La fontaine de la Vierge. D’après une photographie
celui de l’Annonciation est dédié à saint Joseph fuyant en Égypte. Du fond de cette chapelle, un petit escalier conduit, à travers le rocher et le blocage d’un ancien mur, à une petite grotte obscure, qui est une ancienne citerne et qu’on appelle faussement la Cuisine de la Sainte Vierge.
B) Etat ancien. — Les fouilles pratiquées par les Pères Franciscains nous permettent de reconstituer l'antique disposition du sanctuaire (fig. 422). L’ancienne basilique était beaucoup plus grande que l’église actuelle et était orientée de l’est à l’ouest. Des restes des vieux murs sont encore visibles du côté du couvent, dans la cour duquel gisent plusieurs colonnes monolithes de granit gris et divers fragments sculptés. La porte actuelle de cette cour, qui conduit vers la rue, garde encore le large seuil et les bases des deux piés droits de la porte de l’ancienne basilique. La grotte de l’Annonciation se trouvait dans le bas-côté septentrional; mais, comme on le voit, elle avait été taillée, transformée de manière à revêtir l’apparence d'une petite église, avec trois absi- | dioles : celle de l'orient a conservé sur ses parois des traces de mosaïque ; c’est là, en effet, qu’était jadis l'autel, |
des débris de la sépulture que les anciens pèlerins vénéraient comme celle de saint Joseph, mais détruite dans les dévastations successives du sanctuaire. Derrière l’abside orientale, il a découvert un gros pilier (c) qui devait supporter une colonne de l’église supérieure. De même, les deux colonnes dites maintenant de la Vierge et de l’Ange devaient servir d’appui à celle de la travée suivante. Cf. Revue biblique, 1901, p. 489-490, Compterendu du résultat des fouilles exécutées par le Fr. Benoit Vlaminck au sanctuaire de Nazareth.
Ces détails sont confirmés par la tradition, que nous pouvons suivre pendant un bon nombre de siècles. Voici ce qu’écrivait, vers le commencement du xvn° siècle, F. Quaresmius, Elucidaliu Terra Sanctæ , Anvers, 1626, t. il, p. 825 : « Il y a la grotte [de l’Annonciation | creusée dans la roche, soit par la nature, soit aussi par un travail humain qui l’a achevée. Elle est soutenue au nord, au midi et à l’ouest par de très vieux murs. A l’est, est le grand autel dédié à l’Annonciation de la sainte Vierge Marie. Le reste a été bâti depuis qu’on a recouvré ce saint lieu... Au midi on a placé une autre chapelle plus élevée, plus longue et mieux travaillée,
NAZARETH
qu’on appelle maintenant la Chapelle de l'Ange. Jadis, quand j'ai visité ce saint lieu pour la première fois, l’entrée de cette chapelle était à l’est. Mais on abouché la porte d’alors, et on en a fait une autre par laquelle on entre en descendant six marches, car la chapelle est presque souterraine. » A propos de l’église qui avait été construite au-dessus, le même auteur ajoute : « Cette église tomba presque tout entière, et fut détruite, excepté le mur du nord qui tenait au palais épiscopal aujourd’hui restauré, et où demeurent les Frères de saint François. En nettoyant ces saints lieux on a enlevé beaucoup de terre, et on y a trouvé beaucoup de morceaux de marbre travaillé, des chapiteaux, des so-
Vierge) avoyt esté édiffié le temps passé par les chrestiens une grande solennelle église cathédralle et archiépiscopalle. Mays après l’expulsion des chrestiens de la Terre Saincte, par succession de temps, elle est ruynée et les ruynes sont tombées sur la prédicte chambre, laquelle estoyt en forme de chappelle au meillieu de l'Église, et ont faict comme une petite monticolle : la dicte chambre estoyt voultée etfaicte de bonne pierre, et est toujours demeurée en son entier, dessoubz la terre et ruynes de l’Église, mays l’on y a faict un pertuys dedans terre pour trouver l’huys, par lequel nous descendismes avecque la lumière, et là sont encore troys autiers pour dire messe. » Au xvc siècle, en 1487,
419. — Grotte servant d'habitation. D’après une photographie de M. Heidet.
clés et des fragments de colonnes. Ces traces du passé et les restes du mur subsistant ont permis de conclure que l’ancienne église était orientée de l’ouest à l'est, et avait deux rangées de colonnes. La sainte grotte et la chapelle de l’Annonciation étaient à gauche en entrant dans l’église, c’est-à-dire dans la nef du nord, et on y descendait par six marches. » Quelques années plus tard, en 1634, un autre franciscain, le P. Roger, La Terre- Sainte, Paris, 1664, p. 56-64, signalait également et marquait sur son plan, p. 59, un autel dédié à la Sainte Vierge dans la partie orientale de la grotte. Un autre autel se trouvait au fond, consacré à saint Joseph. Il en est de même pour Doubdan, Le voyage de la Terre-Sainte, Paris, 1666, plan, p. 50. Mais celui-ci, à la place de l’autel de saint Joseph, met l’escalier intérieur qui monte au couvent des Franciscains, et qui sans doute était fait depuis peu.
Au xvic siècle, en 1533, un pèlerin normand ou manceau, Greflin Alfagart, Relation de Terre-Sainte, édit. J. Chavanon, Paris, 1902, p. 232, décrit ainsi l’état dans lequel se trouvait le lieu de l’Annonciation : « Sur ceste prédicte chambrette (la chambre de la sainte
Nicole le Huen (d’après Bernhard de Breidenbach), Le grant voyage de Hierusalem, Paris, 1517, f. xxx, signale aussi trois autels dans la chapelle. De même au xive, 1321, Marino Sanuto, dans Bongars, Gesta Dei per Francos, Hanau, 1611, t. il, p. 253; au xme, 1285, Burchard du Mont Sion, Descriptio Terræ sanctæ, Magdebourg, 1587, f. 23. C’est en 1263 que l’église de l’Annonciation avait été complètement détruite par le sultan Bibars, comme il résulte d'une lettre d’LTrbain IV à saint Louis. O. Raynaldi, Annales ecclesiastici, Rome, 1648, t. xiv, anno 1263, § vu. Quel était l’état de ce saint lieu au siècle précédent? L’higoumène russe Daniel, 1106-1107, nous le dit : « Une grande et haute église à trois autels s'élève au milieu du bourg [de Nazareth]; en y entrant, on voit à gauche, devant un petit autel, une grotte petite, mais profonde, qui a deux petites portes, l’une à l’orient, et l’autre à l’occident, par lesquelles on descend dans la grotte; et, pénétrant par la porte occidentale, on a à droite une cellule, dont l’entrée est exiguë et dans laquelle la Sainte Vierge vivait avec le Christ... En pénétrant dans cette même grotte par la porte occidentale, on a à gauche le Tombeau
NAZARETH
de saint Joseph, le fiancé de Marie, qui y fut enterré par les mains très pures du Cdirist... Au-dessus de cette grotte est érigée une église consacrée à l’Annonciation. Ce saint lieu avait été dévasté auparavant, et ce sont les Francs qui ont renouvelé la bâtisse avec le plus grand soin. » Cf. Itinéraires russes en Orient, Genève, 1889, p. 70, 71. Ce témoignage concorde avec celui de Soewulf (1103), Peregrinatio ad Hierosolymam, dans les Mémoires de la Société cle géographie, t. iv, p. 850 : « La ville de Nazareth a été complètement dévastée et