avons va nous-inéme des gravures secrètes faites par le parti pour s'amuser de cette catastrophe des Jésuites. Le cardinal Saldaitha, il faai le dire à sa honte, s'arrogeait le ponvoir ce dispenser de leurs vœux les jeunes Jésniies. Il y eut quelques défections; mais les haécs du peuple et drs soldats eu firent jostîce. La plus grand nombre résista aux flatteries et a Tintimidation. On fit dans les missions tf% mêmes expulsions qu'au sein de la netn»polc. Bornons ici le récit de la persécntien de Pombal, qui fut la plus calcnlèe et la fh» cruelle peut-être contre les Jésoites. Nens

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uiifOQS donné uoe certaine éfendae. On aie qu*avanl sa mort, Pombal» disgracié et raduil en juslice, fil réliabiltlcr toute» les iciiiops qu*it afail chargéei du crime ile bc-Diajcilé. A part ses procédés contre les ésuitesi il n'est aucun historien qui ail pu issimuler l'exécration ou si Ton veut la aine dont le poursuit déjà la postérité, il ta t on de ces hommes que le crime ne reeol pas quand ils veulent parvenir aus onneursetà la fortune. La franchise nous Mige à ajouter qu'il trouva grand nombre 'ecclésiastiques et d'évéques qui le servi- Mit avec bassesse.

Eq France* les choses se passèrent autrelent.On blâmaily sans en excepter Choiseul, !» (rtJcUes préventions» les procédés de omba! ; mais tout le monde suit qu'on tenait au même but et qu'on y parvint par la ïlu:nnîe it le iiarcasme. Il nous suffll donc elc rappeler ici, en rappelait aussi la cir^ Dusiance malheureuse qui porta un coup I terrible à l'ordre des Jésuites. Nous parms du Tait du P. Lavaldle, que tant de eus allèguent sans le connaître. On a queluefois ri'proché aux Jésuites leur immix- (in dans le cuiumcrce, contre les disposions des >aints canons qui Tinter iisenl aux !cri'8 olaux religieux ; or, ce n'étaient pas eui qui étaient chargés de veiller sur l'oberTalioo des règles ecclésiastiques qui for- ^ulairot ce reproche. Chargés des intérêts e leurs néophytes, les missionnaires jésuin ont quelquefois, comme l'ont pu faire *aulres corporations, dirigé l'exploitation <f leurs possessions et Texpurtation de leurs réduits : c'était là un acte de charité, et non ne profession ni une pratique de Ci»mmerce ni consiste à acheter pour revendre. Le P. e Lavalelle, doué de zèle pour le prochain t d*babilelé pour le maniement des affaires, lanl devenu supérieur dos missions de l'Afrique du Sud, loin de ses supérieurs ma- -ors, alla peu à peu trop loin, contracta des mprunls auxquels la guerre et des èrénelenis imprévus l'empêchèrent de satisfaire, une autre époque que celle uu éclata ce i'sastre» dan» une autre France que la rance du xviii' siècle, les Jésuites, seconi^ in^ie de quelques créanciers, auraient îussi à laire agréer leurs offres ou à^comps généreux ( ils avaient même déjà soldé rês de 800,000 fr. ) ; mais la disposition des iprits, Ifs unimosilés de madame de Pomadour, les persécutions hypocrites du due ^Choiseul secondant alors si favorablement I baine des jansénistes, des philosophes et '» parlements, tout salut était impossible, ircc que Tua pouvait employer avec vérité '^ paroles du livre des Juges : Il n'y avait int tn ce Umpt4à de roi en UraëL On sait ne les Jésuites furent condamnés à solder >deiiesdu P. Lavalette.Maisceqa'on ignore (neralemenC, c'est ie désaveu de la conduite u Jésuite coupable, par se^ supérieurs, el m expulsion de la Compagnie de Jésus. Cet i>i>uae malheureux de Tbisioire de sa destruc- 00 se trouve rapporté d'une manière plus ^ide el plus léridique que partout ailleurs

dans le LX&* volume de la Biographie hiiI«* venelle. Lo procès intenté aux Jésuites à Toccasion de la faillite du P. de Lavalette aniena devant les parlemenis la révision el l'examen de leurs constitutions. On blâma l'es** prit de leur iustilot el on les accusa euxmêmes d'y être trop attachés et trop fidèles. £n Portugal, Pombal. dans son hypocrisie,les aecusait de s'en être écartés et prétextait von* loir les ramener à leur régularité primitive. Mentita est iniquitas 5i6t. La commission du conseil que le roi avait chargé de la révision des constitutions des Jésuites, convoqua une réunion du clergé, et lui adressa quatre questions. Le 30 novembre 1761, cinquanteun cardinaux, archevêques et évêques, s'assemblèrent sous la présidence du cardinal de Luyne8,et, après un mûr examen, tous, moins six voix, prononcèrent en faveur des Jésoites sur les quatre questions ; et même il n'y eut que l'évéque de Soissons qui demanda rentière expulsion de la Compagnie de Jésus. Le premier coup qtie frappa le parlement fut un arrêt d'interdiction et de suppression lancé en 1760 contre les congrégations^ dans lesquelles depuis deux siècles les Jésuites faisaient un bien inappréciable. La faillite du P. de Lavaleltc n'avait été qu'un prétexte heureux pour saisir l'occasion, depuis si longtemps désirée, de sévir contre la Compagnie de Jésus loul entière. On examina les consti« lutions ; l'un des commissaires chargés de ce soin, l'abbé de Chauvelin, janséniste sysié» matique, se montra plus forcené que les autres peut-être. Les Jésuites demeurèrent fermes devant les concessions qu'<ui leur demandait relativementà leurs rè^^lcs, mais i!s en accordèrent d*autres qui ne devaient pas plus les sauver, et entre celles-ci il ne faut pas omettre de remarquer l'acceptation dos quatre articles de 1682. Aux évêques qui avaient donné des déclarations si favorables à ta Compagnie de Jésus, soixante-dix autres se joignirent bientôt en écriv/int dans le sens de celte manifestation, et le 23 mai 1762, le clergé, par l'organe do cardinal de la Uoche-Aymon, archevêque de Narbontic,.

demanda au roi, en termes pressants et élogieox, la conservation des Jésuites au nom des intéré:s de la religiiui. T(»ut fut inutile I Nous n'avons qu'à constater l'arrêt délinitif, puisque les dctaiU n'entrent ni dans notre but ni dans no re plan. Mais, si nous avons omis â dessein de rappeler ces noms, ces mots alori si calomnieusement sonores, Aatnims, réglcidet ; extrait des anerdonê^ etc., nous ne pouvons nous empêcher de signaler avec douleur, entre les parlements qui s'associèrent aux injustes violences du parle* ment de Paris, celui de Uennrs 1 L'arrêt du parlement de Bretagne renchérit sur l'exa*^ géralion des autres, il déclara privée de ton-^ les fonctions civiles el municipalps les partnls qui enverraient leurs enfants étudier chi'z les Jésuites à 1 étranger ; ces enfants, à leur retour, se trouvaient dans la même exception 1 1 Ne croirait-on pas lire par aulii'ipalion Tarréi porté par quelques ra-* dicaux frénétiques de France ou de Suisse» au

DICTIONNAIRE DES ORDRES REUGIEUX

milieo da xtx* siècle? A qui était duo une telle exagération ou une telle folie, si ce n*est sans doute à rinflueuce qu'avait obtenue un homme dont le nom est resié hîdeus en fact^ de l'équité de Tliîtiloiri*, et qui cause sans doute autant de regrets qu'il a causé de malheurs à son honorable famille. Ahl si du moins cette récrimination innocente, arrachée par l'indignation à la plume (Kun compatriote, pouvait être un désaveu sufRsant ! Il est bon cependant d'ajouter qu*il n'y eutdans la décision du parlement breton que majorité de trente-deux voix contre ringt-neuf. La sentence iniqua du parlement, contre laquelle réclamèrent la conscience des honnêtes gens, l'inslruclioa lasioralede M. l'archevéque de Paris, te cri de a religion, amena l'édil du mois de novembre ilijk^ portant êippression de la Société dei Jéêuites en France. Cet édit laissait du moins aux religieux supprimés la faculté de rester en France «^ous la juridiction de^ évéfues. Le 1" décembre, Ik parlement mil au bienfait (le cette disposition les restrictions les plut tyranniques contre ce qu'il appelait, par une expression aussi inconséquente qu'elle est sotte et ridicule, les ei-devant soi-iiiêant Jéntite$, Deux serments déshonorants avaient été imposés aux religieux ( le 6 août 1762 et le 22 février 17G4 ) ; en 1767, un arrêt de la même cour expulsa du royaume ceux qui ne Tauraient pa» prêté I Cinq tout au plus jurèrent, et quatre mille religieux furent réduits au sort le plus cruel. On leur avait accordé une pension ri licuie par son exiguïté; et, contradiction singulière , si elle n'était pas dans la nature des procédés libéraux! le par* lement refusait celte pension aux Jésuites qui n^étai/'nt que scoiastiqurt ^ c'est-à-dire qui n'avaient pas fait les quatre vœut, ne les regardant pas comme véritablement religi ux apparemment, et néanmoins on leur enlevait le droit de rentrer dans leur patrimoine et la faculté d*hérilcrl Dans un grand nombre de diocèses, sinon dans tous, les Jésuites cooti- Duèrcnt néanmoins pend.int longtemps , et quelquefois sous des noms déguisée, a faire le bien que les véritables fidèles avaient toujours désiré et reçu d'eux. Terminons ce qui concerne les Jésuites de France par ce passage d'une lettre adressée A Voltaire pard'Alembert , qui , sans être prophète ni fils de prophète, prédisait par ses vœux ce qu*il ue vit pat f mais ce qui se fit trente ans après Tarrél du parlement : Pour moû gui vois tout en ee momeni couleur de rose, je voie d^iei le$ jansénistu mourant Vannée prochaine de leur belle mortf après avoir fait périr cette année" ci les Jésuites de mort violente; la tolérance sUtablir^ les protestants rappelé*^ les prêtres mariés , (a confession abolie et h fanatisme écrasé sans qu'on «'en aperçoive. On sait quel est ici le synonyme de fanatisme.

En 1765 , la Compagnie de Jésus recevait une consolation bien louchante. Le pieux pape Clément XIII, élevant la %oix en sa faveur, disait A l'univers catholique : que Vin* oiitut de la Compagnie de Jésus respire au

PLUS SAUT DBGnit la piété et la sainteté

Oâos le mémo temps , la catholique Espagne

se disposait pourtant A loi porter aus^i !• dernier coup. «Choiseul, dit le protcsiiat Sismondi dans son Histoire des Franfoif, tome XXIK , faisait pour lui-même uoeaff lire personnelle de la persécution contre h Jésuites. Il s'attarhait surtout à les (lir* chasser de tous les Etats de la maison île Bourbon, et il profita , dans ce but , de Tiofluence qu'il avait acquise sur Charlri III.» Ce prince était pourtant vertueux et bsbîte, dévoué A la Compagnie de Jésus, au poui qu'il fut le premier à flétrir les calomniei otficielles de la cour de Lisboooe. Néanmott». par la perfidie de son indigne ministre d*Aranda, il fut amené, en 1766, A les re':ar4«r avec suspicion et jalousie dans une cirpa^ tance ou il ne devait les voir qu'avec recoinaissance; ils avaient apaisé une émeute, os lui fit conclure qu'ils favaient donc etotée. On acheva de l'indisposer contre eoi, en fabriquant et mettant soas ses jfeai ose lettre qu'on disait venir du général des Jesuites , et où Thonneur de ta propre mère était attaqué. Avec des circonstances qst tiennent plutôt de la folie que de la tesfxeance d'un homme ordinaire, le 3 im{ 1767, A la même heure, par suite des dîtpo» sitions prises par d'Aranda , les Jésuite», dans les possessions espagnoles des dest mondes , furent embarqués, c Si après Tenbarquement , ajoutait l'ordre du mooarqoe aveuglé , il existait encore un seul Jésoite, même malade ou moribond, dans vorredr|iir« tcment, vous serez puni de mort. » Six mille religieux furent victimes : on les entassa isr dos vaisseaux, on les transporta vers riialie, où une sage politique de Clément XIII récia* mait en vain pour eux auprès de Charles III; on les débarqua enfin , A la prière do pap#, d;ins rile de Corse, d'oà Choiseul les Gt biestôt chasser. Par suite d^une fascinailoo dost l'aveugle maison de Bourbon a été et sera encore providentiellement punie, les aateanif tant d'injustices réussirent à les faire parti-

Î[er par les deux princes de cette lamîllè doit es Etats étaient en Italie. Tanucci, miaisirc de Ferdinand IV, roi de Naples, Tanoro, créature de Charles III, dans la nuit do 3 s«- Tembre 1767, chassa les Jésuites de la d^- Dière la plus barbare. Le jeune duc de Panse, petit-fils de France et infant d*Esp«igtte. h! sollicité par Choiseul et d'Aranda dVoim dans la coalition contre les Jésuites. Ils réessirent, et, au commencement de 1768, ces re ligieux furent renvoyés de Panne. Pist^** grand maître de Malte, était feudataire an royaume de Napics ; par suite des mêmes istrigucs, il fut amené, en 1768, à bannir 1^ Jésuites de son Ile. L'année suivante, ta Coirpagnic de Jésus perdit son dernier et soo p;C| ferme appui; le pieux pape Clcmeoi XtH mourut. On sait que Clément XIV loi «<*<' céda, et l'histoire commence A édairdr l> trigue qui Tamena A abolir les Jésoiies-^' âl juillet 1773, il se rendit aux iDSlanec*'' peut-êire aux promesses qui roblig^'*^' lancer le décret de dissolution de la Conip** gnie de Jésus. Ce décret est étendu, et f^ menée par rappeler rextinction de plosi^'

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nires religienx dans les siècles précédents , •Is que les Franciscnins de la réforme des onfentaeU , les Homiliés « les reliçieui de aint-Ambrotse ad Nemus: les Basiiien^ Ar* )énietis« les Jésoales, les chanoines de Sa*nt- («orgri m Aigha^ etc. |i Gnil par prononcer eiliDClion de Tordre de la Gompa^^nie de ésus , dont il rend les membres à IVlal se-alifr, les remettant sous h juridiction des rdtnaires des lipot.

L'institnl avait é^é ^onrerné «iu dernier iècle par \vs Pères Michel-Ange Tamhiirini, Vançois Retz, Ignace Visconii, Louis Cenloioni. Le 8 mat 1758, la dix-neuvième et der* lièrpcon^^réga lion générale se rénuit auGésn, 1 élut, le 21, pour général de la Compagnie, e P. Laurent Ricci , né à Florence et alors igé de 55 ans. C'était un homme d*esprity tinpli de piété, mais qui n'avait point, dit* >o , ce qu'il eût fallu d*énergie de caractère bas le cruel combat où se trouvait engagée M Compagnie. Il la gouvernait quand elle htétoinle. Dana le bref de dissolution, Clénent XIV, rappelant les extinctions des inslitols dans les siècles précédents, disait : On IturaiBfçna un^ pension honnête; mais il ne poQiait citer comme précédf>nt ce qu'il crut ie?oir faire. Par son ordre , le général Lanrem Ricci fut enfermé au chAleau Saint-Ange, on il resta jnsqu'è la mort du pape. Pie VI lucréda à Clément XIV; il aimait et estimait Ui Jésuites, et pourtant il ne rendit point la liberté à Ricci, qui mourut dans sa prison, le U novembre 1775, dans les sentiments de piété et de résignation dont il n'avait jamais cessé de donner l'eiemple. Tout rintôrét de Pie VI se born.! donc à accorder dos funérailles honorables au malheureui général I Pourquoi ?

Quand la Compagnie de Jésus fut éteinte, cfie comptait, dit-on, dans \Aê$i$lanee d'Ita* /te; la nrovince Romaine ayaui 9M religieux, dont 425 prêtres ; la province de Sicile, où il J avait 775 personnes, dont 317 étaient prêtres ; la province de Naples, où sur 667 rellrieut, 296 étaient prêtres: la province de ^lilan, ayant 635 sujets, dont 298 prêtres ; la proiioce de Venise , riche de 707 religieux , dool 357 prêtres. Dans l'i^ss is/ance de Por^ 'u/a/: la profince de Portugal avant 861 Je- »Q tes, dont 38i prêtres ; la lirovince de Goa, |50 Jésaites, 103 prêtres ; la provincede Malabar, (7 relig eux. dont kO prêtres ; la province du Japon, 57 religieux , dont ki prê* ti^es ; la vice-province de la Chine , avec 5fc JHui'es, dont 37 prêtres ; la province du Bré il, U5 Jésuites, dont *i28 prêtres; la viceprovince do Maragnon, 145 Jésuites, dont 88 r^'tres. On a remarqué que, lors de Texpul- |i 'n,en 1759, TAi^siittanee du Portugal comp- *3ii prèriséraent 1759 Jésuites, autant qu'on comptait d'années depuis la naissance du ^«uveur. Dans l'ila^isl/ince d^Eipaqne : la proiiocede Tolède, où il y avait659 Jésuites, pt 288 prêtres; la province de Cistille, 718 '«sQites« dont 860 prêtres; la province d'Ara- ^00. 604 Jésuites , dont 272 piètres ; la pro- ^»Ç« d'Andalousie , 662 religieux , dont 808

prêtres ; la yrovinco de Sardaigoe, SOO reli-

gieux, dont 1H prêtres ; In province du Pé» roo, 526 religienx. dont 306 prêtres ; la province du Chili, 2k2 religieux, dont 130 prêtres; la province du Nouveau-Royaume, 193 Jésuites, dont 100 prêtres ; la province du Mexique, 572 Jésuites, dont 330 prêtres ; la province des Philippines, 126 Jésuites, 97 prêtres ; la province du Paraguay, où il y avait 303 religieux, dont 20S prêtres ; la pro« vince de Quito , 209 Jésuites, dont 107 prêtres. Dans VAstistance de France^ on voyait la province de France , où il y avait 918 Jésuites, dont b95 prêtres ; la province de Bor* dratix, 437 religii^ux, dont 21^0 prêtres; In province de Lyon, 773 Jésuites, dont 405 prêtres; la province de Toulouse, 655 Jésuites , dont 3\k prêtres ; la province de Champagne, 594 Jésuites, dont 292 prêtres ; la province d'Outre-Mer (ou vice-province), en l'Aniérique méridionale, 54 Jésuites ; en l'Amérique septentrionale. 50 Jésuites. Dans les missions d'Orient: 25 Jésuites en Grèce, 17 en Syrie, 7 en Perse ; aux Indes orientales, 23 Jésuites. Dans VAesisiance d^Alle^' magne, on voyait la province d'Allemagne supérieure, où il y avait 1060 religieux, dont 496 prêtres ; la province du Bas-Rhin, 772 Jésuites, dont 398 prêtres ; la province du Haut-Rhin, 497 Jésuites, dont 240 prêtres : la province d'Autriche, 1772 Jésuite<<, dont 751 prêtres; la provincede Bohême, dont nous Ignorons le rhiiïre ; la province de U Belgique flamande, 542 Jésuites , dont 232 prêtres j la province de Belgique Walonne, 471 Jésuites, dont 266 prêtres ; la province do Pologne, 1050 Jésuites, dont 559 prêtres ; la

frovince de Lithuanie, 1047 religieux, dont 75 prêtres ; la province d'Angleterre (dont plusieurs maisons en France, en Flandre, en Amérique), 299 religieux, dont 208 prêtres. U faut plutêt reporter cet élai à l'époque des diverses suppressions locales, où Tabolition de tant de noviciats, les suites de tant de persécutions, avaient bien décimé le chiffre que nous venons de donner d'après Dénisart, qui résume ainsi son énuméralion : 39 provinces; 22,589 Jésuites, dont 11,293 prêtres. Nous croyons que l'Assistance d'Allemagne avait été, sur la fin, subdivisée, et qu'on avait formé une provinee de Pologne.

Par une disposition toute particulière de la Providence, deux souverains séparés do l'Eglise, le roi de Pru<ise et l'impératrice de Russie , voulurent garder les Jésuites dans leurs Etats, et prép«irèrent ainsi les voies à l'exécution des desseins de Dieu sur le rétablissement de la Compagnie de Jésus. Des autorisations secrètes furent données; le» Jésuites trouvèrent moyen d'accorder les devoirs de Tobéissance aux décisinns du pape^ et les désirs de Frederick et de Catherine , si conformes aux leursl Dans rarlicle consacré à riiistoire de la Compagnie de Jésus dans notre volume supplémentaire, nous aurons à la montrer cachée , mais agissante et fructueuse dans les contrées du Nord, passant en Sicile, désirée à Parme (car un mouvement favorab!e aux Jésuites s'était étaUi» uiêiue dans l'esprit du peuple t jnsqu'en

DICTIONNAIRE DES ORDRES RELIGIEUX

France) y el enfin rendue, par rRgiise dèso- 1éi^« aat dptnandrt des princes délrompét et à lout l'univers, en 1814. Voyez JAsuitbs ao Supplément.

histoire religieueff poUHquf! et littéraire de la Compagnie de Jé^ui, 5 voL^parJ. Cré'^ tinean-Joly. Notes fournies par le R. P. De Uonteion, S. /. Dictionnaire de Droit canonigue^ par Durand de Maitlane^ tom. 111. Histoire des Ordres religieux , par M. H en-rion^ tom. 11. Biographie universelle, Uénoires ecclésiastiques , par Picot. Notes recueillies passîm. B-d-b.

JÊSUITESSRS (Religiruses).

Des Jésuitesses, et de leur suppression.

Pendant 1c séjour que t liiit Ignace fit à Barcelone« il fui eniretcnu par les aumâncs d'une dame très-verlueuse qui se nommait Isabelle Rozel, et qui lui en procurait aussi d'autres. Cette dame ayant rappris, quelques années après, que le saint avait foiidé sa Compa-

fnie, elle alla le trouver à Home Tan 15 V5, et, tant pour lors veuve, elle forma le dessein de se retirer du monde et do vivre selon t«*s conseils évangëliques sous Tobéissance de la Compagnie. Elle se joignit à deux dames romaines et obtint du pape Paul III la oeruiissîou d'embrasser ce genre de vie. Ou<)ique saint Ignace >lt bien que ces sortes de directions ne convenaient guère à son institut, la reconnaissance qu'il avait pour s:i bienfaitrice et le petit nombre de ces nouvelles religieuses le délerroinèrciit néanmoins à prendre soin d'elles; mais il s'en repentit bientôt, avouant que le gouverncitieut de trois dévotes lui donnait plus do peine que toule la Gimpagnio; car ce n*é(ail jamais fait avec elles, et il fallait à toute heure résoudre leurs questions, guérir leurs scrupules, écouter leurs plaintes et même terminer leurs drfférends. C'est ce qui l'obligea de représenter au pape combien une telle charge nuirait à la Compagnie et de quelle importance il était que Sa Sainteté l'en délivrât, jn- Îcant bien que si cette petite communauté e filles» qui n'était que de trois personnes, devenait plus nombreuse dans la suito et se multipliait dans les autres villes, il n'en serait que plus embarrassé* Le pape iui «iccorda sa demande et délivra en 15&7 la Compagnie du gouvernement des religieuses.

Ainsi cette communauté, qui voulait vivre •elun les lois prescrites par saint Ignace, f Jt détruite en peu de temps.

Mais, sous le pontificat d'Urbain Vlll ou sur la fin de celui de Grégoire XV, son prédécesseur, certaines femmes ou filles en quelques endroits d'Italie et en d'autres provinces prirent le nom de Jésuilesses^ et s'assemblèrent en communauté , sous prétexte de meaer une vie religieuse, quoiqu'elles n'en eussent pas eu la permission du saiot-siége. Elles prirent un habit particulier, avaient des édifices accommodés en forme de collèges et des maisons de probation, et élurent une supérieure générale à qui elles dounaient le notti de préposée. Elles faitaieat entre ses

marns les vœuv de pauvreté, de chasteté 4 d'obéissance A la manière des wœnx soie»* nela de religion, sans être astreintes à m« cune loi de la clôture. Elles alhient de cnit et d'autre sous prétexte de procurer le uH des Ames et de faire plusieurs antres choses qui ne convenaient point à la faiblesse 4t leur sexe et de leur esprit, entreprenaet é^ choses que des hommes d'ane grande elp^• rience, savants dans les lettres saintes et r^ commandables par PinnoCence de lev ù , n'entreprennent que difficilement et a«»c beaucoup de circonspection. Outre la gère* raie elles avaient encore des visitatrices , 4«t rectrices et d'autres noms de dignités srios les dififérents offices qu'elles exerçaicot

Urbain Vlll les fit avertir par son nesrf dans la basse Allemagne et par qnflqof« évéques des autres lieux où elles se airr; établies, de se désister de leur eaire;>nv. Mais ces Jésuitesses n'ayant eu aucun egarl à toutes les remontrances qu'on leur fii^r. ayant même osé enseigner des choses eistraires à la saine doctrine, le pape, par si bref du 21 mai 1631, supprtoia celte prètrrdue congrégation, priva de leurs oUices la t^ nérale, les visitatrices, les rectrices et 1rs âctrès officîères, les absout de tous vœax etpr> messes auxquels les femmes et filles decc^ti congrégation s'étaient engagées, leur ordonna en vertu de sainte obédience et fos« peine d'excommunication encoome ipst fieto, de sortir incessamment des col e^e» :( des maisons ou elles avaient demeure js»-

au'alors, et de vivre séparément It^s son es autres. Il leur commanda aussi de s* s'assembler jamais pour délibérer eosrnbf sur quoi que ce soil, et de qailter leur bat*: de Jésuitesses sans pouvoir le reprendre r: encore moins de le donner oi adaietlre iscune femme et fille à le recevoir.

Ce pontife déclara encore tons les V'^i qu'elles avaient fails nub, comme si elle» •> les avaient jamais faits, permit A celles q en avaient fait de vivre dans le monde,»-parement toutefois des autres de la vtéwt congrégation, sous l'obéissance de leorev^ que, avec Tusufruit mais non pas h* domi»; de leurs biens, leur accordant la permiMit^^ d'en pouvoir disposer pendant leur vie H a leur mort en œuvres pieuses , ordonnant qvces biens retourneraient à leurs parroUi*s. ceux qui devaient naturellement leur Mitrf* der, si elles n'en avaient pas disposé par toi: ment. 11 leur permit aussi de se marier r* cas qu'elles le voulussent; mais il les ethorta d'entrer plut6l dans qnelque ordre sfprouvé et de s'y consacrer à Oîea pjr li» vœux solennels, se ressouvenant loojoiin )t désir sincère qu'elles avaient en de se birr reli|;iru<es.

Je m'élonnc que M. Richard fttmos ér»

sa Bibliothèque critique (loin. 1, pag. i^ ait avancé que c*est innCiiement que i'^ cherche dans le bullairo romain la »npprc«* ' sion de cet ordre, et qu'il dise qu'on ne p^ pas l'y trouver, parce que le pape Crbaia ^Ib n'a point donné de bulle sur ce sujet, nuis ss simple bref. Serait-il possible que ce satâc^

JFS

JES

ritjqoe n'eût jamais lu le bullairo romain» l poQvait-il ignorer que la plus grande parie des Gonslitulions aposloHques qu'il con* ientnesooi point des bulles, mais des brefs? luiiooque roudra se donner la peine de lire B ballaire. il j trouvera certainement la uppressionde ces Jé^uitesses au tome qualeme de Tédilion de Home de l'an 1638, a|[. 113.

JÉSUS (CasvAUias db la sogiêtb de). Voy,

STHLÉSM.

JÉSUS (Clbkgs béqulibbs db laco&ipaûmk

KJ. Yoy. JÉSUITES.

JÉSUS (Clercs Réglliehs du Bon-).

If» çltres régulière du Bon^éiut^ arec les fiti des BB. Marguerite et Gentille de Rarenne^ leur» fondairieee^ et du V. P. éom Jérdme Molueelli de Mensa , aussi fondeleur et premier religieux du même ordre.

Noui avons fait voir, en parlant des clercs ffoliers Barnabiles , que c*est à torl que uelqui*s-uns leur ont donné pour fondateur i^in Séraphim de Ferme, chanoine régulier e la congrégation de Lairan. Vuîcî encore a ordre sous le nom du Bon-Jnt»us, dont on preU'iido quM était aussi fondateur, quoiuc cet lioniiiur soit attribué aux BB. Mar* uerile et Gentille de Uaveone, et au P« Je- Ne llalu$elli. Si c'est â cause que le P. Séipbima dressé tes règles de Tordre du Bonnos que Ton a cru qu'il en était fondateur, D s'est trompé, puisque, par le titre de ces (gles, il reconnaît lui-même qu*il n'a fait ue rédiger par écrit ce que Marguerite de arcooe avait prescrit de yive voix â ceux Bî avaient embrassé l'ordre du Bon-Jésus, u e.le avait institué : Regulœ aliquol e do^ imeniû Margaritœ Ravennatis Virginie, quiu tUa ordinem $uum tilulo Boni Jesu in^' gniiuminhtUuit, Et à la Gn de ces régies il it encore qu'il ne les a recueillies que sur s paroles de cette Tierge : Hae régulas e irbis divinœ hujue Virginie eollegi. De utre aussi que ces régies n'eussent été 'e>sées par le P. Séraphim que pour les uli prêtres de la congrégation du Bon-Jé- II, il n'j a nulle apparence, puisque par le linzième article il est marqué que ceux de !t ordre se doivent contenter de leur élat ; ae, s'ils sonl mariés, ils doivent observer I qui convient à ce genre de vie, et que, ils sont prêtres. Ils ne doivent désirer anine dignité ni aucon bénéGce, mais se connter seulement de leurs revenus, sans tercber les moyens de les augmenter. Le izième article ne contient nullement aux êtres, car U porte que les flUes seront bûmes et chastes» non«-seulement de corps, mais icored*espnt; qoe les veuves demeureront las Tetat de vidoité» et que les femmes ma* ses conserveront la paix dans leurs famil* s et obéiront a leurs maris.

H est vrai aussi qoe Marguerite de Rasnoe n*a pas directement institué la conci^gation desClercs Réguliers du Bon -Jésus, uin'aété établie que vingt ans après sa mort ;

mais il est au moins certain qu'elle a institué une société séculière sons le nom du Bon- Jésus, et que quelques prêtres qui en étaient embrassèrent la vie commune Vnn 1538, sous la conduiie du V. P. Jérôme Maluselli, qui dressa des constitutions pour ces prêtres, tirées des règles de la B. Marguerite, dont il retrancha ce qui n'était propre que pour ceux qui vivaient dans le sièolt*. C'est de cette manière qu'elle a été la fondatrice des clercs réguliers du Bon-Jésus; ce qui semble être confirmé par le même Séraphim de Ferme, qui, en parlant de cette sainte vierge et de la B. Gentille, dont il a écrit le^ %ies, dit que le pape Paul iil nomma des commissaires l'an 1537 pour examiner les miracles qui se faisaient à leurs tombeaux , et qu'il approuva la société que la B. Marguerite avait instituée. Jérôme de Hubéis, dans son Histoire de Ravenne, parle aussi des Infor* mations qui furent faites par ordre de ce pape, et ajoute qu'il approuva aussi la congiégationdes Prêtres du Bon Jésus, que le P. Séraphim de Ferme a sans doute confondue avec cette société séculière. Mais, comme ce n est pas seulement la B. Marguerite de Ravenne que les Clercs Réguliers du Bon- Jé^iusont reconnue pour fondatrice, et au'ils ont aussi regardé en la même qualité la B. Gentille de Ravenne et le P. Jérôme Maluselli , dont le P. Simon Marini , général de cet ordre , donna pour cette raison les vies en 1617, c'est ce qui fait que nous on donnerons aussi un abrégé,

Mariçuerite, à qui Ferrarins, dans son Catalogue des saints d'Italie, donne le nom do bienheureuse, fut surnommée do Russi à cause dn lieu de sa naissance, qui est un petit village entre Faënza et Ravenne, et fut encore appelée de Ravenne à cause du long séjour qu'elle fit en cette ville, et qu'elle y mourut. I^Ue perdit la vue à l'âge de tpois mois, Dieu ayant permis que celle qui n'é* tait née que pour contempler les choses célestes fût privée de la vue des choses terrestres. A peine eut-elle atteint Tâge de 5 ans, que , voulant de bonne heure châtier son corps, elle s'accoutuma A marcher nu pieds, ce qu'elle a toujours continué de faire dans quelque saison fâcheuse que ce fAt et quelque rigoureux que fût le froid. A sept ans elle augmenta sa vie pénitente par des jeûnes et des abstinences; elle ne prenait son repos qoe sur la terre nue ou quelquefois sur on peu de sarment; et, voulant imiter la pauvreté de celui qu'elle avait choisi pour époux, elle renonça A tout ce qu'elle pouvait posséder et prétendre , et ne reçut qoe sous le titre d'aumône tout ce qui était né* cessaire pour l'entretien de la vie.

Après avoir demeuré quelques années à la campagne, elle vint à Ravenne, où Dieu voulant éprouver sa patience comme il avait fait celle da saint homme Job, il l'affligea l'espace de quatorze ans par diverses maladiesi pendant lesquels elle ne reçut aucune consolation des hommes ; et , comme les amis de Job , lé voyant couvert d'ulcères et couché sur on fumier, venaient insulter à

DICTIONNAIRE ÙES ORDRES RELIGIEUX

rç

set manXt 11 y'eut aossi un ^rand nombre de

SersoDoet qui ne venaient fisilcr cette sainte Ile dans ses maladies que pour s*en moquer et lui reprocher que ses maux ne lui étaient arrivés que pour ses péchés, et parce que sous une fausse apparence de sainteté elle tioropail les peuples ^ n'étant dans le fond qu'une hypocrite; mais, au milieu de ces persécutions, son esprit ne perdit point le calme et la tranquilliié : plus on l'ofTensait, plus elle téiuoignail de joie, croyant qu'on la traitait encure doucement et qu'elle méritait de plus grands opprobres. Cependant Dieu, qui avait permis qu'elle fût ainsi mépriséo, permit aussi que ceux mêmes qui en étaient les auteurs fussent les premiers à publier ses louanges. Les discours qu'elle leur tenait de temps en temps étaient si vifs et si touchants, qu'ils reutrèront en eux-mêmes et se con\ertirent entièrement, et il y eut

(►lus de trois cents personnes de l'un et de 'autre seie qui, étant persuadées de la sainteté de sa vie, la voulurent avoir pour mattresse et pour guide dans les voies de leur sulut. C'est ce qui lui donna occasion d'établir la société du fion-Jésus , à laquelle elle prescrivit des règlements qu'elle ne put ré* diger par écrit ^ ayant été privée de la vue dès l'âge de trois mois , mais qui le furent^ comme nous avuns dit, par le P. dom Séraphim de Ferme , chanoine régulier de la congrégation de Latran,

Ils sont compris dans vingt-quatre articles qui font connaître quel était l'esprit de cotte bienheureuse, puisque les enseignements qu'elle y donne à ses disciples ei A Suoielle les oblige consistent principalement avoir sur toutes choses un grand amour pour Dieu ; qu'elle leur recommande la sioiplicité de cœur, rbumilité, le mépris de soimême; qu'elle les exhorte A conserver la Iiaix, l'union , la concorde outre eux, à fuir es jugements téméraires, à fréquenter souvent les sacrements et à châtier leur corps par les jeûnes et les abstinences qui sont marqués dans le vingt-quatrième article : savoir, de jeûner, outre les jours prescrits et ordonnés par l'Kglise, pendant tout l'avent, tous les mercredis, vendredis et samedis de l'année, et au pain et â l'eau les veilles des fêtes de rAnuoui iation de la sainte Vierge et la vendredi saint (1). Elle survécut encore quelques années â rétablissement de cette société, et mourut le 23 janvier 1505, étant âgée de 63 ans.

Entre les disciples de cette sainte vierge, il y eut une veuve nommée Gentille, qui a acquis aussi, par la sainteté de sa vie, le titre de bienheureuse. Elle naquit à Ravenne l'an iili. Sou père, qui était un orfèvre, se nommait Thomas Giusti, ou Juste, et état véritablement un homme juste et craignant Dieu , aussi bien que sa femme Dominique. Us eurent un grand soin de l'éducation de leur fille Gentille « et elle profitii si bien des bonnes insirnclions qu'ils lui donnèrent qae, dès sa plus tendre jeunesse, elle fit pa-

(1) l'of.,àialbiduvul.,D* \Gj^

raltre de grandes nMrqoes de sainteté C(»: ce qui l'ai) ira de bonne heure dans Ij société de la bienheureuse Marguerite de H»venne, dont elle fut une des premières disrv pies, et elle fit sous sa conduite d*> si grsa.» progrès dans la vertu, qu'après la mort4« cette sainte fille, elle devint la maîtresse é^i autres.

Ses parents l'aynot eng?|^ée daat le mriage , elle épousa un Vénitien nomméit • quesPianella, tailleur d'babits, bommecn . et farouche, qui , non-seulemeal la tratu \ comme une esclave, la frappant seevest •! la maltraitant cruellement, mais la déeoeçi même un jour à Tarchevêque 4e RaveiM comme une sorcière et une nagieienoe. Sv* innocence ayant été reconnuf et son nsr; ne pouvant plus supporter l'éclat de sa ssi»teté, il l'abandonna dans an tempe de bouar. ne lui laissant rien pour sa aobatstaect: mais cette sainte femme, ayant mis toale»i confiance en la divine providence, en r^ sentit souvent les effets merTeilleui. ti^ demeura plusieurs années ainsi abaiidoat.(« de son mari, qui retourna enfin A sa msl« i tout changé, et qui , d*bomme cruel et turbare qu'il était auparatanl, devint d<>«i comme un agneau et n eut plus que de IVtinie et de la vénération pour sa femar. afec laquelle il vécut encore quelque lem.i et mourut ensuite de la mort des joii*«. ayant réparé par les bons exemples qu i donna les scandales qu'il avait causéi fur ses brutalités.

C'est aux prières de cette sainte feiraque l'on peut attribuer la conversion de i*& mari ; mais ce ne fut pas la seule qu'elle pr> cura. Il y avait dans Mavenne un jesa' homme âgé de vingt-cinq ans qui, après U mort de ses père et mère, s'était abaadoss/ A toutes sortes de licences et était lescaadai de la ville : Il y avait même plntieurs aas^» qu'il n'avait approché des sacremcnls; ma ayant été sollicité par sa sœur d'aller t« r la bienheureuse Gentille, il fut si toucbépr ses discours et par les avis qn*elle loi dotsi. qu*il se convertit entièrement. Ce fotle^. F.JérâmeMaluselli, principal fondaleer^ Prêtres de l'ordre du Bon-Jésns, natif ^' Mensa au territoire de Céséna, qui, spn* avoir été ainsi converti par la bienbeoreut* Gentille, devint l'un de ses disciples clneu dans la suite une vie si sainte et si e&enplaire, qu'ayant pris les ordres sacrei H étant parvenu au sacerdoce, cette mmveuve te prit pour son directeur. Cuffloril lui était resté de son mariage un filsoenne Léon, qui était aussi prêtre et qui demeoriit chea elle avec une de ses cousines, elle t*gagea Jérôme Maluselli A venir aosif ^f meurer avec eux, et ils pratiquèrent esHS* ble les règles qui avaient été laissées p«t ^ bienheureuse Marguerite, observant tu(^ ment les jeûnes, les abstinences et lesititr» exercices de piété qu'elle avait prestnui ses disciples.

Le démooi voyant le progrès qie ^i'*

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litiu coinpngnie faisait dans la vcrlu, el Boibien lear exemple lui enlefait tous les lurs de pécheurs qui se conf ertissaieiit à lieu, suscita des personnes dans la ville qui ^ accusèrent auprès de l'archevêque de lener une vie pleine de superstitions sous ne fausse apparence de sainteté. Mais la èrité avant été reconnue, et le démon rompe dans tes artiOces, il leur suscita une loavel e persécution et réussit enfln à les lire chasser de Ravenne. La peste ayant afligé celte ville l'an V6i2f la bienheureuse ;eolille, Léon son Gis, sa parente et Malu* eili, furent envoyés hors i^^i la ville, quoilu'ilft n'eussent aucun mal et qu'ils eussent lé préservés de la contagion^ et ils ne retourlèrcot à Ravenne une lorsque cette ville fut foltèrement délivrée de ce fléau. La sainteté le la bienheureuse Gentille augmeniait tous es joursi et resiime que Ton en faisait était si {raude^que le pape lui perniitde faire célébrer \â messe dans sa chauibre, ne pouvant aller l'eotendre à l'église à cause de ses inflrmhés conliDuelles. Elle perdit son (ils Tau 152â, DUiii Jérôme Malnsellt lui tint lieu de Gis, et die te Bt même héritier de ses biens à sa mon, qui arriva Tan 1530, le 28 janvier. Elle lui laissa entre autrei choses une maison qu'elle lui ordonna de changer en une église, rassurant que D eu susciterait plusieurs personnes pieuses qui par Irurs au* mènes contribaeraient à cet ouvrage.

Jérôme Maluselll exécuta la même année les dernières volontés de la bienheureuse Gentille, et, avec la permission de l'archevêque de Ravenoe Pierre Ferretli, il jeta les fondements de cette église le 2S septembre 1S30, quoiqu'il n'eût en main qu'une somme fort médiocre ; mais ce que Gentille avait prédit arriva, les aumônes de ceux qui contribuèrent i cet édiflce se trouvèrent sulGsaotes pour le conduire i sa perfection, et il (et consacré I'anl531,le premier Jour a'aoûi, par le même archevêque.

Hais une nouvelle pefâéculion s'deva ao>siiôt contre Ie| saint fondateur: quelques prêtres, ayunt conçu do la jalousie contre lui. cherchèrent les moyens de lui ôter cette église. Il y en eut quelques-uns qui, pour soulever le peuple contre lui, prêchèrent publiquement que c'était un hérétique, un ^mpeoret un superstitieux, et Ton voyait tlejâ accourir le peuple pour raser celte ^lise, mais il ne s'en trouva aucun assez hardi pour l'entreprendre; et le pape Clément VII, en ayant eu aus, envoya des commissaires i Ravenne pour prendre conitaissance de cette affaire, qui fut décidée à l'avaotage de Maluselli et a la coufusion de •es ennemis.

Ce saint fondateur, se voyant paisible ^laos la jouissance de son église, dressa les règlements de la congrégation de préires qtiil pro|elail d'établir, et il les tira, comme nous avons dit, de ceux uuî avaient été dieles par la bienheureuse Marguerite, dont il retrancha ce qai n'était propre que pour l<^s personnes qui vivaient dans le monde. Ce Itil dais ce même teaips que le duc de Man-

tone Frédéric de Gonzague 11 et la duchesse Marguerite Paléologue, son épouse, qui avaient beaucoup de dévotion pour les BB. Marguerite et Geniille, dont ils avaient fait écrire les vies par dom Séraphim de Ferme, demandèrent des cummiiisaires au pape Paul lli pour inform r des miracles qui so faiitaient à leurs tombeaux, afin de travailler A leur canonisation. Le pape accorda leur demande et envoya commi^siun au gouverneur de Ravenne, l'an 1537, pour faire ces informations , et Tannée suivante 1538 il approuva aussi, à la prière du même duc de Mantooet les règles qui avaient été dressée» par le P. Jérôme Maluselli, auquel il permit de donner l'habit de son ordre à ceux qui se présenteraient pour le recevoir. Les premiers

3ui le reçurent furent dom Simon Crespoli e RaTonne, dom Philippe Solavolo, et dom Zacharie Perdurcini, qui avait été l'un dea disciples de la bienheureuse Gentille. Maluselli fut le premier supérieur de cet ordre, quil gouverna jusquen l'an 1541, qu'il mourut le 20 août.

Le nombre des Prêtres du Bon-Jésus, qui s'élaitdéjà augmenté desunvivant,augmont;i encore après sa mort, et les princes de l.i maison de Gonzague continuant à protéger cet ordre à cause des BB. «Marguerite et Gentille, pour lesquelles ils cousiervèrent toujours beaucoup de vénération, Guillaume, duc de Mantouo, demanda au pape Jules III la confirmation do cet ordre, ce que ce pontife accorda Tan 1551. 11 fut derechef approuvé par le pape Paul IV, qui permit à ces Prêtres du Bon-Jésus de faire des vœux solennels. Cet ordre ne fit pas de grands proffrès, et il fut supprimé par le pape Innocent X Tau 1651. L'on prétend qu'il n'y avait pas pour lors plus de dix religieux de cet ordre. Mau« rolic dit qu'outre leur maison de Ravenne» ils en avaient encore une à Rome et une autre en Toscane.

Ils suivaient la règle de saint Augustin avec les règlements qui avaient été dressés par le fondateur. Ils se levaient à minuit pour dire matines, oiBciaient selon l'usage de TËglise romaine. Ils étaient assidus au confi'ssionnal, assistaient les malades à la mort, et s'adonnaient à la prédication et aux autres exercices qui concernent le salut du prochain. Outre Favent et les jeûnes ordou« nés par IBglise, ils jeûnaient encore toutes les semaines le mercredi, le vendredi et 1q samedi et plusieurs autres jours ordonnés par leur règle. C'est ainsi que le P. Simoa Mariai qui a été général de cet ordre, décrit les observances qui y éta:ent en pratique, el il doit être plutôt cru que Morigîa, qui dit qu'ils ne confessaient et ne prêchaient point* Ce qu'il ajoute encore, qu'ils ne possédaient aucune chose, n'est pas conforme A ce *qtte dii aussi le P. Mariai, que le duc de Man* toue leur donna ou palais dans Ravenne; que Julie Sfondrate leur donna aussi dea maisons, des terres et des rentes ; et qu'Angèle Louatclli fut leur principale bienfaitrice, par les biens considérables qu'elle leur donna. Quant à leur habillement, il était aa«

DICTIONNAIRE DES ORDRES nELIGIRUX.

htz teroblaMo à celui dos eeclésiastiqacs, el au lieu de bonnet carré, ils ou portaient du c|ui avait une forme rondo (1): tous les trois ans ils tenaient leur chapitre, dans lequel ils élisaient leur supérieur général.

Augustin BarboKa parlant de ces Prêtres du Bon-Jésus, leur donne pour foiidalrire la bienheureuse Marguerite de Ravenne: mais il se trompe lorsqu*il dit que les premiers qui reçurent ses régies Tan 150^ ou 1508, et qui les donnèrent aux autres, furent Léon el Jérôme; car elle ne pouvait pas avoir donné ses règles en 150^ à Léon qui n'était pas encore prêtre, pui^quo sa mère Gentille n*avait pas pour lors plus de irente-irois ans; et Marguerite ne pouvait pas non plus avoir donné ses règles h Jérôme en 1508| puisqu'elle mourut en 1505.

Scboonebek parlant aussi de ces Prêtrest dit que ce fut le P. Séraphim de Ferme qui les fonda environ Tan 1326 ; nous croirions V()loDtiers<que c'est une faute d'impression, s'il ne l'avait copiée de Maurolic où elle se trouve aussi: ainsi nous excusons Maurolic, mais Scboonebek ne peut être excusé, et il devait prendre garde que c'était une faute d'impression qui s'était sans doute glissée dans Maurolic, puisque dom Séraphim de Ferme vivait en 1520, et non pas en 1326. Lorsqu'il donne à ces mêmes Prêtres la bienheureuse Marguerite pour fondatrice i'aa 1506 il devait faire attention à sa mort qui arriva l'an 1505, et elle n'a point fondé de religieuses comme il prétend. Cet auteur dit néanmoins dans la préface de sa dernière édition que Ton j a réforme plusieurs dates qui n^étaient pas dans Tordre et qu'on les a corrigées; c'est de quoi on ne s'aperçoit pas beaucoup, et on a sans doute corrigé des fautes par d'autres fautes (2).

fiulland., ilr/.55.,W 23e/ 28ian. Simon Marin], Yii* delL BB Margarit. et iientiU^ et del P. Gieroniino fundaiori délia retîg. de Padri dtl Buon Giesa.Jacob. Morand., tom, VII Add. adSurium 23 Jan. Jéronim. de Kubéis, Uitt. RavennJib.îx. Silvobtr. MauroL, Mar. océan, di luti. gli Relig,^ Ub» v, pag. 398. Barb., DeJur. eccles. Haaibur.^ beJur. abb, Morigia, Uist.dell. /te/î^. Scboonebek, £fif(. dee Ord. relig. Philipp. fionanni, Catalog. Ord. religioi.f part, m ; et Hermant, £f<ftoire des Ordres relig.^ tom IL

JESDS-CURIST ET DE SA PASSION. Yoy.

Dragon BBifVBRsé.

JESUS ET MARIE (Chevaliers de). Yoy.

Bethléem.

JESUS ET MARIE (CoiiGRteATiuN de).

Yoy. EoDisTEs.

JOSEPH (ConGRÉGATio^ DE SAfifT-} à Rome. Yoy. Clou (Sacré-).

JOSEl*H (Congrégation des uissionnaires

i>B Saint-).

Des prêtres missionnaires de la congrégation

(1) F0y.,à la fin du vol., 11*104.

(i) M. Hermant, curé de Malioi, a copié aussi Selioonebek en aiiriliuam la roiidalioii lU* cet ordre à dom Séraphim de Feime, Tan 1321 ; et il parie de

de Saint'^osepk avec la vii de M. Crétenu,

leur fondateur.

Il n'est pas ex^raordiiintre que Diea, (\\i dit dans ses saintes Ecritures qu*it per:ri la sagesse des sages et qn*îl réprouverai) prudence dos prudents, se stTve quelquefois de ce qu'il y a de plus faible pour enseiforr SCS voies à ceux qui se croient les plus ^ru* rituels et les plus éclairés. Mais que sa avine majesté confie à des laïques le soin «if conduire dans le chemin de la perfccaoa les ministres de ses aulels, c'est ce qui serait sans exemple si elle ne s'était servie dans te dernier siècle de M. Créleaet, laïque e( chirurgien do profession, pour établir one congrégation de missionnaires et diriger de« préires dans tout ce que la vie spirituelle a de plus saint et de plus relevé. Ce serviteur de Dieu naquit an bourg de Charolitr, dao4 le comté de Bourgogne , l'an 1603 , el reçut le nom de Jacques sur les fonts dn bapléio-. Ses parents étaient d'une condition méJiocre, mais recoinuiandables par leur vertu. U eurent de leur mariage six garçons et (n*** filles. Jacques, de qui nous partons , était le sixième et le dernier de ces garçons, lis n.gligèi*ent assez son éducation dans le coc* mencemeni, mais, l'ayant reconnu dans la suite d*un bon naturel et porté à la verte. ils prirent le dessciii de le faire étudier, àiu^ la pensée que Dieu le destinait au sacerdoce. Il apprit d'un de ses oncles les rudin^eou de la grammaire en très-peu de temps et avec une facilité qui fil bien voir qu'il n'au* rail pas été moins éminent par sa dociriue qu'il Ta été par sa pieté, si ^es pare:>l< do l'avaient empêché de poursuivre ses élude* pour substituer un de ses frères en sa place: ce qui ne réussit pas néanmoins comme ils s*en étaient flattes, Dieu loulant par là donner à connaitre le lort qu'ils avaient de changer les dispositions de sa divine profidcnce, qui ri^servait Tauguste dignité «Jj sacerioco à celui pour qui elle leur eu auil inspiré la première pensée, et qu'elle retira pour cet effet comme un autre Abrabauido sein de ses parents et du lieu de sa naissance pour le conduire peu à peu à l'exécutioa àe ses desseins. Il sortit donc de son paji i lâgc de quinze ans, sans argent et sanisavoir où il irait s'établir, mais avec Tespèrance que Dieu ne l'abandounerait pas. il s'arrêta à Langres, où il apprit la chirurgie. et s'y comporta toujours avec tant de sagesse et de piété, que la sainte Vierge, poor laquelle il avait une singulière dévotion, te préserva de plusieurs dangers où il setroufa engagé, et pour l'âme et pour le corps, tsst dans le temps de son apprentissage qo' pendant la course qu'il lit après, selon t' coutume de ceux qui veulent se rendre parfaits dans cette profession. Ayant acbeieses courses , et étant arrivé à Lyon, il ^e Irouu sans argent et s ns emploi; mais Dieu,t|tti

CCS clercs rjéguliers comme s'ils subsisuieat eoctf^ quoiqu*ils aient été suppriioés par le pape IuaoccbiI rail 1651.

r^ît

JOS

veillait sor lai, ne Tabandonna pasycar* »Vianl mis en chemin poar aller de Lyon à Grenoble, il rencontra lo J)aroD de la Rorhe, qui, d'abord qn'il le vil, se sentit touché de laiit d*fl(Teclion pour loi, qu*ayant sn dans la conversation qu'ils eurent ensemble qu'il était chirurgien, il lui offrit sa maison et de remploi sur ses terres. M. Crétenet admira la bonté de Dieu sur lui, et, après Ten avoir remercié intérieuremeni, il accepta les offres de ce seigneur, qui dans la suite fut si satisf lil de ses services , qu'il le mena peu de irmps après au château d'Amnistiei qui est cnire Nlmrs et Uzès , où il était envoyé par le roi pour réprimer les huguenots révoltés. Ce fat là que la.douceur et les autres bonnes qualités de M. Crétenet le Grent aimer de tous ceui qui le conversaient, (t qu'il acheva de gagner le cœur de son maître, qui le fit manger à sa table, sans que cela donnât la moindre jalousie à ses compagnons, parce qu'ils l'aimaient tous tendrement, et qu'ils admiraient rbumilité et la charité qu'il avait pour supporter les faiblesses de son prochain. Tendant quelques années qu'il fut dans ce château, il traitait les malades du voisinage ; et, comme il avait pour le moins autant de soin et d'empressement de la santé do leurs âmes, il ne les quittait jamais sans leur avoir parlé de Dieu et tâché de leur insinuer quel* qucs maiimes de piété.

Ce* zèle si rare dans les jeunes gens de sa prufessiou, non-seulement lui acquit l'estime de tous ceui qui avaient quelque disposition à la vertu, mais même le fit aimer d'une jeune fille de la meilleure familled'Âmnistie. Il ne fut pa^absolument insensible aux amitiés qu'elle lui témoigna. Il y répondit, et ils s'aimèrent tousdeux, mais d'une amitiési réglée, qu'il ne te passa rion ni dans leurs entretiens ni dans leur fréquentation qui ne lût de la dernière retenue, et d'une modestie toute chrétienne, quoiqu'ils s'aimassent dans le dessein de se marier ensemble. Mais, comme il n'entreprenait ren sans avoir auparavant recours i Diro, il Ut dire plusieurs messes afin qu'il lui m la grâce de lui déclarer sa sainte volonté. Ce qui ne fut pas sans effet; car, priant un jour avec ferveur pour ce sujet, il entendit intérieurement une voix qui lui dit: Ce n'est pas ici le iiea où je te veux, je te montrerai où tu iras pour ma gloire.

C'en fut assez pour obliger ce serviteur de Dieu à saspendre la poursuite de ce mariage, quelque avantage qu'il y trouvât, et à renoncera Tinclination qu'il avait pour cette personne , dont il estimait encore plus la venu que la beaulé et les autres qualités naturelles dont elle était douée. Néanmoins» comme ses amis, qui ne savaient encore rien de ce qui se passait dans son cœur, avaient pris jour avec les parents de la fille pour passer le contrat et convenir du jour du mariage, il se rendit au château d'Amnistie à l'heure assignée; mais â peine y ful«il en- Iré, que, se sentant plus pressé que jamais de suivre la voix de Dieu qui l'appelait ailleurs, il remen-ia la compagnie de l'hunaeur qu'on voulait lui faire, sous prétexte

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qu*il avait un frère à Paris, et qu'il serait bien aise de le consulter sur cette affaire avant que de la conclure. Il demanda ensuite son congé au baron de la Roche, qui n'oublia rien pour le retenir et ne consentit qu'à regret à son éloignement.

11 arriva à Lyon l'an 1628, dans le temps que Dieu y faisait seniir la pesanteur de son bras par la pestci qui y causait des ravages si funestes, que cette grande ville, autant célèbre par son commerce que par le grand nombre de ses habitants , se vit en peu de jours changée en un désert, tant par la fuite de ceux qui l'abandonnèrent que par la mort d'un grand nombre de personnes! Il ne fut pas plutôt arrivé dans cette ville , qu'il se mit chez un maître chirurgien , où le démon tendit des pièges à sa pureté par le moyen d'un doses compagnons, qui lui découvrit que leur maître entretenait une fille dont il pourrait aussi jouir quand il voudrait, lui conseillant de profiter de l'occasion. Mais le saint jeune homme, s'étant aperçu de la malieu de l'esprit tentateur, sortit de cette maison pour s'exposer au service des pestiférés, ce qui lui procura un établissement de la manière suivante.

La peste était si enflammée â L^on, que presque tous les garçons chirurgiens qui pansaient les pestiférés étaient morts, et la plupart des maîtres s'étaient retirés à la campagne pour se mettre à couvert de ce fléau terrible. Les magistrats » pour obliger les garçons chirurgiens qui étaient encore dans la ville à s'exposer au danger, firent publier partout que ceux qui serviraient les pestiférés gagneraient K ur maîtrise. H. Gré* tenet, qui avait quitté Sun maître pour éviter le péché, embrassa le parti que Dieu lui présentait, et se donna de bon cœur au service des pauvres malades abandonnés. Ce fut au mois d'avril de l'année 1629 qu'il commença cet exercice charitable. La première personne qu'il traita de la peste fat une jeune veuve, qu'il servit avec tant d'hon* néteté et d'affection, que sa mère la lui promit en mariage s*il pouvait la guérir et sa faire recevoir maître chirurgien. Dieu, qui lui avait destiné cette veuve, bénit tellement le soin qu'il prit d'elle, qu'ayant été guérie en peu de temps, on ne pensait plus qu'à Texécution de la promesse qu'on lui avait faite. Lorsque la peste cessa, les maîtres chirurgiens revinrent de la campagne , et s'opposèrent à rentérinement des lettres que leurs garçons avaient obtenues des magistrats : ce qui étant un obstacle au projet du piariage de M. Crélenet, lui fui un nouveau sujet d*adorer les dispositions de Dieu sur lui el de redoubler ses prières pour obtenir la grâce de connaître sa volonté et de s'y conformer en toutes choses, mais principa-* lement dans ce mariage , qu'il ne souhaitait qu'autant qu'il serait agréable à sa divine majesté et utile au salut de son âme : ce qu'il demanda avec une si parfaite soumission aux ordres du ciel» que, nonobstant cet obstacle, qui paraissait invincible, il en ob-

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